Bonjour !

Aujourd'hui, avant-dernier chapitre de cette première partie !

Vous serez content.e.s d'apprendre que l'écriture de la 2e partie a commencé et est bien avancée. Je dois encore évaluer le temps que ça va me prendre, plus d'info à venir à ce sujet la semaine prochaine en note de fin.

Je vous prépare aussi une petite surprise pour patienter en attendant la partie 2, je vous en redis plus bientôt !

Il est temps de conclure l'histoire d'Hugo, je vous laisse découvrir tout ça.

Merci encore de lire et suivre cette histoire !

Emojifeu


Chapitre 15 - "Tellement, tellement peur…"

Odeur du feu qui crépitait dans la cheminée. Thé bouillant entre les mains. Murmures ininterrompues des conversations se déroulant en arrière-plan. Parfois, un rire ou une voix résonnait plus fort que les autres. Teddy avait du mal à se concentrer sur le sujet. La réunion n'en finissait plus de durer. Trois heures qu'ils échangeaient leurs idées sur le plan de communication de la campagne de Percy.

Ses pensées retournaient toujours au Grand Hall de Poudlard. Où Albus l'avait laissé en plan la semaine dernière. Il revoyait sans cesse le garçon se retourner, lui hurler de le laisser tranquille et s'éloigner dans le couloir immense et sombre. Son cri avait résonné sur les murs de pierre. Teddy n'avait pas voulu lui courir après. Il se sentait minable. Il ne savait pas s'il aurait dû, ou si c'était mieux comme ça. C'était sans doute mieux comme ça.

"Teddy ? Teddy, tu es avec nous ?"

Il leva les yeux. Hermione, Hannah et Percy le fixaient.

"Pardon, je suis fatigué, il se justifia en se redressant.
-Ca fait un moment qu'on y est, Percy lui accorda, je comprends. On a bientôt fini.
-J'ai loupé la dernière phrase, je crois, Teddy dit. On était sur quoi ?
-La vie personnelle de Percy, répondit Hermione.
-Moi, en fait, Olivier répliqua d'un ton sec. On parlait de moi.
-Olivier…
-J'ai compris, j'ai compris, il concéda en se levant. Mais je ne peux pas rester là à vous écouter parler de moi comme d'un obstacle à vos grandes ambitions politiques. Je vais prendre l'air."

Agacement dans son regard lorsqu'il se redressa. Mouvement fluide, rapide. Énervé. Sa main attrapa une veste sur la patère de l'entrée. Il vida les lieux en quelques secondes. Percy soupira.

"Je suis désolé…
-Il a raison, déclara Hermione en baissant les yeux. Je sais qu'il faut qu'on aborde le sujet, je sais qu'il faut qu'on trouve une façon de parler de ça à la presse, mais c'est normal que ça soit difficile pour lui. C'est votre vie, Percy.
-Teddy, Percy commença en se tournant vers lui, qu'est-ce que tu en penses ?
-Qu'est-ce que je pense de… ?
-On se demandait s'il fallait qu'Olivier et moi évitions d'être vus en public d'ici la fin de la campagne, Percy résuma. Et j'aimerai beaucoup avoir ton avis là-dessus."

Un soupçon d'attente traînait dans sa voix. Teddy savait très bien pourquoi il lui demandait son avis à lui. Il prit une minute pour réfléchir à la question.

"Je crois, il dit enfin, qu'il ne faut pas mentir. Je pense qu'on ne peut pas faire de grande déclaration à la presse en déclarant que notre candidat vit avec un homme, mais que ce n'est pas une bonne idée de le cacher non-plus. Si on le traite comme un tabou et que la presse le découvre par la suite, alors ils en feront un scandale. Si on est honnête directement, ils ne pourront pas nous atteindre avec ça."

L'ironie de la situation était mordante. Il avait tenu le discours inverse à Albus la semaine précédente. Il s'en était même servi comme d'un argument pour le repousser ! Teddy se sentait très petit.

"Je suis d'accord avec toi, répondit Hannah, mais tu sais que ça va être dissuasif pour certains électeurs.
-Ma mère, par exemple."

Percy rit jaune à sa propre mauvaise vanne.

"Oui, Teddy concéda, mais d'une part ça peut nous aider à attirer les votes d'une autre frange de la population, et surtout, ça confirmera le programme d'ouverture que Percy s'efforce de mettre en place.
-Malefoy va forcément utiliser cet argument contre nous, Hermione prévint.
-Ce à quoi nous répondrons, Teddy répliqua, que nous avons la décence de ne pas l'attaquer sur le plan privé, car sa vie personnelle ne regarde que lui, et que nous sommes là avant tout pour un débat politique, pas pour jouer à qui décrochera le plus gros scandale dans Sorcière Hebdo.
-Excellent, Percy souffla avec admiration. Tu es vraiment devenu un très bon communiquant.
-Je fais de mon mieux. Cependant, Teddy reprit après une courte pause, ça ne veut pas dire qu'il faut vous afficher partout et tout le temps ! Vis ta vie normalement, mais n'en fait pas trop non-plus. On ne veut pas surjouer cette carte-ci, ça serait très mal perçu.
-C'est d'un cynisme, Hannah grogna.
-La politique, c'est cynique, balaya Percy d'un revers de main. Je suis d'accord avec Teddy, on peut tout à fait essayer de s'en tirer comme ça. Et ça m'évitera de me disputer avec Olivier, en prime. Il va vite devenir invivable si je lui dis qu'on ne peut plus sortir au resto pour les cinq mois à venir, il ajouta avec malice.
-Est-ce qu'on a…"

Hannah ne termina jamais sa phrase. Un "CRAC !" sonore retentit dans l'appartement. Ron apparut d'un coup à quelques centimètres de sa femme. Il avait transplané au milieu du salon et avait manqué de peu de renverser la table basse.

"Hermione !
-Ron ? Mais qu'est-ce que… ?
-Je viens de recevoir un message de Poudlard, il la coupa. Hugo a disparu.
-Quoi ?! Comment…
-McGonagall n'en a aucune idée, Ron répondit avant qu'elle ne finisse de poser sa question, mais il manque à l'appel depuis hier soir. Ils viennent de s'en rendre compte.
-Depuis hier soir ? Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Il est où ? Pourquoi ils n'ont rien vu avant ?"

Hermione enchaînait les questions, passant de l'une à l'autre comme elles lui venaient. Elle semblait perdue. Son regard sautait de son mari à Percy à Hannah à Teddy, attendant des réponses qu'ils ne pouvaient pas lui donner.

Une boule se forma dans le ventre de Teddy. Il connaissait à peine Hugo. Un gamin timide, qui n'avait pas beaucoup parlé à Noël. À peine capable de faire léviter une tasse à café, Albus lui avait dit. Albus. Et s'il était aussi arrivé quelque chose à Al ? Non, Ron aurait été au courant. Teddy réfréna l'envie de transplaner à Pré-au-Lard sur le champ. Al allait bien. Al allait certainement bien.

"On est samedi, répondit Ron, il n'avait pas cours. Personne n'a vu qu'il n'était plus là ce matin. La seule chose dont on est certains, c'est qu'il n'est plus à Poudlard : McGonagall a fait fouiller tout le domaine, et ils n'ont retrouvé aucune trace de lui."

La phrase eut l'effet d'une massue. Hermione se laissa tomber dans le fauteuil derrière elle. Elle fixa le sol. Se serra la poitrine. Un sanglot monta dans sa gorge, qui ne tarda pas à éclater. Presque une enfant en cet instant. Terrifiée et impuissante. Teddy ne savait pas où se mettre. Il n'avait jamais vu ça. Il se sentait étranger à ces émotions qui jallissaient d'Hermione. Elle débordait.

"Mon fils… Il est tellement jeune… C'est un petit garçon… Ron, elle gémit d'un ton désespéré, il faut qu'on le retrouve.
-On va le retrouver, Ron assura en la prenant dans ses bras. Parce que je pense savoir où il a pu aller. Hermione, tu te souviens de ce qu'il nous a dit à la fin des vacances ? Que tes parents lui avaient proposé de s'inscrire dans l'école d'à côté de chez eux ?

-Tu crois qu'il serait chez Papa et Maman ? Mais c'est à l'autre bout du pays ! Qu'est-ce qui nous dit qu'il est parti de lui-même, en plus ? Il a pu se faire enlever !
-Mais il a aussi pu fuguer, Hermione, Ron reprit d'une voix douce, rappelle-toi dans quel état il était à l'idée de retourner à Poudlard. S'il a pris le dernier train qui partait de Pré-au-Lard hier soir, il a pu arriver à Londres dans la matinée. Il est probablement sur le point d'arriver, ou alors il y est déjà. Ça vaut le coup d'aller vérifier non ? De tout façon, il n'est plus à Poudlard, McGonagall en est certaine. Autant transplaner là-bas et vérifier. S'il n'y est pas, il sera toujours temps de se rendre au château ensuite pour aider aux recherches.
-Tu as raison, Hermione dit d'une voix blanche, bien sûr que tu as raison. Percy…
-Les balais sont dans le meuble de l'entrée, Percy déclara. Je reste ici, comme ça je pourrais dire aux gens où vous êtes si quelqu'un vous cherche. Allez-y ! Ron a raison, Hermione. Si vous ne le trouvez pas chez tes parents, vous irez au château. Vous en avez pour une heure tout au plus.
-Je viens avec vous, Teddy ajouta en se levant. Je veux aider aux recherches."

Il ne savait pas pourquoi il avait dit ça. Cette histoire ne le concernait pas. Ce n'était pas sa famille, son frère, son cousin qui avait disparu. Mais ses pensées ne cessaient de retourner dans le Grand Hall de Poudlard. Il voyait Albus s'éloigner dans le couloir, ivre de rage. Cette image se surperposait à la disparition d'Hugo. Il avait peur pour Al.

Ron acquiesça. Tremblante, Hermione se leva. Regard décidé. Teddy hocha la tête. Elle lui tendit la main. Il l'attrapa. Ils transplanèrent. Un instant, tout fut flou et sens dessus dessous, puis le monde se remit droit.

"-Hermione ? Oh, j'ai failli faire une attaque !
-Papa ! Papa, tu as vu Hugo ?"

Voix désespérée. Cri, presque. Les larmes roulaient sur ses joues. Quelques mèches s'échappaient de son chignon trop sage. Teddy assistait impuissant à la détresse d'un parent qui a perdu son enfant. Une pensée fugace s'imprima dans son cerveau. Quand lui-même s'était enfui de Poudlard, ce soir-là, qui avait demandé à s'en briser la voix où il était ? Harry ? Molly, peut-être ? Mais il était majeur, déjà. Peut-être que personne n'avait crié.

"Non, ma chérie, je n'ai pas eu de nouvelles d'Hugo depuis les vacances, le père d'Hermione répondit d'une voix paniquée. Qu'est-ce qui s'est passé ?
-Papa, il a disparu ! Hugo n'est plus à l'école, personne ne sait où il est !
-Reste avec tes parents, Ron murmura avec une grande douceur. Je vais voir s'il n'est pas à la gare, je reviens dans quelques minutes. S'il n'y est pas, on part pour Poudlard. Teddy, il appela en lui tendant la main."

Une nouvelle fois le monde vrilla. Une seconde pendant laquelle les yeux pleins de larmes d'Hermione se mélangèrent en un tourbillon de couleur. Puis la gare. Ron lui lâcha la main.

"Hugo ! Hugo !
-Papa ?"

Ron fit volte-face. Derrière eux, assis sur un banc sale, Hugo. Il les fixait. La panique se lisait dans ses yeux.

"Hugo !"

Ron s'élança vers lui et le prit dans ses bras. Il le serrait à l'en étouffer. Ils cessèrent de bouger, prit dans une étreinte que rien ne pourrait briser.

Teddy resta debout à côté d'eux, gauche. Il était soulagé d'avoir retrouvé le gamin mais ne savait pas quoi faire. Il se sentait de trop. À nouveau, son esprit s'égara dans le couloir. Albus qui partait. C'était seulement hier ? Pourtant, il avait eu le temps d'y songer un million de fois, depuis. Il réalisa alors qu'il n'avait pas cessé d'y penser. Sa journée était une longue rêverie ininterrompue d'Albus qui s'éloignait dans le hall sombre.

Il frissona. Le vent s'engouffrait dans la gare. Ron et Hugo s'enlaçaient toujours. Il prit sa décision à ce moment précis. Il n'en pouvait plus d'être seul.

"Papa, je suis désolé, Hugo lâcha dans un sanglot.
-J'ai eu tellement peur… Tellement, tellement peur…"

Les grosses larmes de Ron se mêlaient à celles d'Hugo.

"Papa, je pouvais plus… Je pouvais plus rester là-bas, le garçon hoqueta en reniflant. Pardon…
-C'est moi qui suis désolé, mon chéri. Oh, j'ai eu si peur !"

Ils restèrent enlacés encore un moment. Teddy décida qu'il était temps de partir, pour lui. Il n'avait plus rien à faire ici. Ce qu'il voulait vraiment se trouvait à Poudlard.
"Je vais prévenir Hermione, Teddy glissa d'une voix très basse à Ron. Prenez votre temps."

Il transplana aussi vite que possible.