J'avais désespérément cru au renouveau avec Lowell. Mon tendre musicien… Mon « premier ». Mon peut-être-futur-tout. Mon avenir potentiel. Pas d'enfant à l'horizon, mais la promesse d'un bonheur tout à fait unique et éternel. C'était la toute première fois que je me sentais réellement vivante depuis que j'étais morte. Belle ironie. J'oubliais la douleur avec lui. Plus de chagrins, de doutes, de solitude, de silences. J'oubliais absolument tout le reste, et il n'y avait plus que lui. Rien d'autre que mon artiste en herbe à moi. Ma nouvelle raison d'être, ce pourquoi je me sentais renaitre. L'étincelle qui m'avait réveillée, embrasée, qui m'avait fait prendre conscience de la beauté que pouvait avoir le monde lorsqu'il était perçu sous le bon angle et avec la bonne personne. « Madame Olivia Tracy » … Peut-être… Ou peut-être pas. Qui nous en aurait empêché, de toutes manières ? C'était juste nous deux contre l'Univers, contre le Destin lui-même. Nous avions survécu au pire. Et nous nous étions trouvés. J'avais de lui comme une plante a besoin d'eau et d'oxygène. Je manquais d'air avant notre rencontre. De soleil. De vie. Ironie quand tu nous tiens… Lowell, Lowell, Lowell… Je ne vais pas bien. Je pense à toi. Je te revois face à Lui. Le Destin. Mon cauchemar personnel. Face à Blaine. Mais pourquoi ? Pourquoi n'ai-je pas pressé la détente ? Imagine, Lowell… Tu serais là. Là, avec moi. A vieillir à mes côtés. Songer à la mort, la vraie, naturelle. Ton nom n'a cessé de résonner dans ma tête depuis ce funeste jour. Et je te revois. Dans la rue. A la maison. Partout. Partout sauf ici. Tu n'es pas là. Tu n'es plus là. Le rêve est mort avec toi. Tout avait pourtant commencé avec toi. Mais c'est seule que j'ai été forcée de continuer. Respire, Lowell… C'est ce que j'ai murmuré en te voyant par terre, en te serrant contre moi. Même si je savais. Et qu'au fond, j'avais toujours su. Su que la solitude m'irait si bien… Un battement de cil et tu avais disparu pour toujours. Plus aucun espoir de retour. Et jamais je ne t'avais dit à quel point je t'aimais… J'aimais à nouveau. Grâce à toi. Ta présence, ton éloquence, tes gestes, tes mots, tes sourires… Tout s'était dissipé en une fraction de secondes. Et déjà, tu n'étais plus qu'un souvenir dans mon esprit meurtri. J'avais Ravi. J'avais Clive. J'avais même Major. Mais je ne t'avais plus toi. Et plus rien ne semblait avoir de sens.

Puis avait débarqué de nulle part mon super-héros anonyme. Mon vengeur masqué à moi. Mon second renouveau, ma raison de me relever. Oh, Lowell… M'avais-tu pardonné d'avoir tourné la page ? D'avoir trouvé Drake ? Drake… Pourquoi n'avoir rien dit sur tes activités, ton travail sous couverture ? Pour me protéger, bien sûr… Toi et Lowell aviez ça en commun ; ma protection passait avant tout le reste. Mais qui prenait soin de toi, pendant ce temps-là ? Moi… ? Je n'en sais rien. J'aurais voulu savoir, pour te sauver avant qu'il ne soit trop tard… J'ai toujours réagi trop tard. On dirait presque une malédiction. Mais dans le fond, n'étions-nous pas tous maudits dès le début, nous, les morts-vivants ? Avions-nous réellement droit au bonheur, ou étions-nous condamnés à nous bercer éternellement d'illusions ? Je revois ton doux visage, Drake, à chaque fois que je ferme les yeux. Je te revois. Je revois nos moments les plus heureux. Je me revois dans tes bras lorsque j'avais peur la nuit, mais aussi mes doutes, les craintes refoulées, cette inquiétude que j'éprouvais à l'idée que tu me fasses du mal alors qu'en réalité, il n'y a que moi qui m'en suis fait. Tu me protégeais, c'est tout. Et tu protégeais Seattle de la cruauté de l'un des plus grands tyrans de la ville sans que je le sache. Comment faisais-tu pour supporter ce fardeau ? Toi, tu avais dû te sentir très seul, et tu avais sans doute peur. Moi, je commençais malheureusement à croire que tu avais trompé mon jugement. Jamais, au grand jamais, je n'aurais dû douter de toi, de ton courage, de ta bienveillance et de ta détermination à éradiquer le mal. Mais c'était davantage en moi-même que je n'avais pas confiance. En fermant les yeux, je visualise ta mort chez Max Rager, que j'ai provoquée en te tirant une balle dans la tête. Les gens ont beau me répéter inlassablement que ce n'était pas de ma faute et que tu étais déjà parti, je me sentirais toujours coupable de ne pas avoir cru suffisamment en toi. Peut-être serais-tu encore en vie aujourd'hui, peut-être serions-nous mariés et filerions le parfait amour, peut-être… Ou peut-être pas. Personne ne le saura jamais, car les restes de ton corps reposent à jamais sous les débris de Max Rager. J'ai au moins eu le privilège de dire au revoir, d'une certaine façon. Ce n'était peut-être qu'une simple hallucination, mais cela m'a paru bien réel, comme tout ce que l'on a vécu ensemble. Je t'ai d'abord sauvé la vie, alors que je m'y attendais el moins, je suis tombée pour toi, et la chute n'en a été que plus douloureuse lorsque j'ai réalisé que je t'avais perdu pour de bon. Ce n'était pas juste, après tout. Tu méritais plus que quiconque de couler des jours heureux, que ce soit avec ou sans moi. J'aurais préféré que tu me quittes plutôt que tu me quittes. Il y a des jours où j'aimerais pouvoir revenir en arrière, ou t'oublier afin de ne plus souffrir, mais il s'agit de mon fardeau à moi. Et voilà que deux ans plus tard débarquait dans ma vie celui avec qui je croyais terminer mes jours.

Levon.

Tu étais un hors-la loi, certes… Mais tu faisais les choses bien et rendais le monde meilleur en sauvant de parfaits inconnus qui sans toi seraient certainement décédés aujourd'hui. Mama Léone avait vu tout cette bonté qu'il y avait en toi, tout ce que tu avais à partager, que tu étais désireux d'offrir mais dont tu n'as pas eu le temps de faire don à cause de Fillmore Graves. A cause de moi. Encore et toujours à cause de moi. Tu voulais protéger la voie ferrée, protéger Renégade de Chase Graves et de sa maudite guillotine. Et tu l'as fait en y laissant la vie car sans toi, c'est moi que Chase aurait éliminé afin de « montrer l'exemple », comme il le disait si bien. Je le détestais sans doute autant que je me suis haïe suite à ta mort. Tout ce que tu avais pour les zombies clandestins, pour Isobel, pour moi… Tout m'avait semblé avoir disparu dès l'instant où je t'ai vu te faire assassiner. Le Destin nous avait poussés l'un vers l'autre pour ensuite nous séparer brutalement pour toujours. Oh, comme je regrette, Levon, si tu savais… Tu étais la perfection incarnée et j'avais beau chercher, il m'était impossible de te trouver le moindre défaut. A part peut-être celui de m'avoir trop aimée. Sans moi, tu serais toujours là, tout comme Lowell, tout comme Drake. Sans moi, tu aurais fondé une famille et, qui sait, tu serais peut-être redevenu humain et aurais eu des enfants avec une personne qui ne t'aurait pas constamment mis en danger par le simple fait d'être avec toi, de te connaitre. Tu as supporté mieux que personne mes changements d'humeur, mes colères, mes états d'âme… Tu me soutenais dans chacun de mes projets les yeux fermés et lorsque je craignais de ne pas être à la hauteur ou de faire un faux pas, tu étais là pour me rassurer, quoi qu'il arrive. Tu étais le petit ami rêvé, et je suis persuadée que tu aurais fait un époux fantastique. Tu aurais pu jeter ton dévolu sur n'importe quelle fille moins instable, alors pourquoi moi ? Je suppose que le cœur a ses raisons que la raison ignore… Mon Levon, j'ai vécu avec toi des moments merveilleux, inoubliables. Et je n'ai jamais pu t'en remercier comme il se doit. Mais je t'aimais plus que tout… plus que ma vie. Enfin, ma « vie » … Façon de parler, bien sûr… Avec toi, je me suis révélée au grand jour, j'ai découvert qui j'étais réellement et jamais je ne me suis sentie aussi bien. C'était mieux que lors de ma période « cardiologue ». C'était même infiniment mieux. Au-delà de tous les mots. Jamais je ne pourrai t'oublier, je le sais. J'ai eu la chance, le privilège de partager ta vie alors que certaines personnes ne connaitront pas cela.

Et me voilà aujourd'hui totalement métamorphosée. Je ne suis plus la petite morte-vivante craintive qui a peur de sa véritable nature et qui ne veut pas se dévoiler. Sans forcément vous en rendre compte, vous m'avez tous les trois permis d'évoluer, de devenir une meilleure version de moi-même. Lowell, Drake, Levon… Trois hommes qui m'ont appris à me faire davantage confiance au fil des années, à ne plus avoir peur de celle que j'étais devenue. Et ça, Major m'a permis de le confirmer.

Jamais je n'aurais pu imaginer que nous finirions par revenir définitivement l'un vers l'autre, que nous étions destinés à être réunis pour le restant de nos jours. Il s'en est pourtant passé, des choses, entre notre premier baiser et nos retrouvailles quelque peu mouvementées suite à l'explosion de la morgue où je travaillais… Le jour où j'ai perdu la vie après cette fête sur le bateau, je me suis dit que jamais nous ne pourrions partager un avenir concret à cause de ma condition. Mais au fil du temps, le Destin nous permettait de nous rabibocher maladroitement et malgré nos nombreux différends, nos sentiments l'un pour l'autre n'en ont pas tari. Au contraire, ça n'a fait que renforcer notre détermination, et je n'ai jamais eu le cœur aussi brisé que le jour où j'ai reçu le message de l'homme de ma vie dans lequel il m'annonçait qu'il allait héroïquement se sacrifier au nom de la liberté en trahissant Fillmore Graves et Enzo Lambert. A cet instant, je me souviens avoir voulu que la déflagration m'achève, me carbonise, me réduise en cendres afin que les couteaux invisibles qui se plantaient dans ma poitrine cessent de me faire atrocement souffrir. Peut-être as-tu cru, toi aussi, que j'y étais passée… Comment t'es-tu senti ? As-tu eu autant envie que moi d'en finir ? Peut-être… Je ne le sais pas, car je n'ai pas jugé utile de te le demander lorsque nous nous sommes retrouvés au quartier général des opérations de la voie ferrée plus si clandestine que ça. Cette fois-ci, j'ai su que j'avais un avenir, que j'avais enfin droit à ce bonheur que je pourchassais depuis des années. Et qu'au fond, ça avait toujours été toi. J'ai connu d'autres hommes qui m'ont fait vivre des tas d'expériences époustouflantes, mais j'imagine qu'il existe une bonne raison pour que nous nous retrouvions ainsi. Je me rappelle de nos violentes disputes, nos désaccords, cette haine qu'il y avait parfois entre nous, pour ensuite se transformer en un amour plus puissant que toute autre chose au monde. Je suis devenue une zombie alors que je croyais que ma vie était absolument parfaite, ignorant que c'était ce qui me ferait grandir. Lorsque tu as failli mourir, je t'ai transformé. Puis, tu es redevenu humains et cela s'est compliqué entre nous. Mais quand tu as perdu Natalie et que tu as voulu la venger, tu as à nouveau changé en demandant à Chase de te griffer. Tu es un cas exceptionnel, Major, dans tous les sens du terme. Tu m'as fait rire, vibrer, pleurer, crier, rêver. Tu m'as fait vivre. Et tu m'as attendu. Toutes ces années, chaque action que tu faisais me ramenait peu à peu vers toi. Tu m'as protégée de Blaine, de Fillmore Graves, d'Enzo, des Nettoyeurs… Tu as été mon prince charmant. Tu l'es toujours. Et tu le seras à jamais, car c'est avec toi que je suis désormais. C'est à tes côtés que je veux m'endormir chaque soir, m'éveiller chaque matin, c'est toi que je veux embrasser passionnément jusqu'à en perdre mon souffle, que je veux entendre rire à mes blagues pas si drôles. C'est toi, Major, et personne d'autres. Nous sommes peut-être déjà « décédés » mais entre nous, la mort nous va si bien…