A Song Of Gold and Dust :

Disclaimer : En regardant les défis proposés pour Noël 2020, ça m'a donné une envie d'écrire quelque chose en retenant trois des propositions suivantes : Des personnages qu'on voit rarement ensemble, le monde à l'envers, inclure une figure mythologique.
Mention de personnage de Saint Seiya Origin et il y a un spoiler.
Le titre est un clin d'oeil à la série culte, de Georges R.R Martin. Pour les connaisseurs de Game Of Thrones, ne soyez pas surpris si vous trouvez des similitudes avec le livre.
Bonne lecture !


Le regard vigilant, le chevalier aux cheveux blond vénitien observait avec plus d'attention que d'habitude les baraquements et les colonnes, pour mieux y déceler quelque chose de suspect: « Rien ici non plus, bien. Ça ne signifie pas qu'il puisse y avoir quelque chose autre part »

En repartant, Mime attrapa au passage sa précieuse lyre dont il ne se séparait jamais. Il éprouva à nouveau la sensation désagréable d'être observé par quelqu'un, si loin que remonte ses souvenirs, jamais chose de ce genre ne se serait passée.
Sauf que quand ils avaient appris la mort de Sorrente, le général de la sirène, ça avait changé la donne. Aimé, respecté et puissant, il était un homme bon, intelligent, sage, mais aussi assez fort pour ne pas se faire tuer d'un claquement de doigts. On murmurait qu'il était tombé malade et que les remèdes qu'il prenait n'avaient pas pu lui permettre de recouvrir une bonne santé.
« Et si quelqu'un l'avait empoisonné ? Si on avait cherché à se débarrasser de lui parce qu'il connaissait un secret ou devenait trop gênant ? Qui ne dit pas que le Grand Pope ou un des chevaliers d'or pourrait être le prochain sur la liste ? Mieux vaut redoubler de prudence. »

Redoubler de prudence… Voilà quelque chose dans laquelle il n'avait jamais eu de problèmes. Le chevalier de la lyre était loin d'être une tête brûlée et irréfléchi, mais il était toutefois un combattant redoutable, rivalisant sans aucun problème avec les chevaliers d'or.
Quand il avait eu douze ans et avait terminé les deux ans de son entraînement au Sanctuaire quittant la Suède, il s'était d'abord senti amer : une simple armure d'argent ! Mais à force de découvertes et d'entraînements, il ne s'y trompait pas : le but à atteindre n'était pas aisé et la barre avait été montée plus haut.

Un étrange mouvement de cosmos le ramena à la réalité immédiatement. Qui pouvait essayer de s'aventurer sur les terres du Sanctuaire impunément ? Depuis les temps antiques ce lieu sacré était le domaine d'Athéna et de ses chevaliers, et aucun dieu fut ce Zeus ou Artémis ne pouvait y pénétrer sans l'autorisation de leurs déesse. Mime joua quelques notes de façon presque machinale, ses doigts courant sur sa lyre, les cordes fusant telles des serpents.
- Tu pourrais pas essayer de trouver une autre composition ? Ça finit par devenir chiant à la longue, franchement !

Mime se retourna, et se retînt de soupirer. Kanon bien évidemment, il n'y avait que lui pour faire ce genre de réflexions.
- Il est tout à fait possible que ce soit sur toi que je décide de tester l'efficacité de ma nouvelle attaque. Ça pourrait être intéressant, ne crois tu pas ?
Même si il avait l'habitude, parfois, il en avait marre. Dire qu'ils étaient amis, en dépit de leurs caractères très différents…
Au moins, il était en armure, Athéna merci, il semblait lui aussi être un des rares à ne pas se foutre comme d'une guigne de ce qui s'était passé.

- Sauf si ça atterrit aux Enfers ou à Asgard, on peut faire plein de choses avec une Another Dimension. Si ça peut te redonner le sourire, en faisant ma ronde j'ai rien trouvé.
- Bien, répondit le chevalier d'argent impassible.
Pas si stupides, ils doivent attendre le moment opportun pour semer la discorde. On sait tous deux qui excelle dans ce domaine.
- Cette espèce de sale petite garce, grogna Kanon brusquement menaçant. Foutre la merde, c'est ce qu'elle préfère c'est sur, dommage franchement de pas utiliser sur elle les armes de la balance !

-Ou un requiem, long et qui l'enverrait définitivement aux portes de la mort, même son cher frère Thanatos aurait un mal de chien à ne pas la sauver.
Il repensa à Ker, cette déesse de malheur. C'était de son avis la plus abjecte et la plus dangereuse des déesses qu'ils connaissaient, bien que rares soient ceux qui l'aient déjà aperçue. Il posa sa lyre sur le socle d'une colonne, et chercha dans son sac ses précieux cookies chocolat noix de coco au moins c'était pas mauvais pour la santé comme les clopes, ainsi du jus de raisin. C'est qu'il tapait fort ce matin cet enfoiré de soleil : à peine dix heures du matin et il faisait trente degrés. Ça lui faisait regretter la neige et les journées très courtes, tiens. Il lança au cadet des gémeaux un paquet plastique avec les délicieux biscuits que ce dernier accepta de bon cœur.
Mime se doutait bien qu'il aurait mieux fait de ne parler que de la discorde, sauf que le mal était fait. Il avait beau être un des plus puissants chevalier d'argent, ça ne l'empêchait pas d'être humain avec ses qualités et ses défauts. Dont le plus notable après avoir parfois une forte tendance au déni était de mettre les pieds dans le plat.
Par chance, Kanon ne semblait pas prêt à re discourir sur cette maudite garce divine qui ne s'était pas limitée au plaisir de le faire souffrir et pas qu'un peu. Il y a six ans de ça elle s'en était aussi prise à Shion, et avait essayé d'envoyer des assassins aux Cinq Pics pour se débarrasser du chevalier d'or de la Balance. Avait tenté de voler le trident de Poséidon et de le laisser au Sanctuaire… Bref elle n'était jamais à cours d'idées pour ce qu'elle appelait « ses petites blagues »

Tous les deux aimaient ces petits moments de calme, où ils pouvaient rien que tous les deux confronter leurs théories, hypothèses, farfelues ou plausibles, de dernière minute ou fruits d'une longue réflexion. Le reste des chevaliers n'était pas aussi ouvert à ce genre de débats, Milo et Hagen encore moins, bien évidemment.

Ceci dit, il s'entendait comme larron en foire avec les chevaliers du lion et du scorpion et cet espèce d'enquiquineur qu'était le chevalier des gémeaux. La vie était quand même bien bizarre, quand jamais on ne s'était tellement soucié de l'amitié, n'y trouvant pas de plaisir. Restait le devoir, l'entraînement, être capable de devenir celui qu'on attende qui il soit. Puis en arrivant au sanctuaire les choses avaient été différentes, plus qu'il ne s'y serait attendu.

- Reste à espérer que Poséidon vienne nous taper un scandale, ça serait la totale !

- Il a beau être querelleur, il ne serait quand même pas stupide à ce point, il sait que depuis la dernière guerre sainte, la paix entre lui et Athéna a été ordonnée.
- Ouais, sauf que le chagrin quand un proche clamse peut te faire faire tout et n'importe quoi. Peut être plus quand on a que dalle comme preuves et qu'on pense plus à la vengeance. Il lui repiqua le paquet et la bouteille pour faire bonne mesure. Bah qu'il le fasse, il lui demanderait lors de leur prochaine sortie à Athènes de lui prendre deux trois paquets de chips et un nouveau cahier de partitions, songea il le sourire aux lèvres.

- Surtout quand ça revient au même que d'avoir été empoisonné comme un vulgaire rat. Traité comme de la vermine ou de la quantité négligeable, celui qui a fait ça est un sacré lâche.

- Tu penses vraiment que ce serait ça ? Mais comment et pourquoi ? Pour usurper une place et réussir à manipuler les dieux pour son propre intérêt ? Par vengeance ? Et si c'est vraiment du poison, comment aurait il ou elle était foutu de s'en procurer, riposta calmement Kanon.
- Bonnes questions, et pas de réponses pour le moment. Mais si l'état de Sorrente s'est détérioré aussi vite et que rien n'a marché, je vois mal ce que ça pourrait être d'autre.
-Ouais, je te crois.

Moqueur et casse pied comme à son accoutumée, c'était bon signe. Mais sympa quand il le voulait également. Mime gardait un excellent souvenir de la fête que Kanon avait secrètement organisée pour le sept Octobre, àl'occasion de ses vingt ans. Une sacrée belle fête réussie avec pas mal de monde et tout ceux qui tenaient à lui. Si seulement il pouvait être plus comme ça et un peu moins chiant...
- Au fait, t'as pas envie d'aller voir les entraînements des apprentis ? Le soleil brille, on est en paix, les oiseaux chantent, faut vraiment continuer à se prendre la tronche pour des trucs qui nous regardent pas pour le moment ?
Mime leva les yeux au ciel. Ça allait amener quelque chose qui briserait ses projets d'écouter tranquille de la musique, il en était sûr !
- Tu crois quand même pas qu'on te laissera ici quand on a tous, ô chose rare un après midi de libre ? Ça sera bien rempli, et cool.
Et merde tiens, il le savait, il l'avait vu venir gros comme une maison.


Siegfried n'avait jamais aimé ce Guerrier Divin de Delta. Certes il n'avait jamais rien osé tenter contre lui ou contre le Sanctuaire, mais il était d'une telle condescendance avec eux.
Comme si ils n'étaient qu'un troupeau de petits moutons et lui, un lion majestueux puissant auquel rien ne pouvait résister.
Seulement, que se passerait il si le sang du dragon coulait davantage dans ses veines ? Peut être n'était il pas le dragon, mais il était le sang du dragon. Le feu ou des griffes ne tuaient pas un dragon.
- Il n'y a donc eu pour le moment aucun signe réel d'une menace sur les terres d'Asgard ?
- Non, si ce n'est que plusieurs de nos patrouilleurs ont été retrouvés morts, baignant dans leur sang, l'air terrorisé. Soit des loups, soit des ours, à moins que ce soit quelque chose de plus dangereux comme ceux qu'on nomme les Ombres de Glace ?
Des contes de bonnes femmes à dormir debout, et Minos croyait vraiment qu'il allait gober ça ?
Émissaire d'Asgard, et allié ou non, il serait content de le voir déguerpir d'ici vite fait bien fait.
- Ce sont vos petits oiseaux qui ont chanté à vos oreilles cette chanson ?
- Pas plus qu'hier comme aujourd'hui, ils me chantent des mélodies étranges et intéressantes. Le tout est de savoir les écouter.
Quoi qu'il en soit, en cas de menace, Asgard répondra présent et épaulera les Chevaliers d'Athéna. Comme ils l'ont fait quand Loki a voulu se saisir de Gugnir, la lance maudite ou de soumettre sa seigneurie Hilda à sa volonté avec l'anneau maudit.

Assis devant son bureau, mains jointes pour mieux réfléchir, le successeur de Shion prêta moins d'attention à ces dernières paroles. Ils étaient alliés depuis bien longtemps déjà, avant qu'il ait mis un pied au Sanctuaire. Les colonnes et les fresques peintes sur le mur contrastaient avec l'austérité habituelle du treizième temple, mais cet endroit était particulier et en plus d'être fonctionnel devait s'accorder avec la fonction ardue de Grand Pope.
Dans tout le reste du Sanctuaire, rare étaient les fresques murales ou les ornements sur les colonnes, tout n'était que simplicité.
Il sortit un pichet en cuivre et deux verres.
- Voulez vous un peu de vin ? Si vous le souhaitez, une chambre peut être préparée dans les meilleurs appartements. Je conviens que vous avez fait une longue et éprouvante route.

- Inutile, merci. Votre politesse vous honore, cependant il m'est impossible de trop longtemps m'absenter d'Asgard. Et pas seulement à cause des oiseaux mais de mes responsabilités, dont celle d'épauler au mieux Dame Hilda.
- Comme il vous jugera plaisant, Seigneur Minos, dit il en éprouvant une satisfaction mêlée de soulagement. Si il mettait les voiles au plus vite, bon débarras ! Il avait déjà assez à donner en se montrant aimable et hospitalier avec ce type.
Resté seul, l'ancien chevalier d'or du sagittaire ôta sa robe. Elevé dans sa jeunesse pour être un des plus puissants chevaliers de sa génération, il était un homme d'action et non de réflexion, pourtant Shion s'était intéressé à lui pour sa succession, comme Saga…
Quand il avait du à contrecœur reprendre le flambeau, il s'était promis de rester fidèle à lui même en restant l'homme qu'il était.
C'est pourquoi il arborait rarement les attributions qui allaient de pair avec son rang, préférant garder son armure à portée de main.
Il jeta un coup d'œil au ciel, comme si il espérait des réponses à ses questions, folie ! Mais le ciel était d'un bleu brillant sans le moindre cirrus ou cumulonimbus.
Ce qui était sur, c'est qu'il devait penser à préparer une réception ou à se rendre au Sanctuaire sous marin. Ne rien faire et jouer les indifférents aurait été considéré comme une insulte de plus à Poséidon et ses troupes. Siegfried et les autres saints avaient été trop heureux de parvenir à une trêve entre les deux divinités, après tant de sacrifices, d'affrontements passés, de vies humaines sacrifiées dans ces batailles. Le choix n'était pas permis : ils devraient jouer la carte de la courtoisie et se plier dans une mesure correcte aux exigences du dieu des mers.


Alberich observait discrètement d'un des temples des généraux le va et vient des soldats, des serviteurs autour du corps. Enfreindre les règles avait toujours été un de ses passes temps préférés, de plus il tenait à s'assurer que tout s'était bel et bien passé comme prévu.
Ses doigts pianotaient en silence sur la pierre, comment faire pour ne pas laisser exploser son inquiétude ? A côté de lui, une main se tendit vers lui et lui caressa le visage. Alberich devina immédiatement de qui il s'agissait à son arrogant sourire et ses cheveux d'ébène.

-Tu es toujours trop inquiet, et ça commence à se voir . Crois tu vraiment que tu puisses être un suspect important dans tout ce qui s'est passé ?
- Il faut bien que je m'inquiète pour nous, vu que tu ne le fais pas. Ton insouciance finira par te jouer un mauvais tour, tôt ou tard.
Elle était sans doute la seule en dehors de ses spectres personnels à apprécier le spectre du griffon à sa juste valeur. Le Whyvern et le Garuda étaient bien moins chaleureux, beaucoup moins. Ces deux chameaux n'appréciaient pas du tout, mais vraiment pas du tout ses petites manipulations et ses insinuations, même si elles servaient bien la cause de leur maître Hadès. De fait, leurs relations étaient plus froides et polies comme celle d'étrangers que de trois frères unis et qui avaient la lourde tâche de juger les âmes des défunts.
Ker roula des yeux, en esquissant un sourire charmeur.
- C'est une de tes spécialités, tu te rappelles que tu m'avais dénoncé à Hadès quand j'avais trouvé le trident de Poséidon ?
- Jamais je n'avais eu droit à pareille remontrance «Tu es une déesse sous mes ordres depuis les temps anciens, un de mes bras armés, pas une idiote farceuse ! »

- Peut être aurait il pu parler, toucher deux mots à son maître de ce qu'il savait.
Il rougit d'un air gêné, ses yeux verts plus brillants que d'habitude.
-Pas ici et pas maintenant, on pourra faire ça plus tard. Elle avait tenté de l'enlacer et de l'embrasser, soit il aimait le plaisir avec sa sœur, mais pas la peine de prendre des risques supplémentaires. Pas si stupide ! Ils auraient le temps de mettre le couvert à l'abri des regards indiscrets, et l'attente rendait meilleure les plaisirs sexuels.
- Alors autre part ?
- Et après avoir récompensé comme il se doit notre chère et précieuse aide, Médée. Grâce à ses talents et son intelligence, Sorrente de la Sirène emportera ses secrets dans la tombe sans que personne ne mette le doigt dessus. Alberich se radossa nonchalamment à une colonne et sourit paisiblement une lueur de triomphe dans ses yeux verts.

- J'ai ce que vous m'avez commandé.
La magicienne avait tiré de ses robes un flacon de verre qui paraissait contenir un simple vin de paille tout à fait inoffensif, à déguster pour les rares occasions.
- Les rumeurs disent vrai, vous êtes une des femmes les plus savantes et douées, Médée.
-
Tant que vous vous montrez généreux et bon avec moi, enchaîna elle, bien consciente de jouer avec le feu, mais cela faisait partie de sa vie. « Vous êtes sans doute aussi fin que moi, serez vous fidèle à votre parole ? » Cela revenait à se faire un ennemi de cet homme et des troupes d'Hadès assurément, mais elle s'en moquait : elle n'avait nul autre maître qu'elle même.
Une bourse bien garnie teinta. La magicienne ne se priva pas pour l'ouvrir : rubis, saphirs, émeraudes, pièces d'or, deux fois plus que le prix convenu.
- Sommes nous bien d'accord que nous ne nous sommes jamais rencontrés ? Que vous vous êtes procuré la Nuit Profonde par vos propres moyens, Seigneur ?
- Bien naturellement, et que jamais je n'ai entendu parler de vous, Ma Dame. Tout ceci n'est que pure spéculation.
Elle resta impassible remettant derrière son oreille une mèche de cheveux auburn, comme si ils flirtaient ensemble.
- Inutile de rester plus longtemps ensemble, séparons nous, chuchota elle, alors qu'elle se remettait sa cape ne devenant plus qu'une ombre.

Mieux vaut que vous restiez fidèle à votre parole. Votre argent peut acheter le silence et la mort, mais vous offrira il un bouclier assez fort en cas de trahison ? L'empoisonner ou le livrer à ses ennemis était tentant si il cherchait à lui nuire. Elle n'aurait pas de scrupule à utiliser ses propres armes et le voir atrocement souffrir, elle Médée la sorcière de Colchide.


Le café n'était pas bondé de monde et avait un certain charme, une carte sympa à des prix corrects, grosso modo une perle rare dans le centre ville. Mime reprit sa seconde tasse de café noir et sans sucre, avec un plaisir non dissimulé. Addict à la caféine, cookies et les gâteaux grecs aux amandes qui lui rappelaient les kannelbullar qu'il adorait enfant.
Au moins après une bonne heure passée dans une fête foraine, il était parvenu à les convaincre de faire un tour dans un magasin vendant aussi bien livres de toutes sortes que cassettes et disques. Son après midi n'aurait pas été complètement foutu finalement .

- Vous croyez que Siegfried préférera envoyer une délégation au sanctuaire sous marin ? Ou se déplacer même en personne là bas accompagné d'une escorte ?
Mime regarda Hagen en fronçant les sourcils, fallait il vraiment reparler de ça ici et maintenant ?
- Mieux vaut attendre et observer, ça ne nous regarde pas, pour le moment du moins.
Le ton poli employé ne dissimulait pas un avertissement discret : hors de question de refoutre le sujet sensible sur le tapis, merci bien.
Le concerné préféra s'intéresser à son milk shake myrtille framboise, l'air très occupé. Bon en dehors de son caractère enflammé et passionné, fidèle à ses compagnons et à sa déesse, Hagen n'oubliait pas non plus que certaines blessures ne se refermaient pas et étaient longues à guérir.
Milo et Kanon, toujours à se chamailler et à piquer dans l'assiette de l'autre, comme deux gamins de primaire.
- Ouais, sauf que dès qu'on rentrera, on replongera dans le bain. Avec les tours de garde renforcés et l'entraînement des apprentis.
La paix risquait bien avec ce qui s'était passé de plus faire long feu, même si le pire était à envisager, ils pourraient bien se retrouver à nouveau au beau milieu d'une guerre bien plus dangereuses que les autres.
La pendule murale indiquait dix sept heures, dans la rue de plus en plus de monde commençait à sortir. Pourquoi devoir repartir si vite au sanctuaire ? Trouver encore un bon truc à faire, se dit Milo.
- On a qu'à régler la note et se balader un peu, puis revenir dénicher un endroit sympa pour dîner, avec quelque chose pour accompagner.
Malgré le ton enjoué du scorpion, le vent chaud qui se levait , Mime refusait catégoriquement de tomber dans le panneau, sa patience et sa diplomatie avaient quand même leurs limites.
Kanon lui semblait ne plus faire gaffe à grand-chose : normal vu qu'il s'était enfin acheté le nouveau roman de Feist intitulé « Krondor : la trahison » Au moins ça l'empêchait d'être aussi chiant que de coutume.

- Moi non plus je dirais pas non à ça, peut être à une bonne pizza, géante avec mozzarelle poivrons et jambon, t'as vraiment envie de jouer les rabats joie ? Quand on sait qu'en revenant on a une chance sur deux de se faire convoquer sans exception , s'entend.
Mime essaya de remettre de l'ordre dans ses cheveux blonds vénitiens ébouriffés par le vent, le visage neutre du « essaie de sortir maintenant tes arguments et tu en feras les frais à l'entraînement » Il savait ne pas se servir que de sa lyre, non de non.
- Figurez vous que ça va faire quatre heures non stop qu'on est à faire plein de choses agréables entre amis, hors du sanctuaire, sans doute, mais ça fait quand même quatre heures. Y en a qui ont peut être d'autres projets personnels, sans parler du fait que je ne tiens pas à vous trouver une fois de plus une bonne excuse en revenant. Et ça ne te ferait vraiment rien de remettre ce bouquin dans ton sac ? Tu as oublié les politesses de base ? On ne lit pas à table, il me semble.
Pris en flagrant délit de lecture assidue, Kanon étouffa un « merde détends toi un peu » avant de revenir à la réalité.
-Ouais peut être, à moins que vous ayez le projet secret de vous bourrer la gueule ?
Son grand sourire aux lèvres ne les trompait pas, il ne doutait pas trop des envies du scorpion et du lion. Il était même bien placé pour les connaître, quand un soir ils étaient revenus complètement bourrés, deux fois plus que des coings à trois heures du matin avant de s'effondrer sur les dalles du cinquième temple. Mémorable soirée où ils avaient eu du cul le lendemain, si leur ami musicien n'avait pas réussi à trouver une putain de bonne raison qui les excusait un peu, ils ne s'en seraient pas sortis à si bon compte.
- Je refuse d'être mêlé une fois de plus à vos plans foireux dont vous avez le secret. Si vous voulez rester, grand bien vous fasse.
- T'es vraiment pas marrant, Mime, tu le sais ? Soupira Hagen, me dis pas que tu vas t'enfermer chez toi avec une surdose de Chopin ou aller faire une ronde une fois de plus ?
Comme si franchement, quelqu'un pouvait nous menacer ouvertement, alors qu'on est dans un des endroits les mieux protégés ?
- Oui, répondit de façon catégorique le chevalier d'argent.
Le grec et le norvégien échangèrent un regard amusé. Sacrée foutue tête de mule, un peu trop coincée. Trouver un truc pour alléger l'atmosphère fissa.
- On t'a pas dit ? J'ai bien peur que ton café soit empoisonné, le serveur avait l'air louche. A moins que ce soit un truc dans le gâteau, enfin peut être je me trompe.

- Si tu te trompes, tu ferais mieux de fermer ta grande gueule, Milo !
La voix de Kanon était devenue cinglante et dure.
- Ce n'était qu'une petite plaisanterie, tenta de tempérer le lion.
Y avait comme eu un vent glacé qui s'était mis à souffler.
- Sans déconner , une plaisanterie ? Comme de parler des plans de notre si sage grand pope ? C'est quoi la suite : des suppositions sur les noms de ceux qui s'y colleront ?! Excellente idée, faites le bordel !
Moi, je me casse, j'étais venu pour me détendre un peu.
Il refourra son livre dans sa poche et se leva avec une telle brusquerie que la chaise tomba au sol.
- Tu crois vraiment que c'est la solution idéale ? Que ça fera bouger les choses d'être remonté comme ça ?
Mime affronta le regard noir de son ami, il avait déjà connu pire, depuis toutes ces années qu'il le connaissait. Mais vu comme c'était parti, il aurait grand peine à le raisonner, et jugea plus sage de le laisser partir.
- Me fais pas rire, ça te connaît aussi ce genre de trucs !
Merveilleux, franchement. Son départ les avait laissés surpris et embarrassés. Milo joua nerveusement avec les billets qu'il venait de sortir de sa poche, et semblait éprouver du remords.
-Et maintenant, que fait on ? Demanda timidement Hagen.
- Rien, un conseil : autant parler le moins possible de ce sujet. Quelque chose me dit que malheureusement, on pas fini avec ça, que c'est que le commencement.
- J'avais vraiment pas l'intention de mettre le doigt sur la plaie, marmonna Milo.
Le chevalier de la lyre repoussa avec un soupir son verre. Évidemment, mais le dernier événement en date avait fait sortir de l'ombre des souvenirs douloureux.


La décoration de l' appartement du troisième temple était quelque peu fanée. La peinture des murs commençait à s'écailler, les photos encadrées recouvertes d'une épaisse couche de poussière. Un bon coup de pinceau aurait pas été de trop, mais ça paraissait inutile.
Sur la table basse déjà couverte de mugs d'emballages de toutes sortes, Kanon avait déposé ses cartes et essayait de finir cette réussite, où était ce putain d'as de trèfle ?
Le salon aurait eu besoin d'un bon coup de balai, et d'un peu de rangement. Mais plus personne n'irait se plaindre du fourbi qui y régnait, encore moins dans la cuisine où l'évier débordait d'une vaisselle de deux jours et les miettes constellaient le plan de travail.
Il avait enfilé un T shirt et un vieux jean dans lequel il était particulièrement à l'aise. Seul, c'est tout ce dont il avait besoin, du moins en était il convaincu.
Une ombre sur le sol le ramena sur le qui vive. C'était trop demander qu'on lui foute la paix ?
-Tu peux vraiment pas te passer de moi, pas vrai ?

Mime, il avait rien trouvé de mieux à faire que de débarquer sans prévenir, alors qu'il était vingt et une heures passées. Habituellement, il était pas du genre à quitter ses appartement à cette heure.
- Pas quand tu risques d'ajouter du noir à broyer à ton moulin.
- Sans déconner ? T'as décidé de m'offrir une séance de psychanalyse, trop aimable de ta part !

Le grec se redressa plus renfrogné que jamais. D'un geste rageur il écrasa la canette avant d'envoyer les cartes voler en l'air.
- Arrête d'être dans le déni. Ça ne vas pas t'aider et tu le sais. Ce serait plutôt de régler tes comptes avec le concerné.
Mime le laissa seul deux secondes, le temps de piocher un truc dans le frigo. Coup de chance, il y avait encore deux bouteille de bière. Elles ne valaient pas les Oppigårds, mais c'était mieux que rien. Ils étaient pas doués pour les bières de qualité en Grèce. Vu les circonstances, ça s'imposait.
- Et après tu me fais un foin quand je te vide tes paquets de cookies, tu te fais pas chier, parvînt à sourire Kanon.

Pour peu, Mime aurait pensé qu'il réussirait à mettre son agressivité de côté, mais ça l'aurait foutrement surpris.
- Même pas de questions ? Tu me demandes pas de m'allonger ? Qu'est ce qui t'arrive, Jung et Freud seraient déçus, franchement !

Le chevalier de la lyre haussa les épaules.

- Arrête, le déni je connais ça. Tu es même très bien placé pour le savoir, non ? C'est pas le meilleur des boucliers.
Plus sérieux que d'habitude, les yeux brillant de compréhension et d'inquiétude, jambes décroisées.

Le déni… Un sentiment qui l'avait longtemps très longtemps accompagné, comme la rancœur.
Pendant des années Mime avait grandi avec son père adoptif, sans jamais connaître la vérité, ou accepter les faits.
C'était si simple de le trouver injuste, sévère et souvent prêt à reprendre sa conduite. A lui en demander davantage et ne pas lui accorder le seul menu réconfort de pouvoir un peu plus jouer de la musique. Les choses s'étaient aggravées quand il avait découvert ce médaillon, le ton était monté plus vite que l'éclair. Il l'avait traité de tous les noms possible : assassin, lâche, ordure et il en passait. Il lui avait craché au visage qu'il aurait bien aimé qu'il crève le plus tôt possible et que c'était tout ce que ce fumier méritait.
Se prendre une paire de gifles et avoir été renvoyé dans sa chambre, froide n'avait fait qu'accroître sa rage. Le gamin de huit ans n'était pas en mesure de faire grand-chose encore moins de blesser sérieusement un adulte. Ça ne l'empêchait pas d'avoir une raison supplémentaire de détester cet homme.
Jusqu'à ce qu'il apprenne qu'il avait été tué dans une bataille. Qu'il avait été gravement blessé et ses blessures étaient fatales, mais que ses derniers mots avaient été pour lui. « Même si je ne suis plus de ce monde, je veillerai sur toi, mon fils »
Il avait catégoriquement refusé d'admettre longtemps sa culpabilité, de croire cette phrase. Car ça revenait à accepter qu'il avait fait erreur pendant tant d'années et que Folken s'était vraiment occupé de lui, avait eu de l'amour pour lui. L'avait pris sous son aile et croyait en lui et ses capacités.
Ça l'avait soulagé de quitter la Scandinavie, il ne pourrait plus ressasser le passé, il pouvait être celui qu'il voulait et laisser ce merdier monstre derrière lui. Erreur, grosse erreur ! Sa culpabilité avait continué à le tarauder, encore plus quand il avait appris qu'il aurait pu mourir dans le froid ou de la lame d'une épée.
Aujourd'hui encore, il se demandait comment il était parvenu à enfermer ces ressentiments et faire comme si de rien était que la situation ne le faisait pas le moins du monde souffrir.

Quand on y repensait un peu plus, c'était peut être ça qui avait rapproché deux garçons très différents avec huit ans de différence et de nationalité opposée.
Parce qu'ils se comprenaient sans aucun problème et ne se jugeaient pas pour ce qui s'était passé. Parce qu'ils connaissaient la douleur que procurait la solitude, le déni et le sentiment de fausse sécurité en se voilant la face à grands coups de mensonges auxquels ils croyaient dur comme fer pour ne pas sombrer.
- Ça te connaît, marmonna Kanon qui avala une longue gorgée.
Silence.
- T'aimes ça sortir les vieux dossiers poussiéreux, croire que tout va s'arranger avec le temps, pas vrai ? Mais t'es pas à ma place, qu'est ce que tu peux y comprendre ?
- C'est vrai, je n'ai pas de frère contrairement à toi, ce genre de relations c'est pas mon rayon. Mais faut être lucide : quand on est aussi proches, c'est encore plus douloureux.
J'ai quand même connu ça avec mon père, ajouta il dans un souffle mal à l'aise. J'avais que lui, et il s'est occupé de moi du mieux qu'il a pu. Et… j'ai voulu qu'il crève, je l'ai tellement voulu, tout était de sa faute… Y avait que la fureur. Alors oui, acheva il, je peux comprendre.
Tous deux se dévisagèrent avec agacement, ce bras de fer visuel pourrait durer longtemps, ni l'un ni l'autre n'était décidé à abandonner ses positions.
- A la différence que toi, tu peux plus rien lui dire, les morts ne parlent pas.
Mime reposa sa bouteille sur la table, la réflexion ne l'atteignait pas, ce n'était qu'un fait concret et réel.
- Laisse moi te dire une bonne chose : Je me contrefous de ce que nous sortira Siegfried, de sa décision mûrement réfléchie, je m'en branle totalement. Je ferais pas le moindre petit effort pour faire des ronds de jambes et des révérences aux généraux de Poséidon ! Ni un franc six sous de courtoisie, même si ils ont perdu un des leurs ! Qu'il se démerde, qu'il dise ce qu'il veuille mais c'est sûrement pas moi qui irait jouer les hôtes modèles ! Ils pourront toujours aller se faire foutre !

Le visage de Kanon s'était crispé sous l'effet de la colère qui se décidait enfin à sortir de sa cachette, à s'enflammer aussi sûrement que leurs cosmos lors des batailles.
Son expression de colère se mélangeait à de la douleur et de la tristesse qui amenait la même douleur chez ses interlocuteurs.
- Tu t'attends à ce que le dieu des mers envoie comme émissaire la personne que tu as le moins envie de revoir ? Parce que c'est celui qui a le plus de prestige et de bon sens à ses yeux ?
- Exactement. Ça ne le dérangerait pas cet enfoiré d'obéir bien gentiment aux ordres de son maître adoré, de jouer les généraux modèles au Sanctuaire, ça dissimule bien le fait de ne rien avoir à foutre de sa famille !
De préférer la facilité et de se casser sans donner de raisons valables. Ça dérange pas de laisser te démerder seul au beau milieu d'une situation critique et de pas vouloir faire face à deux.
Bien sûr qui irait hésiter quand on lui offre sur un plateau une armure et des responsabilités, qu'on vous prend au sérieux ?

La rancœur et la colère étaient presque à deux doigts de de se répandre comme du magma incandescent dans la salle.
Prudent, Mime le laissait cracher sa rage et son mépris sans faire un seul commentaire. Être présent et se contenter d'écouter ça aiderait beaucoup plus.
Même si il connaissait comme beaucoup d'autres cette maudite et triste histoire. Personne avait vu venir ce qui s'était passé, ou plutôt les proportions alarmantes que ça avait pris.
Il se souvenait parfaitement de tout ce qui s'était passé même si il n'avait que huit ans et venait d'arriver tout comme Hagen au Sanctuaire.

Saga était celui que tout le monde pressentait être le chevalier d'or des gémeaux de leur génération , il avait tout pour ça : fort et puissant, intelligent, gentil patient et d'une bonté infinie…
Mais aussi quelqu'un de miné et atteint par les sarcasmes et les remarques provocantes de son jumeau. Quelqu'un qui refusait d'admettre que le même mal imprévisible et sournois était tapi au plus profond de son cœur. Qu'il n'était pas si différent de Kanon qui ne s'était jamais caché de ses plans et de son envie de mettre à la place du sanctuaire les bonnes personnes.
Comme si ça n'avait pas vraiment suffi, Shion avait choisi en toute honnêteté de ne pas faire de lui son successeur. Qu'en dépit de toutes ses qualités, il lui manquait quelque chose, et qu'il y avait en lui quelque chose de dangereux, terrifiant même. Tout le monde chuchotait sur lui, les rumeurs étaient allées bon train, ce qui avait accentué son incompréhension et sa frustration.
Une grande partie des arènes avait été détruite par une galaxian explosion, des baraquements avaient failli y passer aussi. Il n'en éprouvait aucun remords, il se foutait bien qu'on le traite de monstre, c'était déjà le cas . Ou était il encore capable de faire appel à toute sa raison, de ne pas écouter cet autre lui qui lui chuchotait de ne pas en rester là ?

Et il n'en était pas resté là en effet. Il avait tenté de tuer Athéna qui venait de ressusciter avec une dague en or, de se débarrasser d'elle. Un combat de mille jours entre Siegfried et lui avait failli éclater, évité de justesse que par un bon droit dans la mâchoire que lui avait balancé Kanon incrédule.
C'était quand même pas possible, c'était pas vrai, ça pouvait pas être la vérité ! Il n'avait toujours sorti ça que pour faire enrager son grand frère, le pousser dans ses retranchements, parce qu'il en avait sa claque de le voir avoir toute la gloire et lui, rien .

Avait il vraiment foutu à ce point la merde ? Était ce vraiment de sa faute ou y avait il quelque chose de plus grave là dessous dont il n'était guère responsable?

Non sans difficulté Shion Siegfried et Kanon avaient réussi à maitriser un Saga plus dangereux qu'Arès et dont les cheveux avaient pris une inquiétante couleur grise, comme ses yeux qui avaient changé de couleur aussi.
Finalement Shion avait avoué que ce qui se passait était de sa faute : il y a treize ans de cela, quand il les avait trouvés, deux nourrissons innocents dans le temple des gémeaux, il y avait un troisième bébé.
Il avait perçu quelque chose de sournois en ce bébé mais n'avait pas pu en dépit des avertissements de la balance se résoudre à le tuer. Bien mal lui en avait pris, il s'était retrouvé évanoui, plus rien ne restait de cet être surnaturel… Parce qu'il avait totalement pris possession du corps et de l'esprit de Saga. Si ils n'avaient pas eu la bonne idée d'utiliser le bouclier de la justice, qui sait comment les choses se seraient achevées.
Ça avait sans doute fait revenir les choses à la normale et ce parasite s'était barré, miracle !
La situation n'était pas redevenue celle qu'elle était. Saga avait reproché à Shion de lui avoir menti tout ce temps, de n'avoir été qu'un simple instrument, un pion dans leur jeu.
Il avait perdu toute confiance en eux et ne démordait pas du fait que plus personne ne voudrait le voir revêtir l'armure d'or des gémeaux. Que ce serait le dernier des connards à cause de ce qu'il avait osé faire. Pendant tout ce temps, il avait vraiment cru donner un sens à sa vie, qu'on reconnaisse ses qualités, mais qu'en fait tous s'étaient montré hypocrites envers lui. Tous sans exception, plus jamais il n'écouterait leurs mensonges, avait il dit glacial à un Shion interdit.
Que son frère devait être ravi, il n'était pas la Cassandre de service, finalement. Que Kanon avait peut être eu plus d'empathie et qu'il aurait peut être plaisir à être à sa place le nouveau chevalier d'or des gémeaux.
Une semaine plus tard, Saga avait retrouvé le trident de Poséidon grâce à son talent pour ouvrir les dimensions. Un passage au sanctuaire sous marin, non loin du Cap Sounion, le sceau d'Athéna rompu. Une petite discussion avec le frère de Zeus et l'oncle d'Athéna, bonheur, une chance offerte pour ses grands services rendus.
Les écailles du Dragon des Mers, et le poste de commandant en chef des armées de Poséidon, accueilli à bras ouverts. Cette histoire se finissait vraiment en queue de poisson, sans mauvais jeux de mots.


- Cet enfoiré, il ferait vraiment mieux d'utiliser le bon sens dont il est si fier pour pas venir se pointer tout sourire devant moi. Parce que moi, je ne lui pardonnerai pas, rien !

Il éclata d'un rire sans joie, les mains crispées sur sa bouteille vide qu'il serrait à s'en faire mal.

Il a jamais rien eu à foutre de moi, pourquoi ça changerait maintenant ?

Merde, continua il d'une voix rauque, comprenant enfin quelque chose. C'est sans doute pour ça que toi et moi on est devenus amis, ses yeux verts s'étaient voilés d'une profonde tristesse, toute trace de colère se dissipait, comme si l'orage était remplacé par une averse.
-Pourquoi crois tu cela ? Mime fronça les sourcils mais le laissa aller au bout de sa pensée même si il était parfaitement conscient de ce fait.

- Vous vous ressemblez sur pas mal de points, l'un comme l'autre, ça saute pas aux yeux mais ça se remarque.
Il y avait des traces humides sur les joues de Kanon qui n'y prêtait pas attention, une voix tremblante, comme ses épaules.

- Votre sérénité, votre côté facile à vivre, ce petit charme qui vous entoure et qui attire aisément les autres. Comme le fait de dissimuler vos pouvoirs et vos capacités.
Sans parler de… Même physiquement tu lui ressembles ! Tu peux pas le nier, et parler de coïncidence ! En dehors de la couleur de cheveux et des yeux, on pourrait presque penser à un air de famille.
Silence. Juste des larmes qui s'écrasaient sur la table basse et sur un T shirt.
Tu sais quoi, reprit le plus âgé en le regardant bien en face pour une fois, les yeux brillants de sérieux et de douleur. C'est sans doute à cause de ça qu'on s'entend aussi bien en plus de plein d'autres trucs, Mime. Parce que j'étais tellement déboussolé, tellement triste et impuissant face à la situation que j'ai fini par faire un transfert. Pour oublier ce qui se passait, pour rester en vie et faire ce qu'on attendait de moi, admettre que même avec la meilleure volonté du monde, tous mes efforts, Saga m'avait tourné le dos sans faire de différence.
Comment n'avait il pas pu s'en rendre compte plus tôt ? Pourquoi même en croyant avoir dépassé tout ça, ça lui revenait en pleine gueule ? Et cela faisait aussi mal ?
- Tu dois te sentir mieux, d'avoir eu ce déclic ?

- Pas vraiment.
Ou juste un peu, réalisa Kanon en essayant de reprendre son souffle, sans repousser la main qui s'était posée sur son épaule.
- Kanon ?

- Mmh ?

- Ça ennuie beaucoup si je te prends le canapé cette nuit ? Je n'ai pas pitié de toi, ce n'est pas mon truc. Mais j'aime pas voir des amis être dans un tel gouffre sans chercher une solution. Crois pas que tu te débarrasserais si facilement de moi. Je sais être chiant quand je veux moi aussi.
Un sourire amusé sur ses lèvres, Mime le vit hocher la tête.
-On a encore le temps de faire une partie d'échecs ?
-A dix heures et demie du soir ? Alors qu'on ferait mieux de se reposer ?
-Quoi ? C'est pas comme si c'était un truc que tu détestes, comme la musique de Gold ou d'Aqua.
Ah non pas ça, vraiment hors de question, entre Capitaine Abandonné, Plus près des étoiles, Laissez nous chanter, ou cette niaiserie de Barbie girl que tout le monde adorait chanter, le choix était vite fait !

Marmonnement incompréhensible. Entre ça et le dîner pris sur le pouce, même pas le temps de travailler sa nouvelle mélodie et la forte probabilité d'une longue réunion demain, il pouvait attendre longtemps son moment peinard. Il l'aurait à la Saint Glinglin c'est sûr.
- Bon, où as tu encore été foutre cet échiquier ?


Le lendemain, la décision ne s'était pas faite attendre, et était prévisible : Sigefried avait décidé de convier Poséidon et ses émissaires au Sanctuaire pour leur témoigner leur compassion et la solidité de leur alliances. Seraient aussi présent des émissaires d'Hadès, eux aussi conscients de l'horrible perte essuyée.
Ça allait faire pas mal de monde et de sacrés banquets à organiser, des pièces à retaper et à rendre magnifiques. Mais aussi des étrangers à surveiller, rien ne garantissait que tous observeraient scrupuleusement la paix prescrite. Surtout quand les Spectres d'Hadès commençaient à se rassembler et que dans peu de temps le sceau perdrait de sa puissance.
Alors à ce moment, le jeu des dieux commencerait, plus impitoyable que jamais. Ils risqueraient probablement de se retrouver à se défendre et à envoyer leurs agents doubles, rassembler leurs forces, pour faire face.
Mime Hagen Milo et Kanon étaient restés silencieux au moment du déjeuner. Le scorpion et le gémeaux s'étaient excusés, même si leur collègue de la lyre les y avait un peu obligés. Ils n'avaient même pas fait de supposition ou commenté la nouvelle sur ce qui les attendait, inutile.
Tous savaient quelque chose qui s'était maintes et maintes fois vérifié dans le passé : Quand on jouait au jeu de pouvoir divin, il fallait gagner, ou mourir. Il n'y avait pas d'autre alternative.

Fin