Cette Fanfiction a été écrite dans le cadre du fest' intra-discord organisé par FESTUMSEMPRA sur le thème « HAPPY HALLOWEEN », un fest pour sauver votre personnage préféré, lui donner la fin méritée, l'amour de sa vie, en deux mille mots max.
Un prompt/défi généré au hasard était également à intégrer et se trouve en note de fin.
La liste complète des œuvres participantes à cette édition est disponible sur AO3 dans la collection Happy_Halloween_Fest :
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INTACT(E)
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De longs cheveux. De grands yeux. Des lèvres pleines.
Lavande Brown avait tout pour plaire.
Sa mère le lui répétait sans cesse.
Elle lui répétait qu'elle possédait tout ce qu'une femme pouvait espérer.
Elle lui répétait qu'elle était belle, tout simplement belle.
Jusqu'à ce qu'elle ne cesse de le faire.
Pourtant, ses longs cheveux, ses grands yeux, ses lèvres pleines - tout était encore là. Intacts.
C'était tout le reste qui avait disparu. Tout le reste qui lui avait été arraché.
De ses griffes, Greyback avait préservé ses lèvres, mais lui avait volé son sourire.
Il avait épargné ses yeux, mais lui avait dérobé leur éclat.
Et les longs cheveux que sa mère avait tant aimé coiffer mais qu'elle ne parvenait même plus à regarder, ne servaient maintenant qu'à dissimuler une funeste réalité.
Défigurée.
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La tête baissée, le visage caché, Lavande marchait dans les couloirs du château. A ses côtés, suivait le silence devenu habituel de Parvati. Sans personne pour lui répondre, elle aussi semblait avoir perdu l'envie de parler.
Elles s'arrêtèrent devant la porte de la Grande-Salle, un peu plus près que la veille ; mais comme à chaque fois,
"Non… Je… Je ne peux pas. Parvati, je ne peux pas."
Cette dernière glissa sa main dans celle de Lavande et tout en resserrant ses doigts autour des siens, lui murmura ces deux phrases devenues habituelles elles-aussi.
"Un pas à la fois. Reste ici, je vais nous chercher à manger."
Parvati relâcha sa main et passa cette porte que Lavande ne parvenait plus à franchir.
Chaque jour, Parvati entrait, et Lavande attendait.
Elle attendait ; la gorge serrée, les yeux embués, le ventre noué et le regard rivé au sol de la Grande-Salle.
Comme si elle y gisait toujours. Comme si les griffes de Greyback ravageaient encore sa peau. Comme si sa langue continuait de souiller ses plaies pour y goûter son sang.
Comme si elle mourait une seconde fois.
Une seconde fois. Car peu importe ce qu'on lui disait, Lavande ne s'estimait pas chanceuse. Elle ne s'en était pas sortie.
Non, Lavande Brown était morte ce jour-là, sur le sol glacial de la Grande-Salle.
"Ça va ?"
Une voix aussi étrangère que familière la tira de ses pensées. Ses yeux humides s'arrachèrent du sol en pierre et glissèrent jusqu'à une ombre imposante, à quelques pas de la sienne.
A une époque, Lavande aurait probablement ri, haussé les épaules et lancé un "Bien sûr que ça va." d'une voix aussi enjouée que l'aurait été son sourire. Parce qu'à une époque, Lavande aurait pris la peine d'enrober son mensonge, comme sa mère le lui avait appris.
Mais sa mère n'appliquait même plus ses propres conseils, alors à quoi bon.
Lavande s'essuya les yeux avec la manche de sa robe et lui tourna le dos. "Qu'est-ce que tu veux ?" demanda-t-elle d'un ton destiné à le faire disparaître.
"Je– Rien. Juste…"
Il fit un pas vers elle, trahi par cette ombre qui rejoignit la sienne. Lavande baissa un peu plus la tête et laissa ses cheveux retomber le long de ce visage qui n'en possédait plus l'apparence, seulement le nom. Un visage dont la beauté avait suscité l'admiration, mais dont l'infâme laideur inspirait désormais dégoût et pitié.
"… Juste savoir si ça va."
Lavande laissa un rire s'échapper de ses lèvres. Cette question déjà risible l'était encore plus venant de lui. Huit ans qu'ils partageaient les mêmes salles de classe et Lavande était presque certaine de ne jamais lui avoir parlé. Sûrement parce qu'il y avait trop de dissensions entre leurs maisons. Sûrement parce qu'elle n'avait jamais cherché à s'y opposer. Lui non plus.
"Qu'est-ce que ça peut te faire ?" souffla-t-elle. "Si tu es venu voir à quoi ressemblait le monstre pour avoir quelque chose à raconter, tu peux t'en aller."
"Non, je– Pas du tout."
Son ombre s'approcha encore pour venir engloutir la sienne.
"C'est faux. T'es pas..."
Il s'interrompit, comme si prononcer ce mot qu'elle entendait pourtant être chuchoté à longueur de journée lui était impossible.
Lavande le fit pour lui.
"Un monstre ? Bien sûr que si. Je vous entends, tu sais. Je le vois… Dans le miroir. Dans vos yeux. Dans cette curiosité malsaine qui se transforme en dégoût dès que vous les posez sur moi. Vous me regardez comme si j'étais une créature répugnante, mais vous êtes incapables de vous arrêter."
Le visage toujours baissé, Lavande attendit que son ombre recrache la sienne. Elle attendit qu'il se lasse et qu'il s'en aille, comme certains de ses camarades avant lui.
Mais il ne bougea pas, se contentant de lui asséner deux mots qu'elle n'avait pas besoin d'entendre mais aurait dû voir venir. "… C'est vrai."
Lavande tenta d'ignorer la pointe de douleur qui lui transperça la poitrine. Une douleur devenue bien trop familière qu'elle se haïssait de ressentir par sa faute.
Préférant disparaître avant de céder aux larmes, Lavande emporta son ombre loin de la sienne.
Elle ne fit que trois pas avant qu'il ne la rattrape. La retenant par le bras, il la força à s'arrêter.
"Attends, je– Je voulais dire que... Moi non plus je n'arrive pas à arrêter de te regarder. Mais pas… Pas pour ça."
Lavande se figea, tant par le désespoir de sa voix que du contact sur son bras. Dos à lui, elle fixa cette large main qui ne semblait pas vouloir la relâcher. Une main qui pouvait sans aucun doute lui briser un os, mais qui la retenait pourtant avec une étrange délicatesse.
"En fait, je… Je n'ai jamais réussi. Parce qu'il y a quelque chose chez toi qui –bon sang, comment je– … Quelque chose qui fait que dès que tu passes une porte, je ne vois plus que toi. Quelque chose qui me fascine depuis le tout premier jour, mais je… Je n'ai jamais pu te le dire, parce que… Toi, tu ne m'as jamais regardé."
A l'abri derrière ses longs cheveux, Lavande releva la tête et la tourna légèrement vers lui, prête à déceler dans ses yeux toute la moquerie que sa voix ne portait pas.
Elle ne trouva qu'un visage empreint d'inquiétude.
"Pourquoi est-ce que tu me dis tout ça ?"
"Parce que…"
Ses doigts glissèrent jusqu'à son poignet qu'il tira légèrement vers lui pour l'inciter à se retourner. Le cœur battant, Lavande obtempéra et laissa la lueur du couloir inonder son visage meurtri. Elle laissa son regard détailler chacune de ses cicatrices, avec une telle attention qu'il paraissait presque vouloir les mémoriser.
Quand ses yeux retrouvèrent le chemin vers les siens, Lavande n'y trouva aucune pitié. Aucun dégoût. Seulement cet éclat d'admiration qu'elle ne pensait jamais revoir.
"Parce que j'ai enfin compris que la vie était trop courte pour la passer à te regarder d'aussi loin."
Il relâcha son poignet mais avant qu'elle ne puisse regretter la chaleur de ce simple contact, ses doigts vinrent chasser la mèche de cheveux dissimulant encore une partie de son visage. Délicatement, il la glissa derrière son oreille et dévoila la profonde entaille ravageant sa joue.
La plus hideuse, la plus douloureuse.
Celle qui ne manquait jamais de la faire pleurer.
Celle que sa mère ne supportait pas de regarder.
Mais, lui… Lui, l'effleura avec son pouce. Lui, la caressa avec douceur et légèreté.
"Et parce qu'il faut que je te dise à quel point… A quel point je te trouve toujours aussi b–
"Lav ?"
La voix de Parvati le coupa, le forçant à éloigner sa main de son visage.
"J'ai tout ce qu'il faut, on peut y–
Parvati s'interrompit, surprise de ne pas la trouver seule. Encore plus de le trouver lui.
"Qu'est-ce qu'il fait là ?" lui demanda-t-elle d'un ton méfiant. "Tout va bien ?"
"Oui, tout va bien. Il… Tout va bien." la rassura Lavande.
Mais Parvati l'ignora et s'approcha de lui d'un pas rageur, aveuglée par les yeux rougies de sa meilleure amie. "Tu n'as rien de mieux à foutre que de la faire pleurer ? Va plutôt rejoindre les abrutis qui te servent d'amis et laisse la tranquille."
Il entrouvrit la bouche mais avant qu'il ne puisse articuler quoi que ce soit, Parvati glissa sa main dans celle de Lavande et l'éloigna de la Grande-Salle, le laissant seul avec son ombre.
Elles traversèrent les couloirs dans un silence que la voix inquiète de Parvati ne brisa qu'un fois arrivées dans leur dortoir, "Lav ? Qu'est-ce qu'il t'a dit ?"
J'ai enfin compris que la vie était trop courte pour la passer à te regarder d'aussi loin.
"Goyle ? Rien… Rien du tout."
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Il ne fallut qu'une semaine avant que leurs ombres ne se recroisent. Lavande le trouva une nuit, au pied de l'escalier menant au septième. Figé face aux marches.
"Goyle ?"
Cette fois-ci, ce fut lui qui sursauta.
"Désolée." s'excusa-t-elle. "Je ne voulais pas te faire peur."
Il se tourna vers elle et esquissa un sourire rendu visible par la lueur des quelques bougies flottant autour d'eux. Une lueur discrète qui suffit pourtant à faire briller l'humidité de ses yeux. "Non, c'est moi, je… Je ne t'ai pas entendu arriver." fit-il en les essuyant du revers de la main.
Si Lavande était presque sûre de ne jamais lui avoir parlé, elle était absolument certaine de ne jamais l'avoir vu pleurer. Les Serpentards en étaient incapables, paraissait-il. Du moins, c'était ce qu'elle avait entendu à la table des Gryffondors. Et ce qu'elle s'était amusée à répéter dans les couloirs.
Lavande s'avança vers lui et s'arrêta à ses côtés. Ses cheveux ne lui cachaient pas le visage, mais pour la première fois, elle s'en moquait.
"Je voulais m'excuser… J'aurais dû dire à Parvati que–
Goyle secoua la tête. "Non… Je comprends."
Lavande se tourna vers les marches et arrêta son regard sur la plus haute d'entre elles, engloutie par l'obscurité du septième étage. Goyle l'imita et, l'un à côté de l'autre, ils fixèrent en silence cet escalier qu'il ne semblait pas pouvoir gravir autrement qu'avec les yeux.
"Qu'est-ce que tu fais là en pleine nuit ?" demanda-t-il finalement.
"Insomnie. Et toi ?"
"Pareil."
Un nouveau silence s'installa, plus long cette fois-ci, mais qu'il brisa à nouveau.
"C'est… la Salle-sur-Demande. Je n'arrive pas à y retourner. En fait, je… Je n'arrive même pas à atteindre le septième étage. J'essaye, pourtant. Comme toi, j'essaye tous les jours, mais c'est… C'est comme si tout recommençait. Comme si les flammes essayaient de m'attraper à nouveau, comme si Crabbe– Comme si, il…"
"Syndrome post-traumatique." Lavande quitta les marches du regard et se tourna vers lui. "Mon psychomage appelle ça le Syndrome post-traumatique. Il paraît que c'est un terme moldu."
Il délaissa à son tour l'escalier.
"Est-ce que… Ça t'aide ? De voir un psychomage ?"
Lavande inspira profondément et, les yeux fermés, songea au sol de la Grande-Salle.
Sa gorge se resserra. Son ventre se tordit. Les larmes montèrent.
Greyback ouvrit la gueule. Et Lavande rouvrit les yeux.
"Pas vraiment, non." murmura-t-elle. "Mais ça aide ma mère de m'y envoyer dès que je rentre. Quand j'y suis, elle… Elle n'a plus besoin de se forcer à me regarder."
Il fronça le regard, ses larmes balayées par la colère. "Elle ne devrait pas avoir à se forcer, c'est… Il n'y a pas besoin de se forcer." Ses yeux parcoururent son visage et ils se radoucirent. "Je n'ai pas pu te le dire la dernière fois mais... C'est vrai, tu sais. Je t'ai toujours trouvé belle et ces cicatrices n'y changent rien. Tu l'es toujours autant, Lavande."
Elle secoua lentement la tête. "Il faut que tu arrêtes de me dire ce genre de choses."
"Pourquoi ?"
"Parce que je risque d'y croire et que…" Lavande se tourna vers l'escalier et, tout en montant sur la première marche, lui adressa un sourire presque aussi enjoué que sa voix. "Je crois que je suis prête à être plus que ça."
Lavande lui tendit la main, mais avant qu'il ne la prenne et que son ombre ne rejoigne la sienne, elle lui murmura une phrase qui deviendra habituelle elle-aussi,
"Une marche à la fois, Gregory."
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Prompt imposé : B caresse du pouce la joue de A.
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J'espère que ce court texte vous aura plu ! Je n'ai pas mis ce cher Goyle dans le résumé, pour la simple raison que je souhaitais vous faire tomber de votre chaise/canapé/lit et autre surface.
Merci Twitter de m'avoir mis sous le nez le pairing Lavender/Gregory que je défendrai maintenant corps et âme.
LAVENDORY 4 LIFE !
