Bonjour mes choux à la crème ! J'espère que votre week-end a été doux et que vous avez pu célébrer les mamans de votre vie, si elles étaient près de vous. Voici un chapitre de plus, long cette fois ! Dites-moi si cette histoire continue à vous plaire, ou bien s'il y a des choses que vous n'appréciez pas, toute critique est bonne à prendre tant qu'elle est constructive :)
Situation : dans la continuité du chapitre précédent
PS : désolée pour les fautes, enjoy ! :)
-Nana ? Je peux entrer ? Demanda la voix délicate de Cheryl après avoir toqué discrètement à la porte des quartiers de Rose.
Elle attendit un instant avant d'entendre la voix étouffée de sa grand-mère lui parvenir.
-Oui, ma jolie poupée ! Répondit l'aînée des Blossom.
La jeune rousse pénétra dans la pièce éclairée chaleureusement par la lumière du soleil levant. Nana était installée sur un fauteuil ancien, près de la fenêtre, et leva les yeux de son point de croix. Elle avait revêtu une robe de chambre en satin sur sa chemise de nuit, qui lui donnait des airs de reine d'un autre temps.
Un sourire doux prit naissance sur son visage lorsqu'elle vit sa petite fille s'avancer vers elle. Elle posa son travail et invita Cheryl à s'asseoir sur le fauteuil qui faisait face au sien. La jeune rousse s'exécuta sans rechigner.
-Tout va bien, ma beauté ? La questionna gentiment Rose avec intérêt.
Elle n'avait pas l'habitude de recevoir la visite de sa petite-fille de si bonne heure, alors elle se doutait qu'elle avait quelque chose à lui dire.
Cheryl laissa son regard se perdre un moment dans la contemplation du jardin plein de couleurs. Elle ne se lassait jamais d'observer la nature et de la découvrir chaque jour plus éblouissante encore que la veille.
-Oui, oui… une-une camarade de classe a dormi ici cette nuit. Je pense que passer quelque temps à Thornhill lui ferait le plus grand bien. Est-ce que… est-ce que tu serais d'accord pour que nous l'accueillions ? L'interrogea Cheryl avec timidité.
La jeune rousse n'avait pas le cœur à mentir à sa grand-mère. Elle la portait bien trop dans son estime pour se permettre de lui cacher la vérité derrière un tissu d'histoires alambiquées.
La question de Cheryl surprit l'aînée des Blossom, qui esquissa un léger mouvement de recul dans son siège. Voilà une demande hautement inattendue, car sa petite-fille n'invitait presque jamais personne à passer du temps au manoir, et encore moins plusieurs jours. Elle s'étonna de sa requête et tenta de cacher sa surprise et sa curiosité derrière un sourire bienveillant.
-Bien sûr que je suis d'accord ! Comment s'appelle cette jeune demoiselle ?
Cheryl passa une main distraite dans ses cheveux puis laissa ses doigts jouer rêveusement avec son antenne. Rose la connaissait bien assez pour savoir qu'elle faisait cela lorsqu'elle tentait de cacher à quel point une situation l'affectait. Ce que Nana ne s'expliquait pas, par contre, c'était pourquoi Cheryl agissait de la sorte.
-Elle s'appelle Antoinette. Elle… elle vient de Southside High. Avoua-t-elle alors en soupirant.
Rose comprit mieux son comportement inhabituel. La jeune rousse avait certainement peur que sa grand-mère n'approuve pas la présence d'une fille du sud dans leur maison.
Nana posa une main rassurante sur le genou de Cheryl et pressa tendrement sa peau à travers son pantalon clair.
-Ma douce, tu sais bien que cela ne me pose aucun problème qu'elle vienne du sud. Tant que c'est ton amie et qu'elle se comporte convenablement avec toi, je suis partante ! S'enthousiasma-t-elle et elle vit Cheryl se détendre face à son aveu.
Cette dernière acquiesça et lui offrit alors un sourire empli de remerciement et de reconnaissance.
-Tu n'as plus qu'à avertir ta mère à présent. Annonça Rose, une lueur espiègle brûlant dans ses prunelles.
Cheryl soupira en levant les yeux au ciel, mais Nana vit qu'elle était néanmoins soulagée et visiblement amusée par leur petite discussion.
-Si je la croise… de toute façon, ton avis m'importait plus que le sien, donc tout va bien. Confia-t-elle à sa grand-mère avec amour.
Nana sentit son cœur enfler, comme à chaque fois que Cheryl lui prouvait à quel point elle tenait à elle. Elle l'avait élevée après tout, alors son attachement n'était pas surprenant, mais tout de même. Une preuve d'affection était toujours la bienvenue dans le quotidien morne de Rose Blossom.
La jeune rousse reporta son attention sur sa montre et se rendit compte que la matinée était déjà bien avancée. Elle salua sa grand-mère, déposa un baiser sur son front et quitta la pièce.
Elle retourna dans sa chambre, pile à temps pour découvrir une Toni toute apprêtée pour la journée. Elle portait un jean noir et troué, un haut moulant d'un jaune lumineux et sa veste en cuir. Cheryl la considéra un moment en silence, prit conscience de sa tenue et apprécia le style de Toni, un sourire distrait dansant sur ses lèvres. Elle n'aurait jamais porté des vêtements pareils mais elle devait avouer qu'ils allaient merveilleusement bien à la fille aux cheveux roses.
Elle laissa son regard glisser dans celui, amusé et intrigué, de Toni. Cette dernière avait vu Cheryl en train de la dévorer de ses prunelles curieuses et ne pouvait pas vraiment se cacher la douce sensation qui avait fleuri dans le creux de son ventre.
Cheryl se mit à rougir furieusement, comprenant qu'elle avait été prise en flagrant délit de contemplation, et se mordilla la lèvre pour empêcher un sourire gêné de grandir sur sa bouche charnue.
-Tu es prête à descendre déjeuner ? Demanda la rousse, pour détourner l'attention de son visage empourpré et de son air troublé.
Toni acquiesça sans un mot, son sourire espiègle dansant toujours sur ses lèvres.
Elles prirent la direction du grand escalier central, la jeune Topaz suivant diligemment son hôte car elle avait peur de se perdre dans ce dédale de couloirs.
La rousse s'immobilisa brusquement en haut de l'escalier et fit volte-face, un doigt pointé vers Toni. Cette dernière fut surprise par son arrêt inattendu, si bien qu'elle entra en contact avec l'index de Cheryl, qui s'enfonça mollement dans le tissu de son haut.
Elles baissèrent toutes deux les yeux vers la main de la jeune Blossom, qui écarta précipitamment son bras du corps de Toni, ses joues prenant encore une fois une teinte rosée.
-Hum… Je voulais juste te prévenir que j'ai menti à mon frère. Quand il est venu me- enfin nous réveiller ce matin, je lui ai dit que tes parents étaient en déplacement à l'étranger pour leur travail, parce que… je ne savais pas si tu m'autorisais à lui raconter la vérité. Expliqua-t-elle, embarrassée de ne pas avoir eu l'occasion d'en parler à Toni au préalable.
Le plus minuscule des sourires s'épanouit sur la bouche de la jeune Topaz. Pourquoi est-ce que Cheryl était tant aux petits soins avec elle, alors que le peu de fois où elles avaient interagi, elle ne s'était pas montrée très aimable envers elle ? La rousse était pleine d'une bonté incommensurable, un vrai don du ciel.
-Aucun problème Cheryl, de toute façon… tu n'es même pas au courant de ce qui m'est réellement arrivé hier, donc tu avais tout le droit du monde de mentir. La tranquillisa-t-elle.
La jeune Blossom soupira, soulagée que son invitée ne soit pas vexée.
-D'accord, tu me rassures… Et… tu sais que tu n'as pas à justifier ta présence ici et que tu peux rester avec nous aussi longtemps qu'il te plaira – si j'ai l'accord de mes parents. Tu es la bienvenue et je ne te demanderai pas de me rendre des comptes. Lui assura-t-elle avec un sourire bienveillant.
Toni n'en revenait pas. Elle resta sans voix face à l'hospitalité de Cheryl, à sa douceur éblouissante, à sa gentillesse rayonnante. Toutes ses qualités délicates l'éclaboussèrent et l'aveuglèrent un moment. Elle retrouva vite le fil de sa pensée, mais laissa se perdre sur sa peau l'agréable sensation que la rousse tenait à sa sécurité.
-C'est vraiment très généreux de ta part… Je ne voudrais pas abuser, honnêtement, mais… je vais certainement devoir accepter ton offre, au moins pour quelques nuits de plus. S'excusa-t-elle à mi-mots, honteuse.
Elle n'aimait pas cette situation de vie précaire dans laquelle elle se trouvait engluée, car elle était forcée d'improviser jour après jour, sans savoir à quoi ses lendemains ressembleraient. Elle s'épuisait à vue d'œil, alors l'accueil chaleureux de Cheryl était une inspiration bienvenue dans son quotidien chaotique.
Elle savait qu'elle finirait par expliquer à la rousse les raisons qui l'avaient poussée à quitter précipitamment son domicile, parce qu'elle se sentait obligée de se justifier. Elle avait compris que Cheryl ne la forcerait pas, mais elle lui devait bien la vérité, après tous les efforts que la rousse faisait pour elle. Elle n'avait pas d'argent à lui donner, alors elle espérait que ses confidences suffiraient à couvrir le dérangement inopportun que sa présence représentait.
-J'espère croiser au moins un de mes parents ce matin pour m'assurer qu'ils acceptent que nous t'hébergions, mais une fois leur accord en poche, tu restes aussi longtemps que tu le souhaites ! Lui annonça-t-elle d'un ton joyeux.
Toni ne put réprimer un sourire face à la bonne humeur communicative de la rousse. Décidément, le visage poupin et l'âme céleste de Cheryl égayaient de bon matin l'esprit de la jeune fille aux cheveux roses. Et elle fut étonnée d'apprécier autant la compagnie de celle dont elle savait si peu, mais qui, pour sûr, était aux antipodes de toutes les personnes qu'elle avait l'habitude de côtoyer.
-D'accord, merci infiniment Cheryl. Lui répondit-elle avec sincérité.
La jeune Blossom sourit, vaguement gênée, et balaya la remarque de Toni d'un geste de la main, comme si elle n'avait pas besoin de la remercier de lui offrir un toit.
Elles descendirent le grand escalier et se dirigèrent en silence jusqu'à la cuisine. Cheryl se figea une seconde au seuil de la pièce et Toni observa son corps se raidir. La jeune Topaz fronça les sourcils et porta son regard dans la direction de celui de la rousse. Elle constata qu'une femme se trouvait là, visiblement affairée à se préparer une tasse de thé. Toni comprit rapidement qu'il s'agissait de la mère de Cheryl, car elle lui ressemblait vaguement.
-Bonjour mère. La salua poliment la jeune rousse, en s'approchant de Penelope.
Cette dernière reporta un bref instant son attention sur sa fille, si brièvement que Toni eut à peine le temps de contempler son visage. La jeune Topaz n'eut même pas l'occasion de croiser le regard de Penelope, qui semblait vouloir fuir cette situation et éviter à tout prix de faire la conversation à sa fille.
-Bonjour Cheryl. Répondit-elle platement, pas l'ombre d'une émotion dans sa voix.
-Je te présente Antoinette, c'est une camarade de classe. Annonça la jeune rousse solennellement.
Toni ne savait plus où se mettre et n'osa rien dire. Elle se sentait hautement mal à l'aise face à la froideur inhospitalière de Penelope, qui contrastait tant avec la chaleur accueillante qui émanait toujours de Cheryl.
La mère de la jeune rousse finit par poser un court instant son regard désintéressé sur Toni, qui lui offrit un sourire timide, puis elle détourna les yeux, sans même lui rendre son sourire ou la saluer. Elle ne prit pas la peine de répondre à sa fille et continua simplement sa tâche, remuant en silence son infuseur à thé dans sa tasse.
-Ses parents sont en déplacement pour leur travail, donc je comptais l'inviter à passer quelques jours ici si tu es d'ac-
-Organise-toi comme tu veux, Cheryl, tant qu'elle n'a pas une mauvaise influence sur ton travail. La prévint Penelope en lui coupant ouvertement la parole.
Elle ponctua sa phrase d'un soupir épuisé et fixa Toni un court moment, avec sérieux. La jeune fille aux cheveux roses avala difficilement sa salive sous le regard glacial de Penelope.
-Non, elle est aussi studieuse que moi. Assura Cheryl, ce qui surprit Toni car elles n'étaient pas assez proches pour que la rousse connaisse une information pareille à son sujet.
Penelope récupéra sa tasse dans ses mains et se dirigea vers l'entrée de la pièce, d'une démarche à la fois rigide et pressée.
-Bien, c'est réglé dans ce cas. Conclut-elle, avant de sortir de la cuisine.
Elle laissa les deux lycéennes dans un silence lourd et inconfortable. Toni sentit un frisson la parcourir, avant qu'elle ne jette un coup d'œil en direction de Cheryl, qui la contemplait avec bienveillance et ce sourire solaire qui réchauffait toujours le cœur de son invitée. La jeune Topaz papillonna des paupières, pour se remettre de cette étrange rencontre.
-Tu as entendu ma mère, tu es ici chez toi à présent ! S'extasia-t-elle, un brin d'excitation dans sa voix chantante.
Toni acquiesça, toujours à court de mots. Cheryl se saisit subitement de sa main et la conduisit vers la table de la cuisine, couverte d'assiettes pleines de nourriture. La jeune fille aux cheveux roses écarquilla les yeux quand elle remarqua la quantité astronomique de plats face à elles. Il y avait l'embarras du choix : des pancakes, des tartines grillées, déjà beurrées et couvertes de confiture, des fruits frais à croquer ou bien en salade, des œufs à la coque, et encore un millier d'autres choses.
Toni entendit vaguement son ventre gargouiller, ce qui fit glousser Cheryl. Mais elle ne prêta pas attention à son estomac, trop abasourdie par la table du petit-déjeuner.
-Tes parents ont cuisiné tout ça ? S'étrangla-t-elle en se posant sur une chaise.
Cheryl leva les yeux au ciel, une moue de dégoût sur ses lèvres fines.
-Non, ils ne se sont jamais souciés de mon petit-déjeuner. C'est Olivier, notre cuisinier, qui a préparé ces merveilles. S'extasia-t-elle, les mains sur le cœur.
Toni ouvrit grand la bouche, stupéfaite. En plus de vivre dans un manoir, ils avaient leur propre cuisinier. Elle n'avait jamais cru possible que quelqu'un qui partage sa classe puisse évoluer dans un univers aussi drastiquement différent du sien. Apparemment, elle s'était trompée.
-Oh. Je vois. Répondit-elle simplement, trop médusée pour dire quoi que ce soit d'autre.
Elle espéra secrètement que sa réaction laconique passerait pour du désintérêt et non pour ce qu'elle était vraiment – un choc total.
-J'ai prévenu Olivier que ton amie resterait avec nous, pour qu'il la compte lors de la préparation des repas. Annonça Jason en pénétrant dans la pièce.
Les deux jeunes filles levèrent la tête vers lui et un sourire solaire s'épanouit sur la bouche de Cheryl.
-Oh merci Jay-Jay ! C'est gentil de t'en être occupé. Le remercia-t-elle chaudement.
Le roux acquiesça simplement avant de venir les rejoindre à la grande table. Il s'installa à côté de sa sœur et observa discrètement et curieusement Toni, assise face à Cheryl.
Elle ne ressemblait pas aux personnes avec lesquelles la jeune Blossom avait l'habitude de socialiser. Il y avait chez elle quelque chose de plus brut et de plus intense. Jason n'arrivait pas vraiment à nommer ce que la fille aux cheveux roses lui faisait ressentir, mais il avait à la fois envie de se méfier et de discuter avec elle. Ses sentiments brouillés et contradictoires lui déplaisaient fortement, alors il secoua la tête pour essayer de les chasser.
-Toni, veux-tu que je demande à Evelyn de te préparer une chambre, puisque tu vas rester plus longtemps ? La questionna Cheryl en finissant sa bouchée de pancakes.
La jeune Topaz releva son visage délicat vers sa camarade et fronça les sourcils.
-Evelyn ?
-Oui, c'est l'une de nos deux gouvernantes. Elle s'occupe du manoir, alors que Maribel prend surtout soin de Nana Rose. Confia Cheryl en portant son regard sur son frère qui acquiesça.
Toni se trouva complètement perdue face à cette conversation. Pour commencer, elle apprenait qu'en plus d'un cuisinier, la famille des jumeaux avait embauché des gouvernantes. Elle ignorait également qu'une autre personne vivait avec Cheryl, son frère et ses parents. Elle allait de surprise en surprise en cette fraîche matinée, et elle ne savait pas combien de petites bombes richement couvertes d'or et de diamants elle allait pouvoir encore accepter avant d'exploser. Elle avait sous-estimé la fortune des Blossom qui l'éclaboussait à présent douloureusement et lui rappelait qu'elle ne valait pas un sou.
-Toni ? S'inquiéta la rousse, face au silence de la fille aux cheveux roses et son air abasourdi.
La jeune Topaz secoua la tête pour s'éclaircir l'esprit et faire disparaître ses pauvres pensées.
-Euh, oui, pardon, je… non, ce n'est pas la peine de me préparer une chambre, je ne veux pas importuner Evelyn… enfin sauf si tu préfères que je ne reste pas dans la tienne. S'empressa-t-elle de répondre.
Cheryl haussa les épaules, une expression flegmatique dansant sur ses traits fins.
-Elle se fera un plaisir de t'aménager un petit cocon si tu le souhaites, ne t'inquiète pas pour ça. Mais c'est toi qui vois, ça ne me dérange pas que tu restes avec moi. La prévint-elle avec un sourire affable, comme elle en avait si bien le secret.
-D'accord, tant mieux. Si je m'installe trop bien, je ne voudrai plus partir et ce n'est pas le but de ce petit séjour ! S'exclama-t-elle dans un éclat de rire un brin gêné.
Elle n'avait pas l'habitude d'être accueillie à bras ouverts chez des gens qui vivaient très clairement au-dessus de ses moyens, alors elle essayait tant bien que mal de ne pas se sentir trop à l'aise dans cette situation temporaire.
-Nous ne te mettrons pas à la porte si tu as besoin d'un toit, tu sais. La rassura Jason avec un sourire tout aussi tendre que celui de sa sœur.
C'en était presque trop. Leur gentillesse l'aveuglait à présent et elle ne trouvait plus ses mots, alors elle se contenta d'un « merci » étranglé, avant de replonger tête la première dans son petit-déjeuner, ses émotions au bord des lèvres.
Ils finirent de manger tous les trois dans un silence confortable, puis terminèrent de se préparer pour partir au lycée. Au pas de la porte d'entrée, Toni se rendit compte qu'elle avait oublié son téléphone à l'étage et remonta le récupérer en vitesse, pendant que Cheryl et Jason se dirigeaient vers le garage.
Le roux posa un regard intrigué sur sa sœur, désireux de savoir ce qu'elle avait dans la tête. Elle s'était comportée durant la matinée comme tous les autres jours, mais la présence de Toni était à elle seule une preuve suffisante pour que le jeune Blossom se doute qu'il y avait quelque chose de différent chez sa jumelle. C'était peut-être encore imperceptible, mais le changement était là et n'attendait certainement qu'à éclore et à se laisser découvrir par l'âme curieuse qu'il était.
-Je vais peut-être arrêter de venir te réveiller, le temps que Toni est là. Je ne voudrais pas la mettre mal à l'aise et elle pourra certainement le faire à ma place. Proposa Jason.
Il inspecta minutieusement la réaction de sa sœur et remarqua la surprise, la déception, la compréhension et la gêne apparaître tour à tour sur son visage.
-Je… Oui, tu as certainement raison, mais… ça va me manquer. Ajouta-t-elle dans un murmure.
Sa confidence serra le cœur de Jason, qui appréciait sa routine matinale avec Cheryl et qui ne l'aurait échangée pour rien au monde. Mais la situation était différente, au moins pour quelques temps, et ils devaient s'y adapter.
-A moi aussi… Mais quand Toni partira, je reviendrai te réveiller. Lui promit-il, en scellant leur accord avec un sourire affectueux.
Cheryl hocha la tête pour acquiescer, avant de monter dans la voiture du côté passager. Jason s'installa au volant et sortit du garage à petite vitesse. Il s'arrêta devant l'entrée du manoir où Toni les attendait. Elle jouait nerveusement avec ses doigts, ce qui étonna Jason. Elle avait toujours l'air d'être pleine d'assurance, de confiance en elle et de détermination. Mais il y avait visiblement sous cette façade de marbre et ce vernis d'aplomb des couches insoupçonnées qu'il fut heureux de découvrir. Toni Topaz cachait bien son jeu, derrière sa veste en cuir et ses mèches de barbe à papa. Il était certain qu'elle ne cesserait de les surprendre et Jason sentit un soupçon d'excitation monter en lui à l'idée qu'elle puisse bouleverser un peu leur quotidien, mais surtout celui, sage et monotone, de sa sœur.
-Désolée, j'espère que je ne nous ai pas mis en retard… S'excusa platement Toni lorsqu'elle fut assise sur la banquette arrière de la voiture.
-Oh non, ne t'inquiète pas ! J'aime arriver en avance alors on part toujours un peu plus tôt que nécessaire. Avoua la rousse, avec un regard amusé adressé à son frère.
Ce dernier acquiesça en levant les yeux au ciel. Cheryl remarqua sa réaction et étouffa un petit rire en lui tapant gentiment le bras pour le réprimander, en douceur, de se moquer d'elle.
Toni sourit dans le vague face à la complicité des jumeaux. Elle reporta son attention sur le paysage qui défilait par la fenêtre et se rappela alors qu'elle ne s'était pas réveillée dans un univers parallèle et luxueux, mais dans sa réalité habituelle où elle allait devoir affronter une journée de cours et trouver une solution de logement au long terme. Elle avait, le temps d'une matinée, oublié à quoi ressemblait sa vie et s'était laissé porter par la gentillesse et l'hospitalité de Cheryl et de son frère. Mais le trajet lui permit de se reconnecter avec ses pensées et de retrouver son attitude de lycéenne renfermée, distante et insaisissable. Si bien qu'une fois garés à la place de parking habituelle des jumeaux, ils quittèrent la voiture tous les trois et Toni les remercia laconiquement puis les salua d'un geste de la main avant de s'éloigner prestement d'eux.
La jeune rousse l'observa partir avec une drôle de sensation dans le creux du ventre et un goût amer à l'arrière de la bouche.
Jason remarqua les sourcils froncés, les lèvres tombantes et l'air de déception qui flottait sur le visage de sa sœur. Il ne dit rien, garda ses observations dans un coin de sa tête, et posa simplement une main délicate sur l'épaule de Cheryl. Cette dernière releva le visage vers lui et toute trace de tristesse ou de désappointement s'évapora de ses traits fins.
Ils se dirigèrent en silence vers l'entrée du lycée et discutèrent joyeusement du programme de leur journée. Jason avait prévu inviter Veronica à passer une partie de l'après-midi avec lui à Thornhill et Cheryl avait un contrôle de mathématiques pour lequel elle se sentait prête depuis quelques jours déjà.
Ils arrivèrent finalement à la hauteur du casier de la rousse, où l'attendaient Kevin et Betty en bavardant gaiement.
-A tout à l'heure, Cher. La salua Jason, avec un baiser sur le front.
Elle ferma les yeux face au contact de ses lèvres sur sa peau et sourit dans le vide, comme à chaque qu'il l'embrassait. Elle se sentait si chanceuse d'avoir un frère aussi bienveillant et aimant à ses côtés.
-A tout à l'heure. Murmura-t-elle en retour, alors qu'il s'éloignait déjà d'eux.
Elle se retourna pour faire face à ses amis et les saluer à leur tour.
-Bonjour vous deux ! Leur lança-t-elle avec un sourire solaire.
-Salut Cheryl ! Tu vas bien ? Quoi de neuf ? S'enquit Kevin, d'une humeur décidément rayonnante.
Son excitation matinale amusa la jeune Blossom, qui secoua la tête tout en récupérant ses affaires de cours dans son casier.
-Oui, ça va. Et rien de palpitant, on s'est vus hier après tout… même hier soir. Ajouta-t-elle avec un clin d'œil pour Betty qui acquiesça, complice.
Kevin écarquilla les yeux et porta une main à sa poitrine, feignant d'être offensé au plus haut point.
-Quoi ?! Vous avez encore dîné chez Pop's sans moi ? S'offusqua-t-il.
Elles levèrent les yeux au ciel en chœur puis le fixèrent toutes deux, une lueur espiègle dansant dans leurs prunelles vives.
-Ne fais pas semblant d'être vexé, tu nous as dit hier que tu allais passer ta soirée à bosser pour le contrôle de maths. On n'a pas voulu te tenter, donc ça fait simplement de nous d'excellentes amies. Se vanta Betty, ce qui fit rire Cheryl.
La rousse écouta Kevin tenter de se défendre en disant qu'il n'attendait qu'une proposition de leur part pour fuir ses révisions, puis elle se perdit un instant dans ses pensées. Elle n'avait pas raconté à ses amis qu'elle avait trouvé Toni au bord de la route et qu'elle l'avait hébergée, mais ce n'était pas parce qu'elle avait honte de la situation. C'était surtout qu'elle ne savait pas comment Toni réagirait si elle mettait Kevin et Betty au courant, ni même si elle avait son autorisation pour en parler à ses amis. Et puis… peut-être appréciait-elle d'avoir un secret et une relation inattendue dans le creux du cœur, et qu'elle souhaitait encore profiter seule du plaisir de la nouveauté discrète.
