Chapitre 6 - "Et puis, ce n'est pas bien méchant !"
"Bref, je pense que c'est mieux de réfléchir déjà à la suite, tu vois ?"
James le soulait. Il n'en pouvait plus. Deux jours qu'il était collé à ses basques ! Officiellement gavé. Trop d'enthousiasme du môme de dix-neuf ans qui voulait jouer aux adultes avec lui. Flemme de discuter Quidditch, carrière et projets d'avenir toute la journée ! Il avait sa dose. Mrs. Harris avait beau être une grosse fouineuse, elle au moins, elle ne parlait pas de "se poser dans un petit cottage dans deux ou trois ans, et puis se marier hein, y a que ça de vrai !"
James avait trente balais de plus que ses dix-neufs ans.
"Parce que tu vois, quand on aura gagné la Coupe, je vais vite me retrouver désœuvré ! J'en ai pour quoi, maximum dix ans ? C'est court, une carrière de sportif, Maman me l'a toujours dit, et il faut assurer ses arrières dès le début ! Surtout si je veux pouvoir avoir des enfants avec Diana dans quelques années, faut commencer à se projeter…"
Et bla bla bla… Non, c'était bien réel. Envie profonde et tenace de gerber. Si ce sujet n'était arrivé sur la table qu'une fois en deux jours, passe encore ! Mais c'était la quatrième ou cinquième fois que James parlait de "se projeter" avec Diana. On arrivait au moment où, d'habitude, il casait une petite bafouille sentimentale pour sa dulcinée - en rappelant que, bien sûr, on ne sait jamais, la vie parfois…
"Je sais que je suis jeune, bien sûr, et puis on ne sait jamais comment les choses vont évoluer, mais on est ensemble depuis nos quinze ans et je sens qu'avec Diana, c'est du solide. On est partis pour longtemps, tu vois ? C'est ce dont elle a envie aussi, je le sens. C'est pour elle que je veux réussir, et surtout être prévoyant."
Ben voyons ! Teddy se retenait de lui hurler à la figure. "Tu as dix-neuf ans, pauvre tâche ! Sors t'amuser un peu, vas te beurrer la tronche et faire des conneries avec ta baguette magique !" Ne pas le faire, par respect pour Harry et Ginny. Ils écoutaient patiemment leur fils aîné. Acquiesçaient par moment, se lançaient de petits regards entendus. Teddy aurait presque pu entendre ce qu'ils pensaient : "Qu'il est responsable ! Quel enfant charmant !" Beurk.
"Et en parlant d'elle, d'ailleurs, il ne faut pas que tu files, mon chéri ? Ginny demanda en fixant la pendule. Tu n'avais pas rendez-vous à quatorze heures ?
-Oh, Merlin, tu as raison ! James s'exclama en jetant un coup d'œil à l'heure. Elle va me tuer… il ajouta en avalant la dernière bouchée de son repas, à moitié debout. Merci Maman ! À plus tout le monde, il cria depuis la cheminée où il se tenait déjà, manteau à moitié enfilé sur l'épaule, écharpe dans une main et poudre de cheminette dans l'autre."
Un éclair vert. Il disparut. Léger nuage de fumée flottant quelques secondes dans l'air. Harry soupira et Lily éclata de rire.
"Bien vu, Maman, le coup du rendez-vous. Je n'en pouvais plus ! Qu'est-ce qu'il aime parler, c'est dingue !"
Teddy leva un sourcil interrogateur. Vraiment ?
"Lily, ne dit pas de mal de ton frère ! Harry gronda.
-C'est vrai qu'il faut qu'il se calme un peu, Ginny approuva. Depuis cette qualification au poste d'Attrapeur pour la Coupe, il se prend tellement au sérieux…
-Bah, on a toujours su qu'il était légèrement prétentieux. Ça ressort un peu en ce moment, c'est tout ! Ce n'est pas bien méchant…
-Je sais, et puis ça se soigne facilement. Tu verras, Ginny ajouta sur un ton malicieux, qu'il suffira d'une défaite ou d'un râteau pour qu'il cesse de jouer les m'as-tu-vu et qu'il se comporte en ado normal de dix-neuf ans.
-Je ne lui souhaite aucun des deux, mais c'est vrai qu'un brin d'humilité ne lui ferait pas de mal, Harry dit le regard dans le vague."
Silence de Teddy. Ses méninges tournaient à plein régime. Que disaient Harry et Ginny de lui lorsqu'il n'était pas là ? Le trouvaient-il paresseux ? Distant ? Versatile ? Lui en voulaient-ils d'être parti aux Etats-Unis ? Savaient-ils ce qui s'était passé avec Victoire ? Si oui, qu'en pensaient-ils ? Pourquoi n'en parlaient-ils pas ? Angoisse. Les avait-ils déçu ? Mais il n'était pas leur fils. Il ne s'attendait pas à ce qu'ils le considèrent comme tel, d'ailleurs. Arthur et Molly l'avait vêtu, nourri et couché jusqu'à sa majorité. Plus proches de l'âge de feu ses parents, aussi. C'était eux qui avaient joué ce rôle. Mais l'opinion d'Harry et Ginny lui était tout aussi précieuse que celle d'Arthur et Molly. Il faisait partie de la famille. Pas comme les autres enfants, pas comme un frère d'Harry non-plus. Il avait un statut bien à lui. Quelque chose d'un peu à part qui parfois avait ses avantages et souvent le faisait sentir très seul.
"Il finira par comprendre qu'il a le temps, Ginny ajouta en souriant. Tu sais, il est encore bien jeune… Il essaye de faire comme Papa et Maman ! Lily, elle sermona à la jeune femme rousse qui ricanait déjà, pas un mot de toute cette conversation à ton frère !
-On ne s'est pas marié à vingt-et-un an, Harry grogna. Ou alors, je m'en souviens mal.
-Non, mais on s'est rencontré à Poudlard quand on y est entré, et on ne s'est plus vraiment lâchés… Un peu comme mes parents, ou comme l'histoire de ton père et ta mère, Ginny dit en désignant son mari. C'est ça qu'il aime bien, avec Diana. C'est normal. Ca fait comme tout le monde - et tu sais à quel point James aime être comme tout le monde !
-Tu dois avoir raison, ma chérie. Pardon, il lança à Teddy, on t'ennuie avec nos histoires ! C'est sympa d'être venu déjeuner avec nous, ça nous fait plaisir !
-Oh, c'est normal, Teddy répondit en souriant, Percy enchaîne les réunions cet après-midi, et c'est plus ou moins top secret. En tout cas, j'suis pas invité.
-Tu as ton après-midi de libre alors ?
-Oui, enfin... Pour avoir déjà travaillé avec Percy, Teddy grimaça, je vous assure que ça ne va pas durer ! Au fait, Albus n'est pas là ?
-Parti faire du patin à l'étang d'à côté avec ses amis, je crois. Tu sais, il n'y a pas beaucoup de moldus à Godric's Hollow, alors ils peuvent trafiquer leurs patins comme ils veulent, Harry expliqua en levant les yeux au ciel.
-Une vraie bande de casse-cous, ces trois-là ! Ginny s'exclama, exaspérée. Mais va expliquer à ton fils qu'il ne peut pas enchanter ses patins à glace quand il t'a vu gagner ta vie à grand coup de loopings sur des balais volants ! Ca serait plutôt à son père d'intervenir, elle grinça, mais là…
-J'aime bien les voir faire leur bêtises, tous les trois, Harry avoua. Ça me rappelle un peu Fred et Georges, ou les Maraudeurs… Albus ressemble tellement à Cornedrue, par moment… Et puis, ce n'est pas bien méchant."
Un ange passa. Souvenirs précieux pour son parrain, Teddy le savait. Harry lui avait remis un parchemin vierge plié en huit le jour de ses treize ans. Il lui avait raconté une longue, longue histoire à propos de son père et de leurs amis. Il avait parlé de qui ils étaient, de ce qu'ils avaient fait et de qui ils étaient devenus. Teddy avait gardé la lettre accompagnant le parchemin. Parfois il la relisait. Il y trouvait toujours quelque chose de nouveau. Comme si elle aussi prenait de l'âge avec les années. Elle grandissait comme lui. Teddy songea avec honte à la carte du Maraudeur, qui traînait au fond de son sac à dos. Il ne l'avait pas ouverte depuis qu'il avait fui Poudlard en laissant Victoire. Il faudrait qu'il la donne, lui aussi, cette carte… Transmettre la plus brillante créations des Maraudeurs. Albus, peut-être, aimerait la carte ? Pour terminer le dernier semestre de sa dernière année…
"Lily, tu veux accompagner Teddy pour faire du patin avec ton frère et ses amis ?
-Beurk, non, la jeune fille grimaça en fronçant le nez. C'est pas contre toi, Teddy, hein ! Mais je suis sûre qu'il est avec Basil et Eden et, euh… Disons qu'ils ont le fond du chaudron bien, bien épais !
-Ca veut dire quoi, ça, jeune fille ?
-Rien du tout, Papa ! J'y vais, moi, j'ai rendez-vous avec les cousines pour faire les boutiques ! A ce soir !
-C'est fou, Harry dit alors qu'un nouveau nuage de fumée verdâtre envahissait la cuisine, on en a fait trois et pas un ne reste jusqu'au dessert… Ginny, je crois qu'on les a mal élevés, il ajouta en pâlissant.
-Tu t'en fais trop, sa femme répondit en lui déposant un baiser sur le front. Aller, file Teddy, elle dit en souriant, poussant le jeune homme à l'extérieur. Laisse les vieux aller faire la sieste, sinon ils seront ronchons au dîner."
"Passe le Souaffle ! Basil, passe le Souaffle !"
Voix de claire Teddy ricochant sur la surface gelée du lac. Tout le monde l'avait entendue dans un rayon de dix kilomètres à la ronde. Sauf, bien sûr, son abruti de destinataire. Basil. Le gamin l'ignora. Il fonça vers son opposant en hurlant et lui sauta dessus. La balle valsa à l'autre bout du terrain.
Presque une demi-heure à jouer à cette variante de jeu de balle sur patins propulseurs. Teddy avait eu le temps de comprendre ce que Lily entendait par "le fond du chaudron bien épais". Il n'avait pas souvent eu l'occasion de rencontrer des ados aussi adorablement bêtes que Basil et Eden. Oh, les amis d'Albus n'avaient rien de méchant, bien au contraire ! Ils étaient juste d'une naïveté et d'une bêtise rare.
Ça l'attendrissait un peu. L'agaçait beaucoup. Les deux mômes se bousculaient pour aller chercher la balle. Mouvement de baguette. Ses patins cessèrent de pétarader. Il faillit tomber et réalisa que si plus rien ne le propulsait il fallait qu'il patine. Il se rattrapa d'un geste maladroit. Éclat de rire sur la droite. Tentative de conserver son équilibre. Déstabilisé, il finit de se casser la tronche.
"Mais moque-toi, vas-y, je t'en prie ! il lança à Albus."
Assis sur un des bancs qui bordaient le lac, Al continua de rire. Il ne fit aucun geste pour l'aider à se redresser. Teddy crapahuta sur le sol pour le rejoindre. Lui balança une énorme poignée de neige au visage.
"Merci pour le coup de main !
-Oh, tu te débrouillais tellement bien, Albus répondit d'un ton railleur, ça aurait été dommage d'intervenir !
-On en reparlera quand tu te casseras la bobine, il grinça entre ses dents en époussetant sa parka.
-La bobine ? On dirait mon père, Albus se moqua en roulant des yeux.
-Tu insinues que je suis vieux ? Sympa ! Si tu n'étais pas un jeune insolent, tu réaliserais que c'est comme ça que parlent les adultes responsables, Teddy se rengorgea."
Il avait espéré faire rire Albus. Effet inverse. Du coin de l'œil, il vit que l'adolescent fixait un point sur le sol. Air morose, moue boudeuse tordant ses lèvres. Teddy réfléchit : il avait dit quelque chose de mal ?
"Ils sont un peu, euh… Pas très futés, tes potes, non ? il demanda pour changer de sujet.
-Pourquoi tu dis ça ?
-Al, ça fait trois minutes qu'ils se battent pour aller chercher le Souaffle. Avec leurs baguettes. Ils pourraient appeler le Souaffle mais non, ils préfèrent se balancer des maléfices d'entrave. Franchement ! Je ne suis même pas sûr qu'ils aient remarqué qu'on avait arrêté de jouer.
-Rose dit pareil, répondit Albus en souriant. Mais c'est mes potes, ils sont cools. Basil, je le connais depuis longtemps, c'est le fils d'une amie de Maman. Eden, on l'a rencontré le jour de la rentrée. On s'est retrouvé à Poufsouffle tous les trois, et on ne connaissait personne d'autre, alors on est resté ensemble. Meilleure décision. Tu as gardé des potes de Poudlard, toi ?
-Hum ? Pas vraiment, Teddy répondit, mais j'ai pas essayé non-plus. Enfin, la première année, si. Et puis je passais encore du temps à Pré-au-Lard, parce que j'étais avec…
-Victoire, non ? termina Albus pour pallier à l'hésitation de Teddy.
-Voilà, ta cousine. Victoire. Elle. Bref, se reprit Teddy, et puis hein, tu connais l'histoire : les Etats-Unis, le départ déchirant… Disons que garder le contact avec les anciens de ma promo n'était pas une priorité.
-Ca en sera une, pour moi, affirma Albus en fixant ses potes à l'autre bout du lac gelé. On est potes pour la vie."
Albus était de profil. Un peu petit pour son âge. Cheveux bruns qui tombaient en pagaille sur le front sous son bonnet en laine. Yeux marrons étaient perdus derrière de longs cils noir. Comme s'il rêvait en permanence. Malingre, il frissonnait dans sa doudoune malgré le soleil. Cachait son nez dans son écharpe, une création de Molly en laine bouillie, verdâtre par endroit. Impression générale de maladresse fragile. Quelque chose un rien hésitant qui donnait envie à Teddy de le protéger. La lueur de défi qui luisait au fond des yeux d'Albus, décidé à conserver ses meilleurs potes jusqu'à la mort, n'arrangeait rien. Un zeste de rébellion qui termina de l'attendrir.
Albus tourna la tête. Surprit son regard. Il rougit, se tortilla sur le banc pour s'éloigner. Bon joueur, Teddy fit semblant de n'avoir rien remarqué. Le soir de Noël, il s'était amusé à le mettre mal à l'aise. Pas cool de sa part. Une vraie peau de vache. Mais c'était si drôle de le voir rougir et bafouiller…
Un sentiment de malaise diffus traversa Teddy. Il le balaya en reprenant la parole.
"J'ai un truc pour toi.
-Pour moi ? murmura Albus en le regardant."
Battements de cils. Ses grands yeux bruns l'interrogeaient. Comme une sorte de lapin, un animal très innocent. Un peu apeuré, mais très mignon.
"C'est un truc que m'a donné ton père, et il le tenait de son père… Enfin, non, pas exactement d'ailleurs, s'emmêla Teddy. Est-ce que Harry t'a déjà expliqué comment son père et le mien se connaissaient ?
-Ils étaient à Poudlard ensemble, non ?
-C'est ça, confirma Teddy. Il t'a déjà parlé des Maraudeurs ?
-C'était pas le nom de leur groupe ou je ne sais pas quoi ?
-Si, c'est ça. Mon père, ton grand-père et deux autres garçons avaient cette petite bande de Gryffondor qui faisaient les quatre cent coups, et ils avaient créé un truc… Tiens, regarde !"
Teddy sortit la carte de la poche de sa parka. Un peu humide, un des coins était corné. Au regard que lui lança Albus, Teddy comprit qu'il pensait qu'il se moquait de lui.
"Attends, tu vas voir… Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises, Teddy récita en passant sa baguette sur le parchemin."
Il guetta la réaction d'Albus. Ses yeux s'ouvrirent en grand lorsque le parchemin se couvrit d'une multitude de petites pattes de mouches pour former une carte. Air émerveillé. Sourire éclatant à l'intention de Teddy. Gorge sèche et malaise en lui rendant son sourire.
"C'est quoi ? demanda Albus, impatient. Je peux l'avoir ?
-Une carte du château, répondit Teddy en baissant les yeux vers le parchemin. Regarde, là, dit-il en désignant un point, tu vois ? On voit Sherrington qui marche dans les couloirs, ou McGonagall dans son bureau…
-C'est ce qui arrive en ce moment ?
-Exactement. Très pratique. Bon, et puis tu as aussi les passages secrets indiqués sur la carte. Il y en a huit, maintenant, c'est ton père qui a ajouté le dernier ici mais comme il est dans la Salle sur Demande, ce n'est pas le plus accessible. J'aime assez celui derrière la statue de la Sorcière Borgne, là. Il mène chez Honeydukes, mais fais gaffe, tu arrives dans leur stock et il faut pouvoir en sortir.
-Je vois, souffla Albus. Elle est géniale, cette carte !
-Quand tu as terminé avec, indiqua Teddy, il te suffit de passer ta baguette dessus en disant "Méfait accompli" et elle redeviendra vierge. Bien pratique pour la camoufler.
-J'ai compris.
-Et si quelqu'un essaye de la consulter sans qu'elle ne soit activée, ajouta le jeune homme en souriant, tu verras qu'elle est assez bien protégée. Les créateurs y ont veillé."
Albus prit le parchemin redevenu un vieux morceau de papier miteux. Le regarda un instant. Yeux pétillants de joie. Teddy s'en voulu de ne pas avoir pensé à lui donner avant. Qu'il était tête en l'air ! C'était évident que la Carte aurait pu servir à Al autant qu'elle lui avait servie à lui - même s'il ne l'avait jamais plus consultée après la nuit où il s'était enfui de Poudlard.
"Merci, Teddy, lui dit Albus en bafouillant. C'est un super cadeau.
-C'est rien, répondit Teddy un peu embarrassé, après tout c'est normal qu'elle te revienne à un moment… Peut-être que tu pourras la filer à Lily, quand tu quitteras Poudlard ?
-Peut-être… Tu es content de revoir le château, au fait ? Tu vas passer pas mal de temps à l'école, non, avec la mission que t'a refilé Percy ?
-Je n'y ai pas vraiment pensé, mais oui, j'imagine que je vais être pas mal au château... Ca va me faire bizarre, Teddy avoua en passant la main dans ses cheveux bleus."
Abus se tourna vers lui. Le regarda d'un air grave, les pommettes d'un rouge soutenu.
"Pense à me dire quand tu viens. On pourrait aller à Pré-au-Lard ensemble."
Quoi ? Teddy le fixa quelques secondes. Il avait plus de culot que prévu, lui ! Il hésita un instant à le rembarrer… S'il continuait de jouer avec lui, Al finirait par avoir un vrai béguin. Ils seraient dans la merde... D'un autre côté, il était à croquer sans le faire exprès, avec ses grands yeux et ses joues qui se coloraient pour un rien…Rah, par Merlin, il pouvait bien l'emmener boire une Bièraubeurre aux Trois Balais à l'occasion ! Après tout, Al était majeur et ça n'engageait à rien ! Ça faisait du bien, juste un peu, de voir quelqu'un lui courir après. Ça faisait longtemps. C'était agréable, et il ne faisait rien de mal, à part le laisser un peu espérer… Il ne se passerait rien, Teddy y veillerait. Il maîtrisait la situation.
Il sourit à Albus. Il le fixait toujours en attendant sa réponse. Moue décidée, mains tremblantes sur ses genoux. Joues presque carmin, à présent. Mèches brunes mises à mal par le vent, courant sur son front, s'emmêlant. Quelques gouttes de neige fondue sur sa pommette droite. D'un geste calculé, étudié, Teddy avança la main et passa son pouce sur la zone humide. Il laissa sa main sur la joue d'Albus juste une seconde de trop pour que son geste puisse paraître anodin. Albus donnait l'impression qu'il allait se liquéfier. Teddy sourit de plus belle, fier de lui. Il maîtrisait.
"Bien sûr que je te dirai quand je serai au château, dit-il en enlevant sa main du visage d'Albus, ça serait dommage de ne pas te voir."
Albus hocha la tête sans rien dire, déglutit. Teddy se leva pour rejoindre Basil et Eden qui venaient à leur rencontre, trempés jusqu'aux os. Il ne réussit pas à retenir une dernière pique, qui glissa de ses lèvres :
"Ça va, tu n'as pas trop froid avec ton écharpe de travers ? Tu es tout rouge."
