Disclaimer : Harry Potter et son univers ne m'appartiennent pas, je ne gagne aucun argent à publier cette traduction, qui elle m'appartient.

Je la publie avec l'aimable autorisation de White Squirrel, qui a écrit la fanfiction originelle, "I've always wanted to use that spell" ( s/11583668/1/I-ve-Always-Wanted-to-Use-that-Spell ).

J'ai toujours voulu utiliser ce sortilège.

Décembre 1956.

Lorsque Minerva McGonagall avait été diplômée de l'École Poudlard de Sorcellerie, elle ne s'était jamais attendue à y revenir moins de trois ans après. Cependant, c'était avant qu'elle ne soit prise dans un triangle amoureux avec son chef au Ministère et un Moldu de sa ville natale, bien qu'elle ne soit vraiment sortie avec aucun des deux. Elle savait qu'elle était idiote, il y avait beaucoup de mariages mixtes dans le monde sorcier. Mais à l'instar de sa mère, elle ne pensait pas qu'elle aurait supporté d'apprendre la vérité sur la magie à son mari lors de la nuit de noces.

Puis elle avait entendu dire que le Directeur Dippet était mort soudainement, et que son mentor, Albus Dumbledore, devait immédiatement prendre la relève en tant que Directeur par intérim. Dumbledore avait besoin de quelqu'un tout aussi immédiatement pour l'aider à tenir ses classes pour le reste de l'année scolaire et le remplacer en tant que Professeur de Métamorphose l'année suivante. À en croire sa lettre, elle était la première personne à qui il avait songé, et ainsi, elle retournait à l'école en tant qu'assistante professeur. Ce n'était pas très Gryffondor, peut-être, de fuir ses problèmes de la sorte, mais hé, travailler au Département de la Justice Magique n'était pas aussi glamour que ce qu'elle espérait, de toutes façons.

Albus, ainsi qu'il voulait être appelé en privé, même si c'était encore très gênant pour elle, l'avait énormément soutenue alors qu'elle faisait sa brusque transition, la faisant assister à ses classes avant Noël en préparation de sa prise en charge des deux premières années après les vacances, et lui donnant un rapide cours sur le fonctionnement de l'école du côté professoral de la barrière. Minerva avait fait du tutorat lorsqu'elle était élève, elle n'était donc pas complètement novice en matière d'enseignement, mais il était éprouvant pour les nerfs d'en faire une profession, et d'être principalement responsable de l'éduction de jeunes enfants. À vingt-et-un ans. Sans expérience formelle. Vous ne pouviez pas faire cela dans le monde moldu, ça, elle s'en souvenait.

Mais il ne s'agissait pas que d'enseigner. Il y avait toutes ces autres petites choses qui entraient dans l'organisation de l'établissement. Albus lui avait fourni un livret complet d'éléments à apprendre, allant de la façon de rendre des notes à que faire d'un élève atteint de dragoncelle et même (certaines partie étaient un peu obsolètes) que faire si un raid aérien allemand ciblait le château. Il y avait de la paperasse, des procédures, et toute une litanie de sortilèges. Il y en avait à utiliser si quelque chose n'allait pas avec les elfes de maison qui envoyaient la nourriture dans la Grande Salle, un sort pour lier un Sonorus aux protections du château afin de créer ce que les Moldus appelaient un système de sonorisation public, et un autre pour forcer ces ennuyeux escaliers mouvants à bien se conduire lorsque vous deviez vous rendre quelque part rapidement, juste pour en nommer quelques-uns.

Malheureusement, elle n'eut pas l'opportunité d'utiliser elle-même beaucoup d'entre eux, beaucoup étant seulement pour les urgences ou des circonstances spéciales, ce qui était bien dommage car certains de ces sorts réservés aux enseignants avaient l'air assez cools.

- Excusez-moi Prof… hem, je veux dire Albus, l'interpella-t-elle un jour alors qu'elle continuait à s'installer.

- Oui, Minerva ?

- J'ai jeté un coup d'œil à ces sorts spéciaux dans le livret que vous m'avez donné, et il y en a un pour animer toutes les statues et armures du château, et je me demandais s'il avait jamais été testé ?

- Testé ? reprit Dumbledore en caressant sa barbe. Non, je ne crois pas. Du moins, pas depuis que j'ai été élève.

- Peut-être devrions-nous l'essayer, dans ce cas, proposa-t-elle avec espoir. Nous ne voudrions pas nous trouver pris au dépourvu en cas d'urgence, après tout.

- Non Minerva, je pense que cela créerait plus de bazar que nécessaire, répondit-il. Et je suis sûr que quelqu'un aussi doué en Métamorphose que vous-même pourrait gérer n'importe quel problème qui pourrait se présenter.

Elle ouvrit la bouche et la referma. Zut, songea-t-elle. Albus était tellement capricieux et enfantin la moitié du temps qu'elle pensait qu'il serait partant. À la place, elle parvint juste à dire :

- Hem, merci pour votre confiance.

Avant de tourner les talons.

Un jour, se promit-elle. Un jour.

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Juin 1962.

- Horace, que se passe-t-il ? interrogea frénétiquement Minerva.

- Les cachots sont libérés, indiqua l'homme large, soufflant et ahanant en montant les escaliers. Mes Serpents sont barricadés dans leurs dortoirs. À moins que Evermonde n'ait mis les sirènes du lac sous Impérius, ils devraient s'en tirer.

- À ce point des choses, je n'en serais pas surprise, venant de lui, soupira-t-elle.

Soudainement, un bruit de tonnerre retentit, et Horace et Minerva virent un homme solitaire surgir du coin du couloir sur une jambe de bois.

- Fuyez ! Fuyez ! s'époumona Sylvanus Kettleburn.

- Fuir quoi ? demanda Minerva en regardant le corridor vide.

- Les Sombrals ! cria Horace, déjà en mouvement.

Les yeux de McGonagall s'écarquillèrent, puis elle tourna les talons et fuit la charge invisible.

- Il a lâché tout le troupeau dans le château ! hurla Kettleburn.

- Vers les étages ! ordonna l'enseignante. Merlin, je n'aurais jamais cru un jour vouloir voir les Sombrals. Où est Hagrid ?

- Dans le lac, répondit Slughorn. Quelque chose a effrayé le Calamar Géant.

Minerva pensait d'ordinaire que Hagrid pouvait se gérer tout seul, pourtant elle craignit qu'il ne soit submergé cette fois-ci, littéralement. Cependant, elle devait veiller sur elle-même et ses élèves en premier lieu. Les trois enseignants grimpèrent les escaliers quatre à quatre, sautant pour éviter d'être écrasés par les Sombrals déchaînés, uniquement pour percuter Jean Hopkins, la vieille Maîtresse d'Enchantements, qui fuyait leur destination en courant.

- Jean, attention ! Les Sombrals ! s'exclama Minerva.

- Je peux les voir.

- Gardez la tête baissée ! Ils se sont envolés ! prévint Kettleburn.

- Grands dieux, je deviens trop vieille pour ça, marmonna Hopkins.

- Où est Albus ? exigea McGonagall.

- Toujours en train d'essayer d'entrer dans la salle de classe !

- Pourquoi met-il autant de temps ? s'étonna Horace. C'est Albus !

- Evermonde a mis huit Épouvantards pour garder sa salle dedans et dehors, en incluant les fenêtres, expliqua Jean. Il a dû les rassembler toute l'année durant. Nous ne pouvons pas les bannir tous en même temps. Sans compter qu'il y a une malédiction qui a l'air d'être de l'ancienne Égypte. Je n'y comprends rien à rien.

- Il va avoir besoin d'aide, établit Minerva. Allons-y !

Le professeur de Défense de cette année avait semblé un peu étrange dès le début, mais pas beaucoup plus que ceux des deux dernières années. Cependant, il était devenu de plus en plus bizarre au fur et à mesure de l'année. En octobre, il avait exigé que sa salle de classe soit déménagée dans la partie la plus reculée du sixième étage. Vers Noël, il avait brûlé tout le gui du château par crainte des « Nargoles », étant apparemment la seule personne dans le pays qui prît au sérieux le Chicaneur. En mars, il avait hurlé à qui voulait l'entendre que Nobby Leach essayait de faire de la Grande-Bretagne une dictature dirigée par des Nés-de-Moldus. Et au cours du dernier mois, il était devenu de plus en plus paranoïaque, croyant, avec les manières des plus mauvais acteurs, que tout le monde essayait de l'assassiner jusqu'à ce qu'il craque finalement et prenne sa classe de première année Gryffondor-Poufsouffle en otage, exigeant une fuite sécurisée vers (Merlin seul savait pourquoi) l'Empire Ottoman.

En se basant sur son âge et les symptômes, Minerva était quasiment certaine qu'il souffrait de schizophrénie, cependant cela ne changeait rien au fait qu'il menaçait trente-cinq enfants de sa baguette.

Ils se ruèrent au sixième étage, où ils trouvèrent Albus debout devant la salle de Défense, tentant de repousser plusieurs exemplaires d'une jeune fille. Elle aurait pu être en quatrième année, mais elle ne portait pas d'uniforme, et Minerva ne l'avait jamais vue. Certaines des copies semblaient malades, certaines mortes ou agonisant, et une semblait même être un Inférius. Minerva ne connaissait la signification de la peur d'Albus, cependant elle connaissait la fille incarnée par l'Épouvantard, alors elle bondit devant le plus proche et vit…

Elle-même. Sauf que c'était une ruine de sa personne. Cinquante ans plus vieille, brisée et seule, l'annulaire ostensiblement vide, beaucoup trop traumatisée par l'échec de ses parents pour le surmonter, pour chercher l'amour pour elle-même.

- Riddikulus ! cria-t-elle, et la créature se transforma en un chaton duveteux et s'enfuit.

Elle s'occuperait des implications plus tard.

- Ça ne le retiendra pas très longtemps, l'interpella Sylvanus alors qu'il s'occupait d'un Épouvantard qui avait pris la forme de ce qui semblait être une Tentacula Vénéneuse. Pas avec tous ses petits copains.

- Nous avons besoin de renforts ! Albus, pouvez-vous passer cette porte ?

- Si j'ai quelques minutes de répit.

- Nous n'en aurons peut-être pas autant ! prévint Horace, dont l'Épouvantard semblait être Horace lui-même simplement vêtu d'un tonneau.

- Albus, que se passerait-il si nous foncions dans le tas ? exigea Minerva.

Son Épouvantard revint, elle le chassa de nouveau à peine avait-il pris forme.

- Nous ne pouvons pas utiliser de magie, alerta le Directeur. Le sceau renverra nos sorts.

- Et sans magie ?

- Cela pourrait marcher, mais nous n'avons pas assez de force à nous tous.

- Je sais où nous pouvons la trouver, assura-t-elle.

Elle ne s'autorisa qu'un instant pour noter sa propre excitation. Elle n'avait jamais pensé qu'elle aurait une occasion de faire ce qu'elle prévoyait.

- Piertotum

- Attendez !

Elle s'interrompit, baguette levée, alors que la poignée de la porte était tournée depuis l'intérieur. Il y eut un bruit sourd contre la porte, puis, avec un second bruit sourd, elle fut ouverte brusquement.

BANG !

Le sceau égyptien se brisa dans un flash de lumière, qui firent s'enfuir tous les Épouvantards jusque dans les recoins les plus sombres du château. Il y eut un hennissement bruyant et des battements d'ailes alors que les Sombrals tentaient de s'échapper de ce bâtiment si peu familier. Et un rugissement provenant de l'extérieur sembla indiquer, de façon inquiétante, que Hagrid avait été éjecté du Lac par le Calamar Géant. Minerva raffermit sa prise sur sa baguette mais, à sa surprise, le professeur Evermonde ne se tenait pas sur le seuil de la porte pour l'arroser de sorts (elle, ou ses premières années). À la place, il était ligoté et bâillonné au fond de la salle de classe, gardé par plusieurs élèves plus âgés. Tous les premières années se cachaient sous leur bureau.

- Que… que s'est-il passé ? interrogea-t-elle sous le choc, bien trop soulagée pour être désappointée.

- Hmm, réfléchit Albus en examinant la scène. En me basant sur ce que je vois, j'ai l'impression que les jumeaux Prewett se sont alliés à l'aîné des Weasley pour lancer un assaut sur la classe, montés sur des balais, analysa-t-il calmement.

- Oui monsieur, confirma Bilius Weasley.

- Ce n'était pas facile…

- … avec tous ces Épouvantards volant autour, complétèrent Fabian et Gideon Prewett.

- Mais nous avons réussi, finirent-ils à l'unisson.

Minerva supposa qu'elle ne devrait pas être surprise. Molly Prewett et Arthur Weasley étaient tous deux parmi les premières années piégés dans cette pièce, et les aînés de la petite Molly étaient les plus grands fauteurs de troubles du château. Il était grand temps qu'ils fassent quelque chose de constructif.

- Excellent travail, vous tous, les félicita Albus. En fait, j'accorde cent points à Gryffondor pour votre vivacité d'esprit. Malheureusement, je crains que je vais devoir trouver un autre professeur cette année encore.

- Vous devrez en trouver deux, Albus, corrigea Jean. J'en ai fini de cette merde. J'ai entendu dire que Filius Flitwick allait quitter le circuit de compétition. Peut-être qu'il me remplacerait. Je quitte cette maison de fous.

- Je comprends, Jean, soupira Dumbledore. Bien que je sois désolé de vous voir partir.

- Je commence à m'inquiéter, Albus, l'interpella Minerva. C'est le cinquième enseignant de Défense d'affilée à qui il arrive quelque chose de mauvais avant la fin de l'année. Si je ne m'y connaissais pas, je penserais que nous avons été maudits.

Son collègue devint subitement sombre.

- Albus ? réagit-elle nerveusement.

- Je ne suis pas si sûr que nous ne l'avons pas été, Minerva, avoua-t-il. Vous souvenez-vous de Tom Riddle ?

- Le nom m'est familier.

- Il s'est porté candidat pour le poste de Défense l'été après que vous ayez commencé à enseigné ici, pourtant, ses autres activités m'inquiétaient. Même en tant qu'enfant, il faisait montre d'une bien trop grande affinité avec les Arts Noirs à mon goût, et il porte aujourd'hui tous les signes d'un Seigneur des Ténèbres en devenir. Il était excessivement mécontent de mon refus.

- Mais maudire Poudlard, Albus ? opposa McGonagall. Ce n'est pas tout le monde qui peut faire cela. Comment est-ce possible ?

- Je n'en suis pas certain, mais si quelqu'un pouvait le faire, ce serait Tom Riddle. Je crains que nous n'avons pas fini d'entendre parler de lui.

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Janvier 1976.

BANGBANGBANGBANGBANG

- AHHH !

- BONNE ANNÉE !

Minerva trébucha et tomba dans le bol de ponch alors que le château était secoué par des feux d'artifices tels qu'elle n'en avait encore jamais vus. Elle se précipita à la fenêtre pour voir les explosions se déclarer tout autour du château. Elle s'apprêtait à lancer les sortilèges d'urgence pour lever les protections avant de réaliser que cela ne fonctionnerait pas si les attaquants étaient déjà dans le bâtiment.

Elle quitta précipitamment la fête assez calme qui se tenait dans la salle des professeurs, rapidement suivie par ses collègues, essayant d'appréhender où se trouvait l'ennemi. Les étudiants présents pendant les vacances d'hiver devraient déjà être dans leurs dortoirs, mais probablement réveillés, et au moins quelques-uns d'entre eux seraient assez idiots pour sortir voir ce qu'il se passait. Elle pensait à quatre en particulier.

Un coup d'œil rapide dans le Grand Escalier établit clairement que les explosions se produisaient dans toute l'école, particulièrement dans la direction des quatre dortoirs. Minerva enregistra à peine le fait qu'elles avaient l'air de feux d'artifices magiques tout à fait ordinaires. Elle était trop distraite par des visions de sorciers Noirs et des flashes de lumière verte.

- Mon Dieu, ils sont partout ! cria-t-elle. Nous avons besoin de renforts ! Piertotum

Mais son incantation fut interrompue par un puissant éclat de rire et une voix magiquement amplifiée résonnant dans tout le château.

- BONNE ANNÉE ! CECI ÉTAIT UNE PRODUCTION DES MARAUDEURS !

S'ensuivit une bruyante détonation, et des centaine de feux du Bengale s'allumèrent, faisant pleuvoir des rideaux de lumière sur toute l'école. Minerva n'avait pas la moindre idée comment ces garçons avaient réussi à mettre en place quelque chose d'aussi énorme, même avec l'argent de la potion Lissenplis des Potter. Mais peu importe comment ils y étaient parvenus, ils allaient voir ce qu'ils allaient voir.

- POTTER ! BLACK ! LUPIN ! PETTIGROW ! hurla-t-elle au terrible quatuor devant tous leurs camarades de Maison. Avez-vous la MOINDRE idée de l'inconséquence de vos actes ?! J'étais sur le point de lancer les armures à vos trousses !

- Sur le point de lancer armures à nos trousses ? répéta James, surpris.

Peter Pettigrow se cachait derrière lui. Seul Remus Lupin semblait suffisamment honteux.

- On fait des progrès, pas vrai ? déclara Sirius Black avec un sourire qui faisait tomber les adolescentes.

- « Fait des progrès » ? cria-t-elle. Vous avez de la chance que le Directeur ait banni les punitions corporelles, ou je vous mettrais une bonne fessée ici et maintenant, Sirius Black ! Vous ne pouvez pas faire des choses comme ça alors qu'une guerre est en cours ! Nous avons pensé que le château était attaqué !

Minerva s'arrêta et prit une grande inspiration. Était-elle trop dure avec eux ? Non, ils le méritaient définitivement. Mais à la vérité, un peu trop de sa rage était de la colère d'avoir été interrompue dans son sortilège. Elle n'avait pas beaucoup d'occasions.

- Nous sommes désolés, professeur, affirma Potter d'un ton contrit. Nous n'y avions pas vraiment pensé. Nous voulions juste animer un peu les choses, ici. Tout le monde était tellement déprimé ces deux dernières années.

- Humpf, marmonna-t-elle en forçant sa voix à rester calme. La prochaine fois, lancez un bal dansant induit par des potions, comme la dernière fois. Deux semaines de retenues et cent points retirés à Gryffondor ! Et je parlerai à chacun de vos parents.

Les trois autres garçons eurent l'air inquiet, mais Black sembla inhabituellement effrayé, particulièrement pour un enfant qui semblait n'avoir jamais peur de rien.

- Ça va aller, Sirius, chuchota Potter. Mes vieux ont dit que tu pouvais rester chez nous cet été.

Bien, c'était une autre source d'inquiétude, et de plus d'une façon.

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Avril 1981.

La Guerre, toujours dans des stades intermédiaires la dernière fois que Minerva avait presque utilisé ce sortilège, avait empiré dans les cinq années qui s'étaient ensuivies. Des membres de l'Ordre mourraient tout le temps, des gens biens, nombre d'entre eux avaient été ses élèves. Quatre des meilleurs se cachaient avec leurs petits garçons encore bébés. Elle avait également perdu bien trop de vieux amis lors de cette épidémie de dragoncelle, deux ans auparavant, ce qui n'avait pas arrangé les temps déjà très durs. Les assassinats continuaient, toujours aussi intenses. Les gens ne savaient pas si le Ministère passerait l'année. Et ce n'était plus une demi-blague quand elle disait que Albus avait l'air vieux.

Poudlard était plus qu'une école, maintenant, c'était un sanctuaire. Albus s'en était occupé. Malgré ses imperfections (personne ne doutait qu'il y avait des Mangemorts marqués rôdant dans les couloirs parmi les septième année), le château était le seul endroit où les élèves pouvaient se sentir en sécurité de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom alors que tout le reste de la Grande-Bretagne tombait autour d'eux.

Ce qui fut d'autant plus déstabilisant lorsque la guerre se présenta à leurs portes.

L'école était en plein milieu du dîner lorsqu'une vue inattendue se présenta à eux. Sybille Trelawney, la nouvelle professeure de Divination, arriva en courant dans la Grande Salle dans une panique essoufflée.

- Directeur ! s'époumona-t-elle. J'ai vu… j'ai vu…

- Respirez, Sybille, enjoignit calmement Albus en se levant. Qu'avez-vous Vu ?

- Des géants ! Des géants dans le parc !

Des chuchotements nerveux emplirent la Grande Salle, et Dumbledore fronça les sourcils.

- Des géants ? Avez-vous Vu des indices quant au moment de leur arrivée ?

- Pas avec mon Troisième Œil, Directeur, haleta-t-elle. Je les ai vus depuis ma tour ! Ils sont ici maintenant !

Catastrophe ! Les plus jeunes hurlèrent de peur. Les plus vieux se levèrent pour courir, Merlin savait où. Le contrôle avait été perdu en quelques secondes.

- SILENCE ! rugit Albus. Tout le monde garde son calme. Les élèves, vous allez rester ici dans la Grande Salle avec le Professeur Trelawney et le Professeur Quirrell. Hagrid, protégez ces portes du mieux que vous le pourrez. Le reste des professeurs viendra avec moi sur les remparts pour défendre le château.

Malgré son âge, Dumbledore pouvait toujours se mouvoir comme un jeune homme quand il le devait. Minerva avait du mal à rester à sa hauteur alors qu'il grimpait deux marches à la fois et se précipitait jusqu'aux remparts.

Il y en avait neuf, cinq mâles et deux femelles, probablement la moitié des adultes de la dernière tribu de géants en Grande-Bretagne, qui, malgré les efforts d'Albus, s'était rangée du côté de l'ennemi. Tous étaient armés, mais aussi chargés pour le voyage, avançant d'un pas laborieux et lent, suivant la rivière qui descendait de la montagne. Leur route les mènerait directement aux murs du château à moins qu'ils ne se détournent pour contourner le lac.

- Par la barbe de Merlin ! s'exclama Horace.

Minerva partageait son sentiment. Elle n'avait jamais fait qu'entrapercevoir de purs géants auparavant, et elle n'en avait définitivement jamais vu autant au même endroit. Le spectacle la frappa davantage que bien des choses dont elle avait été témoin dans cette foutue guerre.

- J'ai alerté le Ministère, annonça Albus avant de commencer à activer les défenses du château. Mais je ne sais s'ils peuvent se passer d'hommes.

Ce n'était pas bon. Un géant pouvait aisément faire face à douze sorciers, même s'ils n'avait pas de magie, à moins d'utiliser le Sort de Mort, ce qui était impossible pour nombre de sorciers. Neuf d'entre eux constituait une véritable menace pour l'école, une menace que les enseignants ne pourraient pas gérer tous seuls.

- Albus, nous avons besoin de renforts, établit McGonagall. Que dites-vous des statues ? Elles sont en pierre, et suffisamment grandes pour avoir une chance au combat.

- Je suis assez d'accord, Minerva, convint-il. Voulez-vous nous faire l'honneur ?

- Bien entendu, accepta-t-elle avant de lever sa baguette avec enthousiasme. Piertotum

- Regardez ! cria Filius, dont la vue était très affûtée.

Venant par-dessus les montagnes, pas moins de deux douzaines de points volants, bougeant vite, leurs robes marron claquant derrière eux : des Aurors montés sur des balais. Des rapides. Des Nimbus 1500, à vue de nez, les meilleurs. Ils prirent les géants par-derrière, les rais de lumière de leurs sortilèges les précédant. Utilisant leur vitesse et leur agilité, ils conduisirent leurs attaques par de vicieux mouvements latéraux, restant majoritairement hors de portée des assaillants. Même ainsi, deux Aurors tombèrent en spirale vers le sol. Cependant, en restant sur un seul de leurs côtés, ils forcèrent les géants à virer vers l'ouest, autour du lac, et à s'éloigner du château.

Ils avaient échappé à un ennemi très dangereux cette fois-ci. Minerva s'affaissa et soupira de soulagement, même si une part d'elle-même, jalouse, pensait : « Raté. »

Puis, un des géants tomba, ensanglanté et agrippant sa tête.

- Qu'est-ce qu'ils font ? s'exclama Filius avec horreur.

C'est à ce moment-là que Minerva remarqua la couleur des sorts : bleus brillants, jaunes maladifs, balafres d'un rouge profond. Des sorts Noirs. Il est vrai qu'un Sort Assommant ou une douzaine d'entre eux n'auraient que peu d'effets sur un géant, mais ces Aurors incantaient pour tuer.

Les géants commencèrent à courir, reculant en se balançant aveuglément alors qu'ils atteignaient le rivage du lac. L'intensité du feu nourri de sortilèges augmenta, et, un par un, les géants tombèrent, chacun d'une manière plus horrible que le précédent. Les Aurors continuèrent à les poursuivre, alors qu'ils atteignaient le mur extérieur et fuyaient le parc de l'école.

- Albus, comment peuvent-ils faire cela ? interrogea McGonagall pleine d'horreur. Les géants doivent être maîtrisés, oui, mais ceci est un massacre !

- La guerre rend les gens durs, Minerva, répondit le vieil homme fatigué. Et plus durs encore envers ceux qui sont différents. Cependant, je m'assurerai d'en parler à Barty Croupton. Je crains que ceci fera plus de mal que de bien à long terme.

Seuls deux des neufs géants parvinrent à regagner leur bateau sur la mer.

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Août 1991.

- Ludius Locomotor.

Minerva soupira alors qu'elle enchantait la dernière pièce d'échec. Ce n'était pas ce sortilège, mais proche. Probablement le plus proche qu'elle serait de le lancer.

La Guerre était terminée depuis dix merveilleuses années, dix années pendant lesquelles Minerva McGonagall s'était enfin mariée puis était devenue tragiquement veuve à ce qui était un jeune âge pour une sorcière. Malchanceuse en amour jusqu'à la fin. Néanmoins, pendant ces dix années, elle était parvenue à retourner sa vie à la normale… au moins jusqu'à ce que Fred et George Weasley arrivent au château. Il y avait toujours quelque chose.

À travers la lentille teintée de rose des souvenirs, elle était un peu désappointée de n'avoir jamais été véritablement un soldat, affrontant en duel des mages noirs et balançant de puissants sorts comme Albus l'avait fait dans sa jeunesse. Elle était une Gryffondor, après tout. Mais non, elle était enseignante. Elle avait fait son devoir de garder ses élèves en sécurité du mieux de ses capacités trop limitées, et elle les avait préparés au combat quand ce n'était pas possible.

Elle sentait le poids de son échec à l'égard de bien trop d'entre eux.

Mais il y avait toujours plus d'enfants qui arrivaient. Harry Potter serait là cette année. Et Neville Londubat. Elle avait hâte de les voir, après tout ce temps. Elle ne pouvait qu'espérer qu'ils ne deviennent encore meilleurs que leurs parents.

Elle fit silencieusement le vœux de faire tout ce qui était en son pouvoir pour que cela arrive.

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Juin 1993.

Minerva traversait ce qui était peut-être la pire journée sa longue carrière d'enseignante. Elle avait affronté des horreurs durant son travail, mais ils avaient toujours trouvé une issue. Mais cette fois, c'était différent. La petite Ginny Weasley avait été emportée par l'Héritier de Serpentard dans la Chambre des Secrets et était présumée morte.

Les attaques sur les Nés-de-Moldus avaient été terribles, mais maintenant l'Héritier s'en prenait aux Sang-Purs et était passé de la pétrification au meurtre. Personne ne savait qui il était, personne ne savait d'où il pouvait frapper, il pouvait pétrifier ses victimes, et personne ne savait comment, même Albus. Et elle avait déjà la chance d'avoir Albus aux alentours. Lucius Malfoy avait conspiré pour le faire retirer de l'école quelques semaines auparavant.

Et puis, pour couronner le tout, Harry Potter, Ron Weasley et le « Professeur » Lockhart avaient disparus, ce qui n'avait aucun sens. Avec leur incroyable capacité à s'attirer des ennuis, elle était prête à parier gros qu'ils avaient, d'une façon ou d'une autre, trouvé l'entrée de la Chambre des Secrets, eux aussi, ce qui serait encore plus désastreux. Mais Lockhart ? Elle s'attendait à tout instant à ce qu'il file à l'anglaise, et pourtant ils avaient trouvé sa baguette dans le parc, sous la fenêtre de son bureau. Avait-il été emporté, lui aussi ? Avait-il trouvé la Chambre comme il l'avait dit et été attaqué par l'Héritier à cause de cela ? Est-ce que Potter et Weasley l'avaient dominé et emmené avec eux sans sa baguette ? Clairement, elle loupait quelque chose.

Et maintenant, elle avait un Arthur et une Molly Weasley éperdus de douleur dans son bureau pendant qu'elle essayait de retrouver ses élèves manquant, s'assurer que personne d'autre ne viendrait à manquer, limiter la casse avec le Ministère et le Bureau des Gouverneurs, garder la presse en-dehors de tout ceci, et trouver comment évacuer tout le monde du château sans que quelqu'un d'autre ne soit tué ou pétrifié alors même qu'elle ne savait pas comment cela se produisait en premier lieu. Sans parler du fait qu'ils ne seraient pas à même de réveiller les élèves déjà pétrifiés avant le lendemain matin.

C'était peu dire qu'elle n'était pas de bonne humeur.

- Je crains que nous ne puissions rien faire, Minerva, admit Albus à contre-cœur. Nous n'avons aucune piste. Chaque Directeur de Poudlard a passé du temps à chercher la Chambre des Secrets, y compris Phineas Black. Nous avons mené des recherches intensives en 1943 et cette année. Nous ne sommes pas plus près de la trouver que nous ne l'étions lorsque Serpentard a quitté le château, et sans ce savoir, nous ne pouvons protéger le reste de nos élèves.

Molly sanglota de nouveau à ces mots.

- Que va-t-il advenir de Poudlard, sans ce cas ? demanda McGonagall.

Ce n'était pas exactement le sujet le plus important, mais il s'agissait de quelque chose dont elle pouvait véritablement s'occuper, pour ne pas se sentir complètement démunie.

- À court terme, répondit-il lentement, le Ministère va fournir un lieu de remplacement pour passer les BUSEs et les ASPICs. Au-delà de ça, je l'ignore. Je crains que les chances de réouverture de Poudlard à l'automne ne soient minces, si elles existent. Peut-être qu'une équipe dédiée de Briseurs de Sorts et de Langues de Plombs sera à même de trouver la Chambre durant la probable recherche des élèves durant l'été. Mais plus vraisemblablement, le château sera simplement scellé. Et même démoli.

- Non ! haleta Minerva.

Albus hocha tristement la tête.

- Si le pire venait à se produire, et que Harry est perdu dans la Chambre, il y aura peut-être une volonté suffisante pour déconstruire le château pierre par pierre pour le retrouver. Cependant, le Ministère devra mettre en place un établissement de fortune pour l'année prochaine pendant qu'une nouvelle école sera construite, peut-être sur l'emplacement prévu pour la Coupe du Monde de Quidditch.

Une pensée horrible la frappa.

- Mais Albus, qu'en est-il de l'Héritier ? Nous ne savons toujours pas qui il est. Si les élèves pétrifiés ne peuvent pas nous le dire, il pourrait s'échapper et suivre les étudiants dans la nouvelle école.

- Je suis sûr que des Aurors seront détachés pour la protection si nécessaire.

- Des Aurors ? Nous n'avons pas eu d'Aurors sur le sol de Poudlard depuis la guerre. Qu'est-ce que cela révèle si nous ne pouvons pas protéger nos élèves les uns des autres ?

- Ce sera ça, ou la suspension de l'école pour un an. Nous devons faire de notre mieux.

- Mais Dumbledore, que faisons-nous maintenant ? interrompit Arthur.

- Demain matin, nous évacuerons les élèves et les renverrons chez eux par le Poudlard Express. Ce semestre se finira plus tôt.

- Et l'Héritier ? S'il frappe de nouveau ?

- J'ai requis des Aurors pour escorter les élèves, et j'enrôlerai tous les enseignants et les fantômes pour les assister.

- Albus, nous pourrions activer les statues, suggéra Minerva. Elles peuvent protéger les élèves alors qu'ils sortiront du château. Elles sont faites en pierre, elles ne peuvent pas être pétrifiées, et elles ralentiront l'Héritier s'il essaye de... de tuer de nouveau.

- Excellente idée, Minerva. Cela nous donnerait un avantage certain, abonda Albus qui soupira en regardant autour de lui. Je serai triste de dire au revoir à cet endroit. C'est une tragédie par bien des façons…

- Nous sommes terriblement d'accord, convint McGonagall. Nous devrions commencer à planifier l'évacuation.

Dumbledore acquiesça, mais ils n'eurent pas le temps de s'y mettre car, à leur surprise, la porte s'ouvrit, et Minerva fut frappée de mutisme.

Là se tenait Harry Potter, couvert de boue, de crasse, et de sang. Il avait le Choixpeau, le Choixpeau, et une épée, entre toutes choses, passée dans sa ceinture. Au-dessus de lui voletait Fumseck, qui plongea se poser sur le bras d'Albus. Aux côtés de Potter se tenait un Ron Weasley tout aussi sale, qui menait par la main Lockhart, qui avait le regard hébété et un sourire perturbant sur le visage. Et de l'autre côté de Potter, il y avait Ginny Weasley, pleurant, trempée de saleté, mais saine et sauve.

C'était officiel. Harry Potter s'attirait plus d'ennuis que son père n'en avait jamais eu. Que Merlin leur vienne en aide.

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Février 1994.

- Alors, qu'avez-vous à dire pour votre défense, M. Londubat ? exigea Minerva d'une voix si tranchante qu'elle pourrait couper du verre.

Neville Londubat tremblait comme une feuille, et à raison. Sa stupidité abyssale avait permis au tueur de masse, Sirius Black, de pénétrer dans le château de nouveau. Sérieusement, écrire les mots de passe ? Ron Weasley avait à peine échappé à être assassiné dans son lit, sans mentionner que la vraie cible, Harry Potter, était à dix pas de là.

- Et.. et.. et bien, P-Professeur, balbutia Londubat, le Chevalier du Catogan en était à deux mots de passe par jour, et…

- Ne rejetez pas la faute sur le Chevalier du Catogan. Je m'occuperai de lui séparément, croyez-moi. Je veux savoir ce qui a bien pu vous prendre de coucher sur papier ces mots de passe.

- Je…

- Ne vous est-il pas apparu que ces mots de passe pouvaient potentiellement tomber entre de mauvaises mains ?

- Mais…

- Et que nous avions déjà de fortes preuves que la seule chose se tenant entre Sirius Black et les dortoirs était le portrait gardien ?

- Euhm…

- Et que le Chevalier du Catogan était un imbécile complet et fini ?

Londubat était trop terrifié pour rire.

- Je ne comprends pas où ils ont pu disparaître, madame, articula-t-il.

- Eh bien, peut-être était-ce votre légendaire distraction, M. Londubat, claqua Minerva.

- Mais je les gardais dans ma poche, Professeur ! gémit-il. Ce n'est pas comme si je les posais ailleurs en-dehors du dortoir. Pourquoi aurais-je fait ça ?

- Je ne sais pas. Peut-être qu'ils sont tombés quelque part. Cela n'a aucune importance. Les mots de passe ne sont pas censés être écrits pour aucune raison, enfant imbécile ! Ce sera une semaine de retenues, et cinquante points en moins à Gryffondor. En sus, puisque vous êtes complètement incompétent pour vous souvenir des mots de passe, vous n'aurez plus à vous en soucier à l'avenir. Vos camarades de Maison auront interdiction de vous les donner jusqu'à la capture de Black. Vous attendrez hors de la Tour que quelqu'un vous laisse entrer si vous êtes seul. Et, ajouta-t-elle en luttant pour trouver une punition suffisamment sévère, vous êtes dès à présent interdit de visite à Pré-au-Lard pour le restant de l'année.

À la fin de cette diatribe, Londubat semblait prêt à pleurer, mais Minerva était trop en colère pour s'en soucier pour le moment. Avec un peu de chance, cela lui enseignerait un peu de bon sens. Il courut comme un lapin apeuré lorsqu'elle le congédia. À cet instant, elle aurait bien voulu retourner dans ses quartiers et s'asseoir avec un bon verre de Whisky Pur Feu de sa réserve personnelle, mais non, on avait besoin d'elle pour fouiller le château pour retrouver Black, même s'il était certainement loin depuis longtemps. De nouveau.

- J'aurais dû l'expulser quand j'en avais l'opportunité, grommela-t-elle pour elle-même.

Le matin suivant, après une nuit blanche et des recherches vaines, une insulte s'ajouta aux précédentes. Grâce à une livraison express du Ministère, ils avaient maintenant une équipe de quatre trolls entraînés à la sécurité au septième étage. Ils avaient une hygiène à moitié décente, et parlaient quelques mots d'anglais, mais quand même… des trolls !

- C'est ridicule, Albus, se plaignit-elle dès qu'elle apprit la nouvelle de leur arrivée. Nous devrions activer les statues gardiennes pour protéger la Tour de Gryffondor. Elles ne pourront pas être victimes du Sort de Mort, et nous en avons davantage. Filius peut s'assurer qu'elles reconnaissent Black.

Sans compter que c'est une opportunité en or, songea-t-elle sans le dire à haute voix.

Albus eut l'air compatissant, mais ne changea pas d'avis.

- Je sais. Ce serait sans doute une mesure de sécurité supérieure, Minerva, convint-il. Cependant, c'était la seule solution qui satisfaisait toutes les parties impliquées.

- Pas tout le monde. Je ne suis pas satisfaite. Je doute que M. Potter et ses amis soient satisfaits, également. Vous souvenez-vous qu'un trio de Gryffondor a failli être tué par un troll, il y a deux ans ? Est-ce que quelqu'un s'est soucié de savoir s'ils avaient été traumatisés par l'incident ? Par Merlin, ils doivent déjà vivre dans un château entouré de Détraqueurs. Il pourrait au moins leur être épargné d'avoir à affronter leurs peurs quotidiennement pendant qu'ils sont à l'intérieur du château.

- Je comprends vos inquiétudes, soupira Dumbledore, mais la Grosse Dame a exigé spécifiquement des trolls, et aucun autre portrait n'accepte de garder la Tour de Gryffondor. Le mieux que l'on puisse faire est d'être là pour tout élève perturbé par les trolls. Vous savez comme les portraits peuvent être têtus. Jusqu'à ce que Black soit attrapé, je ne crois pas que nous puissions faire entendre raison à la Grosse Dame.

Minerva s'affaissa dans son fauteuil, ressassant ses pensées. C'était un dimanche, elle était exténuée, elle préférerait juste aller au lit, à ce moment, et elle n'avait toujours pas l'opportunité d'utiliser ce sort. Et c'était la faute de Londubat, cet idiot…

- Oh, Morgane… geignit-elle alors qu'une épiphanie tardive la frappait.

- Qu'y a-t-il ?

- J'ai traité Neville Londubat d' « enfant imbécile », hier soir. Je deviens comme Severus !

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Avril 1996.

Eh bien, ils étaient dans un beau pétrin.

Après tout ce qui avait mal tourné cette année, ceci était le pompon. Cette femme était dorénavant « Directrice », « sur ordre du Ministère de la Magie ». De toutes les insultes… Le château lui-même ne la laissait pas rentrer dans le bureau de Dumbledore. Cela devrait lui apprendre une chose ou deux, mais Minerva savait que ce ne serait pas le cas. Dolorès Ombrage serait probablement morte avant d'avoir compris ses erreurs. Ce Ministre qui se mêlait de ce qui ne le regardait pas et ses laquais se dandinant étaient en train de mener l'école et le pays à la ruine sans aucun signe qu'ils allaient s'arrêter – Ombrage, Dawlish, Percy Weasley, entre tous. Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom était de retour, et que faisait Fudge ? Eh bien, il se ruait sur la seule personne capable de lui résister !

Entre l'Inquisition, la dissolution des clubs, le bannissement des lectures « subversives », et le contrôle suprême sur les punitions, Ombrage avait systématiquement retiré toute joie de l'école. Grâce aux restrictions sur les enseignants, leurs interactions avec les élèves étaient stériles et inutiles en général. Puis, ils étaient arrivés et avaient ruiné le cours de Défense, laissant les étudiants sans défense contre les Mangemorts – ou, vous savez, n'importe quel Moldu avec une batte de cricket. M. Potter et Mlle Granger avaient fourni un admirable travail en créant un Club de Défense secret pour essayer de remédier au problème, mais maintenant, ils avaient été dénoncés et le club fermé, et vingt-sept élèves se retrouvaient chanceux de ne pas avoir été expulsés sur-le-champ. Fudge avait forcé Albus à quitter les lieux du même coup, leur retirant la meilleure défense de Poudlard.

Mlle Edgecombe était actuellement couchée à l'infirmerie sans se souvenir pourquoi, et Minerva savait que restaurer sa mémoire serait pas sûr tant qu'Ombrage serait là. Elle ne pouvait s'empêcher de penser que la gamine l'avait mérité. Les traîtres la dégoûtaient.

L'Armée de Dumbledore. Oh, si seulement.

Cela dit, il y avait de l'idée. Les protections ne reconnaissaient pas cette femme en tant que Directrice. Ce qui signifiait, techniquement, que Minerva elle-même était la responsable légitime en place. Et cela signifiait que si, par exemple, elle venait à animer les statues pour botter le cul d'Ombrage, personne ne pourrait l'arrêter.

Mais alors, que ferait Fudge ? Combien de temps le château pourrait-il tenir un siège du corps des Aurors ? Qu'arriverait-il à l'Ordre ? Que ferait Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom pendant ce temps ?

Non, il y avait trop de « et si… ». Elle ne pourrait jamais le faire. Pas à moins d'une urgence où cela revêtirait un intérêt. Elle devrait souffrir le despotisme d'Ombrage avec le reste de l'école.

Néanmoins, c'était un rêve qui amena un petit sourire sur son visage bien des fois au cours des semaines qui suivirent. Et dans la fraction de seconde où elle vit pas moins de quatre Sorts Assommants se diriger vers elle, courtoisie d'Aurors trop zélés, elle regretta vraiment de ne pas l'avoir fait.

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Juin 1997.

Minerva n'avait pas vraiment foi en la Divination, mais elle avait un mauvais pressentiment à propos de ce soir. Albus était parti pour une de ces mystérieuses missions dont il ne lui disait toujours rien. Il avait presque perdu une main pendant l'une d'entre elles, et il refusait de dire à quiconque d'autre qu'à Severus comment ou pourquoi. Juste que c'était une autre partie du plan, une arme de plus contre Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, ou du moins, elle le présumait. Parfois, la tendance de cet homme à garder tout secret était rageante. Et pire, cette fois-ci, il avait emmené Harry Potter avec lui, pas d'explication, il l'avait juste décrété. Le garçon était peut-être l'Élu, mais, Merlin leur vienne en aide, il avait seulement seize ans. Il n'était pas qualifié pour détenir un secret ou participer à une mission dangereuse.

Mais elle faisait confiance à Albus, et s'il disait que c'était capital pour gagner la guerre, il avait probablement raison. Pendant ce temps, malgré ce que pouvait penser M. Potter, Albus était inquiet concernant les allées et venues louches au sein du château, ce qui était sans doute la raison pour laquelle il avait fait venir Bill Weasley, Remus Lupin, et Tonks pour l'aider, elle et Filius, à patrouiller les couloirs pendant leur garde de nuit. Tout était tranquille pour le moment, Minerva restait sur le qui-vive. Peut-être était son sixième sens félin qui perçait, ou peut-être étaient-ce simplement ses nerfs qui lui jouaient des tours, mais elle avait le sentiment que quelque chose de très mauvais allait se produire d'une minute à l'autre.

Le couperet tomba lorsque trois de ses Gryffondors accoururent vers elle, Filius et Remus, hurlant :

- Professeur ! Des Mangemorts !

- Quoi ? Où ?

- Ici !

- Dans le château !

- La Salle sur Demande, indiqua plus explicitement Ginny Weasley. Harry nous a dit de surveiller Malfoy là-bas.

- Il avait l'air d'y en avoir six, ajouta Londubat.

- Ils ont la Poudre Instantanée du Pérou de Fred et George, compléta Ronald.

- Savez-vous où ils sont allés ? demanda Remus.

- Ça avait l'air d'être la Tour d'Astronomie, peut-être, répondit Ronald.

- S'il n'y a pas eu encore de cris ici en bas, ils sont probablement encore là-haut, suggéra Ginny.

- D'accord, je vais prévenir Bill et Tonks. Dépêchez-vous, enjoignit Remus à Minerva.

Elle hocha la tête et partit en courant, espérant qu'elle allait dans la bonne direction. Malheureusement, ses trois élèves, dont deux étaient mineurs, coururent à ses côtés.

- Je suppose que vous ne m'écouterez pas si je vous dis de rester en-dehors de tout ceci ? interrogea-t-elle.

- Pas la moindre chance, Professeur, confirma Londubat.

Elle n'insista pas davantage. Il était difficile de croire que c'était le même garçon qu'elle avait eu en classe pendant six ans.

- Est-ce que Mlle Granger est dans les parages ?

- Elle et Luna essayent de trouver Snape.

- Non, il n'ouvrira pas à des élèves à cette heure-ci, informa Filius. Je vais aller le chercher.

Il les quitta alors qu'elle bifurquait vers la Tour d'Astronomie avec Remus, Tonks et Bill. Bien entendu, sept silhouettes en robes noires les attendaient. Un se précipita en haut des escaliers de la tour pendant que les six autres se dispersaient et prenaient une position défensive. Des maléfices commencèrent à voler avant qu'elle n'ait pu cligner des yeux.

Comment diable sont-ils arrivés ici ? pensa rageusement Minerva. « Reducto ! ». Tu t'en inquièteras plus tard.

Ils étaient à sept contre six, mais les trois étudiants étaient autant un handicap qu'un atout, puisque les adultes devaient les protéger. Les Mangemorts utilisaient également des maléfices Noirs, des Impardonnables et autres vilenies qu'elle ne voulait pas connaître. La petite bande de Poudlard fut immédiatement mise sur la défensive, se battant pour leur vie, esquivant derrière des coins et dans des alcôves dans les murs, luttant pour retourner des coups.

Minerva aperçut un gigantesque blond, qu'elle reconnut aussitôt comme Thorfinn Rowle, même avec le masque. Elle ne connaissait pas d'autres hommes blonds aussi grands. Il semblait être le meneur de cette petite opération. Il était définitivement le plus fort duelliste, ce fut clair en quelques secondes.

Les trois élèves prouvèrent que leur entraînement privé durant l'année portait ses fruits, alors qu'ils frappaient vite et fort avec des sorts de base d'Aurors – Assommants, Sortilèges de Réduction, de Découpe, Maléfices d'Entrave, et ainsi de suite. Londubat, remarqua-t-elle, la jouait prudente, mais les deux plus jeunes Weasley étaient presque des cibles faciles, à découvert et réussissant à n'être touchés par rien de sérieux.

- Ron ! Ginny ! Qu'est-ce que vous faites ? exigea Bill. Revenez ici !

Ils battirent en retraite, mais continuèrent à mettre plus d'efforts à combattre l'ennemi que se protéger. Et pourtant, malgré leur enthousiasme imprudent, ils tenaient à peine le coup. Pendant un instant, les choses semblèrent s'améliorer lorsque le Mangemort qui était monté en haut de la Tour d'Astronomie revint au moment même où Remus esquiva un Sort de Mort de Rowle, qui vola au-dessus de sa tète et frappa le nouvel arrivant en pleine face. Mais alors, le Mangemort, costaud, grognant, arracha son masque pour prouver qu'il n'en était pas un du tout. C'était Fenrir Greyback. Minerva haleta alors que le loup-garou chargeait en avant, esquivant les sortilèges avec une vitesse surhumaine, et percuta Bill.

- BILL ! hurlèrent son frère et sa sœur.

- NON ! rugit Remus, avant d'éjecter Greyback avec un sort dont Minerva n'avait jamais entendu parler.

Mais Bill était à terre, son visage lacéré par des dents et des ongles tout à fait humains.

- Retraite ! Retraite ! cria Minerva, cependant ce fut noyé dans la mêlée.

Un homme à l'air brutal lui lança un Maléfice de Vide-Entrailles parmi une volée de malédictions moindres. Elle évita celui-là et parvint à lever un bouclier contre les autres avant de tenter de métamorphoser les robes de son assaillant en bandelettes de momie (un bon mouvement d'ouverture s'ils oubliaient de le bloquer), et lorsque cela échoua, opta pour un sort qui lui infligea quatre entailles parallèles, comme des griffes de lion, avec quelque effet.

Ginny Weasley dansait littéralement entre les sortilèges et en lançait quelques-uns avec une précision chirurgicale. Minerva savait que cette fille n'était pas si douée. Soit elle et son frère étaient devenus, Merlin sait comment, bien meilleurs, soit elle avait loupé quelque chose. Elle essaya de nouveau de lui dire, ainsi qu'à Ronald, d'être raisonnables, mais ils ne semblèrent même pas l'écouter.

Soudainement, Londubat cria : « Malfoy ! ». Minerva ne l'avait pas vu, mais elle devina qu'il avait du grimper l'escalier car c'est là qu'alla Londubat. Cependant, alors qu'il atteignait le seuil de la porte, il y eut un flash de lumière, un son comme un gong, et le Gryffondor vola dans les airs pour aller s'écraser sur un mur éloigné, en bas duquel il glissa et resta immobile.

- Neville ! s'écria Ronald.

- C'était quoi ça ? questionna Ginny.

- Une sorte de barrière, déclara Remus. Regardez ce que vous pouvez faire. Je vous couvre.

Remus et Minerva tentèrent les techniques limitées qu'ils connaissaient pour briser le sort, mais aucune n'eut d'effet si ce n'était de faire briller la barrière d'une lumière scintillante à l'entrée de la Tour. Mais de toute évidence, cela inquiéta les Mangemorts car l'un d'entre eux siffla :

- Ils sont sur nous ! Pourquoi ça leur prend si longtemps ?

C'était la voix d'une femme. Minerva ne sut pas la replacer, cependant, à sa surprise, ce n'était pas Bellatrix Lestrange.

- Monte et va voir ! grogna Rowle. REPULSO !

Ce Sortilège d'Expulsion était un des plus puissants dont Minerva ait jamais été témoin. Tout le monde fut repoussé plus loin dans le couloir. Lorsqu'ils se remirent sur pied, ils virent que l'endroit était désert. De toute évidence, les Mangemorts pouvaient passer sans problème.

- Dépêchez-vous ! Nous allons les coincer là-haut ! enjoignit McGonagall.

Ils s'approchèrent des escaliers, mais durent s'arrêter lorsque des sorts volèrent droit vers eux sur leur gauche. Rowle était toujours là, se cachant derrière le coin.

- Hors de mon chemin !

Minerva ressentit une vague de soulagement. C'était Severus. Enfin, quelqu'un qui pourrait combattre les Mangemorts à leur niveau.

- Ils ont bloqué l'escalier ! cria-t-elle. Reducto – REDUCTO !

Mais Severus ne s'arrêta pas pour se battre. Rowle fut momentanément obligé de reculer suffisamment loin pour laisser une ouverture pour lui permettre d'accéder à la Tour, et il se mût au sein de la bataille avec l'agilité d'un serpent pour se précipiter en haut des escaliers. Remus essaya immédiatement de le suivre, avec prudence, contrairement à Londubat, et murmurant un contresort tout en avançant, juste au cas où, sans succès. Il fut propulsé en arrière, glissant sur le sol.

- Bon Dieu ! jura Tonks. Ça va, Remus ?

- J'ai vu mieux, grogna-t-il.

- Qu'est-ce que c'est que ce sort ?

- Je ne sais pas, mais nous devons le traverser, affirma Minerva.

Elle essaya ses propres sortilèges dessus, avec juste Rowle pour la défendre, les autres firent de même, mais rien ne semblait fonctionner.

- Qu'est-ce qu'ils font là-haut ?

- Où sont les autres professeurs ?

- Nous avons besoin de plus de renfort !

- Nous devons grimper cet escalier !

- Bien sûr ! Les armures ! s'exclama Minerva.

Elles pouvaient aider au combat et peut-être briser cette barrière. Fichtre, j'aurais dû le faire dès le début, songea-t-elle.

- Piertotum

BANG !

Minerva fut interrompue alors que Rowle hurla un maléfice qui fut immédiatement suivi par l'effondrement assourdissant de la moitié du plafond du couloir, la voûte des escaliers tombant avec. La barrière trembla et s'évanouit. Par coïncidence, un moment après, Severus émergea des escaliers, tirant Malfoy par le bras. Les défenseurs le laissèrent passer jusqu'à eux. Trois des quatre Mangemorts qui étaient monté vinrent ensuite, puis, en courant, un Harry Potter hébété mais furieux. Il se tint debout, clignant des yeux, dans le corridor rempli de poussière, pendant quelques secondes avant de pétrifier Greyback avec un mouvement de baguette rapide comme l'éclair et repartir en courant. Il trébucha, se débarrassa d'un autre Mangemort, et continua à avancer…

- Crucio !

Minerva fut distraite par la « femme » l'attaquant, et elle déchaîna une ribambelle de sorts informulés qui l'envoya fuir la queue entre les jambes.

- Prends ça ! lui cria-t-elle.

Lorsqu'elle regarda de nouveau, Potter avait tiré sur Rowle en pleine face et avait déjà descendu la moitié du couloir.

- Attendez ! Attendez, revenez, Potter ! l'appela-t-elle.

Mais il poursuivit sa course, sourd à son appel, vers Merlin savait quoi. Elle n'était pas sûre de l'avoir déjà vu aussi en colère.

Elle lança un autre sort vers l'ennemi, mais l'opposition semblait s'être évaporée. Les Mangemorts fuirent dans la même direction que Severus et Potter. Qu'est-ce qui s'était passé ? Est-ce qu'Albus avait fait tourner le vent ? Elle donnerait cher pour le savoir, mais elle devait s'occuper de ses propres blessés d'abord. Cependant, au moins, cette horrible nuit était presque terminée.

Elle était loin de se douter qu'en fait, la situation allait devenir bien, bien pire.

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Septembre 1997.

Le truc drôle à vivre en territoire occupé, c'était que ça vous donnait plein de temps pour penser – enfin, quand vous n'étiez pas en train d'essayer de protéger des enfants de onze ans de subir le Cruciatus dans leur propre école, ou de tenter de véritablement enseigner. (Même sous la loi sur Seigneur des Ténèbres, bien de ses protégés devront un jour trouver un travail.) Enfin, Minerva McGonagall avait le temps de songer à d'importants sujets – comme la mortalité, l'inhumanité de l'homme pour l'homme, la façon dont se déroulerait l'histoire si le Seigneur des Ténèbres gagnait vraiment la guerre, et s'il y avait un quelconque moyen viable de se sortir de ce désastre – idéalement, un qui impliquait d'utiliser ce sort juste une fois avant qu'elle ne se fasse Avada-Kedavériser.

Si elle animait les statues et enrôlait les autres enseignants pour l'aider, elle était sûre de pouvoir mettre à la porte les Terribles Jumeaux (qui, malheureusement, n'étaient pas les Weasley, cette fois-ci), tous les Mangemorts juniors, et cet assassin de fils bâtard de Sang-Pur bigot qui, allez savoir comment, avait réussi à pirater les protections du bureau de Dumbled... Respire, Minerva, respire ! se sermonna-t-elle. Tu ne peux pas te permettre de perdre ton sang-froid.

C'était Snape qui avait tué Albus – la personne en qui Albus avait confiance le plus aveuglément, pour des raisons qu'il avait emporté dans sa tombe, des raisons qui s'étaient avérés infondées. C'était Snape qui dirigeait dorénavant Poudlard d'une main de fer – ou plutôt, il laissait les Carrow faire la majorité du travail. C'était Snape qui avait exigé que le « Seigneur des Ténèbres » soit appelé ainsi, et, Dieu et Merlin lui viennent en aide, elle était obligée de travailler pour lui.

Pouvait-elle réellement faire une différence en se défendant ? Minerva avait plus de ressources physiques à sa disposition contre les Mangemorts que n'importe qui d'autre à cet instant. Mais quel bien cela ferait-il ? Même si Poudlard pouvait résister à une armée, encore qu'elle n'en était pas sûre, ils ne pourraient pas tenir un siège indéfiniment. Tout ceci serait inutile à moins de trouver un moyen de se débarrasser du Seigneur des Ténèbres une bonne fois pour toutes – et à ce sujet, elle n'avait que la vague notion que Harry Potter était quelque part, dehors, faisant quelque chose.

Et que se passerait-il si les Mangemorts gagnaient ? C'était une question qui la tenait éveillée la nuit. Très certainement, les jeunes Nés-de-Moldus seraient simplement tués, peut-être utilisés comme serviteurs s'ils avaient de la chance, mais ils recevraient plus probablement des enveloppes ensorcelées plutôt que des lettres d'acceptation. Une demi-douzaine de petits enfants assassinés par an ? C'était une broutille pour les Mangemorts.

Dans le pire des cas auxquels elle pouvait songer, le Seigneur des Ténèbres règnerait pendant un très long temps. Albus lui avait dit qu'il avait atteint une forme d'immortalité, bien qu'elle n'ait jamais connu les détails. Si Harry Potter et le reste de l'Ordre mourrait – elle osait à peine y penser – il serait virtuellement inattaquable. S'il dirigeait le pays ouvertement comme un de ces dictateurs du Tiers Monde moldu, peut-être que la Confédération Internationale des Sorciers pourrait reconnaître son régime dans quelques années. Et alors quoi ? Elle savait que le Seigneur des Ténèbres voulait marcher sur les Moldus. Il ne pouvait faire cela que s'il contrôlait suffisamment le monde magique pour bafouer le Code du Secret en toute impunité. Cela pourrait bien lui prendre cent ans, mais s'il était suffisamment lent et méticuleux, et s'il était réellement immortel comme l'avait dit Albus… Minerva frissonna. Elle ne pouvait se résoudre à imaginer ce scénario.

Et quant au château ? Rien de bon. Isoler le château, éjecter les Mangemorts, et puis quoi ? Le Seigneur des Ténèbres enverrait des renforts jusqu'à ce qu'il tombe. Elle devrait garder son travail pour le bien des élèves. Elle ne pouvait pas les mettre plus en danger qu'ils ne l'étaient déjà. Peut-être qu'aux vacances de Noël ou de Pâques, quand l'école serait vide, elle pourrait faire quelque chose, si l'opportunité se présentait. Mais pour le moment, tout ce qu'elle pouvait faire était d'attendre.

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Mai 1998.

Voldemort était là, et, par tous les diables, elle allait utiliser la force, pour une fois. Il avait une armée telle qu'il n'en avait pas été vue dans le monde magique depuis la guerre contre Grindelwald. Il y avait des sorcières, des vampires, des loups-garous (heureusement non transformés), des centaines de Mangemorts, et, le pire de tout, des géants. Albus était mort depuis un an, et le Ministère était tombé peu après. Ce serait la dernière bataille de la Lumière.

Minerva McGonagall savait quoi faire – enfin !

- Piertotum Locomotor !

BOM !

Une par une, les statues de pierre et les armures alignées dans le château prirent vie et sautèrent au sol dans un bruit de tonnerre.

- Poudlard est menacé ! Affluez aux frontières, protégez-nous ! Remplissez votre devoir envers l'école !

Alors que les statues filaient d'un pas lourd dans la cour, Molly Weasley ne put s'empêcher de se demander si Minerva n'était pas devenue un peu folle lorsqu'elle gloussa et déclara :

- J'ai toujours voulu utiliser ce sortilège !

FIN.