CHAPITRE 16
Hermione avait à peine eu le temps de s'installer dans son nouveau lieu de vie que Ginny, peu après avoir appris qu'Hermione avait « quitté son geôlier de malheur », avait invité toutes ses amies à la pendaison de crémaillère de la Londonienne – qui, rappelons-le, n'avait pas du tout l'intention d'en faire une.
C'est donc ainsi qu'Hermione se retrouva assise dans le canapé XXL de son salon, entourée de Ginny, Lavande et Luna ainsi que de zakouskis, de chips et de champagne sorcier, digne d'une version moldue. La conversation allait bon train, passant du coq à l'âne – ou, devrait-elle dire, du hibou à l'hippogriffe, bien qu'elle ne sut absolument pas ce qu'était cette dernière espèce. Les félicitations pour son job avaient succédé à la visite de l'appartement qui avait lui-même succédé aux plaisanteries un peu mesquines, du style : « On voit que tu n'as pas trainé avec n'importe qui. » ou encore « Tu sais, tu pouvais rester au Terrier, si tu voulais. Tu n'aurais rien dû à personne, ainsi. ». Mesquineries auxquelles Hermione eut vite fait de couper court :
- Écoutez, les filles. Je sais que vous n'appréciez pas Drago, Blaise ou Pansy, mais je n'ai aucun compte à vous rendre – ni à leur rendre, d'ailleurs. Alors je vous demanderai de garder votre haine commune hors de cet endroit ou bien vous n'y remettrez plus jamais les pieds.
Un silence choqué avait suivi, les joues de Ginny et Lavande devenant aussi rouges les unes que les autres. Seule Luna souriait d'un air amusé – la seule à ne jamais juger personne, soit dit en passant. Cependant, Hermione fut ensuite mise dans la confidence – à son plus grand étonnement :
- Tu sais, on ne déteste pas Parkinson, lui dit Ginny. C'est juste qu'elle est tombée dans la mauvaise maison.
Hermione la réprimanda d'un froncement de sourcils, en vain.
- Et évidemment, ses fréquentations étaient des moins recommandées, renchérit-t-elle avant d'hausser les épaules : Mais que veux-tu ? Quand on manque de goût, on manque de goût…
- Il était tout de même au goût de beaucoup… marmonna Lavande en fronçant les sourcils à l'attention de la rousse.
- Bref ! intervint Hermione, l'agacement ayant pris le dessus sur l'étonnement. Et si nous passions dans le salon ? proposa-t-elle pour changer de sujet, et vite.
Les filles approuvèrent et l'incident fut clos. Les boissons avaient coulés à flot, les amuse-gueules semblaient apparaitre sans qu'Hermione ne s'en aperçoive et l'humeur de ses amies devint aussi espiègle que leurs joues étaient roses.
Lavande revint sur sa version de son histoire avec Ron, version pour le moins explicite. Sous les yeux effarés et l'air gêné de la Londonienne, par nature plus réservée, Lavande décrivit les prouesses et maladresses de Ronald lors de leur première fois, comparant par la suite cette dernière avec celle de leurs retrouvailles des années plus tard. Ginny, inspirée par l'art oratoire de la blonde, soupira théâtralement avant de se lancer dans le récit de sa vie sentimentale et de sa course au fils Potter – histoire pleine de rebondissements amusants et inattendus, si vous voulez l'avis d'Hermione.
- Tu es l'incarnation même de la persévérance, Ginevra Weasley, la complimenta Luna.
- Je te remercie, fit l'intéressée avec un hochement de tête reconnaissant.
- Ça parait presqu'être de l'entêtement, railla soudain Hermione.
Les trois têtes se tournèrent vivement vers elle, les sourcils plus haut que le front. Rougissant un peu, Hermione haussa les épaules :
- C'est vrai ! Je veux dire : attendre toute son adolescence que son premier crush daigne lui accorder un regard, c'est…
- Oh, mais j'en avais pleins, des regards, contra Ginny. Juste…
- Juste pas le genre que tu voulais, termina Hermione. Enfin, Ginny, rend-toi compte : Harry est le meilleur ami de ton frère qui semble avoir un caractère bien trempé voire explosif. (Elle montra Lavande de la main pour appuyer ses propos.) Donc, tu crois vraiment que Harry aurait tenté le moindre geste envers toi alors qu'il savait plus ou moins ce qui l'attendait au tournant ? Tu aurais eu plus de chance à te tourner vers d'autres garçons.
Pour toute réponse, Ginny sourit mystérieusement et lâcha un joli : « Qui te dit que je ne me suis pas tournée vers d'autres garçons ? ». Après des « Oh ! » surpris, Lavande et Luna éclatèrent de rire et Hermione ouvrit grand les yeux, soufflée.
- Comme ça, il n'y a pas que ton frère qui a un caractère un peu sulfureux : c'est de famille ! s'exclama Hermione avant de joindre les deux blondes dans leur éclat, laissant Ginny sourire d'un air énigmatique, mais fier.
Une fois le fou rire calmé, Lavande enleva ses talons hauts, glissa ses pieds sous ses cuisses et se tourna vers Hermione, air taquin sur le visage.
- Cela dit, tu as tout de même l'air d'avancer dans ta quête au Potter…
Ginny échangea un regard complice avec Hermione, comprenant qu'elle faisait référence au diner chez l'intéressé quelques jours plus tôt.
- Et toi, alors ?
Hermione but une gorgée de son champagne et secoua la tête :
- Quoi, moi ?
Lavande leva les yeux au ciel et regarda sa nouvelle amie d'un air entendu. Comprenant où la blonde voulait en venir – un peu aidée par les regards curieux et impatients de l'autre blonde et de la rousse – Hermione se mit à rougir de façon involontaire.
- Je n'ai rien à dire, mentit-elle.
- Ce n'est pas ce que tu disais quand on est sorties la dernière fois… minauda Lavande avec un sourire taquin.
- Je vous jure que je n'ai absolument rien de croustillant à raconter, leur assura la brune en laissant son chat s'installer sur ses genoux l'animal miaula soudainement.
- Je pense que ton chat à quelque chose à dire, Hermione, fit Luna de sa voix haut perchée en se penchant vers le félin qui dirigea son nez aplati vers elle. Que dis-tu, Pattenrond ? (Le chat se mit alors à miauler pendant une longue minute, sous les yeux ébahis de Ginny, Lavande et la propriétaire de cet étrange compagnon. Ce qui paraissait aux yeux de la population de simples variations de miaulements semblaient avoir un sens pour Luna.) Je vois…
- Comment ça ? Qu'est-ce qu'elle voit ? chuchota Lavande à l'attention de la rousse et de la brune qui secouèrent la tête, tout aussi perdues.
Soudain, Luna releva la tête, centrant son attention sur Hermione qui se retint de tressaillir :
- Il dit que tu avais une odeur forte sur toi quand tu l'as recueilli. Il lui a semblé que ta peau exhalait le musc et le vent du nord.
- Le musc et le… répéta Ginny alors qu'Hermione restait interdite.
La jeune femme réfléchit à toute vitesse pour se souvenir du jour où elle avait adopté son chat. Il s'était présenté sur le balcon de sa chambre après que Zabini, Parkinson et Malefoy l'eurent aidée à emménager. Bien que l'appartement fut déjà meublé avec chic, Hermione avait insisté pour ajouter et changer une ou deux choses : une machine à laver, un sèche-linge et une bibliothèque dans sa chambre en plus de celle dans son bureau. Pour eux, sorciers, cela aurait été simple de faire apparaitre la bibliothèque d'un coup de baguette, mais une machine à laver et un sèche-linge ? Hermione s'était retenue de rire face à leurs mines circonspectes quand elle avait prononcé ces quelques mots – étaient-ce là les mots du diable ? Tout bien réfléchit, ils semblaient déjà perdus au terme « buanderie » et avaient totalement décroché quand elle annonça que la cuisine serait parfaite pour elle se faire à manger – pour les sorciers, faire tout soi-même était à la limite du crime. Une fois que tout avait pris forme et place, Hermione offrit à manger aux Serpentards avant qu'ils ne quittent l'appartement.
Assez brusquement, un hibou était venu frappé à la fenêtre du nouveau salon d'Hermione. Drago s'était vivement levé pour aller lui ouvrir, avait détaché la lettre de la patte de l'animal et son visage avait viré au blanc – si tant est-ce que ce fut encore possible. Il avait regardé Blaise et Pansy, les traits tendus par l'urgence. Ces derniers avaient compris quelque chose qui échappait encore à Hermione, s'étaient levés et avaient quitté les lieux en transplanant après l'avoir remercier rapidement pour le repas. Prise de court, la jeune femme était resté les bras ballants quelques instants avant de se décider à – ou plutôt se faire sommer par – récompenser le hibou par un biscuit. L'animal avait à peine eu le temps de s'emparer du trésor sucré qu'un chat roux avait bondi sur l'appui de fenêtre de la jeune femme, la faisant sursauter, pour s'installer définitivement sur le canapé du salon.
La sorcière eut vite fait de comprendre qu'elle avait autant de chance à l'adopter qu'à le faire déguerpir. Aussi s'était-elle tournée vers la table pour découvrir que Drago avait oublié son long caban noir. Par réflexe, elle avait regardé dans la direction de la porte d'entrée, le vêtement lourd dans les mains avant de se dire, puisqu'elle ne savait absolument pas où ils étaient passés, qu'elle irait lui rendre le lendemain chez lui après sa journée de travail. De toute façon, Drago Malefoy ne devait sûrement pas manquer de vestes. Puis, la jeune femme, tiraillée par une curiosité étrange, avait porté le tissu à son nez pour en respirer l'odeur. Musc et vent du nord.
Chiotte, pensa la jeune femme en fusillant Pattenrond du regard.
- Dis-moi, Hermione, depuis quand ton chat est nez ? railla Lavande.
Ce fut Pattenrond qui rétorqua à la place de sa maitresse en crachant. Lavande le regarda de travers. Hermione sembla alors retrouver la parole : après avoir gronder son chat pour son comportement indélicat envers la journaliste, elle expliqua qu'elle ne savait pas qu'une veste pouvait avoir une autre odeur que celle de base – un gros bobard, elle en était consciente, mais qui ne tentait rien, n'avait rien.
Ginny se redressa et regarda autour d'elle.
- Je n'ai pas vu de veste chez toi, dit-elle.
- C'est parce que je l'ai rendu à son propriétaire le lendemain, expliqua la brune.
- Et cette personne est… l'encouragea Lavande en appuyant ses coudes sur ses genoux.
Hermione fronça les sourcils et Pattenrond miaula une nouvelle fois.
- Un certain dragon, d'après lui, traduisit Luna en pointant le félin de l'index.
Lavande sourit de toutes ses dents : l'évidence même. Les lèvres pincées et le regard sévère, Hermione dévisagea son chat :
- Je vais finir par regretter de t'avoir recueilli… marmonna-t-elle dans ses dents en envisageant de plaquer sa main sur la gueule du chat pour l'empêcher de miauler.
Pour toute réponse, son chat lui rendit son regard, se leva, sauta de ses genoux et redressa la queue avant de trottiner jusqu'au couloir. S'il avait été humain, il aurait eu l'air hautain avec le menton levé. Non, mais ! s'offusqua Hermione face à ce comportement.
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Jamais elle n'aurait cru arriver au bout de ce tri. Pendant des semaines, Hermione avait croulé sous les caisses et les dossiers vieillis, mélangés, mangés par les mites. Pendant des semaines, elle s'était arraché les cheveux, avait juré tous les noms d'oiseaux qu'elle connaissait.
Certes, elle avait aussi perdu du temps parce qu'elle s'était laissée embarquée dans les affaires parfois rocambolesques du magistrat. Mais ce qu'elle y avait appris valait son pesant d'or. Et, entre vous et moi, elle en avait pris de la graine : cet homme était d'une ruse !
Elle se mit debout et frotta ses genoux, couvrant du regard ces étagères libérées. Fière d'elle, Hermione admira son œuvre, mains sur les hanches. Comme dirait une de ses connaissances : elle venait de retrouver de l'oxygène !
Des pas se firent entendre dans l'escalier. Son patron remonta de la cave, observa le travail accompli, en silence et impassible, puis finalement, ouvrit la bouche :
- Ne vous réjouissez pas trop vite, ce n'est que la première partie que vous venez de terminer.
Et il tourna les talons.
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Deux mois plus tard…
Assis face à face sur des chaises, Hermione se prépara, yeux dans les siens, mâchoires fermées et ferma son esprit à l'instant où il pointa silencieusement sa baguette sur elle.
Elle attendit la pression intolérable, l'invasion insupportable. Mais rien ne vint.
Elle rouvrit les yeux, croisa les orbes grises. Une étincelle y brillait. Était-ce de la fureur ? de la fierté ? autre chose ? Hermione n'en savait rien, mais ce qu'elle comprit, c'est qu'elle venait de fermer son esprit. À quiconque. En réalité, Drago n'avait pas réussi à y rentrer. Et elle n'avait rien senti.
La jeune femme, en miroir à son professeur, laissa fleurir un sourire sur ses lèvres.
- Eh bien, eh bien… fit-il de sa voix profonde.
La lueur des torches se reflétèrent sur ses cheveux platines, pour une fois libres de tout gel. Quelques mèches tombèrent devant ses yeux orageux quand il appuya ses coudes sur ses genoux pour lui sourire en coin :
- Je te félicite Granger.
Sa phrase la fit vibrer de la tête aux pieds et elle se pencha à son tour vers lui.
- Ai-je le droit de choisir ma prochaine leçon, dans ce cas, professeur ? fit-elle, moqueuse.
Seulement, la sensualité dans sa voix n'échappa pas au blond qui approcha encore son visage et, ses yeux alternant entre les iris chocolat et les lèvres pulpeuses, accentua son sourire ravageur.
- Vers quoi se porterait ton choix ? susurra-t-il, sa voix baissant encore d'un octave.
Hermione ne put retenir sa bouche qui alla caresser la sienne. Il lui répondit et leurs lèvres commencèrent le jeu du chat et de la souris, sans jamais vraiment se lancer. Il tendit le bras et tira sa chaise vers lui puis posa sa paume sur le genoux de la jeune femme qui laissa fleurir un sourire, taquine. Elle glissa sur le bord de sa chaise, son esprit envolé dans le lointain. La sorcière ne savait plus très bien ce qu'elle faisait, d'autant que ça n'avait jamais été sa première idée.
Non, tout ce qu'elle voulait c'était…
- Je voudrais… souffla-t-elle en entrelaçant ses doigts aux siens.
- Hun, hun ? grogna-t-il, l'encourageant à lui dire ce qu'elle désirait tout en laissant son nez courir sur la ligne de sa mâchoire jusque dans son cou.
Il inspirait son parfum quand elle exhala :
- Une semaine de congé.
Il se stoppa net, ouvrit brusquement les yeux qu'il retint de lever au ciel. Cette femme jouait vraiment avec ses nerfs et bientôt… Drago se redressa sur sa chaise, se leva d'un mouvement leste et fit léviter d'un coup de poignet son siège au pied des escaliers.
- Et tu crois que je te laisserais faire ? demanda-t-il, dos à elle.
Il ne put retenir un sourire en l'entendant rétorquer :
- Je n'attends pas que tu m'y autorises. Je la prends dès maintenant, cette semaine de congé.
Il reprit un air impassible avant de se retourner et de la voir s'avancer avec assurance vers lui, sa chaise se posant à côté de la sienne puis monter les escaliers sans un au revoir.
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Une fois seule dans son appartement, fraichement lavée et habillée de son pyjama préféré, Hermione prit sa plume, un bout de parchemin et envoya son message. Il ne lui fallut pas attendre longtemps avant de recevoir une réponse :
Hermione, je serais ravi de te faire visiter. La réserve n'attend que toi…
FIN DU CHAPITRE
Enfin, Hermione a déménagé, sa vie en Angleterre bouclée définitivement et sa vie de sorcière qui débute réellement. Cela sent bon la nouvelle vie, tout ça !
Par contre, je suppose que recommencer de zéro sa carrière doit la mettre un peu hors d'elle... *Oups*
Je suppose que vous devez vous poser des questions quant au dénouement, mais un peu de patience car je peux vous promettre qu'à partir du chapitre suivant, tout s'accélère - du moins, c'est l'impression que j'en ai; à vous de me dire comment vous le ressentez :-)
À la semaine prochaine,
Paix et Amour,
Anacoluthe
