CHAPITRE 20
- Pouah ! Qu'est-ce que c'est que cette puanteur ? s'exclama Pansy, la porte du sous-sol à peine ouverte.
- Je ne sais pas, mais ça ne date pas d'hier, dit Drago en passant devant elle.
Les yeux plissés pour s'habituer à la pénombre, il posa son pied sur la première marche, aux aguets. Il secoua sa baguette et le bout de celle-ci s'illumina. Un Lumos silencieux, reconnut Hermione qui, elle, se contenta d'appuyer sur l'interrupteur. Elle retint un rire quand elle vit Drago et Pansy se retourner d'un coup sec, baguettes en l'air, les yeux alertes.
- Il a un interrupteur, expliqua-t-elle. Puis, voyant qu'ils ne semblaient pas comprendre, préféra ne pas insister : Oubliez-ça.
Drago suivit le conseil et termina sa descente.
Trente minutes plus tôt, Hermione était revenue dans sa chambre au Manoir en sachant précisément où chercher. Atterrie lourdement sur le matelas, elle avait dû se libérer des couvertures qui étaient retombées sur elle avant de quitter sa chambre en courant. Elle avait déboulé dans la salle-à-manger, s'était vu recevoir une énième pique de Pansy, avait appris par Drago qu'elle avait fait une grasse matinée et que les autres étaient retournés chez eux. La jeune femme avait profité que l'un buvait son thé et l'autre mâchait son croissant pour les presser de se préparer car elle savait où découvrir ce que Lucius trafiquait.
Inutile de préciser que son annonce n'avait laissé personne de marbre bien que Drago et Pansy s'eussent figés en premier lieu avant de s'entre-regarder et de repousser leur chaise la seconde suivante pour se précipiter dans leurs salle-de-bain respectives.
Étrangement, ni l'un ni l'autre ne posèrent de question et la suivirent sans mot dire quand Hermione activa l'application GPS de son téléphone, y encoda des données géographiques pour ensuite s'accrocher à leurs bras et de les faire tous transplaner à l'endroit recherché.
Ce dernier était perdu en plein bayou et la trappe menant au sous-sol, cachée sous des couches de feuilles et de branchages morts. Drago s'était accroupi devant la trappe scellée pour observer les dessins qui, marmonna-t-il, lui semblèrent familiers. Soudain, il passa sa baguette au creux de sa main pour laisser apparaitre sa paume tranchée il serra le poing et fit tomber quelques gouttes qui se faufilèrent dans les arabesques. Arabesques qui s'illuminèrent d'un rouge carmin puis l'obstacles disparut devant eux, les invitant à entrer.
Les relents affreux paraissaient s'intensifier à chaque pas que le groupe faisait vers le cœur de l'antre glauque. Hermione constata qu'elle était la seule à se couvrir le nez de son écharpe, Pansy fronçant seulement imperceptiblement le nez et Drago, eh bien, c'était Drago, il ne montrait jamais rien.
Mais l'absence d'interrogatoire ne pouvait durer.
- Comment tu as trouvé cet endroit, Hermione ? s'enquit Drago.
- J'osais pas demander… grogna Pansy.
La brune avala sa salive.
- Eh bien…
Comment leur dire ? En sachant que Septimus Malefoy lui avait expressément demandé de garder son existence prolongée pour elle.
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Ah oui, bien sûr : à vous, elle pouvait le raconter. L'homme chez qui elle avait atterri en pleine nuit était l'arrière-grand-père de Drago, Septimus Malefoy. Il était toujours vivant. L'aïeul, sentant les embrouilles arriver (encore une fois), avait simulé sa mort à l'aide d'une potion qui rendait les battements de cœurs impossibles à détecter, avait transplané hors de son cercueil vers cet endroit, invisible à tous – du moins jusqu'à maintenant, avait-il ajouté avec sarcasme.
Il lui avait raconté ses convictions d'antan, celles de maintenant, les mêmes que son descendant. Durant son cours d'Histoire, il avait mentionné l'arrivée d'une partie de la famille Malefoy à bord d'un navire de la flotte de la Reine Elizabeth I en 1600, les colons, les richesses qui s'accumulèrent devant leurs yeux avant de leur être arrachées à leur honneur défendant. Vint ensuite la chasse aux sorcières – la Grande Chasse, pour les intimes – et l'obligation de se cacher, de lever des voiles et d'établir des stratagèmes d'illusion pour éloigner les non-majs. Il n'oublia pas de montrer la fierté ancrée dans les gènes des Malefoy quant à la richesse familiale et à l'influence internationale de ceux-ci.
Pour prolonger le plaisir, Septimus énuméra les diverses propriétés anglaises, américaines et françaises, telle que la maison dans laquelle vivait dorénavant l'héritier. Cela dit, le vieux Malefoy n'avait pas loupé une miette de la Seconde Guerre Sorcière :
- Et mon petit-fils, cet idiot, cracha-t-il, n'a pas trouvé plus intelligent que de rester du côté de ce fou désintégré par un bébé ! Sans grande surprise, ils ont perdu la Guerre et il s'est retrouvé à Azkaban…
- Il s'est enfui, crut bon de préciser la jeune femme.
Un court silence, puis :
- Il a toujours eu l'art de se sortir des situations les plus embarrassantes.
Ce qui fit tiquer la jeune femme : embarrassantes ? Il sembla à Hermione qu'être emprisonné et s'évader au vu et au su de tous était plus qu'embarrassant.
- Sa femme, Narcissa, a été assignée à résidence et Drago, eh bien (il moulina du poignet vers elle), vous savez qu'il a été innocenté, défendu par ce Sauveur des Peuples… Comment s'appelle-t-il, déjà ?
- Jésus ? suggéra Hermione.
- Qui ça ?
- Personne, se dépêcha-t-elle de répondre, pinçant les lèvres pour retenir son sourire.
Le vieil homme la dévisagea un instant, sourcils froncés puis reprit son récit.
- Où en étais-je ? Ah oui : Potter. Le jeune Harry Potter a défendu Drago au tribunal, comme son ami Ronald Weasley et la dernière de la tribu aussi, d'ailleurs. J'en fus très surpris ! Puis Drago s'est exilé ici, à Nola, pour reprendre ce bar qui, fut un temps, m'appartenait…
Un autre silence s'installa, laissant pensif le duo. La théière se souleva alors doucement pour remplir une énième fois les tasses. Septimus attira le service à lui d'un coup de poignet, porta la tasse à ses lèvres et s'arrêta :
- Vous dites que Lucius est en liberté ?
- En effet. Il cherche des noises à son fils, d'ailleurs.
- Quel vénal… critiqua le vieil homme.
Hermione fronça les sourcils, perdue, avant de comprendre que les noises signifiaient uniquement des sous et non des embrouilles, pour les sorciers.
- Où est-il ? l'interrogea le vieux.
- On ne sait pas. Il se cache.
À cet instant, Septimus sourit d'un sourire maintenant familier à la jeune femme. Il se mit à doucement secouer la tête avant d'émettre un rire de gorge un peu railleur et enroué. Hermione garde le silence : ce genre d'hommes aime se faire attendre.
- Quel idiot… Quel imbécile, ce Lucius… Toujours aussi prévisible, dit-il entre deux rires. Une chance qu'il soit rusé, ça compense son manque d'inventivité !
- Est-ce que vous pourriez m'expliquer, s'il-vous-plait ? s'impatienta la jeune femme.
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C'est ainsi qu'elle sut où et comment aller, qu'elle découvrit l'existence de ce bunker privé créé lors de la Grande Chasse.
- Eh bien, c'est écrit dans les journaux de ton ancêtre.
Drago douta mais ne dit rien.
La Londonienne observa autour d'elle : un chaudron, des couteaux élimés, d'autres aiguisés et usagés, de toutes tailles, sur une table en bois de l'autre côté de la pièce. Directement à sa gauche, Hermione vit une multitude de pots emplis d'herbes en tous genres qui faisaient presque crouler les planches de l'étagère sur laquelle ils se trouvaient. Mais pas seulement… Hermione n'arriva cependant pas à déterminer ce qu'elle avait sous les yeux – l'ampoule n'était pas des plus efficaces, elle devait l'avouer. Aussi s'approcha-t-elle d'un pas avant d'être stoppée net dans son élan par Pansy. Une main sur son épaule, cette dernière lui fit comprendre de reculer – et puis, son regard sévère ne lui laissa pas vraiment d'autre choix.
La barmaid se pencha alors et s'empara d'un des pots au contenu non-identifié. Elle le leva au niveau de ses yeux, le tourna et le retourna à la faible lumière puis l'ouvrit avec prudence pour en renifler le contenu. Hermione n'avait jamais vu Pansy réagit aussi vivement, mais ses émotions étaient on ne put plus lisibles sur son visage : le dégoût que lui avait inspirer l'odeur la força à appuyer son poing sur sa bouche pour se retenir de vomir. Une fois son estomac contrôlé, Pansy referma avec application le contenant et le remit en place.
- Qu'est-ce que c'est ? s'enquit Hermione.
- Des morceaux d'animaux, répondit Pansy.
Sous le choc d'une telle révélation, Hermione recula de trois bons pas et sursauta quand elle se cogna au torse de Drago. Elle lui jeta un regard et constata ses yeux écarquillés : il était aussi choqué qu'elle, mais avec réserve toutefois. Aussi soudainement que la surprise l'avait fait réagir, le questionnement vint tinter ses prunelles grises.
- Qui conserverait des morceaux d'animaux ? demanda-t-il à Pansy.
La barmaid garda le silence et continua sa visite de la pièce, détailla le contenu des armoires, touilla dans la potion refroidie dans l'un des chaudrons. Hermione se planta à ses côtés.
- Ça ne me dit rien qui vaille…
- En effet, Granger, confirma la noirette. La personne qui préparait ça n'avait pas l'intention de faire du jus de citrouille. Et si cet endroit est bien le repère de ton père, Drago…
- Quoi ? fit froidement l'intéressé. Termine ta phrase, Pansy ! exigea-t-il face au silence inquiétant de sa meilleure amie.
- Ça ressemble à de la magie Vaudou, Drago.
- C'est impossible. Ça ne se peut pas. (Pansy haussa les sourcils.) Mon père ne s'abaisserait jamais à ce genre de pratiques.
- Quel pourrait être le but de cette potion, alors ? s'enquit Hermione pour détourner l'attention.
- Je ne sais pas exactement, avoua Pansy en pinçant les lèvres.
Puis la noirette tourna les talons et fila droit vers l'étagère à animaux, fouilla les tiroirs et prit un flacon vide – elle s'en assura en reniflant son index après l'avoir glissé à l'intérieur du goulot. Ensuite, elle retraversa la pièce sous le regard intrigué d'Hermione et le remplit de la concoction étrange, à la fois visqueuse et presque solide, qui luisait sous les rayons de lumière.
- J'analyserai ça chez moi. Granger, tu m'aideras : on cherchera dans ma bibliothèque si on trouve des réponses. Si mon intuition est bonne, il y a du Vaudou qui se trame derrière tout ça.
- Comment peux-tu en être sûre ?
- Je n'ai jamais dit que je l'étais, la contredit-elle. Mais j'ai côtoyé un temps un maitre Vaudou avec qui j'ai appris quelques trucs.
- On pourrait aller l'interroger ?
- Impossible. (Drago haussa un sourcil, à l'instar de la brune.) Il est mort.
L'air qu'eut ensuite Drago confirmait que cela allait en effet être compliqué. Il embrassa du regard une dernière fois la pièce et soupira :
- C'est tout ce que ça nous apporte, alors ?
- Que veux-tu dire ?
- Des questions et encore des questions. Jamais de réponse. (Il serra les dents et ses narines frémirent de colère.) J'ai l'impression de me retrouver douze ans en arrière et ne pas pouvoir agir parce qu'on ne me donne que ce qu'il faut pour que…
Il n'acheva pas sa phrase, mais le voir balancer et exploser un bocal contre le mur était assez explicite.
- Je sais que tu as du mal à y croire, mais Drago, tous les gens changent, commença Pansy en s'approchant de lui. Certains en mieux (elle posa une main sur son torse et lui offrit un petit sourire encourageant), d'autres en pire…
Drago releva les yeux et ce qu'Hermione y lut lui brisa le cœur. Cet homme était un enfant brisé et, alors qu'il commençait à sérieusement se reconstruire, voilà que la cause de son insécurité émotionnelle refaisait surface. La jeune femme dut se faire violence pour ne pas le prendre dans ses bras.
- Je sais… soupira le blond, les cheveux tombant sur son front. Je sais que mon père est un homme mauvais, mais pas…
- Pas à ce point-là ? termina Pansy. Réveille-toi, Drago. Ce ne sont pas là les ingrédients d'une potion anodine, répéta-t-elle en brandissant la fiole devant son nez. Elle est bien plus à craindre, tu peux me croire !
Drago secoua convulsivement la tête, refusant d'y croire. L'enfant en lui ne se cacha plus et Hermione jugea bon de les rappeler à l'ordre, suggérant leur départ avant d'être surpris par un indésirable.
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Le trio s'était mis d'accord pour aller prévenir les membres de l'Ordre et Blaise de ce qu'ils avaient trouvé. Une fois au Terrier, ils résumèrent la situation aux autres, ajoutant leurs suppositions.
- Rien d'autre ? demande Arthur.
Drago garda le silence, estimant sûrement que l'Ordre en savait trop – Hermione le soupçonna de croire que l'Ordre, ses anciens ennemis, l'accuserait des crimes présumés récents de son paternel, comme ils avaient détesté ce dernier lors de la deuxième guerre sorcière. Alors qu'Hermione secouait la tête, Pansy prit la parole :
- En dehors de ceux en bocaux, j'ai aperçu des restes d'animaux. Principalement des petits. Il y avait beaucoup d'ossements, certains comme neuf, d'autres encore couverts de chair.
Les membres de l'Ordre grimacèrent de dégoût – encore une fois. Ron, appuyé contre le mur qui séparait le salon de la cuisine, bras croisés, regard vers le sol, demanda soudain :
- Où étaient ces restes ?
Toutes les têtes se tournèrent vers lui seules celle d'Hermione était tournée vers celle de Drago, baissée, figée.
- Dans un coin de la pièce. Le plus sombre, si je me souviens bien, répondit Pansy sans s'étonner de la question.
Ron se mordit la lèvre et hocha la tête plusieurs fois. Soudain, il la releva et s'approcha de la table sur laquelle il s'appuya de ses poings fermés, l'air déterminé. Hermione l'avait rarement vu aussi sûr de lui et dut s'avouer qu'il dégageait à cet instant une puissance telle qui le rendait très attractif. Et là, elle réalisa que cette puissance était similaire à celle qu'émanait habituellement la personne effacée dans son dos elle fut parcourue d'un frisson, loin d'être dû à l'horreur que lui inspirait la situation.
- Je ne connais qu'un être qui avait l'habitude de faire ça, commença Ron. Et si l'on groupe tous les suspects que nous avons, d'enquêtes et situations différentes, un seul correspond aux critères… (Son silence eut l'effet escompté : tout le monde était pendu à ses lèvres.) Croûtard.
Les autres protestèrent ou s'exclamèrent, convaincus ou non.
- Croûtard ? répéta Hermione.
- Mon rat. (Son débit s'accéléra pendant l'explication.) Enfin, plutôt mon ancien rat qui s'est avéré être un animagus et qui…
- Attends, le coupa Harry, une paume vers l'avant. Tu crois sincèrement que Pettigrow aurait quelque chose à voir là-dedans ? Je veux dire, on ne l'a plus revu depuis la défaite de Voldemort.
- Mais on a jamais retrouvé son corps, encore une fois ! insista Ron.
- Ron, je…
- Peut-être que c'est gros, mais… reprit le roux avant d'être interrompu pas Pansy, à la surprise générale.
- Ça se tient.
Tous les visages la fixèrent de leurs yeux ébahis. Une Serpentard d'accord avec un Gryffondor ? On aura tout vu, songea Ginny avec amusement.
- Un rat qui disparait. Un livre qui disparait. Le père de Drago qui revient et qui retombe dans ses travers sans qu'on soit sûrs qu'il ait jamais arrêté ses trafics. Des groupes qui se réunissent à nouveau. Ça se tient, je vous dis ! (Comme personne ne semblait l'approuver, elle continua sur sa lancée.) Pettigrow est un maitre dans l'art de la dissimulation et de la fuite. Même si c'est un lâche, il a toujours été fidèle aux plus forts – ou à qui il considérait être les plus forts. (Elle interpella Drago qui daigna relever la tête.) Ton père ne serait jamais revenu sans une bonne raison et certainement que ce que Pettigrow lui a balancé l'a convaincu que son heure de gloire arriverait enfin. (Elle marqua une pause et reporta son attention sur l'assemblée, comme Ron avant elle.) Reste à savoir ce qui l'a motivé à ce point…
Un court silence régna ensuite, coupé par Hermione, depuis longtemps convaincue de l'implication de Lucius.
- Très bien. On trouvera. Mais le plus important maintenant est de découvrir à quoi servent les ingrédients qu'on a vus, déclara-t-elle en écrivant sur un bout de papier ce dont elle se souvenait avant de le glisser vers Pansy et Drago. Vous vous souvenez d'autres choses ?
Pansy rajouta cinq éléments et Drago ne fit que jeter un coup d'œil à la liste. Du coin de l'œil, Hermione vit Harry froncer les sourcils face au comportement de blond. S'ensuivit alors un long débat sur comment les tâches allaient être redéfinies suite à ces nouveaux éléments d'enquête.
- Bien ! s'exclama brusquement Molly en frappant des mains. Puisque tout le monde est d'accord sur la suite des évènements, je vous propose de passer à table.
Des soupirs de soulagement résonnèrent dans le salon alors que les Weasley, Harry et même Blaise avec qui ce dernier discutait se dirigeaient vers la cuisine pour prendre place. Hermione avança, invitée par le sourire de Ginny, mais tourna la tête vers Drago et Pansy. Elle se sentait comme chez elle ici, mais elle savait aussi que les rivalités entre maisons s'évaporaient rarement complètement. Ce fut donc d'un regard concerné qu'elle jaugea la réaction des deux Serpentards : ces derniers ne purent cacher leur malaise, aussi étonnant que cela put être. Hermione tourna la tête vers la cuisine, priant pour que quelqu'un d'autre les invitent aussi.
- Je pense que nous ferions mieux d'y aller, annonça Drago d'un ton guidé, Pansy acquiesçant à ses côtés. Nous vous remercions néanmoins pour l'aide que vous n...
- Arrêtez votre charabia, jeune homme, le coupa Molly en agitant sa louche vers eux deux, et posez vos séants sur ces bancs. Un estomac, qu'il soit Serpentard ou non, fonctionne comme les autres.
Drago et Pansy échangèrent un regard étonné, probablement peu habitués à un langage si familier.
- Allez ! les pressa la mère en indiquant du regard les places libres en bout de table à côté d'Hermione et Lavande. Mon bongo va refroidir.
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Le diner était fini depuis longtemps. Les conversations allaient bon train et, sans aucun doute, Blaise, Pansy et Drago n'avaient jamais passé autant de temps avec les autres. Ils avaient néanmoins l'air de bien s'amuser : à part les railleries réciproques entre Drago et Harry, c'était comme si les rivalités n'avaient jamais existées.
Hermione, amusée par les attaques mesquines entre l'Auror et le tenancier, s'éclipsa et partit dans le salon qu'elle découvrit avec autant d'émerveillement qu'au premier jour. Elle s'entoura d'une couverture posée sur le dossier du fauteuil et fit le tour de la pièce, détaillant chaque objet d'un œil nouveau. Le canard en plastique, objet moldu qui fascinait Arthur, le vinyle d'Etta James (elle sourit devant l'ironie de « I put a spell on you »)…
Hermione s'arrêta devant une photo à laquelle elle n'avait encore jamais prêté attention. Il s'agissait d'une photographie ancienne qui bougeaient comme toute photo sorcière digne de ce nom. Elle y reconnut un homme avec les mêmes cheveux qu'Harry et une femme aux yeux identiques – ses parents, présuma-t-elle. Elle y reconnut Sirius Black, le parrain d'Harry ainsi que Remus Lupin (Ginny lui en avait parlé lors du diner chez Harry quelques semaines plus tôt et lui avait précisé suite à la révélation de l'Ordre qu'il était le père biologique de Teddy dont la situation était très proche de celle du Survivant car lui aussi orphelin de guerre). Intriguée de mettre un nom sur ces inconnus, Hermione retourna la photo et constata qu'en effet, chaque personne était nommée. Jordana Richardson et Oliver Blackburn (les parents de Julie, en déduisit Hermione), Emmeline Vance, Elphias Dodge, Marlene McKinnon, Alastor Maugrey, Franck et Alice Londubat, Rubeus Hagrid, Minerva McGonagall, Filius Flitwick, Albus Dumbledore, Sirius Black, Benjy Fenwick, Mondingus Fletcher, James Potter, Peter Pettigrow, Lily Potter, Remus Lupin, Fabian et Gideon Prewett.
Hermione s'amusa de voir les similitude entre son père et Harry ainsi que celle du jeune Ted avec le sien. À l'opposé, elle s'étonna de ne pas y voir Arthur et Molly. La jeune femme se souvint soudainement de l'histoire qu'Harry lui racontée sur son père et ses meilleurs amis. Ils se faisaient appeler les Maraudeurs et passaient leur temps à faire des farces, sortir en douce et transgresser autant que possible le règlement. Du doigt, elle tapota James, Sirius et Remus.
- Il en avait un quatrième… souffla-t-elle. Qu'est-ce que m'a dit Harry, déjà ? Lunard, Patmol, Cornedrue et… Et… Queudver.
Elle fit le lien entre Lunard et la lycanthropie de Remus, le chien Patmol et Sirius, les cornes du cerf de James. Mais Queudver ? Qu'est-ce que ça pouvait bien être ?
- Queue de ver ? décomposa la jeune femme à voix basse. Queue ? Celle de quel animal ? Parce qu'un ver n'en a pas.
La voix de Ron raisonna dans son esprit : Croûtard, mon rat qui était en fait un animagus… Et celle d'Harry : Attends, tu ne crois pas que Pettigrow… Son cœur loupa un battement. Fébrile, Hermione retourna la photo.
Le cadre lui glissa soudain des mains et le verre se brisa à ses pieds. Alertés par le bruit, plusieurs invités se précipitèrent vers elle.
- Hermione ? Ça va ? s'inquiéta Ron. Qu'est-ce qu'il y a ?
Harry se pencha pour ramasser la photographie. Il fronça les sourcils et son regard alterna entre la photo, Hermione et Ron. Il arrêta son regard sur la jeune femme qui bafouilla, les yeux écarquillés d'horreur :
- C'est lui. L'homme des archives. Il a volé le livre et… Moi… (Elle pointa un doigt tremblant vers Pettigrow.) Il a parlé de moi.
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Hermione, assise sur le canapé, emmitouflée dans un plaid épais, avait le regard fixe. Son entourage s'inquiétait, mais il ne fallait pas se fier à son absence de réaction car son cerveau était en ébullition, les pièces du puzzle se plaçant parfaitement derrière ses rétines.
- Les journaux de Septimus Malefoy nous ont permis de trouver le bunker familial où Lucius et Pettigrow – peu importe ses innombrables noms – trafiquent leurs noirs desseins.
Sa prise de parole laissa tout le monde sans voix. Elle continua :
- Pansy, je sais que les éléments sur la liste que tu as complétée tout à l'heure sont les ingrédients de la potion – rien ne sert de le nier, la devança-t-elle sous les yeux gênés de la noirette. Tu es alchimiste, une as des potions – entre autres – alors tu ne feras pas croire que tu vas devoir l'analyser dans ton labo et encore moins que tu as besoin de mon aide pour le faire.
Elle marqua une pause puis releva les yeux vers Drago qui ne quitta pas son regard une seule seconde. Le monde disparut et elle reprit :
- On sait où il est, lui dit-elle. Et je sais ce qu'ils comptent en faire… (Son regard se fit plus intense.) C'est celle-là qu'ils utiliseront…
Hermione vit qu'il voulait douter de ce qu'elle disait, elle vit qu'il voulait qu'elle ait tort. Les narines du blond frémirent. Oui, il avait compris. Mais il refusait la réalité par instinct de préservation. Cependant, la jeune femme savait qu'il était en danger plus que jamais. Ils l'étaient tous.
- Fais cesser le suspense, Hermione, tu veux ? la pria Fred.
L'intéressée revint à elle et porta son regard sur le jumeau, sentant celui de Drago brûlant sa peau. Elle ouvrit la bouche, mais avant qu'un son n'en sorte, le blond lui sauta dessus, agrippa son bras sous les cris surpris des autres et transplana.
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À peine ses orteils eurent-ils touché le sol qu'Hermione se mit à lui hurler dessus :
- Pourquoi tu as fait ça ?!
Drago garda le silence. Il les avait fait transplaner dans le boudoir de sa mère. Ses yeux, à l'opposé de la sorcière, étaient fixés sur cette dernière. Il l'observait en détail, la voyait différemment. Elle, tout ce qu'elle constatait à l'instant était qu'il n'avait pas eu assez de cran pour la laisser parler jusqu'au bout, la laisser dire la vérité. Et ça la mettait hors d'elle.
- Alors c'est ça que tu fais ? l'accusa-t-elle en le dévisageant de haut en bas avec mépris. À chaque fois, tu fuis devant l'ennemi ? Pire : tu fuis avant le combat ! Tu refuses de voir la vérité en face, aussi. Tu crois vraiment que la leur cacher va les protéger ? Tu sais aussi bien que moi ce qui les attend si tu laisses les choses se faire, tu dois…
Ses invectives furent brusquement interrompues par les lèvres de Drago sur les siennes. Il prit son visage dans ses mains puis en glissa une le long de son dos, mais avant qu'il ait le temps d'entourer sa taille, Hermione le repoussa des deux mains et fit quelques pas en arrière. Un rire moqueur et rageur sortit de sa gorge :
- Une autre de tes techniques, je présume ? Distraire l'ennemi avec tes charmes. Et puisque ton don de persuasion ne fonctionne pas sur moi, tu utilises la luxure ?
- Ça déplait rarement bien que je ne sois pas très enclin à utiliser cette technique avec les gens du même sexe que moi… railla-t-il avant de s'approcher encore une fois d'elle, les yeux soudainement plus sérieux : Je ne crois pas que tu comprennes, Hermione.
Son prénom dans sa bouche la fit frissonner mais elle se retint d'en montrer quoi que ce fut. Elle détourna le regard et constata qu'il les avait emmenés dans le boudoir. Un sourire amer tordit ses lèvres : la dernière fois qu'elle était venue ici, ses pieds l'avaient menés dans cette maudite bibliothèque et ce livre encore plus maudit lui avait volé son énergie. C'est alors que les doigts légers de Drago caressèrent sa joue :
- Tu ne sais pas ce que tu provoques chez moi, murmura-t-il. Toi et ton sale caractère… Je ne pouvais pas…
Ne trouvant pas les mots, il se pencha à nouveau vers elle. Pour se faire gifler avec force.
- Tu le fais exprès ou quoi ?! s'égosilla la brune. Je refuse de les laisser se faire tuer ! Je ne resterai pas sans agir, tu entends ? Reviens avec moi au Terrier… C'est ta dernière chance de te rattraper, Malefoy.
Quand elle vit qu'il ne réagissait pas, Hermione rit d'un mépris palpable et croisa les chevilles pour transplaner. Mais ses chevilles à peine décroisées, elle se figea net :
- Tu te crois plus maligne que tout le monde, pas vrai ? murmura-t-il. Tu crois savoir ce qui va se dérouler ? (Elle lui fit face.) Tu crois que ton plan, pour peu que tu en aies un, va réussir à arrêter mon père ?
- On va suivre le plan établit avec l'Ordre et… répondit-elle, agitée.
- Il ne fonctionnera pas, martela Drago en s'approchant d'un pas, la mine sombre.
- Bien sûr que si ! C'est l'Ordre et de ce que j'ai compris, ils ont vaincu le plus grand mage noir de tous les temps. Ce qui n'est pas rien, je te signale, rétorqua-t-elle avec autant de fierté que si elle avait elle-même participé à ce succès.
Drago rit, moqueur. Hermione le dévisagea, médusée.
- Vaincu Voldemort ? Parce que tu crois qu'ils ont fait ça tous seuls ? Parce que tu crois que Potter et ses amis l'ont battu à eux seuls ? (Il se pencha en avant, index rageur pointé vers le sol pour appuyer ses propos.) Ils ne l'auraient jamais tué si ma mère et moi n'avions pas risqué nos vies en mentant à Voldemort pour sauver celle de ton nouveau meilleur ami ! Potter est un assisté, Granger ! cria-t-il. Il a une chance de cocu, mais il n'a jamais rien fait tout seul. Dumbledore était toujours à son cul, occupé à lui sauver les miches jusqu'au jour où il a jeté son protégé en pâture parce que, je cite, l'un ne pouvait vivre tant que l'autre vivrait.
Hermione écoutait sans répondre, figée, prostrée. Comment pouvait-il dire tout ça ? Ce ne pouvait être vrai… En face d'elle, Drago ricana en reculant vers la porte. Il semblait satisfait de voir la désillusion dans ses yeux. Non, il n'avait pas fui devant l'ennemi. Il l'avait même côtoyé de près. Il avait vécu l'Enfer et il en était revenu. Jusqu'à ce que son père devienne son bourreau.
- Je ne sais pas ce que les Weasley t'ont raconté, mais ils ne t'ont sûrement pas tout dit. Ils ne t'ont donné que leur point de vue, oubliant des évènements qui, pour eux, ne sont que des détails. Comme le fait qu'il a fait du seul endroit où je me sentais en sécurité, son quartier général et il a brisé ma réalité. Il a fait de moi un criminel… ET TU VEUX SUIVRE LE PLAN D'UN GROUPE D'IMBÉCILES, INCAPABLES DE SE DÉFENDRE EUX-MÊMES ?! hurla-t-il, hors de lui.
- Pourquoi tu me dis tout ça ? murmura Hermione en un souffle, accablée par tant de négativité. (Elle releva la tête.) Tu ne peux pas leur en vouloir à ce point-là. Ils ont plaidé en ta faveur… (Cette fois-ci, elle hurla :) Je refuse de les laisser marcher dans la gueule du loup ! Il doit sûrement y avoir une solution ! Chaque méfait peut être déjoué ! La justice doit… Je ne peux pas… Je ne veux pas qu'ils…
Trop d'émotions se bousculaient, empêchant ses mots de former une phrase cohérente. Elle voulait tellement de choses, en refusait autant. Elle devait agir, pour elle, pour eux, par pur principe car rien de tout ça n'était juste.
- Je dois y aller, annonça-t-elle.
- Non !
Drago s'agrippa à son poignet. Ici, toute colère semblait disparue. Il n'y avait plus d'amertume, de rage ou d'envie de vengeance. Il n'y avait que Drago et…
- Pourquoi ? l'interrogea-t-elle. Tu veux que ton père réussisse ? T'es de mèche, c'est ça ?
- NON !
Il y mit tellement de véhémence que ce ne pouvait être que la vérité.
- Alors quoi ?!
Mais Drago garda le silence. Il se tut, encore. Hermione savait qu'il avait un passé, des secrets. Tout le monde en avait. Mais ce n'était pas une raison pour laisser un génocide se dérouler. Elle récupéra sa main, fit un pas en arrière pour transplaner, se détourna…
- Je ne peux pas te perdre…
Ce n'était qu'un souffle, mais il résonna si fort dans la pièce qu'il assourdit momentanément la jeune femme. Elle n'aurait su dire pourquoi, mais elle se retourna vivement vers lui. Elle s'approcha et s'arrêta à quelques centimètres, les yeux dans les siens. Son esprit embrumé s'éclaircit quand elle réalisa. Qu'elle accepta. Était-ce pour cela ? Était-ce la raison pour laquelle elle était revenue ? Celle pour laquelle elle n'avait su directement quitter la Nouvelle-Orléans, pour laquelle elle était revenue vers lui presqu'aussitôt ? Était-ce seulement la magie qu'elle avait cherché dans tout ce qu'elle voyait de retour à Londres ou bien voulait-elle le trouver lui ? Retrouver ce qu'elle ressentait, une fois avec lui ? Avait-elle craint de revenir en Angleterre, peur que tout ça ne fut qu'un rêve ? Était-elle revenue pour elle-même ? ou pour lui ?
Soudain, il lui sembla que toutes ces questions avaient pour seule réponse ces quelques mots.
Soudain, tout fut logique, simple.
Soudain, tout ce qui n'était pas eux devint futile.
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Hermione fut réveillée quand, en voulant se retourner, un poids empêcha son mouvement. Elle força un peu et constata alors le visage endormi et serein de Drago, tourné vers elle avec son bras sur son ventre, l'autre replié sous son coussin. Le drap, bien relevé jusqu'à sa propre poitrine, avait glissé et laissait apparaitre son dos finement dessiné, le haut de son fessier et sa jambe droite repliée vers le bord du lit.
Il écarta ses lèvres des siennes pour la regarder, la supplique dans ses orbes grises :
- Reste avec moi. N'y vas pas.
Mais à l'instant, elle se fichait du reste.
- Tais-toi, lui ordonna-t-elle en fondant à nouveau sur sa bouche, ses doigts se glissant dans ses cheveux, son corps se collant au sien.
Le regard d'Hermione voleta jusqu'au pied de la porte de la chambre de Drago, encore ouverte.
Drago lui entoura la taille et la souleva d'un bras, l'autre se faufilant sous son pull, arrachant à la jeune femme un grondement quand il dégrafa son soutien-gorge.
Hermione frissonna et dut s'asseoir pour reprendre son souffle. Elle fit tourner sa nuque et, tout comme la veille, son poing s'agrippa au drap. Mais la suite la laissa hors d'haleine.
Leurs vêtements, éparpillés sur le sol, uniques témoins de ce qu'il se passait. Les amants ne semblaient jamais rassasiés, leur corps réclamant celui de l'autre inlassablement. Sur un pied d'égalité, les bouches embrassaient, happaient; les mains caressaient, effleuraient; les yeux quémandaient, adoraient.
Et quand ces derniers se posèrent sur le corps offert du jeune homme, un gémissement s'échappa de ses lèvres : malgré son désir insatiable pour lui, ils avaient plus urgent à faire.
Alors elle écarta les draps, s'habilla précipitamment et se dirigea vers la cuisine pour se désaltérer, se retenant difficilement de faire demi-tour et de lui sauter dessus quand ses oreilles s'emplirent de leurs soupirs et souffles erratiques en quittant la chambre.
FIN DE CHAPITRE
Septimus Malefoy m'a l'air... Ouais, d'un Malefoy. On reste toujours partagé quand on en côtoie un, je pense, non ?
Plus de doute quant à Pettigrow (toujours au mauvais endroit au mauvais moment, lui, à croire qu'il le fait exprès, pfff).
Plus de doute non plus quant à Drago et Hermione (j'entends les "Enfin !" d'un peu partout ahah).
À bientôt :-)
Paix et Amour,
Anacoluthe
