Cet OS a été écrit dans le cadre des activités organisées sur le forum francophone, en l'occurrence les 24H du FoF du 14 juillet 2021, pour le thème « tôt le matin ».

Disclaimer : Gilmore Girls appartient à Amy Sherman-Palladino et le titre de l'OS, à Jean-Jacques Goldman :p.

Bonne lecture !


Rory n'est pas du matin, c'est un fait établi. C'est quelque chose qui s'est tellement raconté, répété, exagéré et tourné en dérision au sein de sa famille, sa mère en tête que parfois, elle se demande si elle-même n'en est pas venue à surjouer ce comportement au fil des années juste pour coller à la légende locale et fournir de bonnes histoires.

Enfin, réel ou amplifié, peu importe. Elle n'aime pas sortir de son lit, point final. Qui trouve ça agréable, de toute façon ? Des gens issus d'un univers parallèle dont on ignore l'existence, à n'en pas douter. D'ailleurs, elle trouve sa mère franchement gonflée de se moquer d'elle ainsi, quand on sait la quantité de caféine dont elle-même a besoin pour tenir debout.

Mais aujourd'hui, sa mère n'est pas là pour s'agiter autour d'elle et la booster à coups de phrases sans queue ni tête. Ce matin, elle se réveille pour son premier jour dans sa chambre universitaire et, en s'apercevant qu'elle va devoir s'habiller pour sortir se chercher un café, elle a l'impression que ce sont tous ses rituels qui foutent le camp du jour au lendemain.

Or, Rory est une fille de rituels. Alors elle reste debout là, au milieu de la pièce, perdue, une chaussette dans une main et sa brosse à dents dans l'autre, ne sachant pas quoi faire de sa peau. Elle commence à se monter des films, qui prennent des allures de tragédie en moins de trois secondes : et s'il n'y avait pas de vraies tasses dignes de ce nom ? Et si elle devait boire son café dans un gobelet ? Il n'aurait pas le même goût ! Et puis d'abord, ça avait quel goût, le café universitaire ? Mince, elle aurait dû ramener sa tasse fétiche. Quelle idiote de ne pas y avoir pensé, tout aurait été beaucoup plus simple ! Ça y est, elle avait gâché sa première journée, juste parce qu'elle n'avait pensé qu'à ses bouquins et oublié le reste…

Ses bouquins… Ses bouquins ! Elle était là, la solution. Évidente ! Ses bouquins lui avaient déjà sauvé la vie, lors d'une autre première journée angoissante, il y avait des années de cela. Ne restait qu'à décider que c'était son nouveau rituel, son rituel des premières journées dans un nouveau contexte flippant et le problème était réglé.

À l'âge de six ans, elle n'était déjà pas du matin mais ne soignait pas encore ce mal à grands renforts de caféine dans le sang. Ce jour-là, le verre de jus d'orange que lui avait servi sa mère, en prétendant que des lutins endiablés lui avaient spécialement confectionné un petit déjeuner d'exception pour que sa journée soit parfaite, n'avait pas suffi à dénouer l'angoisse que suscitait la perspective de sa rentrée à l'école primaire.

Elle n'avait pas voulu lâcher les jupes de sa mère et, pour la forcer à s'exécuter, cette dernière lui avait proposé d'emmener son livre de contes préféré dans son cartable. On pouvait tout soigner par des contes, n'est-ce pas ? Rory ne disait certainement pas le contraire. C'était mieux qu'un doudou.

Mais le livre n'était pas resté bien longtemps au fond de son sac. Dès l'instant où sa mère s'était éloignée, elle l'en avait extirpé et s'y était accrochée comme à une bouée.

C'est dans cette position que Lane l'avait trouvée. Lane, qui semblait ne jamais s'arrêter de chanter lorsqu'elle était enfant, s'était pourtant stoppée pour lui demander de quoi parlait cette histoire, qui affichait en couverture un gros nounours déguisé en cosmonaute.

Ça avait été le début d'une amitié forte et précieuse. Après cela, Rory avait eu beaucoup moins peur de quitter son cocon pour se rendre à l'école. N'était-ce pas une preuve que les livres avaient le pouvoir intrinsèque de calmer toutes les inquiétudes ?

Alors, elle explore la pile qu'elle a emmenée avec elle et choisit son roman favori. Avec cet objet connu et rassurant dans les mains, la voilà parée à affronter le monde extérieur. Accompagnée et portée par l'énergie de ce récit qu'elle adore, elle est certaine qu'elle trouvera des solutions à tous ses problèmes, à commencer par des rituels alternatifs dans d'autres lieux si le café de l'université se révèle imbuvable.