CHAPITRE 17
Dans la cuisine se déroulait une scène épique : une bataille sensuelle entre les ustensiles de cuisine et Hermione Granger. Cette dernière avait mis la musique au plus haut et se déhanchait en cuisinant. Ses cheveux relevés en chignon fait à la va-vite, dans sa chemise pour homme trop large qui laissait parfois, dans un balancement de hanches trop prononcé, apercevoir sa culotte noire et ses pieds chaussés de grosses chaussettes en laine. Cette vision était surprenante et, inconsciemment, il se surprit à transposer la jeune femme et la situation dans un autre endroit – la cuisine de son manoir, par exemple.
Quand Drago était rentré dans la cuisine, il avait échangé un regard avec Pattenrond, assis au bord du plan de travail de l'autre côté de la pièce, face à la porte. Le blond aurait juré que ce chat avait haussé les épaules, l'air de dire « Je ne sais pas non plus pourquoi, mais c'est amusant de la regarder. » avant de recommencer à battre la mesure avec sa queue touffue. Drago avait reposé son regard intrigué sur la brune qui, sur les notes accentuées de saxophone, balança la tête en arrière et trémoussa les épaules.
Au bout de quelques minutes, la jeune femme coupa la taque de cuisson et se retourna. Avant de faire un bond, hurlant sa terreur, la main sur le cœur. Elle poussa ensuite une pelletée de jurons sous les yeux amusés de Drago.
- Tu ne pourrais pas frapper à la porte, comme une personne normale ? s'écria la brune, fâchée.
Drago pointa la couloir du pouce :
- J'ai frappé.
- Vraiment ? cracha la brune, pas convaincue.
Les lèvres du blond frémirent mais il retint son sourire.
- Non, avoua-t-il alors.
La jeune femme émit un son d'agacement puis se rendit compte de sa tenue. Elle fixa une seconde ses jambes nues puis Drago, toujours dans l'encadrement de la porte avec son air amusé. Elle leva l'index pour lui faire signe d'attendre :
- Je reviens dans une minute !
- Je ne bouge pas.
La jeune femme passa à côté de lui et il admira d'un mouvement oculaire incontrôlé ses jambes galbées trottiner dans le salon avant d'atteindre le couloir. Ricanant, il se tourna dans la cuisine et surprit le regard du chat. Sans aucun doute, il avait vu son coup d'œil appréciateur. Méfiez-vous des familiers… Drago plissa les yeux, prévenant ainsi la bestiole rousse qu'il n'avait pas peur de lui. Pour toute réponse, le félin émit un son nasal typiquement moqueur, peu impressionné. Le blond secoua la tête, leva les yeux au ciel puis roula une crêpe chaude et mordit dedans.
- Elle est bonne ?
Drago, pris sur le fait, tourna vivement la tête vers la porte de la cuisine et vit qu'Hermione était revenue vêtue d'un jogging noir moulant et d'un top rose fluo, ses cheveux attachés en queue de cheval – tenue de sport qui la mettait en valeur… Elle s'approcha pour prendre l'assiette de crêpes à côté du blond qui acheva de mâcher avant de répondre :
- Très.
La brune hocha la tête, satisfaite du verdict et apporta couverts, assiettes et crêpes à la table de la salle-à-manger, la seule table de l'appartement qui donnait également sur le salon, douillettement aménagé.
Il vit l'intéressée prendre sa baguette qu'elle tourna et abaissa pour faire voleter le sucre fin, l'impalpable et la cassonnade. D'abord agréablement surpris qu'elle utilise ainsi ses pouvoirs, il fronça les sourcils en voyant un sucre qu'il n'avait jamais vu auparavant.
- Du sucre de coco, l'informa Hermione en lisant dans ses pensées. C'est très bon et meilleur à la santé, ajouta-t-elle avec un sourire.
- Oh. Bien que c'était très divertissant à voir, tu sais que tu n'es pas obligée de faire tes repas toi-même…
- Je te vois venir, le coupa-t-elle en relevant les yeux de sa crêpe, le pointant de sa fourchette. Il est hors de question que j'esclavagise une pauvre créature, tout ça pour me faciliter la vie. Je me suis toujours débrouillée toute seule, je ne vois pas pourquoi je changerais d'avis maintenant.
C'est ce qui s'appelle un non catégorique, songea Drago sans insister.
- Ça valait le coup d'essayer, dit-il avant de terminer sa crêpe.
Hermione hocha la tête pour appuyer son point de vue et ainsi clôturer le débat. Puis elle pencha la tête sur le côté et observa le tenancier sucrer une nouvelle crêpe, elle plissa les yeux.
- Qu'est-ce que tu fais là, Drago ?
- Je ne peux plus venir voir si une amie se porte bien après son récent emménagement ?
- Pas toi.
Drago ouvrit la bouche et posa une main sur son cœur, mimant l'offense. Cette expression tout ce qu'il avait de plus faux fit sourire Hermione et elle prouva d'une voix douce qu'elle était difficile à berner :
- Tu me fais trimer jours et nuits pour que j'apprenne la magie. Pendant deux mois, je vis une double vie : assistante d'un avocat le jour et apprentie sorcière la nuit. Tu insistes pour que je me familiarise suffisamment à cet art qui vous… nous, se reprit-elle en vitesse, est réservé pour que je puisse passer inaperçue parmi les « vrais ». Épuisée et à bout de nerfs, je te demande une semaine de répit et (elle regarda une montre fictive à son poignet) tu viens me voir à peine trois jours plus tard. Alors, non, je ne te crois pas quand tu dis que tu viens seulement t'enquérir de mon acclimatation.
Il garda le silence un moment, impassible, puis soupira théâtralement :
- Très bien, tu as gagné, je me rends, avoua Drago en levant les mains en signe de reddition. Je suis venu pour te proposer… un cours d'histoire.
Cela prit Hermione de court. Elle papillonna des yeux quelques instants, déstabilisée.
- Je te demande pardon ?
- Pour être tout à fait honnête, l'idée ne vient pas de moi. (Hermione haussa un sourcil, tout de suite moins étonnée.) Laisse-moi t'expliquer, enfin ! Bon, je disais donc… Pansy t'a passé son exemplaire de l'Histoire de Poudlard que tu as lu et relu un nombre incalculable de fois, on t'a appris ce qu'il fallait savoir sur les sorts basiques et des plus compliqués. Nous n'avons d'ailleurs pas fini de t'en apprendre… (Il marque une pause et posa sa fourchette avant de se pencher sur la table et de croiser les doigts, plongeant son regard pénétrant dans celui d'Hermione.) Pansy, Blaise et moi avons décrété qu'il était temps pour toi d'en savoir plus. D'en savoir plus sur… l'histoire de nos familles.
Un silence pesant suivit cette déclaration qu'Hermione mit un moment à digérer. Elle s'attendait à tout sauf à ça. Elle pensait qu'il allait revenir sur sa décision de la laisser faire une pause. À tout, sauf au fait qu'elle ne connaissait pas encore tout. Elle prenait ça comme un affront à sa personne : lui apprendre quelque chose pendant un mois intensif pour finalement lui annoncer qu'elle ignorait une partie de l'histoire ? Certes, un mois ne faisait pas le poids face au savoir qu'ils avaient tous et toutes acquis en sept années, mais tout de même. L'histoire, c'est le point de départ du savoir. Du moins, c'est toujours ainsi qu'elle avait vu les choses : la théorie avant la pratique. Jamais l'inverse. Parce que l'inverse impliquait louper des éléments qui pouvaient s'avérer importants voire cruciaux. Un certain agacement prit possession de la jeune femme qui acheva sa crêpe, la mâchant avec application tout en réfléchissant à sa réponse. Une fois cette dernière prise, elle avala consciencieusement, bu un verre de jus d'orange et reporta son attention sur Malefoy qui n'avait plus bougé.
- J'ai quelque chose de prévu aujourd'hui, annonça-t-elle. Alors préviens tes acolytes que je serai présente pour le souper durant lequel vous allez m'expliquer ce que vous me cachez.
- Tu ne peux pas tout simplement postposer ton rendez-vous ? Ce que nous avons à te dire est important, insista Drago, ce qui ne manqua pas d'agacer Hermione qui fronça les sourcils et rétorqua vertement.
- Si c'était aussi important que tu le prétends, vous ne me l'auriez pas caché tout ce temps. Alors non, ce que j'ai à faire ne peut être postposé parce que, vois-tu, ça aussi, c'est important. (Il ouvrit la bouche pour contrer mais elle termina ce qu'elle avait à dire sans lui en laisser la chance.) Quand je serai de retour en ville, je transplanerai chez toi.
Un silence s'ensuivit. Hermione se leva de table et la débarrassa d'un coup de baguette, abandonnant Drago à ses pensées ombrageuses pour aller glisser les assiettes dans le lave-vaisselle. Quand elle revint dans la salle-à-manger, Drago est debout, les mains nonchalamment glissées dans ses poches de pantalon, le visage inexpressif.
- Je peux au moins constater une chose : tu as pris le pli de transplaner et d'utiliser un minimum la magie pour te faciliter la tâche, dit-il d'une voix grave et bien trop calme pour qu'Hermione comprît qu'il n'était pas satisfait de la tournure de leur conversation.
Il était plus que certainement frustré qu'elle n'en fasse qu'à sa tête, mais elle était depuis bien longtemps en âge de prendre ses propres décisions et de décider du degré d'importance de chacune de ses tâches.
- Si après deux mois où la première et la dernière choses que j'entendais de mes journées étaient « Par Merlin, transplane, Granger ! », je n'avais pas encore pris le pli, comme tu dis, je ne serais pas la meilleure élève d'Oxford, rétorqua l'intéressée, bras croisés sur la poitrine.
Le blond esquissa un sourire rapide : il ne pouvait s'empêcher d'apprécier son caractère et la verve qu'elle était capable de mettre dans ses propos. Il avait toujours eu un faible pour les femmes de caractère, et Granger n'y faisait pas exception, au plus grand dam du blond. D'autant plus quand elle ajouta un sourire qui ressemblait fort à son sourire narquois. Le visage impassible, il fut momentanément déstabilisé. Pour orienter son esprit ailleurs que dans cette direction dangereuse ou dans une situation qui risquerait de les faire s'accrocher encore plus que maintenant, il se composa un sourire taquin et, mine de rien, demanda :
- Tu cuisines toujours sur « I just want to make love to you » ?
Il constata avec satisfaction que la brune déglutissait avec difficulté. Ses joues rosirent, mais ce fut le regard neutre qu'elle répondit :
- Juste quand je fais des crêpes. Et puis, j'adore Etta James. Tu as terminé ta visite ? demanda-t-elle d'un ton qui ne laissait pas vraiment le choix.
Drago ricana puis hocha la tête, la remercia pour le petit-déjeuner et lui rappela de ne pas oublier leur rendez-vous du soir-même avant de transplaner.
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Pliée en deux, les mains sur les genoux, la poitrine montant et descendant à un rythme impressionnant, Hermione tourna la tête par-dessus son épaule et jeta un regard presque assassin sur les kilomètres de terre qu'ils venaient de gravir. À peine une heure plus tôt, elle avait rejoint Charlie au point de rendez-vous : l'entrée du zoo de la Nouvelle-Orléans. Après une accolade chaleureuse, il l'avait conduite au travers des arbres jusqu'à un immense chêne. Il lui avait indiqué les nœuds entre les racines. En silence, il s'était assis au pied du chêne avant de se laisser tomber en avant, aspiré par les racines. Alertée par cette brutale disparition, Hermione avait tendu le bras, le prénom du sorcier s'échappant de ses lèvres, puis fut happée par cette même racine.
Inutile de préciser que l'atterrissage fut déstabilisant : la seconde suivante, elle avait rouvert les yeux, accroupie au pied de l'arbre, dans la même position que Charlie qui semblait ne pas avoir bougé d'un pouce. Ils semblaient avoir simplement contourné l'arbre.
Charlie lui avait à peine laissé le temps de se remettre de ses émotions qu'il se dirigea vers le haut de la colline dans leur dos, colline qui n'était pas là avant.
- Qu'est-ce que tu fais ?
Hermione se redressa, une main sur la hanche et eut un sourire ironique teinté par la douleur lancinante du point de côté :
- Je cherche mon poumon, répondit-elle au sorcier.
Charlie leva les yeux au ciel, ses lèvres s'étirant vaguement d'amusement, puis il donna un coup de tête vers le sommet de la colline pour indiquer silencieusement à la Londonienne de le suivre. Elle s'exécuta en retenant un soupir et un grognement.
Mais une fois arrivée tout en haut…
- Putain de…
- Je ne l'aurais pas dit comme ça, mais… rigola Charlie devant l'air béat d'Hermione.
Une vallée verdoyante et colorée s'étendait sous son nez, tellement loin que la ville était à peine visible, comme si cette entrée dans le monde magique l'avait faite disparaitre. Le règne végétal se partageait la Louisiane, dans la plus parfaite harmonie. Le chant des oiseaux berçait le silence apaisant des arbres. La brise soulevait ses cheveux à moitié attachés, chuchotait à ses oreilles dans une langue qu'elle aurait tant voulu comprendre.
Une vague d'émotions submergea la jeune femme et ses yeux s'humidifièrent sous la beauté simple du paysage. Tout compte fait, toute cette marche en valait la peine.
Charlie, pour tout réplique au regard reconnaissant qu'elle lui lança, posa une main dans le haut de son dos alors qu'elle joignait les siennes en prière. Hermione fit quelques pas puis s'assit à même l'herbe chauffée par le soleil du matin. Et se mit à contempler.
Charlie l'avait-il rejointe ? Combien de temps était-elle restée là ? Elle n'en savait rien.
- Je me disais justement que c'était bien plus tranquille quand elle ne se torturait pas les méninges, entendit-elle Charlie dire.
- Sois indulgent, Charles. Tu es bien placé pour savoir à quel point il est terrifiant d'écouter ses émotions.
Cette voix, pas si inconnue, tira Hermione de ses pensées. Elle tourna son visage vers l'homme assit à sa gauche puis dévisagea Charlie, à sa droite, avant de revenir vers l'inconnu. Ce n'était ni ses yeux, ni sa bouche. Non, ce n'étaient pas les traits harmonieux et bruts de son visage, mais bien ses cheveux reflétant les rayons du soleil comme ils avaient reflété ceux de la Lune qui firent comprendre à Hermione que cet homme était celui qui lui avait souhaité la bienvenue « dans la famille » le soir de la Libération. L'index de la jeune femme se dressa tout seul pour le pointer sur lui :
- Vous…
- Estéban, enchanté, sourit-il en joignant ses mains, paume contre paume au niveau du cœur pour ensuite incliner la tête dans un geste respectueux.
C'est étrange. Il a l'air beaucoup plus jeune que dans mon souvenir.
- Estéban, Hermione Granger. Hermione, Estéban.
La Londonienne eut un léger sursaut quand elle se rendit compte qu'elle ne lui avait pas répondu. Elle tendit alors les paumes devant elle en signe de pardon :
- Oh, je suis terriblement désolée. Je suis affreusement mal polie, s'empressa-t-elle de dire. Je vous prie de me pardonner, je…
- Je comprends mieux ce que tu disais par « silence reposant », Charles, dit l'homme, sourcils haussé, yeux fixés sur Hermione, son attention toute au Weasley.
Ç'eut le mérite de la faire taire, interdite. Depuis quand sa voix irritait les gens ? C'était justement sa facilité à l'exprimer qui lui avait valu toutes ses victoires juridiques. Jamais on ne lui…
- Cesse de penser ! lui serina Charlie dans son dos, martelant chaque syllabe.
- Ce qu'il veut dire, Hermione, c'est que tu te fies trop à ton cerveau et pas assez à ton cœur, intervint Estéban.
- Oui, eh bien, mon cerveau est mon outil de travail, alors… contra-t-elle d'un ton acerbe.
- Ce que je conçois, rétorqua l'homme, calme.
Calme qui troubla la jeune femme qui se remit à le détailler. Cet homme était vraiment d'une beauté éclatante. Il rayonnait. Et elle se sentait tellement apaisée à son côté, mais aussi tellement déstabilisée, comme si ses secrets n'étaient dorénavant plus les siens ou que les mots étaient désormais superflus. Soudain, il lui apparut tel un père bienveillant, ce qui ne manqua pas de la troubler. Elle apprit bien plus tard que le shaman apparaissait différemment à chaque personne. Cette aptitude sans nom ne la dérangea cependant pas plus que cela.
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Assis autour du feu après un repas copieux, Hermione s'émerveillait avec Charlie, entourés du groupe de soigneurs et de guérisseurs, collègues et amis du sorcier.
Soudain, alors que Charlie lui expliquait le fonctionnement de la réserve, le shaman interpella la sorcière.
- Suis-moi, lui ordonna Estéban d'une voix douce mais ferme.
La jeune femme se leva du rondin de bois et le suivit, intriguée. Elle lança un regard à Charlie qui lui adressa un clin d'œil avant de se détourner elle fit de même. Ils s'enfoncèrent dans la forêt, les voix et les lueurs des flammes s'amenuisant à mesure qu'ils s'éloignaient. Hermione n'eut pas le temps de demander où ils allaient que le shaman s'arrêta net. Elle dut freiner des quatre fers pour ne pas lui rentrer dedans.
L'homme tendit le bras devant lui puis se plaça derrière Hermione, une main sur son épaule, l'autre passant par-dessus la seconde et l'index pointé, Estéban visa le noir de la nuit. La bouche à l'oreille de la jeune femme, il souffla :
- Que vois-tu ?
- Euh… des arbres ?
Le shaman plaqua ses mains sur ses épaules et lui fit faire demi-tour. Il resta dans son dos, refit les mêmes gestes :
- Que vois-tu ?
Hermione fronça les sourcils, mi-intriguée, mi-amusée, et retint une exclamation sarcastique.
- Des arbres, répondit-elle néanmoins.
- Que voyais-tu avant ?
Sous le silence perplexe de la jeune femme, Estéban recommença son manège deux, quatre, six fois jusqu'à ce qu'Hermione, exaspérée, finisse par répondre :
- Je vois que je tourne en rond, Estéban !
L'intéressé passa devant elle, un sourire satisfait aux lèvres :
- Exactement.
- Je ne comprends pas…
- Une seconde, tu vois des arbres. L'autre, d'autres arbres. Les arbres de la première seconde sont vus avant ceux de l'autre seconde. Donc, les premiers arbres sont ton présent avant que ceux de la deuxième deviennent ton présent tandis que la seconde précédente devient ton passé. Mais tu reviens face aux premiers arbres qui redeviennent ton présent, reléguant ceux de la deuxième seconde au passé.
Hermione sentit son cerveau surchauffer un peu. Ce n'était pas très clair comme explication, mais pouvait-elle qualifier de « clair » son nouveau monde ? Pouvait-elle expliquer clairement son passage du monde moldu au monde sorcier juste en escaladant une haute colline ?
- Le présent et le passé évoluent incessamment, reprit Estéban, la voix envoûtant à nouveau la jeune femme, comme autour du feu quelques instants plus tôt. Le temps est une boucle. L'Histoire en est donc une aussi.
Faisant un pas en avant, le shaman plongea son regard intense dans celui, hypnotisé, d'Hermione.
- Apprends de l'Histoire, Hermione. Apprends du passé pour influencer le présent et faire en sorte d'avoir un passé différent.
La jeune femme, au travers de son état second, fit cependant une remarque :
- Et le futur, alors ?
- Je te parle d'un passé et d'un présent pour que tu comprennes que tout s'entremêle. S'il t'est plus aisé de parler d'un passé-présent-futur, je te laisse utiliser cette notion. Mais sache que l'imbrication de ce que l'humain appelle « temps » n'existe pas. Chacun est libre de vivre à sa façon, sans tenir compte du passé familial et de créer son propre futur. Que la personne tienne compte ou non des événements, il modulera son propre présent.
- Je ne comprends pas… chuchota Hermione, l'esprit embrumé, les jambes flageolantes.
- Ce qui ne résonne pas aujourd'hui te sera limpide demain, jeune sorcière…
Ce fut tout ce qu'elle entendit. Forcée de se retenir au torse du shaman, elle ne put résister encore longtemps : les fumées des calumets emplissaient ses poumons, brouillaient sa vision, la transportaient ailleurs.
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Hermione. Granger. Apportez-lui de l'eau. Un seau ? Non, idiot, un verre ! Hermione. Petite, tu m'entends ?
Tout était distinct et pourtant si flou. Où était-elle ? Ses doigts retrouvèrent leur sensibilité. Toute son attention concentrée sur la pulpe, Hermione reconnut la fraicheur du gazon puis la chaleur d'une couverture, probablement étalée sous elle. Elle suivit ses perceptions, les sentit remonter jusqu'à ses oreilles, son ouïe soudain plus sensible. Elle reconnut plusieurs voix dont celles de Charlie, Estéban et Anita. Alors qu'elle écoutait attentivement ce qui se disait, elle sentit son attention quitter ses oreilles et plonger dans sa cage thoracique, là où son diaphragme s'affolait et où une onde brûlante mais indolore pénétra son corps, éloignant les ténèbres qui la maintenaient clouée au sol et la forçait à se concentrer sur une zone à la fois. Soudain, Hermione prit une brusque inspiration, son torse se soulevant, ses jambes suivant, ses yeux se révulsant et l'espace d'un instant, se retrouva à flotter dans les airs. Une puissante rafale de vent vint secouer ses cheveux, ses vêtements, ceux des autres et ses propres pensées encombrées. Alors son corps retomba doucement et la jeune femme put enfin se redresser.
Une main sur la tête, elle se frotta le front avant d'ouvrir les yeux, le cerveau stabilisé. Elle constata alors les regards étonnés des uns, admiratifs des autres. Charlie, bouche bée, fut le premier à parler :
- Eh bien, c'est ce qui s'appelle secouer les cocotiers !
Les autres pouffèrent d'incrédulité. Hermione, perdue, ne comprit pas pourquoi tant d'effusion de joie autour d'elle elle n'était pourtant pas le Messie et elle n'avait fait que tomber dans les vapes juste en respirant les vapeurs des calumets. Rien de bien extraordinaire. Anita la soutint par les épaules et lui demanda comment elle se sentait.
- Confuse, répondit honnêtement Hermione. Je n'ai pas été capable de tout sentir d'un coup, comme si mon cerveau avait compartimenté toutes mes sensations. J'étais obligée de faire un pas à la fois, comme un enfant.
- Et maintenant ?
- Tout est revenu.
- En effet, confirma Estéban d'un air mystérieux en hochant lentement la tête. Tout est revenu…
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Hermione le dévisagea, sourcils froncés. Que voulait-il dire ? Comment avait-il pu savoir ce qu'elle avait ressenti alors inconsciente ou à moitié ? Anita, cependant, jeta un regard entendu à son compagnon, sous les yeux perplexes de la jeune femme. Charlie la souleva alors d'un coup et elle dut se retenir à ses épaules puissantes pour rester debout.
- Ouais, il va te falloir une bonne nuit de sommeil, je pense, dit-il en la dévisageant de haut en bas. Je te porte ?
- Quoi ? eut le temps de s'exclamer Hermione avant de se sentir basculer en arrière, les bras de Charlie passant dans son dos et sous ses genoux.
Ensuite, il salua tout le monde et la conduisit d'un pas paisible vers le chalet qui lui avait été attribué. Bercée par le mouvement, Hermione dut se retenir de fermer à nouveau les yeux et posa alors une question qui, elle le savait, allait la tenir éveillée :
- Charlie, tu ne penses pas que je devrais retourner chez moi ?
- Non, l'Angleterre n'est plus ta maison, Hermione, répondit-il presque brusquement sans pour autant que sa voix ne reflète une once de culpabilité.
- Non, eum… Je te parlais du centre-ville, Charlie, le reprit-elle, un peu gênée du malentendu.
- Oh ! fit Charlie, toujours sans culpabilité. Il réfléchit un instant puis secoua la tête : Non plus. Pourquoi ?
Hermione rougit jusqu'au racine des cheveux et détourna la tête, cachant sa honte.
- Je me suis évanouie comme une idiote… souffla-t-elle dans un murmure.
- Et ?
La jeune femme releva les yeux vers son ami qui montait maintenant les marches et ouvrait la porte d'un souffle d'air.
- C'est nul ! Je veux dire, je ne suis pas capable de suivre l'enseignement, si enseignement il y a, qu'Estéban et toi voulez que je suive. Enfin, c'est logique, non ? Je ne suis même pas capable de rester éveillée autour d'un feu de camp.
La sorcière poussa un cri de surprise quand Charlie la lâcha sur le premier objet à disposition, sans aucune façon. Hermione se retrouva alors vautrée sur la table avec un Charlie fâché, sourcils froncés et mains sur les hanches, debout et impérieux face à elle. Il n'était pas un mauvais bougre, mais toutes ses cicatrices et sa capacité innée à vous comprendre mieux que vous-même, comme à l'instant, mit la jeune femme dans une position peu délicate, inconfortable.
- Parce que tu crois que c'est un enseignement où tu retiens la théorie ? Il n'y a pas de théorie aux enseignements d'Estéban. Ses leçons sont de l'énergie brute, qui s'infiltre partout où elle le peut. Parfois pour guérir, surtout pour révéler. Ces énergies, tel un torrent, mettent en lumière ce que la personne se cache à elle-même. (Charlie acquiesça plusieurs fois, sourcils haussés.) Alors oui, c'est désagréable parce que c'est toujours ce qu'on réprime qui se manifeste brutalement, presque violemment. Mais c'est pourtant ce qui en est libéré qui permet la guérison.
- Mais je…
- N'ai rien à guérir ? la coupa-t-il, convaincu du contraire.
Hermione baissa un peu la tête et la secoua. Un sourire indulgent se dessina sur les lèvres du sorcier et pour toute réponse, il déposa un doux baiser sur le front de la jeune femme.
- Bonne nuit, Granger.
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Tout était vert autour d'elle, sombre comme la forêt une nuit de pleine lune. Les arbres ne lui apportaient plus la protection qu'elle avait ressentie en les câlinant. Maintenant tout n'était que… sifflements ? Hermione baissa les yeux et vit des choses onduler à ses pieds, les frôlant sans pour autant la toucher. Ce qu'elle comprit être des serpents s'éloignèrent pour se regrouper à quelques pas d'elle ils se confondirent et se mélangèrent, grimpant les uns sur les autres pour laisser apparaitre une silhouette plongée dans les ténèbres.
Un frisson la parcourut et les ténèbres vibrèrent autour d'elle, détournant son attention de la silhouette. La lune pleine descendit à sa droite pour prendre la couleur du soleil, la chaleur d'une soirée d'été. Elle s'approcha en souriant comme une enfant retrouvant la paix de son foyer et sursauta quand une voix résonna dans son dos.
Granger. Putain, mais où est-ce que t'étais passée ? On t'a cherchée partout. Tu ne peux même pas savoir ce qui m'est passé par la tête ! Envoyer un hibou est trop sorcier pour toi, c'est ça ?
Oh, ça va, hein ! J'ai eu une semaine difficile, alors si tu pouvais arrêter de me faire la morale ! Je ne suis plus une petite fille, Malefoy !
Peut-être, mais tu es inconsciente !
Soupir : encore ?!
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Hermione se réveilla en sursaut, le cœur affolé. Elle était dans son lit à la réserve. Pas de forêt hostile, pas de feu accueillant.
- Qu'est-ce que c'était que ça ?
Hermione s'assit, replia les genoux et, coude sur ces derniers, se passa les mains dans les cheveux. L'atmosphère étouffante et son rêve avait rendu sa peau moite. Elle poussa un soupir pour tenter de calmer les battements de son cœur, en vain.
Impossible maintenant pour la jeune femme de se rendormir. Elle fit alors comme à son habitude : elle se leva, enfila ses chaussures et un pull puis sortit prendre l'air. À Londres, cela lui arrivait souvent de se balader la nuit quand un procès plus compliqué que les autres lui prenait la tête. À la différence de Londres où résonnait toujours un brouhaha indistinct, ici tout était calme. Elle pouvait même s'entendre respirer.
Elle laissa ses pieds la guider sans résister. Au final, un bruit d'eau se fit entendre et elle découvrit une rivière quelques mètres plus loin. Un sourire aux lèvres, elle s'approcha et s'assit en tailleur au bord. Apaisée par le flux régulier de l'eau, la sorcière y trempa ses doigts, jouant avec l'élément. Puis un détail changea.
Un reflet vint s'ajouter au sien, sur l'autre rive. Prudemment, Hermione releva la tête et vit un animal encore inconnu à son répertoire. Il avait quatre pattes palmées et un très long cou épais terminé par une tête toute ronde aux grands yeux globuleux qui semblaient toujours levés vers le ciel. Son pelage foncé se confondait avec la noirceur de la nuit.
Un froissement de tissu annonça une présence supplémentaire.
- C'est un Veaudelune, lui chuchota Anita, la compagne d'Estéban, ses tatouages fluoresçant dans les ténèbres, mettant ses traits en valeur.
La mère du bébé arriva dans son dos, nettement plus impressionnante, et il la suivit après lui avoir fait la fête. Un sourire attendri étira les lèvres d'Hermione, reflet parfait de celui d'Anita.
- Norbert Dragonneau est un cousin éloigné de mes arrière-grands-parents, se mit-elle à raconter. Il est le créateur du bestiaire magique que les jeunes étudient à l'école, avec ou sans grand intérêt, d'ailleurs. Chaque animal fantastique y est repris, catégorisé ainsi que les soins à leur apporter. Norbert était un amoureux et un grand défenseur du règne animal. J'aurais aimé le connaitre…
Un silence agréable s'installa entre les deux femmes. Hermione se savait observée, mais elle s'en fichait : le murmure du vent était beaucoup plus intéressant.
- Estéban croit en toi, Hermione. (Le ton utilisé se fit urgent, attirant l'attention de l'intéressée.) Tu es comme une perle rare à ses yeux. Il sait que quoi qu'il advienne, tu triompheras.
Ces paroles flottèrent un instant entre elles. Puis Anita disparut sous les yeux d'Hermione, ébahie de voir une panoplie de pétales de fleurs virevoltant là où la sorcière se tenait quelques secondes plus tôt.
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Jamais Hermione n'aurait pensé cela possible. En trois jours, elle avait vécu plus que ce que son imagination aurait pu lui jouer dans sa tête.
Elle avait dévié et dirigé l'eau de la rivière, respiré les milles arômes du vent et vu les feuilles danser avec leurs fleurs sans oublier qu'elle avait rendu leur puissance aux braises avant de les souffler comme une bougie.
Et dire qu'elle n'avait pas cru Charlie quand elle lui avait posé la question…
- N'as-tu pas de baguette ? s'enquit la jeune femme.
- Pas depuis qu'il faut un permis, répondit le zoologiste.
Hermione fronça les sourcils, rendue perplexe par la réponse. S'il avait lui aussi fait ses études à Poudlard, comment avait-il fait sans baguette ? D'autant qu'en Amérique, le permis est obligatoire.
Charlie se détourna pour reprendre sa marche et son enseignement :
- En réalité, je m'en suis débarrassé. (Il reprit avant qu'Hermione ne lui ai demandé pourquoi.) Une fois mes études à Poudlard terminées, j'ai pris le premier portauloin pour les USA. Je voulais me former là où j'adorais aller étant petit. (Il s'arrêta et écarta largement les bras, désignant les étendues vertes autour d'eux.) Ici ! J'étais fasciné par les animaux et je n'étais bien que près d'eux, les humains m'assourdissant avec leurs pensées et m'étouffant avec leurs émotions.
Hermione comprit à mi-mot où il voulait en venir et grimaça en visualisant le château comme décrit par Ginny et Harry :
- Tu as dû te sentir terriblement mal à Poudlard, déduisit-elle.
- C'est un euphémisme ! s'exclama Charlie. Les grandes assemblées… (Il frissonna, nez froncé.) Très peu pour moi. (Il donna un coup de tête sur le côté.) C'est dans cette réserve que j'ai rencontré mon mentor et que j'ai appris à ne plus utiliser de baguette.
- Dis-tu alors qu'elles sont inutiles ?
- Je dis simplement que la magie est partout et qu'elle peut donc être canalisée autrement que par une baguette…
Il montra ses paumes et sourit doucement à Hermione, le regard espiègle.
- J'utilise mes mains.
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En transplanant devant l'allée menant au Manoir, quelques heures après la fermeture du zoo, Hermione sentit un sourire fleurir sur ses lèvres. Une onde d'espoir et de joie faisait vibrer son cœur, renforcée quand le dernier enseignement d'Estéban résonna une nouvelle fois à ses oreilles…
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- La race. Voilà le terme le plus séparatiste jamais inventé. Pourquoi ségréger ? Pourquoi coloniser ? Pourquoi décréter qu'une terre est plus à ceux-ci qu'à ceux-là ? Pourquoi choisir de fuir et de refuser autrui simplement parce qu'il ne voit pas les choses de la même façon ? Ou parce qu'il les voit plus clairement ?
« Pour parler de race, alors il nous faut parler de visages pâles. Alors seulement ce terme a l'influence néfaste qui découle d'une peur irraisonnée et non naturelle. L'inconnu ne devrait pas faire aussi peur. Plutôt que s'entêter dans sa propre optique, il faudrait accepter qu'une autre vision existe. Les constellations ne se fuient pas parce qu'elles n'ont pas toutes la même forme. Elles partagent la voie lactée sans que l'une en veuille à l'autre parce qu'elle ne pointe pas dans la même direction. Et je dis bien : elles partagent. Elles ne divisent pas. Le terme race sous-entend qu'il convient de diviser. Il sous-entend la voix du plus fort. Qui chantera plus fort que l'oiseau possédera son nid.
« Non. Il ne convient pas de diviser. La nature est assez accueillante et abondante pour satisfaire chaque être vivant, qu'il soit graine ou bourgeon, faune ou flore, bipède d'une région ou bipède d'une autre.
Il se tourna vers Charlie :
- Mon fils, cette Nuit de la Libération existait bien avant ta naissance. Et bien avant que les tiens ne découvrent ce qu'ils ont pris pour habitude d'appeler Nouvelle Terre. Cette nuit où tout communie, où tout respire d'un même mouvement comme l'enfant respire au même rythme que sa mère... Cette nuit nous rassemble au-delà des différences. Nos origines ne comptent dès lors plus. Nos langages n'ont plus aucun pouvoir. Nos corps dansent et se meuvent pour ne faire qu'Un. Peut-être l'avez-vous appelée « Libération » pour célébrer celle de nos pouvoirs – de notre Pouvoir.
Le shaman ferma les yeux et enfouit ses doigts dans l'herbe tendre sous eux, inspirant l'air, souriant comme si le vent lui caressait les joues.
- La Terre-Mère nous a tous gratifiés de son Pouvoir. Et ceux qui ont la chance de l'avoir écouté et compris jusqu'à pouvoir l'utiliser ont alors fui... Ils deviennent une race à part. Niés. Reniés. Craints. Seulement parce qu'ils ont la chance de se connecter plus facilement que le commun des sorciers ne peut le faire avec ce que la Terre a à offrir.
Ses yeux vairons se posèrent sur Hermione qui écoutait, fascinée :
- Ma fille, ma chère enfant. Il te faut prendre conscience que les sorciers ne sont pas différents de ce que vous appelez des Moldus. Tu es l'une des existences à fouler ce sol qui prouvent que nous sommes tous dotés de magie mais que certains la développent, au contraire des autres.
« Si je pouvais te donner un conseil, je te conseillerais d'écouter ta Voix. Écoute-toi. Écoute ce que tu essayes de te dire. Tu hurles des choses que tu ne veux pas encore voir. Parfois il ne suffit pas de voir. Parfois, la vue est inefficace. Parfois, seule l'ouïe peut apporter les pièces au puzzle que tu construis.
- Alors pourquoi seulement maintenant ? demande Hermione. McGonagall m'a dit que j'aurais pu devenir un Obscurus en niant ainsi mes pouvoirs. Que j'aurais pu y laisser la vie.
- Tu le dis toi-même. Tu as nié. Ces êtres devenus Obscurus entendaient leur Voix, mais refusaient de l'accepter. Ils l'ont repoussée de toutes leurs forces. Mais ils ne savaient pas que cette Voix était aussi leur force. Le corps ne fait qu'exprimer ce que l'esprit refuse d'admettre. Dans ton cas, Hermione, tes pouvoirs se sont manifestés, oh oui... Mais tu n'as pas prêté attention à ta Voix. Alors elle n'a pas désiré te déranger plus longtemps. Elle s'est tue parce que ton esprit entendait autre chose. Quelque chose qu'Elle n'a pas jugé nécessaire d'interrompre.
« Quant à ce qui est de Sa manifestation subite et récente, je n'ai guère la réponse.
« Peut-être a-t-Elle jugé bon d'attendre parce que le message qu'elle avait à te faire passer n'était pas urgent durant ton enfance ? Peut-être l'est-il seulement maintenant ?
« Seule toi peux le découvrir.
« Car ta Voix n'appartient qu'à toi.
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La porte d'entrée s'ouvrit soudain devant elle, laissant apparaitre Drago qui disparut pour se matérialiser devant elle en un « pop ». Tout de noir vêtu, le regard sombre, seule sa chevelure platine apportait une source de lumière dans la nuit noire. Hermione, surprise, n'eut pas le temps d'ouvrir la bouche qu'il lui agrippa le coude, les fit tous deux transplaner dans le couloir. Il ferma la porte d'entrée d'un coup de menton et la tira, toujours par le coude, dans le salon.
Les lumières étaient tamisées, le feu brûlait dans l'âtre, mais il régnait un froid polaire autour d'eux. La fureur de Drago était mordante et glaciale comme le vent du Nord. Hermione eut soudain envie de claquer des dents.
- Trois jours, Granger.
Ces trois mots claquèrent telle la foudre.
- Sans nouvelle. Où étais-tu, bordel ?
Son cri sortit Hermione de sa torpeur.
- Je sais. Envoyer un hibou est trop sorcier pour moi, rétorqua-t-elle avec une étrange impression de déjà-vu.
Cela eut le mérite de faire taire le blond. Le ventre d'Hermione gargouilla soudainement, rappelant la sorcière à l'ordre. Elle se dirigea vers la cuisine, voulant se préparer une omelette. C'était sans compter sur l'ouïe extraordinaire de Goopsey qui s'y activait déjà. À peine l'eut-elle salué que les plats volaient sous son nez jusqu'à la table de la salle-à-manger, répandant dans l'air leur odeur alléchante.
Hermione constata soudain que la table avait entre temps été mise et la chaise se tirait en arrière pour qu'elle s'assoie.
- J'adore la magie, souffla-t-elle en s'installant.
Drago prit place en face d'elle et, la fourchette à mi-chemin, lui coupa l'appétit :
- Il faut que tu quittes ton travail.
Hermione en lâcha ses couverts. Bouche bée, elle le dévisagea.
- Qu'est-ce que tu viens de dire ?
- C'est un cas d'extrême urgence, Granger, rétorqua-t-il sans se répéter.
La jeune femme sentit que ces termes n'étaient pas à prendre à la légère bien qu'elle n'en sut la véritable raison. Alors, si sa voix n'appartenait qu'à elle, elle l'aurait au chapitre.
Aussi reprit-elle ses couverts et contra :
- D'accord. À condition que tu m'expliques pourquoi. Et n'omets rien, surtout.
FIN DE CHAPITRE
...
Que d'aventures !
Je ne savais pas, au début de l'histoire, que le shaman reviendrait, mais il s'est dit qu'Hermione avait pleins de choses à apprendre alors il a pointé le bout de son nez et m'a demandé de le laisser prendre les rênes. Et voilà ce que ça donne quand un de vos personnages prend le relais ! ahah
Plus sérieusement, j'ai adoré écrite ce chapitre et offrir, je l'espère, un peu d'air frais dans cet univers magique :-) Cela pourrait aussi expliquer comment certains sorciers peuvent utiliser leur magie sans baguette, non ?
Puis Hermione rentre chez elle, enfin chez Drago, comme promis et l'autre se pointe comme une fleur en lui disant qu'elle doit quitter son travail. C'était certain que demandé si gentiment, elle n'aurait pu dire non. #Sarcaaaaaasme #WTF?!
Il a plutôt intérêt à la convaincre, moi, je vous le dis ! On verra dans le prochain chapitre comment il s'y prend... ;-)
N'hésitez pas à me faire part de vos ressentis ^^
Paix et Amour,
Anacoluthe
