Alix retient sa respiration, tapis dans l'ombre du couloir. Elle est mal à l'aise. Elle sait qu'elle ne devrait pas être là, qu'elle ne devrait pas assister à cette scène. Mais, dévorée par la curiosité, elle est incapable de faire un pas. Elle regarde, impuissante, la dispute d'Adrien et Marinette, fantôme, témoins de leurs mots terribles.

« Moi ? Moi je gâche les vacances de tout le monde ? C'est pourtant ta spécialité, non ? De tout gâcher. » La voix de Marinette tremble. Elle tremble au même rythme que son cœur. Elle a mal. Cette conversation lui fait mal et le regard d'Adrien, lui, déchire son cœur.

« Marinette… » La voix d'Adrien est tendue. Il ne veut pas avoir cette conversation, pas encore, pas ici, alors que tous leurs amis les attendent.

« Quoi ? Tu vas encore éviter la confrontation ? J'en ai marre Adrien. J'ai le droit à aucune explication. C'est pas juste. » Marinette secoue la tête, vulnérable. Elle n'est pas du genre à s'emporter si facilement, mais elle n'en peut plus. Elle veut savoir, elle veut comprendre pourquoi, pourquoi il n'était pas heureux avec elle. Pourquoi elle ne lui suffisait plus. Pourquoi a-t-il choisi Lila, de toutes les filles qu'il pouvait avoir.

« Dis-moi ce que j'ai fait, qu'est-ce que j'ai fait pour que tu me détestes au point de faire ça ? » Les bras croisés sur sa poitrine, elle le regarde avec défi, cette fois-ci. Elle le défit d'enfin prendre son courage à deux mains, d'enfin lui donner les explications qu'elle mérite.

Les yeux du garçon s'ouvrent en grand, comme si, pour la première fois, il prenait conscience de ce qu'il se passait dans la tête de son ex petite amie. Elle l'a ignoré jusque-là, et il ne savait pas, non, il ne savait pas qu'elle pensait que c'était de sa faute.

« Tu n'as rien fait du tout enfin ! » rétorque-t-il, légèrement décontenancé.

« Alors pourquoi ! » hurle-t-elle et tout son désespoir se déverse dans sa voix. « Pourquoi il a fallu que ce soit elle ? Je croyais que tu savais, que toi aussi, tu avais percé son petit jeu. Comment tu as pu coucher avec elle ! » Elle s'est approchée de lui, le poing serré, la mâchoire crispée. Elle ne le laisserait pas partir avant qu'il ne le lui ai dit. Et finalement, le corps d'Adrien se tend, ses yeux d'un bleu si pur se ternissent et il avoue, d'une voix rauque, puissante.

« Je n'ai pas couché avec Lila putain, Mari ! »

D'un même mouvement, Alix et Marinette sursaute. La seconde ouvre de grands yeux, incrédules.

« Quoi ? »

Et Adrien soupire, soudainement las.

« Elle a monté toute cette histoire avec les médias et me faisait chanter. » annonce-t-il en serrant les dents. « Elle avait des photos…compromettantes de nous, à la piscine. On voyait clairement ton visage alors…je ne voulais pas qu'elle s'en serve… »

Marinette tombe des nues. Pourquoi ? Pourquoi ne lui a-t-il pas tout dis, dès le début ? Pourquoi ne lui a-t-il pas expliqué la situation ? Elle aurait compris…

« Pourquoi tu ne m'as rien dit ? » Elle est en colère, rassurée, triste, heureuse. Tous ces sentiments contradictoires se mélangent en elle, inlassablement.

« Parce que tu as cru les magazines. Parce que dès que tu as vu les photos, t'as tout de suite pensé que je t'avais trompé. Merde, Mari, comment j'aurais pu faire ça ? Je pensais que tu me connaissais mieux que ça ! » Il sert le poing, le regard blessé. Il aurait pu se dédouaner, mais le manque de confiance de la jeune femme lui a soudainement fait réaliser que leur relation était bancale, et vouée à mourir, un jour ou l'autre.

Alix fait un pas en arrière. Elle en a trop vu, trop entendu. Ce ne sont pas ses affaires et elle ne devrait pas être là. A pas de loup, elle descend les escaliers, sort dans le jardin et rejoint les autres sur la plage. Tant pis pour son téléphone.

Ivan et Mylène arrive le lendemain, en fin de matinée. Mylène est révoltée, elle attend ces vacances avec tant d'impatience qu'elle n'a pas pu tenir en place, dans la voiture, leur explique Ivan, un sourire amusé, mais surtout attendri, sur le visage.

« Je propose qu'on aille faire une randonnée ! Dans les Calanques ! » annonce-t-elle, son sac à peine posé sur le sol. Alix hausse un sourcil en l'observant avec curiosité. Elle est encore en pyjama et vient tout juste de se réveiller. Elle a très mal dormi, Marinette a sangloté dans ses bras jusqu'à quatre heures du matin. Vraisemblablement, elle ne s'est pas rabibochée avec Adrien après son départ. Entre deux crises de larmes, elle lui a expliqué la situation, mais Alix était déjà au courant de tout. Elle sait bien gardé de le lui dire, cependant.

« Oh, tu t'es teint les cheveux, Alix ? » demande Ivan en l'observant avec curiosité. Il ne l'avait d'abord par reconnu. Cette dernière hoche la tête en passant mécaniquement une main dans ses cheveux. Elle ne dit rien cependant.

« Je vais m'habiller, Mylène, je ne suis pas sûre que tu arrives à motiver les garçons, ils avaient prévu de rester toute la journée dans la piscine. » et c'est dans un sourire qu'elle s'échappe dans sa chambre, au premier étage.

Lorsqu'elle descend, vêtue d'un short en jean et de son haut de maillot blanc, que Rose et Juleka sont gentiment allées lui échangé, ce matin, elle lève un sourcil circonspect en voyant tous le monde s'attelé à partir.

« Attendez, Mylène vous a vraiment tous convaincu d'aller faire une randonnée ? Sérieusement ? » Elle n'en croit pas ses yeux. Même Kim enfourne une serviette dans son sac, un sourire nigaud sur les lèvres.

« Elle a dit qu'il y a des petites plages trop cools, sur les calendes ! » annonce-t-il.

« Calanques. » Le reprend Mylène avant de sourire à Alix.

« J'ai acheté un livre sur les balades à faire, je peux te le prêter si tu veux. » La brune hausse les épaules, pas franchement emballée par le livre.

« Bon, rando ce sera alors ! Tout le monde vient ? »

« Non, Nath a dit qu'il avait du travail à faire. » la voix de Marc est crispée. Assis sur une chaise, dans le vestibule, il fixe ses pieds d'un air contrit. Alix se rappelle soudainement leur dispute et elle lève les yeux au ciel.

« Quel crétin » marmonne-t-elle avant d'enfiler ses baskets. Elle attrape son sac de plage, qui traine dans l'entrée et en sort son chapeau.

Alix s'attendait a une randonnée interminable. Pourtant, c'est assez rapidement qu'ils arrivèrent tous sur une petite crique déserte. Mylène avait raison, la vue est absolument divine. La mer est d'un bleu presque transparent et le sable fin. Alix a l'impression d'être sur une île tropicale. Il fait chaud et c'est avec plaisir qu'ils se ruent tous vers la mer. Du coin de l'œil, Alix peut voir Marinette tenter d'approcher Adrien mais ce dernier l'ignore royalement, préférant jouer au volley avec les garçons, Alya, Rose et Juleka. La métisse soupire et Alix se mord la joue. Elle ne devrait pas intervenir. Ce ne sont pas ses affaires et aux vues de sa dernière relation, catastrophique, elle est bien mal placée pour lui donner des conseils. Mais voir la mine déconfite de son amie lui pince le cœur. Alix a toujours été d'une loyauté à toutes épreuves, avec ses amis. Elle pourrait déplacer des montagnes, pour eux. Elle s'approche donc et pose une main sur l'épaule de Marinette qui ne peut que soupirer davantage.

« Je ne sais pas quoi faire, Al, je me sens tellement bête…J'aurai dû savoir… »

« Ça ne sert à rien de te morfonde, et de penser à ce que tu aurai dû, ou non, faire, ou dire, ou savoir, Mari. Le passé, c'est le passé. Maintenant, il faut juste que tu lui montre que tu lui fais confiance. Et laisse-lui du temps. Déjà, il a fini par cracher le morceau, c'est un bon début, non ? » Elle n'est elle-même pas franchement convaincue par son discours mais il semble avoir l'effet escompté sur Marinette qui gonfle sa poitrine et affiche un sourire assuré.

« Tu as raison ! J'ai mis quatre ans à lui avouer mes sentiments, je peux bien lui laisser encore un peu de temps. » dit-elle en riant, avançant d'un pas décider vers le reste du groupe. Alix est sur le point de la suivre quand son regard accroche la petite silhouette frêle de Marc, assis sur un rocher, à l'autre bout de la crique. Un soupire s'échappe de ses lèvres. Décidément, aujourd'hui, elle se transforme en psy.

Elle hisse sans mal son corps sur le rocher, près du garçon, et se dernier sursaute subitement. Elle ne connait, à vrai dire, pas très bien Marc. Il sort avec son meilleur ami depuis plusieurs années maintenant mais il est si discret qu'elle a toujours l'impression de le brusquer.

« Je sais que ça ne me regarde pas mais…Je vous ai un peu entendu, hier…J'espionnais pas hein, mais…enfin voilà. »

Le visage de Marc vire subitement au rouge cramoisie et ses yeux cachés derrière ses mèches brunes, évitent à tout prix Alix.

« Tu ne le sais surement pas… » commence Alix, le regard fixé au loin. « Mais ma mère est partie quand j'étais petite. Du jour au lendemain. Elle a quitté mon père et nous avec. J'ai dû la revoir quoi…3 fois depuis ? Elle oublie même de me souhaiter mon anniversaire. L'année qui a suivi son départ, j'avais…10 ans je crois, j'étais infecte avec mon père. Je lui faisais subir le départ de ma mère. Et je pense que dans le fond, j'avais juste peur qu'il parte, lui aussi. Je me disais qu'en étant insupportable, il finirait par partir. Mais parce que moi je l'ai choisi, tu vois ? Je ne voulais pas être abandonné une seconde fois. Depuis, je sabote un peu toutes mes relations pour la même raison. J'ai tellement peur qu'on me quitte que je mets fin moi-même à la relation… »

Elle se tait un instant. Elle n'est pas très clair. Elle n'a jamais été doué pour parler, alix. Ce n'est pas son truc, les longs monologues. Et puis elle est de très mauvais conseil, la plupart du temps.

« Ce que j'essaie de te dire, c'est que Nath, il ne va pas partir, même si tu as l'impression qu'il t'accorde moins de temps. Tu sais comment il est. Parfois, il est dans son monde…C'est un artiste. Mais je le connais depuis tellement longtemps que je me souviens encore de l'époque où il mouillait sa couche. Et je sais qu'il t'aime. Mais si tu sabotes toi-même votre relation, il ne peut rien faire. Il ne peut pas passer son temps à te rassurer, ce n'est pas sain comme relation Il faut que tu apprennes à avoir confiance en toi. Même si ce n'est pas facile. »

Alix était persuadée qu'elle allait devoir écouter Nath se plaindre de sa dispute avec Marc. Elle ne s'attendait certainement pas à réconforter – à sa façon- le brun. Quand elle croise son regard, elle sait que ses mots l'ont touché, elle a peut-être était trop dur.

« Merci Alix… » murmure-t-il simplement, sans la regarde.

« Tu sais…ce mec, Haru, il ne te mérite pas. » dit-il simplement et le cœur d'Alix se sert alors qu'elle se souvient que tout le monde a entendu sa dispute.

« Tu devrais aller jouer avec les autres. Tu sais qu'on est autant tes amis que ceux de Nath, hein ? »

Il hoche la tête. Il le sait, mais ça lui fait du bien de l'entendre le dire. Il a parfois l'impression d'être une pièce rapportée, de n'être que le petit ami de Nath. Alix observe Marc descendre de façon pataude du rocher avant de se diriger vers le groupe, qui joue toujours au volley. Ils leur manquent un joueur puisqu'Alix n'est pas là, et ils accueillent Marc avec une ola.

A son tour, Alix descend de son rocher, en baillant. Il y a quelques années, elle était connue comme la pile électrique du groupe, c'est comme si cette première année postbac l'avait transformée. Elle se sent fatiguée, lasse. Elle n'a pas envie de rejoindre les autres, pire, elle n'a envie de rien, absolument rien.

La brune rejoint les serviettes, sur la plage. Mylène et Ivan font un château de sable, non loin de là. Sabrina et Chloé sont, quant à elles, assises sur deux chaises de plage, sous le parasol.

«…c'est ridicule ! » la voix perçante de Chloé lui parvient alors qu'elle s'avance vers elle. Alix ne sait pas ce qui est ridicule, mais Sabrina sourit.

« Ne vous occupez pas de moi, je vais fais une petite sieste. »

« Je ne vois pas pourquoi je m'occuperais de toi. » répond immédiatement Chloé et Alix lève les yeux au ciel en s'allongeant sur sa serviette, le visage tourné vers le soleil. Elle a hérité, de part les origines nord-africaines de sa mère, d'une peau qui ne rougie pas et qui prend bien le soleil. Elle sait que d'ici ce soir, elle sera aussi bronzée qu'Alya.

Elle ferme les yeux, écoutant le son des vagues et les éclats de rire, au loin. Elle est entrain de sombrer dans les méandres du sommeil bercée par les voix de Sabrina et Chloé.

« Depuis que tu es partie à l'autre bout de la France, personne ne veut jouer à Miraculous avec moi » avoue Chloé. « Et il n'y a personne pour faire mes devoirs, en plus ! Quelle idée ridicule tu as eu, t'exiler si loin. C'est absolument ridicule. »

La voix de Sabrina trahit son sourire. « Toi aussi, tu me manques, Chloé. »

Et finalement, Alix s'endort.