Bonjour à tous et toutes !
Cela fait un moment que je ne vous ai plus écrit de petit mot avant le chapitre, mais cette fois-ci, je sens que c'est indispensable.
Indispensable pour vous dire qu'en éteignant mon ordinateur la semaine passée, il m'est sorti de la tête que ce chapitre est le dernier de l'histoire... :-/ Mes excuses si je vous prends de court - si ça peut vous rassurer, je me suis moi-même étonnée en voyant qu'il ne restait que celui-ci et l'épilogue :-O
Après toutes ces péripéties, Hermione, Drago et compagnie vont enfin connaitre le fin mot de l'histoire.
Il est temps de se replonger dans l'intrigue... ;-)
Bonne lecture !
CHAPITRE 22
Un mal de crâne carabiné fut la première chose qu'Hermione constata. Puis, sous la douleur lancinante, elle remarqua que sa liberté de mouvement était entravée. Elle tenta de bouger pour déterminer quelle(s) partie(s) de son corps étai(en)t la ou les plus touchées et détermina que ses poignets étaient attachés à quelque chose de rigide et immobile. Ses yeux s'ouvrirent avec difficulté et, une fois sa vision fixée, elle constata que le sol était fait de parquet ciré et qu'elle était assise sur une chaise, sa tête relâchée vers l'avant, ses poignets noués à l'arrière du dossier. Le bois dur n'était pas très confortable et Hermione aurait tout fait pour dégourdir ses fesses – depuis combien de temps était-elle là ?
Il n'y avait aucun doute quant au fait qu'elle avait été kidnappée et qu'elle n'était pas dans un lieu connu, bien que ce lieu lui rappela d'une certaine façon le manoir : tout était richement décoré et meublé, sombre, chic et froid. Cette constatation la fit frissonner de la tête aux pieds et elle gesticula pour trouver une position qui ne lui comprimait pas le cœur. Ce dernier se souleva dans sa poitrine, rival à son estomac, quand la jeune femme se souvint de la signification du terme « kidnapper ».
Soudain, un coup retentit dans la pièce et elle redressa la tête, un peu trop vivement car celle-ci protesta, lui rappelant qu'elle avait probablement été assommée pour être déplacée. C'est alors qu'elle remarqua un homme grand, massif, peu gâté par la Nature la fixer avec un affreux sourire en coin et ouvrir la porte.
Cette dernière laissa apparaitre une silhouette inconnue qui s'avança vers elle, ses talons claquant et résonnant dans la pièce.
- Salut, ma jolie !
- Qu'est-ce que vous voulez ? l'attaqua Hermione, sa gorge sèche lui faisant affreusement mal.
- Pleins de choses, lui répondit-elle. (Elle posa une main sur sa hanche.) Oh, mais tu sais, ce n'est pas un mal de savoir ce qu'on veut, ajouta-t-elle sous le regard venimeux d'Hermione. Et, en ce qui me concerne (elle se pencha, son visage à quelques centimètres de celui de la Londonienne, la pointe de sa baguette tout près de sa jugulaire), je veux savoir tout ce que tu sais, termina-t-elle dans un murmure.
Cette femme avait des cheveux noirs de jais, coupés au carré en une coiffure stricte mais élégante. Ses épaules larges, sa poitrine opulente, sa taille étroite, ses hanches marquées. Tout dans sa morphologie faisait penser à une sculpture de l'idéal féminin. Toute de noir vêtue, l'inconnue en imposait par sa féminité et, sans aucun doute, par sa capacité à se battre, comme le laissait supposer le poignard accroché à sa cuisse. Sous sa mâchoire carrée se trouvait un col bateau en-dessous duquel un pantalon en similicuir moulait les jambes galbées.
À côté d'elle, Hermione avait l'air d'un elfe frêle.
Celle-ci découvrit bientôt à ses dépens que la femme en face d'elle avait autant de patience qu'un enfant capricieux : le silence obstiné d'Hermione l'agaça rapidement et elle finit par lui faire subir une torture indéfinissable à l'aide d'un sort qu'elle n'avait jamais entendu. La lumière verte qui sortait de sa baguette ne ressemblait en rien à celle qui sortait de la sienne ou de celles de ses amis, et surtout, la douleur infligée et subie était d'une telle violence qu'Hermione se retrouva vite sur le sol, se tordant dans tous les sens malgré la chaise qu'elle avait emmenée dans sa chute et qui la bloquait de ses mouvements. Ses épaules en prirent un coup ses poignets, à force de torsions inhumaines, finirent par s'enflammer ses organes semblaient bouillir.
Hermione ne savait combien de temps elle était restée là, dans ce lieu hostile avec cette folle, à subir ses questions, toujours les mêmes : qui es-tu ? d'où viens-tu ? pourquoi as-tu déménagé ici ? qu'est-ce que les gens te trouvent ? Toutes ponctuées par un sort lancé avec encore plus d'enthousiasme, l'agacement se transformant au rythme des questions en pur plaisir.
- Tu les fascines, Granger. Et je déteste cette idée. Ils ne savent pas qui tu es. Ils te détestent ou ils t'adulent, alors que tu n'es rien qu'une Sang de Bourbe. Une infâme créature sans valeur. Même les elfes de maison en ont plus que toi. Tu n'es rien de plus qu'un cafard, une vermine dont il faut débarrasser le monde.
Ces termes revenaient sans cesse dans sa bouche. Les blessures d'Hermione se comptaient par dizaines, internes et externes, physiques et psychiques. Des larmes coulaient sur ses joues sans qu'elle s'en rendent compte. La douleur était insupportable et tout ce qu'elle retint avant de sombrer fut ces trois mots qui la percutaient aussi fort qu'un poids-lourd lancé à pleine vitesse : Sang de Bourbe.
000000
Un rayon de soleil, un oiseau qui chante, le rideau secoué par la brise…
Drago se passa une main sur le visage avant de s'étirer comme un chat. Il mit quelques secondes pour émerger, ouvrit les yeux pour constater qu'il était bien dans sa chambre.
Sa chambre… Alors il se souvint. Les rayons de la lune se reflétant sur les draps, la chaleur de son corps, la douceur de sa peau sous ses doigts. Sans parler de ses murmures, ses soupirs et gémissements, douce musique à son oreille, électrisant ses cellules. Un sourire satisfait étira les lèvres du blond.
Il tourna la tête, mais le lit était vide. Froncement de sourcils rapide avant observation de la pièce : sa chemise avait disparu tout comme le jean d'Hermione. Nouveau sourire, amusé cette fois : cette habitude qu'elles avaient de porter ses chemises… Le blond s'assit dans un grognement puis se releva pour enfiler un boxer et descendre au rez-de-chaussée. Il la voyait déjà, assise à la table de la cuisine, le journal étalé devant elle avec une tasse de thé fumante en mains, relever la tête et lui sourire d'un air complice. Peut-être qu'un léger rougissement teinterait ses joues, accentuant la couleur de sa bouche, de ses lèvres qu'il mourrait d'envie d'embrasser à nouveau.
Drago accéléra, se retenant de dévaler les escaliers et s'avança vers la cuisine, le cœur battant étrangement vite. Il inspira profondément pour ralentir le rythme et, un sourire étirant doucement ses lèvres, entra dans la cuisine.
Quelle ne fut pas sa surprise quand il la découvrit vide. Quelques secondes passèrent…
- Hermione ? appela-t-il.
Pas de réponse.
- Goopsey !
- Maitre ?
- As-tu vu Hermione, ce matin ? demanda-t-il à l'elfe apparu dans son dos.
- Non, Maitre.
- Mmh…
L'elfe n'attendit pas et se volatilisa. Drago ne fixa pas trop longtemps la cuisine. Il n'avait pas fait attention au divan : elle pourrait être en train de lire. Mais non. Le boudoir ? Non plus. La bibliothèque ? Question idiote : elle avait elle-même dit qu'elle n'y remettrait plus les pieds. La salle-de-bain ? L'eau ne coulait pas quand il s'approcha et la douche était vide quand il entra. Le jardin ! Il n'avait pas vérifié le jardin alors qu'elle avait eu un coup de cœur pour le chêne centenaire. Mais même son feuillage ne cachait pas la jeune femme.
À court d'idée, le jeune homme tenta de relativiser : peut-être était-elle partie marcher ? ou courir ? peut-être était-elle partie en parler à la fille Weasley (elle était ce qui se rapprochait le plus d'une meilleure amie pour Hermione, après tout) ? peut-être… Tellement de suppositions pour aucune réponse.
L'estomac du blond se souleva d'une émotion qu'il n'avait plus ressentie depuis longtemps. Il s'était évertué à rester à l'écart de cette sensation depuis la seconde guerre, mais l'angoisse qui lui tordait les entrailles et accélérait les battements de son cœur ne lui laissèrent qu'un goût amer dans la bouche, relançant la petite voix qui lui avait vrillé les tympans durant sa descente en Enfer.
Sournoise, elle s'infiltra dans son esprit d'un ton à la fois glacé et suraigu, vague imitation d'un certain Lord Noir. Tu es un incapable, Drago. Tu es incapable d'aller au bout des choses. Tu penses avoir repris le contrôle de ta vie, mais tu sais pertinemment au fond de toi que tu es toujours à la merci de ta lâcheté. Et tu es tombé tellement bas que pour fuir comme le fait si bien ton père, tu t'es laissé aller à toucher cette Sang-de-Bourbe ! Laisse-là, Drago. Tu sais qu'elle n'est pas utile. Elle ne vaut rien. réjouis-toi, plutôt : t'en voilà débarrassé. Recouvre la raison, mon garçon… La voix prit des intonations plus familières : Rappelle-toi qui tu es, Drago, d'où tu viens. Et de ce que je t'ai appris, par Salazard !
La voix de son père lui hérissa le poil et le fit grincer des dents, ce qui eut le mérite de le ramener à la réalité. Il devait réagir. Il ne pouvait pas se permettre de rester les bras ballants ou de s'apitoyer sur son sort. Et pour ne pas se laisser happer par les ombres, il décida de fermer son esprit.
Quand il rouvrit les yeux, la stratégie s'étalait derrière ses rétines et il fit alors ce qui était le plus logique à l'instant : il prévint l'Ordre, Blaise et Pansy.
000000
- Tu as le mérite d'être coriace, Granger.
L'écho dans sa tête lui faisait moins mal que son corps, c'était peu dire. Ses yeux humides, son visage baigné de larmes, son refus de la regarder. Voilà ce qui caractérisait à l'instant-même Hermione Granger, sorcière malgré elle.
En son for intérieur, elle haïssait cet endroit, cette pétasse hystérique, ce qu'elle lui faisait subir, mais aussi Drago qui lui avait appris tout sauf le nécessaire et par-dessus tout, elle se haïssait elle-même d'être revenue à la Nouvelle-Orléans.
C'est alors que sa gorge sèche et ses lèvres craquelées lui rappelèrent un besoin primaire. Sa tortionnaire, accroupie en face d'elle encore couchée sur le flan, fit apparaitre un verre d'eau qu'elle approcha de son jouet avec un sourire faussement indulgent. Le regard incendiaire d'Hermione alterna entre le verre d'eau et l'inconnue : elle préférait mourir de soif plutôt que de boire ne serait-ce qu'une seule goutte de cette eau ! Hermione se retint de lui cracher sa pensée au visage cependant, car ça n'aurait fait que la relancer dans son monologue et Merlin seul savait à quel point cette salope aimait le son de sa voix.
Cette dernière résonna dans la pièce en un rire amusé :
- Tu crois que ton regard me fait peur. J'en ai vu plus d'une et ce n'est pas ton pseudo-regard méchant qui me détournera de mon but, assura la femme en se relevant, tournant le dos à Hermione qui tenta de se relever mais abandonna l'idée quand ses muscles protestèrent. Cela dit, je comprends mieux pourquoi Drago t'aime bien.
Cette phrase fut comme un électrochoc pour Hermione : pourquoi ce nom sortait-il de la bouche de cette femme ? Pourquoi ne sortait-il que maintenant, d'ailleurs, puisqu'elle semblait le connaitre ?
- Bien que les nunuches étaient les plus faciles à berner pour les glisser dans son lit, il a toujours préféré les filles de caractère, continua la noirette en s'adossant au montant de la cheminée éteinte.
Elle se mit à jouer avec son poignard et Hermione fut forcée de constater qu'il n'y avait pas que la torture qu'elle maitrisait ; un frisson la secoua entièrement.
- J'aurais peut-être dû montrer le mien dès le départ… pensa-t-elle à voix haute avant de secouer les épaules, plissant le nez : Non. En fait, non, ce n'est pas plus mal comme ça. De toute manière, les gringalets blonds ne sont pas mon type. Je préfère les grands gaillards bien bâtis. Plus vieux de préférence, ajouta-t-elle, l'index levé avant d'adresser un clin d'œil complice à Hermione : Ils croient qu'ils ont plus d'expérience alors ça les surprend toujours de voir ce qu'ils prenaient pour une innocente agir avec assurance.
Hermione réprima un haut-le-cœur : imaginer sa persécutrice en pleine action lui donnait envie de vomir.
- Qu'est-ce…
- Plus fort, je ne t'entends pas, lui ordonna la noirette.
Hermione se racla la gorge et se redressa sur un coude :
- Qu'est-ce que Drago vient faire là-dedans ?
- Ne fais pas l'idiote, Granger. On sait toutes les deux qu'il te protège comme la prunelle de ses yeux, même s'il refuserait de l'admettre.
- S'il me protège comme la prunelle de ses yeux, comme vous le prétendez, pourquoi n'est-il toujours pas venu ? Et pourquoi n'a-t-il pas su empêcher mon enlèvement ?
Le regard de la femme la transperça. Elle se décolla de la cheminée et se redressa, une curiosité nouvelle dans les yeux. Puis un sourire ironique étira ses lèvres et un petit gloussement sortit de sa gorge :
- Alors tu ne sais pas ?
- Savoir quoi ? l'incita Hermione en fronçant les sourcils.
- Qu'il sait.
Le cœur d'Hermione accéléra, les battements résonnant de plus en plus fort dans sa poitrine. Son cœur comprenait ce que sa tête refusait.
- Il sait où tu es. Il sait pourquoi je t'ai enlevée… (Elle marqua une pause théâtrale et de s'accroupir à nouveau devant elle, une petite moue faussement désolée sur le visage.) Navrée de te l'apprendre, Granger, mais bien que tu aies de la valeur à ses yeux… Il est de mèche.
Arrêt cardiaque. Hermione pensait que cette phrase venait de la tuer, mais la douleur encore lancinante de son corps lui fit comprendre que son cœur n'avait fait que louper un battement. À la haine qu'elle ressentait envers Drago se mêlèrent tristesse et trahison.
- C'est même lui qui tenait à ce que je te fasse ce petit cadeau.
La voix de la femme se répercuta violemment sur les murs, brisant le silence de cette nouvelle. Hermione releva les yeux vers elle : quel cadeau ? L'autre comprit et elle pointa vers son poignet d'un index manucuré. Hermione baissa la tête et le vit couvert de sang séché. Son corps fut pris d'un spasme, sa main se mit à trembler et elle souleva son bras, qu'elle retourna…
… Pour y trouver le plus horrible des cadeaux.
La noirette se mit à rire, amusée, et elle battit des mains devant le nez d'Hermione qui fixait son avant-bras gauche, l'effroi peignant ses traits.
- Je savais que le choc sur ton visage serait plus jouissif à regarder que tes hurlements si je t'avais maintenue éveillée ! Je suis un génie ! s'autofélicita-t-elle. Drago t'a parlé de son tatouage, n'est-ce pas ? Pareil au mien ? Il t'a fait croire que c'était une malédiction ? Mais moi, je crois plutôt le contraire. C'est un signe distinctif, un signe qui prouve que l'on est spécial.
Les mots se perdaient autour d'Hermione. Elle n'écoutait plus. Alors comme ça, il l'avait bernée ? Jusqu'au bout. Elle lui avait fait confiance, elle avait appris par cœur tout ce qu'il lui avait enseigné. Ils avaient même… Toutes ces confidences au coin du feu n'avait pour seul but de la tuer pour exemple pour les autres Nés-Moldus afin que ces derniers se rendent finalement, plus rapidement qu'ils ne l'avaient fait avec ce fameux Lord Voldemort.
Lord Voldemort. Hermione se figea.
- Comme Bellatrix Lestrange, dit Drago.
- Ou Millicent Bulstrode, ajouta Pansy.
Tout le monde la dévisagea.
- Qui ? demanda Hermione.
- Millicent Bulstrode. Une folle furieuse.
- C'était ta plus proche amie, contra Blaise.
- Parce qu'il faut toujours être plus proche de ses ennemis que de ses amis, rétorqua Pansy.
- C'est tellement vicieux… souffla Blaise, les yeux brillant d'admiration pour Pansy et secoué d'un frisson de plaisir.
- Mais ça n'a pas de sens ! protesta Hermione en se reculant sur sa chaise.
- Oh que si ! Cette fille était la plus Mangemort de tous les Mangemorts. J'orientais toujours mes dires pour aller dans son sens, mais j'en pensais tout le contraire. On dit toujours que c'était Bellatrix la plus amoureuse du Lord, mais je peux vous assurer que Millicent n'était pas loin derrière.
Un silence, abasourdi pour Hermione, perplexe pour les deux hommes, remplit la pièce jusqu'à ce que Drago souffle de sa voix basse :
- On a jamais retrouvé son corps.
- Comme Pettigrow ? s'enquit Hermione.
- Sauf que Pettigrow a laissé un petit doigt pour brouiller les pistes, contra Pansy. Alors que Millicent… (Elle mima une explosion de ses doigts.) POUF ! Envolée. Disparue.
- Tout le monde la croyait morte, dit Blaise, soufflé.
- Tout le monde pensait qu'elle avait sombré dans le ravin, ajouta Drago.
Pansy haussa les sourcils, lèvres pincées, bras croisés.
- Tout le monde sauf Pansy, souligna judicieusement Hermione.
Dans son souvenir, Hermione revoyait le visage surprit et dubitatif de Drago Malefoy. Mais à force de l'avoir côtoyé, elle avait fini par assimiler qu'il était un as de la dissimulation émotive, si cela se disait. Alors il était tout à fait capable de faire croire à tout le monde que l'annonce de Pansy, que sa supposition quant à la non-mort de Bulstrode, le surprenait.
Dans son souvenir, il y avait Pansy, persuadée que son ennemie d'enfance n'était pas morte après la deuxième grande guerre sorcière. Si elle avait pu, elle aurait clamé haut et fort que sa mort était encore plus simulée que celle de ce rat de Maraudeur.
En songeant à ce dernier, Hermione se dit que Millicent avait pu s'inspirer de lui pour simuler la sienne et qu'il avait pu utiliser ses capacités pour la servir dans son plan de soulèvement. Bulstrode scandait son alliance, elle la gravait partout où elle le pouvait – même sur son avant-bras gauche – et elle assumait. Elle était persuadée que son plan allait fonctionner. Et elle lui prouvait encore :
- J'ai toujours pensé que Lors Voldemort visait trop haut : il voulait trop tout de suite. S'il m'avait écoutée, il aurait gagné la guerre. J'aurais pu lui être d'une aide précieuse. J'aurais pu lui fournir toutes les personnes qui lui aurait été utiles dans son ascension. Toutes.
Millicent Bulstrode était en effet aussi cinglée que Pansy l'avait dépeinte. Mais Pansy était plus que certainement de mèche : on ne gardait une info pareille pour soi aussi longtemps si son but n'était pas de briser le monde sorcier – encore une fois. Elle savait que Bulstrode n'était pas morte. Et toutes ces fois où elle s'éclipsait dans son repère lugubre pour « travailler ses cocktails ». Cocktails, mon cul ! Elle correspondait avec Millicent depuis le début, elle lui disait où ils en étaient dans son apprentissage pour pouvoir la déstabiliser au meilleur moment.
Et Drago qui lui avait fait croire qu'ils étaient suivis, surveillés, qu'ils devaient faire attention à leurs moindres faits et gestes, au moindre mot qu'ils prononçaient. Du pipeau ! Un beau parleur, un menteur : voilà ce qu'il était !
Seul peut-être Blaise était le plus honnête dans l'histoire. Et encore : un Serpentard restait toujours un Serpentard.
Prenez garde au serpent… Hermione retint un cri : il ne s'agissait pas d'un seul serpent, mais de plusieurs ! Prenez garde aux serpents… Elle aurait dû écouté Ginny et rester loin d'eux – loin de lui. Il aimait les femmes de caractère, disait Bulstrode. Mais il aimait aussi les idiotes. Il avait plus que certainement utilisé son don pour la manipuler plus facilement, pour lui faire croire qu'il était de son côté.
Et Harry et Ron dans tout ça ? Ils étaient Aurors, ils étaient forcément au courant de ce qui se tramait depuis des mois. Mais non, ils ont joué le jeu. Ils lui ont appris tout ce qu'ils pouvaient lui apprendre et Hermione se demandait maintenant si elle avait tout appris ou juste suffisamment pour lui faire croire qu'elle pourrait se défendre toute seule.
La Londonienne finit par douter de tout, de tout le monde, d'elle-même et ce sentiment s'ancra si brutalement et si fort qu'elle fondit en larme, laissant libre court à sa douleur physique, à sa douleur psychique. Cette connasse avait réussi à la briser et elle le savait, elle s'en réjouissait :
- Moh, ma petit Grangie… gémit Bulstrode en une simulation parfaite de compassion. Je suis désolée de te l'apprendre, mais Drago est un Serpentard doublé d'un Malefoy. Il était impossible pour lui de continuer à renier ses origines.
Et maintenant qu'elle était sûre d'avoir la sorcière à l'écoute, elle revint au début :
- Maintenant, Granger, tu vas me dire où se trouve cette putain de poignée de porte !
000000
- La réelle question à se poser, la plus censée, c'est : comment se fait-il que quelqu'un ait pu rentrer chez toi sans que tu le sentes ?
Tout le monde se tourna vers Pansy, sauf Drago qui se pinça l'arête du nez, exaspéré : le problème avec sa meilleure amie, c'était qu'elle se fichait éperdument de mettre les gens dans l'embarras et s'il y avait une remarque, une observation, un commentaire gênant à faire, elle serait la première à y penser et à la prononcer. Il releva les yeux vers la noirette et s'humecta les lèvres : elle avait sur le visage l'air habituel du « Je me fous complètement que tu sois dans la merde, tout ce que je veux savoir, c'est la vérité. ». Autre élément typiquement parkinsonnien : elle ne lâchait jamais l'affaire. Un vrai bouledogue avec son os.
La tête de Ginny alterna entre les deux Serpentards et elle finit par poser son regard suspicieux sur le blond :
- Qu'est-ce qu'elle veut dire par « sans que tu le sentes » ?
Ronald sourit en coin, moqueur, tellement heureux de l'embarras dans lequel se retrouvera Malefoy qu'il garda le silence pour savourer complétement ce moment. Harry prit le parti de rajouter les granulés de chocolat sur cette délicieuse glace…
- Je suppose que ça veut dire que les protections héréditaires de ta famille sont toujours actives ?
- Oui, Potter, elle sont toujours actives, répondit sèchement le tenancier, son agacement clairement palpable. Et, à moins qu'un puissant sorcier vaudou ou autre ne s'attelle à la tâche sans se tuer, elle le seront toujours. C'est d'ailleurs grâce à cela que ma mère a pu être autorisée à rester chez elle. Quoi de mieux comme prison que le lieu où votre vie a été définitivement gâchée… marmonna-t-il pour lui-même.
- En quoi consiste ces protections héréditaires ? s'enquit Ginny, toujours aussi perdue.
Le blond et le Survivant échangèrent un regard. Ce sujet avait déjà été mentionné avant que Drago ne coupe Hermione dans son élan la veille, mais personne n'avait soulevé. Ce fut le blond qui parla le premier, le ton plein d'ironie :
- Vas-y, Potter, fais-toi plaisir : explique à ta chère et tendre (la rousse rougit furieusement, mais l'Auror resta de marbre) en quoi elles consistent puisque tu les connais si bien.
- Les premiers Malefoy ont… avaient pour habitude de procéder à un rituel de sang pour protéger leurs propriétés et ce lien qui les relie à chacun de leurs… domaines leur permet de savoir si quelqu'un rentre sur leurs terres.
- Mais tu dis que tu n'as senti personne, releva cette fois-ci Ginny.
- Bien vu, Weasley fille, confirma Drago, la tête basculée en arrière, détaillant le plafond pour détourner son attention.
- Ton sarcasme ne m'avait pas manqué, Malefoy, lui rétorqua la rousse.
Ç'eut le mérite de lui faire relever la tête et de croiser de son regard anthracite les ambres vertes. Il avait toujours intérieurement apprécié sa franchise, mai sa mentalité d'alors ne lui avait pas permis de l'apprécier à sa juste valeur. Maintenant qu'il avait radicalement changé d'avis sur le soi-disant pureté du sang, le blond se dit que les discussions avec Ginevra Weasley devaient avoir une texture toute particulière.
- Il se peut que ce ne soit pas la première fois que quelqu'un se soit introduit chez moi sans que la protection ne s'active, avoua alors le blond, surprenant tout le monde. (Le tension monta d'un cran, mais il continua :) La nuit où je vous ai montré le livre qu'Hermione…
- Déteste ? proposa Blaise avec un haussement d'épaule.
- Voilà, acquiesça Drago. Cette nuit-là, j'ai entendu Hermione hurler au rez-de-chaussée et quand je suis arrivé, elle m'a dit qu'une souris venait de passer à ses pieds.
- Une souris ? répéta Harry.
- Croûtard, tu veux dire ? fit Ronald, adossé au mur opposé à l'héritier.
Ce dernier hocha la tête et retint son commentaire sarcastique. Le roux sentit sa fierté monter d'un cran : qu'est-ce que c'était bon d'avoir raison…
- Eh bien, vous m'impressionnez, les gars ! s'exclama Pansy. Qui aurait cru que vous étiez capables de raisonner si vite, se moqua-t-elle, traduisant les pensées de son meilleur ami.
Pour se venger, la rousse lui donna un coup de poing dans l'épaule et la barmaid la toisa de ses yeux furieux. Mais, voyant que la petite dernière soutenait son regard avec confiance et défi, elle lâcha l'affaire, un petit sourire amusé sur les lèvres.
- Donc tu n'as pas senti Pettigrow, résuma l'un des jumeaux.
- Il était sous sa forme animale, souligna Luna. Peut-être que ce rituel familial ne permet de détecter que les humains.
- Oui, mais il a bien dû se transformer en humain pour faire disparaitre le livre, non ? rétorqua Neville.
- Et se changer pour fuir, compléta Seamus.
- Comme d'hab', quoi ? ironisa Potter, agacé que l'histoire se répète.
Les membres de l'Ordre se mirent à parler tous ensemble et le brouhaha et l'inquiétude ficha la patience de Drago en l'air. Il se leva et annonça qu'il sortait. Un fois dans la jardin, il n'y resta pas longtemps tranquille :
- Qu'est-ce que tu nous caches, Malefoy ?
- Pourquoi vous cacherais-je quelque chose, Potter ?
- Parce que tu n'as sûrement pas arrêté de faire de la rétention d'information depuis que tu as commencé en sixième année, rétorqua Harry.
Piqué à vif, le blond fit face à son ancien ennemi, le regard ombrageux. Mais, bien qu'il détestait que le Balafré ait raison, il devait avouer ce qu'il savait encore :
- La raison pour laquelle mon père a besoin de la poignée et les potions concoctées dans le bunker sont deux éléments pour un même but.
- Mais encore ?
- Je ne sais pas.
Harry garda le silence, les yeux plissés, suspicieux. Puis il inspira et pointa un doigt sur le blond :
- Écoute-moi bien, Malefoy : si tu nous caches encore quelque chose de capital, ce n'est plus à moi mais à l'Auror que tu auras affaire et crois-moi que je n'hésiterai pas à t'emmener en salle d'interrogatoire.
- Tu ne pourras pas m'arrêter sans avoir de preuve, Potter. Tu le savais ou je dois t'apprendre ton métier ? se moqua-t-il.
Pique qui n'atterrit nulle part : l'intéressé sourit simplement.
- Tu ne connais pas toutes les ficelles, Drago. Et bien que ton père y soit plus habitué que toi, tu n'as pas sa jugeotte pour te sortir de la merde qui te monte au cou.
Soufflé, le blond ne dit rien.
- Et si tu tiens un temps soit peu à Hermione, tu devrais arrêter de nous mettre des bâtons dans les roues, ajouta Harry, à tort.
Drago lui sauta dessus sans attendre et le fit lourdement atterrir au sol, son poing s'abattant sur sa mâchoire :
- Parce que tu crois que je ne m'inquiète pas pour elle ? cracha-t-il, les dents serrées.
Harry bloqua le deuxième lancé de poing et d'un mouvement de jambes, retourna Malefoy qui se retrouva à terre, les membres bloqués par magie.
- En tout cas, tu ne montres pas grand-chose de l'intérêt que tu lui portes. Je suis étonné que tu ne l'aies pas encore demandée en mariage, railla le brun, ressentant une colère longtemps enfuie.
Il croyait avoir le dessus, mais c'était sans compter sur l'entrainement et l'expérience du blond dont les pouvoirs étaient décuplés par l'émotion. Il ne savait quand ni comment l'occlumentie s'était arrêtée, mais il lui semblait qu'un ras de marée émotionnel cherchait à le submerger. Il se mit debout sous les yeux surpris d'Harry qui n'eut pas le temps d'éviter le sort qui l'envoya tourbillonner au loin.
- Parce que tu crois que je suis comme mes ancêtres qui se marient à tout va pour une histoire de pognon ? cria-t-il.
- C'est peut-être ce qui te retient, répondit l'autre sur le même ton tout en se relevant.
Leurs cris alertèrent les autres qui déboulèrent dans le jardin.
- Je tiens à elle plus qu'aucun d'entre vous, imbécile ! Mais j'ai trop de respect pour elle pour la forcer à faire quoi que ce soit qu'elle refuse. Et d'ailleurs, vu le fichu caractère qu'elle a, elle me sortirait d'elle-même une floppée d'arguments anti-conjugaux !
Là, prenant tout le monde par surprise, Harry Potter éclata de rire à en pleurer.
- Je peux savoir ce qui se passe ici ? demanda subitement Pansy au travers de la surprise générale.
- Je… commença Drago.
- Ton pote vient d'avouer qu'il est amoureux d'Hermione et que de ce fait, il est incapable de réfléchir correctement. (Harry sécha ses larmes d'amusement et reprit son sérieux professionnel.) Pendant que vous effectuiez vos recherches de votre côté, vois-tu, nous avions découvert bien avant que tu nous le dises que la potion et la poignée étaient liées. Tout comme ton père prévoit sûrement de mettre en pratique son « plan machiavélique » demain soir, à la pleine lune. Un plan d'attaque est déjà mis en place…
- Et il consiste en ? l'interrogea Pansy, une main sur les hanches, néanmoins étonnée de la sournoiserie du Gryffondor.
- Tout ce que vous devez savoir, c'est qu'aucun de vous trois n'en ferez partie.
L'information tomba comme une bombe dans le jardin. Drago réagit au quart de tour : il voulut sauter sur Harry mais fut retenu par les bras des jumeaux. Il exhalait la rage et s'ils avaient pu, ses yeux auraient viré au rouge incendiaire. Pansy ne bougeait pas, observant Harry rester le plus calme possible sous les injures de son meilleur ami. Elle devait avouer qu'elle ne l'avait jamais vu dans cet état. Il avait bien eu quelques lapsus qui révélaient son vif intérêt pour Hermione, mais jamais il n'avait cherché à la défendre avec tant de ferveur. Il s'était sûrement passé quelque chose entre la veille et ce soir, quelque chose qu'il ne révèlerait pas, même à elle. Cela dit, Potter n'avait pas tout à fait tort : si Drago venait sur le champ de bataille et réagissait ainsi, il allait mourir dans la seconde. Le blond était aussi calculateur qu'impulsif – impulsivité qu'il avait combattue pour sa survie et celle de sa famille, il y avait douze ans de cela. Elle jeta un regard autour d'elle avant de prendre la parole :
- Nous respecterons votre volonté, déclara-t-elle. Je suis certaine que ton idée de départ, Potter, était d'empêcher Drago de venir, mais s'il ne vient pas, je n'irai pas non plus. Et comme Blaise a disparu, je parle en son nom : il n'ira pas non plus.
Drago perdit sa voix quelques secondes avant de s'écrier :
- Alors on va rester là les bras ballants ?!
- Bien sûr, répondit Pansy en croisant les bras. J'ai toujours préféré regarder un crêpage de chignons qu'y participer.
Son sarcasme calma d'un coup le blond et les jumeaux purent le relâcher, réussissant à tromper Potter qui encouragea la barmaid à garder Drago enfermé jusqu'à ce que « toute cette histoire soit réglée ».
Ainsi les membres de l'Ordre se réunirent pour retoucher leur plan d'actions et Pansy et Drago quittèrent la demeure d'Harry Potter pour retrouver le Manoir.
Un silence s'installa entre les deux amis. Silence bientôt brisé par le blond qui laissa fleurir son sourire narquois :
- Bon, qu'est-ce que tu as prévu de faire ?
Pansy arrêta son doigts sur l'horloge familiale qui trônait sur l'appui de cheminée, ses traits étant un parfait miroir de ceux de Drago. Sans un mot, il sut qu'il allait apprécier ses idées.
000000
Penchée sur son plan de travail, touillant dans un chaudron puis dans l'autre en respectant consciencieusement la marche à suivre, Pansy interrogea Drago, occupé à prendre des notes et à pratiquer de nouveaux sorts bien utiles :
- Drago, où est Blaise ?
Le blond releva la tête et observa les flacons qui s'accumulaient sur la table.
- En voyage, répondit-il.
- En voyage ? Alors que la situation est critique ! (Elle soupira.) Je ne sais même pas pourquoi ça m'étonne…
Drago n'eut pas le temps de répondre qu'un « pop » sonore retentit dans la pièce, amenant avec lui un Blaise en anorak trempé et une rame qu'il lâcha et qui disparut dans la seconde. Le Noir s'ébroua, enleva sa veste qu'il envoya flotter devant la cheminée avant de se sécher d'un coup de baguette. Il observa un instant le salon de son ami, transformé en laboratoire pour Pansy.
- Brouh ! Sainte Mangouste n'est plus ce qu'elle était ! Ce vieux Burke non plus d'ailleurs. (Il fronça les sourcils et ajouta pour lui-même :) Étonnement, je m'attendais à ce que ce soit Barjow qui hérite de la camisole… Enfin bref !
Il s'assit, souriant de toutes ses dents, content d'être rentré. Même le regard glacial de Pansy ne réussit pas à le refroidir.
- Où étais-tu passé ?
- Je viens de vous le dire : à Sainte Mangouste. Puis je suis passé voir ma mère.
Sa louche en argent teinta contre le bord du chaudron.
- Ta mère ?! Mais… Mais…
Le choc lui fit perdre son latin.
- Un de ses ex était horloger. Je me suis dit qu'elle avait peut-être pu apprendre un ou deux trucs, expliqua Blaise sur le ton de l'évidence.
- Et ? l'interrogea Drago sous les yeux perdus de Pansy.
- Et rien ! Tout ce qu'il aimait, c'était faire sortir les coucous de leur boite et le sien autant que possible.
- Charmant, commenta Drago. Et pour Burke ?
- Pas grand-chose de concluant. Tout ce qu'il a pu me dire, c'est (il prit un air éberlué) « un quart de tour vers la droite, trois quarts de tour vers la gauche. Appuyez en son centre et vous y percevrez son hôte. ».
Il reprit un air normal quoique peu convaincu, tout comme Drago. Pansy, quant à elle, n'y comprenait rien.
- Et en quoi cela va-t-il sauver l'humanité ?
Un haussement d'épaule lui répondit, l'exaspérant au plus haut point.
- Je vais me coucher avant que l'un de vous deux ne me fasse perdre la tête, déclara Pansy en coupant le feu de son chaudron et de filer à l'étage.
- Tu croyais que ça allait t'aider à retrouver Granger ? demande Blaise une fois leur amie partie.
Drago stoppa sa lecture et ses épaules se voûtèrent.
- Je l'espérais…
Blaise hocha la tête, compatissant. Ils observèrent un instant les flammes chanceler dans l'âtre puis le Noir se leva, fit le tour de la table et tapota l'épaule de son ami.
- Va te coucher Drago. Demain nous rapprochera de son retour.
Drago ne dit pas à Blaise que la bataille aurait lieu le lendemain et qu'il souhaitait de toutes ses forces qu'elle soit toujours en vie.
000000
Millicent observait la lune se lever à travers la haute fenêtre et une fois qu'elle fut assez élevée à son goût, sa bouche se tordit en un sourire et elle claqua des mains :
- Préparez-la. On y va.
Les serviteurs de la sorcière détachèrent Hermione de sa chaise et l'un d'entre eux – la captive le reconnut comme étant Grégory Goyle – la souleva sur son épaule. Chacun s'arma de sa baguette et se regroupa autour de leur leader. Celle-ci sourit, réjouie par la bataille et la victoire qui les attendaient.
- Que le spectacle commence…
000000
Comme lors de toute confrontation, les deux clans se faisaient face. Le silence régnait toujours un moment, le temps que les leaders réfléchissent à comment adapter leur stratégie si nécessaire et à comment entamer les hostilités.
Pour cela, Harry Potter avait son idée depuis longtemps, idée dont avaient été mis au courant chaque personne à ses côtés ainsi que les quelques Aurors dissimulés dans les sous-bois entourant la clairière. Cette même clairière qui les accueillaient tous la nuit de la Libération, nuit de festivités, allait cette fois les accueillir et plus que certainement recueillir leur sang, cependant le moins possible si son plan suivant son cours.
Cela sans avoir réalisé que croire Pansy Parkinson digne de confiance revenait à se voiler la face. Mais bon, que voulez-vous ? Harry Potter avait ce petit côté naïf qui le rendait à la fois attendrissant et le mettait plus qu'à son heure dans des situations embarrassantes. Et quoi de plus embarrassant et inattendu que de voir Parkinson accompagnée de sacs de voyage au contenu douteux, de Blaise Zabini et de Drago Malefoy, explicitement interdits de terrain.
Quand il les avait vu arriver avec ce même air narquois sur leurs visages, Harry n'avait pu que grincer des dents et revoir ses plans en quatrième vitesse, y ajoutant les bombes artisanales en tout genre made in Parkinson.
Mais même sa nouvelle stratégie ne recevait pas l'attention et le respect qu'elle méritait. Harry en voulait pour preuve que l'Ordre et les Mangemorts se trouvaient dorénavant de chaque côté de la clairière, se fixant dans le blanc des yeux, et que le fils Malefoy prit la parole en premier, faisait fi de son autorité.
- Où est-elle ? le devança Drago.
- Qui donc ? s'enquit Lucius avec une feinte politesse.
- Relâche-la tout de suite, ordonna le blond.
Étrangement, le père fronça momentanément les sourcils, l'air perplexe, ce qui fit prendre conscience à Harry du moindre mouvement dans les feuillages et de ce fait, agrandit son champ d'attention.
- Ou alors ? l'encouragea son père, goguenard.
- Tu seras arrêté plus tôt que prévu par les Aurors dans les sous-bois.
Potter fusilla Malefoy de son regard en coin : évidemment, quand il s'agissait de son père, il fallait toujours qu'il soit le premier à lui apprendre la nouvelle.
Mais le vieil homme crut à une plaisanterie : il éclata d'un rire travaillé avant de reprendre un glacial sérieux :
- Si tu crois que tu m'apprends quelque chose. J'ai inventé les traquenards, mon fils. Tu n'en connais que les rudiments.
- S'il savait…
Le murmure moqueur de Pansy ne passa pas inaperçu auprès de ses collègues alentour : certains se tendirent, d'autres pouffèrent tandis que les uns se retenaient. Pansy offrit des sourires innocents aux premiers avant de lever les yeux au ciel : un peu d'humour ne tuerait personne, voyons.
- Mais pour répondre à ta question, je ne sais pas où ta chose se trouve, Drago, lança Lucius.
L'intéressé renforça son occlumentie pour éviter que son poing n'atterrisse malencontreusement sur le nez de son géniteur. Cet homme manquait de respect à tout être capable de respirer, ça, Drago le savait, mais qu'il considère Hermione comme une chose, moins qu'un elfe, il ne pouvait le tolérer. Son meilleur ami dut le sentir car il posa une main discrète dans son dos. Le blond inspira.
- Après tout, qu'aurais-je fait d'elle ? Depuis que tu as sauvé la pauvre vie de cet… (Il ne cracha rien, mais le coup de menton méprisant à l'adresse d'Harry était suffisamment explicite.) Plutôt que de sauver notre famille, tu as démontré que tu ne valais pas mieux que lui, l'insulta-t-il sans préambule.
Drago ouvrit la bouche pour riposter, mais la répartie de Potter prit le relais :
- Votre femme a fait pareil, je vous ferai remarquer…
Ç'eut le mérite de clouer le bec au prisonnier et d'inspirer un peu de respect au fils qui présenta son célèbre sourire narquois à son propre père. Ce dernier bouillonnait sans pouvoir le cacher, à croire que son séjour à Azkaban lui avait un peu fait perdre de sa sublime. Quelle tristesse… ironisa intérieurement Potter, reflétant l'expression du blond.
Dans leurs dos, Pansy et Blaise échangèrent un regard : ces deux-là étaient plus semblables qu'il n'y paraissait. La tension monta d'un cran quand Lucius Malefoy éructa :
- Dans quelques instants, tu ne seras plus rien… Et je serai tout puissant !
Une telle déclaration aurait dû faire frissonner l'assemblée, mais ce fut cette phrase qui le fit :
- Cesse donc tes élucubrations, Lucius, et laisse faire les professionnels, l'interrompit soudain une voix féminine.
À l'ouest de la clairière apparut une autre troupe de personnes, tout de noir vêtues et aux allures de guerriers sanguinaires. Une femme en était à la tête, sa baguette à la main, une dague à la ceinture. Derrière elle, un homme portait quelque chose sur son épaule. Une fois la distance réduite, Drago constata que la femme était leur ancienne camarade de classe, Millicent Bulstrode – confirmant les soupçons de Pansy – et que le semblant de sac de pomme-de-terre sur l'épaule du gorille derrière elle était, une fois qu'il le laissait tomber à terre, coiffé de cheveux frisés et ébouriffés, une chemise blanche froissée qu'il reconnut comme étant la sienne et d'un jean sali. Son soulagement fut cependant bien vite remplacé quand il constata ses lèvres craquelées, son œil noir et ses manches ensanglantées.
- Bulstrode, murmura Blaise, soufflé.
- Qu'est-ce que je vous disais ? fit Pansy d'un ton très serpentardesque.
La revenante reprit la parole :
- Ton père dit vrai, Drago : il n'avait aucunement besoin de cette Sang-de-Bourbe. Contrairement à moi. (En comptant sur ses doigts, elle énuméra :) J'avais besoin d'elle pour avoir toutes les informations complémentaires à mon ingénieux plan et récupérer la poignée pour achever le rituel de transmission. Grâce à ma persévérance, je connais dorénavant tous les tenants et les aboutissants pour obtenir vos pouvoirs à vous-autres, « Dotés ». (Ses yeux s'illuminèrent d'une joie malsaine avait de s'assombrir.) Mais pour ce faire, il me faut la poignée pour aller avec le catalyseur avant de les intégrer grâce à ceci…
Elle présenta une fiole. Vide.
- Elle est vide, Bulstrode, fit remarquer Blaise avec moquerie.
Le regard de la femme prouva sa satisfaction : elle avait dupé tout le monde. Ou presque…
- Elle n'est pas vide, intervint Pansy sur un ton tellement fataliste que l'air sembla se figer dans la clairière. La potion est à l'état gazeux.
Cette précision sembla plaire à Bulstrode qui émit un petit rire tout en secouant la fiole et pointant un index complice sur son ancienne amie.
- Très juste, Pansy. J'ai chargé Pettigrow de la rendre à l'état gazeux. Dis-leur pourquoi, Peter, ordonna-t-elle d'une voix tranchante.
- Ça la rend plus volatile et accentue l'efficacité de ses ingrédients, répondit-il docilement. Ingrédients inoffensifs pour les non-dotés et… mortels pour ceux qui le sont.
Un rire sardonique émana de Millicent tandis que Lucius souriait d'un air mielleux. Cette fois-ci, il n'aurais plus besoin de rendre son fils docile. Cette fois-ci, il serait à même d'obtenir n'importe quoi de quiconque. Un pouvoir absolu, une puissance inégalée… Il s'en frottait déjà les mains.
- Évidemment, une fois que la poignée liée au canal (elle désigna Hermione qui ne moufta pas) aura fini son œuvre, je la tuerai en souvenir de notre cher Tom, termina Millicent sur le ton de l'évidence.
- Elle vient d'appeler Voldemort par son prénom, là ? demanda Ronald à personne en particulier.
Dans son dos, Drago sentit Pansy se pencher vers lui et chuchoter, lasse :
- Pourquoi faut-il toujours que ton père s'entoure de cinglées ?
Ginny gloussa à ses côtés et Drago approuva en retenant son haussement d'épaules. Surtout, garder le port altier. Ne pas montrer ses émotions. Rester neutre. Il fut un temps où il avait cru dur comme fer que c'était la meilleure attitude à adopter. Pour lui et les siens. Maintenant, il savait que c'était la meilleure à adopter pour elle. S'il montrait le moindre signe, qu'il esquissait le moindre mouvement, il savait que ça lui serait fatal. Parce qu'il avait vécu avec Bellatrix Lestrange et que Millicent Bulstrode ne valait pas mieux. Ses yeux ne quittaient pas la jeune femme, mais elle ne relevait pas la tête. Écoutait-elle ? Savait-elle ce qui se déroulait autour d'elle ? Était-elle seulement consciente ? Dans quel état cette folle t'a-t-elle mise, Hermione ?
Alors qu'il la croyait en état de choc, Hermione sentait que ses sens étaient plus que jamais sollicités. À fleur de peau, elle voyait tout, ressentait tout, enregistrait tout. Depuis qu'ils avaient transplaner de la propriété privée de Bulstrode à l'orée de cette clairière, la jeune femme était consciente de tout ce qui se déroulait autour d'elle : brinqueballée comme un sac de charbon, elle avait senti la forêt et ses habitants en état d'alerte et les Aurors cachés tout autour les yeux fermés, elle avait palpé l'égrégore chargé qui les englobait une fois au sol, elle s'était d'instinct connectée à la vibration de la terre qui semblait attendre quelque chose. Quand son corps se stabilisa, la sorcière jeta un coup d'œil à son environnement. D'un côté, elle reconnut Lucius Malefoy et Peter Pettigrow à la tête de l'opposition, Drago et Harry à celle des « Alliés ». Les expressions étaient mitigées, parfois dissimulées. L'avidité dans le regard de ceux qui partageaient les idéaux de Malefoy père, la soif de sang dans celui des sbires de Bulstrode, la préoccupation et la concentration chez les membres originels et ajoutés de l'Ordre du Phénix. Cela dit, elle ne s'étonna pas de l'absence du sosie de Merlin l'Enchanteur.
Alors qu'Hermione observait, l'attention de la Sorcière de l'Ouest n'avait pas dévié :
- Où est la poignée, Queudver ? s'enquit Millicent.
L'intéressé frémit un instant avant de faire un pas en avant et de gonfler courageusement la poitrine :
- Je l'ai donnée à Lucius.
- Tu as quoi ? répéta Millicent, les dents serrées, la violence retenue dans ses poings.
- Il m'a fait réfléchir, continua-t-il bravement. Il m'a fait comprendre que je perdrais tout en t'écoutant. Il m'a dit…
Là, les paroles venimeuses de Lucius Malefoy emplirent la clairière, exprimant par images projetées les souvenirs de leur discussion.
- Enfin, Peter… Tu vas servir aveuglément une femme ? Elle est peut-être fidèle à feu Lord Voldemort, mais elle n'en reste pas moins une femme. Elle fait partie de ce genre qui n'a jamais salué ni reconnu ton statut d'homme… C'est ce que tu veux, Peter ? Te faire à nouveau manipuler ?
La silhouette holographique de Peter secoua la tête, le regard blessé par son passé.
- Non. Alors, Peter, prends ma main et écoute-moi : s'il-te-plait, Peter, tu es le seul qui puisse m'aider, alors joue encore double-jeu. Tu fais ça si bien…
Hermione imaginait très bien cet être fragile être manipulé par Lucius Malefoy, dont le menton était levé du même air arrogant, un sourire fier de sa supercherie ondulant subtilement sur ses lèvres minces – Drago lui ressemblait tant... Et cette pensée, bien qu'elle la peinait pour Peter qui au final n'avait jamais été qu'utilisé, la fit sourire aux dépens de Millicent Bulstrode qui bouillonnait en fusillant du regard le majestueux père Malefoy.
- Aaah Millicent, soupira Hermione d'une voix faible mais moqueuse à la femme qui lui tournait le dos. Après tout, tu devrais le savoir : Lucius n'est qu'un Serpentard doublé d'un Malefoy…
L'intéressée se tourna vers elle, les narines fumant comme celles d'un dragon, poings serrés. Au vu du sourire sarcastique de son otage, elle ne retint plus sa rage :
- La ferme, toi ! mugit-elle en lui balançant un coup droit qui renversa Hermione dans l'herbe.
Le cri de Ginny résonna dans la prairie mais fut couvert par le hurlement de Millicent qui s'avança d'un pas rageur vers Pettigrow et Lucius.
- Tu n'es qu'un idiot, Pettigrow ! Tu as tout d'un pigeon : tu es tellement facile à berner que ça n'est même plus drôle. Tu t'es fait berner en premier par les Maraudeurs, aveuglé par la gloire de James et le succès de Sirius, énuméra-t-elle, comptant sur ses doigts. Regarde où ça les a menés – n'est-ce pas Potter ? (Hermione distingua Ginny retenir Harry d'une main sur la poitrine.) Tu t'es laissé berner par Voldemort et par la promesse de protection qu'il t'a faite. Sans oublier Lucius. Et moi.
Le visage de Peter avait blêmi au fil des mots qui sortaient de la bouche de Bulstrode. Hermione n'avait qu'une envie : le défendre et faire payer tous ceux qui avait abusé de son honnêteté et de son besoin de reconnaissance. Enfin, que voulez-vous ? Les vieilles habitudes avaient la peau dur. Mais la Londonienne, encore agenouillée dans l'herbe humide, fut prise de court par la suite du discours de Millicent, qui se tourna vers elle avec un sourire ironique :
- Et toi, Granger, tu ne vaux pas mieux, cracha-t-elle.
Hermione, qui n'avait plus rien à perdre, souleva son bras mutilé :
- Je le sais, tu as fait en sorte que je ne l'oublie pas.
- Je ne parle pas de la qualité de ton sang, idiote ! s'énerva encore plus la noirette. Tu croyais tellement ce que je t'ai dit que tu as trahi le seul qui tenait à toi plus qu'à sa propre vie !
Hermione sentit son cœur sombrer dans sa poitrine. Elle secoua la tête, perdue :
- Je ne comprends pas.
- Oh si, tu comprends très bien, sourit l'autre d'un air mauvais, la lèvre retroussée.
Une phrase résonna aux oreilles d'Hermione qui réalisa. Prenez garde au serpent…
- Un seul mot de ma part et ta confiance en Drago s'est volatilisée comme si elle n'avait jamais existé. Tout compte fait, tu ne vaux pas mieux que Pettigrow.
La phrase de trop : Pettigrow hurla et saisit sa baguette pour attaquer Millicent, la rage faisant vibrer son petit mètre cinquante. La puissance du sort fit voler Millicent quelques mètres plus loin. Les hommes de cette dernière réagirent au quart de tour : ils lancèrent le même éclair vert de leur baguette et le corps sans vie de Peter atterrit aux pieds de Lucius qui ne cilla même pas. Hermione écarquilla les yeux d'horreur : Avada Kedavra. À peine eut-elle le temps de se relever et de s'écarter que les gens autour d'elle s'étaient déjà lancés dans une bataille emplie d'éclairs multicolores, de cris de rage et de bombes explosives. Sous ses yeux impuissants, des duels aux mille éclairs de couleurs.
Un des sbires de Bulstrode la captura, enserrant sa taille à l'étouffer. Elle se débattit, mais il la tint tranquille d'un sort lancé sans baguette. C'est alors qu'elle reconnut sa voix. Elle se figea et ce qu'elle vit du coin de l'œil confirma sa pensée : les cheveux blonds coupés courts, la mâchoire aussi tranchante qu'une lame, les épaules larges, le corps puissant et cet air renfrogné, dur, sévère. Grégory Goyle. Cet être aux idées immondes et séparatistes, qui suivait Astoria Greengrass comme son nombre au Bal des Anciens celui qui a brisé le cœur d'une de ses amies, tout ça pour une histoire d'héritage.
Elle ne comprenait toujours pas pourquoi ses pouvoirs s'étaient manifestés, pourquoi sa Voix avait finalement reprit la parole. Mais elle savait qu'Elle avait ses propre raisons. Les propos d'Estéban se mêlèrent à ceux de Ginny, tous deux convaincus que le hasard n'existait pas. Le spectre du shaman ondula un instant devant ses yeux : Brise la boucle, Hermione… Alors, regroupant les évènements, les remettant dans l'ordre, Hermione accepta son rôle dans ceux-ci.
Brusquement, toutes les émotions qu'Hermione avait retenues remontèrent à la surface. Elle s'attendait à des larmes, un torrent de larmes, mais cette tristesse, cette peur et cette douleur ressenties plus tôt se changèrent en une rage telle que les bras solides du sorcier ne purent la retenir. À tout ça s'ajouta un profond sentiment d'injustice : si tout ce qu'elle avait appris avait vraiment de l'importance, si tout ça existait vraiment, elle ne pouvait laisser faire les autres. Elle aussi était une sorcière, c'était donc aussi son combat et, foi d'Hermione, cette bataille serait l'unique de cette guerre infame car jamais elle ne laisserait se reproduire les horreurs qui lui avaient été contées.
Alors elle explosa : elle poussa un cri de guerre, bascula violemment la tête en arrière. Elle entendit un craquement résonné dans son crâne et un cri de douleur dans son oreille qui la firent sourire sadiquement l'espace d'un instant. L'étreinte se relâcha complètement, ses pieds touchèrent le sol, ses genoux le heurtèrent. Dans son dos, Goyle se tenait le nez des deux mains, éructant, l'insultant de tous les noms – étonnamment, le terme « Sang-de-Bourbe » ne sortit pas de sa bouche, contrairement aux noms d'oiseaux que les moldus affectionnaient tant. Mais Hermione n'en avait cure. Elle n'était plus qu'un tourbillon d'émotions : les siennes et celles des autres.
Dans un état second, la Londonienne vit les gens autour d'elle se livrer une bataille impitoyable, sans foi ni loi. Comme si le monde sorcier était resté bloqué à celle du Talion. Une telle violence qui ne la fit réagir que lorsqu'elle vit Drago sauter sur Grégory qui s'était relevé, la baguette à la main, prêt à frapper. Un long combat d'une violence inouïe s'ensuivit, les baguettes ayant été relayées au second plan, les poings frappant plus fort.
Un profond dégoût provoqué par cette scène apocalyptique lui saisit l'estomac et, sans prévenir, un tsunami d'énergie vibrante, incandescente, monta du plus profond des entrailles d'Hermione un grondement la fit vibrer des orteils à la racine des cheveux un rugissement traça sa route du fond de son corps jusqu'à sa bouche. Ce cri, elle l'expulsa avec une violence telle que le temps sembla se figer. Ce hurlement, composé de ses émotions les plus refoulées, surgit hors de sa cage thoracique et secoua la prairie entière. Rien ni personne sur le chemin de cette onde de choc ne fut épargné.
C'était comme si tout ce qu'elle avait enfoncé dans son subconscient, à force de négation, se libérait enfin. Chaque élan, chaque réflexe sorcier jusqu'alors enfoui arrachait aujourd'hui ses chaines pour ébranler de sa puissance magique tout ce qui se trouvait sur sa route de la libération. Sa Libération.
En cet instant, la jeune femme, vibrant de tout son être, comprit la définition de cette fameuse nuit. Cette libération, la sienne, était la reconnaissance de son Essence, l'acceptation de qui elle était vraiment. Et après toutes ces années à se renier, ces retrouvailles avec son pouvoir et ses sentiments, cette réconciliation avec elle-même était comme une Renaissance.
Puis, les enseignement d'Estéban s'étalèrent devant ses yeux avec une telle clarté qu'elle comprit enfin pourquoi il l'avait instruite avec tant d'assiduité. Le shaman savait ; il savait ce qu'il se passerait depuis le début.
Aux pieds de tous, comme dans une bulle immuable, déterminée et guidée par une force intérieure jusque-là inconnue, la jeune femme se retrouva à genoux, les doigts enfuis dans la terre. Elle ne savait pas ce qu'elle faisait, mais elle faisait. Elle se laissait emporter par les vibrations, celles des gens, les siennes, celles de la Terre et, les yeux fermés, chargeait son corps de tout ce qu'il pouvait accumuler pour ensuite lever les paumes et exécuter les gestes que Charlie et Estéban lui avaient appris. Ses mains ondulèrent, bloquèrent, projetèrent ses doigts bougèrent, se positionnèrent dans diverses orientations de leur propres initiatives, comme s'ils savaient ce qu'il était juste de faire et ce, de façon innée. Des gestes lestes, mais qui lui permettaient d'agir comme elle l'avait toujours fait : elle défendait les innocents avec la nette intention de gagner la bataille.
Quand l'onde de pouvoir cessa de faire trembler la terre sous elle, Hermione Granger rouvrit les yeux et posa son regard nouveau sur la scène qui s'étalait là : à l'exception de ceux qui avaient perdu la vie, chaque combattant était figé, prostré, la tête cachée dans les mains en guise de protection. Certains semblaient englobés dans des bulles, tantôt d'eau, tantôt d'air. Des racines étaient sorties du sol et immobilisaient d'autres jusqu'aux épaules.
En réalité, et pour être honnête avec elle-même, la sorcière se fichait complètement de ce qu'elle voyait. Tout ce qui comptait était ce silence apaisant et fatigué qui l'entourait. Tout était fini. Le silence de la Nuit reprit ses droits, seulement troublé par les gémissements des blessés.
Hermione tourna sa nuque raide et vit Drago, allongé à ses côtés dans l'herbe. Il ouvrit les yeux et, épuisés, ils se dévisagèrent. Ils n'avaient même plus la force de bouger, de parler ni de s'inquiéter pour la santé de l'autre.
Des larmes coulaient sur les joues de la sorcière, sans qu'elle ne les retienne ni y prête attention et les seuls mots, emplis de lassitude, qu'Hermione prononça furent :
Je peux reprendre le boulot, maintenant ?
FIN DU DERNIER CHAPITRE
*Inspire* *Expire*
Eh voilà.
La boucle est bouclée. Ou devrais-je dire brisée. Car rien ne sert de remuer le passé, à vivre dans celui-ci, à le ressasser, à tenter de le changer. Et ce qui n'a plus lieu d'être verra sa fin tôt ou tard.
Vous êtes étonnés ? Que ce soit Bulstrode ? Parce qu'elle a un peu apparu d'on ne sait où. Ben, voilà, maintenant vous savez ce que j'ai ressenti quand j'ai écrit ce chapitre. Plus j'avançais dans cette dernière partie, plus je croyais savoir qui était le Grand Méchant de l'Histoire. Mais d'un autre côté, ce serait revenu à faire pareil que dans le canon. Et je sentais au fond de moi que ce serait différent. Mais de là à penser à Bulstrode...
... Maintenant que j'y pense, il y a peut-être une incohérence dans ce que j'ai écrit. Au début, le soir de la Libération je pense, j'ai mentionné que Drago allait faire affaire avec les Bulstrode. Bon... Si vous avez oublié, tant mieux pour vous, parce que cette version-ci de l'Histoire est la bonne : leur fille avait disparu pendant la Bataille de Poudlard ! ahah *Un petit Oubliette et le tour est joué* Grand sourire *Merci de pardonner cette erreur, ce sont mes débuts ^^*
Pour ce qui est d'Hermione : est-elle une Dotée ? est-elle simplement la sorcière la plus douée de sa génération ? ou bien a-t-elle bénéficié de toute l'aide dont elle avait besoin alors qu'elle jouait de malchance (tiens, ça me rappelle quelqu'un... avec une cicatrice lol) ? Je vous laisse vous faire votre propre avis :-D
La semaine prochaine, l'épilogue, un peu de blabla et si vous avez des questions parce qu'un élément vous semble flou, trop implicite ou autre, n'hésitez pas à me les poser en commentaire. J'ai l'intention d'y répondre après l'épilogue.
À la semaine prochaine, donc. :-)
Paix et Amour,
Anacoluthe
