Chapitre 1

Je m'appelle Sasuke Uchiwa, j'ai vingt-et-un an, je suis étudiant en deuxième année d'école d'ingénieur à la Science University de Konoha.

Je n'ai jamais vraiment su parler de moi, mettre des mots sur mon état d'esprit ou mes émotions. Je suis incapable du moindre recul me concernant. Mais aujourd'hui, mon malaise n'a jamais été plus grand; il me saute à la gueule ! Je ne peux pas, je ne peux plus le nier…

D'aussi loin qu'il m'en souvienne, j'ai toujours eu un problème avec le sexe. Je n'ai pas été un adolescent précoce. Physiquement j'entends. Je suis resté enfermé très longtemps dans mon corps d'enfant. Je me désespérais de découvrir sur mon visage, entre mes jambes, sous mes aisselles, les prémices de la virilité. Tandis que nombre de garçons de mon âge qui partageaient mes vestiaires avaient la voix qui mue et arboraient fièrement des jambes velues et des caleçons bosselés, je tentais de dissimuler au mieux le spaghetti qui pendait à peine entre mes cuisses. Je ne rêvais à cette époque que de poils pubiens drus et fournis, de couilles grasses et pendantes, de bite massive et veineuse. Symbole absolu du mâle par excellence. La toute-puissance. Tout du moins à mes yeux.

Je traversais donc très mal les années collège, entièrement habité par cette préoccupation de chaque instant. Serais-je un homme un jour ? Un vrai, un pourfendeur, avec une queue capable de bander plus dur que le bois et de cracher son foutre par saccades éblouissantes. Cela devenait obsessionnel ! Je guettais avec une curiosité que je savais malsaine les mecs qui se dessapaient, je matais leur slip, imaginais leur bite entièrement abandonnée à ma lubricité. Comment se branlaient-ils ? Éjaculaient-ils déjà ? Mes yeux fixaient avec envie ce que dissimulaient leurs dessous, je me projetais la main contre leur masculinité, l'explorant minutieusement, crevant de jalousie de n'être pas pourvu, comme eux, d'un appendice digne de convoitise. Ouais, je crevais de jalousie, je rêvais de me fustiger, d'accabler ma méprisable petitesse en comparaison de leur ample sublimité. Une faille au plus profond de moi, j'en étais conscient, ne cessait de s'élargir, devenait abyssale et menaçait de m'engloutir tout entier. J'étais malheureux, terriblement. Je me détestais, détestais mon corps, méprisais mon sexe, mes faiblesses, mon inconsistance. Moi, Sasuke Uchiwa, j'avais des pulsions autodestructrices. Me faire mal, m'abîmer physiquement; je voulais échapper à la douleur mentale qui m'étreignait et dont je ne cernais pas l'exacte origine.

De mon jeune âge, j'ai peu de souvenirs. Mes parents sont très imparfaits, comme tous les parents me dirait-on. Mon père, Fugaku Uchiwa, est responsable de la police de l'agglomération de Konoha. Il est très occupé, membre éminent du conseil, un proche de l'hokage. Absent notoire auprès de sa famille, mais pas moins exigeant pour autant ! Itachi, mon frère aîné, et moi devons être irréprochables, travailleurs besogneux, obéissants, des modèles de réussite scolaire, d'une politesse empesée, discrets, voire taiseux. De bons garçons qui ne font pas de vague en quelque sorte s'ils ne veulent pas goûter à la férocité paternelle. Quant à ma mère, Mikoto, femme soumise à un mari parfois violent, elle s'est inventée un rôle de maman parfaite qu'elle n'a jamais tenu. Certes, nous avons croulé sous les câlins, n'avons jamais manqué de caresses ou de baisers, ce qui est important je ne le nie pas, et mes meilleurs souvenirs restent d'ailleurs ces moments précieux lorsque, perdu dans les bras maternels, j'étais bercé de mots tendres et délicieux. Mais ma mère nous aimait avant tout pour elle. Elle se plaisait à crier sur tous les toits combien elle était fabuleuse avec ses deux fils, comme elle était fière de nous, comme nous répondions merveilleusement à ses attentes. Une mère comblée !

Elle fut pourtant aveugle aux tourments qui m'ont saisi à l'aube de mes douze ans. J'étais peu lisible, je l'ai toujours été. Depuis longtemps, on s'extasiait devant « ma gueule d'ange » mais mon mutisme, mon caractère sombre, déroutaient. On m'observait avec défiance, on redoutait les regards perçants et indisposant que je m'appliquais à distribuer. On les fuyait. Ma mère n'a pas tenté de comprendre le mal-être qui m'étreignait, l'a-t-elle seulement détecté ? Elle me serrait dans ses bras, continuait de me câliner mais ne m'offrait aucune empathie ni compréhension. Mon état psychologique ne l'intéressait pas tant que je n'étalais pas la souffrance qui grandissait en moi, que je la préservais de mes angoisses, que je restais le petit garçon qu'elle voulait garder éternellement près d'elle. M'enfermer dans ce statut, qui me pesait tant, fut donc pour elle un bonheur maternel supplémentaire.

En ce qui me concerne, je fis vite le deuil de cette parentalité défaillante, et je compris tout aussi vite ce qu'on attendait de moi. J'eus la chance d'être très bon élève, tout me paraissait simple et facile à comprendre, j'excellais en sciences. Je devins donc une espèce de génie familial, je réussissais chacun des examens auxquels on me soumettait. J'étais brillant. Je le suis toujours. En satisfaisant ainsi mes parents, je n'attirais pas leur attention sur mes désirs profonds et intimes, sur les tourments de mon âme, la lente et longue agonie qui œuvrait en moi. Bien malgré moi.

Quand je pense à mes aptitudes scolaires, je suis bien en mal d'expliquer d'où me viennent ces capacités. Durant des années, je n'ai eu comme volonté que celle de me faire mal, oserais-je dire de me détruire. Alors, pourquoi avoir joué le jeu de la réussite scolaire ? Je ne sais pas. Enfin, j'ai quelques pistes quand même. Tout d'abord, mon esprit n'a jamais été ma principale cible, c'était bien mon corps, que j'exécrais par-dessus tout, qui était l'objet de ma haine et de ma soif d'anéantissement. Je pouvais passer des heures à me regarder dans un miroir, entièrement nu, je me flagellais mentalement, insultant cet incroyable assemblage de chairs, d'os, de muscles, qui me composait. Je dénigrais sans compassion ma vomitive anatomie, que j'appelais avec mépris « ma dépouille ».

Mais, très vite, la violence verbale n'a plus suffi, il me fallut toucher la réalité de la douleur. J'ai donc voulu connaître les limites de cette misérable enveloppe corporelle. Je l'ai d'abord gavée au-delà de l'imaginable, jusqu'à ce que j'en arrive à dégueuler mon estomac. J'ai bouffé de tout, de la nourriture, bien sûr, à me faire exploser, mais aussi de la vermine, jusqu'à de la merde. Comment est-il possible d'avoir survécu à ce traitement infernal ? Il faut croire que ma dépouille a des ressources insoupçonnables. Mais je m'en suis sorti. Alors, j'ai pris le contrepied, j'ai jeûné. Privation totale de nourriture, parfois même de liquide. Euphorie absolue pendant près de quatre semaines, avant que ma conscience ne reprenne les rênes de mon destin et ne m'impose de reposer les pieds dans le monde réel, de renoncer à mon mortifère dessein.

Ces différentes phases se succédèrent à tour de rôle pendant plus de deux années, tandis que je n'étais encore que collégien. Aujourd'hui, on me qualifierait probablement de boulimique, d'anorexique. Il parait que c'est rare chez les garçons et, d'ailleurs, je ne suis pas certain que ces définitions s'appliquent à mon cas; et puis de toute façon, qu'est-ce que j'en ai à foutre ? Peut-être étais-je juste voué à vivre une crise adolescente monumentale ? Tout aussi violente que silencieuse et incompréhensible.

Mais, contre toute attente, la tempête qui sévissait en moi s'apaisa et une furieuse envie de vivre s'imposa. C'est à ce moment-là, je crois, que j'ai grandi, et ce fut certainement salutaire. Ces fameux poils tant désirés, cette virilité tant convoitée, que je n'attendais plus, ces muscles qui ne se développaient pas, ont soudainement décidé d'investir ma maigre silhouette. Et je découvrais avec stupéfaction un matin, nu devant ma glace, les premiers signes de mon évolution d'adulte. Étonnante sensation de vertige qui m'étreignit alors et dont l'écho résonne encore en moi aujourd'hui, tel mon big bang originel.

Et pourtant, malgré tout, durant ce saccage corporel que je me suis infligé, je n'ai jamais levé le pied à l'école, j'étais également curieux et volontaire, j'étais le meilleur, j'apprenais, je dévorais. Mon esprit semblait comme extérieur à mon corps, animé de sa volonté propre, d'un insatiable appétit. Le moteur de mon existence tout entière peut-être. Étais-je possédé ? Est-ce cela, la fureur de vivre ?

Une autre piste bien plus concrète à mon incroyable survivance est tout simplement l'amitié. On pourrait croire qu'un être méprisable tel que moi est incapable de lier des relations amicales solides et sincères. Ben, je dois avouer que ce fut effectivement le cas de nombreuses années; jusqu'à mon entrée en sixième. J'ai eu l'immense chance, à cette époque, de tomber dans la même classe que celui qui allait devenir, et qui est toujours du reste, plus que jamais d'ailleurs, mon meilleur ami. Naruto Uzumaki. Cette rencontre a changé ma vie et n'est certainement pas étrangère à la trajectoire qui fut la mienne. Si tout un chacun me fuyait lorsque j'avais douze ans, effrayé par ma mine patibulaire, ma fâcheuse tendance à la bagarre, le blondinet vint vers moi en toute confiance, un sourire sincère sur les lèvres. Sourire dont il ne se dépara jamais et qu'il arbore aujourd'hui encore en toute circonstance.

Ouais, j'étais un gringalet lorsque je fis mon entrée au collège, mais mes poings étaient diablement efficaces. C'est que je jouais ma vie à chacun de mes affrontements, je ne craignais pas les blessures, je les recherchais même. Seul le châtiment promis par mon père en cas de problème que je causerais était en mesure de retenir mes coups. Aussi, je fus surpris d'attirer la sympathie du mec le plus populaire des sixièmes. Parce que, populaire, Naruto l'était ! Auprès des filles, bien sûr, mais à cet âge, les filles ne nous intéressaient pas vraiment, mais surtout auprès des mecs. Naruto avait dans son sillage bon nombre de garçons charismatiques, plus appréciés les uns que les autres, ils formaient une bande. Et, sans que j'y comprenne quoi que ce soit, Uzukami porta son dévolu sur moi, il décida que nous devenions amis, que j'intégrais derechef sa bande. Je mis du temps à accepter cette soudaine proximité – il me suivait partout. Mais il ne me laissa guère le choix. Et, contre toute attente, j'abdiquais.

Lui et moi sommes diamétralement opposés. Naruto est blond comme les blés, mes cheveux sont plus noirs que le plumage des corvidés, ses yeux sont d'un bleu azuréen, toujours illuminés, mes orbes sont sombres, froids et coupants comme de la glace. Sa peau est hâlée tout autant que j'ai un teint de macchabée. À l'époque de notre rencontre, il avait dix centimètres de plus que moi, il était sportif et affichait déjà des muscles dessinés à m'en faire baver de jalousie. Mais nos dissemblances n'étaient pas que physiques. Bon sang qu'il était bavard ! Qu'il est bavard ! Un moulin à paroles, limite saoulant. Toujours de bonne humeur, le cœur sur la main, bienveillant, empathique, désintéressé. Un putain de mec bien ! Pourquoi donc s'est-il entiché de moi ? Quel miracle de la vie m'a fait croiser son chemin et susciter son intérêt ? Aucune réponse ne m'est venue à l'esprit et je n'en cherche plus. J'ai succombé au coup de foudre amical, je n'ai pas échappé à la règle, je suis tombé sous son charme et j'ai grandi auprès de lui. Nous ne nous sommes jamais quittés.

Entraîné par cette tornade blonde, il m'a fallu décentrer mon attention. Mes obsessions, mes phases dépressives, les tortures que j'infligeais à mon corps, le dégout que je m'inspirais continuellement, ne pouvaient prendre le pas sur le fluide vital que Naruto insufflait à mon quotidien. Le suivre dans ses délires, l'observer croquer la vie, partager ses expériences, faire du sport, réussir au collège puis au lycée puis en prépa, m'ont permis de résister aux vagues mortifères qui déferlaient sur moi malgré tout. Il n'a jamais rien su, j'ai ce pouvoir, celui de cacher à mon entourage les affres de mon âme. Jamais personne n'accèdera à ma folie, à l'orage permanent qui sévit dans mon cerveau, personne n'aura connaissance du poison violent qui circule dans mes veines et agresse mes organes. Non, car personne ne peut me comprendre, j'en suis moi-même incapable. Cela étant, j'ai accepté ces souffrances indicibles contre lesquelles il est inutile de se battre, je les ai dissimulées et je suis resté dans le giron réconfortant de mon ami. J'aime ce mec plus que tout au monde ! Il est mon essentiel, mon phare, ma boussole. Quel soulagement pour moi que cette révélation, je peux aimer… J'aime Naruto !

Aujourd'hui, nous sommes étudiants en première année d'école d'ingénieur, nous sommes internes et nos chambres sont voisines. Nous partageons nos jours et nos soirées, du moins en grande partie. Nous faisons les mêmes sports, on a les mêmes amis.

À l'âge de seize ans, quelques-uns de notre bande ont eu les hormones qui se sont mises à s'échauffer sérieusement. Les filles sont devenues notre principal sujet de préoccupation, et de conversation. C'était à qui perdrait sa virginité en premier. Nombre d'entre nous – moi non inclus – avaient déjà eu quelques copines; certains poursuivaient une relation depuis pas mal de temps déjà et avaient attaqué les préliminaires. J'assistais, médusé, à des scènes aussi drôles que désespérantes : des jeunes mâles en rut en quête d'informations capitales sur le sexe opposé.

C'est comment le sexe d'une fille ? Comment on la fait jouir ? (ah ben cette question-là est celle qui revenait le plus souvent et qui captivait le public) et les seins, on les touche comment ? Faut rentrer les doigts dans la chatte ? Et le cunnilingus ? Le point G… J'en passe et des meilleures. Étonnamment, le plaisir féminin était au centre des questionnements, l'objectif suprême; ce qui faisait la valeur d'un amant, c'était bien sa capacité à mener une fille à l'orgasme.

Je n'en revenais pas ! Aucun n'avait de crainte ou même de doute ou d'interrogations sur son propre plaisir. Était-ce si simple pour eux ? Je ne participais évidemment pas à ces débats. J'écoutais. J'observais. Je serais assurément un amant désastreux, minable dans la technique, maladroit extrême et j'attirerais rires et moqueries. Mon corps avait largement évolué, certes, mais il m'exécrait toujours. J'avais beau me reluquer sous toutes les coutures dans le miroir, mon sexe était d'une laideur repoussante, d'une longueur grotesque, mon corps que je savais maintenant sculpté par les heures de sport m'apparaissait toujours trop frêle et trop vulnérable. Il me révulsait. Après nos séances d'entrainements au stade, nous nous retrouvions tous sous la douche. Il m'a fallu des années pour accepter de me conformer à ce rite. Quelle angoisse monumentale, honte absolue, lorsque je pointai pour la première fois le bout de mon nez et de mon anatomie tout entière dans l'antre humide où mes compagnons de jeu s'ébattaient dans une hilarité incommodante ! Je leur suis reconnaissant à vie de n'avoir pas railler ma ridicule petitesse lorsque je me débarrassai de ma serviette pour les rejoindre, de n'avoir pas fait attention à moi le moins du monde. En m'ignorant superbement il me faisait un cadeau inestimable.

Moi, je connaissais déjà les secrets de leur sexe. J'avais examiné, avec une malsaine curiosité, la queue de chacun lorsqu'ils me rejoignaient dans les vestiaires, entièrement nus, impudiques, certainement fiers de leur toute-puissance. Les engins pendaient magnifiquement dans leur écrin viril et me semblaient admirables. J'aurais tout donné, moi, pour afficher cette confiance-là, aimer mon chibre, le soumettre à l'éblouissement collectif sans crainte ni honte.

J'étais bien conscient, dès cette époque, que mon comportement n'était pas normal, que je dénotais. Pourquoi donc l'appendice masculin m'obsédait-il de cette manière ? Pourquoi abhorrer le mien, tandis que j'étais fasciné par celui des autres ?

Pourtant je m'adonnais à la masturbation depuis longtemps déjà ! J'ai même l'impression que je me suis toujours branlé. Touché, cafouillé, astiqué. Très très jeune. Dix ans, onze ans ? Je ne me souviens plus. Je me secouais la nouille à m'en faire mal, prenant un plaisir fou qui pouvait confiner à la douleur. Mais me toucher était pulsionnel. Le matin, le soir, sous la douche, sous le coussin dans le salon devant la télévision, sous la table pendant le repas parfois, la peur vissée aux tripes d'être démasqué. Sasuke le branleur ! En prenant de l'âge, ma technique s'est améliorée, je variais les sensations, la pression, les caresses sur mes couilles et appréciais davantage la douceur, faire durer. À seize ans, je maniais l'art de la branlette à la perfection. Mais le sexe féminin n'accompagnait aucune de mes échappées solitaires, je ne fantasmais pas sur les gonzesses le moins du monde. Pas plus sur le sexe masculin, il me faut préciser. Je répondais plutôt à une injonction de mon subconscient : branle-toi et jouis ! Je me branlais donc jusqu'à éjaculation. Je ne regardais pas ma minable petite bite pendant ces séances, je l'ignorais. J'avançais à la sensation, ne cherchant pas l'excitation par la vue de ma queue violemment décalottée. Non, je fermais les yeux et m'explorais avidement.

Donc, nos deux dernières années de lycée ont vu l'hécatombe des virginités chez mes copains. Naruto ne fut pas en reste, il fut même l'un des premiers à y passer. Dans notre entourage immédiat, peu de filles. Trois ou quatre notoires dont je ne suis pas particulièrement proche. Mais, jamais loin de mon ami blond, il y a Hinata. Hinata, jolie brune, je dois le dire, complètement frapadingue de lui depuis toujours. Ce fut donc une formalité de la faire chavirer dans ses bras. Il l'a dépucelée, peu de temps après, m'en a fait la confidence… peu de temps après. Il ne m'a pas donné tous les détails, heureusement, mais j'avoue que l'annonce m'a quelque peu bouleversé. Pourquoi ? Je ne sais pas. Nous sommes si fusionnels lui et moi que j'ai eu l'impression de perdre quelque chose. Il ne fut pas surpris que je ne le harcèle pas de questions, il me connaît, mais il répondit quand même à celles que je lui posais.

C'était bien ?

Sourire béat, bave aux lèvres, hoquet ridicule.

Elle a joui ? – question que je me dois de poser vu l'importance de la chose, j'ai cru comprendre tout du moins.

« Ben je sais pas trop, elle a beaucoup gémi pendant les préliminaires. C'était très excitant. Après, je pense qu'elle a pris du plaisir mais je ne crois pas qu'elle ait connu l'extase. En fait, elle a eu un peu mal. »

Ah oui, la douleur. Et toi, ça t'a fait mal ?

« Ah bah non pas du tout ! Tout le contraire même. C'est fabuleux Sasuke, faut que tu le fasses. Vraiment ! »

T'as tenu combien de temps ? – voilà certainement un des points les plus angoissants.

Rougissement, balbutiements.

« J'sais pas trop, j'ai pas chronométré. Je dirais cinq minutes. »

Les mois s'écoulèrent et Naruto et Hinata formèrent l'un des couples les plus solides de notre bande d'amis. Visiblement, leur intimité était au beau fixe et je vis mon ami gagner en assurance sur bien des plans alors qu'il ne me semblait pas en manquer. Pour ma part, je me débattais toujours avec mes démons et ne m'intéressais pas aux filles. Étonnamment pourtant, je plaisais. C'est à n'y rien comprendre mais de nombreuses nanas me lançaient des regards langoureux, m'offraient des sourires éblouissants, minaudaient lorsque j'approchais. Cela m'irritait au plus haut point. Je restais de marbre, imperturbable. Je ne voulais pas d'une relation amoureuse et encore moins envisager une relation sexuelle. Je n'étais pas prêt pour l'échec cuisant qui me guettait. Pourtant, je me dois d'être honnête, le corps des femmes commença à me titiller et je plongeai avec curiosité dans la pornographie virtuelle. Des sites ont permis au néophyte que je suis de me familiariser avec quelques notions. Je me branlais donc désormais devant des ébats pornographiques, bien orchestrés, avec des teubs gigantesques et des femmes capables de les engloutir par n'importe lequel de leurs orifices. J'adorais mater les cunnilingus baveux et cela se révéla d'ailleurs être une de mes occupations favorites; les moments d'éjaculation me captivaient également, les gerbes de semence et les cris orgastiques qui les accompagnaient précipitaient souvent mon propre orgasme. Ouais, j'étais absolument fasciné par ces queues démesurées traversées par le plaisir. Je me retrouvais souvent exsangue après que les mecs de la vidéo ont tous craché leur sperme en gros plan. Exsangue et troublé. Par contre, une pratique en particulier m'écœurait. La fellation me donnait en effet la nausée, et je passais systématiquement les passages, souvent nombreux, où les femmes avalaient avec ma foi une élasticité record les virilités alentours. Je sais que beaucoup de mecs raffolent de la pipe. Pour moi ce sera NON MERCI ! Hors de question qu'une nana mette ma bite dans sa bouche ! Hors de question !

Le temps passa et, en première année de prépa, j'eus ma première expérience sexuelle. Je rencontrai Karin dans un bar, un soir où toute la bande se retrouvait. J'étais éméché. La rousse était accompagnée de quelques amies. Ça riait fort pour attirer notre attention. Nos groupes ont fusionné et la soirée fut bien arrosée. La rousse m'identifia directement comme le mec à abattre ! Elle m'a maté tout le temps qu'on est resté dans le bar, m'a souri un milliard de fois et n'a pas semblé remarquer mon indifférence. Mais j'avais certainement trop bu et trop fumé, j'avais envie de rigoler aussi, alors, après quelques heures, j'ai flanché et j'ai répondu à ses sourires. Putain, première fois de ma vie que je fais ça ! Elle s'est tendue mais le reste était entendu. Elle l'ignore encore aujourd'hui mais elle fut mon premier baiser et ma première baise. Bon, le baiser a été échangé le soir-même lorsque, encouragé par Naruto, je la raccompagnai chez elle. J'en ai un bon souvenir. Malgré nos haleines alcoolisées, mon inexpérience, je pense que j'ai su m'en tirer. Elle a eu l'air de trouver ça agréable, elle s'est glissée dans mes bras, m'a enlacé et m'a offert la profondeur de sa bouche.

Hyper concentré. Voilà comment j'étais. Hyper concentré sur le ballet de ma langue, le placement de mes mains, les caresses que j'ai prodiguées. Après quelques instants, je me suis détendu pour enfin apprécier. Une douce chaleur m'a envahi, trouvant sa source dans le mélange de nos salives et nos gémissements, puis s'est répandue dans toutes les parcelles de mon corps. J'ai eu un début d'érection ! C'était bizarre, ça vient tout seul. Grand soulagement. Je l'ai embrassée beaucoup, c'était délicieux finalement. À plusieurs moments, elle s'est pâmée devant ma soi-disant beauté et ça m'a gonflé. J'ai souri bêtement, j'en ai rien à foutre de ça, et je l'ai encore embrassée pour la faire taire.

On s'est revu chaque jour après ça… Je sortais avec une fille !

Miracle ! ont dû penser mes potes.

Et puis moi, contre toute attente, je suis tombé raide amoureux. Comment ? Pourquoi ? Aujourd'hui, je suis bien en peine de répondre. Ça m'est tombé dessus comme ça. Avoir près de soi une fille douce et attentionnée, qui se perd d'admiration pour vous, que j'embrasse comme un dératé à chaque occasion, mon cerveau a identifié ça comme un sentiment amoureux. Avec le recul, je suis bien conscient de l'ineptie de ma réaction. Mais alors, englué dans mon inexpérience, tétanisé par cette première fois dont je m'approchais inexorablement, par cette mise à nu nécessaire, par le risque majeur que j'allais courir, j'étais dans l'obligation de leurrer mon esprit. Il fallait que j'aime pour ainsi m'exposer. Aimer. Voilà le harnais de sécurité que j'enfilais.

Pour autant, toutes les précautions prises pour éviter la catastrophe ne servirent à rien.

Le jour J, un samedi, on s'est retrouvé dans sa chambre d'étudiant, dans le bâtiment voisin du nôtre. Karin était vraiment jolie, elle s'était particulièrement apprêtée et je me suis senti sensible à sa beauté, plus qu'à l'accoutumée. Je n'avais rien prémédité mais, lorsqu'on s'est allongé sur le lit, que nos yeux se sont croisés, j'ai visualisé le gouffre vers lequel je me précipitais. Je sus, avant même de passer à la casserole, que ce serait un véritable désastre. J'allais me ridiculiser. Mais l'esprit humain est habituellement abscons; plutôt que de repousser l'instant fatidique, de me protéger par une habile pirouette, fuir, je m'entêtai, je me lançai dans la bataille perdue d'avance.

Nos souffles mêlés m'emplirent d'une fausse assurance. À jamais, je me souviendrais de cette fille terriblement sensuelle et sexy, alanguie sur son lit, les cheveux défaits, le regard enfiévré, confiante en les caresses que je saurais assurément lui prodiguer, impatiente de découvrir l'étalon qu'elle pressentait en moi. Non, aucun doute ne ternissait les flamboyantes prunelles dardées sur moi. Et sur mes épaules la chappe de plomb devint de plus en plus insupportable.

Elle minauda beaucoup, gloussa et se tortilla, s'exhiba avec talent, aiguisant mon appétit. Puis elle releva les mains par-dessus sa tête et me défia du regard. C'est une détestable habitude féminine que de s'exposer passivement de la sorte et d'attendre que le mâle fasse ses preuves.

Vas-y, homme ! Initie, caresse expertement, baise-moi, fais-moi jouir !

La tragédie me tendait donc ses bras blancs et délicats, m'observait avec indolence, me souriait avec exhortation. C'était absolument irrésistible. Je ne résistai donc pas et fonçai tête baissée vers l'horreur annoncée, comme un taureau de corrida présente son front au matador pour l'estocade finale.

L'effeuillage fut déjà bien compliqué. Si j'étais troublé par ce vrai corps de fille que je dénudais, la douceur de son épiderme, la suavité de ses effluves, me désaper moi fut une vraie torture. Le pire, c'est que Karin semblait enchantée de découvrir mon torse, elle gloussait, posait ses mains partout, me tâtait comme un animal de foire qui part en boucherie. La pression montait sérieusement; il y avait la chaleur dans mon froc, l'érection qui – dieu merci – était au rendez-vous, il n'aurait manqué que ça d'ailleurs, l'ultime bassesse de ma queue, mais aussi le stress préopératoire, ces gestes qui, à force de les répéter mentalement, finissaient par saturer mes capacités cognitives.

L'embrasser, la caresser, la masturber, jusqu'à jouir, la laisser me toucher, un peu mais pas trop, gérer l'excitation, mettre la capote, la pénétrer, souffler, oui, bien souffler, la baiser, maîtriser le rythme, le faire varier, la faire jouir, du moins essayer, tenir le coup, 10 minutes ce serait bien. Puis jouir aussi.

Je psalmodiais muettement mes incantations tout en embrassant la fille dont j'étais amoureux et qui était complètement nue sous les draps. Je prêtai fort peu d'attention à son sexe. Aujourd'hui, j'agirais différemment évidemment, je chercherais l'excitation autrement, mais il était écrit que ce jour-là serait un traumatisme dans ma vie d'homme, qu'il me fallait le traverser.

Engoncé dans mes complexes, j'étais quasi tétanisé lorsqu'il fallut montrer ma bite et je pris la main inquisitrice qui se faufila dans mon caleçon comme une insupportable agression. Je la laissai pourtant œuvrer, maîtrisant tant bien que mal les pulsions d'angoisse qui déchiraient mon ventre. La honte barra mon front tandis que je croisai le regard transporté de Karin. Je craignis des railleries, sur ma petitesse, mon inconsistance, le ridicule de mon chibre mais rien ne vint. La rousse ronronnait contre mon épaule et persévérait dans l'activité menée fort habilement, je dois le reconnaître, sur mon intimité.

Il m'est aujourd'hui encore difficile d'évoquer la suite et fin de cette première fois. Mes doigts maladroits n'ont pas su embarquer son corps, faire naître l'émoi, attiser le désir. Peu à peu, tandis que je merdais lamentablement, les prunelles se teintèrent de déception. Il fut déflagrant pour mon estime de mâle, ma virilité difficilement acquise, de voir s'éteindre les lumières dans ses iris. La nuit s'installa complètement. Je m'embourbais dans des caresses malhabiles pour finir par toucher le fond. Lorsque je la pénétrai, je fus happé par un plaisir sans nom, les sensations étaient si différentes de ce que j'avais préméditées. C'était trop chaud, trop humide, trop enveloppant. Je ne maîtrisai plus rien, la danse de mes reins, mon souffle rauque et ridicule, presque grognement animal. Ai-je seulement atteint les dix secondes ?

Pouah, pauvre de moi lorsque je m'avachis sur elle comme un cheval mort, terrassé par un orgasme triste et irrépressible. L'étalon n'était au final qu'un mulet pathétique.

J'aurais voulu crever lorsqu'il me fallut affronter le visage harmonieux de Karin; ses yeux désenchantés dévalèrent sur moi et un narquois petit sourire apparut au coin de ses lèvres. Je sais quels espoirs fous elle avait placés en moi, en ma belle gueule, en ce charisme qu'elle flattait et dont je n'avais pas conscience. Ah, j'exécrai l'air supérieur qu'elle affichait désormais, la soudaine raideur dans ses épaules ! Cela avait un nom. La désillusion.

Pauvre mec, vous baisez comme des merdes toi et ta p'tite bite !

Les jours qui ont suivi ont vu mes tentatives pour regagner du galon échouer les unes après les autres. Le coït était une catastrophe, jamais je n'ai dépassé la minute et Karin ne fit rien pour déguiser la frustration vécue entre mes bras. Je subis donc humiliation après humiliation avant de complètement renoncer à cette fameuse pénétration.

J'ai heureusement investi un autre territoire, je me suis lancé dans le cunnilingus avec, ma foi, un succès intéressant. Lécher une chatte est un moyen infaillible – ou presque – pour faire jouir une fille, et j'avoue que je ne m'en suis pas privé auprès de la rousse. Ma langue et mes doigts, bien plus performants que ma queue et bien plus manipulables aussi, se sont révélés d'excellents moyens pour la mener à l'extase. Je fus surpris des cris et des convulsions qui accompagnent l'acmé dévastatrice; surpris et fier d'en être l'instigateur.

Je ne serai pas Sasuke le pourfendeur; je serai Sasuke le lécheur.

Ouais, Sasuke le lécheur. Voilà une activité à la portée de tous !

Par contre, dès lors que ma nana avait atteint ces sommets, je l'abandonnais, péteux. Je me réfugiais dans la salle de bain et me branlais en silence. Vite et mal. Quelques secondes pour me soulager. Après m'être contracté lamentablement, je déversais mon sperme dans le lavabo. J'évitais de croiser mon regard dans le miroir, je sentais grandir à nouveau ce dégout de moi.

Jamais je n'ai parlé à Naruto de mes piètres dispositions pour le sexe, jamais d'ailleurs il ne m'a questionné sur le sujet. Certainement croit-il que je suis comme lui, comme tous les garçons, un baiseur hors pair, un baiseur né. Depuis qu'il est séparé d'Hinata, monsieur collectionne les conquêtes, un vrai tombeur ! Et je suis aux premières loges – la chambre d'à côté – pour assister aux envolées nocturnes époustouflantes. Impressionné. Oui, je suis impressionné par les cris indécents que poussent les poufs qu'il élit pour une nuit, pour une semaine, rarement plus. À se demander ce qu'il leur fait pour les mener aussi invariablement à s'égosiller de la sorte. Une jalousie malsaine me donne parfois des suées tandis que je devine l'extase non feinte de la culbutée voisine.

Naruto est un cœur d'artichaut, il flashe quotidiennement sur les belles de jour qu'il croise ; la nuit, il s'enflamme pour les divas qui se trémoussent sensuellement sur les pistes de danse, expertes en séduction. Et il conclut magistralement dans sa chambre, avec une facilité déconcertante, dans l'inconscience des complexes qu'il engraisse chez moi en affichant des talents qui me sont inaccessibles.

Sur le campus, il jouit désormais d'une réputation sulfureuse d'amant hors norme, de bête de sexe. Dans les yeux nacrés de la belle Hinata qui n'a pas déserté, qui assiste comme moi à l'avènement du sex-symbol Naruto, tristesse et résignation. Je le vois si clairement, moi qui suis insensible aux émotions des autres, que Lui ne peut l'ignorer. Pourtant, étrangement, mon ami blond y est indifférent, et son ex-amour n'a maintenant d'autre choix que de se satisfaire d'un statut amical. Une amie privilégiée, une amie qu'il estime… mais il n'est plus amoureux. Naruto ne m'a pas confié les détails de leur rupture et je n'ai pas posé de questions, je déteste l'indiscrétion. Pour cela, je crois qu'il m'est reconnaissant, comme pour les conseils que je ne lui prodigue pas, comme pour les sermons dont je l'ai épargné…

Je sais que mon meilleur ami n'appréciait pas Karin, peut-être est-ce pour cela que nous n'avons jamais évoqué ensemble mes expériences sexuelles avec elle. Pour cela aussi qu'il a accueilli avec presque soulagement la nouvelle de notre séparation; en fait, le départ de Karin dans une autre université. Je la soupçonne d'avoir voulu fuir notre relation; relation qui n'en était pas vraiment une, je ne suis pas dupe, mais à laquelle ni elle ni moi ne parvenions à mettre fin. Je n'étais pas amoureux comme j'avais tenté de m'en convaincre, son départ ne m'a pas ému le moins du monde, et mon accueil indifférent de la nouvelle l'a désolée, l'a blessée même peut-être. Je m'en fous.

J'avoue avoir craint qu'elle ne me taille une réputation d'amant de merde, de minable éjaculateur précoce, avant de s'envoler loin de Konoha; mais il n'en fut rien. Elle a disparu et, depuis, n'a pas reparu. Ses amies sont toujours là, continuent de me sourire avec afféterie, osent même quelques manœuvres séductrices. Mon air impénétrable et froid les réceptionne immanquablement mais ne décourage pas leur tentative. Qu'à cela ne tienne, si ça les amuse !

Après ma rupture, j'ai tenté d'autres baises, avec d'autres filles. Des filles d'un coup, rencontrées dans des bars, dans des boites de nuit. Des filles éloignées de mon univers. Le plus éloignées possible, géographiquement et socialement; hors de question de commettre la même erreur, m'engager dans une relation avec quelqu'un qui peut interférer dans mon quotidien, qui peut rencontrer mes amis, qui peut m'atteindre d'une quelconque façon.

Bien sûr, je me suis rassuré, mon vît est désormais en mesure de pénétrer, de se maîtriser, de prendre et donner du plaisir. Je lèche avec expertise les chattes qui s'abandonnent à moi, je m'y noie, m'y abîme, m'y engouffre.

Sasuke le lécheur est un titre qui me sied à merveille.

Mais ces moments sont froids et insipides, sans saveur sinon le goût de leur cyprine aphrodisiaque. Les filles sans visage que je baise n'ont guère d'intérêt, elles se contorsionnent dans des attitudes plus ou moins extravagantes, s'activent, ridicules, sur ma personne. Elles ne satisfont que mon ventre, elles n'étanchent pas la soif qui m'assèche depuis toujours; elles ne soignent rien des blessures secrètes qui hurlent en moi. Elles hurlent si fort ces blessures, si fort qu'elles en sont inintelligibles. Putain !

Mais au moins ces filles m'ont prouvé que je peux baiser normalement.

Je ne m'explique pas pourquoi, dès la suivante, j'ai su tenir sur la durée. Je pense que je n'ai rien engagé de moi dans la demi-heure que nous avons partagée. Lui ai-je seulement dit mon nom ? J'ai investi mon rôle de mec, j'ai pris les commandes, je l'ai draguée, je l'ai convaincue, emmenée dans la bagnole de mon père. Là, je me suis appliqué à la peloter comme il se doit, à lui sortir une mélopée sucrée comme elles aiment les entendre.

T'es belle, t'es douce, tu sens bon, tu me fais craquer.

Puis je l'ai consciencieusement léchée, elle a joui comme Karin, comme elles jouissent toutes. Son corps tout entier a frémi, elle a couiné légèrement tout en malaxant mes cheveux. Ensuite je l'ai baisée. Je l'ai bien labourée même, elle en a gémi et cela tinta agréablement à mes oreilles, regonfla mon ego de mâle.

Malgré ces relatives victoires, je n'étais pas dupe. Le fiasco vécu auprès de Karin m'avait ouvert les yeux, je cernais davantage mon infirmité ; quelque chose en moi était cassé, quelque chose d'essentiel, de vital. J'ignorais exactement ce que c'était mais j'avais désormais l'horrible conscience de ce vide abyssal ; et ce vide me grignotait insidieusement, se répandait comme une marée noire et visqueuse dans tout mon être. Plus jeune, j'avais identifié ce mal-être comme étant ma crise d'adolescence et je pensais que l'âge adulte, les expériences sexuelles, une vie amoureuse, sauraient m'en extraire ; mais aujourd'hui je constate comme je faisais fausse route. La vérité était ailleurs…

Bien sûr, je me débattais, je luttais, je résistais, m'accrochant comme un forcené à tout ce qui faisait ma vie, mon bonheur, ma force. Naruto, les études, mes amis… Mais le combat était inégal et la nuit semblait déjà avoir gagné ; inexorablement la lumière cédait du terrain à l'ombre, abandonnait.

Et désormais, une nouvelle obsession me grillait le cerveau.