Bonjour mes amours ! J'espère que vous allez bien, je vous propose l'avant-dernier chapitre de cette histoire (déjà ?!). Comme je l'ai déjà écrit, il m'a fallu presque une année entière pour en venir à bout mais je suis heureuse de l'avoir terminée :) J'espère que ce chapitre sera à votre goût.


Situation : dans la continuité du chapitre précédent

PS : le trait transversal est une ellipse temporelle. Désolée pour les fautes, enjoy ! :)


La journée avait déroulé son fil avec un flegme flou et une étrange paresse. Les deux filles ne s'étaient pas adressé la parole, par manque d'opportunité mais aussi parce qu'elles avaient toutes deux une sensation nouvelle au creux du ventre en pensant à l'autre qui les empêchait d'articuler leur pensée. Une sensation pas forcément déplaisante ni désagréable, mais il y avait là quelque chose qui n'avait pas eu de réalité avant l'élan émotionnel de Toni. C'était la preuve que leur relation avait plus de poids, plus de fondement, plus de racines en elles deux que ce qu'elles n'avaient cru jusque-là.

Et la fin de journée ne fit que renforcer cette impression, ne fit que planter plus profondément cette graine qui germait en silence pour Cheryl et bruyamment pour Toni.

L'entraînement de cheerleading venait de se terminer et la jeune Topaz quitta le bâtiment principal, l'esprit embrumé. Se dépenser lui avait permis de mettre de l'ordre dans ses idées, mais la fatigue qui tombait à présent doucement sur son corps emmêlait tout à nouveau. Elle ne lutta pas, laissa ses pensées vagabonder à leur guise. Elle leva le regard vers le ciel quand elle sentit des gouttes sur ses cheveux. Machinalement, elle chercha son parapluie dans son sac et l'ouvrit pour s'abriter, en avançant d'un pas lent en direction du parking.

-Toni ! La héla une voix familière.

La jeune Topaz se demanda si elle s'habituerait un jour à entendre la rousse prononcer son prénom, car son cœur semblait toujours autant s'emballer à chaque fois que le mot quittait la barrière de ses lèvres voluptueuses. La façon dont il résonnait en elle, dont la voix suave de Cheryl coulait dans ses oreilles comme du miel chaud, c'était tout bonnement divin.

Elle s'arrêta et se retourna lentement, pour observer la rousse venir à elle. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir sous ses yeux une Cheryl complètement affolée et qui se précipitait vers elle en courant. Elle arriva à sa hauteur dans un grand fracas et entra en collision avec le corps immobile de Toni, qui perdit un instant l'équilibre et faillit basculer en arrière. Cheryl se saisit fermement des bras de son amie, pour la stabiliser et s'arrêter en plein mouvement.

-Oh, excuse-moi, je ne comptais pas te foncer dedans ! Je… c'est juste qu'il ne faut surtout pas que je mouille mes appareils et j'ai oublié de prendre mon parapluie ce matin… Tu veux bien m'abriter jusqu'à la voiture s'il te plaît ? Lui demanda-t-elle d'une petite voix, un peu embarrassée.

Elle n'osa pas croiser le regard de Toni, encore sous le choc de son propre emportement et toujours légèrement déstabilisée par leur dispute – si elle pouvait la qualifier ainsi – du cours de chimie. Elle replaça une mèche de cheveux vagabonde derrière son oreille pour se donner contenance et essayer d'oublier tout le trouble qui planait dans sa tête.

La jeune Topaz la considéra sans bruit. Ses cheveux à peine humides sur lesquels quelques gouttes rebelles s'étaient déposées. Sa peau rougeâtre, à cause de sa course improvisée, de la séance de cheerleading ou d'un millier d'autres choses. Son regard vague, un brin fuyant et encore attristé. Le cœur de Toni se serra et elle agit à l'instinct.

Elle passa un bras autour de la taille de Cheryl pour la tenir près d'elle, mais comme elles étaient toujours face à face, elle rapprocha sans le vouloir le corps de la rousse du sien.

Cette dernière releva le visage vers elle et papillonna des paupières en sentant la chaleur que dégageait Toni se diffuser dans son propre corps, en sentant leurs poitrines pressées et la respiration de la jeune Topaz en harmonie avec la sienne.

Le silence s'étira, s'alourdit, devint étrangement langoureux.

Puis d'un commun accord, elles s'éloignèrent et s'installèrent l'une à côté de l'autre, leur flanc accolé et le bras de Toni entourant toujours fermement la taille de Cheryl, pour la garder serrée contre elle.

La proximité forcée – mais aussi consciemment choisie – de leur situation s'accentua lorsque Cheryl plaça sa main sur celle de Toni, qui tenait le manche du parapluie. Leurs doigts s'enlacèrent, presque sans le vouloir, et elles avancèrent d'un même pas en direction du parking.

Sans un mot, le bruit de la pluie sur la toile et de leurs pas dans les flaques naissantes comme seules distractions, elles firent leur chemin jusqu'à la voiture de Cheryl, où Jason les attendait.

Il les vit venir. Serrées l'une contre l'autre, avec le parapluie au-dessus de leur tête comme excuse parfaite pour se tenir au plus près. Il remarqua leurs mains superposées, leurs joues rosies, les doigts de Toni qui jouaient distraitement avec le tissu du manteau de Cheryl au niveau de ses hanches, leurs pas qui avaient fini par se coordonner. Il se surprit à simplement penser que c'était beau, presque poétique. Une confiance aveugle et inexprimée émanait d'elles par vagues délicates et bienveillantes. S'il osait se l'avouer, il aurait même dit qu'il était un peu jaloux.


Cheryl finit par comprendre qu'il y avait quelque chose de différent.

Ce n'était pas uniquement à cause de l'incident en cours de chimie, même si elle ne s'expliquait toujours pas pourquoi Toni avait réagi de la sorte – elle en était d'ailleurs arrivée à la conclusion fataliste qu'elle ne comprendrait certainement jamais.

C'étaient toutes les fois où son cœur s'emballait un peu trop quand elle tournait la tête vers son lit et voyait Toni allongée paresseusement au milieu des coussins, un sourire nonchalant et inconscient sur ses lèvres fines.

C'était la réaction fortuite qu'elle avait eue quand Jason l'avait questionnée innocemment à propos de la file aux cheveux roses.

-Pourquoi est-ce que Toni est encore ici ? Je croyais que tu m'avais dit que ses parents n'étaient partis que pour deux semaines. Lui avait-il demandé, une lueur espiègle brûlant dans ses prunelles vives et enflammant la peau des joues de Cheryl.

Elle n'avait rien trouvé à répondre, car elle n'avait elle-même pas d'explication pour la présence de la jeune Topaz. Elle se sent bien ici ? Elle n'est pas prête à partir, ou je ne suis pas prête à la laisser s'en aller ? Je préfère qu'elle reste, parce que j'aime l'avoir auprès de moi ? Toutes les réponses auxquelles elle pouvait penser avaient un drôle de goût, une saveur inconnue et elle n'arrivait pas à savoir si elle l'appréciait réellement ou si elle était encore trop terrifiée par sa nouveauté pour en profiter pleinement.

Elle avait bafouillé, s'était emmêlée dans ses propres mots, n'avait pas réussi à terminer sa phrase et avait finalement abandonné toute explication. Jason avait simplement haussé un sourcil et lui avait offert un regard taquin et entendu accompagné d'un sourire malicieux, avant de s'éloigner de sa jumelle. Elle était restée interdite après son départ, abasourdie par son propre comportement et son incapacité à justifier la présence de Toni. Peut-être parce qu'elle n'était pas très douée pour mentir et que se cacher la vérité était déjà bien trop coûteux.

Mais c'étaient aussi la douce chaleur, les pensées sensuelles et charnelles qui l'envahissaient dès qu'elle laissait son esprit vagabonder un peu trop longtemps vers des contrées couvertes de mèches roses.

C'étaient toutes ces sensations nouvelles et merveilleuses, qu'elle n'avait jamais connues jusque-là – ou presque.

-Cheryl ? Tout va bien ?

L'entraînement de cheerleading venait de prendre fin et toutes les filles s'étaient hâtivement dirigées vers le vestiaire, une envie irrésistible de se débarrasser de la sueur qui collait à leur peau. Toutes, sauf Cheryl, qui était restée en retrait, l'esprit cotonneux et troublé. Debout, seule au milieu du grand gymnase, noyée dans des sentiments bouillonnants et si difficiles à démêler.

Elle tourna la tête vers Veronica, qui la considérait avec un brin d'inquiétude dans le regard. En tant que capitaine, elle avait fini de ranger l'équipement avant de se rendre au vestiaire, mais elle s'était arrêtée en cours de route en remarquant la rousse, figée au centre de la pièce.

Cheryl ne dit rien et fixa simplement Veronica, pour tenter de lui communiquer ce qu'elle avait sur le cœur à travers ses prunelles brouillées de larmes.

La brune n'avait pas besoin d'être devin pour comprendre que tout n'allait, en effet, pas bien.

-Qu'est-ce qui te chagrine ? Précisa-t-elle, car elle souhaitait vraiment comprendre d'où venait le mal-être de Cheryl, elle qui était habituellement pleine de vie et de jovialité.

La rousse soupira, son souffle tremblant, une larme perlant le long de sa joue rougie.

-C'est Toni. Murmura-t-elle faiblement.

Elle eut soudain l'impression de ne plus avoir une once d'énergie dans le corps et sentit ses genoux faiblir sous elle. Une deuxième, puis une troisième larme quittèrent ses yeux humides, avant qu'elle ne ferme les paupières. Elle n'avait pas envie de pleurer devant Veronica, car cela voulait dire qu'elle donnait trop d'importance à toutes les pensées bruyantes et désordonnées qui valsaient dans sa tête, qu'elle les autorisait à la contrôler et à prendre toute la place.

Sans même y réfléchir, la brune s'approcha de Cheryl et caressa tendrement son bras pour lui montrer son soutien. Elle n'était pas très proche de la rousse, même si elle sortait avec son frère, mais elle la portait néanmoins dans son cœur et la voir si brisée face à elle lui serra le ventre d'une émotion crue et déplaisante.

-Est-ce que tu veux en parler ? La poussa-t-elle gentiment, sans forcer.

Le regard de Cheryl se perdit dans la contemplation de la main de Veronica.

Quelques semaines auparavant, elle aurait donné n'importe quoi pour sentir ses doigts danser ainsi sur sa peau, pour sentir la chaleur de sa paume se répandre sur son derme langoureusement. Elle avait eu envie que Veronica la touche – elle se serait même contenter qu'elle la frôle. Elle avait voulu profiter de ses lèvres souriantes, aussi proches qu'elles l'étaient maintenant, à la distance d'un baiser.

Mais, à présent, elle était déçue que sa main ne soit pas celle de Toni, pas aussi apaisante et délicate que ses doigts qui l'effleuraient tendrement au petit matin pour la réveiller. Elle était déçue que sa bouche ne soit pas celle de Toni, charnue et qui l'appelait parfois à venir juste un peu plus près. Peut-être était-elle surtout déçue qu'elle ne soit pas Toni.

-Je pense que je suis amoureuse d'elle. Lui confia-t-elle.

Ses mots, chuchotés dans l'immense gymnase vide, résonnèrent quelques instants, firent écho sur les murs et revinrent se perdre sur le visage des deux jeunes femmes. Elles prirent conscience de leur valeur, de ce qu'ils impliquaient, et leurs yeux conversèrent sans bruit, pour sceller le secret que cet aveu représentait.

Trop absorbées par leur échange silencieux, elles ne prirent pas conscience de l'arrivée de la jeune Topaz, qui était revenue dans la grande salle pour savoir si Cheryl allait bien. Elles ne remarquèrent pas non plus son regard qui se brouillait de larmes face à la scène qui s'étendait sous ses yeux, face aux doigts de Veronica qui enserraient affectueusement le bras de la rousse, face à cette contemplation intense qu'elles partageaient sans bruit. Et, surtout, elles ne la virent pas quitter le gymnase au pas de course, le cœur serré et les lèvres tremblantes à cause de ses pleurs.