Alix entre timidement dans la chambre qu'Adrien partage avec Luka. Ses yeux découvrent la pièce, se posant tantôt sur les valises à peine défaites des garçons, tantôt sur les deux lits. L'un est parfaitement fait, l'autre est vivant. Au-dessus des draps se trouvent une guitare et des partitions. Alix n'a pas besoin d'y penser par deux fois, c'est bien le lit de Luka.
« J'étais en train de composer, puisque je ne peux pas dormir. » dit-il en suivant son regard. « Quand je t'ai écoutée chanter, une mélodie s'est inscrite dans mon esprit. Je devais la mettre sur le papier. » il lui explique et Alix ne sait quoi répondre, subitement gênée. Les gémissements d'Adrien et Marinette lui paraissent bien plus étouffés, maintenant que la porte est fermée. Elle s'avance dans la pièce, avec la désagréable sensation de ne pas être vraiment à sa place.
« Tu peux utiliser la salle de bain du palier » dit subitement Luka. « Et puis le lit d'Adrien. Il ne risque pas de dire grand-chose, à mon avis. » Alix soupire en jetant son sac à main sur le lit, froissant les draps. « Je ne peux même pas aller chercher mon pyjama » baragouine-t-elle, plus pour elle-même. Elle ne voit pas vraiment Luka se pencher vers son sac de voyage pour en sortir un tee-shirt gris, qu'il lui tend ensuite.
« Tiens, ce sera plus confortable que ta robe. » Alix attrape le tee-shirt et lui sourit lorsque leurs doigts se heurtent.
« Elle gratte. » fut sa seule réponse, mais ses yeux, eux, disent merci.
Alix ferme la porte de la salle de bain derrière elle et retire sa robe, ainsi que son soutient gorge avant d'enfiler le tee-shirt de Luka qui, comme elle s'y attendait, est bien trop grand pour elle. Le garçon est carré d'épaule et fait bien une tête de plus qu'elle. Elle semble se noyer dans le tissu gris mais ce dernier a le mérite de recouvrir ses fesses. Après avoir accroché robe et sous-vêtement au porte manteau de la porte, Alix laisse couler l'eau, en recueil entre ses mains et y plonge son visage. L'eau fraiche est agréable, sur sa peau et elle frotte légèrement ses mains avant d'attraper une serviette pour se sécher le visage. Elle détache les cheveux et attrape une brosse, qui appartient probablement à Luka. Elle ne peut pas se laver les dents et se contente de mettre du dentifrice sur son index avant de le glisser sur ses dents. Elle aurait pu essayer d'atteindre sa salle de bain par le biais de la chambre de Juleka et Rose, mais ces dernières dorment probablement.
Alix toque légèrement à la porte avant d'entrée dans la chambre. Luka a ranger sa guitare et ses notes, il est à présent assis sur son lit et fixe son téléphone. Il redresse la tête en voyant Alix entrer et sourit d'un air taquin.
« Eh bien Calamité, mon tee-shirt est plus long que ta robe. » constate-t-il et Alix lève les yeux au ciel en rejoignant le lit d'Adrien d'un pas peu assuré. En se glissant sous les draps, elle se rend compte que l'oreiller sent exactement comme Adrien, et cette pensée la dérange. Elle n'a rien à faire dans le lit de ce garçon, et pourtant, il est dans le sien, actuellement. Elle n'est pas sûre de pouvoir y redormir après ce qu'elle a vu.
« Tiens, bois un peu d'eau et avale ça, si tu ne veux pas avoir une vilaine gueule de bois demain. » la voix de Luka la sort de ses pensées et, en se tournant, elle peut apercevoir la bouteille et le paracétamol qu'il lui tend.
« Merci, tu es trop gentil avec moi. » répond-elle machinalement en prenant le cachet blanc et en l'avalant sans réfléchir.
« Trop ? Non, juste ce qu'il faut. » la voix de Luka est sans appel.
Elle manque de s'étouffer avec sa gorgée d'eau et se met à tousser, ce qui fait beaucoup rire Luka. Ses cheveux sont détachés et Alix remarque qu'ils sont bien plus long qu'elle ne l'aurait cru. Il est beau, il l'a toujours été, mais cette coupe de cheveux lui donne quelque chose en plus, qu'Alix ne serait interprété. Il n'est plus seulement beau, il est sexy.
« J'espère que tu ne ronfles pas, Calamité. » dit-il finalement en éteignant la lumière, plongeant la pièce dans l'obscurité. Alix n'arrive pas à fermer les yeux. Le parfum d'Adrien, la respiration de Luka et sa présence, tout près d'elle, tout la trouble. Elle n'arrive pas à bouger, dans ce lit. Elle se sent vide, elle se sent creuse. Elle a l'impression d'avoir été déposséder de quelque chose. C'est bête, ce n'est pas vraiment sa chambre après tout, ce n'est qu'un lit, et elle est heureuse pour Marinette. Mais elle est lasse. Lasse et fatiguée de, sans cesse, devoir vivre en fonction des autres. Jamais on ne s'intéresse véritablement à ce qu'elle pense, elle, ce qu'elle ressent, elle. Marinette ne lui a même pas envoyé un sms pour la prévenir, elle ne s'est surement même pas demandé ce que ferait Alix, ce soir. C'est comme si son existence même était inconstante, comme si tout le monde glissait sur elle sans jamais la voir, ou en ne voyant que ce qui les arrange. Tout le monde sauf Luka. Le seul qui n'est plus vraiment là, dans sa vie, mais qui continue à s'intéresser à elle et à ce qu'elle ressent. Il s'inquiète de ce qu'elle fait, de ce qu'elle pense. Il s'inquiète de la voir malheureuse et semble percevoir plus que quiconque les démons qui dansent sous ses yeux. Pourquoi ? Pourquoi arrive-t-il à la faire sentir moins seule, moins creuse ?
Elle ne contrôle plus son corps. Elle ne contrôle ni ses bras qui repoussent les couvertures, ni ses pieds qui se posent sur le parquet froid. La voilà debout, au milieu de l'obscurité. Elle s'approche de Luka, de son lit, et ses yeux à présent habitués à la nébulosité de la pièce, observent Luka, allongé sur le côté de son lit. Ses yeux, à lui, sont ouverts. Il ne dort pas. Il la regarde et sans un mot, il soulève ses draps. Alix n'attend pas un instant pour venir se loger contre lui, contre son corps chaud et rassurant. Les bras musclés du garçon l'attirent un peu plus. Dos à lui, elle respire lentement, ne sait quoi dire ni quoi penser. Pourquoi est-elle là ? Pourquoi accepte-t-il sa présence ? Mais surtout, pourquoi en a-t-elle désespérément besoin ?
Les minutes passent et Alix ne peut penser à rien d'autre que la respiration de Luka, chaude contre son cou. Elle n'ose pas bouger, elle ose à peine respirer. Les minutes passent, et finalement, dans un murmure, il prononce son nom et l'estomac d'Alix se tord, son cœur se sert dans sa poitrine. Elle se retourne, lui faisant face, devinant les contours de son visage dans la nuit. Il est là, face à elle, incroyablement proche, plus proche que personne n'a jamais été. Ni son père, ni Kim, ni Nath. Personne. Il est sur le point de toucher son âme. Elle le sent.
« J'ai l'impression que personne ne me comprendra jamais comme toi tu me comprends. Pourquoi ? On a toujours été si loin de l'autre, et pourtant…il n'y a que toi qui voit en moi… » sa voix est troublée, elle n'est pas bien sûre de mesurer elle-même la porter de ses mots. Elle n'est pas sûre de vouloir connaître ses raisons et ses réponses.
« Je ne sais pas. » dit-il honnêtement. « Mais ce que je vois, quand je te regarde, la mélodie que j'entends dans ma tête. C'est si fort, et le fait qu'ils ne le voient pas, ne l'entendent pas, ça me rend fou. » murmure-t-il
« Je n'arrive plus à me voir. » avoue-t-elle finalement, après un long silence. C'est la première fois qu'elle le dit à haute voix. « Je sens que je disparais, Luka. Ça me fait tellement peur…J'ai l'impression de me noyer, et que personne ne s'en rend compte. »
Brusquement, il attrape sa main et la sert, fort dans la sienne.
« Je sais. » dit-il simplement. « Mais tu ne disparais pas. Tu dors au fond de toi-même. Et moi, moi je suis là, pour t'empêcher de te noyer, pour t'empêcher de dormir à tout jamais. Je ne lâcherais pas ta main. »
Alix se met à trembler. Comment fait-il pour trouver les mots justes ? Ces mots qu'elle attendait désespérément ? Ceux qu'elle espérait entendre dans la bouche de son père, de Mari ou de Nath. Ce réconfort qu'elle recherchait vainement dans les bras de Kim, Luka est entrain de le lui donner sans même le savoir. La sentant trembler, près d'elle, Luka tire légèrement sur sa main pour l'approcher de lui, est subitement, le corps d'Alix entre en contact avec celui de Luka. Il la sert contre elle, longtemps, lui offrant chaleur et réconfort. Elle finit par arrêter de trembler, apaiser. Luka relache son étreinte mais reste tout contre elle. Il pose sa tête sur la poitrine de la jeune femme et timidement, Alix vient passer ses doigts dans les cheveux du garçon. Il reste ainsi, un long moment, et Alix se sent rougir lorsqu'il murmure en anglais :
« I can feel your heart. »
Et c'est comme si, de ces cinq mots, il comblait le vide de son cœur, comme si, grâce à lui, grâce à sa chaleur, elle ne serait plus jamais seule.
Luka redresse finalement la tête, pour la regarder, malgré l'obscurité, et il se perd dans les yeux, trop grands, d'Alix. Dans ses yeux, il peut lire son âme et ses peurs. Dans ses yeux, il voudrait se perdre, à tout jamais.
Nul ne sait, qui d'Alix ou Luka initie le premier contact, mais avant même qu'ils ne s'en rendent compte, leurs lèvres se découvrent, avec une douceur infinie. Les doigts de Luka glisse sous la nuque d'Alix et les mains de cette dernière caresse le visage anguleux du musicien. Sa tête bourdonne, son sang pulse contre ses tempes. Elle n'a jamais rien ressentie de semblable, ni avec Kim, ni avec Haru. C'est comme si, pour la première fois, les étoiles s'alignaient.
A bout de souffle, ils rompent le baiser et Luka repose sa tête contre le cœur d'Alix, la serrant un peu plus contre elle. Un sourire vient effleurer les lèvres de la jeune femme et, alors qu'elle passe une main sur la joue de Luka, elle ferme les yeux. Avant même de s'en rendre compte, elle s'endort, contre lui, avec lui.
Ses paupières papillonnent un instant, s'habitant à la lumière du matin. L'espace d'un instant, elle se demande où elle est mais le visage endormi de Luka fait remonter en elle les souvenirs de la veille. Il n'est plus sur sa poitrine mais il la tient toujours fermement contre lui. Les cheveux du garçon se mêlent au sien, sur l'oreiller. Ils sont proches, incroyablement proche, compte tenu de la taille du lit. Elle l'observe, les traits parfaits de son visage, ses piercings, ses tatouages, ses cils, incroyablement long. Elle voudrait le toucher, s'assurer qu'il est bien réel, qu'il n'est pas l'invention désespérée de son imagination. Les cils du garçon frémissent, un instant, mais il n'ouvre pas les yeux, pas immédiatement.
« Tu m'observes, Calamité ? Je dois avoir peur ? » demande-t-il d'une voix ensommeillée et, seulement à cet instant, les yeux de Luka rencontre les siens. Elle lui sourit et il vient capturer ses lèvres, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. Alix voudrait se réveiller ainsi tous les jours du reste de sa vie. Elle l'embrasse, elle aussi. Elle voudrait passer sa journée dans ce lit, avec lui. Ne pas bouger, ne jamais bouger. Parce que le quitter, s'éloigner de lui, c'est de nouveau perdre une partie de son cœur, c'est se sentir creuse de nouveau.
« J'ai faim » dit-il en enfouissant son visage dans le coup d'Alix, qui rit en sentant le nez de Luka chatouiller son oreille. « Mais je n'ai pas envie de me lever. » termine-t-il et elle soupire. « Moi non plus. Je veux rester près de toi. Tu crois qu'on pourrait trouver de la colle assez puissante pour nous coller l'un à l'autre ? »
« Pas besoin de colle » répond-il en la rapprochant de lui et en la serrant de tel sorte qu'il ne reste plus aucun espace entre elle et lui. Elle rit, de nouveau. Et il rit avec elle.
Ils finissent par se lever, à contre cœur. Alix passe par la salle de bain alors que Luka descend directement, non sans l'embrasser une dernière fois. C'est comme s'ils avaient toujours été ensemble, et il n'arrive pas à imaginer qu'il n'a passé, avec elle, qu'une seule nuit.
Alix fixe son reflet, dans le miroir de la salle de bain. C'est toujours elle, avec ses yeux trop grands et ses cheveux bruns. Pourtant, elle a l'impression d'être moins fatiguée, moins épuisée, plus rayonnante. Un sourire éclaire son visage et elle se trouve soudainement gênée, comme si elle prenait subitement conscience de la situation. Est-elle avec Luka ? Est-ce simplement une amourette d'été ? Ou une nuit, juste une nuit ? Elle ne sait pas.
Elle enfile sa robe, pour ne pas descendre dans le tee-shirt de Luka, et ne peut se retenir de sentir ce dernier, imprégné de l'odeur du garçon. Elle a l'impression d'être une adolescente. Elle rejoint ses amis au rez de chaussé. Tout le monde ou presque est attablés à la table de la terrasse. Quelqu'un est allé à la boulangerie et Alix salut ses amis avec légèreté. Kim a le front posé contre le bois de la table et il grogne.
« Je t'avais dit de ne pas commander un second mètre de shooter, mais tu m'écoutes jamais. » dit-elle en lui assénant une petite tape contre la tête avant de prendre place juste à côté de Luka. Elle croise son regard et sourit. Sous la table, il vient cherche sa main pour la serrer doucement. Il lui sert un verre de jus d'orange et elle le remercie avant de le porter à ses lèvres, de sa main libre. Personne ne se doute de rien, c'est grisant.
Ceux qui ne passent pas inaperçu cependant, ce sont Adrien et Marinette, qui arrive sur la terrasse, main dans la main. Alya manque de s'étouffer avec son café alors que Juleka et Rose se lancent un regard entendu. Partageant la chambre communiquant à celle d'Alix et Marinette, elles ont certainement, elles aussi, eu le loisir de les entendre.
« Attendez…Vous vous êtes remis ensemble ? Non ? Vraiment ! » Alya est survoltée, elle irradie de bonheur pour sa meilleure amie. Marinette, elle, cherche les yeux d'Alix et sourit à la jeune femme.
« Disons que j'ai eu les bons mots, ou les bonnes paroles. » dit-elle en lui offrant un clin d'œil complice.
Alix n'en croit pas ses yeux. Pas une excuse, pas une explication. Marinette ne semble pas éprouver le moindre remord alors qu'elle la chassé de leur chambre en plein milieu de la nuit. La colère monte en elle, violement. Ses doigts se resserrent autour de son verre si fort que ce dernier se brise, soudainement.
