Non, vous ne rêvez pas, je suis bien de retour.

Après plus d'un an, oui, je sais. Pourtant j'ai essayé de revenir plus vite, promis !

Quoi qu'il en soit, j'espère que vous réussissez à prendre l'air et à vous libérer l'esprit :-)

Résumé :

Hermione, après être revenue en Angleterre et prit la ferme décision de changer de vie (de trouver la vraie), revient à la Nouvelle-Orléans la veille du Nouvel An et, qui c'est donc qu'elle croise ? Drago, bien sûr ! On se demande ce qu'il se passe après... (Sourire de connivence)

Disclaimer :

Seule l'histoire et les nouveaux personnages sont miens. Sinon, tout appartient à Mama Rrrrowling.

Finis les blablas, place au chapitre !

Je vous souhaite une belle lecture 3


Chapitre 13

Drago et Hermione s'écartèrent, un peu ahuris. Ils s'observèrent, lui en pensant halluciner, elle en souriant timidement en se rendant compte de ce qu'ils venaient de faire. Alors, oui, c'était le Nouvel An et la tradition était d'embrasser les gens à côté de vous. Mais embrasser un homme qui était plus un inconnu qu'un ami, était-ce vraiment judicieux ? Judicieux, je ne sais pas, mais c'était plutôt agréable, répondit une voix dans l'esprit embrouillé de la jeune femme.

- Bonne année, Pans' ! crie une voix près d'eux.

- N'y pense même pas, grogna l'intéressée.

Celle-ci s'approcha de Drago sur le bras duquel elle posa une main pour manifester sa présence.

- Encore un qui… Par Salazard !

- Salut Pansy, lança Hermione aux yeux stupéfaits de la noirette.

Cette dernière donna un coup de coude au blond, les yeux toujours dans ceux d'Hermione :

- Elle est revenue plus vite que ce que je pensais !

Hermione la dévisagea, sourcils un peu froncés, désapprouvant cette manie qu'avait la barmaid de parler d'elle comme si elle n'était pas là.

- Alors je ne la rêve pas ? demanda-t-il, un peu inquiet.

Hermione posa son regard adouci sur lui. Pansy approcha alors ses doigts et pinça la jeune femme qui cria de douleur, se frottant ensuite le bras tout en la mitraillant du regard.

- Non, c'est bien elle. Allez Drago, hue ! On a pas que ça à faire, ce soir !

Curieuse, Hermione fit un pas vers Pansy qui se détournait déjà en tirant le blond par la manche.

- Vous avez autre chose à faire que fêter le Nouvel An ?

Pansy se tourna d'un geste sec vers elle, yeux plissés avant de jeter un regard vers Drago : il était encore obnubilé par la Londonienne face à lui et Pansy sentait que ça n'allait aider personne que Granger soit revenue maintenant. Bon sang, quel timing, elle a, celle-là… Pansy posa à nouveau son regard sur Hermione, laissant tomber l'idée de demander de l'aide à son meilleur ami :

- Oui, Miss Fouineuse. Et cela ne te concerne en rien.

- C'est bon, pas besoin d'être désagréable, répondit Hermione.

Pansy haussa des sourcils choqués et Drago eut un sourire en coin : c'était bien Hermione. Ç'eut le mérite de le ramener à la réalité et il s'excusa auprès de la jeune femme, mais ils avaient vraiment à faire. Il lui souhaita une excellente soirée ainsi qu'un bon retour à la Nouvelle-Orléans puis tourna les talons, disparaissant dans la foule en compagnie de Pansy.

Hermione, un peu déstabilisée par ce changement brusque d'attitude du blond, resta planté là, interdite. Elle venait à peine de poser le pied sur le sol louisianais qu'elle avait embrassé son hôte improvisé (qui était aussi un homme intriguant qui ne la laissait étrangement pas indifférente, mais qui était parfois tellement horripilant qu'elle n'avait qu'une envie : lui asséner une gifle et s'en aller), échangé quelques mots secs avec la barmaid et avait été délaissée pour Dieu savait quelle activité. Soudain, des voix la tirèrent de ses pensées quand son nom surgit de la foule. La jeune femme se retourna et aperçut quelques têtes rousses souriant jusqu'aux oreilles. Hermione poussa un cri de joie et se précipita vers eux en jouant un peu des coudes. Elle sauta dans les bras de Ginny Weasley et elles sautillèrent sur place, surexcitées de se revoir.

- Par Merlin, Hermione ! Je ne pensais plus jamais te revoir !

- Hé si ! Me revoilà ! Et je ne compte plus repartir, avoua-t-elle plus vite qu'elle ne l'avait prévu.

Les têtes autour d'elle prirent une expression ahurie avant de bouger dans tous les sens pour célébrer la nouvelle. Ginny et ses frères Ron, Fred et George avaient le nez et les joues rouges dû à l'alcool et à la chaleur humaine ambiante. Fred aboya qu'il fallait absolument offrir un verre à Hermione et George compléta en déclarant que l'année commençait mieux que prévu. Ron prit maladroitement Hermione dans ses bras mais lui souhaita la bienvenue. Hermione le remercia, un peu gênée par cet élan d'affection, mais mit cela sur le compte des litres alcoolisés ingurgités depuis apparemment un bon moment au sentir de l'haleine du jeune Weasley. Ensuite, Ginny chuchota sans aucune discrétion qu'ils feraient tous mieux de transplaner jusqu'à chez leurs parents pour parler du retour d'Hermignonne en toute tranquillité. Hermignonne ? tiqua l'intéressée sans pour autant relever.

- Transplaner ? Tu déconnes ? dit Ron.

- Héé-hé-on-on-on n'est bien trop bourrés pour transplaner, petite sœur, souligna avec justesse et perte d'équilibre Fred.

- Gred a raison, approuva l'autre jumeau en empêchant son reflet de tomber, passant un bras autour de ses épaules.

- Hermione, tu pourrais tous nous faire transplaner ? lui demanda subitement Ginny, renversant un peu de sa boisson sur le sol dans son brusque quart de tour.

Hermione, prise de court, observa un instant les quatre frères et sœurs autour d'elle. Le maquillage de Ginny avait un peu coulé, les jumeaux semblaient à peine tenir debout sans l'aide de l'autre et Ron hoquetait, le diaphragme complètement déréglé. La Londonienne ravala sa panique : elle venait d'apprendre qu'elle était une sorcière, qu'elle avait des pouvoirs magiques encore incontrôlables et on lui demandait de faire transplaner un groupe entier ? Il n'en était pas question, ce serait bien trop dangereux et leur fameux Merlin était le seul à savoir comment ça se terminerait. Alors Hermione secoua la tête puis une idée lui vint.

- Mais on peut passer par un autre endroit, dit-elle, le doigt levé.

- Par où ? demandèrent les jumeaux en tournant sur eux-mêmes, cherchant un endroit secret qu'ils n'auraient pas repéré jusqu'ici.

Hermione se retint de rire et suggéra :

- Par la cabine téléphonique.

- La quoi ?

- Je crois que c'est le truc moldu avec lequel ils s'appellent entre eux, grogna Ginny, suffisamment lucide pour se rappeler de ses cours d'Études des Moldus. Un félétone géant.

- Téléphone, la reprit Hermione en souriant, amusée et étonnée de voir que les sorciers ne savaient pas tout du monde qui n'était pas le leur. Suivez-moi.

Et la joyeuse troupe prit la direction du fond de la rue. Hermione s'étonna de se souvenir si bien de l'endroit où elle était et de savoir si bien s'orienter. Mais elle décida de garder son admiration personnelle pour plus tard, maintenant elle devait gardienner un groupe d'amis avinés. D'ailleurs, elle se dit que la meilleure façon pour eux de ne pas se perdre était de se tenir la main. Elle le leur ordonna et Ginny juste derrière elle cria l'information à ses frères qui acquiescèrent d'un hochement de tête qui se voulait sérieux mais qui perdait toute crédibilité dû à l'alcool. Hermione pouffa et observa Ginny tendre la main à Ron dans son dos. Il s'en empara et tendit sa main à l'un des jumeaux avant de tiquer : comment feraient-ils pour se tenir la main si elle était occupée par une bière ? Les jumeaux semblèrent se poser la même question. Alors en même temps, Ron affonna sa bière et laissa tomber son gobelet par terre, imité par Fred et George qui, quant à eux, ne finirent pas leurs verres et les laissèrent tomber sur le sol, éclaboussant les chevilles des gens autour. Les jumeaux et Ron ne prêtèrent aucune attention aux protestations des inconnus et attrapèrent la main unique de Ron d'un même élan. Mais ils comprirent bien vite qu'un seul d'entre eux pourrait tenir la main – toujours tendue – du cadet. Les jumeaux commencèrent à se disputer pour savoir qui tiendrait la main du frère, lequel les regarda faire sans réagir, Hermione éclata de rire et Ginny soupira avant de leur hurler de se décider. Les jumeaux dévisagèrent leur sœur avec un léger strabisme puis George et Fred se mirent alors à offrir la place à l'autre d'un air bien trop poli :

- À vous l'honneur, cher frère.

- Mais non, à vous.

- Je vous en prie, allez-y.

- Trop aimable !

- Tout le plaisir est pour moi.

Et le petit groupe put enfin démarrer.

- C'est deux-là, je vous jure, grogna Ginny dans le dos d'Hermione qui rigola de bon cœur.

Bien qu'elle n'en eusse pas souvent été témoin, ce genre d'idioties lui avait manqué. La route jusqu'à la cabine téléphonique fut sinueuse et lente mais ils atteignirent enfin l'endroit voulu. Alors Ron s'exclama qu'il connaissait cette fameuse cabine et qu'il savait comment atterrir chez eux.

- Et comment ça fonctionne ? s'enquit Ginny.

Son frère passa devant Hermione et entra dans la cabine en susurrant à sa sœur qu'il fallait un code secret avant d'appuyer son index sur ses lèvres jointes. Le roux tapa sur le clavier puis il poussa la paroi et apparut alors devant les yeux des sorciers la petite maison biscornue des parents Weasley. Hermione écarquilla les yeux et poussa une petite exclamation de surprise : elle avait raison, c'est bien à ça que ça servait.

- Dément… soufflèrent Fred et George.

- Allons-y avant qu'on nous voie, les rappela à l'ordre Ginny.

Alors les amis, frères et sœur passèrent la paroi qui se referma derrière eux. Les Weasley avancèrent vers la maison en chantant à tue-tête une chanson qu'Hermione n'avait jamais entendue. La Londonienne quant à elle se retourna et avança mains tendues vers l'endroit où la paroi venait de disparaitre. Mais rien. Pas une seule courbe étrange, pas de courant d'air, rien qui pourrait manifester la précédente présence de la paroi de la cabine téléphonique dans le jardin des Weasley. La jeune femme, bien qu'heureuse que son idée ait fonctionné, déglutit avec difficulté. Elle allait devoir se faire à l'idée que la magie faisait maintenant partie de son quotidien, mais ce soir elle sentit qu'il lui faudrait boire.

- Bienvenue à la Nouvelle-Orléans, ma grande, se souhaita-t-elle à elle-même en rejoignant les autres à l'intérieur.

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- Alors, Hermione, qu'est-ce que tu veux boire ? lança Ron de l'autre côté du salon.

Hermione entra dans la cuisine et inspira la bonne odeur : Molly avait dû cuisiner pour tout un régiment et ça sentait encore très bon. Elle laissa ses pas la guider dans la salon et elle se surprit à en refaire le tour comme la première fois qu'elle était venue. Elle comprit alors que la photo sur laquelle la famille Weasley apparaissait bougeait bel et bien et que c'était sûrement la version sorcière des photos. Soit dit en passant, elle avait hâte d'en comprendre le mécanisme. La jeune femme voulut demander où étaient Arthur et Molly mais la question de Ron surgit à son esprit obnubilé par toute magie et elle oublia de poser la sienne.

- Que me proposes-tu, Ron ? s'enquit la jeune femme en s'approchant du roux qui avait les genoux pliés à hauteur de l'armoire.

- Je ne sais pas. On va voir. (Il se mit à faire léviter les bouteilles hors de l'armoire pour les aligner sous le nez et les yeux écarquillés de la jeune femme. S'y ferait-elle un jour ?) Alors, on a… de la Bièraubeurre, du whisky Pur Feu… Je te proposerais bien du jus de citrouille ou un soda de Branchiflore, mais, hé ! C'est le Nouvel An, ça se fête ! Alors, qu'est-ce qu'on a d'au-Oh ! De l'Eau Glouglousse ! Tu dois absolument essayer, Hermione !

Pendant que la jeune femme essayait d'imaginer quel goût pouvaient avoir ces boissons aux noms bien exotiques, Ron sortit alors une bouteille contenant un liquide ambré mais plus clair que du whisky qu'il versa dans un petit verre à pied. Le jeune Weasley le tendit alors à Hermione qui le prit et observa le verre d'un air craintif. Elle inspira un grand coup et bu cul sec… Avant d'éclater de rire. La jeune femme se couvrit la bouche et ouvrit des yeux surpris. Qu'est-ce que c'était que ce truc ? Elle jeta un coup d'œil à son verre puis à Ron et observa la réaction des autres : tous souriaient mais ne semblaient pas surpris.

- J'adore l'Eau Glouglousse, annonça Fred. C'est vraiment la seule boisson qui rend les évènements atroces très drôles.

- J'approuve ! s'exclama Ronald avant de resservir Hermione. Tiens, je te laisse la bouteille, dit-il en lui glissant le breuvage inconnu dans la main avant de rétorquer « J'en rachèterai une aux parents, hein ! » à Ginny qui désapprouvait.

Les autres choisirent leur boisson et le contenu du bar s'amenuisait petit à petit alors que les conversations allaient bon train. Le groupe parla longtemps, de tout et de rien, mais surtout de l'avenir et de ce qu'il s'était passé entre le départ et le retour de la Londonienne. C'est d'ailleurs ainsi qu'Hermione apprit que Ginny était en couple avec un collègue de travail nommé Olivier Dubois, que Ronald et Harry avaient arrêté des contrebandiers recherchés, ce qui leur avait valu une augmentation et que Fred et George avaient eu l'idée du siècle (ils étaient en train d'y travailler et de la tester avant de la lancer sur le marché). Ils proposèrent d'ailleurs à Hermione d'être leur cobaye. La jeune femme s'apprêtait à accepter quand elle vit Ginny et Ron secouer férocement la tête à son attention, alors elle refusa poliment en se disant que les cadets de la famille étaient les mieux placés pour la guider par rapport à leurs frères qu'elle savait être de vrais farceurs, parfois même un peu trop.

Ils parlèrent jusque tard dans la nuit, l'alcool coulant à flots. Ce fut aux environs de cinq heures du matin qu'une question sensée fit son entrée dans la conversation et quiconque aurait subitement fait irruption dans la pièce aurait immédiatement compris que le petit groupe était plus aviné qu'éveillé. Fred et George étaient affalés au pied du canapé, tête contre tête. Ginny était assise en travers du fauteuil, tête sur l'accoudoir de gauche, les pieds pendant par-dessus celui de droite. Ronald gisait sur le dos, les pieds passant par-dessous la table du salon, le torse pile sous celle-ci, la tête au pied du fauteuil tournant du père Weasley sur lequel était assise en tailleur Hermione, les cheveux hérissés à force d'avoir ri.

- Dis-moi, Hermione, commença Fred de sa voix avinée. Si tu dors chez nous ce soir, tu dormiras où demain ?

- Et le jour d'après ? demanda son jumeau.

- Et ceux encore d'après ? s'enquit Ronald en levant les yeux vers elle.

Hermione, coupée dans son élan de terminer cul sec la bouteille d'Eau Glouglousse, haussa les sourcils, soulignant ainsi qu'elle n'avait même pas pensé au lendemain. Ou au jour-même, pour être exacte.

- Je suis la seule à me demander si elle aura assez de sa petite valise ? dit Ginny au milieu du silence.

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Le lendemain, quand tout le monde fut plus ou moins à jeun et réveillé – en fin fin de matinée, donc –, il fut décidé qu'Hermione passerait la semaine chez les Weasley (elle n'avait pas vraiment eu le choix), le temps de lui laisser récupérer du vol, de se réhabituer à la Nouvelle-Orléans et de trouver un logement (c'était surtout Hermione qui avait insisté sur ce dernier point sans préciser qu'elle devrait également trouver un job dans cette même semaine). Évidemment, Molly avait répété encore et encore qu'elle était la bienvenue et qu'elle pouvait rester autant de temps qu'elle le voulait, mais la jeune femme ne pouvait décidément pas laisser ce couple si charmant s'occuper d'elle comme si elle était l'un de leurs enfants. Elle venait à peine de les rencontrer, ce serait inconvenant.

Aussi prit-elle la liberté de parcourir les rues de la Nouvelle-Orléans à la recherche de librairies où elle pourrait acheter tous les journaux possibles. Les petites annonces pourraient l'aider à trouver un travail et aussi un endroit où vivre. Elle avait laissé sa valise chez les parents de Ginny qui l'avaient accompagnée. Les deux jeunes femmes, avant de se résigner à éplucher les petites annonces, avaient été trouver la plus grande agence immobilière de la ville. Mais rien ne semblait à louer ni à acheter ou tout du moins dans les moyens de la Londonienne fraichement débarquée. Son plus beau sourire sur les lèvres, cette dernière avait attendu d'être sortie de l'agence pour incendier l'agent et de râler sur l'incompétence de ce dernier : il ne lui avait même pas proposé de faire quelques recherches pour elle. Outrée, elle s'était dit que cela devait être typiquement américain que de laisser les Anglais dans la bouse puis avait louché vers Ginny et s'était reprise : non, ce n'était pas typiquement américain. Elle avait simplement eu la malchance de tomber sur un être résigné et fainéant.

- Si j'avais fait preuve d'une telle fainéantise dans mon travail, crois-moi qu'aucun de mes clients ne s'en serait sorti gagnant de leur procès, assura Hermione à Ginny qui l'interrogea sur son métier.

Hermione se fit alors un plaisir de le lui expliquer – bien qu'un peu perturbée par cette nécessité – puis Ginny s'exclama que c'était exactement la même chose qu'au Magenmagot, à l'exception près qu'il fallait s'y connaitre en magie, évidemment. Évidemment, répéta mentalement Hermione.

- Bon, il ne nous reste plus qu'à rentrer et à feuilleter ces journaux, décréta Ginny en pointant les papiers en question.

- Tu as raison, soupira la brune.

- Viens, nous allons transplaner, lui dit Ginny avant de les guider dans une ruelle vide, de prendre la main d'Hermione et de quitter le centre-ville en un petit « Pop ! ».

Une fois de retour dans le Bayou, Hermione posa une main sur son estomac et en retint le contenu avant de grogner qu'elle ne s'y ferait jamais.

- Je suis déjà étonnée que tu ne vomisses pas ! s'exclama Ginny en l'aidant à avancer. Ça ne t'est jamais arrivé ?

- Non. Ron aussi a été surpris : il en ferait même un devoir, de vomir après les premiers transplanages…

- Pas du tout, répondit Ginny après avoir ri du sarcasme de son amie. C'est seulement que ça retourne et rétrécit tout à l'intérieur et comme on revient à notre taille normale en deux secondes, eh bien… Notre corps n'est tout simplement pas habitué !

- Ça n'a vraiment rien de naturel, votre truc ! marmonna la brune en acceptant le verre d'eau que Ginny lui tendit une fois dans la cuisine.

- Alors, ces recherches ? s'enquit Molly en débarquant dans la cuisine, un tablier plein de terre autour de la taille.

Hermione soupira, déçue et Ginny haussa les épaules avant de demander à sa mère pourquoi son tablier était tout sale.

- Je suis en train de dégnomer le jardin, expliqua Molly avant de secouer la tête, atterrée : Ces créatures vont me rendre folle !

- Dégnomer ?

- Ça veut dire qu'on arrache les gnomes du sol et qu'on les jette au loin, définit la cadette à Hermione. C'est assez amusant de les voir donner des coups de pieds en l'air quand on les envoie valser.

Hermione déglutit, toujours incertaine d'avoir bien compris.

- Des gnomes ?! Ça existe ?

- Bien sûr ! Quelle question.

Hermione voulut parler : comment aurait-elle pu savoir que les gnomes existaient pour de vrai alors qu'ils ne sont que légende – ou insulte – dans le monde moldu ? Elle laissa cependant couler : ce qu'elle ne connaissait pas du monde sorcier était probablement réciproque pour Ginny avec le monde moldu.

- On peut… vous donner un coup de main, Molly ? proposa maladroitement Hermione.

- Non, ça ira ! Je te remercie ! Faites ce que vous avez à faire, mes chéries.

Sur ces mots, elle repartit dans le jardin. Ainsi, les filles s'assirent à la table de la cuisine, une tasse de thé devant Hermione et un café noir devant Ginny. Chacune armée d'un stylo-bille et de leur plus grande concentration, elles se mirent au travail.

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Pendant des heures, jusqu'à ce que le soleil se couche et même encore après, les sorcières lisèrent, analysèrent, relurent et rayèrent les nombreux journaux achetés. Ils furent décortiqués et épluchés jusqu'à ce que les pages se retrouvent pliées et froissées. Mais rien. Pas d'appartement à louer ni à acheter. Pas de job vacant. Nada. Que dalle ! Hermione et Ginny soupirèrent en même temps, épuisées.

- Je suis sincèrement désolée, Hermione, lui dit Ginny, compatissante.

- Ce n'est pas ta faute, Ginny. J'aurais dû être plus prévenante et trouver un travail avant de déménager. Mais bon. Têtue comme je suis, il a fallu que je débarque sur un coup de tête sans avoir rien préparé…

- Ne t'en fais pas, Hermione. Je suis persuadée que tu trouveras ce qu'il te faut. À Poudlard, j'ai vite appris que tout ce dont on avait besoin finissait pas venir à nous, même si ça n'arrivait pas toujours quand on le voulait ni de la façon dont le voulait, philosopha la rousse avant de se lever et de souhaiter bonne nuit à sa nouvelle amie.

Hermione resta encore un temps dans la cuisine, attablée et désespérée. Elle avait été tellement sûre qu'elle trouverait ce qui lui faudrait du premier coup. Les larmes lui montèrent aux yeux, ce n'était pourtant pas la première fois qu'elle vivait ce genre de situation : quand elle avait dû trouver un lieu de stage en dernière année à l'Université, elle s'était déplacée jusqu'au cabinet d'avocat le plus proche de son campus, persuadée qu'avec son curriculum vitae et son dossier scolaire, elle aurait le job directement. Quelle ne fut pas sa déception quand elle essuya le refus, et tout ça pour un fichu détail !

Depuis, elle avait toujours pris la peine de s'y prendre à l'avance pour avoir la place qui lui convenait – enfin, surtout qu'elle voulait – et ça lui avait à chaque fois réussi. Jusqu'à aujourd'hui.

La jeune femme prit la première couverture qu'elle trouva dans le salon et sortit prendre l'air. Elle avait besoin de s'aérer l'esprit, de se changer les idées. Elle aurait dû s'attendre à ne pas trouver son bonheur dans les journaux (elle était avocate, elle savait depuis le temps que les journaux n'étaient bons qu'à propager le malheur et l'inutilité). Par ailleurs, la phrase de Ginny lui plaisait : elle devait prendre son mal en patience et tout ce qui lui fallait viendrait le moment venu. Tout vient à point à qui sait attendre. Ce dicton avait maintenant encore plus d'ampleur qu'avant. Était-ce le monde magique qui amplifiait tout ce qui l'entourait ? Hermione n'en savait rien. Mais elle était sûre d'une chose…

- Que cette rivière sent mauvais ! s'écria-t-elle en se couvrant le nez avec la couverture. C'est vraiment atroce.

Comment la nature pouvait avoir de tels relents, vraiment ? Elle n'était pas censée sentir la rose, comme tous les campagnards le juraient ? Les parcs à Londres sentaient clairement meilleur, Hermione pouvait l'assurer. Elle déglutit en retenant son souffle et revint vers la maison des Weasley, maison endormie et presque vide. Les jumeaux et Ron avaient rejoint leurs chez-eux après le dîner et avaient transplané en même temps que Ginny et Hermione, vaquant chacun à leur occupation une fois tous sortis du Repère de Merlin.

La jeune femme monta les marches en faisant le moins de bruit possible, enfila son pyjama et s'endormit dès que sa tête toucha son oreiller.

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La matinée était déjà bien avancée quand Hermione descendit pour prendre le petit-déjeuner. Elle sourit à Molly qui lui demanda si elle avait bien dormi puis entreprit de fourrer un pancake dans sa bouche en le savourant jusqu'au bout. Elle rouvrit la bouche et piqua un fard en voyant les parents Weasley (Arthur étant rentré sans qu'elle l'entende) la dévisager comme si c'était la première fois qu'elle mangeait depuis des semaines. Arthur ricana et laissa couler pendant que Molly remplissait le verre de la Londonienne d'un jus d'orange fraichement pressé. Une fois rassasiée, la jeune femme prit le temps de remercier Molly pour son hospitalité et lui promit de trouver un logement le plus rapidement possible.

- Je t'en prie, Hermione, arrête de t'excuser ! s'agaça la mère de famille. Tu es ici la bienvenue et tu peux même rester si tu le veux.

Hermione en eut le sifflet coupé et Arthur fronça les sourcils vers sa femme. Il garda le silence une seconde puis secoua la tête avec un doux sourire sur les lèvres :

- Molly, je comprends tout à fait que les enfants te manquent mais ce n'est pas une raison pour forcer implicitement Hermione à rester vivre avec nous. Elle a probablement envie de son indépendance et…

- Au diable l'indépendance, Arthur ! s'écria Molly donc les yeux s'humidifièrent à la surprise d'Hermione. Mes enfants… Ce ne sont plus mes petits, ils… Ils…

La mère de famille se couvrit le visage des mains et son mari vint l'entourer de ses bras réconfortant, lui frottant le dos en murmurant des mots apaisants. Molly s'écarta après un moment et s'excusa auprès d'Hermione avant de sortir dans le jardin. Hermione se leva pour aller lui parler mais Arthur l'arrêta d'une paume dressée :

- Ne t'en fais pas, Hermione. Cela arrive de temps en temps. Tu comprends, avec sept enfants, c'est un peu dur pour elle quand elle se rend compte qu'elle ne les aura plus tous les jours près d'elle. Molly est… particulièrement maternelle, c'est un instinct puissant chez elle et… Enfin, elle le comble comme elle peut…

L'homme soupira en souriant d'un air mitigé. Il s'y était fait, mais c'était toujours particulier quand sa femme avait ces élans protecteurs. Pour une personne non-habituée – Hermione, par exemple – cela pouvait paraitre exagéré, même incongru. N'était-ce pas dans l'ordre des choses que de grandir et de quitter le nid familial pour explorer le monde de son côté ?

- Non, je ne… commença Hermione avant de laisser tomber.

Pas la peine d'argumenter. Arthur savait probablement ce qu'elle pensait et avait sûrement sa propre opinion sur le sujet. Alors elle chercha une diversion et une idée lui vint :

- Où est Ginny ? Je ne l'ai pas vue, ce matin.

- Dans le jardin, elle s'entraine.

- S'entraine ? répéta Hermione avant que ça lui revienne. Oh oui ! Juste. Elle est entraineuse, c'est ça ?

- Exact, confirma Arthur. C'est derrière la maison, tu peux passer par la porte de la cuisine.

La Londonienne acquiesça et suivit les instructions. Molly était hors de vue et Hermione repéra vite Ginny. Enfin, ce fut surtout Ginny qui repéra Hermione.

- Attention ! hurla-t-elle à la brune qui se baissa par réflexe, les bras au-dessus de la tête avant de sentir un souffle d'air puissant lui ébouriffer les cheveux et la faire tomber à genoux.

Un peu choquée, Hermione resta agenouillée un moment pour reprendre son souffle et tenter de comprendre ce qu'il venait de se passer. Elle releva la tête et des yeux ahuris sur Ginny qui la prit sous les aisselles pour la relever.

- Ça va ? Tu n'as rien ? s'inquiéta la rousse en détaillant son amie, les yeux inquiets.

- Je vais bien. Qu'est-ce qui vient de se passer, au juste ?

- Je suis passée au-dessus de toi. Je ne t'avais pas vu et je volais plus bas pour atterrir quand tu as déboulé dans le jardin. Je…

- Volais ? répéta Hermione, de nouveau à côté de ses pompes. Ton père m'a dit que tu t'entrainais.

- Oui, confirma Ginny en hochant la tête. À voler.

Pour appuyer ses propos, la sorcière se décala pour montrer du doigt un balais brillant posé à même le sol quelques mètres plus loin. Les yeux d'Hermione alternèrent entre Ginny et le balais sans comprendre. Ginny la lâcha et s'empara de son balais qu'elle enfourcha comme les sorcières des légendes d'Halloween, tapa du pied sur le sol et décolla délicatement avant de faire un tour autour de la novice. Cette dernière, n'en croyant pas ses yeux, en perdit l'usage de ses jambes qui se mirent à vaciller dangereusement, sa pression sanguine soudainement très basse. Habile, Ginny fonça sur son amie et la soutint d'une main autour du coude de la jeune femme qui la fixa d'un air ahuri. Sans crier gare, la brune perdit toutes ses couleurs et posa une main sur son ventre, prise d'un haut-le-cœur.

- Je vais vomir, grogna-t-elle.

Ginny atterrit dans la seconde et aida Hermione à s'asseoir à terre, la tête entre les genoux. La rousse écarta la chevelure de son amie pour lui en libérer la nuque.

- Hermione, ça va ?

- Je n'en suis pas certaine, réussit à articuler l'intéressée en sentant son cœur battre à nouveau à un rythme normal et son estomac avait cessé de faire des loopings. Seigneur…

- Ça va aller, tu ne t'attendais juste pas à me voir sur un balais, rigola Ginny pour détendre l'atmosphère.

- En effet. (Elle redressa prudemment la tête et loucha vers la rousse.) Tu m'avais dit que tu faisais du baseball.

- Non, j'ai dit que c'était comme du baseball. Pas que c'en était. C'est le sport typique sorcier. Enfin, au Royaume-Uni. Ici, c'est légèrement différent mais je ne m'y ferai jamais, je crois.

- Donc, faire des ronds dans l'air, c'est typique sorcier ? demanda Hermione, sarcastique.

- Pas juste voler, contra Ginny en souriant. Tu vois les cerceaux là-haut ? dit-elle en les pointant de l'index. Eh bien, il faut lancer une balle, un souaffle, dans ces anneaux, chacun valant des points différents, le but étant de gagner bien sûr !

Ginny se lança dans des explications farfelues qu'Hermione comprit à moitié. Les seules choses qu'elle comprit de cette histoire, c'est que son amie était une sportive professionnelle du monde sorcier, qu'elle entrainait l'équipe régionale, que ce jeu avait des règles similaires à plusieurs jeux moldus, que ça s'appelait le Quidditch et qu'elle le détestait déjà.

- C'est insensé, décréta-t-elle.

- C'est amusant et super challengeant, réfuta l'autre en s'époussetant les fesses une fois debout. Bon, je crois que c'est suffisant comme ça. Je reprendrai demain, s'il le faut. Allez, Hermione, debout !

L'intéressée s'exécuta, perplexe, mais suivit docilement Ginny vers la maison.

- Pendant que je m'entrainais, je réfléchissais, dit cette dernière en accrochant son balais à un support sophistiqué dans l'abri de jardin avant de revenir vers la cuisine où elle entra en expliquant à Hermione ce qu'elles allaient faire ce jour-là. Je me disais que j'allais t'aider à organiser ton emménagement. On a pas encore trouvé de logement, mais on peut s'occuper du reste.

Alors Hermione comprit que Ginny, certainement fin stratège dans son métier, était quelqu'un d'organisé. Aussi fût-elle agréablement surprise et tout à fait d'accord avec ce que lui proposait la sorcière.

C'est donc selon le plan de la rousse que les deux amies se retrouvèrent dans une rue bondée de la Nouvelle-Orléans sorcière. Hermione se retourna et eut un mouvement de recul surpris quand elle vit une allée longue et bordée de magasins à la place de la statue que Ginny et elle venaient de contourner. Doigt tendu, yeux grands ouverts, Hermione pivota plusieurs fois sur elle-même, pointant plusieurs fois l'espace derrière elle et celui devant elle, comme une idiote.

- Oui, je sais, la première fois c'est perturbant. J'ai eu la même réaction, la rassura-t-elle avant de froncer les sourcils et d'ajouter : Quoiqu'un peu moins prononcée… Bref ! Suis-moi.

Hermione n'eut pas le temps de poser plus de questions que Ginny repartait dans ses explications.

- Pour faire court, nous sommes allées devant la statue dédiée à Marie Laveau dans Congo Square, j'ai glissé une noise dans la main de l'esclave représenté sur la gauche de la statue, on l'a contournée et tadam ! Nous voilà à Marabout Square, annonça Ginny en embrassant l'endroit de ses bras écartés.

Le cerveau d'Hermione se remit en marche assez facilement. Elle s'y faisait après tout, à cette sorcellerie.

- C'est l'équivalent du Chemin de Traverse à Londres ?

Ginny se tourna vivement vers son amie, à son tour surprise.

- Oui. Comment tu sais ?

- C'est là-bas que j'ai contacté McGonagall.

- Attends, quoi ? s'exclama Ginny. T'as parlé à McGo ?

Hermione rit et expliqua à Ginny ce qu'elle avait fait les trois derniers mois à Londres. Ce qui ne manqua pas d'impressionner la sorcière qui siffla d'admiration, complimenta sa nouvelle amie pour son intelligence et sa jugeotte. Cette dernière rougit et détourna la conversation.

- Donc, qu'est-ce qu'on fait maintenant ?

- On va à la banque.

- Gringotts ?

- Oui… répondit Ginny, une nouvelle fois surprise des connaissances d'Hermione.

- Je l'ai lu dans le journal. Enfin, Drago le lisait et j'ai lu les gros titres, expliqua cette dernière avec un geste vague de la main.

- Malefoy, hein ? grogna Ginny, se renfrognant.

- Oui, Malefoy, répéta hermione d'un ton agacé. Sincèrement, Ginny, je peux comprendre que vous ne l'aimiez pas, ta famille et toi, mais je le trouve charmant. Casse-pieds, mais charmant.

- Non, tu ne comprends pas, Hermione, contra Ginny, sèche.

- Alors, explique-moi ! s'impatienta l'intéressée.

- Non, refusa l'autre, catégorique.

Hermione inspira pour se calmer et leva les yeux au ciel. Il ne restait plus qu'à faire un compromis puisque Mademoiselle Weasley rechignait à lui expliquer quoi que ce fut.

- Très bien ! Je ne parle plus de lui. Mais alors, tu m'expliques tout le reste. Je dois en savoir un maximum sur ce monde qui apparemment est le mien. Je ne veux plus m'y sentir étrangère.

Ginny lui jeta un regard en coin, soupira mais acquiesça. C'était légitime, après tout. Alors elle se lança dans un historique de la Nouvelle-Orléans pendant qu'elles se dirigeaient lentement vers le plus gros bâtiment de Marabout Square : la banque Gringotts. Pour être précise, la banque se trouvait à l'autre bout de ce complexe ouvert. Le square rappela à Hermione le Grove à Los Angeles, ce fameux centre commercial qui ressemblait plus à un village qu'à un centre commercial. Tout était surdimensionné mais une fashionista – et Hermione ne doutait pas que le monde sorcier avait les siennes – ne s'y perdrait pas et y trouverait son bonheur.

L'œil curieux détaillant rapidement les façades, Hermione gardait une oreille attentive à ce que lui racontait Ginny. Ainsi, elle sut comment les sorciers avaient traversé les eaux troubles de l'Atlantique, cachés parmi les moldus. Comment ils s'étaient installés parmi les colons, avaient trouvé une certaine liberté avant d'être obligés de recommencer à se cacher pour survivre. Ainsi naquit le MACUSA et toutes ses règles telle l'obtention obligatoire du port de baguette, l'interdiction de se mélanger aux moldus et donc de se marier avec eux, sans parler de la concurrence des gouvernements sorciers au sein-même des États-Unis.

Ginny expliqua que ses parents avaient vécu leur enfance en Angleterre mais qu'ils avaient dû fuir leur pays. Puis elle et ses frères étaient nés et à cette époque, les autorités avaient décrété qu'il fallait « favoriser » l'échange interculturel et l'ouverture d'esprit. De ce fait, les parents pouvaient choisir l'école dans laquelle leurs enfants iraient. Le couple Weasley ayant fait leurs études à Poudlard, toute la fratrie y était passée.

Hermione se demanda ce qu'il en était de Drago et ses amis, mais s'abstint de poser la question à voix haute. Alors Ginny continua-t-elle de lui raconter sa version des faits.

Soudain la rousse marqua une hésitation dans son récit. Hermione sut que quelque chose lui était de ce fait caché, mais Ginny bifurqua sans prévenir pour s'arrêter net devant un grand bâtiment, à n'en pas douter ancien et imposant.

Tout en haut, une inscription : « Gringotts ».

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Quand Hermione et Ginny sortirent de la banque, la première venait d'ouvrir un coffre à son nom et de signer maints documents à l'aide d'une plume d'oiseau, attestant que son compte moldu serait automatiquement et magiquement fermé lorsque les sous qu'elle attendait seraient versés par ses parents. Hermione n'osa pas demander d'explication lorsque le goblin face à elle dit de sa voix nasillarde : « Nous ferons le nécessaire. Ne vous inquiétez de rien, Miss Granger. ». Quant à la deuxième, elle prit le bras de son amie, surexcitée :

- Manque plus qu'une baguette et tout sera réglé !

Alors la rousse emmena la brune chez Ollivander – selon la rousse, il était tellement célèbre qu'il en a fait une chaine de magasin. L'établissement était agencé comme chez Harrod's à Londres. Hermione resta un instant figée à l'entrée.

- Et ce ne sont que des baguettes ? demanda-t-elle d'une petite voix, intimidée.

Ginny hocha la tête, peu impressionnée.

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Hermione remercia le ciel quand leur chemin les firent passer devant une libraire : enfin quelque chose familier ! Son amie vit son vif intérêt pour la boutique et l'incita à aller y faire un tour, de la rejoindre chez Creakyl – le meilleur tailleur de la ville, selon Ginny – quand elle aurait trouvé son bonheur.

Ni une, ni deux, la Londonienne sauta à pieds joints de l'autre côté de la porte. Elle rangea vite les papiers administratifs, son portefeuille empli de Gallions, de Mornilles et de Noises ainsi que son attestation de port de baguette dans son sac à main.

- À nous deux… sourit-elle alors.

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Le temps s'était écoulé sans qu'Hermione ne s'en rendent compte. Elle quitta la librairie les mains riches en littérature et le portefeuille vide en Gallions. Suivant les panneaux, elle trouva la fameuse devanture de chez Creakyl à peine cinq minutes plus tard. Au travers de la vitrine, elle vit une tornade rousse tournoyer entre les rayons. Cela la fit sourire de constater qu'il y avait plus fana qu'elle. Hermione s'apprêtait à entrer lorsqu'une vois familière retentit dans son dos.

- Granger ?

L'intéressée fit volteface et sourit à Drago.

- Salut.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

Ou plutôt : comment avait-elle trouvé l'entrée ?

- Je fais des emplettes. (Elle secoua son sac plein à ras-bord.) J'ai tout l'attirail d'une sorcière ! Reste à savoir utiliser ce truc…

Elle ouvrit la boite et lui montra sa baguette. Le blond la sortit précautionneusement de sa protection et l'observa minutieusement. Hermione lui répéta ce que le vendeur lui avait dit :

- 27,30 centimètre, fait de vigne et de ventricule de dragon.

- Je pourrais t'apprendre à l'utiliser, lui proposa-t-il en la lui rendant.

- Tu ferais ça ? Je veux dire, ne te sens pas obligé. Vous avez sûrement des cours du soir, je pourrais…

- Premièrement, je ne vois absolument pas de quoi tu parles. Deuxièmement, ça me semble naturel de t'offrir mon aide. Il faut bien que quelqu'un t'apprenne quelque chose.

Cette phrase aussi normale soit-elle fit rougir Hermione qui douta de la bonne interprétation de ces mots. Alors, elle se racla la gorge pour reprendre contenance – ou tenter de la garder – et baissa furtivement la tête avant de replonger dans le regard du tenancier. Ce dernier la fixait d'un air neutre, seuls ses yeux trahissaient une curiosité retenue. Il était intrigué par elle, Hermione en était certaine, tout comme il était certain que ce sentiment était réciproque.

- Alors, eum… Merci, dit-elle en redressant les épaules. Peut-être pourrions-nous en discuter plus tard ?

- Autour d'un verre ? proposa directement Drago.

- Pourquoi pas, accepta Hermione en hochant plusieurs fois la tête avant de sourire et d'ajouter : Ce serait parfait.

Puis elle écarquilla les yeux, se rendant compte que c'était loin d'un rencart comme son cœur avait pris le parti de croire. Sa tête devait alors ramener cet idiot romantique à l'ordre avant qu'elle n'ait des paroles incongrues et affreusement embarrassantes. Le coin des lèvres de Drago se souleva, narquois, mais se rabaissa dans la seconde, laissant comme seule preuve de sa pensée une étincelle dans ce regard d'acier.

- Je suppose que tu voudras m'en parler au Malefoy's ? s'enquit la brune, désireuse de détourner l'attention de sa tendance fleur-bleue. Pour que ce soit un endroit familier et à l'abri des oreilles indiscrètes.

Drago la dévisagea un instant. Il était toujours aussi surpris de ses paroles. C'était comme si elle savait ce qu'il pensait, sa façon de réfléchir et de prendre des décisions. Enfin, plus ou moins. Elle ne connaissait rien de lui, il ne connaissait rien d'elle. Il était attirée par elle de façon purement intellectuelle car il était évident que cette jeune Londonienne était brillante, à l'esprit vif et rationnel. Et, bien que la rationalité n'avait pas spécialement sa place dans le monde sorcier, cela était plutôt bien vu puisque les affaires, qu'elles aient un ascendant magique ou non, avaient toujours besoin d'un cerveau rationnel pour gérer ce qu'il y avait à organiser.

Prenons son bar pour exemple : il en avait hérité et le gérait de la meilleure façon qui fut – après tout, il ne serait pas un Malefoy digne de ce nom s'il ne savait pas perpétuer une tradition familiale... Pansy s'assurait de l'atmosphère au sein de la salle et Zabini, de la qualité des boissons vendues aux clients qui se faisaient à nouveaux nombreux depuis quelques mois. À ce détail, il fronça subrepticement les sourcils puis reporta son attention sur la jeune femme en face de lui qui attendait d'ailleurs une réponse.

- J'apprécie ta façon de penser, Granger, approuva-t-il. Passe dès que tu sais et on abordera le sujet, lui dit-il avant de sourire en coin, l'œil amusé : Et si je ne suis pas au bar, tu sais où me trouver…

Hermione sourit, amusée qu'il fasse référence à son séjour chez lui l'an passé. L'an passé. Hermione se figea une énième fois : l'an passé signifiait Nouvel An et ce Nouvel An, eh bien, elle… Il… Ils… Hermione se dandina sur place en tirant sur sa veste pour la lisser devant un Drago perplexe. Une déglutition plus tard, Hermione lui assura qu'elle passerait de la semaine et lui souhaita une bonne journée avant de le contourner et de s'éclipser.

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- Ah, Hermione, te voilà ! Je voudrais ton avis.

Ginny, contente de retrouver son amie, la tira par le bras et la fit entrer dans sa cabine d'essayage. Pour la retrouver, Hermione avait demandé à une vendeuse si elle avait vu « une jeune femme rousse, plus ou moins de cette taille, souriante » et son interlocutrice avait alors désigné du doigt les cabines d'essayage. Une fois à la droite de la rousse en question, Hermione ouvrit grand les yeux :

- Ginny, tu es sublime !

Celle-ci rougit de plaisir. Elle portait une robe dorée près du corps avec un décolleté plongeant et élégant. Sa peau de pêche était mise en valeur et elle paraissait encore plus douce avec cette couleur de vêtement. Ses cheveux tranchaient et ses yeux bleus ressortaient. Elle était vraiment magnifique.

- C'est vrai ? Tu aimes ?

- Si j'aime ? Ginny, je voudrais avoir ta peau ! Sérieux, comment tu fais ? s'exclama Hermione en caressant du bout des doigts le bras nu de sa nouvelle amie.

- Alors c'est très simple…

Il n'en fallu pas plus à Ginny pour se lancer dans des conseils beauté tout en déshabillant, gênant comme jamais la Londonienne pudique. Mais Hermione resta là à écouter son amie en s'obligeant à fixer le plafond ou ses pieds. Une fois Ginny prête, elles se dirigèrent ensemble vers la caisse où la robe fut payée et précautionneusement emballée.

- D'ailleurs, Ginny, reprit Hermione. Pourquoi une si belle robe ?

- C'est pour le Bal des Anciens.

- Le quoi ?

- Le Bal des Anciens, répéta la rousse en conduisant son amie parmi les passants. C'est comme le Nouvel An, mais pour les sorciers uniquement. Une fête privée pour la société magique de la Nouvelle-Orléans, si tu veux. Ça se fait toujours une semaine après le Nouvel An moldu.

Hermione fronça les sourcils, pensive. Magique ? Est-ce que c'était le même genre de soirée à laquelle elle avait involontairement assisté des mois plus tôt. Ginny remarqua le trouble de son amie avant de s'exclamer :

- Oh, mais quelle idiote je fais ! C'est normal que tu ne connaisses pas. (Elle baissa le ton.) Tu viens de découvrir que tu étais une sorcière. (Elle sembla être prise d'une illumination, stoppa net Hermione et plaqua ses paumes sur ses épaules.) Je pense qu'il faudrait que tu viennes.

- Quoi ? Pourquoi ?

- Pour te présenter à ton monde, bien sûr ! répondit Ginny sur le ton de l'évidence.

- Oh, Ginny, je ne pense pas que ce soit une bonne idée, refusa Hermione avec le plus de douceur possible. Non, sincèrement : je ne connais rien et peut-être que m'émerveiller face à tout le faste que les sorciers mettent certainement dans leurs fêtes… Non, ce n'est pas…

- Tu es sûre ? Je suis sûre que tu t'y plairais, fit Ginny avec une moue attristée.

- Persuadée, répondit Hermione en souriant doucement face à l'expression de son amie qui se reprit immédiatement.

- Très bien, comme tu voudras. Mais sache que si tu changes d'avis, il te suffira de me le dire.

- C'est gentil, merci.

- Y'a pas de quoi !

Elles quittèrent quelques heures plus tard le Square Marabout par le même endroit où elles étaient arrivées. Ginny récupéra sa pièce dans la main de l'homme-statue et gloussa d'un air complice tout en s'éloignant, son bras droit chargé de sacs, l'autre glissé dans celui d'Hermione.

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Son retour à la Nouvelle-Orléans la mettait dans le même état que lors de son premier séjour : ébahie, éblouie, transformée. Elle était tombée amoureuse, c'était indéniable. Sinon comment justifier ce sentiment de bien-être dans les rues de la ville ? Elle pouvait parler à voix haute, personne ne la regarderait de travers. Si elle avait envie de danser dans la rue au rythme du jazz qui occupait sans trêve son esprit, ce ne serait pas considéré comme bizarre. Peut-être que la ville entière était magique et que même les sorciers ignoraient que les seuls moldus à Nola étaient les touristes qui venaient se balader dans le Bayou ?

Oui, Hermione était définitivement amoureuse.

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Hermione retirait ce qu'elle venait de dire : elle n'était clairement pas amoureuse.

Comment pourrait-elle l'être alors que la femme à l'autre bout de la salle la fixait l'air furibond, lui donnant presque envie de creuser un trou et de s'y cacher ? Fini le sentiment de bien-être, complètement évaporée. Merci Parkinson…

Hermione inspira profondément et plaqua du mieux qu'elle le put sur son visage un sourire affable. Ne pas montrer que cette femme t'énerve. Ne pas montrer.

- Parkinson.

- Granger.

Un silence lourd et inconfortable prit sournoisement place entre la noirette et la brunette, se faisant un mesquin plaisir à les mettre mal à l'aise. D'ailleurs, Hermione était certaine, au moment où débarqua Drago, que c'était le silence qui les empêchait de se côtoyer pacifiquement. Un silence de non-dits. Si ça, ça ne caractérisait pas totalement ce qu'il y avait entre les deux femmes, alors Hermione n'était plus Hermione.

Elle se demanda même si Pansy ne la détestait pas parce qu'elle était amoureuse de Drago Malefoy et jalouse qu'une étrangère passe du temps avec lui. Hermione secoua la tête : c'était ridicule.

La brune suivit le blond en haut de la mezzanine comme la dernière fois et c'est une conversation presque similaire qui débuta.

- Alors ? Comment s'est déroulé ton retour ? s'enquit-il.

- Aussi bien que la première fois que je suis venue, répondit-elle. Et je constate que peu importe le moment où je décide d'entrer dans ce bar, Pansy me regarde toujours comme si elle était une dragonne qui attendait le moment opportun pour me cuire à point.

Drago ricana :

- Je vois que tu t'entraines à utiliser des images dignes d'une sorcière.

- Ah bon ? Je ne m'en suis pas rendue compte.

Le blond but une gorgée de sa boisson ambrée – deux verres les avaient suivis dans les escaliers et s'étaient posés sur la table entre eux dès qu'ils s'étaient assis – en souriant narquoisement. Hermione l'imita à l'exception qu'au lieu de sourire d'un air narquois, ses joues prirent une jolie teinte colorée et terriblement embarrassante. Une nouvelle preuve qu'elle n'était pas amoureuse : on n'est pas mal à l'aise quand on aime.

- Tu as réfléchi à ma proposition ?

- Quelle proposition ?

Drago haussa un sourcil et Hermione se rappela :

- Oh oui ! Je n'y ai pas vraiment réfléchi, non. (Une ombre agacée passa dans les yeux clairs.) Mais je pense que j'allais de toute façon te dire oui.

- Bien. (Drago jeta un coup d'œil à sa montre et se redressa sur son siège.) J'ai du travail qui m'attend, mais je te tiendrai au courant dès que je saurai où, quand, comment et dans quelles conditions je vais t'apprendre ce que tu devrais savoir depuis longtemps.

Il se leva et prit son verre. Hermione l'imita et rajusta son sac sur son épaule. Il reprit la parole en descendant les marches sans même vérifier qu'elle le suivait – elles le suivaient toutes.

- J'ai un rendez-vous dans quelques minutes, Granger. Je te recontacte bientôt. (Il pivote sur ses talons et se tourne vers elle, tendant son verre à son attention.) Comme je te sais organisée, je ne te propose pas de revenir loger chez moi : tu as sûrement déjà un chez-toi ?

- Évidemment ! mentit Hermione, le sourire figé, un goût acidulé sur la langue.

- Parfait. Au revoir, Granger.

Et il tourna les talons. Hermione dépose son verre sur le comptoir, accorda un bref regard à la barmaid et sortit du Malefoy's. Le menton haut, elle fit quelques pas avant de se stopper, de regarder devant elle le regard blasé et de se frapper fortement le front de la paume.

- Mais quelle idiote ! se fustigea-t-elle. Oui, Drago, je suis très organisée, Drago, se singea-t-elle d'une voix haut-perchée et sarcastique. J'ai en effet un chez-moi, Drago. Gna, gna, gna ! (Elle fit le dos rond, agacée par sa propre bêtise, et grogna comme un animal enragé avant de reprendre la route.) Quelle conne, je vous jure ! La Championne… Il n'empêche que toutes ces conneries me rappellent qu'en effet, je n'ai toujours pas d'appart.

Elle marcha d'un pas rageur vers le Repère de Merlin à quelques pâtés de maisons du Malefoy's. Hermione repensa à ce que lui avait dit Ginny : dans le monde magique, tu auras toujours ce qu'il te faudra, c'est juste que tu ne sauras jamais où tu l'obtiendras. Ou quelque chose du genre. Le truc, c'était qu'elle avait besoin de cet appartement immédiatement. Et puis même si c'était une petite maison, peu lui importait ! Du moment qu'elle pouvait loger où elle voulait.

La brune avançait, l'air morose, dans les rues ensoleillée, se sermonnant comme jamais. Pourquoi ses parents ne lui avaient pas dit d'attendre et de préparer tout dans le détails comme elle avait toujours fait ? Pourquoi ils ne lui avaient pas donné une claque derrière la tête – comme Gibs avec Dinozzo – pour lui rappeler le plus important : l'ordre ! Elle qui fonctionnait toujours dans l'ordre des choses, là, elle avait fait tout le contraire. Trop confiante, elle avait été. Beaucoup trop, même ! Ou alors avait-elle simplement été trop rêveuse ? Hermione secoua la tête : cela revenait de toute façon au même ! La rêverie et les coups de tête amenaient au même résultat : vous vous retrouviez dans la merde. Point barre.

Non seulement, elle n'avait pas d'endroit où loger, mais en plus, elle n'avait toujours pas de travail. Alors, d'accord, elle ne se leurrait pas : du travail ne tombait pas comme ça du ciel, mais tout de même ! Elle était avocate, bon sang ! Le taux de criminalité à la Nouvelle-Orléans devrait être largement suffisant pour qu'une avocate supplémentaire soit nécessaire, non ?

Hermione soupira profondément.

- Je ne peux rien y faire… À part chercher…

Le vent qui se leva soudain eut le mérite d'apaiser les sombres pensées de la Londonienne. Occupée à s'auto-flageller, elle ne remarqua pas tout de suite que quelque chose collait à la semelle de sa chaussure. Un coup d'œil lui permit de voir qu'il s'agissait d'un bout de papier. Génial… Manquait plus que le ridicule me colle à la peau – enfin, à la chaussure, dans le cas présent… Un faible sourire sur les lèvres, Hermione enleva l'intru et continua sa route. Mais il semblerait que le papier en eût décidé autrement : le vent tourbillonna autour d'elle et le papier vint se caler contre son tibia. Avec un soupir d'agacement, Hermione l'attrapa et le rejeta au loin d'un geste sec.

- Je ne suis pas d'hum… Hein ?

Hermione manqua trébucher en voyant le contenu écrit de l'indésirable. Et l'indésirable plus si indésirable s'envola au gré du vent, comme s'il narguait la jeune femme. Alors, les yeux ébahis, celle-ci réalisa qu'elle ne devait pas manquer cette occasion. Elle se mit à suivre le papier voletant, mi-marchant mi-courant, se baissant à plusieurs reprises en jurant dans ses dents quand le papier lui échappa malicieusement des doigts. Il semblait vouloir lui dire : « Ah ça, tu me pensais désagréable ? Maintenant, tu vas devoir me mériter, ma grande… ».

Enfin, elle réussit à refermer la main sur le trésor et le tint entre ses doigts fébriles. Son cœur se mit à battre la chamade et un rire nerveux s'échappa d'entre ses lèvres. Soudain, la jeune femme prit ses jambes à son cou et courut à perdre haleine jusqu'au Repère. Elle s'excusa en bousculant les gens et transplana aussi vite qu'elle le put. Dans sa précipitation, elle perdit un peu l'équilibre et vacilla sur ses jambes. Elle se rattrapa de justesse et courut comme une dératée jusqu'à la cuisine, les bras en l'air.

- Ginny ! Ginny ! Salut Ron. Ginny !

Elle poussa la porte, son entrée fut saluée d'un tintement de clochettes et la rousse se leva du fauteuil alertée par les cris.

- Qu'est-ce que se passe ? Hermione ?

- Ginny ! Tu ne devineras jamais ! Regarde ce que j'ai trouvé !

Et elle brandit le papier chiffonné sous le nez de Ginny qui plissa le nez. Quelques secondes plus tard, les yeux de la rousse s'écarquillèrent, ses lèvres s'étirèrent en un sourire surexcité et elle prit Hermione dans ses bras :

- Oh Hermione ! C'est génial ! C'est… (Son visage passe d'une expression joyeuse à scandalisée.) Mais qu'est-ce que tu fous ici, alors ? l'engueula-t-elle.

- Quoi ? Je…

- Tu dois allez absolument te présenter, Hermione ! Et maintenant !

La Londonienne, prise de court, bégaya pendant que Ginny la poussait dehors, la sommant d'aller passer un entretien immédiat.

Et c'est sans pouvoir placer un mot qu'Hermione retransplana au Repère de Merlin.

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L'endroit était pour le moins… bordélique. Jamais Hermione n'aurait pensé trouver un intérieur pareil alors que la devanture de la maison trois-façades était parfaitement peinte, sans même une écaille dans la peinture et que le carré de pelouse à l'avant du bâtiment était tondu au millimètre près, que les fleurs semblaient se tenir droites et fières, narguant leurs voisines. La plaque dorée et lustrée au-dessus de la sonnette indiquait « Armand Richardson – Avocat » et vous promettait une belle défense. Ce n'était qu'une fois rentré qu'on se rendait compte que l'avocat n'était peut-être pas si populaire, vu le capharnaüm qu'était son bureau.

Hermione chercha des yeux un passage sécurisé qui lui éviterait de devoir ramasser les piles qui seraient tombées derrière elle. Avec mille précautions, la jeune femme zigzagua entre les cartons et pencha son buste vers l'avant, espérant apercevoir quelqu'un. Personne.

- Bonjour ! lança-t-elle dans l'espoir que sa question atterrisse quelque part.

Pas de réponse. Un autre pas en avant.

- Il y a quelqu'un ?

Silence. Un autre pas… et une perte d'équilibre :

- Qui est-vous ? l'attaqua une voix masculine et fâchée de l'autre bout de la maison.

Des pas se firent entendre, de plus en plus proches, jusqu'à ce qu'un homme grand et longiligne vienne la foudroyer du regard. Il portait une chemise blanche un peu crasseuse dont les manches remontées jusqu'aux coudes laissaient entrevoir des avant-bras minces mais puissants. Son pantalon ressemblait à un vieux pantalon noir de travail qui tirait maintenant sur le gris. L'homme ressemblait, pour Hermione, à un vieil avocat qui n'avait plus beaucoup de succès et qui n'avait jamais pensé à travailler son image ni à se remettre au goût du jour – comme avoir accès à Internet et à une bibliothèque numérique, par exemple, pensa la jeune femme en envisageant les piles de dossiers.

- Bon-bonjour Monsieur, bégaya-t-elle un peu, néanmoins impressionnée : il allait peut-être devenir son nouvel employeur alors autant mettre de côté son habillement. Je m'appelle Hermione Granger et j'ai trouvé votre annonce dans la rue.

Ou plutôt, c'est votre annonce qui m'a trouvée, ricana la jeune femme intérieurement.

- Comment ? demanda l'homme, les yeux plissés. Quelle annonce ?

- Cette… annonce… répéta la brune, perplexe en lui tendant la feuille par-dessus une énième tour oscillante.

L'inconnu prit le papier et l'examina d'un air suspicieux, sourcils froncés jusqu'au milieu du nez. Après quelques secondes, il le retourna, le remit dans le bon sens, analysa à nouveau le verso puis finir par le rendre à la jeune femme.

- Je suis désolé, mais je n'ai jamais envoyé cette annonce, lui annonça l'homme, revêche.

Il faisait déjà demi-tour et Hermione commença sérieusement à croire que c'était une blague. Elle insista, pourtant :

- Mais c'est bien votre adresse, sur ce papier, non ?

- Exact, confirma l'homme.

- Alors, expliquez-moi comment ce papier s'est retrouvé sous mon nez, si vous êtes si certain que vous n'y êtes pour rien ! exigea Hermione, bras croisés avec son air d'avocate qui attendait la pure vérité.

L'inconnu haussa un sourcil et observa un instant l'inconnue en face de lui qui n'avait pas l'air de vouloir quitter les lieux. Alors il inspira et cria :

- Juliiiiie !

Un court silence puis :

- Oui ?

- Viens ici, s'il-te-plait !

De nouveau un silence pendant lequel des pas se rapprochèrent, plus légers, pour laisser apparaitre une jeune femme à peine plus vieille qu'Hermione et dont le visage était plus avenant. Ses cheveux coupés court étaient d'un intense brun aux mille reflets. Elle portait une chemise ample à carreaux gris-bleu sur un jean étroit. Dans ses yeux, la curiosité se fit voir au moment où elle alterna le regard entre l'homme et Hermione.

- Bonjour, la salua-t-elle.

- Bonjour, répondit poliment la Londonienne.

- Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Il se passe, vois-tu, que j'aurais posté une offre d'emploi cette semaine.

La dénommé Julie sourit malicieusement sous le regard accusateur du vieux monsieur. Elle se tourna ensuite vers Hermione et tendit sa main :

- Je peux voir ?

La Londonienne tendit une nouvelle fois son papier et l'inconnue sourit de plus en plus en reconnaissant la pièce à conviction.

- Alors il vous a trouvée ? Je veux dire : c'est vous qu'il a trouvé ?

- Je vous demande pardon ?

Quand j'ai pensé que le papier m'avait trouvé, ce n'était qu'une blague, songea Hermione, sentant qu'il y avait anguille sous roche. Mais l'intéressée n'informa pas plus Hermione car elle se fit enguirlander par l'homme :

- Enfin, Julie ! Je t'ai dit que je n'avais besoin de personne. Je me débrouille parfaitement tout seul.

- Oui, c'est ce que je vois, fit Julie en coulant un regard on ne put plus sarcastique vers le désordre. (L'homme râla et repartit après avoir congédié Hermione.) Roh, papa ! Vous, vous restez là ! ordonna Julie à Hermione avant d'ajouter « s'il-vous-plait » par politesse.

Julie suivit son père dans l'arrière-boutique en laissant Hermione là, les bras ballants, se demandant ce qui était en train de se dérouler. Ma vieille, tu devais bien te douter qu'en revenant à la Nouvelle-Orléans, tu n'allais pas tomber que sur des Moldus lisibles comme des livres ouverts ! lui rappela une voix alors qu'elle tentait d'intercepter des bribes de conversations. Mais impossible. Pourtant, elle les voyait de l'autre côté du chambranle et ils n'étaient pas si loin. La jeune femme secoua la tête : mieux valait attendre le verdict. Le père et la fille revinrent plus rapidement que pensé et un silence empli la pièce. Hermione, seule face aux deux autre, se sentit affreusement mal à l'aise. Julie luttait pour contenir son sourire, son père serrait les mâchoires et cherchait par tous les moyens à se sortir de là, et Hermione était plantée au même endroit depuis tellement longtemps qu'elle allait soit avoir des courbatures, soit s'enraciner. Julie donna un coup de coude à son père…

…Et le verdict tomba :

- Vous êtes engagée, grogna-t-il avec humeur.

Hermione était tellement sous le choc qu'elle ne répondit rien. Jusqu'à ce qu'il ajoute qu'elle commençait le lendemain.

- Oh mon dieu, souffla-t-elle avant de se reprendre. Merci, Monsieur ! Merci mille fois !

- Tu vois, je t'avais dit qu'elle serait contente, glissa Julie peu discrètement à son père. Les papiers ne mentent jamais…

- Ce sont surtout tes magouilles qui ne ratent jamais, rétorqua l'homme en relevant ses manches avant d'adresser ses derniers mots de la journée à sa nouvelle employée : À demain, Mademoiselle.

- À demain, Monsieur ! répondit-elle avec ferveur.

Et l'homme disparut de sa vue. Julie s'approcha adroitement, comme si elle faisait ça tous les jours, et reconduisit la jeune femme jusqu'à la porte.

- Je vous souhaite une excellente soirée, euh…

- Hermione, dit-elle en serrant la main tendue.

- Enchantée, Hermione.

- De même, Julie.

L'intéressée rit d'un rire semblable à mille clochettes, très agréable à entendre, et elle referma la porte derrière elle, laissant Hermione avec elle-même, sa joie et son nouveau travail.

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Comment elle en était arrivée là était bien trop mortifiant pour le raconter. D'ailleurs, même Hermione elle-même avait trop honte pour se repasser la scène.

- C'est tellement gênant… geint-elle en tentant tant bien que mal – surtout mal – de se protéger de la pluie battante.

Et maintenant, arrivée à pied, sans parapluie et avec une veste peu adaptée pour les orages Louisianais, elle stagnait devant la porte sans oser frapper. Devait-elle d'ailleurs frapper ? Voire rester ? Elle avait suffisamment abusé, non ?

Le concerné répondit à sa place en ouvrant la porte, un sourcil intrigué haussé, une main dans la poche.

- Salut… dit-elle, piteuse. Je peux entrer ?

FIN DE CHAPITRE


Voili-voilou !

J'espère qu'il vous a plu. N'hésitez pas à me faire vos retours, je serai ravie de vous lire et de vous répondre !

Sinon : des pronostics ? :-)

À la semaine prochaine !

Amour et Paix

Anacoluthe