Disclaimer : Pas à moi.
Note : Je m'excuse d'avance pour cette nouvelle fic, écrite par nécessité.
Mille mercis à mes betas : cinnamonbun24 et Faanneew — merci à vous, les filles !
Bonne lecture !
Potter's Field
I
- L'eau de vie -
La nuit était noire. Noire comme un tombeau, noire comme de l'encre, noire comme le voile sur son coeur.
Elle inspira à plein poumons, laissant l'air âcre et révoltant pénétrer ses narines.
Elle avait mal. Aux côtes, aux yeux, au cœur.
Ils étaient partis. Et elle était là. Ils étaient partis, et elle était là. Seule, délaissée, abandonnée.
Sa main se serra sur le vide. Ses doigts se coupant sur le bout de verre dans sa poche.
Ils étaient partis et l'avait laissée là.
Le vent froid se levait à présent, fouettant les cimes des arbres les plus hauts, faisant hululer la chouette nocturne et trembler ses frêles épaules.
Ils étaient partis sans elle.
Elle reposa le verre dans un geste brusque.
« Une aussi belle jeune femme ne devrait pas boire autant. »
Elle jeta un rapide coup d'œil au barman. C'était un homme brun, possiblement de son âge, affublé d'un tee-shirt noir et d'un sourire en coin. Plutôt mignon, pour un Moldu.
« Mêlez-vous de ce qui vous regarde », grogna-t-elle, avalant le shot suivant d'un cul sec.
Elle avait mal à son humanité. Elle avait mal à sa foi. Elle avait mal à son âme.
Elle pouvait bien noyer sa peine dans de l'alcool, non ?
Sous ses doigts, sans sa poche, le bout de verre glissait, glissait, glissait. Prêt à couper, prêt à mordre et s'enfoncer dans la chair.
Quelles étaient les raisons qu'ils avaient évoquées ?
Que Pansy n'avait pas perdu sa mère, n'avait pas perdu son père, n'avait pas perdu son grand-père.
Qu'elle n'avait pas perdu un être cher. Et donc ils l'avaient laissé, comme une vieux Rapeltout dépassé et démodé, et ils étaient partis.
Partis dans la nuit noire, partis dans l'inconnu, partis en la laissant dans ce coin paumé qu'elle ne connaissait pas, et dont la seule chose qu'elle avait aperçue en passant la lisière avait été les lumières du village moldu au loin. Et de cette... taverne, ce taudis, ce lieu de beuveries.
Si ses parents la voyaient, elle, leur héritière, dans un miteux bar moldu, abandonnée par ses amis d'enfance. Ces garçons inconscients, dont elle était censée tomber amoureuse, puis épouser l'un d'eux afin de perpétrer un nom et une descendance dignes. La vraie idéologie stipulait surtout de s'unir à un sorcier de son rang, mais Pansy préférait croire qu'elle aimerait son futur époux. Un peu, tout au moins.
Elle secoua la tête, ses cheveux noirs s'éparpillant sur ses yeux. Un mari qu'elle aimerait, serait-elle aussi chanceuse ? Serait-ce de vraies larmes qui couleraient sur ses joues quand elle lui survivrait ? Car elle vivrait le plus longtemps des deux, c'était une certitude : elle était une Parkinson.
L'énième verre claqua sur le rebord de bois, et elle sentait l'alcool lui monter à la tête. Ce n'était pas digne d'elle, sans doute. Mais qu'avait-elle de mieux à faire ? Seule, décidément seule, ici, dans ce trou à rats... Comment avaient-ils osé ? Ils le lui paieraient, foi de Pansy. Un être cher, tu parles !
Comment pouvait-on aimer quelqu'un qu'on n'avait jamais connu ?
Pleuraient-ils la Faucheuse et son ombre, ou les regrets d'avoir refusé de rencontrer cet inconnu avant son trépas ?
Et elle, que pleurait-elle, au juste ? Sa solitude ? Son orgueil ? L'échec de sa relation ? Que pleurait-elle ?
Pourquoi voulait-elle se rabibocher avec Drago alors qu'elle l'ignorait à moitié il y a encore trois jours ?
Que se passait-il ? Comment est-ce que le voir triste faisait battre son cœur et semblait une invitation à aller le consoler ? Alors qu'ils savaient tous les deux que leur relation ne menait à rien, que leur histoire n'avait été qu'une suite de malentendus et de premières fois douloureuses, de mensonges éhontés en tous genre... Quel était le sens de toutes ces pensées qui tourbillonnaient sans fin dans sa tête ?
Elle allait laisser son front retomber sur la table quand la porte s'ouvrit sur une silhouette encapuchonnée qui s'avança dans sa direction.
De noir drapée, une fine main aux longs doigts recouverts de dentelle se posa sur son épaule. La blancheur du visage aux traits aristocratiques semblait déplacée en ce lieu mais la femme blonde se contenta de lever un nez dédaigneux dans sa direction, jetant quelques pièces clinquantes sur le bar où elle était attablée.
« Nous y allons, Pansy. »
L'interpellée lui jeta un regard vitreux, momentanément stupéfaite, avant que les mots ne se bousculent :
« Pourquoi donc ? A quoi cela sert-il ? Qu'est-ce qui vous attend, vous comme moi ? »
Un sourcil se haussa, tandis que le port de tête ne se faisait que plus altier.
« Théo et Draco entendrons mon avis sur leur comportement. Laisser une lady de la sorte... »
Pansy battit des paupières alors même qu'on la poussait d'une main ferme vers la sortie.
« Comment, comment faites-vous Narcissa ? »
Elle planta ses yeux dans ceux limpides comme de l'eau de la femme. Une femme qui avait réussi son défi, son rempli son rôle : elle avait fait un mariage fortuné, avec ce qui semblait bien être de l'amour, et avec détermination remplissait ses tâches de cheffe de famille – jusqu'à retrouver l'amie que son fils avait égarée dans la forêt attenante au domaine.
« Qu'allez-vous faire, maintenant ? »
La femme posa un regard acide sur elle, prête à transplaner maintenant qu'elles avaient retrouvé le couvert des arbres. Mais Pansy ne broncha pas, relevant son menton avec bravache. Elle espérait des réponses, car qu'est-ce qui conservait son sens dans ces conditions-là ?
Narcissa la jaugea sévèrement avant de rétorquer en un souffle :
« Rien n'a changé, pour moi. Je suis toujours une Malfoy. »
