Bonjour à tous et toutes :)
Le chapitre qui suit celui-ci étant plus court, j'ai décidé de les poster en même temps.
Je vous souhaite bonne lecture !
CHAPITRE 15
- Non.
- Comment ça « non » ? s'offusqua Hermione en suivant Drago qui venait d'entrer dans le salon.
- Je t'ai dit non, Granger, insista le blond, catégorique.
- Ce n'est pas à toi de décider, Malefoy ! s'exclama la brune, hors d'elle. Tu savais dès le départ que je n'allais pas rester ici. Ce n'est pas chez moi. Je me suis imposée parce que je n'avais nulle part où aller il y a peu. Mais maintenant que… Ne me tourne pas le dos quand je te parle ! ordonna-t-elle en le voyant rentrer dans la cuisine.
Elle le suivit mais la porte lui claqua au nez, l'empêchant d'entrer et de continuer cette conversation, pour peu qu'elle puisse être ainsi appelée. Hermione serra les poings, tapa du pied et grogna, rageant contre le blond et son comportement immature.
La discussion semblant close, elle tourna les talons, partit se changer avant d'aller courir pour se défouler.
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La voix de Drago tournait en boucle dans sa tête. La colère qui transpirait de ses mots, les ondes de magie qu'il propulsait autour de lui, lui coupant le souffle. Mais sa fureur à elle était bien plus forte que son refus. Elle en avait décidé ainsi, il n'en serait pas autrement.
Quelques jours plus tôt, elle avait reçu un appel de ses parents. Après avoir pris de ses nouvelles, ils lui avaient annoncé que son appartement venait d'être vendu et que les sous devraient arriver quelques jours plus tard sur son compte bancaire. Heureuse, la jeune femme était revenue du travail presque en sautillant dans les rues. Enfin, elle allait pouvoir définitivement s'installer !
Elle était alors rentrée au Manoir et avait annoncé la nouvelle à Drago. Il lui avait répondit qu'il était content pour elle puis avait passé la soirée dans sa chambre. Le lendemain, elle ne l'avait pas vu, ni le surlendemain.
Le jeudi, après avoir ressassé encore et encore la réaction du blond, après l'avoir analysée sous toutes ses coutures, Hermione avait décrété que quelque chose clochait. Alors, dès la fin de sa journée, elle était allée au Malefoy's pour voir le tenancier. Fidèle à elle-même, Pansy l'avait gratifiée d'un hochement de tête après avoir levé les yeux au ciel d'un air agacé.
- Est-ce que Drago est là ?
- Dans son bureau.
- Il est en rendez-vous ?
- Uniquement avec la paperasse.
Hermione se souvenait du frisson glaçant qui l'avait parcourue quand elle avait poussé la porte entrouverte, sans parler de celui qui l'avait secouée quand il avait croisé son regard. L'atmosphère s'était refroidie d'un coup malgré le feu brûlant dans l'antre. Une simple lampe de chevet illuminait les papiers étalés sur le bureau du jeune homme et ses traits froids, accentuant la ligne tranchante de sa mâchoire. Hermione avait dégluti avec difficulté et avait planté fermement ses talons dans le sol pour avoir la force de lui poser la question – la même qui la taraudait depuis trois jours.
- Est-ce qu'on pourrait en parler plus tard ? l'avait-il devancée, sa plume tournoyant entre ses doigts.
Hermione avait gardé le silence quelques instants avant d'acquiescer.
- Je t'attends sur la mezzanine.
Et elle était sortie l'attendre à l'endroit convenu.
Mais ils n'avaient jamais parlé.
À la place, il lui avait annoncé que ses cours de magie commenceraient dès le lendemain soir, qu'ils s'y attelleraient chaque soir et chaque week-end. Qu'il était temps pour elle de pratiquer et d'évoluer dans le domaine.
- Tu dois pouvoir passer inaperçue.
- En quoi ne pas l'être est un problème ? avait-elle rétorqué sans jamais avoir de réponse.
Alors, son histoire de déménagement était passé au second puis au troisième plan.
Hermione ne savait pas s'il avait commencé par les bases, mais s'il l'avait fait, elle avait droit à des cours accélérés. Privés, élitistes. Pas un seul instant de répit, même les repas étaient mis à profit :
- Quel sort permet de faire l'éviter des objets ? De fermer et d'ouvrir des portes ? Comment fais-tu pour repousser un sort ? Contre quelles créatures utilises-tu le sortilège de patronus ? Cite-moi dix sorts pour te protéger d'un ennemi ? Comment ferais-tu pour le ralentir ?
Et les remarques ne manquaient pas :
- Tu n'es pas assez rapide. Tu vas casser ta baguette, à la secouer comme ça. Plus sec, ton coup de poignet. Arrête de tergiverser, attaque-moi. Encore manqué. Ahah ! Franchement, Granger ? C'est tout ce dont tu es capable ? J'avais pourtant l'impression de t'avoir appris les sorts les plus simples et efficaces de DCFM.
- DC-quoi ?
- C'est moi qui pose les questions, Granger, avait-il rétorqué.
Et pendant que Drago la formait aux sorts d'attaque, Pansy était chargée des potions :
- Tu vas commencer par me lire ce bouquin. Je te laisse une semaine. Ensuite, interro.
La semaine passée, Pansy n'avait pas oublié sa promesse :
- Qu'est-ce que j'obtiens quand j'ajoute de la racine d'asphodèle en poudre à une infusion d'armoise ? Où irais-tu si je te demandais de me rapporter un bézoard ? Quelle est la différence entre le napel et le tue-loup ?
Tout ce qu'elle y avait gagné était des maux de tête et des cernes sous les yeux. Cependant, elle détestait s'avouer vaincue et se sentir idiote. Les deux combinés l'avaient poussée à étudier et travailler d'arrache-pied, si bien que lorsque Drago et Pansy l'avaient à nouveau interrogée, elle avait su faire une démonstration au premier et répondre du tac au tac à cette dernière.
Son exactitude de lui avait valu aucune félicitation, de nombreux autres sorts à pratiquer et moult nouveaux bouquins à avaler.
Ce faisant, un mois avait passé sans qu'elle eut pu prendre le temps de souffler, de voir ses amis ou de sonner à ses parents qui pourtant ne cessaient de l'appeler pour savoir où elle en était dans sa recherche d'appartement.
À l'heure actuelle, elle avait presque atteint le douze kilomètre par heure et le centre-ville. Avec espoir, elle s'était levée le matin-même avec la ferme intention de découvrir ce qui se passait dans la tête de Drago et se demandait maintenant vraiment comment elle avait pu croire que le temps lui permettrait de changer d'avis alors qu'il était évident qu'il était plus que réfractaire à ce qu'elle s'en aille. Le tout était de savoir pourquoi.
Et l'ignorance la hérissait, comme à son habitude.
Aussi brusquement que sa colère était montée, elle disparut pour laisser place à une sensation étrange et profondément désagréable. Le vent soufflait doucement au centre-ville, faisait voleter les poussières qui répandait une nuée comme un brouillard. Sa vision se troubla un instant et sa tête lui tourna. Une main sur le front, Hermione s'appuya contre un pignon puis se baissa jusqu'à ce que sa tête atteigne ses genoux, que son cœur reprenne un rythme régulier et que son impression d'oppression s'en aille.
Mais rien à faire. Son cœur battait à nouveau normalement, mais la jeune femme n'avait pour seule envie que la fuite. Loin. Très loin. Elle se remit alors à courir, de plus en plus vite. Elle regarda autour d'elle d'un œil alerte, tourna au coin d'une rue et percuta quelqu'un.
Un bruit sourd quand elle et l'inconnu se retrouvèrent sur les fesses retentit dans la rue. La brune releva le nez pour croiser le regard étonné de Charlie et plus haut sur ses jambes, celui de Luna.
- C'est une salutation typique de Londres ? demanda Charlie, un sourire moqueur sur les lèvres.
Hermione éclata de rire, la sensation d'oppression disparaissant comme une bulle de savon qui explosait.
- Je suis heureuse de vous voir, tous les deux, dit-elle en se relevant.
- Nous aussi, lui assura Luna. On se demandait ce que tu devenais.
- Tu es sûre que tu vas bien ? s'enquit Charlie en l'aidant à se relever.
Hermione déglutit et souffla un bon coup :
- Oui, j'ai… juste… Rien d'important. Et vous ?
- On vient d'aider des propriétaires de se débarrasser de… comment ils appellent ça, déjà ?
- La mérule. Pour les moldus, c'est… (Il vit le sourire amusé d'Hermione et secoua la main vaguement.) Oui, enfin tu sais ce que c'est.
- Alors qu'en fait, reprit Luna, leur maison était infestée de Bandimons.
Hermione se rappela vaguement avoir lu dans un des bouquins de Pansy que les sécrétions de cette créature magique était utilisée dans certains détergents magiques. Et honnêtement, elle préférait ne pas voir à quoi ça ressemblait en vrai, le dessin lui suffisait…
- Mais, vous travaillez pour les moldus, vous, maintenant ? les interrogea Hermione, perplexe.
- Non, mais on se baladait et Luna a surpris la conversation de deux couples, dont l'un se plaignait que leurs caves sentaient la moisissure.
- Je suis donc gentiment allée leur dire qu'il pourrait s'agir de Bandimons, dit Luna en haussant les épaules d'un air évident, sous le regard attendri de Charlie.
- J'ai rattrapé le truc en leur disant que c'était un type de mérule et qu'il fallait faire appel à une entreprise spécialisée dans les nuisibles, précisa Charlie avec amusement.
- Qui n'est autre qu'une équipe de notre Département de contrôle et de régulation des créatures magiques, chuchota Luna en se penchant vers la brune.
- Vous être sûrs qu'ils ne s'en rendront pas compte ?
- Des Oubliettors seront là pour s'assurer que les moldus retiennent uniquement qu'une équipe de nettoyage est passée, répondit le dragonnier.
Le métier ne laisse pas de doute quant à leur rôle, pensa Hermione.
- Eh bien je suis ravie que vous ayez pu aider votre prochain, sourit Hermione avant de prendre ses amis dans ses bras. On se revoit bientôt ?
- Bien sûr ! répondirent-ils en chœur.
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À peine avait-elle fait un pas dans le salon que Drago bondissait du canapé tel un ressort, lançant un « Tu es là. Parfait. » et lui empoignait le coude pour ensuite la tirer derrière lui.
- J'ai pensé qu'il était temps pour toi de mettre plus en pratique tes sortilèges de défenses, lui dit-il en ouvrant une porte qu'elle n'avait encore jamais vue dans le couloir du rez-de-chaussée.
Drago claqua des doigts et la lumière s'alluma pour éclaire un escalier qu'il la força à emprunter à sa suite. Ils arrivèrent dans un sous-sol sombre. Du moins, jusqu'à ce que des torches s'enflamment d'elles-mêmes sur des mètres et des mètres, révélant une salle immense, vierge de tout meuble. Seules des colonnes soutenaient le plafond à intervalles réguliers. Drago donna un coup de poignet, paume vers le haut et des mannequins de bois se mirent à voleter vers eux. Le blond avança sur quelques mètres puis se retourna vers la jeune femme, pétrifiée au pied des escaliers.
- Tu t'entraineras sur ces mannequins, lui annonça son professeur. Et quand je te jugerai prête, on s'affrontera.
Hermione fronça les sourcils :
- Mais on l'a déjà fait.
- Ces premiers sorts n'étaient rien comparé à ce que je vais t'apprendre maintenant. Les sorts vont être de plus en plus durs, de plus en plus…
Il eut un petite moue.
- Violents ? proposa Hermione.
Il acquiesça.
- Pourquoi tu m'apprends tout ça ? l'interrogea alors la jeune femme en s'approchant de lui.
Il garda le silence quelques secondes et releva le menton, rendit impassible son visage avant de répondre :
- Parce que tout bon sorcier se doit d'être imbattable.
Hermione recula d'un pas, sceptique. On dirait que ces mots n'étaient pas les siens, qu'il les répétait par habitude.
- Prépare ta baguette, lui ordonna-t-il.
À peine eut-elle le temps de la sortir qu'il lui lança un sort qu'elle para par réflexe, les yeux exorbités, le regard réprobateur. Le blond en fit fi et projeta ensuite les mannequins au loin, les frappant d'un sortilège différent, certains connus et d'autres inconnus mais tous puissants. Les sorts prononcés avec ferveur, assurance, ne laissaient aucun doute quant à l'étendue du pouvoir du jeune Malefoy. Une fois chaque adversaire démoli, Hermione le vit se tourner vers elle comme au ralenti. Ses mèches platines flottaient maintenant autour de son visage et sa magie faisait crépiter l'air. Il glissa sa baguette dans sa ceinture, replia les manches de sa chemise noire, enleva sa cravate qu'il lança au loin avant d'ouvrir deux boutons. Hermione se rendit compte, au sourcil qu'il haussa à son attention, qu'elle avait la bouche grande ouverte – et peut-être un peu de bave au coin des lèvres mais les torches ne brillaient pas assez que pour lui permettre de le voir de là où il se tenait.
À cet instant, elle comprenait qu'être sorcière ne se résumait pas à savoir les choses, mais à les mettre en pratique. Et bien qu'elle préférait réaliser des potions, les sorts n'étaient pas à négliger. Alors Hermione hocha la tête pour marquer son accord : elle était prête pour la suite.
Un sourire en coin de sa composition sur les lèvres, Drago se planta devant elle et la leçon débuta.
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Une semaine. Ou plutôt cinq nuits et quarante-huit heures qu'Hermione martyrisait et les mannequins, et son corps épuisé. Autant de jour que Drago lui serinait qu'elle devait s'améliorer, travailler encore et encore.
- Et ne crois pas que c'est la fin de ton apprentissage, Granger, la prévint-il. Ce n'est que le début.
Tout en expulsant au loin, à l'aide des divers sorts appris, les mannequins que son professeur impitoyable ne cessait de lui renvoyer, elle rétorqua, à bout de souffle :
- Et pour mon apprentissage des potions ?
- Ça peut attendre.
- Pourquoi ? Parce qu'il est plus probablement que je fasse exploser (elle joignit le sort à la parole) quelqu'un que de lui faire boire un filtre d'amour ?
Drago stoppa tout geste, perplexe :
- Pansy t'a dit qu'elle t'enseignerait les filtres d'amour ?
- Non. Mais je trouvais la comparaison plutôt parlante.
- Quelqu'un en vue, Granger ? demanda-t-il, un sourcil haussé d'un air taquin.
- Pas encore, Malefoy. Mais ça ne saurait tarder…
Et elle ne put retenir le regard séducteur qu'elle lui adressa ensuite. Tout comme Drago ne put retenir le sien. Si leurs esprits respectifs étaient conscients que ça n'était pas à l'ordre du jour, leurs corps, eux, n'en faisaient qu'à leurs têtes. Le blond et la brune firent un pas vers l'autre. Puis un deuxième. Un troisième suivit, mais avant que les mètres ne se transforment en centimètres, l'expression de Drago changea subitement, le sérieux recouvré, et Hermione se sentit écrasée sous une pression intense. C'était différent que l'oppression qu'elle avait ressentie en allant courir la dernière fois – ça remontait à quand, déjà ? – mais c'était tout aussi violent.
Tant qu'elle se retrouva les fesses par terre. Elle releva les yeux et vit le salon de ses parents, les lumières tamisées, le sapin de Noël illuminé de guirlandes. Elle se figea. Qu'est-ce que…
- Jane, il faut le lui dire.
- Non, Robert.
Hermione retint sa respiration et sentit son cœur s'affoler. Elle s'approcha et, cachée par le mur, passa sa tête jusqu'à voir ses parents tourner autour de la table de la salle-à-manger, discutant activement. Elle se souvenait de ce moment. Elle venait… Non. Si elle croyait ce que ses parents lui avaient expliqué quelques mois plus tôt, ce Noël était le premier après qu'elle eut reçu sa lettre d'admission. Lettre qu'elle n'avait jamais vue, d'ailleurs.
Ses parents discutaient encore. Ils n'avaient pas remarqué qu'elle était réveillée. Elle venait de faire un cauchemar et voulait un câlin. Enfin, à l'époque. Maintenant qu'elle revoyait la scène, elle voulait se montrer et les forcer à lui dire la vérité. Elle voulait voir la lettre !
Hermione fit alors un pas pour se montrer à ses parents et se sentit brutalement happée vers l'arrière. Ses genoux rebondirent sur le sol et quand elle rouvrit les yeux, elle était à quatre pattes dans la salle d'entrainement et Drago était accroupi devant elle.
Seulement alors elle réalisa qu'elle n'avait pas voyagé dans le temps.
- Qu'est-ce que c'était que ça ? voulut-elle demander, mais sa gorge était sèche.
- Je suis rentré dans ta tête, Granger, lui expliqua-t-il. Je viens de voir un de tes souvenirs.
La jeune femme sentit son regard se fixer sur le sol. Son cerveau tentait de comprendre ce qu'il venait de se passer. Parce que rentrer dans la tête de quelqu'un, ce n'était pas possible. Si ? C'est ce qu'il vient de dire, ma grande, alors d'office que c'est possible, se moqua une voix condescendante dans sa tête. Cette réalité frappa la jeune femme si fort qu'elle releva brusquement la tête, des mitraillettes dans les yeux, et sauta sur Drago qui poussa un cri de surprise avant de se retrouver sur le dos, la jeune femme lui martelant la poitrine.
Elle hurlait des propos incohérents, semblant s'offusquer qu'il ait « pénétré son intimité sans lui demander la permission ». Là, il dut se retenir de faire une blague graveleuse et attrapa les poignets de la jeune femme. Celle-ci se débattait comme une lionne, ses mots n'auraient servi à rien.
Alors, il s'infiltra à nouveau dans ses pensées. Il se retrouva dans le jardin des Granger. Hermione s'amusait sur la balançoire, riant aux éclats :
- Plus haut ! Plus haut, papa ! criait-elle entre deux rires.
- Mais tu vas faire le tour de la barre si tu vas plus haut ! répondit-il dans un rire.
- Ouiiii !
L'homme la poussa alors de toutes ses forces et sa fille s'envola dans les airs pour atterrir sur ses deux pieds et avec légèreté devant sa mère, quelques mètres plus loin, qui avait perdu son sourire attendri, remplacé par un air ahuri. Mais la petite, elle, se tournait vers son père :
- Encore !
Drago quitta l'esprit d'Hermione pour revenir au présent. La jeune femme au-dessus de lui ne bougeait plus. Ses poignets dans les mains du blond, elle avait le regard dans le vague. Elle semblait être restée à l'époque de son souvenir.
Alors Drago sut quel air il avait eu quand son père était entré dans sa tête pour la première fois. C'était à la fois drôle et terriblement culpabilisant. Il comprenait mieux pourquoi elle avait utilisé le mot « intimité ». Entrer dans la tête de quelqu'un revenait à violer cette intimité. Une violation psychologique. Il fut pris de panique quand il vit des larmes perler dans les yeux noisette au-dessus de lui. Drago libéra les poignets de la jeune femme pour prendre son visage en coupe. Ses pouces se mirent à caresser les joues à la peau de pêche, ce qui ramena la jeune femme au présent. Elle plongea son regard dans les orbes grises du jeune homme, amorphe un instant, avant de prendre conscience de leur position : elle à califourchon sur lui, couché sur le dos, ses mains sur ses joues et, étrange, un air inquiet sur le visage.
Leur proximité la prit au dépourvu plus fort que lorsqu'il était entré dans sa tête. Alors, pour cacher sa gêne, elle remplaça sa perdition par sa rage et se releva rapidement, les jambes de chaque côté des hanches du blond, surpris et immobile.
- Tu es ignoble ! cracha-t-elle avant de courir à l'étage.
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Deux jours plus tard, deux jours sans la voir, lui parler ni entendre le son de sa voix, Hermione se planta devant lui. Il était assis dans le canapé, occupé à lire la Gazette du Sorcier. Le blond releva la tête vers la jeune femme qui se tenait là, en imposant malgré sa frêle stature. Quelque chose chez elle avait changé. Un il-ne-savait-quoi qui fit remonter un frisson le long de sa colonne, lui fit louper un battement et assombrir son regard.
Elle en imposait, tout simplement. Et, Merlin, ça lui plaisait. Mais pas autant que ce qu'elle lui dit après :
- Apprends-moi.
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Évidemment, il ne lui apprit pas à rentrer dans l'esprit d'un autre. Il se contenta de lui enseigner comment fermer son esprit, comment l'empêcher de l'infiltrer.
À l'évidence, Hermione Granger était une élève plutôt douée. Elle apprenait vite, retenait facilement, exécutait peu après.
Aussi purent-ils, deux semaines plus tard, mettre de côté les mannequins pour passer à la vraie pratique. Ils se saluaient dans les règles, mais ne se laissait aucun répit. Sans surprise, les premiers combats furent remportés par le sorcier, occasionnant quelques blessures à la sorcière.
Mais au fil des semaines et des entrainements, elle gagnait en force, en tactique et en subtilité. Tant qu'il finit par reconnaitre certaine de ses propres bottes et mouvements corporels, surtout quand elle réussissait à le toucher.
Ce soir-là, Hermione lui lança un Diffindo qu'il évita de justesse, mais il sentit son épaule gauche le pincer et il baissa les yeux pour voir sa chemise blanche s'imprégner de son sang. Il releva la tête vers elle avec un regard mauvais, mais fut bé de la voir se balancer sur ses pieds, légèrement, le menton relevé, la bouche en une moue hautaine. Elle haussa rapidement un sourcil à son attention, un sourire en coin étirant ses lèvres.
Il se redressa, laissant son épaule de côté et, ses jambes écartées pour un meilleur ancrage, leva sa baguette…
Et feinta : il se plongea dans son esprit et put ressentir la satisfaction qui lui avait parcouru l'épiderme quand elle avait vu que son sort avait atteint sa cible. Il put ressentir vibrer en elle une énergie nouvelle. Une énergie de puissance, un sentiment d'invincibilité. Il eut le temps de sentir autre chose quand il fut propulser hors de sa tête.
- Tu triches ! l'accusa-t-elle en lui fonçant dessus d'un pas furieux.
Elle leva sa baguette. Plus rapide, il l'envoya voler d'un Expelliarmus et arrêta le poignet de la jeune femme dans sa course, évitant une gifle magistrale. Il imita sa moue hautaine et dit :
- C'est toi qui voulait apprendre. (Il approcha son visage du sien, leurs bras croisés entre leurs torses.) Je ne fais que répondre à ta demande.
Sa phrase la fit grogner. Elle inspira un grand coup et ses yeux s'échappèrent une nanoseconde sur sa bouche. Mais quand elle revint à ses yeux anthracites, il avait vu et pas besoin de légilimentie pour savoir ce qui lui avait effleuré l'esprit. Goguenard, il haussa un sourcil. Hors d'elle, elle lui arracha son poignet et tourna les talons.
Cependant, il ne comptait pas en rester là. Le blond lui attrapa le coude et la tourna vers lui.
- Où crois-tu aller…
Dans l'élan, elle se mélangea les chevilles et trébucha, arrêtant sa chute sur son torse. Son visage maintenant à quelques centimètres du sien, il souffla son dernier mot sans se souvenir de ce qu'il voulait dire :
- …Ainsi ?
La tension monta d'un cran, les torches crépitèrent et leurs nez se frôlèrent. Il libéra Hermione, sa main voguant toute seule vers la hanche de la jeune femme dont la main libre se glissa dans ses cheveux. Leurs corps se collèrent. Les mains de Drago se posèrent dans le cou de la sorcière, soulevant délicatement son menton de ses pouces. Elle avait déjà fermé les yeux sous ses caresses. La tête basculée en arrière, elle entrouvrit les yeux, lui lançant un regard enflammé par-dessous ses cils. Son ventre se contracta sous cette vision d'abandon. Aussi approcha-t-il le visage de la brune du sien, ses lèvres entrouvertes dans l'attente de…
- Drago ? entendit-il.
Les deux sorciers se figèrent, brusquement revenus à eux-mêmes. Hermione se dégagea de l'étreinte du blond qui recula d'un pas.
- Drago, t'es où ?
L'intéressé reconnut la voix de sa meilleure amie. Il se racla la gorge et répondit :
- Dans la salle d'entrainement.
Des pas ne manquèrent pas de se faire entendre dans les escaliers. La noirette débarqua alors et soupira en les voyant :
- Enfin ! (Elle posa les mains sur ses hanches, l'air passablement agacé.) Drago, tu sais que ça fait deux semaines que j'attends pour continuer son apprentissage ?
Le blond avait du mal à détourner son regard d'Hermione, essoufflée et les joues rougies.
- Elle est toute à toi, on a bien avancé de notre côté, répondit-il, la voix une octave plus bas que la normale.
Pansy fronça un instant les sourcils, mais la réaction d'Hermione ne lui permit d'aller plus loin dans sa réflexion :
- Donnez-moi un week-end, les pria la jeune femme.
- Pas question, répondirent-ils en chœur.
- Écoutez, je sais que vous voulez bien faire, mais mon boulot plus mon temps d'étude plus la pratique (elle compta sur ses doigts), c'est beaucoup trop d'un coup. J'ai besoin d'un break.
Drago et Pansy échangèrent un regard, mais Hermione n'attendit pas leur permission. Elle était assez grande pour prendre ses propres décisions.
- On est samedi. Lundi soir, je reprends avec Pansy.
Son ton était catégorique et son départ, définitif. Son apprentissage attendrait. Pour l'instant…
Hermione monta jusque sa chambre et se mit à genoux devant le feu de cheminée. Elle prit une poignée de poudre de cheminette qu'elle jeta dans les flammes et dit fort :
- Menez-moi à Ginny Weasley.
Elle n'était pas vraiment sûre que ça fonctionnât ainsi, mais bon : Ron était dans la même position quand elle l'avait surpris, alors elle ne devait pas être loin. Et elle ne fut pas déçue : un visage apparut dans les flammes et une voix familière lui répondit.
- Hermione ? s'étonna Ginny. Quoi de neuf ?
- Tu sais où on pourrait aller boire un verre ? lui demanda tout à trac la Londonienne.
Ginny sourit immédiatement d'un air de connivence :
- Évidemment. De quoi t'as besoin, ma belle ?
Hermione passa outre le fait que cette phrase était typique d'un dealer et souffla :
- De décompresser.
- Habille-toi et rejoins-moi au portail.
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C'est ainsi qu'Hermione et Ginny traversèrent le passage qui menait de la Nouvelle-Orléans moldue à la Nouvelle-Orléans sorcière, dans sa version du Quartier français. C'est à cet instant qu'Hermione se rappela son cauchemar, à cet instant qu'elle réalisa que toutes les informations qu'elle avait accumulées n'étaient en fait que le reflet de son véritable monde. Les deux murs de brique étaient les loups-garous et les vampires qu'elle étudiait dans les livres et qu'elle croisait maintenant comme si de rien n'était. Elle comprenait maintenant ce que Pansy avait voulu dire par « Greyback et les autres sont de la même famille ».
Tout lui semblait maintenant plus clair. Alors que rien ne lui avait jamais vraiment été caché…
Hermione salua Luna qui avait été invitée par Ginny et fit la rencontre de Lavande, la petite-amie de Ronald. Lavande était une blonde rebondissante, pouponnée jusqu'au bout des ongles et au rire communicatif. Les jeunes femmes avancèrent dans le bar désigné du doigt par Ginny et trouvèrent une table tranquille malgré le bar bondé.
- Alors Mione, l'interpella la rousse une fois sa commande arrivée. T'es bien installée ? Si oui, où ça ?
Hermione fronça les sourcils avant de se rappeler qu'elle n'avait toujours pas dit à Ginny qu'elle logeait chez son pire ennemi. La brune déglutit avec difficulté et décida courageusement de lui dire la vérité. Après tout, qu'est-ce qu'elle risquait ? Une soirée pourrie, tout au moins, une amitié perdue, tout au plus. Une broutille ! Faisant fi du sarcasme de son esprit, Hermione se lécha les lèvres et dit :
- Chez Malefoy.
Le visage de Ginny perdit toute expression, Luna sourit l'air de dire « Je le savais… » et Lavande manqua recracher sa gorgée.
- Une minute, dit-elle en levant un index parfaitement manucuré. Malefoy comme dans « Drago Malefoy » ?
Et il semblerait qu'elle avait un sacré penchant pour les ragots, aussi. Hermione inspira profondément et attendit, cette fois-ci, le verdict. Celui-ci ne se fit pas attendre. Les trois jeunes femmes observèrent la rousse soupirer profondément avant de plonger son regard dans celui d'Hermione :
- Tu sais quoi ? Fais ce qu'il te plait. Tant que tu sens bien, je suis contente pour toi.
Hermione se dégonfla comme un ballon de baudruche, faisant éclater de rire ses acolytes. Lavande jeta toutefois son regard soupçonneux à Ginny, peu convaincue de la sincérité de ses propos. Après tout, il l'avait quand même harcelée presque toute sa scolarité, alors…
- Dieu, merci ! s'exclama Hermione, soulagée.
- Merlin, merci ! la reprirent les filles.
- Oui, juste : Merlin, merci !
Et les quatre verres clinquèrent pour marquer le début d'une soirée de détente.
Au fil des breuvages multiples et différents, les sorcières firent connaissance et/ou approfondirent leur amitié. C'est ainsi que Luna expliqua qu'elle avait trouvé un job à temps plein à l'animalerie du Square Marabout, que Ginny était en train de préparer les régionales de Quidditch et que Lavande travaillait pour l'implantation londonienne de Sorcièr'Hebdo, qu'elle était ici pour une édition spéciale en plusieurs numéros, mais ça collait tellement bien avec Ron qu'elle envisageait de demander sa mutation aux États-Unis. Quant à Hermione, eh bien, elle apprenait la magie avec Drago, Pansy et elle pensait que Blaise n'allait pas tarder à y mettre du sien.
Un silence abasourdi accueillit sa déclaration.
- Drago ? Pansy…
- Et Blaise ?
Ginny et Lavande n'en revenaient pas qu'Hermione les appelât par leur prénom. En revanche, ça ne semblait pas déranger Luna :
- Elle est amie avec eux, ça ne devrait pas vous étonner qu'ils s'appellent par leur prénom, dit-elle à la rousse et la blonde.
Hermione garda pour elle que Pansy continuait de l'appeler par son nom de famille, tout comme Drago, parfois. Seul Blaise semblait l'apprécier assez pour passer outre les traditions de « On ne te connait pas, on t'appelle par ton nom et puis basta ! ». Non, elle jugea cette information bien inutile.
- Et sinon, eum… Drago est quel genre de colocataire ? s'enquit Lavande sur le ton de la discussion, mais son regard concentré sur son breuvage trahissait son avide curiosité.
Hermione hésita sur l'adjectif à utiliser :
- Il est… autoritaire, exigeant, secret et veut tout contrôler. Mais il est assidu dans sa tâche de m'apprendre la magie. (Elle pencha la tête sur le côté, pensive, les yeux au loin.) Il est plutôt bon professeur, d'ailleurs. (Soudain, elle fut prise de cette même sensation d'oppression que quand il avait pénétré ses pensées.) Il arrive sans souci à me faire rager, aussi, ajouta-t-elle les yeux plissés d'agacement. (Avant de frissonner sous la tension de leurs deux magies liées par l'adrénaline.) Et à me… Enfin, il n'est tout à fait le genre de colocataire auquel je m'attendais, termina-t-elle en buvant une gorgée, cachant son regard troublé dans l'alcool.
Un silence suivit la description de la jeune femme. Ginny haussait un sourcil sceptique, Luna plissait la bouche en se demandant comme interpréter ces propos tandis que Lavande n'hésitait quant à elle pas trop sur l'interprétation qu'elle en faisait.
- Ça doit être intéressant de vivre avec lui, commenta soudain Lavande.
Ginny lui frappa le bras (« Ça va pas, non ? »), Luna ne réagit pas et Hermione releva la tête si vite qu'elle faillit renverser son verre. Surprise, elle le reposa et, cette fois, le renversa. Affolée, elle se leva pour aller chercher des serviettes. Elle regarda autour d'elle et attrapa l'essuie-vaisselle qui pendait à la ceinture du serveur qui passait à côté de leur table. Étonné, le type ne bougea pas et récupéra son bien sans commentaire quand Hermione le lui tendit en souriant :
- Je vous remercie !
Il resta immobile une seconde puis, découvrant à qui il avait affaire, laissa sa bouche s'étirer en un sourire charmeur :
- Pas de quoi…
Il fit un clin d'œil à la brune puis reprit le travail. Celle-ci se rassit en rougissant jusqu'à la racine pendant que ses amies la taquinaient :
- Et c'est Granger qui attrape le vif d'or ! Woup-woup ! s'écria Ginny en faisant un moulinait avec son bras, attendant les acclamations qui vinrent de Lavande et Luna, imitant des supporters à un match de Quidditch.
La soirée s'annonçait bien…
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Drago vrilla sur ses talons et lui fit face si vite qu'elle manqua lui rentrer dedans.
- Tu ne quitteras pas cette maison ! explosa-t-il.
Après sa soirée avec ses nouvelles amies, Hermione s'était rendu compte qu'elle ne pouvait risquer de foutre en l'air son apprentissage ou son indépendance en continuant à vivre sous le même toit que son précepteur qui, pour celui ou celle qui ne l'avait pas encore noté, ne la laissait pas indifférente. Le fait était qu'il ne semblait pas indifférent, lui non plus. Or, si elle voulait être sûre de pouvoir gérer son devenir comme elle l'entendait, elle devait prendre de la distance.
Et ça, il ne comprenait pas. Il ne voulait pas. Justifiant que ça leur ferait perdre du temps. Elle lui avait dit que c'était ridicule, il avait rétorqué qu'elle ne pouvait pas comprendre alors elle l'avait incité à lui expliquer, à faire en sorte qu'elle partage son point de vue. Mais il avait obstinément gardé le silence.
Dès lors, si elle ne pouvait partager son avis, elle garderait le sien et mordicus elle prendrait cet appartement que Blaise lui proposait.
Quant à son l'éclat de voix qui la choqua en premier lieu, la jeune femme serra ensuite les poings et se planta devant lui, le fusillant du regard :
- Comment oses-tu ?
- Je suis ignoble, tu l'as dit toi-même.
Mesquineries et bassesses. Voilà sa passion. Hermione sentit ses ongles lui rentrer dans la peau. Étrangement, cet homme pouvait la mettre dans des colères frôlant la noirceur de l'enfer, la déstabiliser comme jamais elle ne l'avait été et provoquer en elle tant d'émotions qu'elle se croyait incapable de ressentir, ayant donné depuis bien longtemps au professionnalisme la priorité. Alors quand son corps réagit sans l'accord de sa tête et s'approcha de lui, Hermione sut que c'était le pas de trop.
Elle le sentait. Elle le savait. Dans quelques secondes, il poserait ses lèvres sur les siennes et elle ne pourrait pas l'en empêcher. S'il m'embrasse maintenant, si je le laisse m'embrasser maintenant, je ne suis plus sûre de rien. Si on s'embrasse maintenant, je sais que notre relation professionnelle risque d'en prendre un coup parce qu'on ne saura plus comment se regarder. Saurons-nous seulement nous regarder en face ? Non, s'embrasser est définitivement une mauvaise idée. Hermione déglutit et souffle à grand peine : non, ce ne serait pas elle qui ferait le mouvement fatal.
Drago s'avança d'un pas. Elle bloqua sa respiration par réflexe. Ses yeux bleus alternaient entre ceux d'Hermione et ses lèvres. Il semblait hésiter et sûr de lui à la fois. Comme si l'idée de l'embrasser lui paraissait logique mais que s'approcher d'elle était risqué. Comme si quelque chose d'important se jouait.
Dix centimètres les séparaient maintenant. Hermione sentit ses joues rougir furieusement et son sang battre violemment à ses oreilles.
Deux petits centimètres.
- Je crois vraiment que je devrais avoir mon propre appart, murmura Hermione.
Le souffle chaud de Drago sur sa peau s'arrêta. Elle l'entendit inspirer mais pas expirer.
Elle l'avait énervé. Logique. Avec un sentiment de profonde idiotie, elle les rouvrit pour voir quelle expression il avait sur le visage. Et, étonnée sans vraiment l'être, elle constata son visage fermé. Son regard, froid, glacial et profondément neutre, la déstabilisa. Elle connaissait Drago Malefoy depuis assez longtemps maintenant pour savoir qu'il avait une maitrise totale de ses émotions. Mais passer d'un désir évident à une froideur réfrigérante était une première.
- Après tout, fais comme tu le désires, dit-il seulement.
Et là, comme lui seul avait le pouvoir de le faire, Hermione sentit une colère monter en elle. Elle se retint de le singer : comme tu le désires. Quoi ? C'était tout ? Il était hors de lui, son éclat de voix en était la preuve et tout ce qu'il lui répondait c'était qu'elle fasse « après tout » comme elle le désirait ? Ce type était vraiment ridicule. Un pur idiot. Est-ce que tous les hommes étaient incapables de lire entre les lignes ? Hermione ne se l'avouerait jamais, mais elle aurait tellement voulu qu'il balaye ses mots d'un geste de la main ou, encore mieux, d'un baiser fougueux et d'ainsi envoyer balader ses inquiétudes de Londonienne pure souche.
Sur la table, un verre se brisa sans prévenir. Et un deuxième. Le bougeoir puis une chaise basculèrent. Hermione, surprise, poussa un hoquet de stupeur en voyant les dégâts et fit un petit saut sur place, les mains sur sa bouche grande ouverte. Ses yeux alternèrent entre Drago et les débris.
- Je t'interdis de casser mon mobilier, Granger ! s'écria-t-il d'une voix grondante de colère. La seule personne qui a le droit d'être frustrée dans cette pièce, c'est moi ! Clair ?
Hermione le fixa, interdite.
- Je n'ai pas cassé ta vaisselle ! se défendit-elle.
- Ah non ? fit Drago d'une voix moqueuse et acerbe en se penchant vers elle. Je casse les choses de façon volontaire.
Il tendit la main vers le haut de l'étagère sur sa droite et un vase vola à l'autre bout de la pièce puis se brisa en mille morceaux sur le parquet. Il constata les dégâts et ses mâchoires se crispèrent encore plus :
- Et de ta faute, Granger, je viens de démolir un vase de plus de douze mille dollars !
Douze mille dollars pour un vase ? Mais où allait-il chercher tout cet argent ? C'est là que lui revint son commentaire sur la frustration et elle vit rouge.
- Au moins, moi, j'ai du self-control, persiffla-t-elle, mauvaise.
Il s'esclaffa, moqueur :
- Ah ! Toi, du self-control ? (Il fit un pas dans sa direction et se plante à moins d'un centimètre d'elle, son nez frôlant le sien puis glissant jusque sa mâchoire.) Si tu m'avais laissé aller jusqu'au bout, tu aurais vu ce que c'est, le vrai self-control... susurra-t-il avant de tourner les talons.
D'un mouvement du poignet, il répara et remit à leur place tous les objets. Quant à Hermione, elle se mit à furieusement rougir : elle s'imagina avec lui, dans des positions peu catholiques, occupés à faire des choses encore moins orthodoxes. Son cœur la trahit, tout comme son ventre qui se contracta une fraction de seconde. La brune déglutit difficilement.
- Au moins, on sait ce qu'il te faut encore améliorer, entendit-elle en provenance de la cuisine.
De quoi il parlait, encore ? Choisissant de ne pas répondre à cette langue de vipère, la jeune femme prit la direction de sa chambre.
- Et tu n'oublieras pas de fermer la porte quand tu partiras, termina-t-il.
Sur le cul, la jeune femme n'eut même pas la présence d'esprit de l'insulter.
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Cette énième dispute lui rappela qu'elle pouvait compter sur ses amis pour lui changer les idées. Alors elle avait transplané au Terrier, salué les parents Weasley, fut ravie de voir Ginny qui l'invita à la suivre chez Harry.
- Ron et Lavande y sont déjà et je crois que Luna et Neville ne devraient pas tarder, lui expliqua la rousse.
- Et Seamus ?
- En voyage en Angleterre.
- Les jumeaux ?
- Occupés à travailler sur leur prochaine catastrophe capillaire.
Hermione tiqua un instant puis se rappela un autre frère :
- Et Charlie ?
Là, ce fut Ginny qui tiqua. Elle se stoppa dans son mouvement, son manteau à moitié enfilé puis sourit d'un air énigmatique :
- Ce n'est pas le genre de fête auquel Charlie aime assister.
- Et c'est quoi, son genre, alors ?
Ginny fit mine de réfléchir en passant son bras dans l'autre manche :
- Il est plus calumet de la paix. (Devant l'air perdu d'Hermione, Ginny secoua la main.) Laisse tomber.
Puis elle transplanèrent.
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Le soleil de midi brillait haut, chaud, chaleureux.
Une table de jardin en bois avait été agrandie par magie pour accueillir tous les invités. Les plats avaient voleté entre la cuisine et la terrasse, les verres s'étaient remplis avant d'être vides et les estomacs bourrés comme une dinde de Thanksgiving.
Maintenant que le soleil se couchait, l'euphorie retombait peu à peu pour laisser place à la tendresse du soir. Lavande appuya sa tête sur l'épaule de Ron qui entoura sa taille de son bras, occupé à converser avec Neville des avancées en matière de potions usitées dans les enquêtes du Macusa. Luna s'était levée pour déambuler pieds nus dans l'herbe. Et en face d'elle, Hermione sourit, à la fois mutine et attendrie, quand elle vit Ginny et Harry en pleine conversation. Ils chuchotaient, se souriaient d'un air complice, leurs fronts se frôlant, leurs regards se perdant dans celui de l'autre.
Puis, sentant le dernier rayon du soleil filtrer à travers les arbres pour caresser sa peau, Hermione releva son visage et sourit à la vie.
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En route vers le manoir, heureuse et l'odorat ravi par les mille et unes odeurs des rues de la Nouvelle-Orléans, elle se dit qu'elle avait fait le bon choix, qu'elle avait bien fait de suivre son instinct. Elle devait venir ici, bien qu'elle ne sut pas encore pourquoi.
Mais elle était sûre d'une chose : elle avait faim ! Et l'odeur émanant de la cuisine du Manoir la fit saliver sur le champ. Elle renifla comme un animal affamé jusqu'à la cuisine et lança :
- Je ne sais pas si tu es tombé sur la tête, mais ça sent vachement bon, Dr…
Hermione se figea sur la pas de la porte de la cuisine, les mains ballantes.
- Zabini ?!
- Salut, Granger ! Je nous fais des scampis à l'ail, ça te tente ?
Des scampis à… Ce n'était pas un plat français moldu ? Hermione secoua la tête pour reprendre ses esprits. Elle s'avança vers les fourneaux et observa par-dessus l'épaule du Noir les fruits de mer cuire doucement, baignés de la sauce à l'odeur alléchante.
- Jamais je n'aurais pensé voir un jour un sorcier faire la cuisine, commenta-t-elle.
- Ah bon ? Pourquoi ça ?
- Drago m'a dit que c'était dans les mœurs sorcières d'avoir des elfes de maison. (Hermione grimaça.) Je déteste l'idée que de pauvres êtres soient réduits à l'esclavage. S'il a été aboli, ce n'est pas pour le continuer, s'insurgea la jeune femme, provoquant le rire de Zabini.
- C'est bien son genre, lança Blaise en touillant dans les scampis. Mais j'aime bien ! Ceci dit, et au risque de te déplaire, ajouta-t-il en lui jetant un regard amusé, j'ai aussi un elfe de maison. Ça m'aide beaucoup. Surtout pour le ménage, Merlin, si tu savais ! Mais la cuisine, c'est… (Le Noir fit un geste d'adoration vers les poêles et ustensiles devant lui avant d'inspirer à pleins poumons les arômes embaumant l'air, faisant tourner sa main dans les vapeurs de cuisson.) C'est une passion. Je dois tenir ça de mon père, soliloqua-t-il. Paix à son Âme !
- Oh ! je suis désolée, Blaise, compatit Hermione en posant une main sur l'épaule du cuisinier.
Blaise ne fit qu'acquiescer, ce qui rendit Hermione perplexe. Il était vrai que le ton de Zabini était léger et qu'il ne semblait pas plus que ça perturbé par la mort de son paternel. Hermione n'insista pas, d'autant plus que Drago fit son apparition dans la cuisine.
Elle quitta la cuisine sans un regard pour le blond. Cependant, une fois dans le couloir, elle entendit sa voix profonde lui lancer :
- On t'aidera à emménager.
Elle ne revint pas sur ses pas. Elle n'alla pas le remercier ni s'assurer qu'elle avait bien entendu. Mais elle autorisa un sourire à fleurir sur ses lèvres.
FIN DE CHAPITRE
Je ne sais pas vous, mais je ne suis pas certaine qu'un prof comme Malefoy soit le genre que j'aime... Ou même un coloc comme lui... Bref : mieux vaut pour Hermione que pour moi ahah
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Paix et Amour,
Anacoluthe
