Hum, bonsoir, bonjour, boncequevoulez.
Je vis toujours, oui, et même si écrire en ces temps avec le truc en C s'est révélé un peu compliqué... j'avais envie de me dérouiller en vous composant une nouveauté. Voici la nouveauté. Je vous souhaite une bonne lecture ! Je peux donc reprendre à mon aise l'écriture maintenant.
Baignoires et confidences nocturnes
Trois coups insistants contre la porte. Maggie fit semblant de ne pas les entendre, de la même manière qu'elle avait nié les précédents quelques minutes plus tôt. Elle allait se faire enguirlander, encore une fois. Mais la situation était désespérée, elle avait donc le droit de se trouver là.
Trois nouveaux coups insistants contre la porte et un soupir exaspéré les suivit. Paloma posa sa tête contre le bois, tentant de reprendre son calme et se retenant surtout de maudire sa colocataire.
- Sawyer, tu réalises que je sais pertinemment que tu es là dedans ? C'est le secret que l'on découvre en vivant à deux, Si je ne suis pas dans cette pièce fermée à clef, c'est que forcément, toi, tu y es.
Maggie singea sa colocataire en guise de réponse. Fort heureusement une porte verrouillée à double tour les séparait.
- Tu réalises également que tes silences sont encore plus parlants que le reste ? Je sais que tu boudes et que comme je suis la seule présente dans cet appartement, tu dois être en train de faire un fameux transfert d'émotions sur ma douce et tendre personne. Comme d'habitude, tu me boudes moi au lieu de bouder je ne sais qui d'autre... Sauf que, chérie, je n'ai nullement mérité d'être la cible de ton courroux et pire encore, je ne mérite absolument pas non plus d'être privée de bain ce soir ! Moi aussi, j'ai des soucis que j'aimerais dissiper avec un bain bouillant.
Alanguie dans l'eau, la jeune femme se demandait bien comment les problèmes de Paloma pouvait arriver à la cheville de ses problèmes. Elle poussa un peu de mousse avec son pied pour jouer avec l'eau et avec les petits canards de bain qui lui tenaient compagnie.
- Tu connais notre arrangement, choupette... Un bain, un jour sur deux. Pas deux jours de suite. J'ai droit, moi aussi à mon bain. C'est vital.
Pourquoi diable devait-elle avoir une colocataire en doctorat de psychologie ? Cela était bien sa veine. Cinq ans à la côtoyer et Paloma se trouvait toujours là pour l'écouter et pour tester ses cours de psychologie. Bon, elle lui avait évité de dépenser des sommes folles en suivi psy, et lui avait évité au moins deux crises d'angoisse... par mois. Mais elle n'allait pas abandonner sa baignoire chérie. Pas tout de suite...
- Maggie...
Oh. L'utilisation du prénom... la situation devrait donc être un peu plus grave que prévu.
- Et de quel ordre sont tes problèmes exactement ? demanda la squatteuse de baignoire.
- Estudiantin. Crois-le ou non, j'ai été engagée de force dans le dernier projet en date du professeur MacCarter. Elle veut tester une théorie qui allie psychologie et criminologie. Encore une idée particulièrement saugrenue voir rocambolesque, si tu veux mon avis. Ses étudiants de première année vont encore bien déguster.
Maggie ouvrit grand la bouche, comment osait-elle critiquer MacCarter ?! Cette femme était la perfection incarnée ou presque ! Une déesse parmi des profs de bas étages.
- Je te rappelle que j'idolâtre cette femme.
- On en reparlera, mon petit caramel, je t'assure. Mais, parlons un instant sérieusement. Sawyer, tu sais que tôt ou tard, tu vas devoir parler à quelqu'un de ton souci. Et je doute fortement que tu trouves une oreille plus attentive ou expérimentée que ma modeste personne.
Ce point était extrêmement correct, concéda Maggie en glissant dans l'eau pour réchauffer ses épaules et mouillant par la même occasion un peu plus ses longs cheveux bruns. Elle allait devoir parler. Et au temps le faire sans voir Paloma et en étant dans un lieu relaxant.
- D'accord, capitula-t-elle. Mais je reste là où je suis, au moins le temps de t'expliquer.
- Vendu, je vais chercher mon bloc note et un pouf pour m'installer.
Quelques minutes et quelques jurons bien placés plus tard – elle avait cogné son petit orteil contre un coin de porte, Paloma invita sa cliente à verbaliser son problème.
- N'oublie pas, sois sincère et surtout, sois spécifique sur le problème qui te préoccupe. Il faut que je puisse comprendre de quoi tu parles.
Toujours dans son bain, Maggie souffla un instant pour se donner du courage. Pourquoi avait-elle tant de mal de prononcer ces mots ?
- C'est Danvers, prononça-t-elle enfin.
- C'est toujours Danvers, renchérit Paloma en riant derrière la porte. Sois plus spécifique, je viens de te le dire.
- Elle était en cours ce matin.
Un soupir lui parvint de derrière la porte. Paloma n'avait manifestement aucune patience ce soir. Sa colocataire devrait vraiment se détendre, pensa Maggie perfidement. Bon, ok, elle devait avouer qu'elle ne faisait aucun effort pour exprimer ses sentiments confus. Maggie allait reprendre la parole quand Paloma lui coupa la parole pour prendre ce ton docte et un peu maternel.
- Bon, je récapitule, toi et Danvers, vous avez des cours en commun depuis des années. C'est un fait établi. Bien sûr qu'elle était en cours avec toi, rien de neuf sous le soleil ! Maggie, si tu payais nos séances, je suis certaine que tu irais un peu plus vite droit au but, alors concentre toi bon sang de bonsoir... Qu'a-t-elle fait pour te bouleverser ?
- Tu veux que je t'explique oui ou non ? fit Maggie en tapant un petit coup sur l'eau de son bain, s'éclaboussant au passage.
- Si ça me permet d'avoir mon bain ? Clairement !
- Alors laisse moi me concentrer sur mon récit.
Maggie attrapa un essuie de bain sur le radiateur pour sécher son visage. Le souvenir d'une vision d'horreur quelques heures plus tôt lui donna un frisson. Bon, il ne fallait plus tergiverser.
- Danvers avait une énorme trace de baiser sur la main. Du rouge à lèvre carmin sur la main droite.
Paloma resta silencieuse, plus de deux minutes calcula la squatteuse. Maggie fronça les sourcils et se tourna un peu dans sa baignoire pour fixer la porte qui la séparait de sa psy – enfin, colocataire. Que diable se tramait-il derrière cette porte ?
Maggie voulait oublier l'horrible souvenir qui flottait devant ses yeux malgré tous ses efforts pour oublier. Et Paloma n'aidait vraiment pas Maggie en restant silencieuse.
- Et ? fit Paloma derrière la porte.
Maggie se retourna à nouveau dans son bain pour fixer la porte qui la séparait de Paloma avec étonnement. Comment ça 'et' ? La situation était grave. Gravissime même ! Pour ne pas dire totalement désespérée. Paloma n'avait pas dû entendre sa phrase.
- Et... Elle doit être en couple avec madame « je laisse des traces de rouge à lèvres sur la main de mon amante » !
Paloma respira doucement, essayant de rester calme. Maggie avait encore été très rapide dans ses conclusions. Certes, la jeune femme avait des prédispositions pour les enquêtes, mais lorsqu'il s'agissait de sa vie personnelle, elle déraillait complètement.
- Sawyer, laisse moi récapituler. Hier, tu squattais la salle de bain parce qu'elle t'avait draguée éhontément et que tu avais besoin de te refroidir les idées... Tes mots, pas les miens. Cela ne fait pas sens du tout. Elle ne peut pas être en couple. Soyons un peu logique, choupette.
- Elle a changé d'avis, je te le dis, rétorqua Maggie. Elle a compris qu'elle pouvait trouver bien mieux que moi.
- Maggie... gronda la blondinette derrière la porte.
- Ne me sors pas ce ton de reproche, Paloma, je suis en pleine crise d'angoisse comme tu peux le constater. Alors sois gentille avec ta pauvre colocataire adorée.
Paloma leva les yeux au ciel, Maggie l'aurait parié.
- Pas si adorée que ça lorsqu'elle squatte la salle de bain lorsque ce n'est pas son tour. Tu sais, tu pourrais aussi bien lui poser la question demain en cours et la draguer outrageusement à ton tour. Je parie qu'elle n'attend que ça ! Tu pourrais lui poser une question toute simple du genre 'quelle marque de rouge à lèvre utilises-tu ?' par exemple et lui demander si elle pense que ça t'irait bien au teint si tu venais à l'embrasser.
Même sous la torture, Maggie n'avouerait jamais qu'elle en avait rougi de la tête aux pieds en entendant cette simple évocation. Son émoi avait été tel qu'elle en avait même rêvé quelques heures plus tard.
OOO
Le lendemain, Maggie avait toujours des palpitations en pensant à cette drague éhontée que lui avait conseillée Paloma. C'était impensable. Tout simplement. Elle n'avait jamais osé draguer Alex. Ou alors, cela avait été bien malgré elle et elle avait fini par en rougir de honte.
Elle s'installa dans le grand auditoire, à sa place habituelle. Son cahier de notes sous les yeux, elle relisait le cours de la semaine précédente. Elle était enthousiaste à l'idée de continuer ce cours sur la non contradiction. Pour ainsi dire, ces principes lui semblaient parfaits pour cuisiner un criminel un peu retors.
Toute à sa lecture, elle releva pourtant la tête à l'instant même où Alex Danvers entra dans la salle - à croire que son sixième sens lui avait indiqué son arrivée. Maggie fut épatée de la voir débarquer de bon matin. C'était un exploit. Le cours de logique était une matière particulièrement ardue qu'Alex n'appréciait que moyennement. Discrètement, Maggie laissa son regard scanner aussi rapidement que possible sa magnifique condisciple qui traversait la rangée pour s'installer près d'elle. Aucune trace de rouge à lèvres sur les mains. C'était un progrès notoire, nota Maggie avec un certain soulagement. Subrepticement, elle profita de l'installation de la jolie étudiante pour l'étudier de plus près. Tout en feignant de fouiller son sac à la recherche d'un stylo, Maggie inspecta discrètement sa voisine de banc. Aucune trace de rouge à lèvres dans le cou non plus, remarqua-t-elle en dévorant du regard sa nuque. Ce constat était valable aussi pour tous les parties visibles de sa peau. Alex portait sa veste en cuir et elle était tout simplement renversante. Maggie avait toujours bien du mal de se concentrer sur le cours quand Alex daignait venir. Cette fois-ci ne ferait certainement pas exception. Enfin rassurée par l'absence de couleur carmin, elle essaya de paraître aussi naturelle que possible pour entamer la discussion.
- On ne sèche pas les cours de logique ce jeudi, Danvers ? Je suis très impressionnée, commenta Maggie en posant sa main sur sa poitrine de manière théâtrale.
- Il semble que quelqu'un m'a dénoncée, fit Alex en levant les yeux au ciel.
- Oh ? fit Maggie en haussant un sourcil. Comment ça ?
- Oui, eh bien, il semble que mon absence déconcentrait la meilleure élève du cours. Je n'ai pas bien retenu toute l'explication qui me semblait abracadabrantesque si tu veux mon avis. Bref, cette fille, une certaine Palo-quelque chose m'aurait dénoncée. Comme si mon absence à ce cours pouvait lui poser problème.
À bien y réfléchir, à sa grande horreur, Maggie se souvenait vaguement qu'en sortant de la salle de bain, elle avait affirmé à Paloma qu'elle ne pourrait nullement draguer Danvers le lendemain vu qu'elle séchait absolument tous les cours de logique. Le sourire sadique de Paloma aurait dû lui mettre la puce à l'oreille, sa colocataire prévoyait un mauvais coup.
- Tu la connais ? demanda soudain Alex après avoir parcouru du regard la salle de cours. Je pense qu'elle doit faire partie de ta promotion parce qu'aucun de mes condisciples n'aurait eu le culot de le faire.
- Oh, euh, non, pas du tout, bafouilla Maggie tout en maudissant - et remerciant aussi un peu - sa colocataire pour ce cadeau un peu trop empoisonné.
C'était donc ça le plan de Paloma ? Pousser Alex dans sa direction, soit disant pour qu'elle ose faire le premier pas ? C'était bien mal connaître Maggie Sawyer la plus grande nouille en matière de drague de l'univers.
- Tu rougis étrangement. Pas que je m'en plaigne, ajouta Alex avec un sourire diabolique. J'adore faire rougir les filles.
Maggie sentit ses joues et le haut de sa poitrine rougir de plus belle. Ce cours allait être une épreuve en soi. Alex était bien trop proche, non ? Bien plus que d'habitude. Elle pouvait sentir la chaleur de son bras alors qu'elles n'étaient séparées que de quelques centimètres. Comment se concentrer quand un fantasme sur pattes se trouve à côté de soi ? Le cours commençait et elle n'arrivait pas du tout à se focaliser sur les enseignements prodigués.
Pire, Maggie en venait à se demander comment elle avait pu réussir ses années d'université en côtoyant Alex – je suis désirable et sexy et adorable et mignonne et avec un déhanché ravageur – Danvers. La Maggie des année précédente devait peut-être être immunisée contre son charme ? Non, c'était impossible... Bon sang, Sawyer, concentre-toi !
- Tu ne prends pas note, Maggie ? murmura perfidement Perfection Danvers en souriant.
Le cours avait commencé et Alex semblait s'en ficher comme d'une guigne. Pire encore, elle regardait uniquement Maggie qui rougissait encore et toujours, incapable de répondre.
Si Maggie avait pu prévoir le cours des événements, elle aurait pris ses jambes à son cou à cet instant précis. Mais toute à son ignorance, elle avait préféré assister au cours.
Quarante minutes plus tard, à la pause, Danvers s'était étendue en la frôlant et en la regardant droit dans les yeux avec un sourire espiègle. Maggie avait déglutit difficilement avant de regarder Alex du coin de l'œil tandis qu'elle enlevait enfin sa veste en cuir, révélant ses magnifiques épaules dénudée mises en valeur par une jolie blouse sans manche.
Épaule où Maggie découvrit une trace de baiser carmin.
Elle détourna vite son regard, n'osant plus contempler sa voisine.
Son cœur battait trop vite, trop fort. Alex avait une amoureuse. C'était la fin du monde.
Le reste du cours, la jeune latino ne fit que regarder le tableau et écouter studieusement la professeure. Elle se le devait. Elle ne pouvait clairement pas réfléchir. Car réfléchir la mènerait à penser encore et toujours à cette trace de baiser. Elle ne pouvait clairement pas réfléchir sous peine de devenir folle.
Alex la draguait selon Paloma ? C'était possible. Mais totalement invraisemblable aussi. Alex était prise. C'était désormais une certitude acquise. C'était logique. Implacable.
Le soir même, enfermée dans la salle de bain, elle attendait les coups rageurs de Paloma contre la porte. Mais rien. Même Paloma avait une vie en dehors de cet appartement manifestement. Et Maggie n'arrivait pas à s'ôter de la tête l'image de cette épaule pâle, couverte de centaines de tâches de rousseur ravissantes et de cette horrible couleur carmin.
OOO
Elle allait devoir éviter Alex. C'était la meilleure solution.
Oui, c'était probablement pour le mieux.
Éviter de la voir, de contempler sa peau douce, ses jolies lèvres, sa démarche féline et...
Toute à ses pensées, elle commença pour la troisième fois en vingt minutes à se laver, espérant que ses pensées s'adoucissent et redeviennent plus chastes avec l'odeur enivrante de jasmin de son nouveau savon acheté au marché à une certaine Léa. À ce rythme, elle allait devenir folle, mais elle serait également propre comme un sou neuf.
Attablée pour son petit déjeuner, Maggie versa une généreuse quantité de confiture de groseilles sur sa tartine. Le soleil perçait par la minuscule petite fenêtre de la cuisine, inondant la pièce d'une douce lueur dorée. La journée promettait d'être fabuleuse si elle arrivait à oublier Danvers et sa maîtresse sexy au rouge à lèvres carmin. Débarqua alors dans la cuisine une psychologue encore à moitié endormie.
Elle portait son pyjama Snoopy avec son short à paillettes dorées ainsi que des mules léopard et avait les cheveux emmêlés comme si elle s'était battue toute la nuit avec ses couvertures. Paloma le matin était ce que Maggie avait qualifié de tenue TIPTOP – Très Intéressante Pioche Terriblement Originale et Pailletée. Ce qui contrastait énormément avec ses tenues trop sérieuses qu'elle mettait pour aller en cours. Ces tenues là avait plutôt le qualificatif de BCBG-MVTC – Beau Cul Belle Gueule Mais Vraiment Trop Coincée.
- Maggie, tu vas être en retard en cours. Je te rappelle que c'est à dix heures que tu commences et il est déjà neuf heures et demi, annonça Paloma après avoir vérifié leur planning de cours sur le réfrigérateur ainsi que l'horloge murale.
- Eh bien, figure toi que pense m'octroyer une journée de repos, répondit la jeune femme en essayant en vain de ne pas rougir. Tu sais, je pense qu'être trop assidue au cours est lassant et que faire l'université buissonnière est...
- Une mauvaise chose, compléta Paloma en lui coupant la parole. Un crime impardonnable voire passible de la peine de mort. N'est-ce pas ?
Le regard noir que lui lança Paloma était digne de celui d'un tueur en série selon Maggie. Elle tenta pourtant de se défendre en lui faisant un léger sourire forcé – elle devait avoir l'air d'une psychopathe à sourire ainsi.
- Je ne pense pas que l'on puisse vraiment affirmer que cela soit un crime...
- Maggie. Dussé-je t'y conduire de force par la peau des fesses, tu seras à l'heure en cours. En plus, il s'agit du cours de MacCarter. Tu adores, non, c'est pire, tu idolâtres MacCarter, tu le dis toi même. Tu ne peux pas louper un de ses cours...
Se souvenant de la mésaventure d'Alex la veille, elle répliqua.
- Tu vas me dénoncer peut-être ?
Paloma n'essaya même pas de mentir.
- Je l'ai déjà fait pour Danvers, je pourrai aisément le faire également pour toi. Et en fait, je n'aurais même pas besoin de te dénoncer. Elle le saura à la seconde où elle mettra un pied dans sa salle de cours. MacCarter serait tellement déçue que sa chouchoute sèche ses cours...
Maggie eut instantanément un sourire niais en entendant ce commentaire.
- Je suis sa préférée ?
Paloma leva les yeux au ciel.
- Tu te concentres sur la mauvaise partie de mon argumentation. Mais puisque tu aimes tant cette affirmation, je vais te remettre dans le bon contexte. Si tu sèches son cours, cours qu'elle prend tant de plaisir à perfectionner d'année en année, juste pour que vous puissiez devenir les meilleurs criminologues du pays... Apprendre que tu as préféré éviter d'aller en cours parce que tu as peur de croiser Danvers fera de toi son ex chouchoute. Pire... tu seras sa plus grande déception. Elle mise beaucoup trop sur toi et elle en aura le cœur brisé.
Maggie tiqua devant tant d'explications. Elle se demandait pourquoi Paloma avait tant d'informations sur MacCarter. Comment se connaissaient-elles aussi bien ? Non, ce n'était pas logique. Paloma était dans le département de psychologie et étude du comportement. Une seule petite élaboration de cours pour les premières années ne devait pas les avoir rapprochées à ce point.
Oh. Elle venait de comprendre ! Elle était vraiment fatiguée.
- Est-ce que tu es en train d'utiliser tes cours de comportement humain pour me manipuler en prétendant être au courant des sentiments de MacCarter à mon égard ?
Paloma lui fit un clin d'œil.
- Ou pire, tu pourrais être au cœur d'une expérience que je mène de main de maître... Et que tes résultats seront analysés dans ma thèse... MacCarter et moi, complotant dans ton dos, ça serait drôle.
- Ce n'est pas drôle du tout. Je l'aime vraiment bien.
- Tu voudrais vraiment être sa chouchoute, n'est-ce pas ? fit Paloma en riant.
Maggie hocha la tête en souriant un peu, Paloma jubilait devant elle alors elle joua franc jeu.
- Oui. Elle est géniale cette prof ! Bien entendu que j'aimerais être sa chouchoute. Même si c'est idiot d'être le chouchou et que je serais bien ridicule à mon âge de vouloir un truc pareil...
- Alors, ça fonctionne vraiment ? J'arrive à te manipuler ? fit Paloma en souriant diaboliquement en relevant ses cheveux avec insistance.
Maggie voulait répondre non. Néanmoins, elle était parfaitement consciente que cela serait un mensonge. Elle savait que c'était un mensonge et Paloma le savait aussi. Elle détourna le regard avant d'avouer :
- Oui. Contre mon gré.
- Parfait. Tu vas aller en cours ?
- Évidemment.
Sa colocataire semblait extrêmement satisfaite de ses ruses. Elle étalait de la pâte à tartiner au spéculoos sur sa tartine avec délectation. Pour un peu, la jeune Sawyer aurait pu se vexer. Il y avait pourtant bien pire comme colocataire. Dès lors, elle faisait avec ses excentricités – vestimentaires et morales.
- C'est bien. Ton cursus est plus important qu'une fille. Et puis, Danvers sera à l'autre bout du campus.
- Tu essaies encore de trouver des arguments ? Je viens de te dire que j'y allais, pas besoin de me rassurer ! Tu n'as aucune idée d'où se trouvera Alex en plus.
- Peut-être que oui, Peut-être que non.
Maggie fronça les sourcils.
- Paloma...
Le sourire de la psychologue en herbe ne rassura pas du tout la brunette.
- Imagine, je pourrais être celle qui lui fait des baisers carmins et c'est pour ça qu'elle serait à l'autre bout du campus... fit Paloma avant de fuir la cuisine avec sa tartine tandis que Maggie lui lançait un regard outré.
OOO
Le cours du professeur MacCarter portait sur le sens de l'observation qu'un criminologue devait avoir. Maggie n'écoutait que d'une oreille distraite, mais notait scrupuleusement tout ce qui était dit. Les insinuations de Paloma du matin avaient fait du chemin dans son esprit. Maintenant, elle ne pouvait plus voir une seule fille sans vérifier si elle portait du rouge à lèvres et s'il était carmin ou non. Pire encore, la seule question qui lui trottait dans la tête était 'et si Paloma et Danvers étaient réellement ensemble à l'autre bout du campus'.
- Votre sens de l'observation est un instinct naturel. Tous les jours vous observez et faites des conclusions. C'est un sens inné pour tous les animaux. Avant, nous le faisions pour nous protéger des proies qui voulaient faire de nous leur casse-croûte. Aujourd'hui, vous êtes tous munis d'un parapluie car le ciel est noir et nuageux. C'est de l'observation simple.
Et mince alors ! Maggie avait oublié son parapluie. Elle était probablement la seule. Son sens de l'observation, là de suite, elle le maudissait car il ne se focalisait que sur une seule et unique chose. C'était bien sa veine. Observer les traces de rouge à lèvres ne ferait probablement pas d'elle une grande criminologue... Ni une grande prévoyante munie d'un parapluie. Elle allait finir trempée.
Tandis que le professeur MacCarter dissertait pendant plus de deux heures, Maggie, elle, angoissait. Et si la fille devant elle était celle qui volait des baisers à Alex ? À moins que cela soit cette grande brunette aux jambes interminable et possédant un rire cristallin ?
Dans un soupir, elle releva la tête juste à temps pour apercevoir sur le slide que projetait sa professeure qu'un travail pratique allait leur être imposé.
Un devoir, sur l'observation ?! La jeune latino espéra qu'elle ne devrait pas suivre quelqu'un pendant une semaine... les planques pour suivre quelqu'un étaient d'un ennui mortel et cela n'allait certainement pas être plus passionnant que ça.
- Chacun de vous s'est vu attribuer ce que je nommerai ici un élément perturbateur. Dans votre environnement, cet élément est déjà en place. Je ne vous dirai bien entendu pas depuis quand. Mais sachez, pour votre grande information, que pour certains cet élément est présent depuis plusieurs semaines, voir plus d'un mois...
Le sourire de MacCarter était inquiétant. Un rire jaune se propagea dans la salle. La plupart des étudiants savaient que MacCarter était réputée pour ses cours originaux. Mais de là à envisager que depuis un mois elle semait des 'éléments perturbateurs' dans la vie de ses élèves... C'était tout autre chose. Était-il possible d'être aussi piètre observateur pour rater quelque chose pendant plus d'un mois ?!
- Vous avez une semaine, sept jours donc, pour trouver quelle est la chose suspecte dans votre vie. Chacun de vous s'est vu attribuer un élément et un élément seulement. Ne vous attendez surtout pas à quelque chose de flagrant. Vous ne croiserez certainement pas un éléphant rose ou un mammouth. Tout a été fait pour que votre 'détail' soit subtil.
Au moins, pensa Maggie, j'aurai autre chose à penser qu'à Alex Danvers et son rouge à lèvres.
- Vous serez convoqués pour un entretien individuel jeudi prochain. J'ai hâte d'être en tête à tête avec vous.
Ô diantre, il était temps d'ouvrir l'œil et le bon.
OOO
À peine était-elle sortie de la salle de cours, elle tomba nez à nez avec Alex. La jeune femme était aux prises d'un café brûlant dans une main, une pile de livres en équilibre précaire et une immense écharpe.
Maggie savait qu'elle le regretterait plus tard, mais elle se précipita pour aider la jolie Danvers.
- Attends, ne va pas te brûler, dit-elle en s'emparant de l'écharpe qu'elle posa sur son épaule avant de s'emparer du café.
Alex la remercia chaleureusement en rangeant ses livres.
- J'avoue que ma journée était chaotique jusqu'à ton arrivée. Venir au secours d'une fille en détresse est très noble de ta part Sawyer. J'espère néanmoins que tu ne le fais pas avec toutes les filles... je pourrais être jalouse.
Luttant contre l'envie de rougir, la criminologue essaya de nier la dernière affirmation.
- C'est normal tu sais, je ne pouvais décemment pas te laisser dans le pétrin. Je... Je...
Maggie ne savait vraiment plus articuler trois mots cohérents quand elle avait l'impression qu'Alex la draguait. C'était totalement déconcertant.
- Tu peux venir me sauver quand tu veux, continua Alex Perfection Danvers. J'adorerais avoir une princesse charmante qui me protégerait. Mais je demanderai l'exclusivité, sois en certaine. Je pourrai te payer. En bonbon, en nature, en fleurs... tout ce que tu voudras.
Alex lui fit un clin d'œil qui la mit en émoi.
- Je...
Et tandis qu'Alex remettait ses cheveux en place, dans un mouvement lascif et sexy, Maggie aperçu une trace de rouge à lèvres carmin sur l'intérieur de son poignet droit.
- Je vais être en retard en cours. À plus ! dit Maggie avant de s'enfuir.
En s'installant dans sa classe de cours, elle s'aperçut qu'elle avait toujours l'écharpe de Danvers... Ô misère...
OOO
Éviter Danvers tout en cherchant son 'détail' et en réfléchissant sur la manière la plus neutre de lui rendre son écharpe fut ardu. Pour ne pas dire impossible. À chaque coin de rue, à chaque couloir entre deux classes de cours, à chaque petit restaurant où Maggie prenait un lunch, elle croisait Alex et elle paniquait. Tout centimètre carré semblait désormais composé de Danvers.
C'était infernal. À croire que la jeune femme la poursuivait. Ce qui était un non sens. Alex avait bien mieux à faire que de courir après Maggie. À moins qu'elle ne voulait récupérer son écharpe. Écharpe qui à cet instant précis était posée sur l'oreiller de Maggie... Elle n'avait pas encore avoué ce détail à Paloma lors de leur séance confidences quand la criminologue squattait leur baignoire commune.
Se planquer dans la bibliothèque pour échapper à Danvers était l'une des idées géniales de la jeune femme le lundi matin. Elle avait pour ainsi dire passé le week-end à fuir sa colocataire et son crush pour trouver son détail qui, il fallait bien le reconnaître, n'était pas du tout énorme et visible comme un éléphant rose. Chose que MacCarter leur avait pourtant bien expliqué.
- Mademoiselle Sawyer, est-ce bien vous ? fit une vois bien trop familière.
- Danvers ?! fit Maggie en sursautant et lâchant le livre qu'elle tenait en main 'l'Ode à l'observation et au sens pratique'.
- Oui, toujours, je n'ai point changé de nom, répondit la jeune femme avec un sourire contagieux. Salut Maggie. Je suis enfin de retour de stage et je suis ravie de voir un visage familier dans cette foule d'inconnus boutonneux et libidineux.
La jeune femme lui fit un câlin que Maggie accepta volontiers puis se pencha pour ramasser le livre.
- Tu t'es bien amusée en stage Kara ?
- Oh oui, très. Les apprentis journalistes sont des requins sans pitié et flagorneurs et sans âme, mais je pense avoir fait mes preuves en étant serviable, souriante et ponctuelle. Un vent de fraîcheur dans le métier en somme.
Kara surjouait un peu mais elle semblait réellement contente.
- Tu ne les aimes pas beaucoup, hein ? Tes condisciples...
- Non, grimaça Kara avant de se reprendre. Pas vraiment en fait. Mais j'aime le métier, passionnément. Heureusement, parfois, dans la foule de ces êtres sans conscience morale qui étudient avec moi, il y a parfois un vrai journaliste au grand cœur comme moi. Cela me redonne un peu confiance.
Maggie remarqua directement que Kara jouait bien trop avec ses cheveux. Elle devait tenter d'attirer l'attention à leur sujet. Elle ne semblait pas les avoir coupés ni colorés... Essayait-elle de draguer quelqu'un présent à proximité ? Se demanda Maggie. Tout en discutant, elle jeta discrètement un regard à gauche et à droite pour identifier la cible de Kara. Personne en vue... Il était par ailleurs inconcevable que la blondinette puisse la draguer elle. Cela était totalement hors de propos.
- Maggie, je t'invite, nous allons manger des glaces et tu vas pouvoir tout me raconter. Indiqua Kara en la prenant par la main.
Par tous les saints... Est-ce que Mini Danvers essayait de la draguer ?!
OOO
Au fond de sa baignoire favorite, Maggie s'interrogeait sur les récents événements tout en ignorant la partie où Alex avait une conquête au rouge à lèvres carmin et où Mini Danvers semblait vouloir la draguer.
Sa sortie avec Kara avait été parfaite. Elles avaient passé un très bon moment à rire devant leurs glaces – une pêche melba pour la journaliste, une dame blanche pour Maggie – et elles avaient papoté jusqu'à refaire le monde. Ou plus exactement jusqu'au moment où elles durent partir en courant pour ne pas être en retard à leurs cours respectifs.
Trois coups insistants contre la porte. Maggie se crispa et fit semblant de ne pas les entendre,
- Tu es pour le moins casse pied, Maggie. Et encore, je reste polie.
Maggie fixa le plafond, espérant peut-être qu'un être divin se manifeste et la sauve du courroux de sa colocataire.
- Tu sais, j'ai croisé Alex aujourd'hui, continua Paloma.
Cette perfide petite phrase crispa d'autant plus Maggie. Elle n'allait certainement pas céder cependant. Elle voyait clair dans son jeu. Amener Alex dans la conversation n'allait pas la faire céder. Elle resterait silencieuse.
- Elle est vraiment sexy. Cette manière donc elle se mord les lèvres, les décolletés légers mais tentateurs... Tu sais, parfois je te comprends d'avoir un crush pareil pour elle.
Au temps pour elle.
- Tu es une... fit Maggie en se relevant brutalement, manquant presque de tomber vu le fond glissant de la baignoire.
- Moi aussi je t'aime, ma Pavlova, l'interrompit Paloma. Maintenant que tu es debout, dépêche-toi, je dois prendre un bain.
En sortant de la salle de bain trente minutes plus tard, Maggie évita soigneusement de regarder sa colocataire. S'imaginer Paloma et Alex ensemble était particulièrement perturbant et elle ne voulait pas commettre un meurtre...
OOO
Mercredi, Maggie tomba sur Kara.
Littéralement.
Elle marchait en tentant à tout prix de trouver son détail quand, sans crier gare, une blondinette surgit de nulle part, surprit Maggie qui voulut reculer pour éviter la collision. Au même moment, Kara, la blondinette en question, craignant que Maggie ne tombe à la renverse, l'attrapa par le bras et l'attira vers elle avec une force qui surprit la criminologue. Perdant toutes deux l'équilibre, elles basculèrent et Maggie se retrouva étalée de tout son long sur Kara qui atterrit durement à terre.
- Tu vas bien ? demanda Kara avec inquiétude.
- Je devrais te poser la question, fit Maggie sans bouger, encore trop sonnée par cette chute. Tu vas avoir un fameux coup...
Une main familière se tendit vers elle et Maggie releva la tête pour voir le visage inquiet d'Alex Danvers.
- Rien de cassé les filles ?
- Non non, comme neuve, fit Kara comme si rien ne s'était passé en se relevant avec grâce.
- Et toi ? fit Alex en la relevant mais refusant de lui lâcher la main.
- Non. Enfin, je ne pense pas. Mini toi vient de me sauver, fit Maggie tout en essayant d'oublier que sa main était contre celle d'Alex.
- Tu n'as pas l'air en forme. Viens. J'habite juste là.
Tout à son émoi, Maggie accepta de suivre Alex dans son appartement qui se trouvait à deux pas de là. Avec un sourire pour le moins suspect, la blondinette refusa l'invitation de sa sœur aînée.
- Maggie doit avoir eu bien plus mal que moi, prends soin d'elle. Je dois y aller. J'ai cours. Bisous les filles !
Une fois dans l'appartement, Maggie eut froid quand Alex laissa enfin sa main libre. La brunette enleva sa veste en cuir et insista pour faire des crêpes en guise de dédommagement. Maggie accepta d'un signe de tête, craignant probablement que sa voix trahisse son émotion à l'idée d'être seule avec l'objet de son affection.
Elle parcourut la pièce, regardant les quelques photos collées sur le mur et sursauta lorsqu'une main se posa sur son épaule.
- Je laisse la pâte se reposer un peu avant de commencer la cuisson. Tu ne m'as pas entendu. Tu es vraiment dans la lune aujourd'hui.
- On peut dire ça, éluda Maggie.
- Tu sais, Maggie, je suis contente que tu sois ici. Cela fait un moment que j'ai envie de te poser une question.
- Ah bon, fit la criminologue en paniquant intérieurement. À quel sujet ?
Alex plongea ses yeux dans les siens et Maggie se sentit fondre. Grand dieu, elle n'allait jamais sortir vivante de cet appartement. Danvers fit un pas en avant et se pencha légèrement pour enfin poser sa question avec un sourire peu assuré.
- Est ce que tu m'évites ?
- Pardon ?!
- Est ce que tu m'évites de ces temps ci ?
Maggie était certaine de rougir de la tête aux pieds. Elle protesta véhément.
- Mais pas du tout ! Pas du tout mon genre ! Bien sûr que non. Clairement pas. Je ne vois pas du tout pourquoi je pourrais t'éviter.
- Promis ?
- Oui.
Alex lui fit un sourire sincère qui la fit retomber encore une fois et plus profondément amoureuse.
- Je suis contente. Du coup, si tu ne m'évites pas... tu accepterais de passer plus de temps avec moi ?
Dire que la criminologue en resta bouche bée était un euphémisme. Les yeux ronds, la bouche légèrement entrouverte, elle fixa Alex avec une réelle interrogation. Ses précieuses cellules grises avaient quitté le navire et elle n'aurait pas pu additionner un et un même si sa vie en avait dépendu.
- Tu n'es pas obligée de répondre tout de suite... rigola Alex d'un rire un peu jaune. Je peux comprendre que tu as peut-être d'autres... intérêts.
La jeune femme ne lui laissa pas le temps de réfléchir et alla dans son coin cuisine pour préparer les crêpes.
Alors que Maggie tentait de répondre à cette question sans trop trahir le fait qu'elle était éperdument amoureuse de la grande Alex Danvers, cette dernière changea de sujet et ne ramena pas sa question sur le tapis. Elle semblait un peu ailleurs et évitait désormais de regarder Maggie dans les yeux. Tous les sujets y passèrent : la météo, les soirées étudiantes qui faisaient trop de bruit dans le quartier, même le menu des cantines universitaires. Tout cela, au grand dam de Maggie qui avait l'impression d'avoir fait une horrible bêtise.
- Je dois filer en cours, je vais devoir te mettre à la porte, je le crains. Mais merci pour ta compagnie Sawyer.
- Les crêpes étaient fantastiques, fut la seule chose que Maggie fut capable d'articuler en quittant l'appartement.
Alex n'avait même pas mentionné son écharpe... Maggie en était un peu soulagée, elle n'avait pas envie de se priver de son doudou. Pire encore, elle avait besoin d'un bon bain au plus vite. Et vu la quantité de bains qu'elle prenait, elle devait d'abord aller se racheter des savons. Pour se consoler, elle en pris un au cacao, un au jasmin avant de remplir son panier avec un patchouli, un menthe et deux au miel. Ruinée elle allait être, mais diable qu'elle aurait la peau douce.
OOO
La semaine passa à la vitesse de la lumière et Maggie eut l'horrible impression qu'Alex Danvers l'évitait désormais. Non, c'était plutôt que Paloma et Kara lui courraient tellement après qui lui donna cette impression. À chaque fois qu'elle s'approchait à moins de trois mètres de la jeune femme, les deux autres demoiselles s'imposaient dans sa vie.
Pas moyen d'avoir un tête à tête avec la belle Alex.
- Que penses-tu de mon nouveau blouson ? lui demanda Kara un jour.
- Fantastique, répondit elle sans y jeter plus d'un coup d'œil. Ta sœur n'est pas là ?
- Ohhhh, tu cherches Alex ? fit Kara avec un sourire niais.
- Pour...
Maggie paniqua. Il fallait qu'elle trouve une excuse. Bidon. Vite. Euh. Que pouvait-elle dire ? Soudain, elle vit une magnifique rousse dans une robe noire. Cette fille avait les lèvres couleur carmin. Et son monde vacilla.
- Maggie ? demanda Kara. Tu vas bien ?
- Je...
La rouquine était juste fabuleuse...
Son monde s'écroulait.
C'était donc elle, sa rivale ?
Cette plantureuse fille, aux cheveux flamboyants et au sourire ravageur ?
- Houhou, Maggie, tout va bien ?
- Je ne pense pas. Pardonne moi Kara, j'ai... j'ai un rendez-vous pour un cours. Et j'ai toujours un devoir pour MacCarter, je dois y aller. On se voit bientôt, à plus !
OOO
Le jour de sa rencontre avec la professeure MacCarter, elle avait toujours le cœur brisé. C'était logique. Alex était magnifique. Elle méritait au moins d'avoir une fille aussi magnifique qu'elle. Et cette rouquine était juste... un rêve. Si on aimait les filles parfaites et torrides et probablement ennuyeuses à mourir. Elle retint de justesse un soupir lorsque la porte du bureau de sa professeure s'ouvrit en grand.
Elle sourit, probablement d'un sourire un peu figé et rentra dans la pièce. C'était un très joli bureau mais le désordre ambiant rendait le lieu cocasse. Maggie adorait ce bureau. Il était parfait à ses yeux.
Sa professeure avait mis son plus beau tailleur et avait des boucles d'oreilles immenses et colorées qui contrastaient fortement avec son allure.
- Bien, Maggie Sawyer. Je suis ravie de vous voir en tête à tête. Installez-vous près de moi, je ne vais pas vous mordre. MacCarter lui fit un sourire encourageant. Je ne devrais pas vous le dire, mais je mise beaucoup sur vous. Vous semblez prometteuse et je serais ravie de vous compter dans mon cours avancé de criminologie l'année prochaine.
Aucune pression se dit Maggie tout en paniquant. Aucune pression. Elle n'avait rien découvert cette semaine... elle allait rater cet entrevue... avec un peu de chance, elle pouvait être rétrogradée dans l'estime de sa professeure de criminologie préférée.
Voilà, aucune pression aucune.
Sa vie était fichue.
- Merci. Je ne suis cependant pas certaine de mériter tant d'éloges.
MacCarter eut un sourire franc.
- Nous sommes d'accord. En vérité, je vous mets la pression pour que vous vous battiez pour mériter mes éloges. Vos camarades ont pris directement le gros cou, vous êtes tout à fait différente. Un vent de fraîcheur.
- Hum, oui, on va dire ça...
- Parlez-moi de votre détail.
Maggie se tassa un peu sur son siège. Elle ne savait pas comment annoncer à sa professeure qu'elle était son élève la plus pathétique.
- Eh bien...
- Mais encore ?
- Je ne l'ai pas trouvé.
- Merci pour votre honnêteté. J'avoue que je pensais avoir au moins l'évocation de quelques pistes au moins. Je prends donc note que vous n'avez pas trouvé votre détail. Néanmoins, pouvez-vous me dire si vous avez au moins fait des constats ? Comme je vous le disais, vous avez dû, je l'espère, ouvrir l'œil.
- C'est à dire ?
- Vous avez observé votre environnement à la recherche de votre détail , correct ?
- Oui, répondit Maggie sans trop comprendre.
- Dès lors, vous avez dû voir ou constater des choses, même si ce n'était pas votre détail. Parlez-moi de ça.
Deux options s'offraient alors à la jeune criminologue. Elle pouvait se taire et espérer repasser ce cours l'année prochaine. Ou alors elle pouvait parler et se ridiculiser avec ses constats liés à son crush. Parce qu'il fallait être honnête, MacCarter l'avait dit. Mais parler des baisers carmins sur la peau d'Alex serait révéler bien plus que ce qu'elle voulait bien avouer. Et le faire auprès de sa professeure n'était probablement pas la meilleure des idées.
- Vous allez me trouver ridicule, dit elle alors en rougissant.
- Sawyer, à moins de me mentionner que vous voyez des leprechauns à tous les coins de rue et que ceux-ci se déplacent en arc-en-ciel... Je crois que vous êtes tranquille. Parlez-moi de ce que vous voyez. De ce que vous déduisez. Ne partez pas vaincue d'avance.
- Eh bien... si vous insistez. Depuis deux semaines environ, ma condisciple Alex Danvers a sur la peau des traces de baiser couleur carmin.
- Est-elle la seule ? Demanda MacCarter comme si ce constat était tout simplement normal.
- Oui.
- En êtes vous certaine qu'elle soit la seule ?
- Oui, fit Maggie après quelques secondes de réflexion. Oui, elle est la seule. Et sa petite amie est une grande rouquine. Je l'ai vue dans la rue, ce matin, exactement la même couleur carmin sur les lèvres.
MacCarter se pencha en avant, griffonna d'une écriture digne d'un médecin quelques notes puis releva la tête pour regarder Maggie. Elle la regarda bien deux ou trois minutes, dans un silence monacal. La criminologue eut clairement la trouille de sa vie et se liquéfia sur sa chaise.
- Je dois reconnaître que vous m'épatez, jeune fille. Vous êtes la seule à avoir trouvé votre détail, et vous êtes aussi la seule à ne pas vous être rendue compte que c'était votre détail par dessus le marché. Spectaculaire. C'est fantastique.
- Pardon ?!
- Maggie, réfléchissez bien. Je suis certaine que dans votre subconscient, il subsiste une infime partie de vos souvenirs que vous pourriez relier à cette couleur carmin.
Maggie était interloquée. C'était ça son détail, les traces de baisers carmins sur la peau de Danvers ?! Mais il était gros comme une maison, ce détail ! C'était pire qu'un éléphant rose ! C'était un éléphant carmin ! C'était inconcevable. N'est-ce pas ?
Elle réfléchissait à toute vitesse.
Alex et ses traces de rouge à lèvres. Son épaule, sa main, même son genou...
Alex qu'elle évitait comme la peste pour ne pas la voir avec ce rouge à lèvres, mais qui semblait toujours se trouver sur son chemin. Alex ne cherchait donc pas à la croiser pour la draguer... elle était engagée par MacCarter pour la suivre dans le cadre d'un travail universitaire...
Maggie ignorait si cet élément était atrocement triste ou juste triste.
Alex ne la poursuivait pas pour la draguer.
- Alex travaille pour vous et me suivait exprès, déclara Maggie avec une voix morne.
MacCarter eut un immense sourire qui brisa encore un peu plus le cœur de son élève.
- Oui, et je pense qu'elle était très enthousiaste pour ce travail si vous voulez mon avis. Petit indice. Elle n'était pas la seule dans ce projet, concentrez-vous...
Froncement de sourcils. De quoi parlait MacCarter... Maggie avait eu très peu de contacts sociaux récemment. À part peut être...
- Kara ! Kara qui agissait très bizarrement. Qui semblait la draguer dans la bibliothèque... ou qui... non ?! Essayait-elle d'attirer son attention ? Leur chute, toutes ces rencontres... Kara portait-elle du rouge à lèvres ?
Oui, Maggie en avait un très maigre souvenir. C'était fugace, mais Maggie avait cette impression. Et à bien y réfléchir, elle avait aussi vu une autre fille porter du rouge à lèvres alors que sa tenue était TIPTOP... tout en mentionnant qu'elle comptait embrasser Alex. Paloma était dans le coup aussi ?!
- C'est une blague ? soliloqua Maggie, oubliant sa professeure.
- Dites toujours, fit cette dernière en souriant.
- Kara Danvers et Paloma Smith ?
Un soupir de contentement lui parvint aux oreilles.
- J'avais donc misé sur la bonne personne. J'avoue que j'ai douté de vous à un moment lors de notre entretien, mais je pense que vous avez l'œil. Vous n'avez aucun sens de déduction à ce sujet par contre, mais quel œil !
En sortant de son entretien, Maggie se laissa glisser contre un mur et finit les fesses au sol. Heureusement qu'elle se trouvait à l'étage réservé aux professeurs et doctorants... il était désert. Le poids de toutes ses découvertes était bien lourd sur ses épaules et elle ne savait plus par quoi commencer.
Soudain, de longues jambes et des hauts talons à paillettes se trouvèrent devant elle. En relevant son regard elle vit Paloma, son grand sourire et son rouge à lèvres carmin. Maggie soupira.
- Tu le portes dans notre appartement depuis combien de temps ce rouge ?
- Trois semaines, ma choupinette en sucre d'orge.
- Comment...
- Tu as pu ne pas le remarquer ? Tu penses, tu vis, tu respires Alex Danvers. Tu as remarqué les traces de baisers à la seconde où elle les a eues. Tu étais épatante, mais tu m'évitais tellement pour prendre tes bains que tu n'as jamais fait attention à moi ou à mon rouge. Pour un peu je pourrais être vexée, mais tu vas rentrer dans mon mémoire sur l'impact de la concentration sélective. Du coup, je te pardonne.
Paloma lui tapota le haut de la tête.
- Tu sais que je t'ai laissé plein d'indices à l'appart ? Même des indices que je t'ai donné carrément verbalement.
- Tu as dit que c'était pour les premières années que tu bossais avec elle !
- Oui, et tu es au niveau 1 de criminologie avancée. Tu es donc techniquement en première année...
- Paloma... fit Maggie dans un soupir. Tu...
- Oui, je sais que tu m'aimes, ma caille. Mais pour répondre à la question muette que tu me poses, non, tu n'auras pas la salle de bain ce soir. Ce soir, c'est mon soir.
Maggie fit la moue et sa colocataire éclata de rire.
- Tu ferais mieux de trouver ta Danvers, si je peux me permettre, je crois qu'une conversation vous ferait le plus grand bien. Et je ne parle pas de Kara, la pauvre est dépitée que tu n'aies pas remarqué tous ses efforts pour arborer du rouge à lèvres.
Un soupir, une hésitation, une question murmurée suivit.
- Tu l'as embrassée ?
- Quoi ?
- Est-ce que tu as embrassé Danvers pour ce cours ? Alex je veux dire.
- Maggie, parfois je me dis que tu es une piètre enquêtrice. Tu n'as vraiment pas fait attention à ces traces de rouge n'est-ce pas ?
OOO
Après plus de deux semaines sans croiser Alex Danvers, elle était en manque. Même son écharpe ne portait plus son odeur. Elle sentait comme Maggie désormais et avait perdu son intérêt.
Maggie avait envie de la voir, de la croiser, de croiser son regard et de le fuir également, elle avait envie de ressentir encore une fois les papillons dans son ventre et de rougir comme une idiote. Alors la jeune criminologue se décida à enquêter. Certes, c'était les vacances et les étudiants en profitaient soit pour étudier intensivement soit pour faire la fêter jour et nuit. Sa belle lui manquait. Même si le possessif n'était pas à l'ordre du jour et qu'Alex était libre comme tout un chacun. Elle était belle et Maggie avait un crush qui lui lancinait le cœur et certains soirs, l'âme également.
Alors, quitte à être suicidaire ou juste intrépide, elle se présenta à sa porte un soir. Paloma avait commenté sa tenue de MIAM – Magnifique, irrésistible et amoureuse Maggie. Elle espérait que c'était un compliment pour sa robe et ses bottes à cheveux ne ressemblaient à rien selon elle, selon Paloma c'était une rivière brillante...
Elle frappa doucement à la porte de l'appartement d'Alex et pria pour que cette dernière soit bien présente en ce début de soirée. En même temps, elle craignait aussi qu'elle soit chez elle... Qu'allait-elle dire ? Qu'allait-elle faire ? Maggie avait apporté des sushis et quelques boissons ainsi qu'une écharpe qui devait retrouver sa propriétaire.
Une Danvers blonde lui ouvrit la porte.
- Waouw, fut le seul commentaire de Kara après l'avoir regardée de haut en bas.
Maggie se demanda si c'était la soirée légendaire des sœurs Danvers... Elle avait peut-être très mal choisi son jour pour débarquer ainsi.
- Je suis désolée. C'est votre soirée jeu ce soir ? demanda Maggie en se résolvant à rentrer dans son appartement.
- Pas du tout. J'essayais de secouer ma grande sœur pour qu'elle sorte un peu de chez elle et aille rejoindre qui elle avait envie, mais vu ce que je vois, cela aurait été la pire idée de l'univers. Alex, je file ! cria-t-elle en attrapant son sac et son manteau dans ce qui s'apparentait au minuscule hall d'entrée. On se voit bientôt... enfin, si tu survis à cette soirée.
Maggie fronça les sourcils et précisa qu'elle ne venait pas pour assassiner sa sœur.
- Quand elle va te voir dans cette tenue, laisse moi avoir des doutes. Bonne soirée, Maggie. Si jamais tu lui brises le cœur, je t'assassine.
- Joli rouge à lèvres, fit Maggie en essayant de ne pas interpréter les paroles de la blondinette qui arborait un rouge à lèvres carmin.
Kara lui fit un clin d'œil et fila comme elle l'avait annoncé. Elle fut suivie un instant plus tard par Alex qui venait voir qui avait chassé sa sœur. L'aînée des Danvers avait un petit pull prune et un jeans bleu et elle était juste magnifique.
Le regard de la brunette en apercevant Maggie était dûment impressionné. Elle semblait ébahie. Était-ce par la présence de la jeune criminologue ou par sa tenue, il était difficile de le dire. Peut-être un peu des deux, évalua Maggie.
- Waouw. Je...
Aucune parole ne suivit. Juste un regard appréciateur se laissa croire Maggie.
- Danvers, je n'aurais jamais cru te trouver sans voix, essaya de plaisanter Maggie tout en craignant d'avoir imaginé qu'Alex puisse s'intéresser à elle.
- Je... Je te trouve... splendide. Alex semblait avoir perdu la notion du langage. Elle bafouillait. Elle en a bien de la chance la personne pour qui tu as fait ces efforts.
- Je peux entrer ? demanda Maggie craignant de devoir parler avec Alex tandis qu'une bande de joyeux fêtards passerait dans le couloir.
- Je t'en prie.
Maggie entra et sans attendre son reste, elle se dirigea vers le frigo pour y mettre les boissons et les sushis. Dos à Alex, elle essaya de reprendre un peu de courage. Elle était là. Alex était là. Il était temps de parler sincèrement.
- J'ai une question. Enfin, plusieurs questions que j'ai envie de te poser depuis un moment, fit-elle en se retournant.
- D'accord, lui répondit Alex.
- Est-ce que tu m'évites ?
- Coupable.
La criminologue n'essaya pas d'interpréter la réponse. MacCarter avait toujours dit de toujours poser toutes les questions. Avoir assez d'éléments est primordial si l'on veut faire les bons constats. Et manifestement, Maggie était un peu nulle en constat.
- Est-ce que cela a un rapport avec le goûter crêpes de la dernière fois ?
- Peut-être.
Alex ne lui facilitait pas la tâche, mais elle n'allait pas lâcher. Pas maintenant.
- Tu n'avais pas envie de retrouver ton écharpe ?
- Si, j'ai froid dehors sans elle mais j'avais envie qu'elle prenne ton odeur.
Maggie faillit en oublier la question suivante tellement elle fut surprise de la réponse.
- Est-ce que tu me suivais uniquement à cause du projet de MacCarter ?
- Non, fit Alex en se mordillant la lèvre.
Maggie fut distraite encore une fois. Dix secondes tout au plus. Puis elle se reprit. Alex ne portait aucun maquillage et ses taches de rousseur étaient parfaitement visibles.
- Est-ce que Paloma t'a fait ces traces de baiser ?
- Non, fut rapidement prononcé. Non.
- Comment...
Perfection Danvers eut un sourire canaille.
- Je les faisais moi-même. Toujours à des endroits où je pouvais le faire toute seule. Il n'y a qu'une personne qui pourrait déposer des baisers sur ma peau, la seule personne qui aurait mon autorisation et dont j'aurais envie qu'elle le fasse. Juste, je ne suis pas certaine que cette personne puisse avoir envie de le faire.
Alex déglutit difficilement, se mordilla la lèvre encore un peu. Maggie avait un poids sur la poitrine, une sensation de chaleur qui se propageait, sa respiration était plus rapide.
- Je...
- Oui, fit Alex pour l'encourager à parler.
- J'aimerais postuler. J'ignore qui est cette personne, mais personnellement, j'aimerais me porter volontaire.
- Tu accepterais donc de passer plus de temps avec moi ?
- Oui. Oui, tout le temps que tu voudras. J'aurais pu te le dire plus tôt, mais j'étais trop bouleversée par toi que pour oser faire quoi que ce soit.
Alex Danvers avait un beau sourire, c'était un fait établi. Mais son sourire en cet instant était plus beau, plus grand, plus... Maggie s'approcha de la belle Alex pour lui rendre son écharpe et la lui passer au cou.
- Parce que, vois-tu, je pense que je suis sous ton charme depuis longtemps, avoua Maggie. J'ignorais totalement si tu pouvais être intéressée. Et la pensée que tu pouvais être dans les bras de qui que ce soit d'autre que moi était...
- Je croyais que je ne t'intéressais pas, déclara Alex. Et je pense que toute l'université est au courant que je flirtais honteusement avec toi.
- Je ne croyais pas que tu puisses vouloir flirter avec moi et que j'interprétais tes paroles à ma guise.
- Je ne veux flirter qu'avec toi, Maggie Sawyer. Et récemment, certaines nuits, je m'endormais en espérant que ces traces de baisers seraient de toi un jour.
- Chiche.
Leur premier baiser fut le plus doux, le plus simple, peut-être le plus court aussi. Il était une promesse d'autres baisers.
Trois coups insistants contre la porte. Maggie fit semblant de ne pas les entendre, de la même manière qu'elle avait nié les précédents quelques minutes plus tôt. Elle allait se faire enguirlander, encore une fois.
- Maggie, mon petit caramel de beurre salé... fit la voix de Paloma. Tu sais quel jour on est... c'est mon jour de bain !
Maggie essaya d'être la plus silencieuse possible.
- Et toi, tu as une splendide étudiante aux lèvres colorées carmin qui vient d'arriver. Mais si tu veux, je peux dire à Alex que tu n'es là pour personne et que tu aimes plus cette baignoire qu'elle...
- J'arrive !
