Chapitre 16 - "Je veux être avec toi."
"Comment ça, c'est toi qui lui a montré ? Qu'est-ce que tu racontes, Al ?"
Albus tentait toujours de reprendre son souffle. Il avait couru depuis le dortoir des Poufsouffle, ce qui faisait un bon sprint jusqu'à la Grande Salle. Lorsque l'annonce de McGonagall avait retenti dans tout le château, il avait compris sur le champ. Il n'avait pas cessé de se traiter d'abruti fini durant toute sa course : donner une carte permettant de s'enfuir de l'école à la seule personne qui avait envie de se faire la malle, mais à quoi pensait-il donc ? Il avait bien vu, en plus, qu'Hugo regardait avec attention les passages secrets qui permettaient de sortir en douce, mais il s'était dit qu'il voulait se promener dans la Forêt Interdite de nuit, ou se rendre à Pré-au-Lard comme lui quelques semaines en arrière. Il n'avait jamais imaginé que son cousin fuguerait !
"Teddy, il m'a donné une carte, il y a quelques semaines, expliqua-t-il d'un ton hachuré. Une carte magique, qui montre tout le château, et où sont les gens, et les passages secrets. Et j'ai donné la carte à Hugo ! Je lui ai montré comment s'en servir, je voulais qu'il puisse s'enfuir si Louis lui tombait encore dessus, tu comprends ?
-Mais t'es stupide ou quoi ?! Albus, sérieusement !
-Je sais, Rose, cria Albus. Je sais ! J'ai pas pensé… Je pensais pas qu'il allait s'en servir pour se barrer ! Je croyais que ça l'aiderait !
-Ah bah ça l'a bien aidé, oui ! Espèce de… D'abruti ! Mon frère est dehors, tout seul ! ET C'EST DE TA FAUTE !"
Rose hurla. Un groupe de seconde années à côté d'eux sursauta, et le silence tomba sur la Grande Salle. Albus était tétanisé. Une fois, en troisième année, Basil avait reçu une beuglante de la part de son père. Il se souvenait très bien de la gêne ressentie à ce moment-là. Elle n'avait rien à voir, en comparaison, avec la honte dont il faisait à présent l'expérience. Il se sentait minable. Il aurait préféré disparaître sur le champ. Rose, hors d'elle, continuait de lui crier dessus.
"-À QUOI TU PENSAIS ?!
-Rose ! cria Augustus. Arrête !
-AH, TU VAS PAS T'Y METTRE, TOI AUSSI HEIN ! TU DÉFENDS TON CRUSH, SÉRIEUSEMENT ?! TU AS ENTENDU CE QU'IL A FAIT ?"
Augustus fit un pas en arrière, comme s'il s'était brûlé. Il était blessé, et la douleur se lisait sur son visage. Albus jeta des coups d'œil tout autour d'eux, mal à l'aise. Tout le monde avait entendu ! Il baissa la tête, essayant de passer au travers du sol de la Grande Salle. Il aurait préféré qu'il ne dise rien, au moins ils se seraient évité cette situation ! Ce mec était définitivement un nid à problèmes. Il ne répondit même pas. S'il ne disait rien, peut-être que tout le monde se dirait que c'était seulement Londubat.
Ce dernier prit une longue inspiration.
"Au nom de notre longue amitié de sept ans et du fait que tu es bouleversée, reprit Augustus entre ses dents, je vais faire comme si tu n'avais rien dit. Je voulais simplement te rappeler qu'il y avait plus urgent que d'engueuler Albus. Si tu veux aider Hugo, il faut que tu ailles tout de suite avertir McGonagall. Et toi aussi, ajouta-t-il en se tournant vers Albus, les joues cramoisies. Tu expliqueras mieux l'histoire de la carte qu'elle."
Albus fit oui de la tête. Rose paraissait interdite. Elle finit par acquiescer et se mit en mouvement, mue par une forme extérieure, à la manière d'un pantin. Albus commença à la suivre, puis se retourna, prit d'une impulsion soudaine.
"Londubat…
-Te fatigues pas, vas, lui répondit Augustus d'un ton mordant. Vas réparer tes conneries."
Penaud, Albus baissa la tête une seconde fois et suivit sa cousine dans la foule.
"Professeur ! Professeur, Albus sait comment Hugo est parti !
-Ah, Miss Granger ! J'allais justement vous faire appeler. Vos parents ont retrouvé votre frère."
Rose s'arrêta net, indécise. Puis elle sembla réaliser que McGonagall disait très certainement la vérité, et fondit en larmes. Elle se froissa comme un morceau de parchemin, et Albus accouru pour la soutenir, le temps qu'elle s'assoie.
"Papa et Maman ont… Mais où ? Comment… ?
-Je ne sais pas grand chose, dit McGonagall en lui tapotant le dos. Votre père m'a fait parvenir un Patronus qui est reparti à l'instant. Ils sont chez vos grands-parents maternels, à Plymouth. Quelqu'un doit venir vous chercher d'une seconde à l'autre pour vous y emmener.
-Comment va Hugo ? demanda Rose d'une voix faible.
-Votre frère est sain et sauf. Votre père a seulement dit qu'il ne reviendrait pas à Poudlard pour le moment, et demande à ce que vous soyez excusée pour quelques jours, ce que je vous aurai proposé de toute façon. Monsieur Potter, dit-elle en levant les yeux vers Albus, pourriez-vous aller chercher les affaires de Miss Granger, je vous prie ?
-Bien sûr, professeur, balbutia Albus."
Il se redressa et avec la plus grande douceur du monde, se dégagea de l'étreinte de Rose, qui sanglotait toujours de soulagement sur les marches de l'estrade. D'un pas chancelant, il se dirigea vers le petit groupe dans lequel il aperçut Maggie. Ils avaient retrouvé Hugo. Lui aussi se sentait libéré d'un poids. La culpabilité qu'il avait ressenti sembla se faire moins forte dans sa poitrine. Au moins, Hugo n'avait pas disparu pour toujours.
Lorsqu'il arriva à la hauteur du petit groupe de septième années, il fut surpris d'y trouver aussi Basil et Eden, qui lui jetèrent un regard grave. Il avait passé la journée à les éviter, se terrant sous sa couette. Sa dispute avec Teddy la veille au soir, et la journée qu'il avait passé à pleurer au lit lui semblaient vieilles d'une dizaine d'années, à présent. Tout s'était accéléré dans une désagréable tourbillon d'événements atroces. Il se sentait même un peu stupide de s'être autant apitoyé sur son propre sort alors que son cousin s'enfuyait du château. Par sa faute.
"Ils ont retrouvé Hugo, annonça-t-il sans préambule. Il est chez les grands-parents moldus de Rose, à Plymouth. Avec ses parents, ajouta-t-il.
-Merci Merlin, souffla Maggie. Il va bien ?
-McGonagall dit qu'il est sain et sauf. Il a fugué.
-Augustus nous a dit."
Albus jeta un coup d'œil à Londubat, qui le défia du regard. Mal à l'aise, il reporta son attention sur Maggie.
"Rose va partir les rejoindre. Elle va avoir besoin de ses affaires, tu les as ?
-Oui, répondit Maggie en ramassant un sac pour lui tendre, bien sûr. Elle part là, tout de suite ?
-Quelqu'un doit venir la chercher d'un instant à l'autre.
-Tu crois que je peux lui dire au revoir ?
-Eh, Maggie, elle va revenir, hein.
-Je sais, éluda la jeune femme, mais je me suis tellement inquiétée… Je suis sa meilleure amie…
-Ok, ok, mais viens maintenant, alors.
-On vient tous, déclara Scorpius d'un ton sans appel."
Pour ce qui lui sembla la douzième fois en quelques instants, Albus traversa la Grande Salle. Maggie courait presque. Derrière, Scorpius, Damian et Eden suivaient sans rien dire. Neela se collait un peu à Basil, qui lui murmurait que tout irait bien, qu'Hugo avait été retrouvé… Albus fermait la marche, à côté d'Augustus. Il n'osait même pas le regarder, les yeux fixés sur l'estrade au fond de la salle. Lorsqu'il surprit le regard sans équivoque d'une quatrième année qui les montrait du doigt, il accéléra le pas pour rattraper Maggie.
"Ah, Monsieur Potter est là ! Et, euh… Il semblerait que vos amis soient venus vous dire au revoir, Miss Granger."
Rose sourit à travers ses larmes et se jeta dans les bras de Maggie. McGonagall se tourna vers Albus.
"Monsieur Potter, donnez donc les affaires de Miss Granger à Monsieur Lupin."
Derrière la directrice, au moins aussi mal à l'aise que lui, Teddy tendit le bras. Albus se pétrifia. Qu'est-ce qu'il faisait là ?
"Je suis venu chercher Rose, expliqua Teddy sans qu'Albus eût ouvert la bouche. J'étais avec Hermione quand Ron est venu la chercher."
Il prit le sac des mains d'Albus, toujour incapable de bouger.
"Je peux te parler ? glissa Teddy à Albus lorsque McGonagall se fut tournée."
Albus hocha la tête. La veille, une éternité auparavant, il lui avait hurlé dessus, en plein milieu du Grand Hall. Il se sentait stupide.
"Attends-moi, s'il te plaît. Dans la salle de classe de la dernière fois. Je dois emmener Rose chez ses grands-parents, je n'en ai pas pour longtemps. Je reviens ensuite.
-Je ne sais pas si… Je ne peux pas… Le château est sens dessus dessous, il va y avoir du monde partout dans les couloirs toute la nuit, ils vont faire trois fois l'appel, répondit Albus d'une voix blanche.
-Je dois te parler, répliqua Teddy. J'avais tort, Al. À propos de nous deux.
-Monsieur Lupin ? appela McGonagall.
-Trouve un moyen, chuchota Teddy en lui ébouriffant les cheveux."
"Il ne va pas venir."
Albus faisait les cent pas dans la salle de classe vide. La lumière de la lune se reflétait sur les pierres blanches. Tout était silencieux. Parfois, la lueur blanchâtre d'un fantôme qui flottait dans le couloir passait sous l'interstice de la porte et Albus sursautait. Il attendait depuis une bonne demi-heure.
Sortir de sa salle commune s'était avéré bien plus facile qu'il ne l'avait laissé entendre à Teddy. En quittant son dortoir, il avait bien entendu Eden remuer dans son sommeil, mais personne ne s'était réveillé. Un simple charme de transparence lui avait permis de se glisser dans les couloirs sans se faire prendre. De toute façon, les professeurs avaient communément décidé qu'ils ne courraient aucune menace, car il n'en avait pas croisé un seul. Hugo avait fugué, la piste d'un potentiel agresseur avait donc été abandonnée. On les avait tous renvoyés dans leurs salles communes après le repas, en leur expliquant qu'ils ne risquaient rien. Quelques premières années avaient paru effrayés, mais la plupart des élèves étaient contents de retrouver leurs lits plutôt que les matelas de fortune sur lesquels ils étaient censés dormir dans la Grande Salle.
Albus hésitait à remonter se coucher lui aussi. Teddy lui avait laissé entendre qu'il n'en avait pas pour longtemps, mais Rose et lui étaient partis depuis plusieurs heures, à présent. Albus se mordit la lèvre. Est-ce qu'une fois de plus, il allait se faire poser un lapin ? Est-ce que Teddy jouait encore avec lui, comme les semaines précédentes ? Pourtant, il y avait quelque chose dans son regard, quand il lui avait demandé de l'attendre, qui semait le doute dans l'esprit de l'adolescent. Il avait l'air sérieux. Décidé.
Albus sursauta. La porte de la salle de classe s'entre-ouvrit et se referma presque aussitôt. Il cessa de bouger, indécis.
"Al ?"
La voix de Teddy avait quelque chose de réconfortant. Albus resta tout de même sur la défensive. Il s'assit sur une des tables alignées dans la salle.
"Je suis là."
Teddy apparu dans son champ de vision, ses cheveux sombres auréolés par la lumière diaphane de la lune qui filtrait par les fenêtres. Albus lui en voulait toujours pour la veille, mais il ne pouvait pas s'empêcher de le trouver d'une beauté terrible. C'était la première chose qui l'avait frappé, lorsqu'il l'avait vu au Terrier, et maintenant elle l'effrayait presque. Il y avait quelque chose de dangereux dans cette façon qu'il avait de le désirer autant.
"Tu voulais parler ? Alors on parle, déclara Albus d'un ton sec.
-Ok…"
Une hésitation dans la voix de Teddy. Il ne devait pas s'attendre à ce qu'il soit aussi froid.
"Écoute, Albus, je suis désolé pour hier. Je ne savais pas… Non, je savais, c'est faux, se reprit-il. Je n'ai pas d'excuse.
-C'est sûr ça commence mieux…
-Je voulais faire ce qui est bien, continua Teddy. J'ai juste oublié que ça ne serait pas ce qui te rendrait heureux, ou ce qui me rendrait heureux.
-Ce qui est bien ?
-Al, tu te rends bien compte qu'un mec de vingt-six ans avec un ado de dix-sept, c'est un peu bizarre, non ?
-Je suis majeur, répondit Albus avec mauvaise fois.
-J'ai dit bizarre, pas illégal. On a presque dix ans d'écart. Il y a des gens qui ne vont pas comprendre, ça. Tes parents, déjà.
-Je ne vois pas trop ce que mes parents ont à voir là-dedans. Aux dernières nouvelles, c'est pas avec eux que tu sors."
Teddy rit. Albus se détendit un peu.
"C'est ça, que je voulais te dire. J'ai compris que je me préoccupais un peu trop de ce qui pourrait se passer, plutôt que de m'intéresser à ce qui se passait. À ce qui se passe. Entre toi et moi. Comme pour cette histoire d'être vus ensemble, et la campagne de Percy… C'était du flan. J'avais un peu peur, je crois.
-Peur de quoi ? De moi ?
-Non, pas de toi, non, rigola Teddy. Tu dois être la chose la plus inoffensive qui soit jamais entrée dans ma vie.
-Je peux être très dangereux, si je veux ! répliqua Albus.
-Ouais, à la manière d'un Boursouflet. Non, reprit Teddy, j'avais un peu peur de ça… De m'attacher… Mais la vérité, c'est que j'ai passé la soirée à transplaner partout pour chercher un gosse qui avait fugué, et je n'ai pas réussi à penser à autre chose qu'à toi."
Le cœur d'Albus manqua un battement. Il n'osait plus dire un mot. Accoudé au pupitre de professeur de la salle de classe, Teddy le fixait. Il devait y avoir un bon mètre entre eux, pourtant Albus avait l'impression qu'il n'était qu'à quelques centimètres tant son regard était magnétique. Présent.
"Je n'ai pas arrêté de me demander si tu allais bien, si tu étais en sécurité. Ou ce que j'aurais dû dire ou faire après que tu sois parti hier. J'ai imaginé cent fois que je te courrais après, quand tu t'es barré.
-Tu ne m'as pas beaucoup laissé le choix, murmura Albus.
-Je ne te demande pas de t'excuser, c'est pas ce que j'essaye de dire. Ce que je veux dire c'est…"
Il soupira, passa sa main dans ses cheveux bleus. Albus ne dit rien, attendant la suite. Son cœur battait la chamade.
"J'avais peur de m'attacher, mais je crois que je le suis déjà, en fait. C'est ça, que je voulais te dire. Et c'est pour ça que je suis là. Je sais, ajouta-t-il, que j'ai agi comme un crétin, et que je t'ai fait galérer, et que j'ai abusé. Tout ce que tu as dit hier, c'était vrai. J'ai réalisé que c'était vrai et maintenant je suis là, parce que j'ai vraiment, vraiment essayé de ne pas avoir de sentiments pour toi, et que j'y arrive pas, et que j'ai vraiment, vraiment voulu faire ce qui était bien, et que ça me bouffe parce que c'est peut-être bien, mais c'est pas ce que je veux.
-C'est quoi, ce que tu veux ?"
La gorge d'Albus était sèche. Il se retenait de se lever et de rejoindre Teddy. Il voulait l'entendre, il voulait être certain qu'une semaine après, il ne se retrouverait pas encore à pleurer tout un samedi dans son lit en prétextant une indigestion.
"C'est toi. Ce que je veux, c'est toi.
-Pour de vrai, cette fois ?
-Pour de vrai. Plus d'excuses, plus de "je sais pas", plus d'hésitation. Je veux être avec toi. Et on verra bien ce qui se passe.
-Attends, j'ai pas bien entendu, répondit Albus en portant la main à son oreille.
-J'ai dit que je voulais être avec toi, dit Teddy en haussant le ton.
-T'es trop loin mec, j'arrive pas à t'entendre."
Teddy rit et s'avança de quelques pas.
"Je veux être avec toi, répéta-t-il encore une fois.
-C'est terrible mais je crois que j'ai un gros, gros problème d'audition là ! Tu veux quoi ?"
Teddy franchit en une enjambée les quelques pas qui les séparaient encore et se pencha vers lui. Le coeur d'Albus cessa définitivement de fonctionner correctement lorsqu'il murmura à son oreille :
"Je veux être avec toi.
-Moi aussi, répondit Albus dans un soupir.
-Ah donc ça va mieux, cette surdité soudaine ? ironisa Teddy en se redressant.
-Chut."
Teddy se pencha un peu et l'embrassa.
Ne vous attachez pas trop, sinon la chute sera dure. I'ma gonna break them so bad...
Bref, nous y sommes. La fin de la 1re partie.
Merci à ceux et celles qui ont pris le temps de lire cette histoire, qui j'espère vous plaît.
Je vais me concentrer sur l'écriture de la partie 2 (j'en suis à 30% aujourd'hui), j'ai besoin d'un gros mois pour terminer.
En attendant qu'Al, Teddy, Rose et Scorpius reviennent vous partager leurs dramas d'adolescents, je vous propose de découvrir à partir du 1er septembre le premier spin-off de cette fic, "Maggie et le grimoire", qui raconte comment Maggie et les autres sont devenus amis en 5e année !
Merci encore pour votre présence et vos lectures. N'hésitez pas à me faire un retour sur cette 1re partie, je suis toujours heureuse de vous lire,
Emojifeu
