CHAPITRE 1

Walter Reed – Michael Penn

Il est 18h 27. Je sors enfin de Shibusen après une journée de cours éreintante. Des élèves sont restés bien après la dernière heure de cours pour me poser des questions et je n'ai pas eu le cœur de leur dire de partir. Le savoir est important et toute personne appréciant étudier doit être encouragée. Maintenant, il est temps de rentrer chez moi.

Je descend les rues étroites serpentant Death city, appréciant le souffle de vent frais automnal. Le tramway passe devant moi et j'ai juste le temps de l'attraper pour y monter. Ma main passe ma carte de transport en commun de la ville contre le scanner et je m'affale sur un siège. Machinalement, je range la carte dans mon porte feuille en y jetant un petit coup d'œil au passage. Maka Albarn – Toutes Zones. Je n'ai pas bonne mine sur cette photo, elle a été prise entre deux mission, alors que j'étais vraiment épuisée. Je regarde par la fenêtre tandis que le wagon descend à travers les rues et avenues pentues. Le soleil couchant, baignant la ville d'une couleur ocre, me rend mélancolique. Il fait relativement chaud pour un mois d'octobre mais une fois le soir tombé, les températures descendraient assez bas pour me rappeler quelle saison nous sommes.

Le tramway s'arrête et je me lève pour descendre et marcher jusqu'à mon appartement, quelques rues plus loin. Soul et moi n'habitons pas loin l'un de l'autre, nous avons besoin de cette proximité puisque nous sommes toujours partenaires pour la plupart de nos missions. Nous aurions pût continuer à vivre ensemble mais l'idée d'avoir l'air de deux vieux célibataires réduits à vivre ensemble nous avait convaincu qu'il devait y avoir séparation. De plus, nous nous étions rendu compte de notre besoin d'avoir un espace privé en vieillissant. Je vérifie le café où je le trouve parfois en compagnie des autres mais ne voit personne. Ce sera donc une soirée solitaire passée chez moi.

Je rentre dans le hall de mon immeuble et vérifie le courrier. Je ne l'ai pas fait hier et je remarque une émeute de pubs en tout genre parmi lesquelles sont perdue des lettres. Irritée, je prend le tout et referme maladroitement la boite aux lettres avant de me diriger vers l'ascenseur. Alors que les étages défilent, je commence à trier. J'ai une cheminée dans le salon et me fait une joie d'avoir tout ce papier pour démarrer un feu. Maintenant qu'il commence à faire froid, ce sera un vrai plaisir de m'installer près du feu pour lire un livre avant d'aller me coucher.

En s'ouvrant, la porte d'entrée fait ce bruit d'oiseau coincé dans les essuie-glace d'une voiture. Je referme lourdement derrière moi et avance dans le couloir. Le soleil illumine mon salon de ses derniers rayons qui viennent mourir dans l'entrée. Je vide mes mains sur la table et me dirige vers la cuisine pour me faire un thé, mettant écharpe et manteau dans le placard en passant. Après avoir fait chauffer de l'eau et trouvé quel thé boire, je reviens au salon pour trier le courrier distraitement.

Parmi le monticule de publicités aux couleurs vives, de factures et d'une carte postale se trouve une lettre qui attire mon attention. Elle est gondolée et délavée, comme si quelqu'un l'avait faite tomber dans l'eau puis laissée sécher au soleil. De fait, l'encre servant à indiquer son destinataire s'était à moitié effacée, laissant ça et là les bribes d'un nom et d'une adresse qui avait mit des années à être décodés. Une étiquette a été placée en haut à gauche avec toutes les informations nécessaires. Mais je n'ai pas besoin d'elle pour déchiffrer l'écriture petite et pointue de Médusa.

Je me fige un instant. La situation me semble irréelle. Je regarde l'enveloppe de plus près pour essayer de comprendre comment cette lettre a put arriver ici. L'étiquette dactylographiée indique l'adresse mais également la date approximative à laquelle elle aurait dû m'être postée, six ans plus tôt. Que peut bien contenir cette lettre écrite par Médusa il y a toutes ces années ?

Je prend doucement la lettre entre mes mains, avec autant de précautions que je le ferais avec un oiseau blessé. Serait-ce la dernière lettre qu'elle m'ait écrite ? Ou bien quelque chose d'insignifiant ? Je n'ose pas ouvrir. Une part de moi veut savoir ce qu'elle contient mais une autre désire juste la brûler et continuer cette journée comme si de rien était. Après tout, ça ne changerait pas grand-chose à la situation, elle ne peut plus m'envoyer de lettre, là où elle est. Quelques minutes passent sans que je ne puisse me décider, pesant le pour et le contre. Je repense à la jeune Maka, pleine de vie et d'ardeur, celle qui haïssait Médusa de toute les fibres de son être. Qu'aurait fait cette Maka là ? Elle aurait réduit cette lettre en mille morceaux avant de la mettre au feu. Non pas par rage, mais pour être sûre de ne pas être capable de la lire, rongée par la curiosité. Une Maka, encore plus jeune, aurait sûrement rougit en recevant une lettre de médusa. Celle qui ignorait qui était vraiment la sorcière.

C'était un après midi froid d'octobre. Les révisions d'un examen difficile avaient pris une grande partie de mes jours et mes nuits et m'avaient laissée exténuée. J'avais travaillé si dur que toute mes forces avaient été drainées par cet événement. Et même si je l'avait passé avec succès, mon corps avait du mal à se remettre de toute cette fatigue et ce stress cumulés. Ce jour là donc, par inattention, je m'étais fait une vilaine entorse et mon professeur m'avait envoyé à l'infirmerie.

Contrariée, je marchais lentement vers l'infirmerie. Ce que je ne voulais pas, c'était être à la traîne. J'avais besoin de m'entraîner. La fatigue était une chose que je devais apprendre à côtoyer et surpasser, c'était ce que faisaient tout les Death Scythes. J'arrivais devant l'infirmerie et réfléchissais un instant. L'infirmière à cette époque était une femme âgée qui ne ménageait pas les élèves et si je lui assurais que j'allais bien, elle me laisserait repartir après m'avoir examinée quelques minutes.

Je frappais doucement à la porte et entrait. La pièce était vide. Je refermais derrière moi et observais un peu plus les lieux. Je n'avait pas souvent l'occasion de me rendre ici, mais il me semblait que l'endroit était plus propre et plus claire que d'habitude. Une odeur fleurie flottait dans l'air, discrète et douce. Malgré tout, ce n'était pas le genre d'endroit dans lequel j'aimais me trouver habituellement. L'infirmerie était tout simplement trop blanche, trop oppressante, trop aseptisée. En apercevant mon visage hagard dans le miroir en face de moi, je comprenait maintenant l'inquiétude de mon professeur. Du bruit retentit depuis le petit débarras près de l'entrée.

« Bonjour ? lançais-je. Il y a quelqu'un ?

-Je suis à toi tout de suite. » dit une voix paraissant plus jeune que celle de l'infirmière de Shibusen.

Un tiroir en ferraille se ferma prestement et une femme aux cheveux blonds apparue avant de fermer la porte. Elle me sourit et m'indiqua la chaise près du bureau alors qu'elle s'avançait vers moi.

« Excuse-moi, certains dossiers avaient grand besoin d'être rangés. Je suis la nouvelle infirmière, tu peut m'appeler Médusa. Assieds-toi ! »

Elle prit place face à moi en souriant. Ses yeux étaient doux et chaleureux, contrastant avec l'atmosphère de la pièce. Comment quelqu'un d'aussi lumineux pouvait-il se retrouver dans un endroit si lugubre qu'une infirmerie ?

« Alors, qu'est-ce qui t'amènes ?

-Je… Mon professeur m'a dit de venir vous voir. Je me suis blessé à la cheville.

-Si tu as pu marcher jusqu'ici je suppose que ça n'a pas l'air si grave. Je vais quand même vérifier, si tu permets. Va t'allonger. »

Elle me montrait le divan d'examen et me demandait mon nom alors qu'elle se levait pour aller chercher mon dossier médical. Un rapide coup d'œil lui permit de constater que je ne venais ici que très rarement. Je retirais mes chaussures et m'allongeais, reposant ma tête sur le dossier du fauteuil, éblouie par les néons accrochés au plafond. L'infirmière s'approcha de moi à pas feutrés et prit ma cheville dans ses mains. Le contact de ses mains chaudes me fit sursauter et je maîtrisai l'envie de retirer ma jambe.

« Ne t'inquiètes pas, je vérifie juste que tu ne te sois pas fait trop mal. »

Elle palpa ma cheville quelques secondes de plus avant de conclure que ça n'étais pas grave. Elle me demanda de me redresser pour prendre ma tension. Maintenant face à elle, je me rendais compte à quel point elle était jolie. La légère cicatrice sur son sourcil gauche ne gâchait en rien l'harmonie de ses traits et donnait même à son visage un certain caractère. Je pouvais sentir son parfum et me rendis compte que l'odeur fleurie provenait d'elle. J'essayais d'identifier le parfum mais mes connaissances sur le sujet n'étaient pas très développés.

Alors qu'elle enroulait la bande du tensiomètre autours de mon bras, je regardait en détail ses mains fines et délicates. Contrairement aux miennes, abîmées par le maniement de la faux, elles semblaient douces et fragiles. Alors qu'elle faisait gonfler et dégonfler le brassard, j'en profitais pour regarder les deux mèches de cheveux encadrant son visage. Elles descendaient le long de ses épaules avant de venir reposer en tresse sur sa poitrine. Je l'observais se mouvoir imperceptiblement au fil de sa respiration, tel un serpent allongé sur un parterre de mousse moelleuse.

Je relevais mon regard vers elle et vit qu'elle m'observais, une expression malicieuse sur ses traits. Elle fit mine de ne pas avoir vu où mes yeux s'était posés alors qu'elle retirait la bande du tensiomètre et que je tournais la tête, sentant mes joues s'empourprer d'embarras.

« Tout va bien, tu es simplement fatiguée.

-Alors je peut m'en aller ?

-Non, il ne serrait pas raisonnable de te renvoyer en entraînement. Je préfère que tu restes ici pour te reposer un peu. »

Elle se leva et tira les rideaux servant à séparer les lits du reste de la pièce. D'un geste du bras, elle m'invita à aller m'allonger. Je pris place entre les draps blancs et tournais mon regard vers l'infirmière.

« Essaye de dormir un peu. Je serais à côté si tu as besoins de moi. »

Elle me sourit puis referma le rideau. Je l'entendait marcher jusqu'à son bureau avant de s'installer sur sa chaise. Un silence apaisant s'installa, troublé par d'occasionnels bruits de stylo sur du papier. Dehors, de gros nuages noirs assombrissaient le ciel et le rideau me séparant du reste de la salle éclairée, je me retrouvait dans une semi pénombre apaisante. Alors que je plongeais dans le sommeil, je sentais cette odeur fleurie m'envelopper. Était-ce de la lavande ?

Je me réveillais un peu plus tard, me sentant reposée et apaisée. Je me redressait et regardait par la fenêtre. Le soleil filtrait à travers les nuages empourprés par le crépuscule. Je repoussais les couvertures et me relevais, remarquant mes chaussures, posées sagement à côté du lit. Je les enfilais et me relevais pour tirer les rideaux. L'infirmière se retourna vers moi et me sourit.

« Bien dormis ?

-Oui, merci.

-Tu as meilleure mine. Tout ce sommeil a l'air de t'avoir fait du bien, je n'allais pas tarder à te réveiller. »

Je regardais la pendule accrochée au mur. 17H43. J'avais dormis près de trois heure. Surprise je me tournais vers Médusa qui m'indiqua où elle avait posé mon manteau. À présent reposée, je me rendais compte que je n'avais plus vraiment envie de partir. L'infirmerie me déplaisait toujours, mais la nouvelle présence accueillante s'y trouvant me poussait à m'attarder. Mais je ne savais pas quoi dire ou quoi faire pour pouvoir rester sans paraître suspecte ou insistante. Ça aurait parut étrange. Alors j'enfilais mon manteau, saluait l'infirmière et sortait de la pièce à regret. Le soir venu je dormais mal. L'odeur de lavande avait disparue.

Je met fin à mes pensées, les yeux fixés sur la lettre. Je ne sais s'il fait trop sombre pour la voir à présent ou si ce sont mes yeux qui sont emplis de larmes. Se rappeler de tout ça ne sert plus à rien à présent. Comment puis-je penser qu'il serait bon pour moi d'ouvrir cette lettre ? J'ai besoin de réfléchir. Repoussant la chaise, je me lève et met cette lettre au fond d'un tiroir. C'est la dernière chose dont j'avais besoins ce soir et à vrai dire, je pense sincèrement à la jeter au feu avec le reste du courrier pour enfin pouvoir aller me coucher et finir cette journée. La fatigue me prend subitement et je vais prendre un bain. Mais la chaleur qui habituellement me soulage de presque tout les maux n'arrive pas à m'arracher ce sentiment que j'ai au fond du cœur. Il y a une pierre au fond de mon estomac et un ballon qui enfle à l'intérieur de mon crâne.

Je prend un somnifère et m'écroule sur mon lit. Et si j'arrive à m'endormir ce soir, ce n'est pas sans un tourbillon de souvenir secouant ma tête.

J'ai une réunion le lendemain matin, au sujet d'un groupuscule qu'il faudrait éliminer au plus vite. Il faut savoir qui va devoir aller en repérage, histoire de savoir s'il ne sont pas trop dangereux. Pendant que tout le monde argumente et propose d'autres options, je regarde mon reflet dans la vitre. Les néons froids de la salle ne me mettent pas à mon avantage mais j'ai l'air beaucoup moins fatiguée que je ne le suis en réalité. Dehors, les nuages sont noirs, menaçant à chaque seconde de déverser pluie et foudre. Je passe une main sur mon visage et me tourne vers mes collègues.

Soul me fixe. Il sait que quelque chose ne va pas. Depuis toutes ces années, il a apprit à décoder mes expressions, ma gestuelle et mes petits tics. Pour ma défense, je ne pense pas qu'il soit le seul à avoir remarqué ma mauvaise mine. Le poids de son regard s'allège alors qu'il se redirige vers les autres. Ça n'est qu'une question de temps avant qu'il ne me confronte à ses inquiétudes mais il est loin d'imaginer l'objet précis de mon désarrois, même s'il a été l'un des premiers à l'avoir deviné par le passé.

La réunion s'achève, sans que personne n'ait eu de solution satisfaisante à cette histoire. Un autre meeting se tiendra plus tard pour en rediscuter. Alors que je reste assise à réfléchir, Soul vient me voir et me tend un café. Il s'assied à côté de moi, buvant le sien. Alors que certains collègues sont restés pour discuter du sujet de la réunion, il semble que Soul et moi soyons dans notre propre temporalité. Les voix autours paraissent atténuées. Je ne sais combien de temps nous restons là tout les deux, les yeux perdus dans le vide, Soul essayant sûrement de décider du moment et de la formulation la plus appropriée pour aborder le sujet. Mais il ne dit rien. Au lieux de ça, il tourne son regard vers le mien et nous restons ainsi. Il n'a pas besoin de mettre des mots sur ce qu'il a à me dire. Après tout, il ne faut pas longtemps pour dire à quelqu'un ''je suis là''. Alors il reste silencieux.

Il fait particulièrement froid alors que je sors de Shibusen. Je descend vite les escaliers de l'école pour rentrer au plus vite chez moi. Ce que je ferais une fois arrivée à l'appartement, je n'en sais rien. Peut-être vais-je ruminer toute la soirée avant de reprendre un cachet et m'endormir comme une masse pour éviter de penser toute la nuit ? Je peut affronter beaucoup et je l'ai déjà fait par le passé, mais ce cas est particulier. Il est différent. Des images me reviennent à mesure que je descend dans la rue, pas forcément les plus agréables. Mais une en particulier tourne alors que je marche. Je m'arrête en bas des marches et regarde la rue principale, apercevant ma station au loin. Puis je tourne la tête vers une petite rue escarpée, à ma gauche. Je sais où elle mène.

Quelques temps avaient passés depuis ma première rencontre avec Médusa. Beaucoup d'événements s'étaient produits et j'avais pris l'habitude de passer à l'infirmerie pour la voir. Il m'arrivait parfois de faire des détours dans l'espoir de la croiser, les bras chargés de paperasse. Dans ces cas là, je m'empressais de lui proposer mon aide et la suivait jusqu'à son bureau où je trouvait toujours un excuse pour lui parler quelques minutes de plus. Sa présence m'apaisait et j'avais besoin de la figure maternelle qu'elle pouvait potentiellement représenter. Il m'arrivait de me confier à Tsubaki qui était plus mature et plus douce que le reste du groupe. Mais Médusa avait ce don pour apaiser mes angoisses et me faire me sentir mieux. Plusieurs fois, Soul m'avait taquiné sur cette obsession qu'elle représentait pour moi. Il ne comprenait pas vraiment ce qu'il y avait dans ma tête et devait probablement s'inquiéter.

Malgré tout, je continuait à essayer de me rapprocher d'elle comme je pouvais, même si cela voulait dire juste la croiser de temps en temps. Il m'arrivait souvent de consulter des livres à la bibliothèque jusqu'à la fermeture de l'école alors j'en profitait pour faire un bout de chemin avec elle en sortant. Ce soir là, j'étais restée pour lire un ouvrage compliqué. Il n'était pas au programme mais se révélait très intéressant. Un peu avant la fermeture, j'allais reposer le livre et rangeais mes affaire pour sortir. Je croisai Médusa dans les couloirs alors qu'elle aussi s'apprêtait à rentrer chez elle. Elle me salua en me voyant et nous fiment le chemin ensemble. J'avais pris l'habitude de la raccompagner jusqu'au tramway lorsque nous discutions le long du chemin. Son arrêt me faisait faire un détour mais ça ne me dérangeait pas puisque je pouvais discuter plus longtemps avec elle. C'était un moment que je me réservais, où elle n'était qu'à moi et où aucun élève ne pouvait venir nous interrompre à tout moment.

Ce soir là alors que nous descendions dans les rues pentues de Death City, je lui parlais de ma lecture. Elle sembla impressionnée et me gratifia d'un de ses sourires si charmant. Alors qu'elle parlait, de la condensation de formait entre ses lèvres et je ne pouvait m'empêcher de me demander quelle texture elles auraient. J'étais sûre qu'elles étaient douces, au moins autant que devaient l'être ses mains. Je humais l'air froid et percevais son parfum. Son regard était posé sur moi, se demandant manifestement ce que je pouvais sentir.

« Votre parfum, commençais-je, est-ce que c'est de la lavande ? »

Sa bouche forma un ''o'' de surprise et elle sourit en rougissant légèrement.

« Oui, me répondit-elle, c'est de l'essence que je fais moi-même. C'est pour masquer les odeurs de laboratoire qu'il y a dans l'infirmerie. L'odeur est assez forte sans être trop imposante.

-Je l'aime beaucoup.

-Si tu le souhaites, je pourrais t'en donner un petit flacon. »

Le tramway arrivait et je devais à regret lui dire au revoir. Alors que je regardais le wagon partir, les enceintes de la station diffusant de la musique démarrèrent une nouvelle chanson qui me trotta dans la tête le reste du chemin alors que je me sentais le cœur incroyablement léger.

There she goes, there she goes again,

Racing through' my brain

And I just can't contain

This feelin' that remains

Lorsque je rentrais à l'appartement, Soul me demanda ce que j'avais bien pu faire pour arriver si tard, tout en se doutant bien de ma réponse. Je lui rétorquait pitoyablement que j'avais dû lire un livre à la bibliothèque et qu'il n'était pas empruntable.

« Mais, balbutia-t-il, tu l'as déjà à la maison. »

Le vent souffle dans mes cheveux qui sont doucement tirés hors de mon écharpe. Je scrute toujours la petite rue, à l'affût de quelque chose qui ne viendra plus. D'un pas hésitant, je me dirige vers le chemin que Médusa et moi prenions autrefois. Il n'a pas vraiment changé depuis toutes ces années. Quelques boutiques sont apparues, des restaurants ont laissé place à d'autres commerces. Les pavés rouges sont toujours là et mes bottes claquent doucement sur la pierre alors que je descend la rue. Pendant un moment je crois percevoir une autre cadence près de moi, m'accompagnant sur le chemin. Un pas plus discret, mais déterminé. Je me retourne. Je suis seule. Bien sûr. Plus bas, j'entends les hauts parleurs de la station entonnant une mélodie dont je n'arrive pas à percevoir les paroles.