Bonsoir mes merveilles en sucre ! J'espère que vous allez bien, je profite du bonheur infini d'être en vacances enfin ! Voici un chapitre de plus et je croise les doigts pour qu'il vous plaise.
Situation : une semaine plus tard
PS : les barres transversales sont des ellipses temporelles, enjoy ! :)
Une semaine était passée depuis que Toni avait élu domicile chez les Blossom. Mais les jours avaient une autre saveur dans le manoir et le temps semblait perdre de sa réalité.
Réveiller Cheryl, la voir sourire aux anges puis la voir ouvrir les yeux et lui sourire directement. L'entendre chanter dans la douche, trop fort et parfois un peu faux car elle ne portait pas ses appareils sous l'eau. Petit-déjeuner avec les deux roux et discuter de la journée en perspective. Se laisser conduire au lycée en écoutant les jumeaux se chamailler gaiement.
Voilà à quoi ressemblaient toutes les matinées de la jeune Topaz – ou presque – et elle ne changerait cela pour rien au monde.
-Hé ! Toni !
Cette dernière tourna la tête en direction de la voix qui l'avait hélée au loin. Elle remarqua Sweet Pea et Fangs qui s'avançaient vers elle, alors qu'elle marchait seule en direction de l'entrée du lycée. Elle s'arrêta et fronça les sourcils quand elle distingua l'air sérieux et suspicieux sur le visage de ses amis.
-Salut les gars. Tout va bien ? Les salua-t-elle succinctement, heureuse de les voir malgré leur mine grave.
Ils arrivèrent enfin à sa hauteur et ne prirent pas le temps de répondre à sa question avant que Sweet Pea ne l'interroge à son tour.
-Pourquoi est-ce que les Blossom t'ont amenée au lycée ?
Toni se figea face aux deux garçons qui la scrutaient attentivement. Elle ne s'attendait pas un seul instant à ce qu'ils lui demandent une chose pareille, après une semaine à passer sous le radar. Mais, visiblement, elle avait sous-estimé le sens de l'observation de ses amis.
Elle fit demi-tour, tournant ainsi le dos aux garçons, et se remit à marcher vers le grand hall, de sorte à cacher le trouble qui avait pris place sur ses traits.
Devait-elle leur dire la vérité ? Avait-elle vraiment envie qu'ils sachent qu'elle vivait avec les jumeaux ? Elle n'avait pas honte, loin de là, mais… il y avait quelque chose, de plus profond, de plus imposant, un quelque chose sur lequel elle ne voulait pas s'appesantir, de peur de donner vie et lumière à des vérités qu'elle se refusait encore à accepter.
-Je marchais le long de la route quand ils sont passés près de moi. Ils étaient allés se chercher un café chez Pop's et m'ont proposé de m'amener jusqu'au lycée. J'étais claquée alors j'ai accepté. Mentit-elle avec nonchalance, pour tenter de les persuader que c'était un événement anodin sur lequel il n'était pas nécessaire de s'arrêter trop longuement.
Et elle fut, à son plus grand soulagement, suffisamment convaincante pour que les garçons lâchent l'affaire avec un haussement d'épaule compréhensif mais désintéressé.
Elle soupira discrètement, fière d'avoir détourné leur attention de cette conversation. Mais un sentiment inattendu se fraya un chemin dans son corps et vint se loger dans le creux de son ventre. Un sentiment qui lui fit prendre conscience qu'elle allait devoir, tôt ou tard, faire face à tout ce qu'elle occultait encore dans un coin de son esprit – dont la tonne de rousseur, les sourires matinaux et les chants angéliques qui habillaient son quotidien.
-On éteint ? Proposa Cheryl, du sommeil plein la voix.
Toni tourna la tête vers elle et acquiesça avec un sourire doux en voyant les prunelles à demi closes de la rousse. Elle referma son livre et le posa sur la table de nuit à côté d'elle.
Cheryl appuya sur l'interrupteur de sa lampe de chevet et elles se retrouvèrent plongées dans la pénombre. La lueur des lampadaires qui éclairaient la propriété empêchait l'obscurité d'habiter tous les coins de la pièce et offrait l'occasion aux deux jeunes filles de deviner les contours du corps de l'autre.
Dans la faible lumière, Toni discerna l'appareil auditif de Cheryl, la cascade de ses cheveux sur son cou et ses épaules, ses pommettes saillantes, ses yeux encore ouverts et qui la fixaient curieusement.
En sentant le regard intense et soucieux de la rousse rivé sur elle, Toni se trouva presque incommodée, avec la désagréable impression d'être observée sous un spot éblouissant.
-Tout va bien ? Demanda-t-elle, pour essayer de comprendre ce qui semblait tracasser sa camarade.
Cheryl ne dit rien, continua de contempler Toni, dont le visage s'empourpra à vue d'œil.
-Qu'est-ce que tu fais, toi, quand tu es attirée par quelqu'un qui est hors de portée ?
La question de la jeune Blossom prit Toni de court. Elle ne s'attendait pas le moins du monde à une telle interrogation. Une nuée de papillons s'envola dans son corps et elle avala sa salive avec difficulté.
-Pou-pourquoi est-ce que tu me demandes ça ? S'enquit-elle, complètement désemparée par cette conversation naissante.
La rousse soupira et ferma les yeux un court instant, avant de les rouvrir et d'y exposer une tristesse intense et une vague de vulnérabilité.
-Je n'arrive toujours pas à passer à autre chose. Je me suis dit que chambouler un peu ma routine – t'avoir à la maison, faire des balades dans le jardin avec Nana – m'aiderait à l'oublier, mais visiblement, ça ne marche pas comme ça. Veronica est toujours là… Conclut-elle en tapotant sa tempe d'un doigt un brin tremblant.
Toni acquiesça sans bruit. Voilà le fond de la question de Cheryl. Rien de plus que la brune qui flottait encore dans son esprit. Elle aurait dû être soulagée ou compatissante, mais elle n'était rien de cela.
Elle roula pour se retrouver sur le dos et fixer le plafond. Que pouvait-elle répondre à une telle question ? Il n'y avait pas de recette miracle, chacun avait sa manière de tenter de se débarrasser de sentiments inappropriés.
Et Toni pouvait-elle réellement parler d'expérience ? Elle n'avait jamais vraiment été sous le charme de quelqu'un au point de ne pouvoir se le sortir de la tête. Ou, du moins, elle ne l'avait jamais vécu par le passé. Le présent, en revanche… c'était là une toute autre histoire.
-Tes techniques me semblent pourtant efficaces. S'occuper à autre chose aide souvent, ou se trouver une autre personne dont on peut s'enamourer, c'est pas mal non plus !
Un éclat de rire lui coupa un instant la voix puis elle secoua la tête pour se reprendre. Qu'elle n'aille pas se donner des idées ou qu'elle ne commence pas à fantasmer sur les propositions qu'elle faisait à Cheryl.
-Mais sinon… le temps est ton meilleur allié, sache-le. Conclut-elle simplement, frustrée de ne pas être capable d'aider mieux que cela sa camarade.
Cheryl soupira et Toni la vit hocher la tête du coin de l'œil. La fille aux cheveux roses observa la rousse avec ses traits tendus, de concentration, d'épuisement, d'une envie irrépressible de voir ses sentiments disparaitre, mais aussi de l'espoir d'arriver à tourner la page. La jeune Topaz aurait aimé caresser son visage fin et délicat du bout des doigts, pour voir tous ses tracas s'effacer un à un sous ses mains. Mais elle se retint et, à la place, ferma les yeux. Le monde autour d'elle devint noir et elle pria pour que le sommeil l'emporte vite, plus vite que ses pensées qui fusaient à toute allure et murmuraient des compliments doucereux à l'attention de la rousse.
-On reprend une dernière fois pour ce soir et ensuite je vous laisse tranquille ! Vous avez fait du super travail aujourd'hui ! S'exclama Veronica en tapant joyeusement et fièrement dans ses mains.
Toni jeta un coup d'œil en direction de Cheryl qui se tenait à ses côtés, autant à bout de souffle qu'elle. Leur regard se croisa un bref instant et elles échangèrent un sourire complice et épuisé.
C'était l'idée de la jeune Topaz, de s'inscrire au club de cheerleading. Le principal avait demandé aux nouveaux venus qui ne participaient toujours pas à une activité extra-scolaire d'en choisir une, pour s'intégrer encore d'avantage. Toni s'était dit que c'était une occasion parfaite pour proposer à Cheryl de faire quelque chose ensemble, en dehors des cours de chimie et des nuits dans le même lit. La jeune Blossom avait d'abord refusé, mais Toni avait insisté, en lui rappelant qu'elle devait se changer les idées et que le sport représentait un bon moyen de se défouler et d'oublier tous ses tracas. La rousse avait donc fini par accepter.
Elles avaient demandé à Veronica si elles pouvaient rejoindre l'équipe et elles avaient présenté l'enchaînement chorégraphié que la brune leur avait envoyé, suite à quoi cette dernière les avait accueillies au sein du groupe avec une joie non dissimulée.
Mais, après quatre jours à passer tous leurs après-midis dans le gymnase, Toni commençait à remettre ses choix en question.
Bien sûr, tu choisis la seule activité à laquelle Veronica participe ! Tu comptes entretenir le crush de Cheryl sur la copine de son frère encore longtemps ? C'était vraiment pas un éclair de génie…
Alors qu'elles reprenaient l'enchaînement pour la dernière fois, Toni soupira, frustrée et agacée par ses propres décisions. Elle en avait déjà assez de voir la rousse sourire béatement à toutes les remarques de la capitaine, ou de la voir rougir quand Veronica la complimentait sur la réalisation d'une routine.
Ce sentiment de jalousie – mais qui ne pouvait pas en être un – s'enracinait petit à petit dans le cœur de Toni et lui donnait envie de forcer Cheryl à arrêter de venir aux séances de cheerleading. C'était égoïste, certes, mais elle ne pouvait empêcher ces pensées de se frayer un chemin dans son esprit et d'empoisonner son cœur.
Elle s'était menti pendant de trop nombreuses journées pour continuer à se voiler la face et à faire semblant de ne pas comprendre ce dont elle se languissait secrètement. Combien de fois avait-elle rêvé de sentir les doigts de la rousse s'entrelacer aux siens, de sentir ses bras s'enrouler autour de sa taille pour l'enserrer tendrement, de sentir ses lèvres voluptueuses déposer des baisers sur sa bouche avide.
La veille au soir, alors que Cheryl s'endormait paisiblement et qu'elle fixait le plafond sans trouver le sommeil, elle avait ouvert la porte de son placard intérieur et interdit. C'était cette lueur rousse et brillante qui l'avait aveuglée et hypnotisée. Et quand elle s'était autorisée à regarder ce qui se cachait derrière le battant, une vague de sentiments langoureux et charmeurs l'avait submergée et envoutée. Si bien qu'elle était maintenant prise au piège et ne parvenait plus à refermer la porte.
La rousse avait pris une autre teinte, un peu plus rouge, un peu plus charnelle.
