Chapitre 13 - "Sérieusement, Maggie ?!"

La bibliothèque était remplie d'élèves de septième année qui consultaient de vieux ouvrages élimés, les mains fébriles et le regard frénétique. Les premiers examens blancs approchaient à grand pas. Personne dans le château ne pouvait l'ignorer, tant l'effervescence des élèves les plus âgés était bruyante et visible. Toutes les tables de la bibliothèque étaient occupées et certains élèves de cinquième année, qui souhaitaient travailler eux aussi, s'étaient vu refuser l'entrée des salles de révision.

L'agitation ambiante troublait la concentration de Scorpius. Un livre de métamorphose ouvert devant lui, il relisait la même phrase depuis presque cinq minutes, cherchant à comprendre comment fonctionnait le charme de transfert dont il était certain qu'il serait proposé à l'examen. Bumblebee avait bien insisté dessus au dernier cours. La barbe. Scorpius n'était pas mauvais en sortilèges, mais ce charme lui donnait du fil à retordre. La dernière fois, le motif tartan qu'il avait essayé de transférer à la place des gravures sur une coupe en cristal avait bavé le long des parois du verre et s'était répandue sur la table, le forçant à nettoyer sous le regard atterré de son professeur et du reste de la classe. Un vrai moment de plaisir.

Il n'arrivait pas à se concentrer depuis une semaine. Maggie investissait ses pensées de façon aléatoire, arrivant sans s'annoncer et s'installant dans un coin de son cerveau sans qu'il puisse la déloger. Ou alors, il arrivait à ne pas y penser, puis il l'apercevait dans les couloirs et la foule de questions reprenait sous son crâne durant l'heure qui suivait. Il ne comprenait toujours pas pourquoi elle était partie aussi vite, cette fois où ils étaient rentrés ensemble de Pré-au-Lard. Et ce n'était pas comme si elle lui avait expliqué ! Elle prenait un soin tout particulier à l'éviter depuis cette fameuse soirée, fuyant les moments où ils auraient pu être seuls. Impossible de discuter avec elle en tête à tête - et il ne pouvait pas en parler quand les autres étaient là. Brillant.

Parce que les autres étaient toujours là. Depuis leur escapade en groupe aux Trois Balais, Scorpius passait de plus en plus de temps avec Rose, Damian et les autres. Cette semaine, ils l'avaient presque tous les jours invité à le rejoindre à leurs tables aux repas, et l'avaient inclus dans leur groupe de révision. Cette nouvelle proximité avec eux lui plaisait assez. Il les connaissait de visu depuis des années, mais ne savait pas Neela aussi drôle, ou Augustus aussi m'as-tu-vu.

Scorpius soupira. Il avait encore laissé son attention dériver sur autre chose. Il se força à relire une fois de plus son manuel de Métamorphose. "Un quart de cercle vers la gauche…" Oui, oui, il savait ça ! Il n'avançait pas. Agacé, il ferma le livre. Le bruit résonna dans la bibliothèque et une rangée d'élèves sur sa droite lui lança un regard courroucé. Oh, ça va !

"Mec, murmura Damian, y un problème ?
-J'arrive pas à faire marcher ce sort à la noix, répondit Scorpius sur le même ton. Viens on fait une pause.
-Ça fait à peine deux heures qu'on bosse !
-Tu as mal prononcé "Oui, tu as raison Scorpius, ça fait deux heures qu'on bosse et ma tête va exploser, barrons-nous de cet endroit maudit."

Damian se mit à rire, un peu trop fort au goût de la bande de rabats-joies qui occupaient la table de derrière.

"T'as gagné vas, on y va. Neela, Augustus, appela-t-il en chuchotant, on bouge ?
-Par Merlin oui, souffla la jeune femme."

En deux temps trois mouvements, les livres étalés devant eux retrouvèrent leur place sur les étagères et leurs plumes et parchemins se rangèrent dans leurs sacs. Moins d'une minute après, ils étaient sortis de la bibliothèque. Scorpius soupira de soulagement en arrivant dans le couloir.

"J'ai cru que mon cerveau allait fondre ! Quelle angoisse ces révisions !
-On va se planter dans les grandes largeurs, prévint Augustus, si on n'est pas capables de travailler plus de deux heures sans s'interrompre.
-Et bah au moins, on saura quoi bosser quand on aura nos notes ! C'est l'enfer d'avancer à l'aveugle comme ça, je ne sais même plus quoi réviser tellement il y en a !
-Et encore, ajouta Neela, songe qu'on n'est qu'en janvier… Qu'est-ce que ça va donner en mai, sérieusement ?
-Viens on n'en parle pas."

Leurs pas les menaient vers l'entrée du château sans qu'ils ne s'en aperçoivent. Les couloirs étaient vides et il faisait un froid terrible, à glacer les os. Scorpius ajusta l'écharpe moutarde autour de son cou.

"De toute façon, déclara Damian, je vois pas bien à quoi ça va me servir, de connaître la différence entre le napel et l'aconit. J'ai pas prévu de devenir le prochain professeur de potions de ce bahut !
-Heureusement, répondit Neela en levant les yeux au ciel, c'est la même plante, abruti ! Et je sais pas, tu t'es jamais dit que si quelqu'un prenait son temps pour te l'enseigner, c'est bien que ça avait une utilité ?
-Pour devenir journaliste ? Non, pas vraiment ma vieille. Au fait, Scorpius, on n'a pas eu l'occasion d'en parler mais toi, tu veux faire quoi plus tard ?
-Je, euh… C'est à dire qu'en fait, j'ai, euh… On n'a pas vraiment, hum...
-Bah alors, c'est déjà terminé ces révisions ?"

Merci Merlin, il était sauvé ! Scorpius se retourna. Rose et Maggie, les joues rougies par le froid, se tenaient juste derrière eux.

"Il est déjà cinq heures ? demanda Neela d'un ton paniqué.
-Presque, mais on n'en pouvait plus de replanter des machins dans la serre. Et nos pousses grandissent à une vitesse folle !
-Je ne comprendrais jamais pourquoi vous avez décidé de passer un ASPIC de Botanique, dit Augustus. On passe son temps à se salir, faut faire des heures en plus le week-end et cerise sur le gâteau, le prof est détestable, ironisa-t-il.
-Arrête, il est sympa ton père. Et j'aime bien les plantes ! Le vrai souci, c'est qu'on se les gèle en hiver, ajouta Maggie désolée.
-Vous parliez de quoi ? Pourquoi celui-ci est tout blanc ? demanda Rose en désignant Scorpius."

Oh oh. Il n'allait pas y couper. Dommage, il avait vraiment cru que l'arrivée des filles lui permettrait d'éviter cette conversation atroce.

"Il allait nous expliquer ce qu'il a de prévu de faire après Poudlard, mais je me demande s'il va faire un malaise avant ou après, répondit Damian en souriant d'une oreille à l'autre.
-Oh, ça va, s'agaça Scorpius. Vous avez très bien compris, mes explications étaient parfaitement claires, ajouta-t-il avec mauvaise foi.
-Ouais, ce que j'ai compris c'est que t'en as pas la moindre idée, rigola Neela.
-Comme si vous saviez mieux que moi !
-Journaliste.
-Joueur de Quidditch pro.
-Avocate."

Déstabilisé par ces réponses du tac-au-tac, Scorpius se tourna vers Rose, cherchant un soutien. Peine perdue.

"Ne me regarde pas, on sait aussi ce qu'on fait avec Maggie ! On veut monter une commission d'aide aux Moldus, pour les aider à résoudre leur problème d'énergie.
-Faire quoi ?
-En gros, expliqua Maggie les yeux vissé au sol, on aimerait bien intéresser le monde sorcier à la crise écologique qu'on traverse."

La quoi ? Scorpius était perdu.

"T'en fais pas mec, lui glissa Damian, il a fallu qu'elle m'explique trois fois avant que je ne comprenne.
-C'est pas si compliqué ! s'agaça Maggie. En gros, les Moldus ont un souci avec leur source d'énergie, d'accord ? Leurs ressources sont limitées et polluantes, elles créent des déchets très dangereux ! Par exemple, ça provoque des changements dans le climat ambiant, ou bien ça provoque des maladies. Comme la magie est une ressource plus, euh, saine et qu'elle ne fait pas de déchets, je voudrais proposer à une commission d'examen la possibilité de fournir cette énergie-là aux Moldus, pour éviter qu'ils ne pourrissent définitivement la planète."

Scorpius partit d'un éclat de rire franc, mais le sérieux imperturbable de Maggie le stoppa net. Elle était sérieuse ?

"Pourquoi tu te marres ?
-Je sais pas, euh… Ça va pas à l'encontre du secret du monde magique ?
-Pleins de Moldus dans le monde sont déjà au courant de notre existence. Le Premier Ministre de ce pays, pour commencer, répondit Maggie d'une voix froide.
-D'accord, mais c'est dû à un cas de force majeur, bégaya Scorpius."

Il ne savait plus où se mettre.

"Mais là aussi, c'est un cas de force majeur ! Ça bousille la planète sur laquelle on vit aussi, je te le rappelle ! On fera quoi, quand ils auront tout détruit ? Parce que je te rappelle qu'il y a bien plus de Moldus que de Sorciers ! On n'a pas vraiment d'autres endroits où aller, non ? Si on est condamné à vivre au même endroit, je ne crois pas que détourner le regard et attendre que ça passe fonctionne dans ce cas-là. Je pense que s'il est en notre pouvoir de les aider pour ces questions d'écologie, on devrait le faire, non ?
-Euh, oui. Pardon, soupira Scorpius, je ne voulais pas t'énerver, je ne savais même pas ce que c'était que ces cologies."

Maggie fronça les sourcils, puis se mit à rire sans prévenir. Elle se moquait de lui, maintenant ? Scorpius ne se vexait pas en trois phrases, d'habitude, mais ça commençait à faire beaucoup !

"Non, "l'écologie", en un seul mot !"

La colère de Scopius retomba en une fraction de secondes. Pendant une minute, tout était redevenu normal, et Maggie lui souriait sans détourner les yeux. Autour d'eux, les autres riaient aussi de sa bourde, et les conversations reprenaient petit à petit. Il prit son courage à deux mains. C'était maintenant ou jamais.

"Maggie, demanda-t-il en se sentant rougir, tu veux faire un tour dans le parc ?"

La jeune femme perdit son sourire et baissa les yeux. Pitié qu'elle dise oui.

"Pourquoi pas, souffla-t-elle assez bas."

Dehors, la neige tombée la veille commençait à fondre. Le soir tombait vite, Scorpius n'apercevait déjà plus la vieille cabane de l'ancien garde chasse, devenue depuis une remise. Il faisait encore plus froid que dans le château, et il se surprit à frissonner. A côté de lui, Maggie marchait d'un pas hésitant. Elle paraissait perdue dans ses pensées. Au bout de quelques pas, et après s'être assurés qu'ils étaient bien seuls, Scorpius se tourna vers elle.

"Eh.
-Eh, souffla la jeune femme."

Elle refusait de croiser son regard, la tête basse. Elle n'avait rien de la jeune femme enthousiaste et un peu gauche qui l'avait invité la semaine précédente à se joindre à elle et ses amis au pub. Scorpius se sentait démuni, ne sachant pas comment entamer le dialogue.

"T'as froid ?
-Un peu… Ça caille, dehors.
-Tiens."

D'un geste maladroit, il enroula l'écharpe qu'elle lui avait donnée autour de son cou à elle, l'arrangeant du mieux qu'il put sur ses épaules. Quelques mèches de cheveux se prirent dans les plis de laine.

"Merci.
-Tu me la rendras, hein ? Enfin, je sais que c'est la tienne mais je l'aime bien. Elle est plus chaude que mon écharpe de Serpentard. Et puis, maintenant je sais que mon sang va pas s'embourber parce que je porte ton écharpe…
-Pardon ?"

Maggie l'avait coupé net, la voix grondante. Elle fit un pas en arrière. Malgré la pénombre, Scorpius distinguait un éclat de colère brillant à la surface de ses pupilles bleues. Aïe.

"Non non pardon, c'est ce que tu m'as dit quand tu me l'as donnée ! Je ne voulais pas…
-Il y a des choses que je dis qui sont marrantes quand c'est moi qui les dit, lâcha Maggie, méprisante. Ça veut pas dire que tu dois les répéter n'importe comment !
-Je suis désolé, je savais pas, bégaya Scorpius. Je voulais pas me moquer de toi.
-Eh bah, c'est raté ! Et même, qu'est-ce que je fais là, moi ? Si tu as un truc à dire, dis-le. Sinon, je rentre me mettre au chaud."

Scorpius, la bouche ouverte sous le coup de la surprise, ne répondit rien. Maggie le fixa une seconde et tourna les talons d'un pas résolu, empruntant le même chemin qu'ils avaient pris quelques minutes plus tôt pour rejoindre cet endroit du parc.

La surprise se mua en colère en un instant. Ça commençait à bien faire ! Une semaine qu'elle ne lui adressait pas la parole, qu'elle l'esquivait et maintenant, elle le plantait là ? C'était hors de question. Scorpius était venu pour avoir une réponse et par Merlin, il allait l'obtenir.

"Maggie ! Maggie attends-moi !"

Il courut sur le chemin de terre et, arrivé à sa hauteur, lui attrapa la manche. Elle se retourna, plus énervée encore. Mais il en avait assez de se laisser faire.

"Ça va pas ou quoi ? Fiche-moi la paix ! siffla Maggie en se dégageant.
-Explique-moi pourquoi tu t'es barrée la semaine dernière et je te laisse tranquille jusqu'à la fin de l'année, si c'est ça que tu veux !
-Mais je te dois rien !
-C'est pas la question ! cria presque Scorpius. C'est toi qui m'a invité à venir avec vous, toi qui m'a raccompagné au château, et c'est toi qui…
-Tais-toi ! le coupa Maggie, l'air effrayé.
-C'est toi qui m'a embrassé, termina Scorpius. Et c'est toi aussi qui est partie en courant et qui refuse de m'adresser la parole depuis une semaine ! Tu me dois rien, mais tu pourrais avoir la décence de m'expliquer !
-Mais je…"

C'était au tour de Maggie de balbutier. Elle semblait chercher ses mots, hagarde.

"Je sais pas, je… J'aurai pas dû...
-Partir ?
-Non, j'aurais pas dû, euh…
-Sérieusement ?! explosa Scorpius. Sérieusement Maggie ?! Quoi, tu t'en veux de t'être jetée sur moi, c'est ça ? Tu regrettes ?
-J'ai pas dit ça !
-Mais c'est bien le souci, tu ne m'as rien dit du tout ! Tu ne me dis rien du tout, d'ailleurs, parce que c'est pas vraiment comme si tu me parlais, là !"

Silence. Il fulminait de colère. Maggie le fixait comme si elle le voyait pour la première fois, hésitante et confuse. Son silence l'énervait encore plus. Scorpius soupira.

"Je ne comprends pas… Je ne comprends juste pas pourquoi tu es partie. Ou si tu regrettes, je ne comprends pas pourquoi t'es pas venue m'en parler. Je te fais peur ?
-Je ne sais pas, Scorpius, je suis désolée… Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça, et je ne sais pas pourquoi je suis partie. Je sais juste que je voulais pas t'en parler avant d'être sûre…
-Mais sûre de quoi ?"

Maggie resta muette. Elle baissa les yeux vers le sol. La frustration lui serrait la gorge. Il avait l'impression de bouillir. Il en avait marre de se faire balader. Marre d'avoir le sentiment désagréable qu'elle se moquait de lui. D'un geste brusque, il ajusta son sac sur son épaule et se dirigea vers le château.

"Tu sais quoi, lança-t-il par dessus son épaule sans se retourner, tu me feras signe quand tu sauras. J'peux pas, là."

Il marcha d'un pas rapide, espérant qu'elle ne le suivrait pas. Plus il avançait, plus ses enjambées devenaient grandes. Il voulait mettre un maximum de distance entre eux. La colère et la nuit qui tombait rendaient tout flou autour de lui. Il n'avait plus envie de penser. Il n'arrivait même pas à être triste, il était juste frustré qu'elle n'arrive même pas à lui parler. Comme s'il l'effrayait. Comme si elle avait peur de lui. Cette pensée était insoutenable, mais elle revenait sans arrêt. Est-ce qu'il lui faisait vraiment peur ?

En quelques minutes à peine, il avait rejoint l'entrée du château. La marche et l'air froid avaient fait retomber quelque peu son énervement, et Scorpius soupira. Il faudrait qu'il essaye de lui reparler, qu'il s'excuse. Un instant, il pensa à faire demi-tour pour aller la chercher, mais se força à ne pas le faire. Il avait besoin de temps, ou il allait à nouveau se mettre dans tous ses états.

Un choc terrible le frappa en pleine poitrine alors qu'il entrait dans le hall du château. Rose le percuta de plein fouet.

"Où est Maggie ?
-Euh, dehors. Elle arrive, je crois. Rose, qu'est-ce que…"

En baissant les yeux, Scorpius remarqua deux choses. D'abord, que le Grand Hall était noir de monde - et ce n'était pas encore l'heure du dîner. Ensuite, les joues de Rose étaient trempées de larmes. Sa mine était déformée par l'angoisse. Ses yeux cherchaient partout une accroche sans se fixer nulle-part. Quelques sanglots désordonnés agitaient ses épaules par moment. Elle avait l'air en pleine crise de panique.

"Rose, ça va ? Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il en la serrant dans ses bras.
-C'est Hugo, ânonna-t-elle entre deux sanglots. Il a disparu."