Voici un one-shot écrit pour un concours lancé par SakurinHatake sur Wattpad sur le thème du handicap !
Le choix du perso et l'histoire que je voulais raconter se sont imposés directement quand j'ai vu le thème du concours.
Ça aurait été dommage de rater cette occasion d'écrire sur Raido \o/
Plus que le handicap en lui-même, je voulais absolument aborder les problèmes d'acceptation de soi qui en découle et le chemin qu'il faut parcourir pour s'en sortir.
Voilà voilà ! J'espère que ce texte vous plaira ! N'hésitez pas à me donner votre avis :D
Disclamer : Cover : Fan-art de 7anenoh sur Pixiv(N'hésitez pas à fouiller, ses œuvres sont sublimes).
L'univers de Naruto appartient à Kishimoto
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₪ Dissimulé sous la Cendre ₪
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Douleur. Tout n'est que douleur. Chaque fois qu'il bouge. Chaque fois qu'il tente de parler. Pourquoi vit-il encore ? Il ne comprend pas. Pourquoi les médics-nins se sont-ils acharnés à le sauver. Pourquoi l'oblige-t-on à vivre ça ?
Le sauver. Quelle idée grotesque. On l'a simplement forcé à plonger dans un océan de douleur. Là où chaque vague vient le frapper avec toujours plus de violence. On l'a immergé dans les ténèbres jusqu'à ce qu'il perde pied. On a laissé la souffrance le submerger alors que les abysses l'attirent toujours plus. On l'a laissé se noyer dans la noirceur d'un supplice qui ne cessera jamais.
Raido leur en veut. À tous. Oui. Il les déteste de toute son âme. Ceux qui l'ont soigné. Ceux qui l'ont sauvé. Ceux qui l'ont envoyé en mission. Mais surtout, il hait ceux qui lui ont infligé ça. Il n'est qu'un enfant. Un enfant qu'on a forcé à combattre dans une guerre qu'il ne comprend pas. Un enfant qui devrait apprendre à vivre au lieu de se tordre de douleur. Ce n'est pas juste. Il n'est qu'un enfant innocent. Ou plutôt, il l'était.
Raido n'est plus rien de tout ça. Il s'en est rendu compte à l'instant même où il s'est réveillé dans ce lit. Lorsqu'il a tenté d'ouvrir les yeux. Une semaine, déjà, est passée depuis, et rien n'a changé. Les médics-nins continuent à affirmer qu'il est trop faible. Que le transporter jusqu'à Konoha est impossible dans son état.
Il voudrait leur crier de le faire. Avec un peu de chance, le voyage le délivrerait de sa souffrance. Il pourrait se laisser porter vers des terres qui ne sont pas ravagées par le sang des ninjas. Dans un monde inconnu où tout le monde cohabite en paix.
Il entend les médics-nins répéter chaque jour à son senseï qu'il est trop faible. Qu'il ne survivra pas. Et chaque jour, son senseï lâche un profond soupir, las. Comme s'il regrettait que son élève ne soit pas mort. Comme s'il regrettait que d'autres l'aient sauvé. Après tout, s'il avait eu la décence de brûler aussi facilement que le bois de la cabane dans laquelle il avait été séquestré, son escouade n'aurait pas eu à s'attarder. Elle aurait pu regagner le front et retourner au combat au lieu d'attendre qu'il soit assez rétabli pour être rapatrié. Il voudrait leur dire de partir. Leur hurler qu'ils peuvent l'abandonner. Mais il ne parvient même plus à parler. Il n'est plus qu'un poids mort. Un ninja incapable de se battre n'a plus aucune utilité.
Que deviendra-t-il ? Un paria ? Un exilé ? Tout ça n'a plus d'importance. Son avenir a fondu en quelques instants, comme sa peau léchée par les flammes de cet enfer. Il ne reste que des cendres sur lesquelles n'importe qui peut souffler. Un simple courant d'air qui abolirait son existence.
Son esprit abandonne une nouvelle fois alors qu'une larme de désespoir tente de couler d'un œil qu'il ne parvient plus à ouvrir.
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Il prononce ses premiers mots depuis des semaines. Une simple supplication. Un appel à l'aide auquel les médics-nins ne parviennent pas à répondre. On ne laisse pas les ninjas mourir dans l'hôpital de Konoha. On les maintient en vie, quelles que soient leurs blessures. Un ninja est essentiel pour le village. Il doit au plus vite retourner sur le terrain.
Alors ils s'acharnent à le sauver, ce pauvre gamin. Ils le condamnent à une vie sans saveur. Son arrivée à l'hôpital du village a été trop tardive. Ils savent qu'ils ne parviendront pas à estomper les traces du brasier qui a consumé son corps.
Un infirmier déserte la chambre avec précipitation. Entendre un gamin supplier qu'on l'achève lui donne envie de vomir. Cette guerre n'a que trop duré. Il ne parvient plus à supporter tout ça. Pourtant, il ne peut pas se plaindre, lui. À côté de cet enfant, sa vie est d'une simplicité déconcertante.
Celle de Raido ne le sera plus jamais. Ses blessures le forceront à repenser chaque jour à ce qu'il a vécu sur le front. Son esprit n'oubliera jamais la sensation d'être brûlé vif. Et ça, Raido le sait, malgré son jeune âge. La douleur qu'il ressent aujourd'hui n'est qu'un avant-goût de ce qui l'attend.
Alors que les jours défilent, ses pensées se font plus claires. La douleur n'est rien à côté de son esprit. Ses certitudes ont été décimées par un incendie. Une seule chose les a remplacées, une seule constatation : il ne sera plus jamais le même. Sa joie de vivre a été calcinée.
Il se lève pour la première fois. Sa convalescence est lente. Très lente. Les médics-nins ont failli renoncer un bon nombre de fois. Pourquoi mettre autant d'effort à sauver quelqu'un qui a déjà abandonné ? Ils seraient bien plus utiles en se concentrant sur d'autres cas. Pourtant, aucun d'eux n'arrive à s'y résoudre. Aucun d'eux ne parvient à sacrifier le gamin dans la chambre au bout du couloir.
Heureusement qu'ils sont là d'ailleurs. Personne n'est venu le voir depuis qu'il est arrivé à l'hôpital. Il est seul, et personne ne semble s'en inquiéter. Personne n'est venu assister à ses premiers pas en dehors d'un lit. Personne.
Il est seul aussi lorsqu'il arrive à ouvrir un œil pour la première fois. Des semaines passées dans le noir. Terrifié. Il ne sait même plus s'il préfère les ténèbres de la cécité ou l'éblouissante lumière de la réalité. Il n'y a plus de doute maintenant, il est bel et bien vivant. Cette idée lui donne envie de vomir. Lentement, il regarde autour de lui. La chambre est presque vide. Pas une seule fleur n'a été déposée dans le vase à côté de son lit. Ça lui parait logique : tous ceux qu'il connaît sont sur le front. Dire qu'il est tombé alors que la guerre vient à peine de commencer. Faire partie des premiers rapatriés... Une honte suprême dans son esprit. Ses coéquipiers et son senseï continuent à combattre, eux. Il a toujours été le plus faible de l'escouade, la situation ne l'étonne même plus.
Il aurait simplement aimé qu'ils viennent le sauver lorsque l'ennemi l'a capturé.
Alors que les semaines défilent, ses jours se ressemblent. Une délicieuse quiétude vient s'emparer de Raido. Il se laisse porter par les soins, déconnectant son esprit dès qu'il le peut. Ses pensées l'emportent de plus en plus loin et lui accordent une paix qu'il n'a jamais connue. Ne plus penser à rien. Son activité favorite.
Puis tout vole en éclats.
Une infirmière ose lui proposer de retirer ses bandages. Cette imbécile. Comme s'il était prêt pour une telle chose. Le médic-nins qui est présent semble croire que c'est une brillante idée puisqu'il approuve l'initiative.
Raido aurait aimé fuir. Pourtant, il ne fait rien. Il arrive à peine à enchaîner quelques pas sans tomber. Un énorme progrès selon les médics-nins. Une pathétique avancée selon lui. Il ne peut même pas se débattre lorsqu'on l'oblige à se lever.
On retire d'abord le bandage autour de sa jambe droite. L'infirmière lâche un long sifflement, ravie. La brûlure a intégralement disparu, c'est une chance inouïe selon elle. Vient par la suite la jambe gauche. Le spectacle est moins plaisant, mais Raido se surprend à avoir envie de sourire. Les dégâts sont moins conséquents que ce qu'il pensait.
On l'oblige à rester debout pour enlever les bandages autour de son torse et de ses bras. Il sait depuis le début que ses mains ont été épargnées, par miracle. Ce n'est pas le cas du reste. Son bras droit ne présente plus que de légères cicatrices, tout comme la moitié de son torse. Selon les médics-nins, il n'y aura plus rien dans quelques mois. Ils lui répètent tous qu'il bénéficie d'une chance incroyable.
Comme s'ils ne voyaient pas l'état du reste de son corps. Ces boursouflures purulentes qui le font souffrir à chaque instant. Cette chair calcinée et répugnante. L'odeur se dégageant de ses plaies lui fait avoir un haut-le-cœur. Et dire que ces gens autour de lui trouvent qu'il s'en est bien sorti...
On lui laisse un peu de temps pour assimiler ce qu'il découvre. Il n'ose pas utiliser le miroir qu'on a déposé dans la chambre pour l'évènement. Il se contente de son unique œil pour observer sa peau.
La situation pourrait presque lui sembler positive. Il s'attendait à bien pire. La douleur qu'il ressent constamment ne semble pas apparaître sur lui. Il souffle longuement. Ce n'est pas encore fini, et rien ne le terrifie plus que ce qui va suivre.
On lui propose de s'asseoir dans un fauteuil. L'étape suivante est la pire, tout le monde en a conscience autour de lui. Une infirmière pose une main légère sur son épaule valide. Comme pour le rassurer. Puis il comprend que c'est pour l'empêcher de se débattre alors que le médic-nins retire le pansement qui recouvre son visage. Les gens autour de lui tentent de rester stoïques, pourtant Raido comprend leur réaction.
C'était un ninja après tout. Il sait comment décrypter les émotions. Comment interpréter les rides soucieuses qui se dessinent sur le visage du médic-nin ? Il saisit ce mouvement de recul d'une jeune infirmière dans le fond de la chambre. La grimace de l'infirmier à ses côtés.
Du dégoût. De la peur. Du rejet.
Voilà donc ce que son visage inspire.
Par réflexe, il porte une main à son visage, pour constater les dégâts. L'infirmière qui lui maintenait l'épaule l'empêche de palper sa peau. On lui expose les risques d'infections. Il s'énerve. On lui refuse cette simple chose après tout ce qu'il a subi.
On lui désigne le miroir, pour qu'il puisse se calmer et se voir. La colère monte en lui subitement. Il brise le miroir sans lui accorder un seul regard. Son chakra suinte par tous les pores de sa peau. Pour la première fois depuis qu'il a repris conscience, il se laisse totalement submerger par sa haine.
Raido n'est pas un homme à s'énerver. On lui reproche souvent d'être trop stoïque et indifférent à ce qui se passe autour de lui. Il rétorque toujours que c'est ce qu'il fait de lui un bon ninja. Il ne laisse pas ses sentiments interférer avec ce qu'il fait.
Mais cette fois, s'en est trop. Il hurle. De toute façon, il ne pourra plus être un ninja, à quoi bon étouffer ses sentiments ? À quoi bon taire son désespoir alors qu'il n'est que le reflet calciné de ce qu'il avait été ?
Il perçoit des pas dans le couloir. Un homme entre en trombe dans la chambre, certainement alerté par ses hurlements. Raido ne peut pas le voir. À l'instant même où l'homme est rentré, il s'est senti immobilisé. Comme si son propre corps était contrôlé par un autre que lui.
On lui injecte quelque chose dans le cou. Sûrement un tranquillisant, puisque ses sens s'endorment paresseusement. On le replace dans son lit, sans qu'il puisse réagir. Les gens autour de lui discutent avec le nouvel arrivant. Pour le médic-nin en charge de lui, c'est une bonne chose qu'il se soit énervé. C'est la preuve que son esprit commence à se réveiller. L'homme semble sceptique. Raido, lui, ne peut plus rien dire. Son esprit sombre de nouveau alors qu'il voit une ombre s'échapper de sa chambre.
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Aujourd'hui, il a ri. C'est la première fois depuis que la guerre a commencé. Il commence presque à apprécier sa convalescence, maintenant qu'il se déplace à nouveau sans trop de difficulté. On l'a même autorisé à quitter sa chambre. Des progrès fulgurants pour ceux qui l'entourent. Il y a cette infirmière rousse qui ne cesse de le féliciter. Elle le traite comme un enfant, alors qu'elle n'a que quelques années de plus que lui. Mais ça ne le dérange pas. C'est la première fois que quelqu'un lui accorde un peu d'intérêt.
Alors, il se laisse faire dès qu'elle s'occupe de lui. Les médics-nins l'ont compris, et désormais, ils l'envoient le plus souvent possible dans sa chambre. Selon eux, il est essentiel qu'il garde le moral pendant sa convalescence. Il revient de loin et s'il continue à se morfondre, il ne parviendra jamais à s'en sortir.
Raido n'est toujours pas sûr de vouloir vivre. Il se laisse simplement porter par les événements. La vie est facile dans l'hôpital, il n'y a que des blessés de guerre et des soignants. Personne ne se risque à le juger. Il a cependant pris la mauvaise habitude de camoufler constamment son visage en fixant le sol. Comme ça, personne ne le remarque et lui-même ne croise jamais son reflet dans les vitres. On ne l'autorise pas encore à sortir dans le parc. L'été est chaud, le soleil brille trop fort. Ça serait une catastrophe pour sa peau s'il s'exposait un peu trop. Quand on lui a expliqué ça, il n'a pas pu s'empêcher de rire au nez du médic-nin. Rien ne pouvait être pire pour sa peau, a-t-il ironisé sur le moment, tristement cynique.
Mais ce rire-là n'était en rien un vrai rire. Il n'avait rien de joyeux et de positif. Il était simplement un appel à l'aide. Un de plus qu'il avait lancé sans que personne ne s'en aperçoive.
C'est le rire qui s'est échappé de sa gorge aujourd'hui qui est différent. Un rire rauque et fatigué. Un rire qui le surprend lui-même. Il l'a laissé sortir naturellement alors que l'infirmière rousse imite avec une remarquable justesse son supérieur, celui qui la sermonne à longueur de journée.
Elle cesse son imitation pour observer le jeune ninja. C'est la première fois qu'elle le voit sourire. Pourtant, elle s'occupe de lui depuis des mois. Elle est un peu triste chaque fois qu'elle se rend dans sa chambre. Ce gamin est traumatisé par ce qu'il a vécu, et personne ne vient le soutenir. Ses amis doivent être des ninjas, eux aussi, toujours sur le front. Il est sûrement trop jeune pour avoir fondé une famille. Ses parents ne doivent plus être de ce monde. Il est seul. Alors, elle lui tient compagnie le plus souvent possible.
Le voir rire est une grande victoire. Ce qu'on lui a infligé est inhumain. Elle n'aurait pas été étonnée s'il avait abandonné. Et lui, il continue à se battre pour survivre, les graines de son âme émergeant lentement sous la cendre. Et ce, sans même qu'il s'en rende compte.
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On accueille un nouveau ninja dans l'unité de soin. Raido le voit arriver, caché dans un coin. Il redoute constamment le moment où une connaissance franchira ces portes maudites. Pas parce qu'il a peur que quelqu'un qu'il aime soit blessé. Il est juste terrifié que quelqu'un découvre sa nouvelle apparence.
Le nouvel arrivé est un jeune ninja, comprend Raido en écoutant les commérages du personnel. On l'a installé dans la chambre à côté de la sienne, pour son plus grand malheur. S'il reste longtemps dans l'unité, Raido sait qu'il risque de le croiser. Il n'a plus qu'à prier pour qu'il ne soit pas de la même promotion que lui.
Sauf que Raido n'a jamais vraiment eu de chance, et les dieux n'ont jamais été de son côté. Il perçoit distinctement les médics-nins discuter du nouveau venu, et le nom qu'il entend le fait pâlir. Il fallait que ça soit un ninja de sa promotion...
À quel point est-il maudit ?
L'infirmière rousse s'inquiète pour lui lorsqu'elle se rend compte qu'il se terre dans son antre. Pourquoi ne sort-il plus prendre ses repas dans le restaurant ? Pourquoi ne se dégourdit-il plus les jambes en arpentant les couloirs interminables de l'unité ? Elle n'ose pas lui demander lorsqu'elle constate son humeur morose. Comme souvent, il s'est recroquevillé dans un coin de sa chambre, le visage caché dans ses bras enserrant ses genoux. Alors, elle se contente de s'accroupir près de lui.
Elle passe une main douce dans ses cheveux. L'une des rares choses qui n'a pas été abîmée par le brasier. Ils sont bien plus longs que lorsqu'il est parti sur le front, mais il n'a pas encore éprouvé l'envie de les couper.
Sa caresse est tendre, Raido la savoure. Il s'est fait à l'évidence : plus personne ne voudra avoir ce genre d'attention pour lui lorsqu'il sortira de l'hôpital et que son visage sera dévoilé au premier venu. Lui qui rêvait de fonder une famille...
Finalement, l'infirmière réussit à le faire sortir de sa chambre après quelques jours. Elle a usé de toute sa patience et de tout son savoir-faire pour encourager le jeune ninja à dépasser sa peur.
Dans la chambre d'à côté, Genma Shiranui est enfin réveillé, et il s'amuse à embêter toutes les infirmières qui s'occupent de lui. On ne le laisse pas encore quitter son lit, sa blessure est trop profonde. Après tout, un homme a tenté de l'ouvrir en deux avec un katana. On ne se remet pas de ce genre de choses en quelques jours à peine.
Il sent encore la lame l'écorcher vif, de haut en bas. Il a failli en avaler son senbon. Et dire que si Ebisu avait correctement surveillé ses arrières, il n'y aurait eu aucun problème. Mais cet imbécile a préféré ruiner leur mission en allant épier des filles dans les sources chaudes. Il avait eu tellement mal qu'il n'avait même pas eu la force de rigoler devant le sermon que leur senseï avait hurlé.
Ça fait plus de six mois que la guerre a commencé, et rien ne semble changer pour les ninjas. Ils sont simplement de plus en plus fatigués. Genma décide donc de profiter de ce repos bien mérité. Sans compter qu'un lit d'hôpital est bien plus confortable pour dormir qu'un simple futon sur un sol rugueux.
Il laisse les jours défiler lentement. À chaque soin qu'on vient lui attribuer, il s'amuse à glaner le plus d'informations possibles. Il a toujours été doué pour amener les gens à lui parler. Son senseï n'arrête pas de lui répéter que son charisme est son plus grand atout avec son cerveau bien rempli.
Genma passe son temps à lui rétorquer qu'il lui faut bien ça pour pouvoir ménager ses efforts et être tranquille.
Il est surpris lorsqu'il apprend qu'il n'est pas le seul jeune ninja dans l'unité. Une des infirmières, une rousse, a mentionné un autre garçon dans la chambre d'à côté. Pourtant, il n'a pas le souvenir d'avoir entendu les jonins mentionner un autre jeune blessé. Konoha envoie peut-être des enfants à la guerre, mais tout est fait pour préserver leur vie. Depuis le début des hostilités, très peu ont perdu la vie. Même les plus faibles, comme Obito et Ebisu, parviennent à survivre.
Il veut en avoir le cœur net. On l'a enfin autorisé à se lever, et il doit repartir sur le front à la fin de la semaine. Autant profité de l'accalmie pour enquêter. Il attend la nuit pour se faufiler à l'extérieur de sa chambre. L'hôpital n'est jamais désert, mais il y a moins de risque de croiser un soignant lorsqu'il est minuit passé.
La cicatrice sur son torse le tiraille, mais il n'y fait pas attention. C'est un ninja, il ne peut pas se laisser abattre aussi aisément.
Raido ne dort toujours pas. Les jours commencent à trop se ressembler et le sommeil le fuit de plus en plus. La plupart du temps, il se rend à la cafétéria pour discuter avec les infirmiers. C'est l'unique manière d'avoir des nouvelles du front puisqu'on ne l'autorise toujours pas à sortir sous le soleil. Il laisse échapper un long soupir, puis sursaute.
La porte de sa chambre vient de s'ouvrir, mais ce n'est pas l'heure de la visite médicale. Les médics-nins et infirmiers ne viennent jamais aussi tard, et il sait que son infirmière rousse ne travaille pas aujourd'hui.
La première chose qu'il aperçoit de son unique œil fonctionnel, c'est une aiguille.
Non. Pas une aiguille. Un senbon.
Il tente de se cacher dans les draps de son lit. Peut-être qu'en feignant de dormir, l'intrus le laissera tranquille. Mais le subterfuge ne prend pas. Genma Shiranui est loin d'être stupide, et ça, Raido le savait déjà à l'époque où ils étaient tous les deux assis sur les bancs de l'académie.
Ils n'ont jamais trop parlé tous les deux. Genma était un ninja bien trop cool pour quelqu'un comme Raido. Toutes les filles gravitaient autour de Kakashi et lui, et il faisait toujours partie des meilleurs pendant les examens, même s'il ne faisait rien pour.
N'importe quel autre ninja de sa promotion aurait pu être son voisin dans cet hôpital. Le sort avait préféré lui envoyer le plus perspicace d'entre tous.
Genma s'installe sur le sol, avant de commencer à lui parler. Il lui raconte comment il s'est retrouvé ici, comment un ennemi a tenté de l'étriper, lui, un simple enfant. Raido ne lui répond pas.
Cela ne semble pas gêner le ninja au senbon puisqu'il continue à divaguer sur l'absurdité de la guerre. Raido aimerait lui répondre, lui dire ce qu'il pense de cette horreur, mais il n'ose pas. Il ne veut pas que le ninja voie sa blessure.
Genma ne lui en veut pas. La guerre, ça transforme les gens, et Namiashi n'a jamais été le plus bavard. Il se doute bien que ce qu'il a vécu sur le champ de bataille l'a traumatisé. Il s'en est rendu compte au moment-même où il a perçu le chakra du ninja en rentrant dans la chambre.
Au temps de l'académie, il n'avait jamais vraiment fait attention à Raido Namiashi, le ninja taciturne assis dans le fond de la classe. Mais une chose l'avait déjà marqué à l'époque : son chakra répandait quelque chose d'apaisant.
Cette sensation a intégralement disparu. Une tempête sommeille dans le corps de Raido et Genma sait d'où elle vient.
Il y a trois mois, son escouade était passée près d'une cabane en feu. Ils avaient d'abord cru que cette cabane était vide de toute présence. Puis Genma avait repéré un soupçon de vie en train de s'éteindre. Une étincelle qui disparaissait dans ce brasier. C'était Gaï qui s'était faufilé dans la cabane. Il était le plus rapide d'entre eux après tout. Il en avait sorti un corps calciné de toutes parts. Ebisu était allé vomir dans un buisson lorsqu'il avait respiré l'odeur. Genma avait simplement fermé les yeux, refusant de croire ce qu'il percevait. Raido Namiashi avait été brûlé vif.
Gaï s'était occupé de l'amener à l'arrière. Mais lorsqu'il était revenu, il avait expliqué avoir entendu les conversations des médics-nins. Raido ne survivrait pas, ils en étaient sûrs.
Pourtant, il est là. Bien vivant.
Genma n'en revient pas. Il n'imagine pas les dégâts que le feu a fait sur son corps et sur son esprit. Il reste assis, incapable de lui avouer qu'il est coupable de ce calvaire. S'il n'avait pas senti son chakra, Raido serait mort, tout simplement. Il aurait été honoré comme un héros de guerre, et son esprit aurait été libre de toute contrainte. Par sa faute, il se retrouve condamné à une vie de souffrance. Peut-être même ne pourra-t-il plus devenir un ninja ?
Il aurait aimé lui cacher la vérité, mais Genma n'a jamais été très doué pour mentir lorsque sa vie n'est pas menacée. Il se racle la gorge avant de lui raconter son histoire.
Raido ne prononce pas un seul mot. Il se retourne simplement, dévoilant son visage balafré dans la pénombre de la nuit. Une immense cicatrice mange la moitié de son visage et l'empêche d'ouvrir son œil gauche. Il est terrifiant.
Genma s'efforce de ne pas le dévisager. Si sa mère avait été encore en vie, elle lui aurait certainement dit que c'était malpoli de dévisager les gens défigurés. Il peut parfaitement faire semblant de ne rien remarquer, il lui doit bien ça.
Raido est surpris de ne discerner aucun mouvement de recul chez son cadet. Genma fait preuve d'un beau self-control. En y réfléchissant, il n'a sûrement pas le choix, vu ses coéquipiers. Ebisu et Gaï doivent lui faire vivre un enfer à chaque mission.
Il est surpris de l'entendre s'excuser. Pourquoi fait-il ça ? Il n'est pas responsable de ce qu'on lui a infligé. Il lui a fallu du temps pour comprendre qu'il n'a pas à en vouloir à ceux qui l'ont sauvé, du temps pour accepter que ce qui était fait... était fait. Il ne peut plus revenir en arrière.
Voyant que Raido ne lui répond toujours pas, Genma se lève. Il est temps pour lui de regagner sa chambre. Alors qu'il franchit la porte, la voix de son aîné retentit enfin dans la pièce. Rauque, abîmée, et surtout, fatiguée.
Il lui fait promettre de revenir lui parler avant de retourner sur le front. Genma accepte de bon cœur.
Raido est terrifié lorsqu'il apprend que Genma est reparti combattre quelques jours plus tard. Il n'a même pas eu l'occasion de lui souhaiter bonne chance. Surtout, il n'a pas eu l'occasion de lui faire faire une promesse. Celle de ne mentionner son état à personne. Raido n'est toujours pas prêt pour affronter le regard des autres.
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La guerre se termine enfin. Konoha est en deuil malgré la victoire. Raido est sorti de l'hôpital. Son traumatisme est toujours présent, mais il a appris à vivre avec. On lui a annoncé la mort d'Obito, l'un de ses anciens amis. Étrangement, lorsqu'il a su la nouvelle, ses pulsions morbides ont cessé du jour au lendemain. Qu'est-ce qu'une brûlure à côté d'une vie perdue ?
Peu à peu, les ninjas reviennent aux villages. Kakashi et Rin, les coéquipiers d'Obito, ne parlent presque plus. Ce sont les seuls qu'il a croisés jusqu'à présent. Il n'a pas osé s'approcher d'eux. Il s'est contenté de les épier, perché sur un toit, alors qu'ils discutaient avec leur senseï, Minato Namikaze. Ce dernier l'avait manifestement repéré puisqu'il l'avait rejoint sur le toit par la suite.
Raido se remémore leur discussion alors qu'il se rend vers les bureaux d'une des sections les plus redoutées de Konoha. La section interrogatoire, dirigée par le terrifiant Ibiki Morino. Minato lui a conseillé de lui parler. Selon lui, rencontrer cet homme ne pourrait faire que du bien au jeune ninja qu'il est.
Raido n'a pu s'empêcher de le reprendre d'ailleurs. Il n'est plus un ninja. Il n'est plus capable de malaxer son chakra correctement. L'idée même d'utiliser un jutsu le terrorise. Dire qu'il était un spécialiste du Katon avant d'être brûlé vif. Savoir qu'il peut cracher une boule de feu dont il sentira les flammes lécher de nouveau son visage le paralyse.
Raido n'est plus un ninja, et il ne le sera plus jamais.
C'est ce qu'il tente d'expliquer à ce grand bourru qu'est Ibiki Morino. Celui-ci lui rit au nez. C'est avec une voix forte qu'il lui annonce qu'un vrai ninja ne renonce jamais à se battre, et ça, même si son corps est couvert de cicatrices.
Comme pour appuyer ses propos, le jonin ôte le bandeau ninja qu'il porte et penche sa tête en avant. Raido étouffe un cri de dégoût. Le crâne du jonin est couvert de cicatrices hideuses.
Ibiki lâche un rire sonore avant de replacer son bandana sur sa tête. Il a l'habitude que l'on réagisse comme ça devant lui. La vie a décidé d'offrir ce même cadeau empoisonné au gamin qui lui fait face. Il n'aura pas le choix, lui aussi devra s'y habituer. Sans savoir trop pourquoi, Ibiki ressent un élan de paternité pour ce jeune ninja totalement perdu dans ce monde bien trop brutal. Il lui propose de partager son repas. Une discussion s'impose.
Au cours de l'heure qui suit, Raido se décharge de toute sa peine. Il se confie au jonin comme il ne l'a jamais fait avec qui que ce soit auparavant. Cet homme est assurément le seul à pouvoir comprendre ce qu'il ressent depuis qu'il s'est réveillé dans ce maudit hôpital.
Le flot de paroles qui s'échappe des lèvres du plus jeune ne semble vouloir se tarir. Véritable torrent d'angoisse et de peur qui se déverse hors de lui sans qu'il puisse en contrôler le débit.
Ibiki parle peu. Il écoute ce gamin se noyer dans ses tourments, l'encourageant toutefois par quelques questions. C'est en le replongeant dans son enfer qu'il pourra l'aider à garder la tête en dehors de l'eau.
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Raido empoigne son sabre. Il recommence les mêmes mouvements inlassablement. Il ne parvient toujours pas à utiliser son chakra. Pourtant, il n'y prête pas attention. Il se souvient des mots qu'Ibiki lui a offert quelques mois plutôt. Ce n'est pas sa capacité à utiliser le ninjutsu qui fait de lui un ninja, mais plutôt sa volonté à défendre ce qui est cher à son cœur. Sa lame découpe avec une facilité déconcertante le mannequin qui lui fait face.
Genma grogne à ses côtés. Depuis qu'il est revenu du front, il éprouve un certain dégoût envers les armes blanches. Il ne se prive pas de lui faire remarquer à chaque fois qu'ils s'entraînent ensemble d'ailleurs.
Raido n'aurait jamais pensé se lier d'amitié avec un ninja tel que lui. Depuis quand un ninja aussi cool perdait-il son temps avec un paria ? Il tamponne délicatement son visage avec une serviette pour éponger la sueur de son entraînement. Ses cicatrices le font encore souffrir, mais la vie a repris son cours. Son œil gauche s'est enfin rouvert, et même s'il éprouve toujours quelques difficultés à s'en servir, il se sent un peu plus entier qu'il ne l'était auparavant.
Beaucoup de choses ont changé en à peine quelques mois. Sarutobi a renoncé à son titre d'Hokage, Minato a obtenu sa place. Une bonne chose selon les deux chunnins. Leurs anciennes escouades n'ont plus aucune raison d'être non plus. Raido s'en réjouit. Il n'a jamais été très à l'aise entre Asuma, Kurenaï et leur senseï. Il les apprécie, mais il n'a pas réussi à trouver sa place dans cette escouade et chacune de leur mission s'apparentait à un calvaire interminable.
Genma lui propose de faire une pause. Le balafré ne dit rien et ne se plaint jamais, mais son ami a fini par apprendre à reconnaître comment se manifestaient les signes d'épuisement chez lui. Sa peau le tiraille, son teint devient encore plus pâle qu'auparavant. Il sert les dents pour ne rien montrer, mais Genma n'est pas dupe. Être brûlé vif laisse forcément des séquelles.
Cette fois-ci, ils se sont installés sur le terrain d'entraînement le plus éloigné du village. Raido a encore du mal à supporter le regard des autres ninjas. Ainsi, caché derrière une minuscule forêt, personne ne peut le remarquer quand il retire son t-shirt d'entraînement. Son torse est toujours couvert de cicatrices, bien moins répugnantes que lorsqu'il était encore enfermé dans l'hôpital. Les ninjas ont des capacités de guérison hors du commun, l'infirmière rousse lui répète à chacune de ses visites dans l'unité de soin. Il ne regrette pas ces séances hebdomadaires qu'on lui impose. C'est le seul moment où il s'autorise à relâcher toute la tension qu'il accumule pendant la semaine.
Il sursaute quand un jonin débarque sans prévenir. Incapable de réagir, il ne se ressaisit que lorsque Genma s'approche de lui, quelques minutes à peine après le départ de l'homme. Son ami lui apprend qu'ils sont tous deux convoqués chez l'Hokage. Raido ne comprend pas.
Comment peut-il être envoyé en mission alors qu'il sursaute dès qu'il croise un inconnu ?
Il confit ses craintes à Genma. Celui-ci hausse les épaules et joue avec son senbon, comme toujours. Il parle moins qu'avant. La guerre laisse des traces indélébiles.
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Gardes du corps. Les voilà gardes du corps du Hokage en personne. Raido ne comprend pas. Pourquoi l'a-t-on choisi lui pour protéger la personne la plus importante de Konoha ? Genma est un choix logique, il est doué dans tout ce qu'il entreprend. Mais lui...
Il est simplement bon à faire peur aux enfants avec son visage balafré.
Pourtant, Namikaze-sama n'a rien voulu savoir. Ça serait lui, et personne d'autre. On ne lui laisse pas le choix. C'est ça être un ninja.
Genma est fou de joie. Il n'arrête pas de s'agiter depuis qu'ils sont sortis du bureau du Hokage. Il arrive même à faire rire son camarade en enchaînant les jeux de mots les plus moisis possibles sur leur promotion. Le ninja au senbon voit ça comme une victoire. Les rires de Raido sont rares et précieux. Depuis qu'il lui a tenu compagnie à l'hôpital, il s'est juré de soutenir le ninja. Il se sent toujours responsable de ce qu'il lui est arrivé, et il supplie encore tous les jours l'ermite Rikudô d'apaiser les tourments du balafré.
Une idée folle lui vient. Elle germe à une vitesse insensée dans son esprit, sans qu'il puisse y résister. Il veut célébrer cette promotion avec tous leurs camarades de l'académie. Une fête comme ils en faisaient avant la guerre.
Convaincre Raido n'est pas une mince affaire, mais Genma sait comment l'avoir à l'usure. Il fait presque nuit quand son aîné finit par accepter de faire un passage dans la taverne que le plus jeune a choisie.
Raido est dans sa chambre lorsque la fête commence. Il hésite. Doit-il camoufler son visage ? Il s'est appliqué à éviter tous les autres ninjas de sa promotion depuis la fin de la guerre. Que faire s'ils le rejettent en découvrant ce qu'il est devenu ?
La lune brille de mille feux. Raido se tient à quelques mètres la taverne. Il tente de se réfugier dans le manteau rassurant de la nuit. Avec un peu de chance, personne ne le remarquera s'il se tient à l'écart des autres. La soirée semble animée s'il en juge les cris qu'il entend. Ça lui rappelle les fêtes qu'ils faisaient avant la guerre.
Raido s'apprête à repartir. Il s'excusera auprès de Genma, mais il n'est pas prêt pour ce genre de chose. Il a trop peur de revoir ses anciens amis.
C'est sans compter sur Kurenaï. Son ancienne coéquipière surgit de nulle part pour lui sauter dans les bras. Il réprime un cri de douleur, il sait qu'elle n'a pas voulu lui faire mal. Elle se répand en excuses sans pour autant le lâcher. Il lui a fallu du temps pour comprendre à quel point elle avait mal agit. Le balafré ne sait que faire. Il n'a plus l'habitude des contacts humains. Il finit par simplement la serrer contre lui, savourant ce moment.
Il avait longtemps eu des sentiments pour la jeune femme, mais cette dernière l'avait toujours éconduit, lui préférant Asuma. Aujourd'hui, cet amour balbutiant s'est changé en une franche affection. La guerre et l'éloignement ne créaient pas que des mauvaises choses. La kunoichi ne fait aucune remarque lorsqu'elle l'examine à la lueur d'un lampadaire. Elle se sent encore bien trop coupable. Pourquoi avait-il fallu qu'Asuma et elle écoutent leur senseï quand celui-ci a choisi de sacrifier Raido ?
Genma les observe, pensif. Asuma lui tient compagnie. Le ninja au senbon s'amuse de le voir aussi tendu par l'échange entre ses deux anciens coéquipiers. Il s'empresse de lui faire remarquer qu'il va devoir prendre du recul s'il veut cacher sa relation avec la kunoichi. Asuma secoue la tête. Ce n'est pas pour ça qu'il est sur les nerfs.
Le senbon que Genma mâchouille à longueur de journée se plante dans le plafond. La fête est finie depuis de longues heures, mais il ne parvient pas à trouver le sommeil. Les nouvelles qu'Asuma lui a confié l'inquiète. Il ne sait que faire devant ce trop lourd secret qui pèse sur ses épaules. Depuis qu'il est revenu du front, il panique plus facilement. Maintes fois, son souffle se bloque sans raison, ses membres se mettent à trembler. Sa vision devient trouble et des souvenirs de guerres s'emparent de son esprit. Il lui faut un long moment pour se calmer.
Sa décision est prise. Il doit dire la vérité à Raido. Un traître se cache à Konoha et ce traître est responsable de l'horreur qu'a subie le ninja.
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C'est Minato qui leur annonce la nouvelle. L'ancien senseï de Raido a déserté. Il a visiblement pris la fuite lorsqu'il a compris que les anbus étaient sur sa piste. Raido reste silencieux. Il ne comprend toujours pas. Pourquoi était-il devenu la cible de l'homme qui était censé le protéger ? Pourquoi celui qui lui a tout appris a-t-il tenté de l'éliminer ?
Il s'effondre, incapable de se retenir. Heureusement qu'ils sont chez l'Hokage. Personne d'autre ne peut s'apercevoir de sa faiblesse comme ça. Kushina, la femme de Minato s'approche de lui. Elle caresse ses cheveux tout en lui murmurant des paroles réconfortantes. Son mari l'observe, fasciné. Comment sa brute de femme peut-elle devenir aussi douce en présence de quelqu'un qui souffre ? Heureusement qu'elle est là. Ni Genma, ni lui, ne savent comment réagir devant la détresse du balafré.
Il lui faudra une semaine entière pour se remettre de la nouvelle. L'enquête sur son senseï stagne et une colère sourde le hante. Il s'était presque fait à l'idée d'être défiguré à vie et voilà qu'on venait le confronter à une effroyable réalité. Les traîtres pullulent à Konoha, et il est l'une de leurs victimes.
Sa volonté de se venger s'en retrouve décuplée. Rien ne l'empêchera de déceler la vérité sur ce qu'il a subi. Genma s'en inquiète, mais il n'ose rien dire. Raido n'a jamais été aussi motivée pour retrouver ses anciennes capacités. Il est en passe de devenir l'un des meilleurs chunnins du village. Minato leur accorde même l'honneur suprême de leur apprendre l'Hiraishin, son jutsu le plus connu.
Alors Genma se dit qu'il n'a pas le droit de le stopper maintenant qu'il remonte enfin la pente. Il y a des graines dont on ne soupçonne la force que lorsqu'elles s'épanouissent enfin.
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Minato et Kushina sont morts. Les années ont passé, Raido et Genma sont devenus des jonins et plus personne n'ose se mettre sur le chemin du duo infernal. Raido a presque réussi à s'habituer à sa nouvelle apparence. Les médics-nins sont parvenus à réduire la taille de sa cicatrice au visage. Il n'en croyait pas ses yeux quand il s'est enfin regardé dans un miroir. Il a recommencé à sourire aussi. Beaucoup le voient comme un ninja terrifiant, sérieux et taciturne, mais ses proches savent la vérité : Raido est un homme bien plus tendre que son apparence ne le laisse paraître.
Il continue à se battre avec son sabre. Minato et Kushina lui en avait offert un, forgé spécialement pour lui, peu avant leur mort. Kokutô, la lame noire. Il n'utilise le ninjutsu qu'en ultime recours. La moindre flamme déclenche chez lui des sueurs froides.
Genma s'entête à vouloir le faire sortir. Il se rend compte qu'il lui doit beaucoup. Sans lui, il aurait sombré depuis longtemps. Il ne comprend toujours pas pourquoi un ninja aussi populaire se soucie de lui, mais il s'en fiche. L'amitié qui les lie depuis cette nuit à l'hôpital lui a sauvé la vie. Alors, il se laisse faire de bonne grâce quand son meilleur ami le traîne de force dans les tavernes du village.
Cette fois-ci, l'endroit est animé. Beaucoup sont déjà éméchés alors que la nuit ne commence qu'à tomber. Ils sont installés à leur table favorite, au fond de la salle. Un recoin camouflé par une pile de tonneaux rempli. De cette manière, Raido peut se dissimuler à la vue de la plupart des clients et Genma peut garder un œil sur la porte d'entrée. Le plus jeune éprouve un besoin maladif de surveiller ses arrières. Deux jeunes femmes s'approchent d'eux alors qu'ils commandent une nouvelle tournée de saké.
Comme toujours, Genma agit comme un véritable aimant avec la gent féminine. Son charme nonchalant, son charisme et son sourire taquin rayonnent où qu'ils se trouvent. Rien ne fait plus rire Raido que de le comparer à une lumière qui charme les insectes. Genma, lui, se voit plutôt comme un phare qui guide les demoiselles jusqu'à son lit.
Comme toujours les deux femmes n'accordent pas un seul regard au balafré. Il ne dit rien. Il préfère que les choses se déroulent comme ça, plutôt que de voir le dégoût sur leur visage. Rien ne doit paraître plus terne que lui lorsqu'il tient compagnie à son meilleur ami...
Et comme toujours, Genma lui lance un regard désolé, quand les deux femmes l'entraînent plus loin sans qu'il ne cherche à résister. Il s'en veut de laisser Raido seul, mais son aîné lui répète toujours qu'il n'en a rien à faire. Il se laisse donc faire, cherchant à oublier ses cauchemars dans les affres de la chair.
Raido reste plongé dans ses pensées, touchant à peine à la bouteille de saké encore pleine posée sur la table. Il songe au chemin qu'il a parcouru depuis qu'il s'est réveillé à l'hôpital. À tout ce qu'il a accompli. En aucun cas il n'aurait pensé pouvoir devenir l'un des meilleurs jonin de Konoha. Jamais il n'aurait pensé pouvoir reprendre le cours de sa vie d'avant, presque comme si de rien n'était. Surtout, il n'aurait jamais pensé se relever d'une telle épreuve. Dire qu'il était décidé à traverser la Sanzu-no-Kawa.
Une voix harmonieuse l'interpelle. L'infirmière rousse vient de s'installer à la place de Genma. Un sourire immense envahi le visage de Raido. Il n'y a qu'avec elle qu'il sourit de cette manière. Depuis que ses soins sont terminés, il ne la voit plus aussi souvent qu'avant, mais chacune de leurs retrouvailles agite un tourbillon de sentiments en lui. Il n'ose rien lui dire. Il n'en a pas le droit. Comment pourrait-il prétendre à une telle femme ?
Peut-être se doute-t-elle de l'étrange fascination qu'il a pour elle. Il ne sait pas. Ils n'ont jamais parlé du lien qui s'est créé entre eux malgré le temps qui est passé depuis leur rencontre. Fréquemment, ils se retrouvent le soir pour discuter, quand Genma part conquérir de nouveaux horizons.
Ce soir-là, elle lui annonce la date imminente de son mariage. Il la félicite. Partager sa tristesse avec elle n'est pas une option. Il retranche ses sentiments au fond de son cœur, la seule chose qui compte pour lui, c'est qu'elle soit heureuse.
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Il se réveille à l'hôpital, le corps entouré de bandage. Genma se trouve dans le lit en face du sien, dans un état bien pire. C'est la deuxième fois qu'il se retrouve ici en très peu de temps. L'infirmière rousse va se faire un plaisir de le sermonner. Sauf que ce n'est pas sur elle que la porte s'ouvre. Il ne saurait dire s'il est déçu. Trop d'années se sont écoulées.
Tsunade, la nouvelle Hokage, fait son entrée, toujours rayonnante malgré son âge avancé. Son apparence n'a jamais changé depuis qu'il la connait. Elle lui adresse un sourire désolé avant de réveiller Genma sans aucune douceur. Voir son meilleur ami s'agiter et râler le rassure. Son état n'est pas si grave que ça s'il trouve encore la force de se plaindre. Et puis, depuis que Tsunade est revenu au village, tout à changer. Ses capacités en ninjutsu médical ont fait des miracles. Raido en a fait l'expérience : jamais il n'a aussi peu souffert de ses brûlures.
Ils sortent de l'hôpital une semaine plus tard. Pour la première fois de sa vie, Raido se retrouve à soutenir son meilleur ami. Celui-ci s'en veut d'avoir mis en péril leur vie avec tant de désinvolture. Il refuse que Raido ait à payer le prix de sa stupidité et de son orgueil.
Le balafré ne lui en veut pas. Comment pourrait-il ? Sans Genma, il serait mort dans une cabane en feu, quatorze ans plus tôt.
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Les choses ont changé à Konoha. Depuis l'attaque d'Orochimaru sur le village, ils sont en manque d'effectif. Les missions s'enchaînent et leur duo fonctionne toujours aussi bien.
Ils débarquent en trombe dans le village caché de Kusa, au pays de l'Herbe. L'entretien avec le général des jonins doit avoir lieu dans une heure à peine. Ils n'ont que peu de temps pour se préparer.
La salle dans laquelle on les reçoit n'est pas exceptionnellement prestigieuse, bien au contraire. Les ninjas de Kusa n'ont jamais cherché à en mettre plein la vue à leurs voisins. Leur puissance n'est plus à prouver et c'est pour ça qu'il est si important pour eux de mener à bien leur mission.
La diplomatie n'a jamais été le fort de Raido. Il n'a pas le talent de Genma pour manipuler les mots et les esprits. Il le laisse donc parler, se tenant en retrait dans l'ombre, une capuche dissimulant son visage. Avec le temps, il a compris que ses cicatrices pouvaient devenir une arme, dissuadant ses ennemis en un instant.
Cette fois-ci, il se rend compte que la balafre qui mange son visage est bien plus importante qu'il n'aurait pu le croire.
Les négociations pour le renouvellement de l'alliance entre les deux pays sont compliqués. Que gagnerait Kusa à soutenir un pays aussi instable que Konoha ? Le ton monte entre Genma et l'homme qui lui fait face. Raido s'approche subtilement, prêt à intervenir à la moindre menace. Une kunoichi de Kusa fait de même. Ses cheveux blonds s'agitent au rythme de ses mouvements.
Une menace de guerre. Voilà ce qui résulte de leur réunion. Genma ne sait plus quoi faire pour apaiser les tensions. Désespéré, il lance un regard à son coéquipier. S'ils n'arrangent pas la situation rapidement, il ne donne pas cher de leur peau.
Raido se décide à intervenir. La perspective d'une nouvelle guerre le terrorise. Trop d'horreurs ont eu lieu lors de la dernière. Il s'installe à côté de son coéquipier et retire la capuche qui dissimulait toujours son visage. Et pour la première fois, il parle.
Fixant le général, il lui raconte son histoire. Celle d'un ado brûlé vif pendant une guerre dont il ne cernait même pas les enjeux. Celle d'un ninja traumatisé par les trahisons et les morts. Pour la première fois, il assume ce qu'il a vécu devant un étranger. Il ne lui cache ni la douleur qu'il ressent toujours ni la peur qui l'étreint encore trop souvent.
Surtout, il lui raconte comment il s'est relevé, comment ses pétales se sont déployés un à un. La guerre n'est ni une solution ni une fin possible. Elle ne représente que le commencement de décennies de souffrances pour ceux qui la connaissent. Des victimes dont les cicatrices seront la trace des erreurs à ne pas réitérer.
Le rouleau scellant l'alliance entre les deux pays demeure contre la poitrine de Raido. Genma a tenu à le lui confier. Sans lui, un nouveau conflit ouvert aurait explosé et aurait sûrement été fatal pour Konoha. Pour la première fois, Raido remarque de l'admiration dans le regard de son meilleur ami. Il ne peut s'empêcher de le charrier à ce propos.
Genma lui rétorque simplement qu'il n'a jamais cessé de l'admirer depuis le jour où il l'a rencontré à l'hôpital.
Lorsqu'ils arrivent à la frontière divisant les deux pays, les deux amis remarquent une silhouette qui semble les attendre. Aucune aura menaçante ne s'en dégage, ils avancent vers elle sans se méfier.
Elle relève la tête lorsqu'elle distingue leurs pas fouler l'herbe fraîche. Raido la reconnait immédiatement. La kunoichi qui se tenait dans l'ombre du général. Elle tient dans ses mains un bouquet de fleurs jaunes.
Des calendulas.
L'infirmière rousse les utilisait fréquemment pour apaiser ses brûlures.
La jeune femme lui tend le bouquet.
Il s'en empare sans hésiter.
Il est temps pour lui de recommencer à vivre.
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* Sanzu-no-Kawa : La Sanzu-no-kawa (三途の川?), ou « fleuve des trois chemins » est, dans la tradition bouddhiste et les croyances religieuses japonaises, une rivière semblable au fleuve Styx.
* Les fleurs de Calendula : On l'appelle aussi le souci officinal. En langage des fleurs, il signifie l'inquiétude. Mais le plus important, c'est son usage médicinal : le Calendula est particulièrement utile puisqu'il possède des vertus anti-inflammatoires et antiseptiques. Enfin, il possède une action cicatrisante.
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