Disclaimer : Game of Thrones est l'oeuvre de George R.R Martin, de DB Weiss et de David Benioff, cet écrit est un écrit de fan, je ne gagne rien, sinon des reviews et les reviews ne permettent pas d'acheter des spaghettis.

Résumé : La découverte d'une malle replonge Sansa loin en arrière, bien loin, à une époque où son innocence était encore intacte. A une époque où la guerre des Cinq Rois n'avait pas encore éclaté.

Note de l'auteur : Cet écrit a été rédigé pour le concours d'écriture sur le Discord « Fics GOT » de House of the lion. J'ai choisi le thème numéro 1 : Post-saison 8. Ecrire une scène qui fait suite à la saison 8.

Liste des dettes du Discord « Défis Galactiques » : Ecrire sur une femme indépendante (Recyclage)

Le deuil de celle qu'elle a été

Alors qu'elle rentre dans ses appartements, ôtant avec délicatesse sa couronne de fer, Sansa ne peut s'empêcher de remarquer une petite malle cachée à côté de l'âtre dans lequel brûle un feu à la chaleur réconfortante. Elle dort pourtant dans cette pièce depuis son retour à la maison, depuis que Winterfell appartient de nouveau aux Stark. Peut-être qu'avec tous les tumultes avant la prise d'indépendance du Nord, elle n'y a pas prêté attention, son esprit clairement préoccupé par des questions bien plus vitales que le mobilier. Elle s'en approche, la soulève, s'étonne de sa légèreté. La reine la dépose avec soin sur la table. Le couvercle est plein de poussière. Elle décroche la clé qui est sur la anse droite et déverrouille le petit cadenas qui la maintient fermée. Quand elle révèle enfin son contenu, son odeur de renfermé contient cependant une fragrance de nostalgie qui frappe ses narines. La jeune femme découvre des affaires de broderie. Ses affaires de broderie.

- Mais bien sûr... Comment ai-je pu oublier ?

C'est sa boîte à ouvrage, un coffre que son père a fait réalisé pour elle par les artisans du château afin qu'elle puisse y ranger son nécessaire pour s'adonner à sa passion. Elle redécouvre les en-cours qu'elle a dû laisser derrière elle avant de descendre pour le sud. Elle retrouve certains travaux terminés qu'elle n'a pas eu le temps d'offrir, qu'elle ne peut désormais plus donner. Beaucoup de leurs destinataires sont morts et n'ont même pas de tombe où elle pourrait aller les déposer en offrande. Mais il y en a une qui attire son attention. Sa main effleure le tissu de lin encore tendu sur son tambour. Par chance, la bordure n'est pas tâchée, préservée par une conversation hors de la lumière. Sansa la sort, ses doigts caressant le motif floral aux couleurs encore chatoyantes. Cette boîte est un véritable voyage dans le temps. Cette broderie est celle qu'elle a réalisé aux côtés de Jeyne Poole, d'Arya et de Myrcella quand la famille royale était montée pour demander à Eddard d'être la Main de Robert. La souveraine nordienne entend à nouveau, en bruit de fond à l'arrière de son crâne, les paroles de Septa Mordane : ses félicitations pour son ouvrage toujours si délicat. Ses mots gentils envers la bâtarde de Cersei, sans doute un peu flagorneurs car ses points sont irréguliers par endroit. Pour la défense de la religieuse, elle est morte en croyant la pauvre enfant fille légitime du roi de l'époque. Puis les reproches à Arya pour ses fils tirés trop fort, les fils de trames visibles sous ses aiguillées, ses points tordus au possible. C'est si loin tout ça. Sept ans déjà.

Et sept ans seulement aussi.

Sept ans auparavant, elle était encore une enfant aux rêves et aux illusions intactes. Comment aurait-elle pu imaginer l'enfer qu'elle allait vivre ? Elle avait treize ans, ses parents étaient en vie, elle résidait dans le château de son enfance entourée d'amour, de respect, de camaraderie et sa seule préoccupation était de devenir une dame du calibre de sa mère, pas d'apprendre à mentir, à tromper, pour survivre à un jeu qu'elle a été contrainte de rejoindre pour éviter de perdre la vie en plus de la tête. Que reste-t-il de tout cela à présent ? Son père gît dans les cryptes de Winterfell. Rickon l'y a rejoint. Sa mère et Robb ne sont plus, elle ignore où sont leurs restes. Tout ce qu'elle sait, c'est que ceux maternels ont été balancés comme un tas d'ordures dans une rivière, une insulte à son sang Tully. Son frère, décapité, la tête de son loup cousu aux épaules... Elle n'a aucune idée d'où il peut être. Arya navigue sur un bateau aux armes familiales. La sauveuse de l'humanité se veut désormais exploratrice pour repousser les limites du monde connu. Une fin heureuse pour elle aussi après tant de souffrances, elle qui a dû abandonner qui elle est pour apprendre à tuer. Bran, ou tout du moins la personne qui a son apparence, est le roi des Six Couronnes. Et Jon, celui qu'elle a toujours cru être la honte de Ned Stark, est en réalité son cousin, un cousin parti par-delà le Mur désormais inutile, un vestige de la légende des Marcheurs Blancs et des Enfants de la Forêt.

Enfin, il y a elle.

La petite fiancée nordienne qui a vécu une torture psychologique de chaque instant à devoir sourire aux visages des assassins de son propre père. A peser chaque mot, à étudier chaque mouvement. Le pion sur l'échiquier politique, le ventre pour régner sur le nord. Le métal tendre qu'elle a été s'est endurcie pour devenir froid et inflexible en apparence. Elle a l'impression aujourd'hui d'être une âme de vieille sage ridée et blanche dans un corps de jeune femme dans la fleur de l'âge. Le jeu des trônes lui a aussi volé sa jeunesse en plus de son innocence. C'est dans les larmes et dans le sang qu'elle s'est révélée, un enseignement trop rapide, trop violent mais hélas nécessaire. Elle réalise soudain que sa joue est humide. Des larmes coulent de ses yeux d'eau. Elle réalise enfin. Ce n'est pas une malle qu'elle a ouverte ou une capsule temporelle. Non, ce coffre est en réalité un cercueil et ces objets soigneusement rangés les os, la chair, de la petite fille qu'elle a été, celle dont elle n'a pas pu faire le deuil en raison de l'épée de Damoclès permanente au-dessus d'elle.

Elle a peut-être survécu, oui.

Mais au final, elle ne peut pas dire qu'elle est toujours Sansa Stark.

Celle qu'elle a été jadis est morte depuis longtemps, tuée au moment même où Glace a séparé la tête de son père du reste de son corps.

Comment revenir vers une normalité avec une guerre aussi longue ?

Elle repose sa broderie précautionneusement, referme le couvercle, le verrouille et elle remet l'objet là où elle l'a trouvé en ayant le sentiment d'avoir profané un lieu de recueillement. Elle s'approche de la fenêtre, hume l'air frais, ses phalanges sur les pierres grises et froides de Winterfell. Elle se sent soudain mieux. Elle est chez elle. Et c'est peut-être la plus belle victoire qu'il soit après sept longues années de boucheries absurdes.

FIN