Salut à tous ! Après des années à avoir déserté ce super site, je me suis décidé à reprendre un peu du service en changeant d'univers puisque comme vous l'aurez compris il s'agira ici de Snamione ! Je vais aborder des thématiques un peu difficiles mais avec beaucoup de douceur (et d'amour, bien sur !) - ça va bien se passer ! Je pense que cette fic sera (raisonnablement) longue car j'ai pleins de choses à raconter avec ces deux là. J'ai vraiment hâte de lire vos avis et de faire évoluer cette histoire à vos côtés :)
Disclamer : les personnages ne m'appartiennent évidemment pas, je ne fais que les emprunter pour m'amuser avec !
Je commence par un petit prologue qui prendra une grande importance un peu plus tard dans l'histoire. Et en cadeau, deux chapitres offerts ! Bonne lecture !
Haletant et frissonnant, le jeune garçon courut de toutes ses forces vers son lit, espérant se rendre invisible dans sa fuite. Il se jeta sur le matelas abîmé, rapporta ses genoux endoloris contre son torse, et s'enroula sur lui-même. Ainsi, il se sentait plus fort, comme si son petit corps fêle et mal nourri pouvait se changer en une carapace indestructible. Il remonta la couette sur son visage, et à présent, ne voulait plus rien voir.
- Sale gosse ! J'ai un monstre dans cette maison ! Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter un pareil boulet ! gronda une voix au loin.
Les mots les plus durs ne pouvaient plus l'atteindre à présent. Sous l'épaisse couverture de laine, l'enfant dirigea toute sa concentration sur les petits halos de lumière qui passaient entre les mailles du tissu. C'était comme un autre monde, comme la magie qui réchauffait son cœur. Ses bras et sa joue lui faisaient mal, alors il ferma les yeux et dans ce mouvement une larme s'échappa. Il ne pleurait plus très souvent, mais ce matin avait été particulièrement rude. Une fois ses sanglots ravalés, il prit un moment pour méditer sur sa situation. Tout lui échappait.
Depuis son premier souvenir, le jeune Severus avait été battu et humilié.
D'un côté son père, Tobias Snape, conspuait les sorciers. Il ne tolérait pas que la magie ait pris possession de son enfant. Sans doute ne tolérait-il tout simplement pas d'avoir à subir la charge d'un fils, alors que la situation économique du pays se dégradait, et que la pauvreté pesait lourdement sur ce quartier en ruine.
De l'autre côté, sa mère semblait animée par d'autres préoccupations lointaines, insondables. Elle évoluait dans cette maison vétuste comme un ectoplasme, ne s'intéressant que de manière anecdotique à son fils. Autrefois, Eileen Prince avait été une sorcière puissante, promise à un avenir glorieux. Hélas, son mariage avec Tobias le moldu avait scellé son destin : la famille Prince l'avait renié, et s'était arrangé pour faire d'elle un paria dans le monde sorcier. Il faut croire que cette trahison - attendue, certes, mais destructrice - n'avait jamais été digérée. Désormais à sa place nulle part, elle ne vivait que dans des souvenirs lointains. Le petit Severus n'était alors pour elle que l'incarnation symbolique de sa vie brisée.
C'est pourquoi, lorsque Tobias s'en prenait très injustement à lui, qu'elle entendait les pleurs et les supplications, elle ne faisait rien. Elle ne ressentait rien.
Pourtant, Severus n'était pas un enfant turbulent. Taciturne, futé et observateur, il avait appris très tôt à s'adapter, et à mesurer le poids de ses mots. Lorsque son père s'absentait à l'usine, ou pour retrouver ses compagnons de bars, le jeune garçon se rendait dans la bibliothèque de sa mère, et se plongeait des heures durant dans les manuels de magie, prenant sans en avoir conscience une avance considérable pour sa future scolarité à Poudlard. Il s'entraînait à lancer quelques sortilèges simples, et concoctait même de petites potions malgré le peu d'ingrédients magiques à sa disposition.
Au début, il avait travaillé dur sur ces petits tours pour impressionner son père. Dans la candeur de l'âge, il croyait pouvoir attirer son affection de cette manière.
C'est pourquoi, ce matin, il s'était réveillé tôt. Il avait préparé une surprise à Tobias. Une des fenêtres de la maison, emportée par un orage sans précédent qui avait sévi un mois plus tôt, avait été réparée en un coup de baguette magique. Très fier de sa prouesse et pensant avoir été utile, il avait présenté le résultat à son père. Sans la moindre considération pour l'intention dernière le geste de Severus, les insultes s'étaient misent à fuser, faisant trembler les murs. Les coups avaient suivi.
« Ne réutilise jamais la magie dans ma maison sale gamin tu as bien compris ? Jamais ! ».
Dans son petit lit en bois, Severus ignorait les cris. En fait, il pensait à son amie Lily, rencontrée il y a peu de temps. C'était la première fois que quelqu'un semblait le comprendre. Une compassion immédiate s'était installée entre eux, tristes hôtes d'un talent incompris et rejeté. Il se demandait comment les autres faisaient pour être aimés. Comment Lily faisait-elle ? Il se demandait d'ailleurs qu'est ce que cela pouvait bien faire d'être aimé.
Le petit Severus aimait malgré tout ses parents, et pensait être indigne de recevoir leur amour en retour. En traversant les mois, et les années, l'amour deviendrait pour lui le langage le plus insondable au monde.
Il ne savait pas exprimer ses émotions et ne savait pas interagir avec celles des autres.
Alors, lorsqu'il se sentait seul dans sa chambre les soirs d'hiver, il se glissait dans la cuisine et sortait deux grandes tasses jaunies par l'usure. À l'aide d'un tabouret brimbalent, il déposait une casserole remplie d'eau sur le gaz, et préparait ainsi deux thés fumants. Il concoctait ces boissons avec autant d'application qu'une potion de soin.
Les breuvages placés sur un plateau métallique, il rejoignait son père au salon et lui donnait la première tasse. Ce dernier portait alors sur son fils un regard dénué de haine. Parfois, il inclinait la tête en signe d'approbation. Une fois - et Severus s'en rappellerait pour toujours - il lui avait même souri.
La seconde tasse allait à sa mère. « Merci Severus, tu es un bon garçon »
Il arrivait qu'elle ne parle pas, mais elle déposait alors sa longue et fine main blanche sur l'épaule ou la tête du garçon en signe d'affection.
Cette routine était la seule chose qui rattachait Serverus à ses sentiments. Ce geste anodin était sa plus grande démonstration d'amour. Peu importait la violence de son quotidien, peu importait la brutalité de son père et l'indifférence de sa mère, ils continuait inlassablement à préparer deux tasses de thé, pour Tobias et Eileen, et il le ferait jusqu'à son départ à Poudlard.
1972, Poudlard
Une jeune femme à la crinière de feu attendait dans la grande salle. Il n'y avait déjà plus personne, et elle se sentait anxieuse dans ce grand espace devenu silencieux. Des pas pressés résonnant avec écho sur le sol marbré la firent se retourner brusquement.
- Sev' qu'est ce que tu fichais ! Ça fait au moins 30 minutes que tu es parti !
- Pardon Lily, je voulais juste t'apporter ça.
Tout sourire, le garçon releva sa cape d'écolier pour dévoiler une théière fumante.
- Ce n'est pas facile à trouver dans ce maudit château. Donne ton verre, c'est pour toi.
Il versa le précieux breuvage dans le récipient que la jeune fille lui indiqua, et ils échangèrent ainsi un précieux moment de douceur. Ces deux enfants, abîmés par la cruauté des adultes, et rendus insignifiants par l'immensité de cette pièce traversée de larges voutes en pierre, ignoraient alors que ce serait un des derniers instants de légèreté, un des derniers instants d'amour entre eux.
En effet, les années qui suivirent à Poudlard furent difficiles pour Severus. Sans être capable de se le formuler à lui-même, il aimait éperdument son amie d'enfance. Elle avait était la seule a lui porter de la considération, à mettre en lumière ses qualités. À apprécier sa présence. Elle était douce et belle. Tous les traits de personnalité qui le répugnait chez les autres devenaient irrésistibles lorsque c'était elle qui les arborait. Sa gentillesse, par exemple, le touchait profondément. Chez les autres ce n'était que faiblesse et niaiserie. Mais ses sentiments restèrent à jamais inavoués. L'écart se creusait entre eux de jour en jour. Elle brillait et lui s'enfonçait peu à peu dans l'obscurité. Finalement, sa Lily lui fut enlevée lorsqu'elle finit par s'amouracher d'un autre : James Potter, le bourreau du pauvre Severus. Dingue d'une tragédie grecque.
Il y avait deux choses qui donnaient au jeune Snape l'envie de vivre : sa recherche intarissable de connaissance, et elle. Toujours et encore. Il ne s'était jamais autorisé à penser une alternative à Lily.
Ce fut donc une petite mort pour lui quand il l'a perdu pour toujours. Parce qu'épuisé et humilié, après une nouvelle série de brimades des maraudeurs, il avait prononcé les mots impardonnables :
« Sang-de-bourbe ! »
Les années étaient passées. Severus s'était terré dans la rancoeur, se haïssant autant que le monde entier. Il avait cherché une forme de consolation dans la puissance des ténèbres. Et finalement, par sa faute - du moins c'est ce qu'il croyait encore aujourd'hui - Lily était morte.
Puis vint la rédemption.
Severus était devenu professeur à Poudlard. Un agent double. Un maître des potions. Un puissant sorcier. Un salaud. Un héros.
Mais plus jamais, il n'avait servi le thé.
