Ce que les parents d'Hugo acceptèrent enfin d'entendre
Hugo ne bougeait plus depuis presque quinze minutes. Enfoui dans les bras de sa mère, il restait là, immobile, à respirer son odeur familière. Elle non-plus ne bougeait plus. Devant elle, le thé que son père lui avait préparé refroidissait sur la table du salon. La seule chose animée dans ce tableau immobile, c'était la main de son père, qui caressait la sienne avec douceur, comme pour l'apaiser.
Parfois, un "Mon chéri… Mon tout petit bébé" sortait des lèvres de sa mère, puis elle embrassait ses cheveux crépus. Et tout se figeait à nouveau.
À un moment, Ron prit la parole.
"Hugo, explique-nous, s'il te plaît. Pourquoi tu es parti ?
-J'ai pas envie, souffla Hugo avec des larmes dans la voix. Vous allez vous énerver.
-Non, mon chéri, répondit sa mère en s'écartant pour le regarder, je te promets de ne pas m'énerver. Je te le jure, appuya-t-elle.
-Hugo, on veut juste t'aider. Mais pour pouvoir t'aider, il faut qu'on comprenne ce qui se passe, renchérit son père.
-Vous n'avez pas voulu m'écouter, la dernière fois.
-C'est vrai, admit son père en baissant les yeux, et j'en suis désolé. C'est notre faute. Pardon."
Hugo ne répondit pas. Il hésitait. Même s'il leur expliquait ce qui se passait, ce qui se passait vraiment, qu'est-ce qui changerait ?
"Je sais que tu ne nous fais sans doute plus confiance, reprit son père la voix brisée, mais j'ai besoin que tu essayes de me croire quand je te dis que je suis de ton côté, Hugo. Je t'assure que c'est vrai.
-Mon chéri, ajouta sa mère, rien n'est plus important pour nous que ton bonheur."
Elle le serra plus fort contre elle.
"D'accord."
Il avait parlé très bas. Hugo se dégagea de l'étreinte de sa mère et se redressa pour regarder ses parents dans les yeux. Un ange passa.
"Je ne sais pas par où commencer, admit-il enfin.
-Explique-nous comment tu es parti du château, et ce que tu voulais faire.
-J'ai trouvé cette carte, menti le jeune homme en sortant la Carte du Maraudeur de sa poche, et j'ai découvert comment elle fonctionne par hasard."
Ses parents échangèrent un regard, et il sut qu'ils ne le croyaient pas. Mais il était hors de question qu'Albus se retrouve mêlé à cette histoire.
"Je ne voulais pas disparaître, continua Hugo très vite, je voulais juste quitter le château. Je ne pouvais plus rester là-bas… Je voulais venir chez Papy et Mamy, parce qu'il y a une école, ici, qui serait prête à m'accepter malgré mon retard, et Papy s'est renseigné, et il m'a même envoyé un prospectus… Alors je suis parti du château par un des passages secrets, et j'ai pris le dernier train de Pré-au-Lard. Je voulais le dire à Rose, mais j'ai eu peur qu'elle m'empêche de partir. Et puis j'ai réfléchi dans le train, et j'ai eu peur que Papy s'énerve, je n'avais rien dit à personne, je ne voulais pas vous inquiéter… À Londres, j'ai hésité à venir à la maison plutôt, mais je me suis dit que vous alliez me renvoyer à Poudlard. Alors j'ai continué jusqu'ici, mais j'ai eu trop peur que tout le monde me cherche chez Papy et Mamy. J'ai attendu à la gare. Je ne savais pas quoi faire ! J'ai pensé à rentrer à Poudlard, mais je ne veux plus y retourner… Je suis désolé…
-Pourquoi tu ne veux plus retourner à Poudlard, Hugo ?
-Je déteste cet endroit, Maman. Je le déteste. Je sais que c'est ce que tu veux, mais je déteste être là-bas. Je suis mauvais en tout. Je n'arrive à rien, jamais. Je ne me sens pas à ma place. Et tout le monde est d'accord avec moi. Les profs, les élèves…
-Il y a encore des gens qui t'embêtent ?"
Hugo soupira. Il avait l'impression d'avoir déjà eu cette conversation dix fois, avec ses parents, depuis que Louis avait commencé à lui rendre la vie impossible, trois ans en arrière.
"Non, Maman, personne ne "m'embête". Ils me pourrissent la vie, voilà ce qu'ils font ! La plupart me regardent avec pitié. Certains se moquent de moi. Et quelques-uns sont violents, d'accord ? s'agaça-t-il devant le regard horrifié de sa mère.
-Violents comment ? Pourquoi tu ne nous as jamais parlé de ça ?
-Parce que j'avais honte ! Je voulais réussir à me défendre moi-même, je voulais vraiment !
-Violents comment, Hugo ? redemanda son père, la mine grave.
-Je ne sais pas… Parfois ils me font léviter, parfois ils me lancent des trucs… Ils m'ont frappés, aussi, une fois… L'autre jour, ils m'ont forcé à mettre la tête dans une cuvette et…
-Qui ? le coupa son père, livide. Qui te frappe, Hugo ?
-Pourquoi tu ne nous as jamais rien dit ? Mon chéri, sanglota sa mère en lui pressant la main.
-Je ne voulais pas que vous croyez que je suis faible, répondit-il d'une toute petite voix. Je ne peux pas me défendre quand ils font de la magie… Je suis désolé de ne pas savoir faire de la magie, lâcha-t-il, des larmes dans la voix.
-Hugo, dis-moi qui te fait ça. S'il te plaît."
Les larmes roulaient sur ses joues. Il n'osait pas. Après des années, et même en haïssant Louis du plus profond de son être, il avait toujours peur. Hugo sentait la morve lui dégouliner du nez, mais il n'y avait pas de mouchoir sur la table.
"Hugo… supplia son père.
-C'est Louis, finit-il par lâcher. Et sa bande.
-Ton cousin Louis ?"
Hugo acquiesça en reniflant.
"Je vais en parler à Bill et Fleur. Non, Hermione, protesta son père en la voyant ouvrir la bouche, c'est moi qui vais leur en parler. Ça suffit. Il va… Non, ils vont tous s'excuser. Et le premier qui s'approche de mon fils aura affaire à moi. Depuis combien de temps, Hugo ?
-Le début de la troisième année, répondit Hugo d'une voix blanche.
-Presque trois ans… Tu en as parlé à d'autres gens ?
-Tout le monde est au courant. Le professeur McGonagall a même menacé de la renvoyer plusieurs fois.
-Pourquoi elle ne nous a rien dit, celle-là ? lâcha sa mère avec colère."
Hugo sursauta. Pour autant qu'il se souvienne, sa mère n'avait jamais eu que du respect pour la directrice de Poudlard. Mais elle semblait dans une rage folle, en cet instant. Elle se leva et commença à faire les cent pas, agitant les mains dans tous les sens.
"Quelle idiote ! Mon fils se fait harceler par une bande de crétins et elle décide de ne rien dire ? Ah, elle gère bien la situation, celle-là ! Elle n'arrive même pas à faire en sorte qu'on fiche la paix à mon enfant mais elle préfère la boucler plutôt que d'en avertir les parents ? Elle a eu des dizaines d'occasions de m'en parler, en plus ! Tu sais combien de fois je l'ai vu au sujet d'Hugo ces deux dernières années, Ron ? Huit fois ! Tu ne vas pas me dire qu'elle manquait de possibilités ! Ah, ils sont beaux, les directeurs de Poudlard ! Dans la droite lignée de Dumbledore, ça ! Préférer envoyer des gamins au casse-pipe plutôt que d'essayer de trouver des solutions ! Quelle…
-Hermione ! Je suis d'accord avec toi, approuva le père d'Hugo en tentant de l'apaiser, mais ce n'est pas le sujet. Pas là.
-Il est hors de question que mon fils remette les pieds dans cette école, déclara sa mère, tant que ce gamin est là-bas.
-Même s'il n'y est plus, Maman, je ne veux pas y retourner. S'il te plaît, supplia Hugo en lui jetant un regard misérable, s'il te plaît. Je ne suis pas un sorcier, Maman."
Sa mère ouvrit et ferma la bouche. Elle se rassit à côté de lui et prit ses mains dans les siennes, les pressant comme pour l'encourager à continuer. Hugo soupira et reprit la parole, d'une voix plus basse mais plus calme.
"Tu dis tout le temps que tu as dû te battre pour être une sorcière comme les autres. Moi, je ne suis pas un sorcier comme les autres. Je ne veux pas être un sorcier. Je sais que j'en serai toujours un, tu me l'as suffisamment dit. Mais je veux faire autre chose. Quelque chose que je puisse faire. S'il te plaît, Maman… Papa… Je voudrais vraiment aller dans une école moldue. Et ce n'est pas que à cause de Louis, ou des autres, ajouta-t-il très vite. Je voudrais juste être à ma place… Et je crois que ma place, ce n'est pas à Poudlard…"
Il se tut et baissa les yeux. Le temps ne passait plus. Il se forçait à respirer avec calme.
"D'accord."
Hugo leva les yeux et regarda son père, qui soutint son regard.
"D'accord, Hugo. Je suis désolé que tu ais dû quitter l'école pour qu'on t'écoute enfin. Vraiment, vraiment désolé. Je ne te promets pas que tu vas aller dans une école moldue dès demain, ni même que tu iras dans celle que t'as conseillé ton grand-père. Mais d'accord. Si tu crois que c'est mieux pour toi…
-Oui !
-Alors d'accord. Hermione ?"
Sa mère le regarda et inspira. Sa voix était douce et calme, autant que la main qu'elle passa sur sa joue pour l'apaiser.
"Poudlard a été pour moi la plus belle découverte que j'ai pu faire de ma vie. Moi, je n'étais pas à ma place chez les moldus. J'étais mauvaise en classe, je n'avais pas d'amis… J'ai compris que je n'étais pas là où je devais être à la seconde où j'ai reçu ma lettre d'admission. J'ai tout donné pour cette école, dès que j'ai su son existence. Moi qui ne lisais presque pas, j'ai dévoré tous les livres qu'on m'avait demandé d'acheter pendant l'été. Poudlard m'a fascinée. Le monde magique m'a fascinée. Je m'en veux, de ne pas avoir vu ce qui t'arrivait, Hugo. J'ai cru que tu vivrais à Poudlard ce que moi, j'y ai vécu. Pardonne-moi, mon chéri, de t'avoir forcé à en arriver à fuguer pour que je comprenne enfin. Je suis vraiment, vraiment désolée. Et je ne te forcerai pas à y retourner. À partir de maintenant, c'est toi qui décide."
Elle le prit dans ses bras, et Hugo s'abandonna, enlacé par ses deux parents.
