HELLO AGAIN, enfin j'écris et je poste du vrai nobamai où c'est pas juste un amour à sens unique ! C'est vraiment un de mes ships préférés (dans le top3 de jjk en tout cas c'est sûr), et je suis très fière de constater que sur le fandom français il y a en a plus que du nobamaki ? (même si elles sont valid too et que j'en connais qui ont écrit du nobamai à contre-cœur kinda... aeli im looking at u) go my friends
J'ai commencé cet OS il y a 500 ans lors d'une session écriture avec la team habituelle CATHARSIS, Aeliheart974 et eating-flowers ! Merci à elles pour les ww et la motivation ! Je vous aime fort
Cette fic est un UA Evangelion, mais en vrai j'ai envie de dire qu'il se passe pas grand-chose et qu'on est plus dans le côté "oh c'est horrible des enfants envoyés faire la guerre" plutôt que le côté technique des EVA et compagnie. En gros, tout ce que vous avez à savoir, c'est que les EVA sont des sortes de robot géants vaguement vivants qui doivent être synchronisées avec un pilote pour être utilisées et que les pilotes doivent avoir l'âge des EVA, ce qui explique la moyenne d'âge si basse. Et il y a une guerre contre des créatures appelées les Anges. Voilà !
Je signale également la présence de sukukamo dans cette fic, qui va de paire avec le nobamai parce que Nobara et Sukuna sont des besties qui ont des goûts chelou (ou bien c'est Mai et Kamo qui ont des goûts chelou ? Les deux fonctionnent).
warning : thèmes liés à la guerre (typique de jjk et evangelion), nobara a 15 piges mais son but dans la vie c'est de boire du champagne tous les jours, Sukuna... est ce qu'il est, Shoko est la seule adulte présente et n'est pas une figure d'autorité idéale
J'ai écrit cet OS en écoutant presque exclusivement Sweet Trip ! Good shit
Bonne lecture !
i.
Ils sont en classe quand l'alarme sonne, et Miwa, dont l'intuition est plus aiguisée que celle tous ses camarades réunis, soupire et range son classeur au moment même où les premières notes lui coupent la peau. C'est comme sentir un hérisson grandir dans sa boîte crânienne, une expérience douloureuse et qui vous donne l'impression que vous allez mourir, mais qui vous rend aussi un peu curieux. Miwa l'est, du moins.
Elle donne un coup de coude à Momo, qui est déjà à moitié debout et prête à insulter quelqu'un (n'importe qui, vraiment), et Momo se retourne vers elle, l'air fatigué et las. Un je sais, je sais dans le regard.
Mais tout le monde sait déjà.
— Je suppose que le cours s'arrête là, dit Utahime, haussant les épaules comme s'ils n'étaient interrompus que par un problème technique sans importance. Ne quittez pas la pièce, comme d'habitude.
Et tout le monde sait déjà. La ville s'enfonce sous terre et les cliquetis de derrière les murs forment une mélodie distordue et étrange, et Miwa en a presque la nausée. Elle regarde ses mains et constate qu'elles tremblent. Si Kokichi avait été là, peut-être aurait-elle été plus apaisée. Elle n'est pas la seule à faire preuve d'agitation.
— Ils envoient combien de pilotes ? demande une fille, derrière elle.
— Les trois, je suppose. L'alerte a été si soudaine.
— Ça fait des mois qu'ils envoient les trois.
— Mais là c'est différent, il paraît que—
Elle s'interrompt et son regard remonte le long de la classe, transperce Miwa pour s'arrêter sur une silhouette un peu plus loin, qui n'a pas même changé de position depuis le début de l'alarme. Son visage est paresseusement affalé contre sa paume et Miwa peut deviner l'éclat d'irritation qu'elle a dans le regard.
— Il paraît, reprend la fille, plus bas, que Zenin Maki a été grièvement blessée lors de la dernière mission.
Mai ne change pas de posture, mais il est évident qu'elle a entendu. Elle ne quitte pas des yeux l'écran de son vieux portable et fait finalement claquer sa langue contre son palais. Sûrement pour détendre l'atmosphère, on leur passe une chanson de Mariya Takeuchi. Même Utahime semble trouver que c'est de mauvais goût. La pièce est enfin immobile et tout le monde se met à papoter, mais Mai ne bouge pas d'un pouce et Miwa n'oublie pas le hérisson.
— — —
Les choses se passent comme elles se passent toujours : rapidement mais difficilement, et avec l'illusion de n'être qu'un rêve une fois qu'elles sont passées. Voyez-vous, Nobara n'est pas exactement une rêveuse, aussi quand elle se casse le cul à essayer de sauver des tas de vies de parfaits inconnus, elle aime bien qu'on lui témoigne le respect qu'elle mérite. Et pas autre chose. Pas ça, en tout cas.
— Très bon travail, dit Shoko sans enthousiasme. Ton taux de synchronisation était plus élevé que d'habitude, Nobara. Continue comme ça.
Parce qu'elle n'est pas une héroïne de dessin animé ou n'importe quelle connerie du genre, d'accord, elle est une personne réelle de chair et de sang et de fierté, merci bien, elle mérite plus que ces histoires de taux de synchronisation. Et puis si elle venait de la fiction, elle serait aussi mieux traitée, pas vrai ? On lui servirait du champagne ou n'importe quelle merde du genre.
Elle fait part de son idée et Shoko, étrangement, n'approuve pas.
— Tu es encore mineure, dit-elle sans trop y croire.
C'est l'hôpital qui se fout de la charité, mais Nobara n'est pas là pour attaquer les gens. Elle est là pour obtenir son dû.
— Une goutte, dit-elle. Et je ferais de vrais efforts pour cette histoire de synchronisation.
Elle n'a jamais aimé les essais. Être à l'intérieur d'une EVA n'a de sens que lorsqu'un Ange apparaît. Combattre permet à son esprit de se libérer des inconforts du métier. Premièrement, le fait qu'elle reste dans une capsule remplie de liquide.
— Sois raisonnable, sourit Shoko (qui boit probablement depuis qu'elle a douze ans).
— Non, dit Nobara (c'est une réponse raisonnable de la part d'une enfant de quinze ans à qui on demande de sauver le monde, et si ce n'en est pas vraiment une, c'est la réponse la plus raisonnable qu'elle puisse donner).
— Bien, je verrai ce que je peux faire. Mais revenons à cette histoire de taux de synchronisation. Tu dois me promettre de t'y mettre sérieusement.
— Je ne fais pas de promesses, Madame, répond insolemment Nobara.
— Il va falloir en faire à un moment ou un autre, répond Shoko avec un haussement d'épaules. Mais je crois que ça aidera à te motiver.
Elle désigne de la main la porte de sortie de son bureau, le seul coin de la pièce qui n'est pas recouvert d'écrans et de fils partout, de boutons qui clignotent sans arrêt. Comme si on avait attendu son signal, la porte s'ouvre, et entre la dernière personne que Nobara a envie de voir. Une fille sans histoire, qui ne cherche pas à en avoir, mais qui parvient tout de même à lui piquer la vedette.
— Oh, d'accord, souffle-t-elle entre ses dents serrées. Je veux bien jouer un peu, d'accord.
Personne ne lui répond.
— — —
— Cette idiote n'arrive même pas à garder le contrôle de son EVA, dit Nobara, s'interrompant pour enfouir une poignée de chips dans sa bouche. Elle est encore plus nulle que moi mon premier jour.
— C'est un vieux modèle, dit Megumi, qui n'est pas du genre à trouver des excuses aux autres mais qui aime que les choses soient exactes (dans une certaine mesure).
— Elle va sûrement s'améliorer, dit Yuuji. Donne-moi tes chips, Kugisaki.
— J'avais demandé en premier, fait Sukuna en lui prenant le paquet des mains. T'en veux, Noritoshi ?
— On va se faire prendre, répond ce dernier, qui n'a pas quitté la porte des yeux depuis au moins un quart d'heure
— Mais non, relax, dit Sukuna en passant son bras autour de son épaule sous le regard affligé de Nobara. Tout va bien se passer, profite donc.
Nobara aurait aimé qu'il ne dise pas ça. Il est bien connu que dès que Sukuna prononce cette phrase (tout va bien se passer), c'est exact inverse qui se produit (tout se passe affreusement mal), et elle ne peut même pas en vouloir à l'univers de réagir de façon si prévisible à chaque fois parce qu'elle aussi, si elle avait le pouvoir de prouver à Sukuna qu'il avait tord dès qu'il ouvrait la bouche, réagirait de cette même façon.
Noritoshi, qui n'est là que parce que Sukuna a déclaré il y a trois jours qu'il se donnait une semaine pour l'embrasser et le rendre si fou de lui qu'il lui cédera toute sa fortune en moins de deux, a l'air d'arriver à la même conclusion. Il ne réagit pas à la touche de Sukuna, mais quitte finalement la porte des yeux pour accepter les chips qu'on lui tend.
— Et le champagne ? demande finalement Yuuji.
— T'habitue pas trop, renifle Sukuna en désignant le carton derrière lui.
Il l'attrape et le fait glisser jusqu'à eux, puis retire sa main de l'épaule de Noritoshi pour passer à l'étape supérieure (ses propres mots), qui consiste simplement à s'allonger et laisser sa tête reposer sur ses genoux. L'expression de Noritoshi est illisible dans la pénombre, mais il finit par soupirer et lui passer une main dans les cheveux. À ce moment précis, Nobara sait qu'il est fait comme un rat et que Sukuna remportera son pari.
— Occupe-toi de le déboucher, dit Yuuji à Megumi. Je m'occupe de la lampe de poche et des histoires d'horreur.
— Quelles histoires ? fait Megumi. Débouche-le toi-même, je sais pas comment faire et j'en veux même pas.
Yuuji sort la lampe du carton et l'allume, amenant la lumière sur son propre visage, qu'il garde sérieux pour une question de principe. C'est le début d'un de ces films d'horreur, pense Nobara. Ça ne lui déplaît pas.
— Les histoires qui foutent les jetons, reprend Yuuji. Allez, Fushiguro, ça va être fun. On est dans une salle de classe en pleine nuit—
— Et en toute illégalité, précise Noritoshi.
— Et on ne peut pas se permettre de prendre ça à la légère ! termine Yuuji. Il y a des règles. Une salle de classe la nuit, c'est l'idéal pour ce genre de truc.
— Il dit ça mais il va flipper en premier, vous allez voir, fait remarquer Sukuna, un immense sourire aux lèvres.
— Oh, tu serais surpris. Junpei m'en a raconté de belles.
Nobara n'en doute pas une seconde. Comme personne ne semble prêt à bouger son cul, elle se penche elle-même et attrape une bouteille de champagne dans le carton. Il y en a en réalité deux, et elle est prête à les boire elle-même si personne d'autre ne s'y met. Tant pis pour eux, tant mieux pour elle.
C'est Sukuna (probablement avec l'aide de Noritoshi et de Shoko) qui les a ramenées. Il lui a fait comprendre qu'elle lui en devait une, mais Nobara lui a ri au nez. J'ai sauvé la vie de ton frère trois fois rien que le mois dernier. Si quelqu'un est endetté ici, c'est pas moi, merde.
— Éclaire-moi, ordonne-t-elle.
Car il n'y a pas une once de lumière, dans cette fichue salle. Les stores sont terriblement fonctionnels, la porte est lourde et épaisse, il n'y a pas de trous ou de fissures, juste des limites infaillibles. Les lumières de leurs portables ne sont pas très efficaces, mais le rayon de la lampe est bien plus puissant. Les mains dégoulinantes de lumière, leur teinte dorée donnant à Nobara la soudaine sensation d'être une déesse, une vraie, une immortelle, elle se sent sourire.
Ils sont tous assis sous les bureaux, et lorsque le bouchon pop, personne n'en voit la trajectoire. Le liquide déborde immédiatement de la bouteille et crépite sur sa peau avant de terminer sur le sol, où il coule dans l'ombre. Mais là, dans la lumière, près d'eux, Nobara le voit trembler. Elle amène la bouteille à ses lèvres et prend une première gorgée.
C'est amer. Elle fait semblant d'adorer.
— On n'a rien pour nettoyer, dit Yuuji.
— Les agents de ménage sont là pour ça, dit sèchement Nobara. Pas notre problème.
— Comme elle est méchante, ricane Sukuna. C'est le début de ton histoire d'horreur ?
Nobara fait semblant de lui tendre la bouteille, avant d'en renverser une partie sur lui lorsqu'il tend son bras. Noritoshi, également touché, pousse Sukuna de ses genoux, comme s'il n'était qu'un vieux sac à patates.
— Tu veux que je commence ? demande Nobara.
— Et je te rappelle que prononcer le nom de Maki ou Mai te disqualifie automatiquement, précise Yuuji. On connaît tous ton obsession pour l'une ou l'autre, mais il faudra te contrôler un peu pour cette fois.
— Me prend pas pour une débutante, Itadori.
Elle en a, des histoires flippantes. Mais ce ne sont pas celles qui font le plus peur. Nobara ne peut pas leur demander de comprendre. Yuuji et elle sont les seuls à comprendre. Et Sukuna peut raconter ce qu'il veut, il n'était pas là, lui, quand ils ont ouverts la capsule de Maki, il y a deux semaines.
— On veut du grand frisson, Kugisaki, dit Sukuna en souriant de plus belle. Sors le grand jeu.
— — —
— — —
ii.
Une semaine passe, la chaleur arrive (l'uniforme d'été avec), mais Mai est toujours aussi nulle et Nobara toujours aussi irritée quand elle la croise. On lui dit de se calmer. Que Mai est meilleure qu'elle en corps à corps et avec les armes, que son corps est plus résistant, son entraînement plus efficace.
— Alors pourquoi elle craint ? demande Nobara à Shoko, un dimanche après-midi, à l'extérieur de la base.
Nobara est adossée contre l'immense mur en béton, et observe la nature monter en crescendo devant elle. Shoko est assise sur un banc, près d'elle, et fume une clope d'un air vide. La campagne, visible de l'autre côté de la route, siffle et s'ondule sous la boule de chaleur qui tombe du ciel.
— Elle ne craint pas.
— Elle ne contrôle pas son EVA.
— Ces choses-là prennent du temps. Tu as hérité d'un modèle plus simple à manier, avoue Shoko.
— Maki le faisait sans problème.
Shoko hausse les épaules.
— Ces choses-là sont dues au hasard.
Mais Nobara n'y croit pas. Mai est un boulet, voilà tout. Elle fait semblant de tout savoir mieux que tout le monde, mais elle n'est capable de rien. Avec le temps, elle devrait savoir : à chaque fois que Mai a pris le relais, ça s'est passé comme ça. Même Sukuna a de meilleurs résultats qu'elle, alors qu'il admet sans honte qu'il n'essaye même pas.
— Les efforts jouent aussi…
— Bien sûr, je ne dis pas le contraire. Mais tu ne peux pas reprocher à Mai de ne pas faire aussi bien que Maki, qui est naturellement compatible avec son EVA.
— Ah ouais ? Regarde-moi faire, ricane Nobara.
Shoko soupire, et écrase sa clope avant de la jeter dans la poubelle au bout du banc. Elle semble fatiguée, note Nobara, mais ils le sont tous, et elle s'inquiétera des autres lorsque les autres s'inquiéteront d'elle. Il y a probablement des années à attendre avant ça.
— Ne sois pas trop dure avec elle, ajoute néanmoins Shoko.
— Je serais avec elle juste ce qu'il faut.
— — —
Ils sont arrivés tous les trois en même temps — Nobara, Maki, Yuuji —, et même si ce n'était pas tout le temps eux trois, Nobara était toujours là. Peu importe que Megumi remplace Maki pour un cas d'urgence, que Sukuna soit appelé quand Yuuji est à l'hôpital, Nobara est celle qui reste toujours. Elle n'a pas de remplaçant. Son EVA, la troisième, est plus rapide et plus efficace, la protège mieux, fait tout mieux. En contrepartie, elle demande une parfaite synchronisation, qu'aucun autre sujet test n'a été capable de retrouver. Ce n'est pas un réel problème : Nobara n'aime pas prêter ce qui lui appartient, qu'il s'agisse de son jogging préféré ou d'une arme militaire derniers cris. L'EVA-003 est pilotée par elle et elle uniquement.
C'est une forme de fierté un peu stupide qui l'empêche de faire face à ce qu'elle ressent vraiment, ce qui n'est probablement pas la bonne façon d'opérer, mais Nobara imagine que les gérants de leur programme n'auraient rien à gagner à leur payer un psychologue (qui en concluraient probablement que ce qu'ils font n'est juste pas saint et qu'on ne devrait pas, sous aucun prétexte, envoyer des enfants se battre contre des aliens superpuissant ou peu importe ce que les Anges sont réellement). Mai lui fait bien comprendre qu'elle trouve son raisonnement absolument stupide, ce qui énerve Nobara encore plus. Mais allez savoir comment, elles finissent par s'embrasser dans les vestiaires de la salle de combat, couvertes de sueur à cause de l'entraînement, à moitié en train d'essayer de faire mieux que l'autre, à moitié en train de se demander si après ça elles pourront encore s'ignorer comme avant. Nobara n'a embrassé qu'une personne avant ça (une regrettable expérience qui n'avait rien de romantique ou même d'agréable puisque Sukuna était impliqué), et n'est pas exactement sûre de ce qu'elle fait, mais elle se console en constatant que Mai non plus. Quand elles se séparent, essoufflées et toujours terriblement indécises, la lumière du couloir est éteinte et on n'entend plus de bruits de pas dans la salle de combat.
— J'embrasse mieux que toi, constate Mai.
— N'importe quoi.
— Tu ne veux pas l'admettre, ça ne fait rien. C'est une histoire de maturité.
Nobara est à deux doigts d'en venir aux mains. Elle porte encore sa combinaison de combat, et regrette déjà ce qu'il vient de se passer. C'est encore pire que cette histoire avec Sukuna. Au moins avec lui, tout était clair : ils s'entraînaient et c'était tout.
— Oh, mais chérie, tu sais ce qu'on dit des adultes, non ? demande Nobara, un énorme sourire collé aux lèvres. Qu'ils sont chiants et qu'ils ont perdu tous leurs rêves.
Mai renifle d'un air dédaigneux. C'est une réaction facile à tirer chez elle.
— Libre à toi de trouver ça plus naze que se faire traiter comme une arme de guerre, dit-elle. Personnellement, je préfère être du côté de ceux qui se mettent à l'abri. Tant pis pour les rêves.
Nobara ne supporte pas d'entendre une telle phrase sortir de la bouche qu'elle vient d'embrasser. Pour d'obscures raisons, elle se sent obligée de l'embrasser à nouveau. Quand le monde lui appartiendra, Nobara pourra lui montrer le réel sens que l'on donne aux rêves, et Mai verra les choses autrement.
— — —
Elle apporte des fleurs à l'hôpital, mais réalise en traversant les longs couloirs qui mènent à la chambre de Maki qu'elles ne sont pas très belles. Ça n'a pas d'importance, vraiment, car on lui a appris que c'était le geste qui comptait. Et de toute façon, Maki n'aime pas particulièrement les fleurs, Nobara le sait car elle lui en apporte tout le temps et reçoit toujours le même regard amusé. Maki n'aime pas les fleurs, elle l'a répété cent fois, pourtant elle continuera à lui en apporter dès qu'elle se retrouvera coincée dans un lit à fixer d'un œil morose l'extérieur. Si on peut dire une chose à propos de Maki, c'est qu'elle n'est pas faite pour vivre enfermée.
C'est exactement pour ce genre de raison qu'elle devrait aimer les fleurs. Comme ceci, Nobara lui offre un bout de l'extérieur, un doux parfum d'été, la mélodie ininterrompue des cigales.
— Encore ? se plaint Maki. Tu n'es même pas la première à m'en apporter aujourd'hui, grogne-t-elle. Je vais devoir m'en occuper. Tu sais que je ne suis pas bonne pour prendre soin des choses.
— Je sais ! s'exclame joyeusement Nobara (elle sait que Maki a laissé mourir son hamster lors de sa première mission, ayant oublié de le confier à quelqu'un d'autre. Le hamster venait de Megumi, qui récupérait toujours des tonnes d'animaux d'on ne sait où. Bref, cette sombre histoire avait déjà annoncé la couleur, et avait fait chialer Yuuji pendant une après-midi entière. Ils avaient douze ans). Je sais ! Mais cette fois-ci, tu n'auras pas à culpabiliser de les laisser crever.
— Et où est-ce que tu trouves ces machins ? reprend Maki, visiblement ennuyée. Je n'arrive pas à croire que vous pouvez dépenser le moindre sou pour un truc qui finira à la poubelle dans quelques jours.
— Je ne les ai pas achetées, répond Nobara. Je les ai trouvées. Dans le parc à côté de chez moi. Et arrête de dire ces machins, ce sont des fleurs, c'est distingué, tout le monde aime ça !
— Ouais, ouais, c'est ça…
Réussir à faire plaisir à Maki n'est pas une tâche aisée. Mais parfois, la taquiner peut aider un peu. Comme toutes les adolescentes de leur âge, Maki est maladroite dans sa façon de montrer ses sentiments. Elle n'est pas sentimentale au point d'aimer les fleurs, mais elle sera reconnaissante du geste, et surtout, elle retiendra que Nobara tient à elle.
C'est la vérité. Nobara l'adore. Elle donnerait sa vie pour la faire sortir de cet hôpital et faire en sorte qu'elle n'y remette jamais les pieds. Maki ne comprendra pas cela des fleurs. Mais que voulez-vous ? Les adolescentes de leur âge ne tombent jamais amoureuses des bonnes personnes. Nobara pourra rapporter tous les cadeaux qu'elle veut, ça ne changera rien à la situation.
— Tu devrais en offrir à Mai, reprend Maki. Elle adore ce genre de connerie.
— Tu crois ? demande Nobara avec une grimace. Qu'elle aime, je veux dire ?
Maki hausse un sourcil, amusée. Nobara fixe les fleurs dans un silence absolu, visualisant soudainement des dizaines de petits démons en sortir et lui escalader le corps. Elle laisse échapper un long soupir.
— Tout compte fait, c'est débile, dit-elle. Cette histoire de fleurs.
— Pas vrai ? fait Maki. Aucun intérêt.
— Aucun intérêt, répète Nobara.
Elles se mettent à parler d'autre chose. Le ciel se couvre entre-temps, de nuages terriblement lourds, sombres malgré l'heure. Nobara les observe intensément, comme si elle avait le pouvoir de les chasser par sa propre volonté. Elle s'attend à moitié à ce que ça fonctionne, mais ce n'est pas le cas. Elle rentre sous une averse légère, chaude, qui lui trempe les pieds.
Chez elle, elle balance ses chaussures contre le mur et jette son imper par terre, puis elle file dans le bain et y reste des heures, en colère sans raison, les doigts fripés, les yeux humides.
Elle sort finalement et se prépare un bouillon. Elle se sent seule. Elle appelle Mai et lui ment en lui disant qu'elle compte lui envoyer des fleurs. D'après son intonation, il est évident que Mai n'y croit pas une seule seconde, ce qui n'est pas drôle du tout — Nobara pense à en envoyer juste pour la surprendre, mais la flemme prend le dessus. Elle boit son bouillon tiède et s'endort à trois heures du matin, encore en colère, encore ignorante.
— — —
— Bon, c'était assez désastreux, dit Mai.
— Tu m'ôtes les mots de la bouche, souffle Nobara.
— La prochaine fois, ne viens pas me barrer la route comme ça sans raison.
— Tu te fous de moi ? Je t'ai sauvé la vie ! s'exclame Nobara.
— Tu appelles ça me sauver la vie ? Allons, Nobara, ne commence ça. Tout le monde ici sait que tu essayes de me saboter depuis mon arrivée.
Shoko tire sur sa cigarette d'un air agacé. Elle appuie sur des touches du tableau de bord mais ne semble pas capable de les ignorer entièrement. Ce n'est pas la seule. Yuuji hausse soudainement le ton, affalé par terre comme s'il n'avait aucun standard de vie (ce qui est juste la vérité).
— Vous pouvez vous embrasser pendant deux heures dans les toilettes du troisième étage, mais vous pouvez pas tenir une conversation de trente seconde sans vous foutre dessus ? demande-t-il, la paume paresseusement pressée contre ses lèvres.
— Je t'emmerde, dit Nobara.
— Nobara, prévient Shoko.
— Ah non, pas vous aussi !
— Ton taux de synchronisation—
— Était mauvais, oui, je sais, merci ! la coupe brusquement Nobara.
Un rire froid échappe à Shoko. Elle tire une nouvelle fois sur sa cigarette avant de répondre. Nobara souhaite la lui retirer des mains, tout d'un coup. C'est malpoli, décide-t-elle. De fumer devant eux. Devant des enfants. Elle tient à ses poumons.
Mais après réflexion, peut-être qu'il ne s'agit que d'un détail.
— Ton taux de synchronisation était mauvais, mais ça ne fait rien, je suppose que c'est un mauvais jour, reprend Shoko. Tu sais, Nobara, je crois que tu gagnerais à être plus gentille.
Cette façon de dire les choses, de faire la leçon d'un ton détaché, en fumant, plonge Nobara dans un état d'irritation encore plus fort. Elle se mord la lèvre et donne un coup de pied au bureau face à elle. Le regard de Shoko ne change pas du tout.
— J'ai pas besoin de recevoir de leçon de la part de quelqu'un comme vous.
— Je m'en doute bien. Et puis, ce n'est pas comme si j'étais une réelle figure d'autorité, répond Shoko. Mais je me suis dit que tu avais besoin d'un rappel.
Nobara souffle du nez, mais la main de Mai vient se poser sur son épaule, sûrement pour la retenir de se lancer dans une dispute dont elle n'a même pas envie. Elle laisse donc passer.
La main s'attarde un peu, puis se détache de son corps pour revenir près de Mai, son regard fixe qui n'est dirigé nulle part. Elle semble agacée, elle aussi, mais ailleurs. Quoi qu'il en soit, elle a abandonné l'idée de se battre. Pour une fois, Nobara ne ressent aucune colère à cette idée — elle ne ressent pas grand-chose d'autre qu'une soudaine envie de lui attraper la main pour quitter la pièce avec elle. Dernièrement, elle s'est mise à avoir ce genre de pensée. De sortes d'écarts d'humeurs, des élans de rébellion. Mais l'idée de piloter une EVA lui apparaît toujours comme une fierté, alors elle ne part pas.
Mai semble revenir à elle-même quelques secondes plus tard. Elle observe Nobara, puis laisse échapper un rire froid. D'un ton moqueur, elle coupe le silence.
— Eh bien quoi, tu ne vas pas tout me mettre sur le dos et dire que ton taux était mauvais à cause de moi ? Je vais finir par m'inquiéter.
Nobara se retourne vivement vers elle alors que Shoko et Yuuji laissent échapper de longs soupirs.
— J'allais justement le faire, dit Nobara. Merci de me le rappeler.
— Mais de rien, sourit Mai. Je suis là pour ça.
— — —
— — —
iii.
En plein juillet, Nobara décide dresser une petite cérémonie dans le parc près de chez elle. Elle ne prévient que Sukuna, mais de bouche à oreille, elle se retrouve avec les jumeaux et Megumi et cet imbécile de Kamo Noritoshi, que Sukuna semble traîner partout comme un trophée. Il a dû gagner son pari et l'embrasser déjà, car elle est loin d'être idiote et ils se lancent de ces regards que vous ne voulez surtout pas capter.
Bref, il fait rudement chaud, et le parc est à moitié bondé. Yuuji porte une visière de casquette, comme une joueuse de tennis, et secoue une plaquette de publicité qu'il a dû trouver par terre comme un éventail. Megumi fixe les environs, probablement à la recherche d'un chat abandonné ou d'une personne promenant son chien. Sukuna essaye de trouver une façon de passer son bras autour des épaules de Noritoshi sans avoir l'air d'un abruti, car il est plus petit que lui. Nobara frappe dans ses mains pour attirer leur attention.
— Si je vous ai réuni aujourd'hui, c'est pour une chose qui me tient à cœur, annonce-t-elle solennellement.
— C'est parti, soupire Yuuji.
— C'est pour parler de Maki, nan ? demande Sukuna, criant à moitié (ce qui lui vaut de la part de Noritoshi un regard incroyablement désobligeant).
— Non, ça n'a rien à voir, grogne-t-elle. C'est pour vous annoncer que j'arrête d'aimer Maki aujourd'hui.
— Donc c'est bien pour nous parler de Maki, raille Sukuna.
— Non. C'est différent. C'est à propos de moi.
— De toi et Maki.
— Si tu la fermes pas immédiatement, la cérémonie prendra une toute autre tournure, Sukuna.
Sa remarque motive probablement Sukuna à continuer, mais Noritoshi lui écrase le pied d'un coup sec, et seul un glapissement indigné quitte ses lèvres. C'est une bonne chose, car Nobara n'a pas le temps pour de telles gamineries.
— Je vais enterrer cette fleur, dit Nobara en brandissant une jonquille qu'elle a trouvée le matin-même. Et avec elle, mes sentiments.
— Poétique, commente Yuuji.
— Pourquoi on doit être là pour ça… fait Megumi.
— Pour votre gouverne, j'ai juste demandé à Sukuna de venir, mais bon. J'ai besoin de témoins, c'est tout. Qu'on soit sur la même longueur d'onde.
À ses mots, une grimace apparaît sur chaque visage. Sukuna est cependant le premier à s'exprimer, car c'est un enfoiré qui n'a peur de rien et qui éprouve une joie étrange à provoquer un quelconque conflit.
— C'est encore à propos de Mai, c'est ça ?
Nobara laisse tomber la jonquille, et avec son pied, ramène un peu de terre par-dessus. Tout cela est très grossier et ne cache pas grand-chose de la fleur, mais c'est une histoire de métaphore. Elle s'y reprend à plusieurs fois, puis relève la tête vers les autres, qui sont restés silencieux durant toute l'opération.
Elle aimerait qu'ils disent un mot ou deux sur le sujet, car Nobara a aimé Maki pendant une certaine période, et il y a probablement des tas de choses à dire là-dessus. Mais bon, elle suppose que la seule personne ici à savoir s'exprimer convenablement est Noritoshi, et il est hors de question qu'elle demande son avis à quelqu'un qui le donne déjà régulièrement tout seul alors que tout le monde s'en branle.
— Je te l'ai déjà dit, répond-elle finalement. C'est à propos de moi.
— — —
La jonquille est rapidement oubliée et Nobara retrouve Mai à la sortie des cours, tenant son sac par-dessus son épaule, en marchant droitement, le regard aussi fixe que possible.
— Faisons le trajet ensemble, décide Nobara.
C'est plus un ordre qu'une demande. Mai hausse les épaules.
— C'est étonnement gentil de ta part, même si tu le dis comme une menace.
— Ramène-moi chez moi ! Je suis une jeune demoiselle fragile et tu as un an de plus que moi ! Tu dois prendre soin de moi ou bien je ne trouverais plus le temps de t'embrasser dans les toilettes du troisième étage ! s'exclame dramatiquement Nobara. Bouffonne, ajoute-t-elle pour atténuer l'effet dramatique.
— Bouffonne toi-même, rougit Mai.
Nobara laisse échapper un rire qui manque de délicatesse. Elle attrape Mai par le poignet et la tire le plus loin possible de l'établissement.
— Je ne prendrais pas soin de toi, dit Mai, assez loin de l'école pour que personne ne les entende. Tu sais que je suis mauvaise à ça.
— Comme ta sœur.
— Eh bien, nous sommes sœurs, après tout.
— Je ne prendrais pas soin de toi non plus, mais j'avais envie de dire quelque chose de romantique. C'était la dernière fois. Ne t'attends à rien de plus.
— Je n'ai jamais rien attendu de ta part, dit Mai. Je n'ai jamais rien attendu de personne.
Nobara se retourne vers elle et lui sourit. Mai porte un éclat de rébellion dans le regard, et c'est une chose qu'elle aime voir chez les autres. Mais elle porte son uniforme si formellement que Nobara sait qu'elle ne tira rien de plus que ça.
— Je veux bien admettre que la plupart des gens sont des incapables moisis qui branlent jamais rien, répond Nobara, mais tu dois avoir des standards, Mai. Regarde-moi, je vaux cent fois mieux que tous ces minables.
— Tu trouves ? Tu es utilisée par tous ces minables. Est-ce que ça ne te place pas un cran en dessous ?
— C'est ce qu'ils pensent, ça. Ils le pensent tous, mais que seraient-ils sans moi ?
— Ils trouveraient quelqu'un d'autre.
— Pas sûr. Je suis irremplaçable.
Mai secoue la tête avec un soupir, mais elle ne dégage la main de Nobara son son poignet que pour la prendre dans la sienne. Il fait chaud et leurs peaux sont moites, désagréables l'une contre l'autre. Mais ça ne compte pas. Ce qui compte, c'est le geste.
— Tu es tout le temps si sûre de toi, commente Mai.
— Je m'aime quand je suis forte, dit Nobara.
Je t'aimerai quand tu seras plus forte, pense-t-elle furtivement. Mais pour ça, il faut que le monde m'appartienne.
Elles marchent sans savoir où aller et s'arrêtent à la terrasse d'un café vide. La chaleur fait naître des vagues dans le ciel, et un chat se frotte au pied de Nobara. Mai commande un verre de vin blanc. Quelque chose dans son ton et sa posture lui donne suffisamment de maturité pour qu'on la pense adulte. Nobara veut du rhum, mais ça ne prend pas. On lui sert finalement un diabolo grenadine qu'elle fixe avec une grimace.
— Échange avec moi, dit-elle à Mai.
— Non merci. Les petites filles pleines de rêves doivent s'en tenir aux boissons sans alcool.
— Tu as seize ans.
— Mais je sais déjà faire la différence entre une vie héroïque et une vie mensongère. Alors ?
Nobara attrape la paille de son verre avec ses lèvres, et l'écrase contre ses dents.
— Alors tu feras moins la maligne quand je t'écraserai au prochain entraînement, rétorque-t-elle sèchement.
— — —
Août se termine et Mai est toujours aussi nulle, pourtant Nobara l'aime de plus en plus et se retient même de pleurer quand elle cède sa place à Maki, définitivement guérie. Mai rend sa combinaison sans la plier, et se retourne vers Nobara d'un air solennel lorsque les autres sont assez loin pour ne pas les entendre.
— Si tu retombes amoureuse de ma sœur, je vous bute toutes les deux.
— Comme si t'en étais capable, sort piteusement Nobara.
— Je suis capable de tout, sourit Mai, mais pas de risquer ma vie pour des minables.
Nobara lui donne un coup de poing dans l'épaule. Cette situation est stupide. Ce n'est même pas une vraie histoire d'amour. Mai l'agace plus qu'elle ne lui inspire la moindre tendresse, ce qui d'après toutes les romances au monde est naze et peu enviable.
Sukuna, qui a réussi à extorquer de la bière à Shoko en échange d'une somme d'argent probablement volée à quelqu'un, et qui enchaîne les bouteilles sans la moindre honte, les interrompt pour leur raconter qu'il a lu quelque part que lécher l'oreille de quelqu'un était sexy et qu'il fallait absolument qu'il trouve le moyen de faire ça à Noritoshi. Mai n'attend même pas qu'il soit parti pour faire semblant de vomir.
— C'est dégueulasse, dit-elle.
— Je sais pas si t'as remarqué, mais Sukuna est dégueulasse, répond Nobara.
— Pas ma faute si vous savez pas vous amuser, rétorque Sukuna.
Nobara ne sait pas comment lui dire que venant d'un adolescent de quinze ans qui a bu quatre bières en moins de vingt minutes et qui parle de lécher l'oreille de son copain comme si c'était la chose la plus incroyable au monde, ça sonne un peu creux.
— Je vous laisse, soupire Mai. Vous me fatiguez.
— Attends, je t'accompagne, dit Nobara.
Elles suivent le chemin jusqu'à l'immense demeure des Zenin. Le temps se fait plus frais en fin d'après-midi. Mai passe le portail mais reste tournée vers Nobara, comme si c'était un moment triste et pas juste une séparation d'une nuit, car elles vont à la même école.
— J'espère qu'ils me demanderont plus jamais de venir, dit-elle.
— Froussarde.
— Je m'inquiète pour toi, reprend calmement Mai.
— Tu dis ça d'une façon si terre à terre que j'ai du mal à te croire.
— Mais c'est vrai. Je m'inquiète. Maki a été si gravement blessée. Je m'inquiète pour elle aussi, mais c'est une autre histoire. Tu es trop heureuse de te mettre en danger, je m'inquiète de ça. C'est tout naturel.
Nobara se retient de mettre un coup de pied dans le portail.
— Rien ne peux m'arriver, dit-elle.
— Les autres finissent tous à l'hôpital.
— Pas moi.
— Tu es trop sûre de toi. Tu m'agaces. Si ça continue—
— Adieu, Mai. Je pars retomber amoureuse de ta sœur.
— Hey—
Mai lui attrape la manche, le bras entre les barreaux du portail comme si elle y était emprisonnée. Ses yeux lancent des éclairs. Nobara est indignée de constater qu'elle trouve ça relativement séduisant. Il faudra qu'elle demande à Shoko si ce genre de réaction est normal. C'est du moins ce qu'elle ferait si elle s'entendait réellement bien avec Shoko — c'est la seule adulte avec qui elle a un réel contact et qu'elle arrive à tenir en estime, mais elle ne peut pas avouer qu'elles soient réellement proches. La triste vérité est que Nobara n'a que deux véritables confidents : Yuuji et Sukuna, et qu'elle ne veut surtout, surtout pas entendre leur opinion sur la question.
— Si je t'embrasse avec de partir, est-ce que ta famille de tarés va casser les couilles ? demande finalement Nobara.
— Oui. Ne m'embrasse pas. Quelqu'un pourrait regarder depuis la fenêtre.
— Froussarde, répète Nobara.
— Idiote, répond Mai.
Elles se séparent ainsi — sans baiser et sans excuse. Nobara descend la colline qui la sépare des barres d'immeubles, l'esprit vide, et repasse devant le parc, où elle regarde les enfants jouer pendant un petit moment.
— — —
— — —
iv.
— Maki, s'interrompt Megumi, un casque trois fois trop grand pour lui sur les oreilles.
— Quoi, répond Nobara, qui elle est occupée a inspecter chaque couture de sa combinaison.
— Elle a de bons résultats, reprend simplement Megumi. Mais pas aussi bons qu'avant. Peut-être que l'EVA s'est adaptée à Mai entre-temps.
— Ah.
Nobara ne sait pas quoi faire de cette information. Elle s'en fiche un peu, à vrai dire. Elle reprend l'inspection de sa combinaison. Plus tôt, pendant la mission, elle était presque certaine de sentir le liquide contre son ventre, remonter jusqu'à sa poitrine puis ses bras. Un sentiment de malaise insondable ne l'a pas quittée depuis. Encore maintenant, elle ne tient plus en place, change de position toutes les trente secondes, et meurt d'envie de faire quelque chose d'un peu stupide (comme jeter des meubles pas la fenêtre).
Peut-être que Mai a commencé à avoir une histoire, alors. À laisser une trace. Mais dans de telles circonstances, Nobara ne peut la blâmer que pour les traces qu'elle laisse sur son cœur. Si Mai est du genre à partir dès qu'elle accomplit quelque chose, alors elle ne veut pas être la prochaine.
— Fais au moins semblant d'être intéressée par le sujet… soupire Megumi.
— Fushiguro, tu ne peux pas me dire ça alors que tu as l'air mort à l'intérieure les trois quarts du temps.
Megumi reste silencieux un petit moment.
— Pas les trois quarts… dit-il finalement.
— Les quatre quarts, ricane Nobara.
— Quelqu'un a ramené du quatre quarts ? demande Yuuji en passant la porte, un énorme sourire sur les lèvres. C'est parfait, je crève la dalle.
— Oui, il y en a dans les poches de Fushiguro, ment Nobara.
Pour certaines raisons, Yuuji semble ravi. Sa tête s'éclaire comme une ampoule alors que Megumi semble encore plus mort à l'intérieur.
— Dans tes poches ? rit-il. Malin !
— En quoi— commence Megumi.
— Megumi, appelle quelqu'un depuis le couloir. T'as les résultats ?
— Ouais, grogne ce dernier.
— Et alors, il faut se mettre à genoux pour que tu les donnes ? soupire Shoko.
Megumi est facile à embarrasser. Il répond immédiatement, une pointe de mépris dans la voix :
— Ils ne sont pas très bons. Pour personne.
— Je m'en doutais, grogne Shoko. C'est toujours comme ça quand il y a un changement.
— Donc il n'y a vraiment pas de gâteau, reprend Yuuji, plus agacé par cela que les résultats.
— Qu'est-ce que tu crois, bouffon ? répond Nobara, plus agacée par les résultats que par cela.
Le bourdonnement des machines leur répond, et Megumi, qui est encore assit droitement et toujours aussi mort à l'intérieur, débranche soudainement l'écran devant lui. Il lâche les câbles et les laisse au sol sans rien y faire. Nobara ignore ce qui l'agace le plus, lui.
— Rentrons, dit-il. Ça ne sert à rien de s'acharner. Il y a du gâteau à la maison.
Mais Nobara reste un peu pour faire quelques tests, au cas où. Quand elle rentre finalement, débarquant chez les Gojo sans prévenir, il n'y a plus de gâteau.
— — —
— Pas de gâteau, pas de kilos en trop, dit Mai. Il y a toujours une part de positif quelque part.
Nobara trouve cela très gonflé, de la part d'une fille qui s'habille en noir dès qu'elle porte autre chose que l'uniforme, et qui passe sa vie à maudire sa vie et celle des autres.
— N'importe quoi. J'en voulais.
— Tu veux tout ce qui est mauvais pour toi.
— N'importe quoi.
Pendant un instant, elle pense dire à Mai qu'elle la veut elle aussi, mais ça ne ferait que lui donner raison. Mai ne peut qu'être mauvaise pour quelqu'un. Surtout pour Nobara.
— Tu voudras venir fêter le Nouvel An avec moi ? demande Mai, sans transition.
Nobara laisse échapper un ricanement qui se transforme en rire réel.
— C'est dans genre, six mois.
— Un peu moins.
— Oh, laisse tomber ! Toi aussi tu veux tout ce qui est mauvais pour toi.
Mai hausse les épaules et place son visage dans le creux de sa main. Son sourire est fin et presque cruel, mais suffisamment détaché pour que Nobara ne cherche pas plus loin que ça.
— Peut-être bien, dit Mai.
— — —
C'est quelque peu décevant, mais Noritoshi n'arrive à récupérer de sa cave qu'une caisse de Triple Zéro, ce qui n'est évidemment pas ce qu'il préfère, mais toujours bien meilleur que les mélanges imbuvables que Sukuna ramène occasionnellement. Arrivé à un certain stade, il réalise que personne ne l'écoute réellement quand il parle (aussi intéressantes soient ses remarques), et se met à extrapoler sur ce sujet, persuadé qu'il saura capter plus efficacement l'attention de ses amis. Il parvient à convaincre Sukuna et Nobara que le Triple Zéro est meilleur que le champagne, ce qui veut dire que tout le monde en sera rapidement persuadé, car ces deux-là ont une façon de rallier les gens à leur cause en passant par des moyens aussi convaincants que le harcèlement ou les menaces de mort.
— Ça se voit, que c'est un truc de riche, commente Nobara en caressant l'étiquette en velours noir.
Elle réalise un long check avec Sukuna. Sukuna n'est pas nécessairement attiré par les choses qui ont de la valeur. Quelqu'un pourrait pisser dans un verre et lui présenter la chose comme de la bière ou de l'or liquide : dans les deux cas il ne se ferait pas prier. C'est un défaut qui préoccupe Noritoshi, mais ce n'est pas le pire des défauts. C'est une chose qui se travaille.
— Il y a six bouteilles, dit Noritoshi. Après ça, je ne pourrais plus rien apporter pendant un moment.
Ce n'est pas nécessairement vrai, mais il n'a pas envie d'apporter quoi que ce soit. Il n'aime pas particulièrement boire. Il n'aime pas désobéir. Il n'aime pas mentir. Mais pour des raisons encore inexplicables, il finit toujours par céder quand Sukuna fait la demande, que ce soit pour ça ou pour l'embrasser dans sa chambre alors que ses parents croient qu'ils font leurs devoirs, et que, croyez-le ou non, Noritoshi compte bien faire ses devoirs.
— C'est chouette, chez toi, commente Nobara.
— Sans déconner, répond Sukuna. Il a un distributeur de glaçon intégré à son frigo.
— C'est très chic, reprend Nobara.
Mai, pieds nus sur la terrasse, secoue la tête d'un air navré.
— C'est juste un distributeur.
Nobara fait claquer sa langue contre son palais. D'un air dramatique, elle se retourne vers Noritoshi.
— Vous attendez tous que la guerre se termine, mais moi, tout ce que j'attends, c'est que cette fille arrête de faire de ma vie un enfer.
Noritoshi s'agite, mal à l'aise. Il est en réalité suffisamment riche pour ne pas avoir à se soucier de la guerre, mais le fait est qu'il est entouré de ceux qui ne peuvent pas y échapper. Il n'a donc pas son mot à dire là-dessus, même si le mensonge de Nobara est d'une évidence telle qu'il en devient triste.
Tu aimes cette fille, pense-t-il tristement. Il ne connaît de Nobara que de surface, mais ces choses-là sont plus visibles que les tatouages de mauvais goût que Sukuna a autour des poignets.
— Je fais de ta vie un enfer, mais j'ai aussi un de ces machins chez moi, ricane Mai. Enfin, si tu viens, je ne sais pas si je te laisserais l'utiliser. Tu es si sotte que tu pourrais le casser en tentant de l'utiliser.
— Arrête de me prendre pour une conne, même ce crétin de Sukuna sait appuyer sur un bouton sans le péter, et nous savons tous lequel de nous deux est le plus intelligent.
— Si c'est encore à propos de vos résultats du dernier semestre, commente Noritoshi, Sukuna avait des circonstances atténuantes.
Nobara le regarde platement.
— Si par circonstances atténuantes, tu veux dire qu'il a traîné chez toi et essayé de te séduire au lieu de réviser, ça ne compte pas.
— Dans ce cas, Nobara aurait aussi de ces circonstances atténuantes, ajoute Mai avec un sourire plein de sous-entendus, sirotant son jus d'orange fraîchement pressé.
— De toute façon, Sukuna fera mieux aux prochains examens, répond Noritoshi. Je m'en assurerais personnellement.
Pour certaines raisons, Sukuna ne le prend pas de la bonne façon. Il lui offre un sourire éclatant et lui fait un clin d'œil. Noritoshi ne sait pas ce qu'il va s'imaginer, exactement, mais il suppose qu'il ne fera plus la même tête lorsqu'il le forcera à rester à son bureau pour revoir tous ses exercices de mathématiques, le week-end prochain.
— C'est de la triche, dit Nobara. Mai ne souhaite rien de bien pour moi et elle fera tout pour me détourner de mon objectif.
— Allons. Ton objectif est d'avoir une bonne moyenne, maintenant ? fait Mai.
— Puisque ça a l'air de t'embêter, oui. Tout pour toi, chérie.
— Arrête, tu vas me faire rougir.
— Bon, vous cassez les couilles, les interrompt Sukuna. Où en est ce Double Zéro ?
— Triple Zéro, corrige Noritoshi.
— C'est ça, rétorque Sukuna en lui prenant la bouteille des mains. Allez, on se dépêche, sinon tes parents vont rentrer et nous faire toute une scène. Un Triple-Scène, si vous vous y mettez tous en même temps, sourit-il, apparemment très fier de sa blague.
En toute honnêteté, ils auraient raison de faire une scène. Et s'il y avait le moindre risque de se faire prendre, Noritoshi ne les aurait pas invités. Ses parents sont ailleurs pour le week-end, mais il n'a pas tout dit aux autres.
Lui aussi, il peut encore mentir.
— — —
— Tu es déprimée, constate Shoko.
Elle tient son mug dans la main gauche, et sa clope dans la droite. Nobara la soupçonne de ne pas boire que du café. Elle soupire longuement.
— Non…
— C'est à propos de Mai ? De vos résultats ?
— Pourquoi ne sont-ils pas aussi bons qu'avant ?
Shoko s'assoit, et croise ses jambes d'une façon distinguée que seuls les adultes et Mai peuvent réussir. Lorsque Nobara le fait, on dirait une gamine qui s'essaye à les imiter.
— Les choses changent, dit Shoko.
— Pas tout, contre Nobara.
Curieuse, elle tend sa main vers la cigarette de Shoko. Elle veut essayer ça, aussi. Tant pis pour ses poumons.
Mais Shoko éloigne sa main avec un sourire, qui pour une fois laisse échapper un éclat de tendresse. Pour cette simple raison, Nobara n'insiste pas.
— Si, reprend Shoko. Tout.
— — —
— — —
v.
Kokichi lui apporte des pancakes aux fraises, ses préférés, et lui sort une excuse qu'elle n'écoute pas vraiment car elle est trop occupée à fixer la forme de sa bouche sous le Soleil de l'après-midi. Puis ce sont les quelques mèches qui s'échappent de sa queue-de-cheval. Puis sa bouche à nouveau, probablement.
Bref, Miwa n'écoute pas.
— Et si nous allions au cimetière ? demande-t-il finalement.
Miwa n'ose pas demander pour qui. Quelques personnes dans leur entourage sont mortes. Pas tant que ça, mais il y en a suffisamment pour qu'elle ne soit pas sûre de qui il parle. Dans tous les cas, c'est une bonne idée. Depuis que sa mère est partie à l'étranger, elle oublie d'allumer de l'encens pour ceux qu'elle a perdus. Elle ne va pas les voir non plus.
— Pourquoi pas, dit-elle après un léger silence. Je vais proposer à Momo et Mai !
— Ah ?
Kokichi relève la tête, visiblement embêté.
— Je pensais y aller tous les deux, ajoute-t-il.
Une brise lui parcourt le visage, et quelques autres mèches tombent de sa queue-de-cheval. Miwa n'est pas sûre de comment réagir, mais sa bouche finit par articuler une réponse toute seule.
— Je crois qu'il y a de meilleures occasions pour un rendez-vous…
Kokichi se met à grimacer, et un rire nerveux lui échappe alors que le rouge lui monte aux joues. Étant dans la même situation, Miwa ne peut pas se moquer (et de toute façon, ce n'est pas le genre).
— Tu crois ? demande-t-il d'un ton penaud. J'ai l'impression qu'on n'a jamais le temps de faire quoi que ce soit. Il faut toujours qu'une alarme sonne quelque part. J'ai hâte d'être assez âgé pour pouvoir partir d'ici.
Elle hoche la tête, pensive.
— Moi aussi. Moi aussi, j'ai hâte de pouvoir partir d'ici.
— — —
— Et c'est là que j'ai réalisé que nous n'avions rien en commun, déclare Mai d'un ton aussi décisif que dramatique, tirant une carte chance. Je veux dire, j'étais déjà consciente que nous avions peu en commun. Mais je pensais qu'au bout du bout, il y aurait au moins quelque chose.
— Votre haine commune envers les hommes ? tente Noritoshi. Qu'est-ce que tu as tiré ?
Mai jette sa carte derrière son épaule sans répondre. Ces conneries s'appellent des cartes chance, et il n'y a pas moyen qu'elle prenne la peine de respecter les règles d'un jeu qui vous ment à vous promettant de la chance pour au final vous dépouiller de vos biens.
— Ce n'est pas un vrai point commun, se justifie-t-elle. Personne ne vous aime.
— Je ne vais pas le prendre personnellement, assure Noritoshi, comme s'il lui faisant une fleur en s'abstenant. Mais je vais te demander de récupérer ta carte chance et de la lire à haute voix. Et de respecter les règles du jeu, je te prie.
— En réalité, c'est notre vision du futur qui m'inquiète, reprend Mai. Par exemple, son but à elle s'arrête à la guerre. Elle ne voit pas plus loin que ça. Piloter une EVA et sauver le monde.
— Si cela peut te rassurer, je crois que cette guerre ne sera pas finie de ci tôt, fait Kamo en haussant des épaules. La carte, Mai.
— Je ne peux pas rester avec une fille aussi dédiée à la guerre !
— Et peut-elle rester avec une fille aussi dédiée à faire tout ce qu'on lui dit ? rétorque sèchement Noritoshi (il ne se serait probablement pas permis habituellement, mais doit être agacé à cause de cette histoire de carte que Mai refuse de lire). De toute façon, cette conversation est inutile. Nous avons seize ans.
— Tu es mal placé pour me dire ces choses-là.
C'est la stricte vérité, et Mai sait que ce type a déjà minutieusement planifié chaque aspect son existence jusqu'à ses cinquante ans au moins. Par ailleurs, il est aussi obéissant qu'un petit chiot.
— J'ai le même genre de conversation avec Sukuna, soupire-t-il. Sauf que Sukuna n'en a — pardonne mon langage — pas grand-chose à faire.
Mai lève les yeux au ciel. Elle se demande régulièrement pourquoi elle parle encore à un type qui pense que des expressions normales sont des gros mots qui peuvent vous amener droit en prison si vous les prononcez.
— Et ça ne t'inquiète pas ? demande-t-elle. Je ne dis pas que je veux passer ma vie avec Nobara, mais si elle compte me crever dans les bras parce qu'elle a voulu faire la fière, je préfère m'arrêter maintenant.
— Pour le moment, sais-tu pour quoi je m'inquiète ? demande-t-il très calmement.
Mai lui sourit cruellement.
— Je ne vais pas lire la carte, si c'est à propos de ça.
— Eh bien, à quoi bon, soupire Noritoshi.
Il secoue la tête d'un air entendu, de la même façon qu'elle a vu sa mère le faire — ou n'importe quelle personne riche ayant plus de trente ans, vraiment.
— Si tu ne respectes pas les règles, autant ne pas jouer, ajoute-t-il face au haussement de sourcil de Mai.
— Mon cher Kamo, si tu veux jouer au Monopoly avec quelqu'un qui respecte les règles, il faudrait songer à changer de groupe d'amis.
Noritoshi pince ses lèvres, et range le plateau avec un air de parent déçu. Habituée à ce genre d'expression, Mai ne lui en tient pas rigueur.
— Tu lui ressembles peut-être plus que ce que tu t'imagines, dit-il lorsqu'il referme la boîte.
— — —
Mai l'emmène dans un restaurant un peu chic, après avoir volé quelques billets dans le porte-monnaie de sa sœur (qui les avait volés dans celui de Toji qui les avait volés dans celui de leur père). Pour passer inaperçues, elles passent des heures à se grandir, récupérant des robes de leurs mères et des escarpins. On leur sert un plateau de fruits de mer pêchés en pleine mer, ce qui est suffisamment rare pour faire son effet sur Nobara. Elles prennent ensuite du champagne, et trinquent à la survie de Nobara, comme elles le font chaque fin de semaine.
— Sortir avec une fille riche n'est pas si mal, commente Nobara, entamant sa seconde flûte. Je crois que je commence à comprendre ce que Sukuna veut dire. Si ça continue, je vais accepter de passer le Nouvel An avec toi.
— Ma situation n'a rien à voir avec celle de Kamo. Et je ne serais pas riche. Pas grâce à cette famille.
Nobara lui sourit, car elle aime que Mai se montre hargneuse. C'est une invitation pour cracher sur les autres, et elles partagent une passion commune pour cette activité.
— Donc ton plan, c'est quoi ? Attendre que je devienne une héroïne de guerre pour profiter de ma fortune ?
Mai hausse les épaules. Ça n'a jamais fait partie du plan. Dans l'idéal, Nobara renonce à la guerre et Mai renonce à sa famille, mais elles savent toutes les deux que ça ne va pas arriver.
Mais il est vrai que Mai apprécie son confort.
— C'est une façon un peu tordue de trouver le bonheur, répond Mai.
Nobara écrase la pince d'un crabe et mord dans la chair. Une lumière brute avale les jolis traits de son visage, et Mai craint un instant de la voir disparaître sous ses yeux. Mais elle reprend une gorgée de champagne, penche la tête, et son visage est entier à nouveau. Mai lui tend sa propre pince de crabe. Ce n'est pas ce qu'elle préfère.
— Tu veux rire ? Le bonheur, c'est le bonheur. C'est ce que c'est.
— Très philosophique, ironise Mai.
— Oh, ferme-la. Je veux dire que ça ne peut pas être mauvais.
— Et pourtant, sourit Mai.
Mais ce serait bien, pense-t-elle. De trouver le bonheur.
Nobara attaque la pince qu'elle vient de recevoir. On leur sert une nouvelle coupe de crevettes. Autant profiter du confort tant qu'il est là. Ce serait mieux s'il ne paraissait pas si bancal, mais il faudra faire avec.
— Accepte-le, Mai. Ça ne peut pas être mauvais. Plus personne ne pourra nous dire qu'on ne veut que ce qui est mauvais pour nous.
Si au moins l'une des deux sait que c'est un mensonge, elles peuvent encore s'en sortir. Mai décide de lever son verre plutôt que de la contredire, car Nobara ne sait pas comment affronter le fait d'avoir tort — chez les Zenin, c'est la première chose qu'on vous enseigne.
Sous la table, Nobara lui attrape la main et la caresse affectueusement. Le cœur de Mai se serre un instant. Il ne fait aucun doute que Nobara est le sens exact qu'elle donnerait au mot erreur, mais c'est peut-être en arrêtant de chercher le bonheur qu'on finit par le trouver. Elle ne le mérite pas, mais sur un malentendu, elle pourrait bien l'obtenir.
— Rappelle-toi que ce ne sera bon que si nous restons en vie, dit-elle simplement.
Nobara presse une dernière fois sa main entre son pouce et son index, avant de l'éloigner. Son maquillage lui donne un air plus mature qu'elle ne l'est réellement.
— Eh bien, nous sommes en vie, là, dit Nobara. Et nous allons continuer à l'être.
Mai hoche la tête. L'alcool commence à lui monter à la tête, mais elle se ressert tout de même. Une légère euphorie commence à lui remplir l'esprit. Elle aimerait embrasser Nobara sous la lumière dorée, et se promet de le faire dès qu'elles auront quitté la foule du restaurant. Si Nobara pense que le monde lui appartient, Mai n'aura qu'à le lui arracher des mains pour en faire ce qu'elle veut. Comme cela, aucune des deux n'aura besoin de piloter une EVA, ou de s'inquiéter d'un taux de synchronisation. Ce sera le malentendu qu'elle attendait, et sur le papier, elle n'aura rien à se reprocher.
J'ai une histoire, pense-t-elle, et je vais continuer à en avoir une.
— — —
— — —
fin.
Le délire du Triple Zéro de Kamo nous vient directement de ma mère qui essaye de me convaincre dès que je débarque que c'est mieux que du champagne. Je ne suis pas convaincue, mais Sukuna stupide.
La phrase de fin "J'ai une histoire. Et je vais continuer à en avoir une" est une citation du film Les Ailes du Désir, qui est absolument sublime et que je recommande à 200 pourcents
Encore merci tout particulièrement à Aeli, qui a d'ailleurs écrit une super fic avec du nobamai et du sukukamo pour mon ANNIV (cette folle), Girlfriend is a Four Letter Word. C'est la meilleure chose ever
BISOUS BISOUS
