Bonsoir jolis papillons ! J'espère que vous allez pouvoir profiter de votre week-end pour prendre soin de vous. Voici un chapitre de plus, les choses avancent encore un peu, petit à petit...


Situation : dans la continuité du chapitre précédent

Disclaimer : discussion d'homophobie et de famille dysfonctionnelle

PS : pardon pour les fautes, enjoy ! :)


La journée de Toni avait été relativement chaotique. Elle avait commencé par un mensonge rapidement ficelé et un brin bancal, quand Fangs lui avait demandé où elle avait dormi. Elle avait dû dire qu'elle avait passé la nuit au Whyte Wyrm car elle ne voulait pas que ses amis pensent qu'elle avait tenté de profiter de la fortune de Cheryl en acceptant d'être hébergée chez les Blossom.

En cours de chimie, elle avait expliqué à la rousse qu'elle rentrerait avec le bus en fin de journée, car elle avait prévu passer l'après-midi avec quelques Serpents au Whyte Wyrm. Cheryl n'avait pas objecté, mais Toni avait cru discerner un halo de déception autour du visage céleste de la jeune Blossom. Cette impression l'avait hantée pendant tout le cours et elle s'en était voulu de ne pas rentrer directement avec les jumeaux, surtout qu'ils se pliaient en quatre pour elle depuis la veille au soir.

Elle avait vite chassé ces pensées de son esprit lorsqu'elle s'était retrouvée au bar avec Peaches et Sweet Pea, à boire une bière en jouant au billard. Il n'y avait rien de tel quand elle était un peu tendue, pour lui vider la tête et lui faire oublier tous ses soucis. Et comme elle était également incroyablement douée au billard, ses victoires successives avaient fini par faire disparaître la moindre trace de son sentiment de culpabilité.

Elle était restée un peu plus longtemps que ses amis, pour travailler ses cours dans un coin du bar, car elle aimait s'amuser et passer du bon temps, mais elle mettait aussi un point d'honneur à avoir une moyenne plus que convenable.

Elle avait fini par rentrer un peu avant la tombée de la nuit et avait trouvé Cheryl confortablement installée dans un fauteuil moelleux près d'une de ses fenêtres, plongée dans un roman.

Elle la contempla sans bruit un instant, subjuguée par son air concentré, sa façon de se mordiller la lèvre face aux mots qui défilaient sous ses yeux, ses doigts qui jouaient distraitement avec une mèche de ses cheveux.

Elle l'observa assez longtemps pour remarquer qu'elle avait enlevé ses appareils et elle se rappela alors de leur rencontre dans les vestiaires de la piscine, qui avait marqué un tournant dans la vision que Toni avait de Cheryl. Elle ne savait pas vraiment si c'était la surprise de se retrouver pour la première fois face à la surdité de la rousse, ou bien le sentiment étrange que son maillot de bain rouge avait fait grandir en elle, mais quelque chose ce jour-là avait modifié sa façon de considérer la jeune Blossom.

Toni s'avança dans la pièce en direction de son hôte et récupéra au passage les processeurs que Cheryl avait posés sur la commode. La rousse finit par relever la tête vers la jeune Topaz et son visage s'illumina à sa vue. Un sourire ravi orna sa bouche charnue et elle referma son livre avant de se lever et de le déposer sur l'assise du fauteuil, à sa place. Elle fit un pas en direction de son invitée, qui était déjà tout près d'elle.

-Bonsoir Toni ! La salua-t-elle joyeusement, sa voix chantante.

La fille aux cheveux roses acquiesça sans bruit et tendit ses appareils à Cheryl, qui la remercia de sa douce attention. Leurs doigts se frôlèrent au moment de l'échange, mais aucune d'elles ne commenta ce contact charnel et furtif.

-Tu as passé un bon après-midi ? La questionna la rousse avec curiosité.

Toni hocha la tête et alla s'asseoir sur le lit de Cheryl, appréciant la douceur de la couette qu'elle caressa distraitement du bout des doigts.

-Oui, j'ai gagné toutes les parties de billard auxquelles j'ai participé ! Se vanta-t-elle, le menton haut.

La jeune Blossom rit discrètement face à sa confidence, puis décida de rejoindre Toni sur le matelas. Elle s'installa contre la tête de lit, une multitude de coussins dans le dos et joua avec l'ourlet de sa blouse à volants. Toni se tourna, de façon à faire face à la rousse, et s'assit en tailleur.

-Et toi ? Qu'as-tu fait aujourd'hui ? Lui demanda-t-elle, par politesse mais aussi parce que la réponse l'intéressait.

Cheryl haussa les épaules et toucha pensivement le câble de son implant.

-Je suis allée chez l'audioprothésiste, pour qu'il vérifie mes appareils, puis j'ai fait du tir à l'arc.

Les yeux de Toni s'écarquillèrent face aux mots de son hôte.

-Tu fais du tir à l'arc ? S'étrangla-t-elle de surprise.

Les joues de Cheryl s'empourprèrent et elle fixa ses cuisses, sur lesquelles reposaient ses mains.

-Euh oui, depuis que j'ai huit ans. Et, comme toi au billard, je ne me débrouille pas trop mal. Avoua-t-elle, sans s'enorgueillir de ses capacités.

Toni laissa échapper un soupir en secouant la tête.

-Pf, te connaissant, tu n'oses pas me dire que tu serais tout à fait en mesure de me tirer dessus si je courrais vers toi pour t'agresser… Je me trompe ?

Cheryl rougit encore davantage et fit savoir à Toni que, non, elle ne se trompait pas.

-Tu vois, quand je t'ai dit la première fois que je t'ai vue que tu étais Miss Parfaite, j'avais raison ! S'exclama-t-elle avec emphase.

La rousse ne sut comment réagir au compliment de la jeune Topaz. Elle avait été persuadée, lors de l'arrivée de Toni, que cette dernière était agacée par la situation et par le binôme inattendu qu'elles avaient été contraintes de former. Mais visiblement, ce n'était pas ainsi que la fille aux cheveux roses avait vécu les choses.

Le silence retomba entre elles et leur offrit le temps de se pencher sur leurs pensées respectives. La rencontre matinale avec la mère des jumeaux revint alors à l'esprit de Toni et une question lui brûla le bord des lèvres.

-Cheryl, je… je ne veux pas être impolie mais… tu n'as pas l'air très proche de tes parents, non ? Je veux dire, hier soir quand on est arrivées, tu m'as avoué que tu ne les avais pas vus depuis des jours et ce matin, ta mère n'avait visiblement pas très envie de nous faire la conversation. Justifia-t-elle son interrogation.

La rousse souffla et son regard se perdit par la fenêtre. L'atmosphère se modifia imperceptiblement et elles sentirent toutes les deux que le moment était à la confession.

-Tu as raison, je ne suis pas proche d'eux et, de leur côté, ils ne font également aucun effort pour l'être. Je… J'ai toujours suspecté que nos parents nous avaient simplement eus pour avoir une descendance et pour être sûrs de ne pas devoir vendre leur entreprise si précieuse à d'autres membres de la famille. Quand ils ont découvert que ma mère attendait des jumeaux… disons que je n'étais pas prévue. Mais ils ont fait avec. Et puis… ils ont appris que j'étais sourde, donc imparfaite, et j'ai immédiatement perdu le peu d'intérêt que je pouvais encore avoir à leurs yeux. Ça ne me dérange pas honnêtement, je préfère ne pas les avoir sur le dos car je suis persuadée qu'ils auraient fait de très mauvais parents s'ils avaient vraiment essayé de tenir leur rôle plus ou moins correctement. Et de toute façon j'ai ma Nana et Jay-Jay, sur qui je peux compter. Soupira Cheryl, des étoiles dans les yeux et un sourire béat sur les lèvres.

Toni acquiesça, un sourire apparaissant sur sa propre bouche. En effet, la situation familiale de Cheryl n'était pas idyllique, mais c'était toujours mieux que de se faire malmener ou maltraiter par ses parents.

-Tu es la seule personne sourde de ta famille ? S'enquit Toni, désireuse d'en apprendre encore davantage sur Cheryl, maintenant qu'elle avait goûté au plaisir de l'entendre lui parler d'elle.

-Oui, la seule. J'ai été diagnostiquée puis implantée alors que j'étais encore un tout jeune bébé, donc je n'ai jamais eu de mal à comprendre le langage oral, ni à oraliser. Ma surdité n'est pas handicapante pour moi, je me trouve assez chanceuse de ce côté-là. Avoua-t-elle.

La fille aux cheveux roses buvait ses paroles comme de l'eau bénite. Elle s'étonnait de s'intéresser tant à la rousse, avec qui elle avait si peu échangé avant leur cohabitation imprévue. Mais plus elle en découvrait à propos de Cheryl, plus elle avait envie de continuer de creuser pour arriver au cœur de la jeune Blossom, à la source de sa bonté sans limite, de son charme délicat et de sa gentillesse infinie.

-De ce côté-là ? La questionna Toni, soucieuse de savoir ce que ses mots sous-entendaient.

Les joues empourprées de la rousse parlaient déjà plus fort qu'elle et la fille aux cheveux roses se douta de ce que Cheryl allait lui confier.

-Oui, contrairement à mes attirances sentimentales par exemple. Murmura-t-elle, de peur peut-être de se montrer vulnérable et de verbaliser ce que Toni avait soupçonné ce fameux jour de cours.

-J'avais donc raison… à propos de Veronica ? Demanda la jeune Topaz et Cheryl acquiesça.

-Oui… j'ai essayé de me changer les idées, de penser à autre chose, de me mettre quelqu'un d'autre en tête, mais j'en reviens toujours à elle. En plus, elle passe beaucoup de temps ici, puisqu'elle vient rendre visite à Jason, alors ça ne me facilite pas la tâche… Se plaignit-elle, visiblement épuisée et agacée par cette situation.

Mais Toni la comprenait très bien. Les amours à sens unique, elle en avait eu sa dose elle aussi. C'était apparemment un rite de passage dans la vie d'une lycéenne.

-Au moins, tu sais que tu peux te confier à moi… Extérioriser ce que tu ressens et lâcher prise t'aidera peut-être à aller de l'avant. Proposa Toni, qui voulait bien faire et aider Cheryl.

La rousse la considéra sans bruit, une lueur intense et nouvelle dansant dans ses prunelles brillantes. Elles passèrent un accord tacite et acceptèrent ainsi en silence de se faire confiance les yeux fermés.

-Tu as certainement raison. Concéda la jeune Blossom.

Cheryl porta son regard brumeux par la fenêtre et se perdit dans ses pensées. Toni l'observa discrètement et se demanda s'il était temps qu'elle lui explique pourquoi elle ne pouvait pas retourner chez elle. Elle n'était pas du genre à se confier facilement, mais la rousse venait tout juste de lui ouvrir son cœur, alors il lui semblait équitable de le faire en retour. Quand elle était en présence de la jeune Blossom, une part de son âme s'ouvrait et se laissait contempler à la lumière aveuglante du grand jour. Elle ne pouvait le nier, Cheryl, avec toute sa bienveillance et sa douceur, lui donnait envie d'être vulnérable, d'exposer ses défauts pour les voir différemment, les rendre plus beaux et moins terrifiants.

-J'habite dans le trailer de mon oncle depuis plusieurs années maintenant, parce que mes parents… ce sont de bonnes personnes qui ont fait de mauvais choix. La plupart des activités auxquelles ils participaient étaient illégales et la justice a fini par les rattraper… Mon père s'est fait arrêter et a été mis derrière les barreaux juste avant que j'entre au lycée. Ma mère a réussi à fuir et je n'ai plus de nouvelles de sa part depuis qu'elle est partie. C'est donc le frère de mon père qui a hérité de ma garde, mais il avait autant envie de s'occuper d'une gamine que d'un chat errant et couvert de puces. Avec son travail, il est constamment en déplacement, donc j'habite seule chez lui et il m'envoie simplement de l'argent pour que je ne meure pas de faim ni de froid.

Toni reprit sa respiration, sa voix un brin tremblante sous le regard brûlant et curieux de Cheryl qui l'écoutait religieusement, dans le plus grand silence.

-Avant, quand il revenait, on cohabitait en marchant sur des œufs, pas habitués à partager ce minuscule espace de vie. Mais, un jour où il était là, j'ai ramené une fille et ça ne lui a pas plu du tout. Il m'a hurlé dessus et m'a mise à la porte. Il m'a menacée et m'a interdit de rester au trailer quand il y était si je n'acceptais pas de changer et d'arrêter de me comporter comme l'abominable pécheur que j'étais. Donc je dois me trouver un toit à chaque fois qu'il revient. Et hier… je ne m'attendais pas à ce qu'il débarque. D'habitude il me prévient, mais là, j'ai été prise de court. Dès qu'il est entré, j'ai vite sauté sur mon sac, dans lequel j'ai fourré un peu n'importe quoi et je me suis sauvée. Il a eu le temps de me hurler des atrocités et de me dire de ne pas remettre les pieds chez lui pendant les deux semaines où il y serait. Expliqua-t-elle à son hôte.

Cheryl se tenait abasourdie face à sa camarade. Elle se doutait que la vie de Toni n'était pas de tout repos, puisqu'elle habitait le sud de la ville, mais elle ne s'attendait certainement pas à ça. Une jeune fille esseulée, orpheline malgré elle, livrée aux changements d'humeur d'un oncle homophobe. Elle venait d'en apprendre tant en si peu de temps qu'elle fut prise à la gorge par ses déclarations. Elle se sentait étourdie, l'esprit embrumé par les mots de Toni qui prenaient petit à petit racine en elle, pour augmenter le portrait de la jeune Topaz qu'elle avait peint dans sa tête.

-Tu… tu n'as pas revu tes parents depuis le début du lycée ? S'étrangla la rousse.

La fille aux cheveux roses haussa simplement les épaules, une moue désabusée sur ses lèvres fines.

-Non… mon père m'a dit qu'il ne voulait pas que je lui rende visite parce qu'il avait honte, et je ne sais même pas si ma mère est encore en vie. Lâcha-t-elle, sans l'ombre d'une émotion dans la voix.

Cheryl resta figée, interdite. Elle ne savait pas vraiment ce qu'elle avait imaginé à propos de la relation qu'entretenait Toni avec ses parents, mais ce qu'elle lui décrivait ne correspondait pas du tout à l'image qu'elle s'était faite de la situation.

-Ils ne te manquent pas ? S'étonna-t-elle.

La jeune Topaz laissa son regard glisser dans celui de Cheryl. La rousse semblait soucieuse de son bien-être, de connaître ses sentiments à l'égard de ses parents et de ce quotidien qu'elle subissait depuis de nombreuses années.

Elle considéra sa question, réellement. Elle prit le temps d'y réfléchir, de peser ses ressentis comme des poids tangibles. Elle se rendit compte de la lourdeur qui l'envahit peu à peu, de l'inconfort que la prise de conscience fit naître en elle.

Elle se tortilla sur le lit, embarrassée.

-Si, sans doute, mais… je ne vais pas changer le cours de l'histoire, alors je préfère ne pas trop y penser ni m'appesantir sur mon sort. Expliqua-t-elle à Cheryl laconiquement.

Elle n'avait pas la force d'en dire plus, de peur d'ouvrir les vannes à un chagrin incommensurable.

La rousse comprit que sa curiosité l'avait gênée et elle décida alors de changer de sujet.

-Tu veux qu'on aille voir ce qu'Olivier nous prépare pour le dîner ? Je commence à avoir faim… Avoua la jeune Blossom en caressant son ventre.

Toni lui fut reconnaissante de ne pas insister et accepta la proposition de sa camarade. Elles prirent la direction de la cuisine dans le silence et la fille aux cheveux roses s'étonna de voir qu'elle s'habituait déjà à descendre le grand escalier central qui l'avait tant impressionnée la veille en arrivant.