Yo!

J'ai pas grand chose à dire pour présenter ce texte-ci en fait. Juste j'ai voulu écrire sur le personnage de Futaba et sur cette particularité qu'elle possède de pouvoir dialoguer avec son Ombre quand ce n'est normalement pas possible. Du coup, est-ce vraiment un dialogue? Excellente question. Qui sait...

La licence Persona est la propriété du studio JV Atlus, rien ne m'appartient.

Bonne lecture!


La galaxie, les étoiles, des milliers de petits points lumineux clignotants… Des mirages, factices, qui sont en fait les multiples écrans affichant des lignes de codes à n'en plus finir. Verts sur fond noir, un chiche éclairage se reflétant à peine sur ton pâle visage. Rien ici n'est le miroir de la réalité et c'est bien normal puisque tu cherches à tous prix à l'éviter. Délaissant pour un moment ta frêle silhouette étendue, mon regard jaune se promène sur le reste de cet environnement que tu t'es créé au fur et à mesure des années. Quelques livres trainent par terre, traitant de la science cérébrale et principalement de la psience cognitive entre autre chose. Pour les accompagner se distinguent aussi d'innombrables brochures du même acabit. Le sol n'est même plus visible tant il est jonché de toutes sortes de papiers éparpillés. Mais à tout cela s'ajoute également une montagne de sacs poubelles uniquement rempli de ce repas instantané que tu affectionnes tant et dont tu ne te nourris plus qu'exclusivement depuis…

Si longtemps.

Combien de temps cela fait-il d'ailleurs ? Depuis quand te terres-tu ainsi dans ce lieu vide de toute vie tel que tu souhaites l'être aussi ? Des jours, des semaines, des mois et des années depuis sa mort, depuis son meurtre, depuis que nous l'avons tué… Si elle était encore avec nous, les choses seraient certainement bien différentes. Nous ne serions pas ici, enfermées, recluses, coupées du monde pour nous protéger. De quoi ?

De l'horrible réalité.

Vraiment ? Ou bien peut-être n'est-ce rien d'autre qu'une fuite en avant pour ne pas penser à la vérité enfouie dans notre cœur. Cette seule vérité qui aurait le pouvoir de nous libérer de cette prison derrière laquelle nous nous sommes nous-mêmes condamnées. Une condamnation à mort, car tel est l'unique destin qui nous attend entre les murs de ce palais doré. Palais dont nous avons posé et pensé chaque pierre pour nous y enfermer. Une vérité libératrice autant qu'elle pourrait se révéler destructrice certes, mais toujours bien moins que ce mensonge infâme nous rongeant chaque jour un peu plus.

Jusqu'à la fin.

Mon regard vide passe sans s'arrêter sur le serveur immense de l'ordinateur plus puissant que n'importe lequel trouvable sur le marché. Internet et ses écrans, notre unique fenêtre sur ce monde duquel nous nous cachons aujourd'hui. Non loin se trouve la nouvelle imprimante 3D compacte pour laquelle nous avons fait un caprice auprès de Sojiro pour qu'il nous l'achète à tous prix. Il s'est trompé trois fois de modèle avant d'enfin trouver le bon. Puis mes iris finissent par effleurer la porte d'entrée.

De sortie.

Ce simple panneau de bois que nous ne franchissons plus que rarement aujourd'hui. Que nous ne franchirions d'ailleurs même pas si seulement nous le pouvions. Et peut-être cela finira-t-il par se produire, dans un avenir bien moins lointain qu'au début de notre isolement volontaire. Un avenir où nous cesserons juste d'exister. Une délivrance ?

La mort.

Un battement douloureux m'étreint et me ramène à poser les yeux sur ton petit corps recroquevillé sur sa couche. T'observant alors que pour le moment tu es inconsciente de ma présence qui pourtant ne te quitte jamais, mes yeux s'étrécissent, te détaillant avec une sorte de curiosité étrange. Nous sommes si semblables, et pourtant si différentes en même temps. Pour le moment du moins. Tu es… Si petite, presque minuscule, qu'on dirait que tu vas disparaitre dans la couverture de ce lit.

Le linceul de ce cercueil.

Ma naissance n'a pas eu lieu à la fondation de ce palais. Ma présence était déjà là bien avant cela. Invisible, intangible, dissimulée dans les tréfonds de ton cœur d'enfant encore innocente. C'est à ce moment-là, lorsque cette douce innocence prit fin, que tu m'as amenée au premier plan. Que nous nous sommes rencontré. Mais ce n'est pas ma place. Pas ici, pas comme ça. Ce n'est pas la tienne non plus, mais tu ne le comprends pas. Pas encore. Et tant que tu ne le comprendras pas, tant que tu t'obstineras à occulter la vérité, nous resterons condamnées. Prisonnières des chaînes de notre passé effacé. Passé que tu as enfoui sous une histoire fausse. Une fable si mal ficelée dans laquelle tu es, nous sommes, la méchante.

Une meurtrière. Un monstre…

Mais ce n'est pas vrai, ce n'est pas ce que nous sommes. Sentant une agitation près de moi, il est visible de constater que tu t'es retractée encore plus si c'est possible. De légers tremblements commencent à t'agiter sous les assauts de ton propre esprit tourmenté, ces sombres pensées resonnant sûrement en ce moment même entre nos murs imprenables. Seules, nous ne parviendrons jamais à nous en défaire. Le maître d'un palais ne peut s'en échapper de lui-même puisqu'il est à l'origine même de sa création. Et les griffes de cette abomination qui habite le nôtre sont ce qui nous y retiens et n'a fait que nous y enfoncer toujours plus. Aujourd'hui, ce n'est pas pour nous protéger du monde extérieur que nous y sommes enfermée, mais plutôt pour nous préserver d'elle et de la vérité qui l'accompagne si nous venions à la confronter.

Maman…

Hélas, nous avons beau le savoir, tu as beau en être consciente au fond de toi, tu ne le pourras pas. Te dresser contre le véritable monstre et voir la vérité cachée dans notre cœur. Tu n'en as pas la force, même si ta volonté existe bien. Cela fait trop longtemps que nous sommes seules, nous avons besoin d'aide. Tu le sais, n'est-ce pas ? Nous avons besoin d'eux, il faut qu'ils le volent. Ce cœur déchiré, ce trésor caché et dénaturé. Pour revenir au monde, et mettre fin à cette mascarade dans laquelle tu es plongée depuis bien trop longtemps maintenant. Ne t'en fais pas, car même si nous sommes encore indécises, effrayées à l'idée d'être ensevelies sous les gravats des murs que nous tentons de briser, nous sommes fortes. Bien plus que tu ne le crois.

C'est de ma faute…

Tu ne seras bientôt plus seule. Nous ne ferons de nouveau qu'un et eux resterons près de toi également. Avec leur soutien, tu réapprendras que tu as de la valeur et que ta vie, notre vie, est importante aussi. Ils ouvriront les portes, trouveront et déroberont ce trésor. Même ici, dans cette tombe que nous avons-nous-mêmes creusé. Ils sauront distinguer ta volonté sous tous ces doutes qui ancrent pour encore un peu de temps ce mensonge voilant notre face. Mais tu vas devoir l'accepter, et voir enfin au-delà de ces paroles empoisonnés que les adultes ont mis dans notre cœur. Il est temps que tu comprennes vraiment ce qui s'est passé ce jour fatidique qui scella notre destin. Destin qui n'est plus immuable maintenant. Grâce à eux.

Les Voleurs Fantômes…

Tu les as appelé, et ils viendrons nous libérer. Cependant, si tu n'es pas prête à comprendre, peut-être échoueront-ils tout de même. Nous savons la vérité et pourtant nous nous mentons encore et encore, tous les jours durant. Alors, rien ne dit que malgré notre véritable désir de briser nos murs nous y parviendrons vraiment. Tu dois t'ouvrir pour que les serrures de notre cœur ne demeurent pas fermées lorsqu'ils seront là. Tu ne dois plus fuir. Ma main s'approche de ton visage douloureusement crispé à cette pensée et, tandis que tu enfouis encore un peu plus la vérité, elle recueille une larme venue perler au coin de tes yeux. Si tu souffre tant, pourquoi les retiens-tu ? Ces souvenirs ne sont pas moins lourds que ce mensonge que tu tentes de continuer à faire vivre alors que toi et moi savons qu'elle s'en est allé. Alors, arrête de te mentir et souviens-toi, Futaba…

—Je suis toi, tu es moi et il est temps que nous nous levions pour reprendre notre place dans le monde.

Bientôt, le savoir interdit sera révélé…