CHAPITRE 19
Vivre seule – et sans elfe, diraient certains – menait à faire ses courses, seule. Cela mena donc Hermione, actuellement et de nouveau sans emploi, au supermarché le plus proche de son nouvel appartement.
Elle ruminait, se demandant encore comment elle avait pu accepter de quitter son travail sur base d'un simple soupçon et surtout comment son patron avait pu accepter sa justification, si tant était que cela pusse être appelé ainsi.
Mais ruminer ne remplissait pas les caddies. Aussi se reconcentra-t-elle sur sa liste.
C'est ainsi qu'au détour de l'allée séparant les pâtes des biscuits, le caddie d'Hermione percuta un autre. Les excuses au bord des lèvres, Hermione ne put les émettre en voyant qui se tenait à l'autre bout du charriot vide. Une silhouette frêle, emmitouflée dans des couches de fourrures, les cheveux s'échappant du bandeau qui les retenait. Des verres triple épaisseur perchés sur le nez, le regard vitreux. Une voix d'outre-tombe sortit de la bouche de la vieille Trelawney :
- Il est plus proche que vous ne le pensez…
Hermione ne voulait pas savoir. Elle voulait fuir cette discussion. Mais sa politesse la poussa à demander. Elle se racla la gorge et couina :
- Qui ça ?
- Le serpent.
Encore ce serpent. La première fois qu'elle avait croisé la route de cette folle, Hermione ne s'était pas présentée et elle avait su directement qui elle était, comme si elle l'attendait. Elle lui avait dit de faire attention. Et la voici qu'elle réitérait :
- Prenez garde.
Soudain, la femme, sans sortir de sa transe, quitta les lieux dans un « Pop ! » que personne n'entendit sauf Hermione. D'ailleurs, personne ne semblait avoir vu leur échange, ce qui lui rappela une phrase qu'Harry lui avait répétée lors d'une discussion sur sa propre découverte du monde sorcier : Les moldus ne voient jamais rien de toute façon, mais si tu les piques avec une fourchette, ils le sentent !
L'image fit sourire Hermione une seconde avant que la mise en garde ultra-flippante de la sorcière ne résonne à ses oreilles une nouvelle fois, la faisant frissonner.
La jeune femme ne sut si elle acheta ou pas ce qui se trouvait dans son caddie. C'est à peine si elle eut conscience de sa route vers le Malefoy's. Elle se souvint d'avoir levé le nez pour voir le serpent de l'enseigne lui faire un clin d'œil, onduler sournoisement entre les lettres, la narguer en persifflant. Du moins, c'est ce qu'elle crut. La sorcière secoua la tête, replaça ses cheveux et poussa la double porte battante.
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Elle s'était trompé de bar.
Elle devait s'être trompée de bar.
Car la scène qui se jouait devant elle n'était pas digne de son propriétaire. En effet, les lieux, en plein samedi après-midi, étaient vides. Ensuite, il était sans dessus-dessous : chaque table, chaque chaise était renversée, le sol était jonché de bouteilles brisées et l'endroit sentait l'urine.
Hermione resta figée près de la porte à double battant, le visage neutre. Soudain, des cris.
- Ça ne peut être que Greyback et ses chiens errants, entendit-elle cracher.
- Pour l'urine et le désordre, je te l'accorde, dit une seconde voix.
- Mais il faut avouer que le vol d'une poignée de porte, c'est assez inédit, renchérit une troisième. Quoique ça ferait un super scoop !
Les autres voix n'eurent pas le temps de riposter que Drago, Blaise et Pansy surgirent du couloir menant au bureau du blond. Ils se figèrent, baguettes pointées sur Hermione, sur leur garde. La jeune femme leva instinctivement les mains. Pansy fut la première à réagir : elle baissa sa baguette et se tourna vers Drago.
- Je t'ai dit qu'elle nous causerait des problèmes dès l'instant où elle a mis ses pieds ici !
L'avantage avec Pansy Parkinson, c'était qu'Hermione Granger savait qu'elle était au Malefoy's sans avoir à regarder la pancarte. Aussi leva-t-elle les yeux en l'air et baissa-t-elle les mains.
- Je ne suis pas responsable de ce bazar et encore moins de…
- Du vol d'une poignée de porte, lui souffla Blaise avec complicité.
- Du… vol d'une poignée de porte, Pansy, compléta la brune, lasse d'être accusée de tous les maux du monde.
La noirette serra les dents mais ne rétorqua rien. Blaise alla derrière le bar, évitant les morceaux de verre au sol et se servit avec flegme un verre de l'unique bouteille trônant encore fièrement sur les étagères, sûrement soulagée de ne pas avoir subi le même sort que ses consœurs.
- En tout cas, on sait maintenant ce qui intéressait ton père quand il a fait son grandiloquent retour, dit le Noir.
Drago se retint de lever les yeux en l'air face à la quiétude de son meilleur ami : sa capacité à voir le positif partout l'exaspérait plus qu'à son tour.
- Mais on ne sait toujours pas ce qu'il va en faire, contra le blond.
- C'est bien vrai, râla Blaise en portant son verre à sa bouche. Il aurait pu laisser une note, tout de même. Méchant Lucius… ajouta-t-il, l'ombre d'un sourire sur les lèvres qui se refléta sur celles d'Hermione.
Pansy jeta un regard noir à Blaise et le soupir du blond lui répondit. Ce dernier s'affala sur une marche menant à la mezzanine :
- Ce type a côtoyé Voldemort qui foutait des bouts de son âme dans des tiares et des journaux intimes. J'aurais dû me douter que ça allait l'inspirer !
- Ah ce Jédusor… chantonna Blaise en finissant son verre, le sourire rêveur, secouant doucement la tête d'un air amusé. Il avait ce goût pour les mises en scène, faut lui reconnaitre !
Là, Pansy n'y tint plus : elle lui claqua l'arrière de la tête. Drago dévisagea son meilleur ami. Mais autre chose tracassait Pansy, cependant :
- J'ai toujours détesté cette poignée…
Un silence perplexe accueillit cette révélation qu'Hermione osa briser :
- Qui te dit que ça date de ton père ?
Les trois têtes se tournèrent vers elle. La brune haussa une épaule :
- Après tout, le bar date d'avant Voldemort.
- Comment… commença Drago, abasourdi.
Hermione rougit jusqu'à la racine des cheveux :
- J'ai retracé l'historique des familles sorcières de Nola après avoir loupé mon vol.
Blaise haussa des sourcils appréciateurs et Pansy grogna un : « Sans blague. » acerbe, mais l'étincelle qui illumina les yeux de Drago donna des bouffées de chaleur à la jeune femme qui déglutit difficilement. Le silence s'éternisant un peu trop à son goût, Blaise claqua dans ses mains et clama :
- Bon, eh bien, il ne nous reste plus qu'à faire appel à l'Ordre !
Ç'eut le mérite de secouer les foules.
- Quoi ? Et pourquoi ? fit Pansy.
- Il n'en est pas question, Blaise ! refusa Drago.
- C'est quoi, l'Ordre ? demanda Hermione.
- Je dirais plutôt « qui », ma jolie, lui répondit Blaise avec un clin d'œil.
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Pour reprendre les mots de Blaise, l'Ordre du Phénix était un groupe composé de gens ayant été reconnus comme Héros de Guerre après avoir sauvé la peau de plusieurs milliers de personne – « Du moins, celle de ceux qui n'étaient pas déjà morts » avait cru bon de préciser Pansy – pendant la première puis la seconde guerres sorcières. Elles étaient un peu comme des espions, des agents secrets du Gouvernement – « Ce groupe n'avait rien de légal ni d'officiel, Blaise… » - majoritairement composé d'Aurors dont la mission première était de débusquer et d'arrêter les partisans de ce vieux fou de Voldemort – « Et pas paix à ses morceaux d'âme. ».
Tout d'abord, Hermione crut que ce groupe avait été dissout après la « Victoire des Alliés », dirait-elle. Ensuite, ces résistants devaient être vieux ou morts à l'heure actuelle. Enfin, elle imagina le bâtiment en plein Nouvelle-Orléans sorcière, brillant et surplombé d'une citation à la Martin Luther King telle « Nous rêvons d'un monde où moldus et sorciers partageront la même table au restaurant ! ».
Elle se détrompa bien vite en constatant que Malefoy, Parkinson et Zabini l'amenèrent chez Harry et qu'Harry les avait accueillis, entouré des parents et enfants Weasley, de Lavande, Luna, Neville, Seamus, d'un adolescent aux cheveux multicolores et d'un vieil homme à la longue barbe blanche qu'on lui présenta comme étant Albus Dumbledore.
- En général, je me tiens à l'écart, dit-il.
Harry lui jeta un regard torve, sourcil haussé. L'intéressé se racla la gorge :
- Du moins depuis la fin de la Seconde Guerre…
- Vous êtes moins nombreux qu'avant, commenta Drago.
- Finement observé, railla Ginny.
- En dehors des morts, nous sommes en Amérique, reprit Harry d'un ton diplomate. Si ton affaire retient notre attention et si nous jugeons utile l'aide de l'Ordre entier, alors nous alerterons les membres vivants en Angleterre.
- Ça va ravir le Premier Ministre, ironisa Ronald.
- Je suis certain que ce cher Shacklebolt vous aidera autant qu'il peut, assura Dumbledore avant de donner son assentiment aux membres et de « laisser place à la jeunesse ». L'horloge tourne, ajouta-t-il mystérieusement.
Il quitta les lieux après un regard appuyé vers Hermione. Celle-ci fronça les sourcils et remarqua une expression similaire chez Pansy quand elle se retourna pour vérifier que c'était bien à elle qu'il s'adressait. Elle eut cependant un doute : en plus de son visage impassible, les épaules de Drago étaient crispées.
- Ce vieux fou d'Albus, éclata de rire Blaise en frappant l'épaule de Drago, le faisant revenir à l'instant présent.
- Est-ce qu'on peut vous faire confiance ? lança Drago aux membres qui discutaient entre eux à mi-voix.
Le silence, glacial, se fit. Ils se tournèrent tout vers lui.
- Ce serait plutôt à nous de vous poser la question, Malefoy, rétorqua Ronald, poings serrés.
La tension monta d'un cran. Hermione vit Pansy se mettre à moitié devant Drago, prête à attaquer. Ginny et Seamus s'avancèrent d'un pas, mains à la ceinture, mais Harry tendit un bras devant ses amis, comme pour les retenir. Ce fut Blaise qui brisa le silence : il se laissa choir à la table de la salle-à-manger et s'exclama :
- Allons, allons, mes amis ! (Il fit volter une cruche en verre emplie d'un liquide ambré ainsi qu'un verre qu'il se servit.) Nous avons l'assentiment de Dumbledore et les temps sont graves. Mieux vaut s'attabler et discuter… ajouta-t-il avec un sourire malicieux, deux autres verres vides se posant sur la table, l'un devant Harry, l'autre devant Drago.
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La nuit fut longue, mais les anciens ennemis étaient devenus alliés dans l'adversité, s'accordant d'un commun accord que la priorité devait être donnée à l'arrestation de Lucius Malefoy et de ses sbires car sbires sans aucun doute il y avait.
La première étape était de découvrir ce que Lucius pouvait bien faire d'une poignée de porte. Tandis que le Trio d'Argent (apparemment, ils avaient eu aussi hérité d'un sobriquet dans leur jeunesse) et Hermione s'occuperaient des recherches de leur côté, les autres chercheraient du leur, Harry et Ron se concentrant sur les infos officieuses qu'ils pourraient intercepter au Macusa.
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Un jour. Deux jours. Trois. De recherches continues et sinon intéressantes, infructueuses.
Hermione, lasse et la nuque raide, se leva pour s'étirer. Drago avait donné pour instruction de se diviser les tâches. Il avait de nombreuses connaissances, notamment grâce à sa famille dans le Nola sorcier – des gens peu recommandables comme l'avait déduit Hermione –, il y irait avec Blaise. Pendant ce temps, Hermione et Pansy iraient étudier la bibliothèque de la noirette.
Au bout du troisième jour, Drago n'avait toujours pas donné de nouvelles et elles n'en avaient pas trouvé plus. La brune s'étirait quand, soudain, une phrase apparut devant ses yeux : « Tout gain s'obtient par le sacrifice. ». Tout son corps fut pris de frissons incontrôlables et elle se précipita sur sa veste qu'elle enfila. Pansy releva les yeux perplexes vers elle :
- Qu'est-ce que tu fais ?
Hermione, occupée à remballer ses notes, croisa son regard :
- On devrait aller chercher ailleurs.
- Si tu penses à la bibliothèque municipale, je crains qu'ils n'aient pas beaucoup de livres abordant la magie Vaudou, Granger, railla Pansy sans bouger.
Hermione leva les yeux au ciel et rétorqua :
- Je crois qu'on devrait aussi fouiller la bibliothèque du manoir.
La noirette la dévisagea un instant. Hermione crut qu'elle allait lui dire de se taire et de suivre, comme elle le faisait depuis le début. Quelle ne fut pas sa surprise quand elle eut son approbation :
- Tu as raison. Allons-y.
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La porte du manoir s'ouvrit pour laisser apparaitre un jeune Malefoy en pyjama de soie vert profond. Il haussa les sourcils avant de les froncer.
- Qu'est-ce vous faites là ?
- On avait besoin d'un câlin avant d'aller dormir, dit Pansy.
Drago la quitta du regard, las, pour le poser sur Hermione.
- Je pense que notre réponse se trouve dans ta bibliothèque, l'informa cette dernière. Elle le devança : Je sais qu'elle est censée être fermée à clé tout le temps et que j'ai dit que je n'y mettrai plus jamais les pieds, mais j'ai l'intime conviction que tes aïeux y cachaient certaines choses…
- Comme des livres interdits, termina Pansy plus sérieusement.
En dehors des autres livres interdits qu'ils ne prenaient pas la peine de cacher, évidemment, songea la noirette sans pour autant l'exprimer. L'expression de Drago s'assombrit encore plus et son poing se resserra sur le chambranle. Les jeunes femmes n'y prêtèrent pas attention.
- Il est trois heures du matin, précisa-t-il en grognant.
- Et tu vas devoir nous laisser entrer, mon petit Malefoy, rétorqua Pansy.
Le blond lui rendit son sourire sarcastique et Pansy prit ça pour une invitation. Plus petite que lui, elle baissa la tête et passa sous son bras. Hermione tenta un sourire contrit à Drago qui la détailla de la tête aux pieds avant de s'écarter pour la laisser entrer, défait.
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Il était là. Immobile. Exposant sa première de couverture avec arrogance aux yeux de tous sur la table du living room. Sa couverture se confondait presque avec le bois de la table, mais il ne pouvait passer inaperçu. Même à cette distance, son aura faisait frissonner Hermione et son titre, frémir : « La transmission, un art. ». Sans parler du goût de fer qu'elle avait longtemps gardé en bouche après…
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Hermione ne sut combien de temps elle avait passé dans le boudoir à observer de sa banquette les gouttes de pluie qui ondulaient sur les vitres, dessinant de la seule façon que les larmes du ciel pouvaient le faire.
Elle sortit de sa torpeur lorsque, sans crier gare, ses jambes bougèrent d'elles-mêmes et la guidèrent hors de cette pièce. Il ne s'agissait pas vraiment d'une transe, mais plutôt… d'une intuition. Cela lui venait du plus profond de son être. De cet endroit en elle soufflait une voix, douce et mélodieuse, protectrice et aimante. Son propre guide. Celui-ci – ou celle-ci, Hermione ne saurait le dire – lui indiqua une pièce encore inconnue de la maison. La seule que Drago lui avait interdit d'approcher voire d'y songer. Elle était apparemment fermée depuis des années et il valait mieux qu'elle le reste – du moins, c'est ainsi qu'elle l'avait compris.
Hermione marqua un court arrêt devant cette fameuse porte. Une paume délicate sur cette porte au lourd battant elle posa. Après un flot de sensations inédites, la porte elle ouvrit. Pour y découvrir une bibliothèque immense. Enfin, immense pour une bibliothèque personnelle. La jeune femme laissa échapper un hoquet de stupeur et balaya la pièce du regard. Étrangement, Hermione ne ressentit aucune excitation face à ces livres, mais plutôt une réticence prudente. Comme si cet endroit regorgeait d'informations privées, comme si des siècles de savoir et de vécu y stagnaient sans faire partie de l'Histoire.
Devait-elle, par ailleurs, y rentrer ? Plonger dans ce maëlstrom de connaissance ? Elle se rappela son intuition. Jamais elle ne lui avait semblée si forte. Jamais, au cours de ses vingt-huit années, sa voix intérieure ne s'était aussi puissamment manifestée. Et cette voix qu'elle avait nommée « Guide intérieur » était là pour lui indiquer la route. Peut-être était-elle sans le savoir à la recherche de quelque chose ? Cependant, elle avait découvert l'identité de son hôte et connaissait maintenant les raisons de son animosité.
Vraiment ? lui chuchota cette même voix.
Un frisson parcourut l'échine de la jeune femme et c'est sans un regard en arrière qu'elle fit un pas dans la pièce. Elle alla ouvrir les lourds rideaux poussiéreux pour laisser entrer les rayons du soleil sur les multiples ouvrages. Le bout des doigts frôlant les livres, récents ou anciens, Hermione avança, passant d'étagère en étagère, ses yeux décryptant les titres. Elle repéra un exemplaire de l'Histoire de la magie, le même grimoire que Pansy lui avait prêté. Pourquoi avoir demandé à Pansy de me passer son livre alors qu'il en avait un ? La jeune femme envisagea de poser la question à son hôte, mais ce serait lui révéler qu'elle était entrée sans sa permission. Hermione continua son avancée. « Les voyages dans le temps : une découverte qui pourrait en changer le cours », « Le Moi, le Ça et le Surmoi : la magie dans le psychanalyse de Freud » (Hermione haussa les sourcils, étonnée du titre – alors comme ça, les sorciers connaissaient également les pratiques moldues ?), « Les plus grands sorciers, leur parcours et leurs accomplissements ».
- Intéressant… souffla la brune en passant aux suivants.
Dans un autre contexte, elle aurait trouvé ces lectures très ésotériques. Maintenant elle comprenait qu'elles avaient un sens et une substance. Puis, plus elle avançait, plus elle se sentait à l'étroit. La puissance magique de ces écrits emplissait l'air, coupant lentement mais sûrement l'accès à l'oxygène et cette sensation d'oppression augmentait malheureusement à chaque instant. Soudain, elle crut voir trouble : les titres sous ses yeux la figèrent sur place. « Magie noire ou magie blanche : quelle différence ? », « Les sortilèges impardonnables », « La puissance, le pouvoir et le savoir », « Le propriétaire et son corps : la grande séparation ». Hermione sentit son estomac lui remonter jusqu'à la gorge. Elle voulut fuir loin, très loin, mais son intuition lui dicta de rester – Lis ! Regarde…
Puis, sans prévenir, ses doigts restèrent accrochés à un livre, noir comme le goudron, poussiéreux et tellement ancien que la couverture semblait être sur le point de se déchirer à chaque instant. Un frisson de peur remonta le long du corps de la jeune femme, elle n'aimait décidément pas ce bouquin. La sorcière voulut écarter ses mains, se libérer de l'emprise de l'ouvrage. Mais impossible d'y parvenir.
La tête lui tournait, l'oxygène lui manquait. Son cœur s'accéléra, son énergie la quitta. Hermione se mit à paniquer : pourquoi était-elle entrée ? pourquoi son intuition l'avait-elle guidée ici ? pourquoi l'avait-elle suivie, d'ailleurs ? Tant de questions se bousculaient dans sa tête et rien de ce que Drago lui avait appris ou de ce qu'elle avait étudié ne lui venait à l'esprit pour s'en sortir. Comme si ce livre… Comme si… Comme…
La jeune femme sentit son corps fléchir, ses muscles s'affaiblir et elle tomba, sa tête heurtant le sol. Cela prit quelques longues secondes, mais elle réalisa que le livre avait relâché sa prise sur elle. Dans sa chute, elle l'avait fait tomber de l'étagère et il avait atterri juste à côté de ses yeux. Yeux qu'elle écarquilla en lisant le titre, elle poussa un juron et, aussi rapidement que l'épuisement soudain de son corps le lui permettait, Hermione se traina dans le couloir et s'assit contre le mur opposé à la bibliothèque. Son cœur battait la chamade alors que sa tête fonctionnait au ralenti. Elle ne comprenait pas ce qui venait de se passer mais elle ressentait une peur immense à l'idée de ce que ce livre lui avait fait. C'était comme s'il avait absorbé son énergie vitale. Son estomac était maintenant une boule pas plus grosse que son poing et son front, couvert de sueur.
Perdue dans ses pensées, elle fit un bond quand la voix de Drago lui lança froidement :
- Que fais-tu là ?
Hermione, toujours incapable de se mettre debout, leva le nez vers lui et croassa, essoufflée :
- Je ne t'ai pas entendu rentrer.
Mais le jeune homme ne réagit pas. Il se contentait d'être aussi froid que la pièce en face d'elle était effrayante. Par ailleurs, il ne lui avait pas demandé « Que fais-tu par terre ? » ni posé une quelconque question similaire. Ç'avait été la plus légitime question à poser quand vous avez implicitement expliquer que la pièce devant laquelle vous vous trouviez devait rester fermée et quand vous aviez pensé que votre hôte serait suffisamment lucide pour vous écouter.
C'est le regard assombri par le soupçon et l'avertissement – le dernier qu'il lui donnerait – que le tenancier, tout de noir vêtu, s'approcha d'Hermione, tira vivement sur le haut de son pantalon, s'accroupit à son niveau, le visage juste devant le sien. Il ne fit que la fixer et tout dans ses mouvements fit réaliser à la sorcière à quel point Drago Malefoy pouvait être beau et dangereux à la fois. Tout, dans ses gestes, ses vêtements, les mots qu'il employait, même dans sa façon de respirer, indiquait qu'il était puissant et bien plus que n'importe qui. Jamais il ne le montrait. Ce n'était pas utile. Et surtout, vous n'aviez pas envie d'une démonstration.
C'est à cet instant qu'Hermione le comprit.
Cependant, malgré tous les avertissements silencieux, c'est d'un geste tendre et instinctif, incontrôlé, qu'Hermione, hypnotisée par ces orbes couleur de l'orage, tendit une main tremblante vers le visage de Drago. Ses traits avaient-ils toujours été si ciselés, si… parfaits ? Ce dernier pencha imperceptiblement la tête vers la paume de la jeune femme, mais quand elle l'enleva, ce reflux puissant de négativité émanant de lui revint à la charge. Mâchoires palpitantes, pupilles rétrécies par la violence, il se redressa et la toisa de toute sa hauteur, imposant, et gronda :
- Que faisais-tu dans cette bibliothèque ? Ne t'avais-je pas…
Hermione leva brusquement la main pour le faire taire et, à la surprise générale, cela fonctionna immédiatement. Il la dévisageait, les yeux agrandis par l'insolence de la jeune femme, et la fusillait du regard : comment osait-elle ? Cependant, Hermione n'avait que faire de sa colère. Elle devait le prévenir. Alors, de son index tendu, elle pointa le livre tombé, toujours au centre de la pièce. Le blond suivit son doigt et fronça les sourcils. Il s'avança vers le bouquin et se baissa pour le prendre. La peur reprit possession d'Hermione, la submergeant comme une vague et elle se leva d'un bond alors que les doigts du blond s'approchaient sans crainte du bouquin ensorcelé. Elle hurla :
- Ne touche pas ce livre !
Le blond se figea et la dévisagea. Elle déglutit difficilement.
- C'est pour l'avoir touché que je me suis retrouvée à terre.
Il secoua la tête, incrédule, et prit l'objet entre ses doigts :
- Mais de quoi tu parles ? Ce n'est qu'un livre !
- C'est faux ! Et j'en suis témoin. (Elle reprit sa respiration. Elle se sentait aussi essoufflée qu'après un marathon. Fichu bouquin !) Je ne sais pas pourquoi, mais ta bibliothèque… est mauvaise.
Elle lui raconta les sensations ressenties pendant sa visite. Et pour toute réponse, il haussa un sourcil et sourit narquoisement.
- Ce n'est pas parce que tu viens de découvrir la magie que tu dois la voir partout, Granger, se moqua-t-il ouvertement.
Choquée, elle le regarda approcher et refermer la porte derrière lui, comme si rien ne s'était passé. Comme s'il tournait la page du chapitre le plus traumatisant et intriguant de la vie de la jeune femme. La moutarde lui monta au nez, rapide comme jamais, et cette émotion soudaine lui redonna tellement d'énergie qu'elle lui martela la poitrine d'un doigt rageur :
- Je t'interdis de fermer cette porte avec ce sourire narquois sur les lèvres, Drago Malefoy ! (Elle se dirigea d'un pas vif vers le salon, à l'autre bout du couloir.) Je ne sais pas pourquoi, mais la personne qui a acheté ce livre répugnant est un des tes ancêtres et il ou elle était complètement cinglé ! (Il serra les dents mais ne rétorqua pas.) Par ailleurs, ce livre ne doit pas sortir d'ici, ajouta-t-elle en pointant l'intéressé du doigt tout en s'éloignant de quelques pas. Il devrait même être brûlé ! Entre de mauvaises mains, il fera énormément de dégâts…
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Hermione, les bras croisés, haussa une épaule et lança un regard explicite à Drago qui la regardait par-dessous ses cils : « Je ne te le dis pas, mais… j'avais raison. ».
- Pourquoi suis-je à peine étonné que la réponse se trouvait chez toi tout ce temps, Malefoy ? le taquina Harry.
L'intéressé, sur demande d'Hermione, avait convoqué l'Ordre chez lui. En plein milieu de la nuit. Parce qu'elle était certaine que la réponse à leur question se trouvait là-dedans. Il était là, sauf Dumbledore qui respecta sa parole de rester à l'écart, et Teddy, l'adolescent aux cheveux multicolores.
- C'est aussi dans cette malle, intervint la Londonienne en pointant du doigt le coffre noir et poussiéreux fraichement descendu du grenier du Manoir, que nous en apprendrons plus.
- À quoi avons-nous l'honneur ? s'enquit Blaise.
- Ce coffre et son contenu appartenait à mon arrière-grand-père, révéla Malefoy, son regard ombrageux fixé sur Hermione, peu impressionnée.
Ils n'auraient pas dû chercher si longtemps ailleurs. Elle aurait dû comprendre plus vite que le problème venait de l'intérieur. Ne disait-on pas que lorsqu'il y avait une tare chez la mère, on retrouvait la même chez les chiots ? Eh bien, chez les mâles Malefoy, ça se transmettait de génération en génération.
- Sous nos nez depuis le début… souffla Ronald, le sien retroussé avec dégoût.
Le blond redressa vivement la tête et cracha :
- On sait ce que tu penses, Weasm-ley, se reprit-il en dernière minute, au plus grand amusement de Pansy et Blaise, à la perplexité d'Hermione et l'agacement de l'intéressé et de sa sœur.
Quant à Harry, il semblait las de ces jérémiades :
- Bon, par quoi on commence ?
- Divisons-nous ses journaux et ouvrages, ça ira plus vite, décréta le blond.
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C'est la tâche qu'on lui avait confiée. Il n'allait pas décevoir. Plus jamais.
Alors il chercha partout : la bibliothèque, les couloirs, la cave, les recoins, partout. Mais rien. Alors il alla jusque dans le salon et là, il sut. Il le sentit. Cette vibration qui vous attire comme un aimant, cette sensation qui vous répulse pourtant. Le Graal. Un frisson le parcourut tout entier. Il suivit son intuition et c'est sur la cheminée qu'il le vit. Quelques craquements plus tard, il s'en empara et le fit disparaitre.
Soudain, des pas dans les escaliers. Quelques craquements plus tard, il se faufila jusqu'à la porte. Il y arrive en même temps que la personne qui se met à hurler d'horreur et de dégoût. Il en avait tellement l'habitude que ces émotions à son égard le laissait indifférent. Il profita de l'envie pressante de l'humaine de le faire partir, de la porte qu'elle lui ouvrit, pour prendre la fuite.
Il ricana, fier de lui : il n'allait pas décevoir. Oh, ça, non…
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- Granger !
L'appel de Drago résonna dans la maison plongée dans le noir. L'intéressée se tenait toujours sur la dernière marche des escaliers, la main agrippée à la rampe, l'autre sur le cœur. Le dégoût la faisait frissonner de partout, son estomac s'accrochant comme il pouvait. Immobile, elle sentit à peine le jeune homme passer à côté d'elle en trombe. Ce fut son after-shave qui la fit revenir à elle, à lui. Elle le rejoignit dans le salon en regardant où elle mettait ses pieds nus, voulant à tout prix éviter de marcher là où cette vermine avait mis ses pattes.
- Qu'est-ce qui se passe ? l'interrogea-t-il, inquiet.
- Une souris ! (Elle frissonna.) Brrr ! J'ai horreur de ces bestioles…
En l'entendant arriver dans son dos, il se retourna et la dévisagea, cherchant dans ses traits l'assurance qu'elle allait bien. Il prit son visage en coupe pour s'en assurer. Ainsi entourée, Hermione put détailler son hôte : il portait une robe de chambre en soie au-dessus de son pantalon de pyjama qui lui tombait bas sur les hanches et sur son… incroyable et délectable torse nu duquel elle eut du mal à détourner les yeux. Ces derniers purent au dernier moment se délecter du mouvement des abdominaux du blond quand il s'écarta pour vérifier la pièce.
Elle revint à elle-même et à ce qu'elle voulait faire avant cette désagréable rencontre. La sorcière avança jusqu'à la cuisine à la seule lumière du feu encore nourri dans la cheminée, se servit un verre d'eau et en revint, s'arrêtant sur le pas de la porte. Sourcils froncés, elle observa Drago bouger d'un coin à l'autre de la pièce, l'air concentré.
Elle allait lui demander si tout allait bien quand il se tourna à demi vers elle :
- Tu as rangé le livre, Granger ?
L'intéressé suivit son index pointé sur l'appui de cheminée et haussa les sourcils :
- Tu m'as bien vue ? Plus jamais j'y touche, à ce bouquin.
- Alors où est-il ? s'enquit-il d'un ton urgent en avançant d'elle.
À la lueur des flammes, sa mâchoire paraissait encore plus affutée, son corps encore plus puissant. Il semblait prêt à bondir, comme le chasseur sur sa proie. Le vacillement du feu illuminait ses mèches de cheveux et elle put voir son attention un instant détournée du bouquin, soudain plus proche d'elle.
Il la détaillait, découvrait son ensemble de satin beige qui couvrait à peine sa peau diaphane, appréciait plus que de raison les courbes de son corps. Il dut sentir l'atmosphère se modifier car il revint à lui en un millième de seconde, refroidissant Hermione plus efficacement qu'une douche froide.
Pour reprendre contenance, la jeune femme but une gorgée de son eau en se morigénant sur son comportement et en se remerciant néanmoins de vivre seule car vivre avec Malefoy leur créerait plus de problèmes qu'autre chose elle le sentait, il le savait.
- Alors ? reprit-il, le ton impérieux.
Ces inflexions dans sa voix fit se hérisser le poil d'Hermione : qu'est-ce qu'elle pouvait détester ce ton qu'il utilisait avec elle et qu'elle trouvait malgré elle sexy… Elle redressa les épaules qu'elle haussa avant de répondre :
- Je ne sais pas et je m'en fiche !
- Il n'a pas pu bouger tout seul.
Il plissa les yeux et se retrouva à quelques centimètres d'elle ; elle défia son regard sans aucun mal. Cette assurance plut – plaisait – au blond, mais il se retint de le montrer.
- Peut-être que tu l'as rangé par réflexe ou sans y faire attention ? suggéra-t-elle avec une pointe de supériorité qu'elle lui avait sûrement piquée.
Il s'humecta les lèvres sans répondre et elle leva les yeux au ciel en soupirant. Puis, une main sur son épaule, lui dit :
- Retourne te coucher, Drago…
Et elle tourna les talons et remonta l'escalier.
L'incident n'avait réveillé personne d'autre que lui, fort heureusement. Cependant, il fit une dernière fois le tour de la pièce, en vain. En remontant les escaliers, il fut pris d'un désagréable frisson, comme ce frisson qui précédait une intuition. Ce genre d'intuition vous soufflant que quelque chose clochait. L'idée d'un cambriolage lui vint à l'esprit, qu'il réfuta vite : le sort autour de la maison empêchait quiconque de pénétrer la propriété sans son autorisation, alors un cambriolage…
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Hermione tenta de se rendormir, mais impossible de se débarrasser du frisson de dégoût qui s'accrochait à sa peau après avoir frôlé la vermine de si près. Elle tenta de se changer les idées, mais seul le mystère Lucius Malefoy lui emplit l'esprit. Elle fixa les livres, marqués de nombreux post-it, ouverts sur son ancien lit et poussa un profond soupir.
Si seulement quelqu'un pouvait les mettre sur la bonne voie…
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- Que faites-vous ici ?
La jeune femme fit un bon quand une voix masculine l'interpella. Elle se retourna pour découvrir un monsieur d'environ quatre-vingts ans, habillé d'un pantalon de velours et d'un polo bleu marine sur une chemise blanche au col amidonné. Ses cheveux étaient d'un blanc parfait et parfaitement coiffés : pas une seule mèche ne dépassait. Elle se posait la même question : elle se rappelait être retournée dans ses draps, avoir posé sa tête sur l'oreiller et… Elle s'était endormie. Pour se réveiller dans l'herbe humide d'un jardin inconnu. Super…
- Bonjour, Monsieur, le salua-t-elle néanmoins. (Soudain, elle se souvint qu'elle avait, avant de s'endormir, décidé d'aller dès le lendemain voir Albus.) Je cherche en réalité Albus Dumbledore. Qui…
- Vous n'êtes pas au bon endroit, ma petite. Retournez d'où vous venez.
Hermione retint un ricanement désabusé.
- Je voudrais bien, mais je ne sais même pas comment je suis venue !
L'homme fronça les sourcils franchement.
- Pardon ? Alors comment…
- Je n'en sais rien ! Je lisais un vieux journal quand j'ai décidé d'aller parler à Albus Dumbledore. J'ai quelques questions à propos de… d'un membre de la famille d'un ami et je… On dit qu'il a un certain savoir pour ne pas dire un savoir certain. Puis j'ai atterri ici. Comme à presque à chaque fois que je me perds dans mes pensées… râla-t-elle.
- Vous me cherchiez.
- Je ne sais pas qui vous êtes alors comment voulez-vous je le sache ? s'agaça la Londonienne.
- Ce n'était pas une question, contra le vieil homme sans se démonter. J'affirme que vous me cherchiez.
- Je…
- Entrez.
Il tourna les talons sans vérifier que l'inconnue le suivait car il n'en doutait pas une seconde.
- Je confirme que ce vieil Albus connait beaucoup de choses, mais si vous devez avoir des réponses aux questions que vous vous posez sur l'arrière-grand-père de votre ami, mieux vaut que les lui posiez en personne, n'est-ce pas ?
FIN DE CHAPITRE
Bonjour tout le monde !
Pour être honnête, je ne sais pas trop comment commenter ce chapitre... ^^ Je vous laisse le soin de le faire :)
Quant au contexte du flashback, dans ma tête, ça date de la deuxième partie de son premier séjour (en clair, après qu'elle n'ait pas pris son vol) - à l'époque, elle avait "l'interdiction" de sortir du Manoir (assignée à résidence, boooouuuh, on n'aime pas ça !).
Belle journée !
Paix et Amour,
Anacoluthe
