Bonjour à tous !
Me revoici avec le chapitre suivant.
J'avais oublié de vous dire que, ça y est : c'est la dernière ligne droite ! J'ai hâte de savoir ce que vous en pensez, hâte d'arriver au dénouement et pourtant, j'ai déjà un pincement au coeur... Mais bon, on est là pour profiter, alors : profitez ! :-)
Place à la lecture ;-)
Chapitre 14
Ça avait commencé une fois qu'elle était rentrée chez les Weasley après avoir obtenu un job. Toute la famille avait décidé de fêter le nouveau départ d'Hermione. Du coup, impossible de refuser ! Ç'eût été affreusement impoli. Résultat : les parents, fils et fille Weasley plus Hermione avaient transplané au Repère pour fêter cela dignement.
Résultat bis : repas festif, alcool coulant à flot et Hermione incapable de transplaner. Mais ça, personne parmi ses compagnons de beuverie ne l'avait remarqué puisqu'ils étaient tous repartis chez eux en fin de soirée en transplanant. Pourtant, ils avaient convenu, enfin : avaient eu l'intention de convenir d'un Bob, comme chez les Moldus. Mais ce Bob n'avait jamais été désigné. Au plus grand dam d'Hermione qui s'était retrouvée complètement saoule dans les rues sombres de la Nouvelle-Orléans, bientôt trempée jusqu'aux os parce qu'elle avait été incapable de se souvenir comment actionner le mécanisme de la cabine téléphonique pour retourner en toute sécurité chez sa famille d'accueil. Alors, parmi ses pensées embrumées, une seule était arrivée à se tracer un chemin vers son conscient hors de la marée alcoolisée de son cerveau : Drago.
Résultat ter : là voilà, complètement désaoulée grâce aux torrents de pluie qui lui étaient tombés dessus, debout dans l'entrée de Drago Malefoy. Et affreusement gênée, il fallait le répéter.
Hermione leva doucement le nez et jeta un coup d'œil nerveux à son hôte. Il souriait. D'un air narquois, mais il souriait.
- Ça mérite un verre, tout ça, décréta-t-il, toujours d'humeur moqueuse.
Elle le suivit dans la pièce de vie et une fois à hauteur des canapés, il alluma d'un claquement de doigts un feu dans l'énorme âtre et Hermione s'y précipita, emmitouflée dans les essuies de bain doux et épais, aussi apparus d'un claquement de doigts. Il s'approcha ensuite d'elle en lui tendant un verre qu'elle regarda d'un œil torve, l'air de dire « Tu te fous de moi, c'est ça ? ».
- Juste un, insista Drago. T'en auras bien besoin, crois-moi.
Alors Hermione s'exécuta. Et Hermione toussa ses poumons tellement le breuvage était fort. Mais le blond avait raison : elle en avait eu besoin. Elle avait maintenant l'impression qu'une chaleur, d'abord brûlante puis douce, se répandait dans son corps, la réchauffant plus vite que le feu de cheminée.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Du Whisky Pur-Feu. Rien de mieux pour… péter le feu, termina-t-il, pince-sans-rire.
- Malefoy ? Tu viens de faire une blague, là ? s'étonna Hermione, taquine.
Il claqua de la langue :
- J'ai d'autres qualités que tenancier d'un bar et hôte exceptionnel, Granger.
- Je n'en aurais jamais douté, rétorqua la jeune femme, pensant nettement le contraire.
À vrai dire, elle ne savait pas vraiment ce qu'il était capable de faire, ni comment il était. Elle le savait tenancier d'un bar au passé obscur, peu recommandable, sûr de lui, riche, narquois, terriblement agaçant et toujours riche. Mais il l'avait hébergée sans rien lui demander en retour. Donc cela voulait dire qu'il était aussi altruiste – ou qu'il avait parfois des élans altruistes. En outre, bien qu'elle ne se souvienne pas clairement de comment ça s'était déroulé, il l'avait protégée et sauvée d'un animal encore non-identifié. Ce qui ajoutait à la liste un trait : protecteur.
Mais comment savoir s'il n'y avait rien d'autre que de l'altruisme derrière ses actions ? Étant tenancier, il avait sûrement un côté stratège, économe, quelque peu calculateur.
Hermione secoua la tête : cet homme au port altier et habillé avec chic de vêtements qui coûtaient plus cher que son ancien appartement était trop compliqué pour elle. Ce qui l'attirait encore plus. Elle voulait savoir ce qui se passait dans sa tête, elle voulait connaitre tous les traits de sa personnalité et comprendre son fonctionnement. Drago Malefoy avait piqué sa curiosité et elle ne comptait pas en rester là.
Surtout qu'il lui avait promis de lui apprendre la magie.
En parlant de ça…
- Dis-moi, Drago, commença-t-elle en attirant son attention.
Le blond était parti s'asseoir élégamment dans un fauteuil et sirotait son verre en feuilletant un journal étalé sur la table du salon face à lui.
- Je suis consciente que tu n'as sûrement pas eu le temps d'y réfléchir, mais je te pose tout de même la question : est-ce que tu sais comment tu vas m'enseigner la magie ?
Il se leva et s'approcha d'elle d'un pas lent, la mine concentrée. Le blond s'arrêta à quelques centimètres d'elle et l'observa un temps avant de prendre la parole.
- Quand je fais une promesse, Granger, c'est pour les tenir. Quand j'annonce que je dois réfléchir à une façon de fonctionner, c'est parce que c'est le cas. Et comme ta situation est on ne peut plus inédite, il m'est nécessaire de prendre du temps. Le temps. Je suis sorcier, mais pas professeur. Je vais devoir t'enseigner en très peu de temps ce que j'ai appris en sept ans. (Il marqua une pause et se pencha vers elle, un sourire aux lèvres que la jeune femme ne quitta pas des yeux.) Alors je répète ce que je t'ai dit : je reviendrai vers toi.
Hermione hocha la tête, consciente qu'il n'y aurait pas d'autre réponse. Et pour être honnête, elle était persuadée qu'il trouverait la meilleure des solutions.
Avait-il toujours eu les lèvres si rouges ? Non, parce que, franchement, elles ne l'avaient jamais autant attirée jusqu'à maintenant. C'est pas comme s'ils se connaissaient depuis longtemps, mais ils s'étaient déjà embrassés deux fois – trois, si on comptait le baiser qui s'était déroulé dans sa tête – et à chaque fois, elle n'avait pas fait attention à leur texture. Hermione se doutait qu'elles étaient douces et très agréables, mais peut-être que…
- À moi de te poser une question, Granger, la sortit-il de ses pensées.
Oui, j'accepte que tu m'embrasses. Hermione cligna plusieurs fois des yeux, éberluée par ses propres divagations et hocha la tête pour l'encourager à parler.
- Tu m'as menti.
- Ce n'est pas une question, fit-elle remarquer.
- En effet, convint-il avant de continuer. Mais il n'empêche que tu m'as menti : tu n'as pas d'endroit à toi.
Hermione baissa la tête, honteuse et embarrassée, et se détourna. Elle fit quelques pas et s'arrêta devant l'une des grandes et hautes fenêtres du salon sur lesquelles les gouttes de pluie s'amusaient à dessiner. Après une profonde inspiration et un intense soupir, elle acquiesça et avoua :
- C'est vrai, tu as raison. Je n'ai pas d'appartement. Et je ne suis pas aussi organisée que mes habitudes le laissent paraitre. Pour être honnête, mon retour ici était un pur coup de tête. J'était incapable de me concentrer et de faire mon boulot correctement, j'ai fait perdre un nombre horrifiant de clients au cabinet pour lequel je travaillais et je me baladais plus que de raison dans les rues de Londres juste pour voir si je n'avais pas rêvé. J'ai fouiné de mon côté et me voici définitivement de retour à la Nouvelle-Orléans. Et je compte bien ne plus repartir. Londres, c'est fini pour moi ! Je ne m'y sens plus à ma place. Alors je me suis arrangée avec mes parents pour vendre mon appartement en ville et j'ai pris le premier avion. J'ai atterri le jour du Nouvel An et… Et… Et ça fait beaucoup trop de mots pour dire que je t'ai en effet menti, par fierté, termina-t-elle en riant d'un air gêné, se tournant vers Drago qui la fixait sans bouger.
Son regard impénétrable, il répéta lentement :
- Tu comptes rester…
Il resta immobile une minute face aux sourcils froncés d'Hermione puis il pivota et fonça vers le couloir en lançant :
- Alors autant aller préparer ta chambre.
- Quoi ?
- Je t'en prie, Granger. Tu connais déjà mon avis sur les Weasley alors je te prie de me faire l'honneur de loger chez moi.
Comment dire non ?
000000
Elle aurait dû dire non.
C'est ce qu'Hermione se disait en prenant une douche chaude après que l'elfe de maison de Drago lui ait arrangé son ancienne chambre – la même où elle avait logé la première fois. Elle le savait : dire oui à un Malefoy revenait à se mettre les Weasley à dos. La jeune femme se sermonna tant qu'elle le put, mais elle arrivait toujours à la même conclusion que même ses flagellations mentales ne pouvaient changer : si elle voulait garder son amitié naissance avec Ginny intacte, elle devait mentir à celle-ci quant au lieu où elle allait loger dorénavant.
Il ne lui restait plus qu'une solution – deux, si on comptait la vérité, mais c'était bien trop risqué – qui était de faire croire à Ginny qu'elle allait loger au Repère de Merlin le temps de se trouver un appartement en prétextant que sa famille avait été bien assez généreuse comme ça avec elle.
Hermione grogna en se rinçant les cheveux : vraiment, Granger ? Mentir à ta nouvelle amie sur l'endroit où tu loges ? C'était d'un ridicule et terriblement décevant. Et parfaitement illogique aussi : elle quittait un lieu simple et accueillant pour un manoir lugubre que le propriétaire lui avait par le passé interdit de quitter en prétextant une quelconque sécurité.
Mais bon : le monde « magique » pouvait-il vraiment être qualifié de logique ? Hermione ne le pensait pas.
Ce fut sur ces bonnes paroles qu'Hermione quitta la douche pour le lit dans lequel elle s'allongea en sous-vêtements. Il faudra que je pense à récupérer ma valise…
000000
- Bien. Pour commencer, vous allez m'aider à trier tous ces anciens dossiers. Deux piles : à garder, à jeter. Une fois les deux piles complétées, nous passerons à l'étape « affinage » : les dossiers à garder seront à nouveau triés, mais dans un certain ordre. Nous en rediscuterons plus tard. (Le vieil homme indiqua d'un geste vague la partie gauche de la pièce.) Vous pouvez commencer.
Hermione retint un soupir : pour une avocate, passez du barreau aux salles d'archivage, c'était assez dégradant. Mais bon : elle n'avait pas vraiment le choix. Avant de se lancer, elle apostropha son nouveau patron :
- Comment je sais si je dois jeter ou garder le dossier ?
- Mmmh… Vous gardez tout ce qui date de 1900 et après. Le reste : poubelle !
- 1900 ?! s'exclama Hermione. Vous faites des archives de plus de cent ans ? Vous ne pensez pas que…
La jeune femme s'arrêta net quand elle se vit foudroyée du regard par son patron, apparemment peu enclin aux remarques d'inconnus. Elle leva les mains en signe de reddition et hocha frénétiquement la tête en signe de soumission. Très bien, je vous les trierai, vos antiquités.
000000
Son dur labeur dans les bureaux de son nouveau patron dura toute une semaine. Une affreusement longue semaine durant laquelle Hermione se perdait parmi les cas et les cartons. Elle dut redemander si souvent quelles années elle devait conserver que Richardson épingla finalement dans le chambranle des portes une feuille sur laquelle il inscrivit en rouge triplement souligné : ON GARDE APD 1900 ! Hermione en rougit jusqu'à la racine des cheveux, mais cela lui permit au moins de ne plus lui casser les pieds. Ainsi, l'homme put retourner à ses obscures occupations.
À la veille de son premier week-end en tant qu'archiviste, Hermione réussit enfin à faire un peu de place. À sa gauche, de sous la fenêtre de la façade à la moitié de la pièce, plusieurs piles plus hautes qu'Hermione « à garder ». Le reste de la pièce, « à jeter ». Et elle n'avait pas encore trié les armoires ! La jeune femme rejeta une mèche de cheveux d'un revers de la main, but de grandes gorgées à sa bouteille d'eau et, mains sur le hanches, soupira en se disant qu'il était temps de sortit les cartons inutiles. Alors, elle empila trois caisses et sortit par la porte d'entrée, préférant faire le tour du bâtiment plutôt que de se risquer dans les escaliers pour déposer les encombrants dans l'arrière-cour.
La moitié droite de la pièce commençait à se vider quand, au coin du bâtiment, Hermione vit une carrure familière.
- Charlie ?
- Oh, salut Hermione ! Tu vas bien ?
- Mais qu'est-ce...
- Voilà, Charlie, s'exclama soudain une voix féminine qu'Hermione reconnut comme étant celle de Julie, la fille de son patron, qui pointa d'ailleurs le bout de son nez par la porte arrière du bâtiment. Ta concoction est prête.
Elle tendit un flacon d'une taille certaine à Charlie qui s'en empara avant de remercier Julie. Celle-ci se tourna alors vers Hermione en haussant des sourcils surpris.
- Hermione ?
- Julie ?
- Tu vas bien ? T'as l'air blafard.
Hermione la dévisagea avec des yeux de hiboux. Charlie était sorcier, ça, elle en était sûre. Mais alors... Ses yeux, remplaçant son index occupé par le carton qu'elle portait, alternèrent entre lui et elle qui avaient repris leur conversation comme si de rien n'était.
- Donc, tu connais, hein, dit Julie en revenant à Charlie. Tu appliques un peu de cette crème deux fois par jour sur la blessure pendant trois jours. Ne rajoute rien et ne sous-dose surtout pas. Le traitement chez les musards doit être suivi à la lettre. Et vous devez absolument les isoler des autres animaux. (Charlie fronça les sourcils, comme blessé.) Oui, je sais, ça ne te plait pas, mais c'est comme ça. Il suffit d'un contact pour que toute la réserve soit contaminée. Et je n'ai pas suffisamment de stock pour que vous vous le permettiez.
- T'es dure en affaires, soupira Charlie. Combien je te dois ?
- La survie de ces animaux me conviendra amplement, répondit Julie.
- Mais, Ju', tu ne peux pas te permettre de donner gratuitement tous tes remèdes, protesta l'autre.
- Qui te dis que je donne tout gratuitement ? rétorqua-t-elle avec un sourire mystérieux. Bon, allez, ouste ! dit-elle soudain en poussant gentiment son ami. Du vent !
Charlie la remercia encore une fois puis transplana sous les yeux choqués d'Hermione qui constata que Julie ne moufetait pas. Cette dernière se tourna enfin vers Hermione, fronçant les sourcils, l'air à la fois amusé et interrogateur.
- Tout va bien, Hermione ?
- Je n'en suis pas très sûre…
Julie, alarmée, se précipita alors vers la jeune femme pour la décharger des vieux cartons. Elle les posa à terre et posa ses mains sur les épaules de la Londonienne, l'auscultant du regard. Hermione réagit quand Julie accola son poignet à son front : elle écarta le bras de la concernée et, consternée, lâcha :
- Tu es une sorcière ?
Julie sourit d'un air amusé et rigola un peu :
- Bien sûr, confirma-t-elle en haussant les épaules. Et toi aussi apparemment.
- Comment ça, apparemment ? répéta Hermione.
- Charlie ne côtoie pas tant que ça les non-majs. Comme vous aviez l'air de bien vous connaitre, j'en ai déduit que tu étais aussi une sorcière. Et puis, mon annonce n'a rien inventé, ajouta-t-elle sur le ton de l'évidence en haussant encore une fois les épaules.
- Quelle annonce ?
Julie tiqua et regarda Hermione de biais, perplexe.
- L'annonce qui t'a menée jusqu'à mon père et qui t'a permis d'avoir ce job, Hermione. De quelle autre annonce croyais-tu que je parlais ?
D'une que t'avais mise dans le journal et qui expliquait comment les autruches réussissaient à enfuir leur tête dans le sol, pensa l'intéressée, sarcastique. Hermione secoua la tête en se passant la main sur le front : elle était sûrement fatiguée, son cerveau fonctionnait un peu au ralenti.
- Bon, allez, suis-moi, je t'emmène manger, lui ordonna subitement Julie en attrapant son manteau et son sac à main, faisant ensuite apparaitre ceux de la Londonienne d'un claquement de doigts et de glisser son bras sous celui de la jeune éberluée qui restait plantée là comme deux ronds de flan.
000000
- Alors, Hermione, dis-moi tout, commença Julie quand elles eurent quitté la file après avoir commandé leurs sandwiches.
- À propos de ?
- De toi, ton emménagement et surtout pourquoi ici ? Tout ! Je veux tout savoir, s'exclama joyeusement la jeune femme en souriant chaleureusement.
- Oh, c'est, eum… bafouilla Hermione en s'asseyant à une table ronde en terrasse.
Il faisait particulièrement ensoleillé pour un cinq janvier, ce qui la changeait des journées sombres et humides, souvent pluvieuses de Londres. Hermione resserra son écharpe autour de son cou pour se protéger du vent, croisa les jambes et glissa ses mains jointes entre ses cuisses – ensoleillées, mais fraiches, ces journées.
- Pour ce qui est de mon emménagement, je crois que c'est mon voyage en septembre passé qui m'a décidée, expliqua Hermione, les yeux perdus dans le lointain, replongeant dans ses souvenirs.
Un instant, elle hésita à mentionner la découverte de son origine sorcière. En effet, il semblerait que cette infime différence pouvait créer de gigantesques problèmes. Du reste, c'est pour cela que la communauté sorcière de la Nouvelle-Orléans – et d'ailleurs dans le monde – se cachait, se terrait où elle pouvait dans l'intention de passer inaperçue auprès des moldus – aussi apparemment appelés « non-maj » aux USA. Mais elle venait d'avoir la preuve que Julie en était une, ce qui voulait donc dire qu'elle pouvait en parler avec elle.
- J'ai eu un tel coup de cœur pour cette ville, reprit-elle, que j'ai survécu trois mois à Londres puis j'ai posé ma démission et, hop ! me voilà ici !
- Survécu ? souligna Julie avec une expression amusée.
Un petit rire anima l'intéressée qui sourit d'un air tordu.
- Je suis plutôt douée dans mon métier, mais j'étais tellement concentrée sur ma nouvelle réalité que j'ai mis de côté des gens qui avaient besoin de mes services, précisa-t-elle sans rentrer dans les détails.
- Donc tu es avocate, alors ? Comment ça se passe pour les non-majs ? s'enquit Julie, surexcitée, en se penchant par-dessus la table, toute ouïe.
- Comment ça se passe pour les sorciers ? rétorqua Hermione.
Julie expliqua alors les choses, mentionnant un certain Macusa, le fonctionnement de la justice sorcière américaine, les centres pénitentiaires sur le continent – elle mentionna aussi Azkaban, le plus terrible lieu d'incarcération sorcier au monde où se trouvent les plus dangereux criminels. Hermione frissonna, non pas en entendant que la peine de mort était toujours d'actualité, mais en comprenant comment fonctionnaient les injections léthales magiques – ces détraqueurs avaient l'air sacrément flippant.
- Et ton homme, là… demande Hermione en agitant la main d'un air vague.
- Mon homme ?
- Oui, eum… Macusa, c'est ça ?
Hermione fut prise de court quand Julie lui rit au nez.
- Qu'est-ce que j'ai dit ?
- Hermione, le Macusa n'est pas un homme. C'est l'acronyme pour « Congrès magique des États-Unis d'Amérique ».
L'intéressée sentit ses joues la brûler soudainement : cette explication fit écho avec celle de Ginny et la jeune femme comprit enfin.
- Oh ! oui, bien sûr. J'aurais dû y penser…
- Ce n'est rien, la rassura Julie. Donc, qu'est-ce qu'il a, le Macusa ?
- Je voulais savoir si ses membres avaient établis toutes les règles pour les États-Unis ?
- Je crois. Tu sais, moi, le droit… dit Julie, évasive. Mais tu pourrais demander à ton patron, ajouta-t-elle en lui faisant un clin d'œil complice.
Ce qui rappela à Hermione qu'elle ne l'avait pas prévenu de sa sortie. Elle était supposée trier les cartons poussiéreux à l'heure qu'il était, pas manger en pleine place publique avec la fille dudit patron. Julie lui assura directement qu'elle s'arrangerait personnellement avec lui afin qu'il ne cause pas de problème à l'Anglaise.
- Ton père est avocat, souligna Hermione après un temps de réflexion et quelques bouchées de son sandwich. Mais je n'ai jamais vu personne entrer dans son cabinet. Comment cela se fait-il ?
Le regard de Julie se perdit dans le lointain et son visage se fit soudainement sombre. La bouche d'Hermione se tordit en une grimace : avait-elle dit une bêtise ?
- C'est compliqué, Hermione. Et délicat…
- Je ne voulais pas être indiscrète. Rien ne t'oblige à me répondre, Julie, se précipita-t-elle à dire.
- Ce n'est pas ça, grimaça Julie. C'est…
Hermione ne répondit rien et continua de manger son sandwich. Elle n'avait pas voulu faire de bourde, mais elle avait bien compris que la relation entre Julie et son patron cachait quelque chose. Quelque chose qui ne la regardait évidemment pas. Enfin, c'était ce qu'elle pensait…
- Quand j'étais petite, commença Julie en oubliant son diner dans son assiette, bien avant que j'entre à Ilvermorny, le monde sorcier était en guerre. Une guerre longue, sombre, pendant laquelle personne ne faisant confiance à personne. Je n'ai pas beaucoup de souvenirs de cette époque, mis à part un : un soir d'orage, en pleine nuit, je ne quitte pas des yeux ce couple qui s'éloigne avant de transplaner. Je ressens encore cette lueur d'espoir au fond de mon cœur quand la porte d'entrée se referme sous mes yeux. Ce souvenir m'a hantée des années avant que j'ose enfin en parler. Quand j'ai enfin osé poser des questions, j'avais passé dix ans et des dizaines de boites de mouchoirs étaient éparpillées devant moi, au pied du canapé, dans lequel me berçait celui que je considère comme mon père. Il m'a tout expliqué : il m'a raconté que mes parents avaient dû partir en Angleterre pour une affaire urgente et qu'ils n'en étaient jamais revenus. Ce couple qui pour moi n'avait fait que transplaner s'était en réalité évaporé le soir où j'ai réalisé que j'étais orpheline.
La voix de Julie s'enroua et Hermione, le cœur serré, posa sa main sur celle de la jeune femme en un geste réconfortant. Les yeux toujours fixés sur son repas, Julie lui expliqua son père était en réalité son oncle, le frère de sa mère, et qu'il l'avait élevée comme sa propre fille. Et s'il n'avait pas beaucoup de clients pour le moment, c'était parce qu'il avait fermé boutique pour une durée déterminée, comme il le faisait tous les ans depuis maintenant vingt-sept ans, depuis l'annonce de la mort de sa sœur et de son beau-frère.
- C'est un homme entier et intègre, reprit Julie après s'être éclairci la gorge. Être avocat, c'est une vocation. Quand il gagne un procès, c'est comme se venger de l'assassinat de mes parents. Je ne me souviens plus s'il était déjà avocat à l'époque où il m'a recueillie, mais je sais qu'il est l'un des meilleurs si pas le plus demandé en Louisiane, parmi les sorciers comme parmi les non-majs.
- Pourquoi les deux ? questionna Hermione. Les sorciers n'ont-ils pas pour habitude de se cacher des mol… des non-majs ?
Julie eut un étrange sourire.
- Sais-tu ce qu'est un cracmol, Hermione ?
La jeune femme secoua la tête.
- C'est une personne née de parents sorciers qui n'a pas développé de pouvoir.
- L'inverse des né-moldus, alors ?
- L'inverse des né-moldus version sorcier, c'est ça, sourit Julie, une lueur d'amusement dans les yeux. Cracmol, mon père a étudié le droit à l'Université de Louisiane puis a suivi le cursus équivalent dans le monde sorcier à New York. Il venait d'ouvrir son cabinet quand il m'a adoptée. Depuis, je porte son nom et il est l'avocat le plus réputé de la région.
Les jeunes femmes finirent leur repas dans un silence religieux puis reprirent la route du cabinet en abordant, cette fois-ci, les études scientifiques de Julie, qu'Hermione identifia à des études pharmaceutiques moldues.
Depuis cette conversation, Julie passa tous les jours saluer Hermione et l'éclairer un peu.
000000
Hermione entra dans le salon du manoir. Elle sortait à l'instant de la salle-de-bain, les cheveux mouillés et pieds nus, habillée d'un pantalon de jogging et d'un haut simple noir à manches longues. Les soirées étant fraiches à Nola au mois de janvier, Hermione avait pris le premier gilet épais qu'elle avait trouvé dans sa garde-robe.
Elle avait entendu quelqu'un frapper à la porte au moment où elle sortait de la salle-de-bain et en descendant les escaliers, intriguée par cette nouvelle voix, s'était tenue cachée dans le couloir.
- Tu sais que ce que Mondingus Fletcher dit a souvent pour but de provoquer, dit la voix grave et mélodieuse. Il a une fichue tendance à se faire payer pour révéler une info qui, six fois sur dix, est fausse.
- Peut-être, entendit-elle Drago répondre, son ton sec ponctuant la phrase suivante : Il n'empêche qu'il reste quatre chances pour que l'info qu'il m'a donnée soit vraie. Et ce serait loin d'être une bonne chose.
Hermione fronça les sourcils, étonnée par cette note d'urgence dans la voix de son hôte, note qu'elle ne lui connaissait pas.
- Tu te tracasses bien vite, constata sans moquerie une voix féminine qu'Hermione reconnut comme étant celle de Pansy.
- Il ne s'agit pas de n'importe qui, Pansy ! dit Drago, acerbe. Alors oui, je me tracasse.
- Mais pourquoi reviendrait-il ? s'interrogea l'autre homme.
- Je crois que la bonne question est : pourquoi reviendrait-il maintenant ? rectifia le blond.
La Londonienne fronça les sourcils encore plus : en voilà, une conversation bien étrange. Et ç'avait surtout l'air secret. Elle bougea et la porte à sa droite grinça. Elle fit vite un pas dans le salon pour masquer qu'elle venait d'écouter aux portes et constata que Drago était appuyé d'une main contre la cheminée, que Pansy était debout près de la fenêtre de l'immense salle-à-manger et que l'inconnu était assis sur l'accoudoir du canapé. Ce dernier se retourna pour voir qui venait d'entrer dans la pièce de vie. Il avait la peau sombre, était habillé d'une chemise bleu nuit à carreaux blancs et d'un jean noir. Il plissa les yeux, preuve qu'il n'avait jamais vu Hermione, puis il haussa un sourcil en la détaillant vite fait, bien fait de la tête aux pieds pour finalement se tourner vers Drago, un sourire intrigué et moqueur aux lèvres.
- Entre Hermione, l'invita le blond, le visage neutre et non tracassé comme s'y attendait la jeune femme. Que je te présente.
La concernée s'exécuta et avant que son hôte reprenne la parole, le Noir se leva et lui prit la main gentiment.
- Blaise Zabini, pour vous servir, dit-il avant de se pencher et de lui faire un baise-main.
Hermione capta le roulement d'yeux de Pansy qui n'avait clairement pas aimé la voir chez son meilleur ami. La Londonienne avait bien senti qu'elle s'était redressée, aux aguets, quand elle était entrée dans la pièce. Bras croisés, elle ne l'avait pas quittée de ses yeux perçants. Hermione tâcha de ne pas montrer son malaise et se focalisa sur le dénommé Blaise.
- Hermione Granger, enchantée.
- Quel prénom poétique, la complimenta-t-il.
- Hermione, Blaise est mon meilleur ami depuis l'enfance et est sans aucun doute le plus grand coureur de jupons que la Nouvelle-Orléans ait jamais connu.
- Je crois qu'il s'est surtout pris plus de râteaux qu'il n'ait mis de filles dans son lit, se moqua délibérément Pansy.
Blaise se tourna vers elle :
- Tu es la seule à m'avoir jamais résisté, Parkinson. Je devrais peut-être insister. Je suis certain que tu serais ravie du résultat…
Drago, en face d'Hermione, secoua la tête, un rictus amusé mais pas surpris sur ses lèvres fines. Blaise haussa un sourcil provocateur à l'attention de la barmaid qui gardait un visage froid malgré ses narines dilatées et mâchoires crispées.
- Mais bon, que veux-tu ? ajouta Blaise en soupirant théâtralement. Frigide un jour, frigide toujours…
- Blaise ! le réprimanda Drago, fâché.
- Ça va ! Je rigole ! se défendit l'intéressé en levant les mains en l'air. Si on ne peut plus taquiner… marmonna-t-il en se rasseyant sur l'accoudoir.
Pendant que les deux amis se chamaillaient, Hermione n'avait pas quitté Pansy des yeux. Alors qu'elle avait semblé agacée par la cour que Blaise avait faite à la Londonienne, la provocation évidente du Noir avait mis la barmaid sur la défensive. Ç'avait été imperceptible, mais ses bras s'étaient resserrés sur sa poitrine et ses épaules s'étaient tendues. Hermione, comme toute femme qui se respectait, avait tout de suite détecté ce mouvement. Elle se demanda l'origine de cet instinct de protection.
- Et donc, Miss Granger, d'où venez-vous comme ça ? demande soudainement Blaise, la tirant de ses pensées.
Les yeux toujours rivés sur Pansy, Hermione répondit au jeune homme qui s'exclama :
- Une Anglaise ! Comme au bon vieux temps...
- N'essaye même pas, le prévint froidement Drago, ce qui lui valut un regard intrigué et narquois de son ami.
Pansy semblait toujours perdue dans ses pensées et, aux yeux d'Hermione, certainement blessée par l'adjectif utilisé par Zabini quelques minute plus tôt pour la qualifier – quelle femme ne le serait pas, d'ailleurs ? La douleur cachée dans les traits de la noirette pinça le cœur de la sorcière : cette réaction en cachait sans aucun doute une autre et instinctivement, Hermione se promit d'investiguer.
- Bien ! s'exclama Blaise en frappant dans ses mains, le bruit attirant l'attention de tout le monde. Je vais y aller, le travail m'appelle. Hermione, ç'a été un plaisir. J'espère que tu accepteras de diner avec moi un de ces quatre.
Drago lui asséna une pichenette sur le haut de l'oreille.
- T'avais pas dit que t'y allais ? gronda le blond, ce qui fit bondir l'estomac d'Hermione sans qu'elle comprenne pourquoi.
- Tant de violence dans un corps si frêle, geignit le Noir en s'éloignant des doigts persécuteurs.
Cette phrase fit glousser la brune pendant que les hommes s'avançaient vers la porte. Elle s'approcha alors de Pansy. D'une main sur l'épaule, elle fit revenir cette dernière à la réalité, avec un sursaut en supplément.
- Est-ce que ça va ? demanda la brune, soucieuse.
Pansy mit quelques secondes avant de répondre, cherchant quel comportement elle devait adopter, mais quand elle décida de jouer la froideur habituelle, Hermione comprit que la lueur dans ses yeux cachait quelque chose.
- Tu sais que c'est mal d'écouter aux portes, Granger ?
Hermione haussa vivement les sourcils sous la surprise, un peu gênée :
- Je n'ai pas entendu grand-chose, tu sais, avoua-t-elle, se disant que nier n'aurait servi à rien.
Pansy plissa les yeux et secoua légèrement la tête :
- Pourquoi est-ce que tu es revenue ? Tu ne devrais pas être ici, ce n'est pas bon pour toi.
Hermione frémit : cette phrase lui fit froid dans le dos. Elle aurait pu se vexer car cette question reflétait une légère aversion pour la Londonienne, mais la préoccupation prédominant maintenant sur le ressentiment la surprit autant qu'elle l'inquiéta.
Elles entendirent la porte d'entrée claquer et Drago revenir.
- Ce type ne changera jamais, soupira-t-il, désabusé et amusé.
- Je vais y aller aussi, Drago. Jersey m'attend pour sa promenade, annonça Pansy en s'approchant de lui.
- Pas de souci. Prends soin de toi.
- Comme toujours. Salut, Granger.
- Salut, Pansy.
La porte s'ouvrit et se ferma à nouveau. Hermione soupira, songeuse.
- Pourquoi m'appelle-t-elle encore par mon nom ? demanda-t-elle à Drago.
- Ne te vexe pas, mais on a tous l'habitude d'appeler par leur nom les gens qui ne sont pas nos amis ou ceux qui nous font rester sur nos gardes.
- Par préservation, donc ? déduisit Hermione, ne pouvant retenir le jugement dans sa voix.
Jugement que Drago capta. Il plissa les yeux, mauvais, mais hocha la tête.
Hochement de tête qui fit comprendre à la jeune femme que ses amis étaient sa famille, et on ne touche pas à la famille…
000000
Il s'était passé tellement de choses en si peu de temps qu'Hermione réalisa seulement à l'instant qu'elle vivait à la Nouvelle-Orléans. Son esprit, jusqu'alors bloqué sur sa décision, semblait reprendre enfin la notion de la réalité : non, elle n'était pas en vacances, oui, son ego en avait pris un coup d'être passé du barreau aux salles d'archivages et non, elle n'avait toujours pas trouvé d'appartement. Mais elle avait un toit sur la tête, c'était toujours ça de gagné. Ah : et la magie existait bel et bien et elle allait apprendre à s'en servir, aussi, ce qui n'était pas négligeable. Ses pensées – et la conversation qu'entretenaient Drago et Pansy devant elle – furent interrompues par l'arrivée subite de Goopsey. Derrière lui, une longue pochette noire à tirette flottait, renfermant certainement des vêtements propres.
- Goopsey a nettoyé l'ensemble de Maitre Drago, Monsieur.
- Je te remercie, Goopsey. Tu sais ce que tu dois en faire.
L'elfe acquiesça et disparut, la protection avec lui. Pansy et Hermione se tournèrent vers le blond, la première enlevant les mots de la bouche de la deuxième :
- Tu as acheté un nouveau 3 pièces ?
- C'est pour samedi.
Hermione vit Pansy réfléchir un instant puis hausser haut les sourcils :
- Tu n'en avais pas déjà acheté un neuf l'an passé ?
Sous-entendu : « Tu jettes vraiment ton argent par les fenêtres. ».
- L'exclusivité de l'élégance nécessite la nouveauté, philosopha Drago. Et le surmesure.
- Au temps pour moi, fit Pansy, les mains l'air, sarcastique.
Soudain le blond se tourna vers Hermione, jusqu'alors silencieuse.
- Tu as une robe ? lui demanda-t-il, les mains dans les poches d'un air nonchalant.
- Pleins, répondit Hermione, curieusement amusée.
- Une robe de soirée, je veux dire, précisa le blond en se retenant de lever les yeux au ciel.
- Tu n'y penses pas ? intervint Pansy sur un ton d'avertissement.
- C'est une sorcière, lui répondit Drago sans quitter Hermione du regard. Et c'est un évènement sorcier immanquable. Mes clients l'ont trop souvent vue au bar pour ne pas s'étonner de son absence. Il lui donc faut une robe, conclut-il.
Ses arguments semblèrent indéniables. Aussi, Pansy ne fit que grogner puis ouvrit grand les yeux quand elle vit Drago faire signe à Hermione de le suivre. La brune suivit le blond, perdue. La noirette comprit où son meilleur ami voulait en venir et il fallait absolument – et elle en était elle-même étonnée – sauver Granger du désastre qui allait s'ensuivre. Pansy emboita alors le pas aux deux autres et s'arrêta sur le pas de la porte de la chambre des parents de Drago. Ce dernier marqua lui aussi une pause, comme s'il prenait son courage à deux mains. S'ouvrit alors devant les yeux ébahis d'Hermione une pièce immense avec un lit à baldaquin, des meubles chics, de la moquette tellement sombre qu'elle semblait noire – quoiqu'en y regardant bien, les jeux de lumière du soleil sur le sol la laissait voir des reflets verts – et une imposante garde-robe… pleine à craquer ?
Hermione se rappela que Drago n'avait jamais répondu à sa question quand elle lui avait demandé où vivaient ses parents, s'il était le seul locataire du manoir. Elle avait maintenant l'impression que les parents Malefoy n'avaient pas vraiment déménager. Un coup d'œil au contenu et Hermione comprit tout de suite que Drago était le digne fils de ses parents qui avaient incontestablement des goûts de luxe, peu importait le domaine. Les costumes trois-pièces qu'elle entraperçut étaient les plus beaux qu'elle eut jamais vus sans parler de la robe somptueuse que Drago sortit du placard.
La jeune femme ouvrit une bouche bée et s'approcha, les mains tendues vers le vêtement sans oser le toucher. Sous ses yeux, une robe longue couleur champagne sans manche. Elle était embellie par des perles cousues mains jusqu'aux genoux. Une cape en tulle de la même teinte y était jointe, cousue à même le corps de la robe, sertie de diamants.
- Je ne… bafouilla Hermione en relevant les yeux vers Drago : Je ne peux pas porter ça.
- En effet ! s'exclama Pansy, empêchant Hermione de se justifier.
- Pardon ? fit Drago, sur la défensive.
- Ta mère a énormément de goût, Drago, je t'assure, lui dit Pansy. Mais si Hermione doit nous accompagner au Bal de Anciens, jamais, et je dis bien jamais, je ne la laisserai porter une tenue de ta mère.
- Je peux savoir pourquoi ? demanda le blond, les dents serrées.
- Parce que c'est passé de mode, répondit Pansy avec tout le naturel du monde.
Drago fusilla sa meilleure amie du regard, mais remit délicatement la robe à sa place.
- Que préconises-tu, dans ce cas ? l'interrogea-t-il une fois la porte du placard refermée où il laissa appuyée sa main.
La chevalière à son index sembla refléter les rayons du soleil tel un avertissement auquel répondit Pansy par un simple sourire mystérieux.
000000
- Bon, Granger, tu sors ? s'impatienta Pansy, son pied jouant de la batterie sur le sol.
La barmaid avait dès le lendemain matin kidnappé la Londonienne au Square Marabout pour un essayage intensif de robes de soirée. Évidemment, ce n'était pas une simple affaire puisque presque toutes les robes avaient disparu dès la mi-décembre, les sorcières voulant avoir la plus belle pour le Bal. Cela replongeait chaque année la barmaid des années en arrière lors du Bal du Tournoi des Trois Sorciers auquel elle avait accompagné Drago dans une robe en mousseline rose bonbon – une affreuse faute de goût, elle s'en était rendu compte dès l'instant où elle avait descendu les escaliers du Grand Hall. Du coup, plus jamais elle n'avait opté pour du rose. Ni pour aucune couleur trop flashy, qui la rendait encore plus blafarde qu'elle ne l'était déjà.
- Je ne suis pas sûre… l'entendit-elle dire de l'autre côté du rideau de la cabine.
- Tu as dit ça pour toutes les précédentes, Granger. Il va falloir que tu fasses un choix…
- Mais l'encolure est un…
- Fais un choix ou je le fais à ta place, la menaça la noirette, agacée.
Elle n'était pas connue pour sa patience. En poussant un profond soupir, Pansy se dit une nouvelle fois qu'elle aurait dû emmener la petite nouvelle à New York. Là, au moins, elle était sûre qu'elle aurait trouvé quelque chose à son goût. Mais, problème : le Bal était le soir-même et Pansy ne lui ferait surtout pas porter une de ces anciennes robes de soirée – règle de l'Anti-faux pas n°3 : ne jamais prêter ou emprunter une ancienne robe à une copine. Oui, vous avez bien lu : que vous le croyiez ou non, Pansy Parkinson était une femme qui faisait attention à ce qu'elle portait.
- Va chercher une vendeuse, je veux un avis, exigea Hermione.
Pansy haussa les sourcils, écarquilla les yeux et ouvrit grand la bouche : et elle, elle puait ?
- Pourquoi une vendeuse ? Pourquoi pas moi ?
- Parce que tu es à bout de patience et que tu vas me dire que la robe me va super bien juste pour te débarrasser de moi au plus vite, d'autant plus que tu n'as pas envie que je vienne au Bal, rétorqua sèchement Hermione.
Pansy ouvrit la bouche pour contrer, mais dut avouer qu'elle n'avait pas tort. Elle avait même tout à fait raison. Alors, elle inspira un grand coup et répondit en tentant d'être le plus calme possible :
- Laisse-moi voir et je te promets que je te dirai réellement si elle te va ou pas. Et si elle ne te va pas, on continuera notre recherche. (Elle marqua une pause et tendit l'oreille, attendant une réaction.) Promis.
Le rideau s'ouvrit soudain sur Hermione, vêtue d'une robe que Pansy n'avait jamais vue. Perplexe, elle recula d'un pas et détailla Hermione de la tête aux pieds.
Selon Pansy, Hermione était… magnifique. Elle se redressa et demanda comme si de rien n'était :
- Tu l'as choisie toi-même, cette robe ?
Hermione rougit jusqu'aux oreilles et baissa les yeux, gênée :
- Oui, répondit-elle d'une petite voix.
Pansy cligna plusieurs fois des yeux, intimement étonnée : cette petite avait non seulement du style dans cette robe qui la seyait à ravir, mais elle l'avait aussi doublée sans qu'elle s'en aperçoive. Granger n'était pas allée à Poudlard, mais plus Pansy la côtoyait, plus elle se disait qu'elle aurait été parfaite à Serpentard. Une fois remise de son émotion, la noirette renifla et hocha la tête. Ensuite, elle tourna les talons.
- Je t'attends à la caisse, lui annonça-t-elle simplement.
Sous la surprise, Hermione ne pensa même pas à sourire de satisfaction.
000000
Il était relativement rapide pour un homme de se préparer à un évènement. Ce qui confirmait la légende disant que les femmes prenaient deux voire trois fois plus de temps qu'eux à se pomponner. Drago Malefoy et Blaise Zabini se tenaient dans le hall du manoir, habillé de pieds en cape, s'impatientant progressivement. Drago jeta un énième coup d'œil à la pendule du couloir et inspira profondément.
Mais rien n'y faisait, cette fois-ci fut la bonne, il ne retint pas son cri :
- Pansy, Hermione, on va être en retard !
- Ça va, on arrive. Descends de ton hippogriffe, lui répondit Pansy de l'étage.
Des bruits de pas se firent entendre et le pied de Pansy apparut sous leurs yeux qui suivirent le tissu et découvrirent son visage savamment maquillé et ses cheveux qui tombaient délicatement sur ses épaules. Elle était resplendissante, comme d'habitude : sa robe violette la mettait en valeur comme jamais. Une manche lui couvrait le bras gauche et son ventre moulé de dentelle perlée guidait le regard jusqu'à ses jambes entourées d'une jupe lourde, ouverte en haut de sa cuisse gauche. Elle se mit à descendre gracieusement les marches sur ses escarpins argentés, une jambe apparaissant et disparaissant, narguant les regards attentifs. C'est quand elle arriva devant eux que les hommes remarquèrent la traine de sa robe.
Alors que Blaise ouvrait la bouche pour complimenter Pansy, Hermione fit son apparition, accaparant l'attention. Ce fut au tour de Drago d'ouvrir une bouche bée devant tant de beauté – enfin, façon de parler : Drago Malefoy n'était jamais bouche bée, il haussait un sourcil tout au plus. Les cheveux de la jeune femme, attachés finement sur son crâne, exposaient son cou délicat, entouré du col de sa robe bordeaux foncé. Le décolleté plongeant séparaient le tissu, offrant à la vue la peau ivoire entre ses seins jusqu'à son sternum. Sa taille enserrée contrastait avec la fluidité de la tulle de sa jupe longue, simple, qui cachait les escarpins noirs à plateforme de la jeune femme. Un sourire timide étirait ses lèvres peintes quand elle descendit les marches jusqu'à ses nouveaux amis.
Pansy la regardait avec une fierté qu'elle peinait à cacher, Blaise les complimenta sur leurs tenues. Quant à Drago, il était muet de stupéfaction. Restait à savoir si le résultat lui plaisait ou pas… Mais ça, Pansy n'en doutait pas, ni Blaise d'ailleurs qui lança un regard en coin amusé à son meilleur ami qui se reprit et les complimenta à son tour. Cependant, le jeune homme déglutit difficilement en constatant le dos de la robe d'Hermione, s'il pouvait appeler l'absence de tissu un dos.
Il glissa une cape flambant neuve sur les épaules de la jeune femme, Blaise fit de même avec Pansy et, le bras donné, ils transplanèrent sur le lieu du bal.
000000
Hermione ne savait pas vraiment à quoi s'attendre. Elle avait imaginé une salle de réception lumineuse au sommet d'un immeuble et une foule de gens croulant sous les mets. Mais certainement pas à ça.
Devant ses yeux se trouvait, à une petite centaine de mètres de là où ils avaient transplané, un château. Hermione déchanta rapidement en voyant la ruine sous ses yeux et les marais qui l'entourait et la mer à l'horizon. Elle envisagea sa robe et ses talons, se demandant si elle avait bien fait de venir et surtout de se préparer pour au final finir couverte de boue.
- J'aurais mieux fait de revêtir une combinaison de pêcheur, ne put-elle retenir.
Blaise éclata de rire, Drago lui sourit franchement et même Pansy esquissa une moue amusée.
- Bienvenue à Fort Proctor, Granger, lui annonça Malefoy.
- C'est… une ruine, souligna-t-elle avec le plus de tact possible.
- C'est aussi l'effet que ça m'a fait, la première fois, dit Blaise. (Ils se mirent en route sur le reste du chemin caillouteux.) C'était pour mes seize ans. Avait alors été organisée en mon honneur une fête sublimissime ! Faste et folies en tous genres. De nombreuses…
- Oh mon dieu, c'est magnifique !
- C'est aussi ce que j'ai dit en passant l'Illusion, convint Blaise, magnanime.
Pansy posa sa main libre sur l'avant-bras de son cavalier pour lui intimer de se taire tandis qu'Hermione dévorait du regard la véritable façade du château.
Alors qu'il n'était que quatre murs entourés de marécages, d'un bâtiment en ruine et d'étendues d'eau à perte de vue en bord de mer, ils étaient maintenant au milieu de groupes de sorciers apparaissant comme eux avaient dû apparaitre : des silhouettes floues, indistinctes qui se précisaient à chaque pas pour au final révéler les corps des invités.
Chacun se saluait chaleureusement, adressant des hochements de tête respectueux au quatuor. Se tenait devant eux la bâtisse la plus majestueuse qu'Hermione eusse jamais vue, illuminée d'animations exceptionnelles et détaillées (elle y reconnut d'ailleurs les métamorphoses de sorciers en animaux tel la nuit de la Libération). Tout autour, des arbres, arbustes, fleurs et maintes plantes, taillés et agencés tels les jardins de Versailles. En les suivant, ils atteignirent le pied des escaliers menant à l'entrée du château. Ces marches de marbre blanc conduisait à la double porte surplombant les douves qui entouraient paisiblement le fort. L'entrée était flanquée de deux colonnes du même marbre que les marches qui soutenaient l'avancée du toit, l'ensemble formant un porche comme ceux des temples grecs. Un triquetra était gravé au-dessus de la double porte qui s'ouvrit pour laisser entrer les nouveaux venus.
Si les jardins l'avaient éblouie, le hall et la salle de réception la laissèrent sans voix. Ce premier, bondé, devait faire le tour du fort. À égale distance les uns des autres, des bustes. Hermione en reconnut de loin : Abraham Lincoln, Shakespeare… Le père Noël ? À moins que ce fut Merlin l'Enchanteur. La seconde, en revanche, brillait du sol au plafond, ce premier gravé avec précision de symboles en tous genres et ce second, illustré de scènes probablement mythiques dans le monde sorcier : une après-midi de chasse au… à un animal semblable au renard, mais différent du renard, un mariage elfique, un navire dans la tempête et un marin sauvé de la noyade par une sirène.
Des tables rondes occupaient la partie gauche de la salle, une estrade longeait le mur côté jardin sur lequel un orchestre jouait une douce musique pour combler les rares silences. Sur la droite était présenté un buffet long de plus de dix mètres, et deux portes, à l'ombre d'un renforcement, indiquaient l'entrée des toilettes. Hermione sourit d'un air amusé en remarquant qu'une sirène désignait celles des femmes et un centaure, celles des hommes.
Elle rapporta son attention sur le centre de la pièce : une piste de dance, sans aucun doute, qu'il fallait traverser pour rejoindre la baie vitrée menant à l'arrière du château, vers la mer. Des lustres en diamant reflétaient les gens et la lumière, touche de luxe supplémentaire au milieu de ce faste, ici littéralement magique. L'ébahissement passé, les besoins primaires de la jeune femme se rappelèrent à elle et elle s'excusa avant de s'éclipser.
En sortant de la salle-de-bain (elle aussi luxueusement meublée de miroirs bordés d'or et de fauteuils ronds de velours rouge), la jeune femme soupira, se sentant chanceuse d'être là. À nouveau éblouie par le charme de la salle-de-réception, la jeune femme bouscula une invitée au sortir des toilettes. Elle s'excusa, le rouge aux joues, et continua sa route sous le regard néanmoins intrigué de la femme. Hermione s'avança doucement vers le bar, les yeux partout. La musique instrumentale mélangeait de nombreux styles qu'elle était bien incapable de démêler. Ses cellules vibrant au rythme des coups d'archets, Hermione prit un verre de champagne quand quelqu'un l'interpella :
- Hermione ?
L'intéressée se retourna vers une magnifique rousse aux grands yeux étonnés :
- Ginny !
Les deux amies se sourirent, heureuses de se voir et s'approchèrent l'une de l'autre. C'est alors qu'Hermione remarqua que la rousse était accompagnée de son frère Ronald, d'Harry, de Neville et de Luna. Elle les salua chaleureusement et ils entamèrent la conversation Ginny s'étonna de la voir là alors qu'elle avait refusé son invitation et Ronald, avec toute la délicatesse dont il était capable, lui demanda où elle avait trouvé cette robe qui devait être aussi chère qu'elle était magnifique. Neville s'excusa pour lui et, rougissant, reformula en la complimentant sur sa tenue, sa prestance et son sourire. Touchée, Hermione déposa un doux baiser sur la joue du botaniste qui rougit de plus belle.
Luna, ses longs cheveux blonds coiffés de fleurs exotiques, se contenta de lui sourire d'un air rêveur.
- Oh c'est pas vrai… grogna soudainement Ginny en levant les yeux au ciel d'un air excédé.
- Que se passe-t-il ? s'enquit Hermione.
- J'ai vu quelqu'un que je n'avais absolument pas envie de voir droit devant moi et il regarde pile dans notre direction, expliqua la rousse qui but une gorgée agacée.
- Tu viens seulement de le voir ? s'étonna bruyamment Ron. Moi, ça fait un moment que j'évite de regarder par-là, sinon, je sens que je vais perdre mes moyens.
- Restez calme, les gars, intervint Harry. Vous savez qu'il n'est plus celui qu'il était. A-t-il d'ailleurs jamais été celui qu'il prétendait ?
- Tu philosophes, toi, maintenant, railla son meilleur ami, la tête rejetée en arrière.
- Il n'empêche que je peux pas avaler ce qu'il a fait, contra Ginny, ignorant son frère, tournée face à Harry.
Ce dernier retint un soupir et plongea son regard dans celui de Ginny avec beaucoup plus d'assurance qu'Hermione le crut capable. Non pas qu'elle le croyait faible de conviction, mais le souvenir qu'elle gardait d'Harry était celui d'un jeune homme qui bafouillait dès que Ginevra Weasley s'adressait à lui. Il se comportait maintenant d'une façon qu'Hermione eut du mal à définir. Ginny, contrariée d'avoir perdu ce combat visuel avec le brun, se détourna en faisant claquer sa queue de cheval dans les airs, le menton haut.
- Il est sûrement en train de chercher une pique à nous lancer en passant, cracha Ronald.
- Il n'a pas l'air d'avoir l'intention de s'approcher, objecta Neville, regardant dans la même direction que le roux, par-dessus l'épaule d'Hermione.
Cette dernière, ne sachant toujours pas de qui il s'agissait, fit un demi-tour sur place et chercha dans la foule qui pouvait bien être si obnubilé par leur petit groupe. À ce moment, ce qu'elle vit fut confirmé par les propos brûlants de Ginny :
- En tout cas, si Malefoy continue à nous considérer avec ce dédain dans les yeux, je vais aller lui dire ce que je pense avec un sort de ma confection bien placé.
- Ginny ! la réprimanda Harry.
La conversation continua dans son dos sans qu'Hermione ne trouvasse mot à dire. Si, un : il n'y avait aucun dédain dans ce regard fixe, profond. Elle l'avait vu une fois, mais elle ne se rappelait plus où ni le contexte pour pouvoir déterminer l'émotion qui y était inscrite.
Alors, la révélation qu'elle fit à ses amis coupa net les invectives qu'ils se lançaient entre eux ou à son égard :
- Je suis venue avec lui, pour tout vous dire, et je pense qu'il regarde dans notre direction parce qu'il a sûrement quelque chose à me dire tout en sachant que s'approcher de vous serait risqué pour sa vie. Alors, si vous voulez bien m'excuser, je reviendrai vous voir plus tard dans la soirée. À tout à l'heure.
Et elle tourna les talons.
000000
- Si tu continues à la déshabiller ainsi du regard, elle va finir par se retrouver toute nue devant tout le monde.
La voix de Blaise ramena Drago à la réalité et il protesta :
- Je ne la déshabille pas du regard.
- À peine, railla le Noir.
- C'est vrai ! insista le blond, agacé.
- Drago, reprit Blaise en le regardant comme s'il parlait à quelqu'un de buté, ton regard est si intense que je m'étonne qu'elle ne se soit pas déjà consumée sur place.
L'étincelle qui illumina le regard de Blaise ensuite mit immédiatement Drago sur ses gardes. La dernière fois où son regard s'était fait si amusé et curieux remontait à l'époque où Drago s'intéressait à Fleur Delacour, une élève française de l'école Beauxbâtons qui avait participé au funeste Tournoi des Trois Sorciers – funeste car un élève de Poudlard y avait trouvé la mort, annonçant le retour du plus grand mage noir de l'Histoire sorcière. Peut-être Potter aurait-il dû s'abstenir de mettre son fichu nom dans cette saleté de coupe, parce que la version dans laquelle l'année se finissait sur la collaboration de Croupton Junior, ben, Drago ne l'appréciait pas : il préférait de loin imaginer que Potter fut suffisamment ingénieux et suicidaire, ça l'amusait nettement plus. Bref !
Drago secoua vivement la tête et pria Blaise de se taire.
- Tu ne serais pas…
- Tais-toi, répéta-t-il.
- Alors tu…
- La ferme.
- Sérieux, Drago, t'as flashé sur une Née-Moldue !
- Je n'ai…
- Ça explique tellement de choses !
Drago fronça les sourcils : il ne voyait pas ce qu'il y avait à expliquer, il agissait toujours de façon justifiée et calculée. Sa rationalité avait toujours dompté ses émotions.
- Tu jetais le même regard à Fleur Delacour en quatrième année.
- Tous les garçons le faisaient, Blaise.
- Non, pas toi. Toi, tu la regardais comme si son ascendance vélane n'avait aucun effet sur toi, mais tu la trouvais…
- Blaise, dois-je vraiment te rappeler que Fleur était loin d'être désagréable à regarder ?
Blaise le singea :
- Drago, dois-je te rappeler que tu la regardais comme si elle était tout ce qui pouvait te satisfaire dans la vie, comme si elle était la seule et unique chose qui te faisait avancer ?
- T'as fumé ce soir ?
- Il a raison, intervint Pansy qui revenait avec trois nouvelles coupes de champagne.
Blaise sourit de toutes ses dents tandis que la noirette assénait le coup fatal.
- Tu étais complètement transi de cette blondasse. Comme amoureux, ajouta-t-elle avec dégoût.
Drago se pinça l'arête du nez, exaspéré et affreusement gêné.
- Je n'étais pas amoureux de Fleur Delacour, martela-t-il, espérant que ces mots rentreraient enfin dans l'esprit de ces meilleurs amis qui s'entreregardèrent pour échanger ce regard qui en disait long : ils n'étaient pas dupes.
- Alors pourquoi tu tiens à protéger autant Hermione ? s'enquit alors Blaise avec un quelque chose dans son ton qui savait pertinemment que Drago n'aurait pas les arguments suffisants pour le persuader du contraire.
- Quoi ?! s'exclama soudainement Pansy en arrêtant son verre à mi-chemin vers sa bouche. Qu'est-ce qu'elle vient faire là, celle-là ?
- Drago la fixe comme il fixait Fleur, résuma Blaise.
- C'est ridicule, nia Pansy en buvant une gorgée.
Blaise ricana :
- T'as toujours été jalouse des filles auxquelles pouvait s'intéresser Drago, Pans'.
- Je le protège des idiotes, Blaise. Nuance.
- Je me dois de te contredire, mais Hermione est loin d'être une idiote.
- Parce que tu sais faire la différence, toi, maintenant ? se moqua ouvertement la jeune femme.
Blaise inspira profondément avant d'attaquer :
- Premièrement, ça se voit dans sa posture et ça s'entend dans sa façon de parler. Deuxièmement (il se plaça à un pas de Pansy qui déglutit en le voyant si proche), j'ai toujours su faire la différence.
Drago secoua la tête face à ces idiots jouant au chat et à la souris. Il savait pertinemment que la froideur de sa meilleure amie cachait les sentiments qu'elle avait pour Blaise qui savait peut-être différencier les idiotes, mais qui ne voyait clairement pas ce que voulait vraiment dire les mots d'une femme. Alors il les pria d'arrêter de se chamailler et sursauta – ou plutôt ouvrit simplement des yeux surpris avant de reprendre son habituelle expression faciale – quand la voix d'Hermione retentit dans son dos. Il se retourna et se décala pour intégrer la jeune femme au cercle. Il la détailla et ne put s'empêcher d'admirer son doux regard ambré qui lui souriait. Il inspira et pensa qu'il était foutu : Blaise avait raison.
Enfin, tout était relatif : son regard était intelligent, mais il n'était clairement pas amoureux d'une femme qu'il connaissait à peine, c'était ridicule !
- Tout va bien ? s'enquit la brune. Vous semblez contrariés, tous les trois.
- Tout va bien, confirma le blond en posant sa main dans le bas de son dos.
Blaise ne cacha pas son air goguenard et laissa Drago dans la bouse en invitant Pansy à danser. Celle-ci voulut protester, mais Blaise, la prenant par la main et la poussant doucement mais fermement dans le bas du dos, la fit avancer vers la piste de danse.
Hermione et Drago échangèrent un sourire puis elle observa la salle autour d'eux, éblouie par tant de somptuosité. Blaise profita de l'inattention de la Londonienne pour signaler à Drago avec force gestes de l'inviter à danser avant de se faire rappeler à l'ordre par Pansy à l'aide d'une claque sur la tête. Drago ricana en silence de l'air outré de son meilleur ami, puis s'empara délicatement de la main d'Hermione qui sursauta un instant, surprise par le contact. Puis elle fixa leurs mains jointes et se laissa guider vers la piste de danse alors que l'orchestre se mit à jouer un slow qu'Hermione reconnut comme « Stand by me » de…
- Ben E. King ?! s'exclama-t-elle.
Drago rit doucement en posant sa main dans le creux des reins d'Hermione, entourant les doigts délicats des siens.
- Ça t'étonne ?
- Pour sûr ! Il est très célèbre chez les moldus.
- Aussi chez les sorciers.
- Comment ça se fait ?
Drago inclina la tête sur le côté, le regard brillant de malice. Hermione ouvrit grand la bouche quand elle comprit :
- Non ! Ben E. King, un sorcier ? Tu te fous de moi ?
- Je n'oserais pas. L'orchestre non plus, d'ailleurs, sinon ce serait risquer de se faire maudire par nos ancêtres.
- Pourquoi ? Les sorciers sont interdis de musique moldue ? se moqua-t-elle gentiment.
- C'est un peu ça, sourit-il en coin, ses yeux plongés dans les siens.
La conversation s'arrêta là, interrompue par un échange de regard intense, presque intime. Hermione se perdit dans ces orbes grises sans savoir si elle aurait envie de retrouver son chemin vers la réalité. Drago rapprocha la jeune femme d'un geste incontrôlé et pourtant très doux, sa seule actuelle envie étant d'oublier ces traditions anciennes et à la fois les remercier pour cet instant qu'il était incapable de qualifier. Est-ce que la présence de la jeune femme était écrite ? Est-ce qu'il devait y voir un signe ? Il n'en savait rien. Il ne savait plus grand-chose, d'ailleurs, en cet instant.
À part que Blaise avait l'air bien trop heureux dans son coin. Le slow se termina et le couple de danseurs rejoignit la barmaid qui désapprouvait discrètement et le brasseur qui se réjouissait. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose quand il fut interrompu dans son élan par une voix crécerelle :
- Drago Malefoy, quel plaisir !
Les quatre sorciers pivotèrent lentement pour voir qui interpelait le tenancier, dont le port royal avait repris sa juste place. Les sourcils du blond se haussèrent gracieusement, les lèvres de Blaise s'étirèrent en un sourire poli dans lequel Hermione distingua une pointe de sarcasme et le visage de Pansy se fit encore plus inexpressif que d'habitude. Hermione se redressa presque instinctivement : elle ne connaissait pas encore le protocole sorcier, mais savait qu'il fallait toujours s'adapter au groupe devant soi – et d'après ce qu'elle pouvait voir, la jeune femme et les deux hommes à ses côtés partageaient de nombreux points avec Drago, Blaise et Pansy : ils avaient l'air guindé. Certainement des Serpentards, songea la brune, non sans ironie.
- Astoria Greengrass, la salua Drago, surpris de la voir là.
L'intéressée avait des cheveux si sombres qu'ils en paraissaient mauves. Son corps harmonieux – qu'elle ne se privait pas de mettre en valeur par le bout de tissu qui lui servait de robe, ne s'empêcha pas de remarquer Hermione – menait à des talons d'une hauteur vertigineuse et son sourire charmeur réhaussait le tout. Astoria Greengrass était le genre de femme à être consciente du moindre de ses charmes et à savoir comment les utiliser, peu importait le dessein.
- Tu es de retour à la Nouvelle-Orléans, à ce que je vois, la salua Blaise. Comme était la France ?
- Magnifique, s'extasia l'intéressée en levant les mains en l'air. Les paysages, la nourriture, le folklore – les hommes, ajouta-t-elle en aparté à l'attention de Pansy qui tenta un rictus d'intérêt en guise de réponse. Mais je dois avouer que les Américains m'ont manqués… continua-t-elle avec une moue boudeuse, ses lèvres pulpeuses mises en avant par le maquillage et le regard appuyé qu'elle lança à Drago.
Et son dessein actuel semblait de mettre le grapin sur Drago Malefoy, l'un des hommes les plus riches du monde sorcier. Hermione pinça discrètement les lèvres pour retenir le sourire moqueur qui tenait à y fleurir. La jeune femme ressentit un élan de compassion pour elle : tout le corps du blond exprimait le plus grand désintérêt.
- Oui, tu as dû affreusement t'ennuyer, là-bas, tout seule, railla Pansy en retrouvant la parole.
- Disons que j'ai su profiter de ce que la vie a à offrir, confirma Astoria, les yeux au ciel d'un air hautain. Je ne vois pas pourquoi je me priverais de faire usage de mes talents, ajouta-t-elle en se léchant les lèvres. Ce n'est tout de même pas ma faute si la Nature m'a donné plus qu'aux autres, Parkinson…
Et… cet élan de compassion disparut si vite qu'Hermione n'était pas sûre de l'avoir jamais ressenti. La Londonienne, un peu en retrait depuis le début, observatrice, ouvrit grand les yeux, choquée par tant de véhémence et de mesquinerie. Certes, Astoria était magnifique, mais Pansy n'avait absolument rien à lui envier. En effet, peu importait sa tenue, Pansy était l'une des plus belles femmes qu'Hermione eut jamais vues.
- Oui, on connait tous tes talents linguistiques, Astoria… rétorqua vicieusement la barmaid, non sans justification.
Et elle ne manquait pas de répondant, ce qui n'était pas pour lui déplaire. Vas-y, Pansy ! l'encouragea intérieurement la Londonienne.
La polyglotte la fusilla du regard, cherchant certainement un moyen de se débarrasser de cette sangsue qui ne quittait jamais Drago d'une semelle. Depuis qu'ils avaient six ans et elle cinq, Astoria ne les avait jamais vus se balader avec personne d'autres c'en devenait plus qu'agaçant. Cependant… Il y avait là, juste en face d'elle quoiqu'un peu cachée par la magnifique carrure de Drago qu'elle rêvait d'agripper, une autre femme. La pulsion vengeresse d'Astoria grandit dans son ventre et elle dut se faire violence pour ne pas la griffer au visage – elle préférait avoir une justification valable pour lui anéantir toute chance d'attiser l'intérêt du blond. Aussi sûre qu'elle pouvait l'être, la jeune Greengrass n'avait jamais vu cette donzelle auparavant. D'où venait-elle ? Qui était-elle ? Et pourquoi se tenait-elle si proche de l'héritier Malefoy ? Héritier qu'elle aurait dû marier s'il n'avait pas été pris d'une affreuse idée : se convertir en bon Gryffondor, loin des idéaux originels de sa famille. Non pas que ces derniers ne soient pas bons au lit, mais ils étaient beaucoup trop gentils pour qu'elle puisse les supporter. Il lui fallait quelqu'un de caractère, quelqu'un qui pouvait la remettre à sa place quand elle poussait le bouchon trop loin, quelqu'un avec qui elle pouvait discuter de tout et de rien et surtout ne pas discuter… Elle voulait un homme : elle voulait Drago Malefoy, un point c'est tout.
Mais cette nouvelle inconnue à l'équation la forçait à réviser sa stratégie. Elle n'était pas rentrée parce que la France l'ennuyait. Elle était rentrée parce que ses parents lui avaient gentiment – ou pas – rappeler qu'elle ne serait pas éternellement jeune et qu'ils comptaient sur elle pour perpétuer la pureté de leur lignée puisque sa sœur, Daphnée, avait décidé après la guerre de partir pour le fin fond du trou du cul du monde faire elle ne savait quoi pour elle ne savait quelle raison. Non pas qu'Astoria s'en fichait, mais elle devait avouer que les activités de sa sœur ne lui donnait pas envie de sauter de joie et de lui apporter son aide. Aussi avait-elle décidé de reprendre sa stratégie initiale : faire du gringue à Drago Malefoy et le remettre dans le droit chemin.
- Je vois que tu as une nouvelle amie, Drago, dit-elle soudain.
Drago se tendit imperceptiblement et se tourna lentement vers Hermione qui fut soudain le centre de l'attention. Elle qui se pensait invisible, c'était raté. Elle croisa alors le regard de la barmaid qui la convainquit de se taire : souris et laisse-moi faire.
- C'est mon apprentie, annonça la noirette.
Hermione capta le regard intrigué de Drago et Blaise, ceux sceptiques d'Astoria et d'un des deux hommes – le plus petit – à ses côtés. L'autre, en revanche, fixait Pansy si intensément qu'Hermione crut qu'il voulait la faire fondre sur place. Il était grand, baraqué et une brûlure lui traversait le cou. Ses cheveux coupés courts lui donnait un air militaire qu'Hermione trouva malaisant.
- Ton apprentie ? répéta Astoria, la moquerie dans la voix.
- En effet. Tu dois savoir ce que c'est, non ? Toi qui a si souvent des puceaux dans ton lit…
Hermione et Blaise écarquillèrent les yeux sous l'attaque frontale de la noirette qui se mit à sourire d'un air entendu. L'intéressée se redressa tel un dragon et si elle avait pu, elle aurait expiré des flammes brûlantes par ses narines tant la colère se reflétait dans ses yeux ébènes.
- Je vois que Crabbe est absent, intervint rapidement Drago pour éviter le crêpage de chignons.
Hermione n'avait jamais vu un ballon se dégonfler si vite : la colère d'Astoria venait de disparaitre d'un coup de baguette magique à la voix du blond. Elle retrouva d'ailleurs un air affable et charmeur.
- En effet, il est avec sa femme chez le maïeuticien, annonça-t-elle, la joie dans la voix. Il va être papa, n'est-ce pas merveilleux ?
- C'est une grande nouvelle, approuva Drago avec un sourire poli, mais chaleureux.
- Aaah, soupira théâtralement Blaise, les yeux au ciel, le sourire paisible sur les lèvres. La magie de la Vie, c'est extraordinaire.
- Un nouvel héritier ne fera pas de mal à la jeune génération, confirma le militaire d'une voix tellement grave qu'elle fit vibrer Hermione de l'intérieur.
Les hommes et Astoria hochèrent la tête. La brune constata que la noirette s'était figée et qu'elle fixait du coin de l'œil celui à la voix de bariton, ce qui ne manqua pas de l'intriguer. Ce qui l'intrigua tout autant fut le froid qui émana de Drago : glacial, il semblait refroidir les ardeurs de tout le monde. Un silence pesant s'installa et ce fut Blaise qui le brisa, bras écartés :
- C'est sur cette charmante note que je vous propose d'aller nous rechercher à boire, qu'en pensez-vous ?
- Ç'aurait été avec plaisir, Blaise, mais nous avons d'autres personnes à saluer ce soir, refuse poliment Astoria au nom de son petit groupe. Nous vous souhaitons une belle soirée, ajouta-t-elle en souriant à Blaise et en lançant un regard appuyé à Drago avant de partir.
Certaines personnes – dont elle, d'ailleurs – auraient trouvé cela affreusement impoli d'être niées de la sorte, mais exceptionnellement Hermione fut plus que soulagée de voir les talons de cette femme.
- Je vais prendre l'air, annonça Pansy en emportant sa coupe à moitié pleine.
Drago et Blaise la regardèrent s'en aller et Hermione réalisa que les garçons fonctionnaient vraiment différemment des filles. Elle secoua la tête, releva ses jupes et la rejoignit, sans rien dire aux autres qui, à la surprise générale, la laissèrent s'éloigner sans rien dire.
000000
Hermione regretta vite de ne pas avoir emporter sa cape : l'air frais du soir la faisait frissonner plus que de raison et l'empêcher de penser clairement. Et dire qu'elle pensait avoir tout vu : le véritable potentiel de l'endroit était rassemblé de cette partie des jardins, face à l'immensité de l'océan, le vent salé soufflant doucement, caressant votre peau, vous murmurant à l'oreille une histoire que lui seul comprenait…
La brune inspira longuement pour reprendre ses esprits et rejoignit Pansy de l'autre côté de la terrasse qui donnait sur un magnifique jardin aux multiples petits labyrinthes décoratifs.
- Pansy ?
La noirette tressaillit en entendant son nom. Un coup d'œil fut donné par-dessus son épaule.
- Granger ?
- Que s'est-il passé ?
- Sois plus précise, veux-tu ?
- Dans ta jeunesse ? Pour réagir comme tu le fais avec Blaise… Je veux dire…
Pansy se tourna alors brusquement vers Hermione, le regard endurcit par la douleur.
- Tu crois qu'en naissant sorcière, j'ai eu une plus belle vie que la tienne ? Tu crois que se faire taquiner de « rat de bibliothèque » est le pire qui puisse arriver ? (Pansy eut un petit rire désabusé et secoua la tête, un sourire las sur les lèvres.) Non, Granger, la plus grande douleur est de ne pouvoir vivre ce que tu veux car, jeune et idiote, tu es encore sous la coupe de Papounet. Et on ne désobéit pas à Papounet, ajouta-t-elle, acrimonieuse.
Hermione garda le silence : Pansy n'était pas le genre de femme qui avait besoin d'encouragements pour parler ça, elle l'avait compris dès le départ. La noirette souleva ses jupes et alla s'asseoir sur un banc après avoir descendu les escaliers de marbre blanc. Sans prononcer le moindre mot pour l'y inviter, Hermione sut qu'elle devait la suivre, alors elle s'installa à ses côtés et attendit que Pansy se livrât.
- J'ai vécu une histoire d'amour avec (elle fit un geste vague vers la salle) Grégory Goyle.
Hermione retint son hochement de tête – mais ça explique tellement de choses…
- Dans le plus grand secret, on se retrouvait dès que l'on pouvait. C'était une époque de ma vie où j'étais clairement insouciante. J'avais une grande confiance en moi, et surtout en lui. On s'aimait sincèrement, profondément, passionnément.
Elle eut un sourire doux et quelque peu euphorique l'espace d'un instant, adoucissant son visage et alors Hermione vit la véritable jeune femme derrière la façade. Ce fut bref, mais Hermione se sentit chanceuse d'avoir assister à ça.
Cependant, la douleur marqua à nouveau son visage, subrepticement suivie et remplacée par la rancœur au fil de son récit.
- Mais nous grandissions à une drôle d'époque et le pouvoir d'un fou furieux reprenait de l'ampleur. Ses disciples se souvinrent de sa puissance et de sa dangerosité. Nos pères respectifs en faisaient partie. Progressivement, Grégory s'est fait laver le cerveau par son père. Et notre relation en a pâti, tant et si bien qu'elle s'est vraiment mal terminée. (Pansy sentit Hermione se tendre alors elle la rassura.) Il ne m'a jamais battue, si c'est ça que tu crains. Même si nos idéaux divergeaient, jamais Greg n'aurait touché à un seul de mes cheveux, j'en suis persuadée.
Un court silence s'installa. Hermione digérait, Pansy se souvenait.
- Je n'en ai parlé à personne. Même pas Drago. Il aurait pété un câble, ajouta-t-elle en ricanant. Et je ne pouvais définitivement pas compté sur mon père. Ce que j'ai cru un temps avant qu'il ne me remballe bien sèchement. « Que croyais-tu, ma fille ? Que ce prometteur Goyle allait garder une jeune sotte comme toi ? Non ! Et ne compte pas sur moi pour aller plaider ta cause : son père et moi sommes en pleine négociation d'une importance capitale pour mon entreprise et je ne laisserai aucune relation sentimentale insensée entraver son avancement ! », l'imita la barmaid en robe de soirée. Et crois-moi bien qu'il n'a pas loupé l'occasion de me ridiculiser jusqu'au bout : « Tu es une femme et une femme doit obéir, Pansy. Toujours. ».
Hermione en eut les cordes vocales bloquées. Quel genre de père parlait ainsi à son enfant ? Quel genre de père ne soutenait pas son enfant dans ses peines de cœur ? Cependant, elle n'eut pas besoin qu'on réponde à la question suivante car seul un mufle considérait encore les femmes comme des possessions et non comme des êtres humains. Offusquée, Hermione sentit son sang battre à ses tempes : elle était prête à aller lui donner un ou deux cours de bienséance, à ce machiste !
- Ne te mets pas dans cet état, Granger, lui intima Pansy en lisant dans ses pensées. Tu demanderais à n'importe qui à la Nouvelle-Orléans qui provient d'une famille influente, ils te diraient tous et toutes que le respect n'existe pas. Seul le Pouvoir compte. Et puis, cette relation m'a appris qu'on était jamais mieux servi que par soi-même, qu'on ne peut compter que sur soi-même. Partager sa vie avec quelqu'un qui veut la contrôler n'est pas une bonne idée.
Elle marqua une pause puis se leva et jeta un dernier regard à Hermione.
- Rien n'est bénéfique, en amour.
Et elle rentra dans la salle, laissant une Hermione refroidie et révoltée sur le banc d'ébène.
000000
Les conversations allaient bon train, le repas avait été succulent, de l'entrée au dessert, et Hermione sentait que le vin sorcier commençait à lui monter à la tête, l'émerveillement reprenant le dessus sur la solidarité féminine ressentie plus tôt.
Blaise et Drago étaient en train de discuter affaires quand le silence se fit subitement dans la salle. Hermione pouffa en voyant les têtes de ses compagnons et, alors qu'ils ne semblaient pas revenir à eux, pivota sur sa chaise pour découvrir le même envoûté sur les visages présents. Pas un seul – sauf peut-être le sien – ne dérogeait à la règle.
Soudain, l'orchestre entama un mélodie atypique et tous les invités s'entreregardèrent avec connivence. Alors, plusieurs couples se levèrent d'un même mouvement et se dirigèrent vers la piste. Là, les hommes et les femmes se firent la révérence. Les premiers tendirent élégamment la main aux secondes qui la prirent avec grâce. Chaque couple entama alors une valse dans une harmonie de mouvements inégalée. Hermione les observa avec ravissement, la main sous le menton, l'air rêveur.
Pansy et Blaise ne tardèrent pas, comme d'autres couples, à rejoindre les premiers. La musique continua jusqu'à ce que les danseurs, alors en canon, se calquèrent les uns sur les autres pour ne former qu'une seule et même troupe un seul et même mouvement.
Hermione jeta un coup d'œil autour d'elle et vit qu'elle et Drago faisaient partie des derniers. Le blond se leva ensuite et lui présenta sa main, qu'elle accepta volontiers, excitée à l'idée de faire partie de cette symbiose sublimissime.
Tournoyant parmi les couples, Drago se pencha à son oreille :
- C'est la grande tradition du Bal des Anciens, expliqua-t-il en chuchotant. Valser en symbiose, se laisser emporter par l'énergie ambiante, célébrer et être reconnaissant envers notre magie.
- N'est-ce pas déjà ce que vous faites la nuit de la Libération ? demanda-t-elle en se souvenant des évènements inattendus auxquels elle avait participés et assistés en septembre dernier.
- Si, mais ici, disons que c'est le côté formel de la chose, convint-il en la faisant tournoyer, une fois dans un sens, une fois dans l'autre, avec autant d'aisance que s'il était né en dansant.
Hermione ressentit un frisson lui remonter l'échine et Drago lui sourit alors de son célèbre sourire en coin, l'étincelle dans l'œil :
- Tu sens ça ?
- Quoi ?
- La magie.
Hermione le dévisagea puis regarda autour d'elle : quelque chose avait attiré son œil. Par-dessus l'épaule de son cavalier, elle remarqua que chaque sorcier et sorcière présents étaient entourés de… cela ressemblait parfois à des paillettes, parfois à des bulles de couleur pastel. Cela s'étirait, se rétrécissait, se mélangeait avec celle d'à côté. Elle leva alors le nez pour découvrir que ces traces énergétiques, comme elle le déduisit, formaient un tout.
- Qu'est-ce que c'est ? souffla-t-elle, impressionnée.
- C'est ce qu'on appelle un égrégore, définit-il pour elle. Une bulle d'énergie qui survient quand les bulles individuelles ne forment qu'une.
- C'est magnifique !
- Tu l'es également.
Hermione reposa vivement son regard sur Drago, rougissant sous son regard intense. Était-ce réel ? Était-ce possible ? Apprécier une personne dès le premier instant. Elle s'en rendait compte, maintenant : il lui avait plu à la seconde où il était sorti de l'ombre de sa mezzanine le jour de son arrivée à la Nouvelle-Orléans. Il était alors vêtu de noir à l'exception d'une cravate aussi blanche que ses cheveux et, aujourd'hui encore, il émanait de lui cette même énergie de puissance, une aura qui se renforçait sous l'effet de l'égrégore.
Hermione glissa plus haut sa main, de son épaule à sa nuque. Là, elle vit la lumière qui l'entourait également, survolant sa chair de poule. Ébahie, elle ouvrit la bouche et laissa échapper un rire.
En synchronicité avec son éclat de joie, la musique s'accéléra et Drago eut le temps de lui conseiller de se laisser guider par la musique et l'énergie avant de la propulser vers l'arrière tout en la faisant pivoter pour qu'elle atterrisse dans les bras d'un autre partenaire, lui aussi illuminé d'une aura colorée.
Les instruments s'associaient à merveille et semblaient résonner à ses oreilles comme un chant hypnotique. Alors elle comprit. Alors elle se laissa guider.
La sorcière ne sut combien de temps elle avait duré, ni dans combien de bras elle était passée et encore moins combien de figures différents composaient la danse, mais elle était certaine, en retrouvant son état normal et les bras du blond, que cette valse serait et resterait un des meilleurs moments qu'elle eût jamais vécu sur Terre. Elle vibrait de la tête aux pieds, les gens autour d'elle s'embrassaient, se prenaient dans les bras – comme au Nouvel An. Leur Nouvel An. L'une des significations du Bal des Anciens, l'une des similitudes entre le monde des moldus et celui des sorciers : célébrer la Vie, espérer que le futur sera tout aussi lumineux sinon plus.
Les verres se remplirent alors tous seuls d'un breuvage inconnu à la jeune femme et les tablées trinquèrent à l'inconnu en l'imaginant radieux.
FIN DU CHAPITRE
Alors là, c'est ce qui s'appelle rentrer dans le vif du sujet, non ? Pas encore ? Bon...
Prochain chapitre la semaine prochaine ^^
Paix et Amour
Anacoluthe
