Hello à tous et à toutes,

Ce chapitre longuement dû a mis un peu de temps à paraître, l'IRL n'a pas été très commode à l'écriture à tête reposée ;) J'espère qu'il vous plaira malgré tout.

Je ferai un bilan des binômes encore en lice au prochain chapitre, vu que nous allons entrer dans la phase finale de la Guerre du Graal et, de fait, de l'intrigue. Selon mes prévisions actuelles et ce que j'ai déjà écris, il nous reste 3 chapitres avant l'épilogue en deux parties, dont un qui est aux 2/3 déjà rédigé.

Comme d'habitude, je reste à votre écoute par MP et je lirai avec attention vos retours.

Je vous souhaite une bonne lecture et je vous dis à la prochaine au détour d'une ligne !

Lenia41


Chapitre 22 — Veille de Tempête


Parc des Buttes-Chaumont, 19e, Paris, France. Au même moment.

Contrairement aux habitudes du lieu, la partie proche du lac du Parc des Buttes-Chaumont était particulièrement tranquille. C'était pourtant une belle fin de journée d'été, avec des températures généreuses et un beau soleil. Le flot des clapotis ondins, d'abord paisible, se troubla tout à coup de circonvolutions de plus en plus marquées et de plus en plus fréquentes sur la surface frémissante. Loin des yeux des curieux, un éclat d'or pur embrasa le lac du parc, à l'instar d'un soleil miniature. Dans son halo aveuglant, une ombre se dessinait petit à petit sans parvenir pour autant à l'éclipser. La silhouette se précisa petit à petit, flottant dans les airs, avant qu'une voix ne rompe le silence.

- Par tous les… !

Sans plus de cérémonie, l'apparition chut avec grand bruit près du bord du grand lac. Ses cheveux roux chargés d'humidité, et frissonnante de froid, Adélaïde remonta vite à la surface. Les sourcils froncés et l'eau à la hauteur de la taille, la professeure d'archéologie et de magie tellurique redressa la tête et darda un regard perçant vers la rive, d'où une ombre émergeait d'un autre cercle d'or.

- J'étais sûr qu'un bon bain te rafraîchirait, commenta une voix à la fois altière et railleuse.

L'âme héroïque mit pied à terre avec dignité, avant de se tourner vers sa Master détrempée. Les bras croisés sur son torse dénudé, le roi d'Uruk l'observait de ses yeux incarnats assurés et narquois. Il ne semblait pas importuné par la relative fraîcheur de l'air parisien, comparé au lieu d'où ils revenaient, comme s'il ne ressentait pas l'écart de températures pourtant très marqué. Il lui donnait froid, ainsi revêtu d'un très court et fin gilet sans manches ouvert et d'un sarouel rouge surmonté d'or. L'archéologue s'abstint toutefois de commenter, se doutant qu'il goûterait assez peu à la remarque et ne manquerait pas de lui renvoyer une pique difficile à contrer. Il était, en ce sens, moins commode de son plus jeune alter-ego. Fleury préférait néanmoins l'avoir de leur côté plutôt que comme ennemi.

Fleuri s'extirpa du lac aussi vite qu'elle le pût, essorant de son mieux ses longs cheveux détrempés.

- Je te remercie, mais un bain de minuit n'était pas exactement ce que j'avais à l'esprit.

- Ma grande bonté me perdra, si ce n'est pas ton manque de préparation. Tu devrais déjà être reconnaissante du temps que j'ai consacré à t'entraîner.

Il ne l'avait pas laissée souffler, ni laissé son mot à dire au jeune roi d'Uruk avec lequel il partageait un même réceptacle spirituel. Elle avait à peine eu le temps de s'arranger avec Waver et Dorian pour l'organisation des jours à suivre avant que Caster ne l'entraîne dans une préparation draconienne. L'archéologue n'arrivait toujours pas à faire sens de la magie que l'Âme Héroïque avait utilisé, lié à un codex mystique aussi ancien que mystérieux. Á vrai dire, Adélaïde n'avait pas été très rassurée en le voyant tirer hors de l'une de ses Portes de Babylone une statuette très proche des arts primitifs. L'aura magique qui s'en dégageait avait intrigué la professeure, tant elle était riche et complexe. Elle représentait une silhouette humanoïde pour sûr, aux traits assez simples et féminins, mais imprécis. Quand elle lui avait demandé de quoi il s'agissait et comment il était entré en possession de cet artefact clairement aussi rare, précieux qu'imprégné de pure magie, Caster s'était contenté de ce sourire arrogant qui lui était propre et de lui rétorquer que c'était lié à une déité de temps très reculés et qu'on avait tenté de l'utiliser contre lui par le passé. Il l'avait conservée après avoir déjoué le complot, l'estimant assez intéressante et assez rare pour rejoindre ses immenses et précieuses collections.

Adélaïde avait mis du temps à comprendre la nature de la magie scellée dans la mystérieuse idole. Celle-ci les avait téléportés dans un lieu séparé de l'espace, où le temps ne suivait pas les mêmes règles et s'écoulait plus lentement. Ce curieux espace s'était imprégné de l'atmosphère de la Mésopotamie telle que Caster l'avait connue, et avait retranscrit fidèlement Uruk et ses alentours à l'Âge des Dieux. Ils ne s'étaient cependant pas rendus à la capitale babylonienne, bien au contraire. Le Roi des Héros les avait fait cheminer très loin de sa cité et de l'Euphrate, les faisant sillonner tantôt les plaines, les forêts et même la jungle des régions reculées de ses terres… grouillantes de monstres. Dans cet Âge de tous les dangers et de tous les possibles aussi fidèlement retranscrits, l'ancien Roi d'Uruk l'avait obligée à faire face, inlassablement, aux innombrables et mortels démons de l'époque. En toute honnêteté, la mage avait cru à plusieurs reprises qu'elle allait mourir, mais à sa propre surprise, elle avait survécu à toutes ces fois où il l'avait poussée dans ses derniers retranchements. Au cours de tous ces affrontements et ces pérégrinations en milieu hostile, le Servant l'avait empêchée de recourir à la Bête scellée dans le sceau familial des Fleury, l'obligeant à se débrouiller par elle-même. Après l'avoir épuisée… pardon, après l'avoir exercée face à des monstres et démons de relativement petit calibre, l'Âme Héroïque l'avait fait affronter des ennemis toujours plus coriaces et puissants. Elle s'était d'abord battue seule, le Servant n'intervenant que lorsqu'elle était tout à fait dépassée sans manquer de lui asséner des critiques très ressenties, acérées, mais constructives. Après d'innombrables jours passés dans cet espace étrange, lorsqu'il l'avait estimée assez rodée pour s'entraîner face à des plus gros morceaux, Caster avait finalement accepté de l'aider au combat.

Ces créatures, comme avait fini par le remarquer Adélaïde, lui étaient toutes familières. Elles provenaient, en effet, des souvenirs de l'Âme Héroïque autour de sa longue vie et de son épopée. L'idole primitive, ou plutôt l'artefact, plongeait ses cibles ou ses utilisateurs dans leurs souvenirs, en recréant de façon tangible et si réaliste qu'elle en devenait réelle leur entourage et environnement. Ce qui était voulu comme une malédiction, une prison mentale en quelque sorte, pouvait être détourné par un mage et un esprit assez habile pour créer temporairement un espace d'entraînement idéal ou une balade dans ses propres souvenirs, pourvu qu'ils n'oublient pas comment s'extirper de l'enchantement. Caster ne l'avait que peu laissée sortir, à moins qu'elle ne fût totalement épuisée au point de ne plus du tout tenir sur ses jambes, ou pour respecter la parole sur laquelle ils s'étaient entendus, à savoir qu'ils retrouvent leurs autres compagnons une fois une journée réelle écoulée. Cette journée pouvait cependant représenter de très nombreux jours dans l'espace fictif de l'idole.

- Tu es impossible, commenta Adélaïde avec un sourire amusé aux lèvres.

- Impossible n'a jamais fait partie de mon vocabulaire, en ce qui me concerne. Les autres, en revanche, sont toujours confrontés à leurs limites. Rétorqua Caster, las et condescendant.

Adélaïde prit le parti d'en rire, comme bien souvent. La mage commençait à s'habituer au tempérament un brin arrogant de Caster, qui s'exprimait à travers ces piques relativement amicales. Bien qu'elle eût affaire au roi Sage, il ne s'était jamais tout à fait départi de son fort caractère passé. Derrière cette condescendance affichée, l'archéologue savait qu'il était plus prudent que ses alter-egos plus jeunes. Adélaïde frictionna ses bras dans l'espoir de se réchauffer, alors qu'il la rejoignait.

- Au moins maintenant, tu as un peu l'air légendaire. Comment s'appelait cette figure déjà, avec l'épée dont parlait le Roi des Chevaliers… ah oui, la Dame du Lac ! Je peux même te prêter une épée si tu veux.

Avec un air narquois, Caster fît apparaître d'un claquement de doigts une demi-dizaine de Portes de Babylone d'où émanaient plusieurs poignées plus ou moins ouvragées d'épées de qualité. Adélaïde déclina sa proposition avec un hochement de tête, avant de préciser tout en frissonnant.

- Merci, mais je préférerais une serviette. Tu ne voudrais pas que je tombe malade, pas vrai ?

- Ce serait dommage en effet, après tout le mal que je me suis donné pour te garder en vie.

Les poignées d'épées disparurent bientôt dans les cercles dorés, qui s'estompèrent à l'exception d'un seul. Gilgamesh en extirpa quelque chose avant de lui tendre ce qui ressemblait à un large tissu. Adélaïde l'accepta avec reconnaissance, avant d'être étonnée en lui jetant un coup d'œil plus alerte. La matière dont le tissu avait été confectionnée était d'une douceur incomparable sur ses doigts, très fine et soyeuse, comme si elle ruisselait entre ses doigts. Si la professeure n'était pas une experte sur les arts textiles, elle devait reconnaître que ce qu'il lui avait tendu n'était pas une simple serviette.

- Tu es sûr que je peux me sécher avec ? L'étoffe a quand même l'air précieuse. Demanda Fleury tout en portant un regard curieux sur son équipier spirituel.

- Ne t'inquiète pas, son propriétaire initial ne viendra pas te la réclamer. Il est mort depuis quelques millénaires, et puis ce n'était qu'un mongrel. L'assura Caster avec aplomb.

Adélaïde n'insista pas davantage, trop frigorifiée pour risquer de rester plus longtemps sans se sécher quelque peu. Il valait mieux parfois ne pas chercher à trop savoir, comme elle l'avait vite compris. Elle ne refuserait pas ce rare témoignage de considération de Caster en étant curieuse et sourcilleuse. Il fallait parfois accepter de faire des compromis, et ignorer l'indignation de l'archéologue en elle. C'est alors qu'une impression étrange et mauvaise la traversa et qu'elle leva aussitôt la tête vers le ciel nocturne et plutôt dégagé du parc de la Butte-Chaumont, en plein cœur de la capitale française.

Une étoile filante à la traîne sanglante, déchirant les cieux tel un sinistre augure. Avant même qu'elle ne puisse faire sens de cette apparition, elle entendit Caster commenter avec le calme de l'habitué.

- Eh bien, voilà un Graal qui s'impatiente.

Un Graal ? Adélaïde se sentit encore plus frigorifiée, mais ce n'était pas le bain nocturne forcé cette fois. Non, c'était comme si une chape glaciale s'était déversée juste au-dessus de sa tête, comme si le temps avait repris brusquement son cours. Elle suivit des yeux l'apparition jusqu'à ce que ses derniers feux ne s'estompent. Était-ce ce fameux signe que lui avaient évoqué Waver, Rin et Shirou ? Celui qui indiquait la fin de la première étape de la Guerre, et marquait le début de la dernière phase ? Cette perspective lointaine d'atteindre le bout du tunnel et d'enfin obtenir des réponses à ses questions était ternie par la pensée que d'autres vies avaient dû être fauchées alors que ses proches s'entraînaient. Elle n'espérait vivement qu'aucune de ses connaissances mêlées au conflit n'en faisait partie… ou tout du moins, qu'elles étaient encore en vie. Sa propre impuissance se rappela à son bon souvenir.

La professeure porta ses yeux clairs, bien plus sérieux, sur Caster. Le Servant ne trahissait aucune préoccupation, tant dans son attitude que dans la présence qu'il dégageait à travers leur lien. L'Âme Héroïque se contentait en effet d'étirer ses membres un à un, sans le moindre empressement. Quand le Héros finit par se tourner vers Fleury, il se tenait droit et les bras croisés, résolus, sur son torse.

- Bon l'échauffement est terminé. Il faut se remettre au boulot, prêtresse.

Ses yeux pourpres acérés étaient rivés sur elle, un sourire empli d'aplomb étirant ses lèvres. L'échec n'était pas une option. Ils étaient arrivés trop loin pour ne serait-ce qu'envisager de reculer. Tandis que le téléphone portable d'Adélaïde se mit à sonner pour indiquer un appel entrant, l'archéologue approuva en silence, ses traits déterminés alors qu'elle saisissait son cellulaire et l'extirpait de la pochette transparente et imperméable dans laquelle, par habitude de voyageuse, elle l'avait rangé.

L'heure était venue de finir ce qu'ils avaient commencé, des mois plus tôt, dans les sables d'Uruk.


Cathédrale Notre-Dame-de-Paris, quartier Latin, Paris, France. 2014. Le lendemain matin.

Adélaïde n'avait pas vu la soirée s'écouler tant elle était épuisée lorsqu'ils furent rentrés à l'hôtel, à une heure tardive de la nuit. L'atmosphère était lourde alors qu'elle quittait la station Saint-Michel de la ligne 4 du métropolitain parisien en compagnie de Waver, de Dorian, d'Iskandar, de X et de Godric. Pour ces dernières heures de tranquillité, les Servants avaient choisi de profiter de la veille de tempête en se laissant visibles, troquant leurs atours de combat pour un attirail plus moderne et plus civil. X, qui surveillait avec attention les Masters, s'était contenté de revêtir des chaussettes hautes sombres allant jusqu'à la mi-cuisse, avec un minishort assorti, un haut blanc et une veste bleu-marine à manches longues liserée de doré, qui était assortie avec sa longue écharpe bleue et ses baskets hautes bleues et blanches, tout en gardant sa sempiternelle casquette sombre. Iskandar n'en demeurait pas moins imposant avec sa haute et solide stature, même simplement revêtu d'un t-shirt blanc à manches courtes, d'une paire de jeans noire, de bottines sombres et de gants noirs laissant libres ses doigts. Son apparence et son attitude évoquaient à Fleury l'air d'un motard. Devisant énergiquement à ses côtés, Godric avait choisi de porter son le haut indigo liseré de doré, la veste blanche courte à capuche, le pantacourt kaki et les baskets brunes qu'il aimait porter casuellement. Il était de très bonne humeur depuis que le roi d'Uruk lui avait laissé la main. Elle peinait à croire que l'eau avait à ce point coulé sous les ponts entre le jeune Gilgamesh et son alter-ego plus âgé, mais aucun des concernés n'avait daigné l'éclairer sur ce point. Elle avait décidé de ne pas s'y attarder et de se satisfaire du statut-quo.

Le silence de Lucas était en revanche préoccupant. Il ne lui avait laissé aucun message, depuis déjà plusieurs jours et ne répondait pas à ses propres SMS. L'archéologue espérait qu'il ne lui était rien arrivé même si n'y avait rien qu'elle puisse faire pour s'en assurer, sinon « attendre et espérer ».

- Tu as dit que Rin, Shirou et Sakura seraient également présents ? Demanda Adélaïde en tournant son attention vers Waver qui les guidait vers le lieu où ils avaient été convoqués.

- En effet, ainsi que leurs équipiers. D'autres invités seront aussi de la partie. Répondit Waver.

- D'autres invités ? Entendez-vous par-là, d'autres Masters ? S'enquit Dorian qui se trouvait sur la gauche de la professeure, suivi de près par X qui restait sur ses gardes.

- Ceux qui n'ont pas été éliminés et sont ouverts à la coopération. Indiqua brièvement Waver.

- Je me doute qu'on ne saura qui ils sont qu'une fois sur place. Peux-tu nous dire au moins combien de personnes ça fait ? Interrogea Fleury avant que Dorian, nerveux, ne reprenne.

- Une petite dizaine selon mes informations, Esprits Héroïques inclus. Précisa Waver.

- Une dizaine ? Ça fait beaucoup là, non ? Releva Dorian, perplexe.

- Pas tant que cela, mais tout vous sera expliqué une fois sur place. Répliqua Waver.

Il indiquait clairement dans son timbre de voix qu'il n'en dirait pas plus et que le sujet était clos. Adélaïde ne s'en émut pas et esquissa un sourire conciliateur vers Dorian, agacé d'être laissé dans le noir. La professeure était habituée à ce genre de réponses, et savait qu'il faudrait prendre leur mal en patience. L'archéologue n'était cependant pas aussi détendue et insouciante qu'elle ne le laissait paraître, songeant aux informations que lui avait communiquées Lucas avant son silence inquiétant.

Le mage sorcier et elle avaient estimé le nombre de participants à vingt-et-un binômes Masters, soit 48 personnes en incluant les Servants. N'avoir qu'une dizaine d'individus ouverts à la négociation face à la cinquantaine de participants était donc un très petit nombre, c'était assez peu rassurant et laissait entrevoir plusieurs hypothèses potentielles. Cela entendait-il que nombre d'entre eux avaient déjà été éliminés, ou qu'une grande majorité s'était réunis sous la bannière de ce fameux « Maître » qu'évoquait Caster en dehors de quelques irréductibles loups solitaires ? Il n'y avait aucun moyen de le savoir à son niveau. Elle soupçonnait toutefois que Waver soit mieux informée que Dorian et elle, mais n'insista pas. L'archéologue refusait d'être hypocrite, en considérant sa propre situation.

La professeure admirait et enviait en cet instant l'insouciance et l'aplomb du jeune Godric.

Leurs pas les avaient menés jusque sur le parvis de l'un des plus majestueux monuments de Paris. Curieusement désertée pour un début de journée, la cathédrale Notre-Dame de Paris leur tendait les bras, son superbe et imposant vitrail scintillant avec dignité dans les premiers feux de la matinée.

Waver s'arrêta avant de se tourner vers les Esprits Héroïques et de leur indiquer.

- Ce ne sera pas long. Rider m'a indiqué que vous aviez vos propres plans en attendant ?

- C'est exact, mais nous ne serons pas loin ! Aussi, ne faites pas de bêtises en notre absence. Répliqua le jeune Gil avec hardiesse, ses bras croisés avec aplomb sur son torse.

- Amusez-vous bien dans ce cas. Assassin, je peux te les confier ? Répliqua Adélaïde avec un sourire amusé avant de regarder X plus spécifiquement.

- Si Master le veut. Je leur ferai passer l'envie s'ils venaient à trop s'agiter. Répondit formellement X tout en jetant un regard particulièrement noir vers le jeune Gil, qui l'ignorait.

Alors que Waver les menait d'un pas assuré vers les portes de l'antique sanctuaire, Adélaïde ressentit les picotements et fourmillements familiers d'une puissante barrière spirituelle. C'était sans doute pour cela que leurs équipiers spirituels ne pouvaient pas les accompagner à l'intérieur… et pour la même raison que les non-mages ne s'approchaient pas du lieu consacré si étroitement lié à Paris.

Bien qu'elle ne fût pas spécialement croyante, l'architecture du monument continuait de fasciner l'archéologue. Si cela ne couvrait pas du tout ses périodes de prédilection, la professeure était toujours captivée par la beauté des couleurs des vitraux, par la finesse de ses clés de voûte et par la lumière particulière que procuraient ses grandes et petites fenêtres, nombreuses, sur les murs de la cathédrale. En dehors de la statue de la Vierge présente sur l'autel principal, deux autres statues de rois étaient mises à l'honneur aux côtés de la grande croix catholique. Elle ne pouvait pas non plus ne pas remarquer la présence du grand orgue, de la tribune ouvragée ainsi qu'un autre très bel orgue. Les chandelles accrochées sur les arcades de pierre soutenues par d'épais piliers sculptés avec art apportaient un surcroît de luminosité à l'ensemble, alors qu'ils se trouvaient à une heure précoce. L'immense sol dallé de noir et de blanc était recouvert par d'innombrables bancs de bois. Adélaïde admettait en son for intérieur qu'elle aurait payé cher pour avoir la permission d'explorer la mythique charpente de l'édifice, dont les plus vieilles poutres de chêne remontaient au XIIIe siècle, ou pour avoir le droit de se rendre dans l'une des grandes tours de la splendide et digne cathédrale.

- Bienvenue ! Nous n'attendions plus que vous. Les interpella une voix résolue face à eux.

La voix féminine et inconnue qui les avait interpellés en anglais arracha Fleury à sa contemplation, qui tourna ses yeux clairs vers sa provenance. Une femme qu'elle ne connaissait ni d'Ève ni d'Adam se tenait debout sur l'estrade qui menait vers l'autel, revêtue d'un tailleur noir, d'un chemisier blanc, d'un pantalon ajusté noir et de bottines tout aussi sombres. Les cheveux blonds de leur interlocutrice étaient noués en un chignon impeccable, ses traits fins au menton pointu rivés droits sur eux alors qu'elle les dévisageait d'yeux bleus perçants et impassibles. D'instinct, Adélaïde sentit qu'elle n'apprécierait pas cette femme alors qu'ils s'approchaient d'elle. La franco-britannique maintint ses yeux clairs dans ceux de son interlocutrice alors que Waver prenait la parole pour les présenter.

- Adélaïde, je te présente Evelyn d'Elvaren, agent travaillant pour le gouvernement. Madame D'Elvaren, voici ma fiancée Adélaïde Fleury.

- Lord El Melloi II s'est porté garant de vous, professeure. J'espère que vous ne mettrez pas sa parole en défaut. Répondit d'une voix distante et impassible d'Elvaren.

- Tout comme j'espère que je ne regretterai pas de l'avoir écouté, madame. Répliqua Adélaïde.

La professeure serra la main tendue de l'agent et ne recula pas face à la poigne ferme de son interlocutrice. A contrario, l'archéologue se fit un devoir de lui retourner une prise aussi forte qu'elle le pût. Les deux femmes se firent face silencieusement, refusant de baisser l'échine face à l'autre. Waver mit fin à leur confrontation muette en présentant Dorian à leur interlocutrice, alors qu'Adélaïde remarquait la présence d'autres individus dans la pièce. Elle cherchait Lucas parmi eux lorsqu'une petite silhouette se releva et se précipita sur elle en s'écriant d'une voix claire en français.

- Adélaïde ! J'avais peur de ne plus vous revoir… vous êtes en vie !

Fleury eût à peine le temps de se tourner vers qu'une demoiselle aux cheveux blonds comme les blés se jetait dans ses bras. D'abord surprise, la professeure pût baisser assez les yeux pour reconnaître la nouvelle-venue. Un large sourire chaleureux étira ses lèvres alors qu'elle la prenait dans ses bras.

- Fiona ? Quel plaisir de te revoir ! Comment te portes-tu ?

- Je… je ne suis pas blessée, je vais plutôt bien. Saber est là.

Derrière le calme apparent de l'adolescente, Adélaïde entendait sa voix frémir quelque peu et prêta attention à ses propos. La jeune fille ne fit pas mine de vouloir poursuivre son propos, et la professeure sentit quelques larmes humidifier son haut. La franco-britannique ne voulût pas brusquer la plus jeune Master qu'elle connaissait et n'insista pas, se contentant de la serrer chaleureusement dans ses bras. Il ne fallait pas forcer des explications que la jeune Fiona ne voulait pas donner pour le moment, elles viendraient en temps et en heure quand la petite française le voudrait, et seulement si elle le voulait. Adélaïde lui apporta un peu de réconfort quelques instants avant de se reculer légèrement et de lui sourire chaleureusement, essayant d'aborder un sujet qui serait moins difficile.

- Tu es courageuse, tu sais. Est-ce que tu as pu retrouver ta tante à l'aéroport ?

- Oui, j'ai retrouvé tata ! C'est elle, là-bas ! Il faudra que je vous présente d'ailleurs. Répondit Fiona avec un peu plus d'entrain.

- Oh, c'est donc elle ta tante… Je l'ignorais. Ne t'inquiète pas, nous avons été présentées. Commenta Fleury, d'un ton songeur puis plus posé et chaleureux.

- Je lui ai beaucoup parlé de vous, vous savez ! Notamment du duel que vous m'avez promis. Renchérit Fiona d'une voix plus espiègle, un sourire mutin et ses bras croisés dans son dos.

- Je m'en rappelle et ce sera un plaisir de l'honorer dès qu'on le pourra. Crois-bien qu'Archer ne m'aurait pas laissée l'oublier. Répliqua Adélaïde avec un léger clin d'œil amusé.

- Parfait ! Saber sera content de l'entendre. On s'occupe des choses sérieuses d'abord cela dit. En tout cas, on s'est beaucoup entraînés alors prenez-garde à ne pas nous sous-estimer !

Le ton de l'enfant était plus joyeux que provocateur, différent du sérieux et de la tristesse du début de leur conversation. Adélaïde n'eût pas le cœur à modérer l'enthousiasme de l'adolescente et préféra lui répondre d'une voix assurée, ses bras posés sur ses hanches et un large sourire aux lèvres.

- Nous ne sommes pas restés les bras croisés non plus, mais j'y veillerai.

- Ce serait plus sage ! Oh, tata m'appelle. On se reparlera après ?

- Bien sûr. Allez, il vaut mieux ne pas la faire attendre. Á tout à l'heure !

Adélaïde la regarda filer à l'amble vers l'agent du gouvernement, son sourire chaleureux s'amincissant alors que la jeune Française s'éloignait. Vraiment, leurs caractères étaient si différents qu'elle ne les aurait pas rapprochées effectivement, même s'il y avait des traits physiques similaires. Cela l'étonnait d'ailleurs qu'une gamine aussi adorable soit la nièce d'une femme aussi frigide. C'est alors que la professeure repéra la présence de Rin, Shirou et Sakura un peu plus loin et se mit en tête d'aller les saluer avant que les discussions sérieuses ne reprennent. Elle était tellement concentrée sur le groupe de sa consœur enseignante qu'elle ne remarqua pas les deux personnes assises sur un banc à gauche du couloir qui la dévisageaient, interloqués. Elle entendit distraitement quelqu'un s'étonner.

- Madame ? Professeure !

Adélaïde s'arrêta en entendant la voix féminine, plus proche derrière elle, l'interpeller avec insistance.

- Adélaïde !

Qui s'aventurerait à l'appeler par son prénom, en dehors de ses proches ? Intriguée, l'archéologue tourna enfin son attention en direction de la voix qui l'avait appelée. Une jeune femme se tenait devant elle, plus grande qu'elle de quelques centimètres si bien que Fleury dût tendre un peu le cou. Son interlocutrice était revêtue d'un élégant et sobre tailleur noir, d'une jupe noire, d'un chemisier sombre et de chaussures à talon. D'abord perplexe, la chercheuse finit par se souvenir de la jeune femme aux cheveux noirs coupés au carré, au teint quelque peu cuivré et aux yeux bleus en amande.

- Je vous ai déjà vue en cours magistral. Sakamoto, c'est bien cela ?

- Tout à fait ! S'exclama l'étudiante avec un sourire amical. Vous pouvez m'appeler Reika, madame. Ça pourrait prêter à confusion avec mon frère. Vous vous souvenez peut-être de lui ?

Un jeune homme se trouvait à ses côtés, passant une main sur son front comme s'il était gêné par l'attitude très peu maniérée de sa comparse. Il devait approcher le mètre quatre-vingt, même si sa carrure mince et ses traits rappelaient en effet beaucoup ceux de sa sœur, avec son teint, ses cheveux noirs coupés assez courts et des yeux bleus bridés derrière sa paire de lunettes. Il portait un costume noir impeccable, par-dessus une chemise lilas, un pantalon noir et des chaussures d'homme d'affaires. C'était bien la première fois que la professeure les voyait ainsi tirés à quatre épingles. Les deux franco-japonais ne faisaient pas partie de ses élèves les plus participatifs en cours, mais ils avaient rarement manqué ses leçons magistrales, alors qu'ils étaient moins présents dans d'autres cours. Reika pouvait se montrer impertinente mais elle n'était pas irrespectueuse et travaillait correctement. Elle la connaissait mieux que son frère, jumeau si elle se souvenait bien, qui n'était venu à l'Académie des mages de Londres qu'une seule année dans le cadre d'un échange universitaire avec le Japon. Le jeune homme était bien plus posé et sérieux que sa sœur, aussi le binôme s'équilibrait-il fort bien.

- Bonjour Akito. Cela fait plaisir de voir que vous vous portez bien, tous deux. Vous n'avez pas changé pas vos habitudes à ce que je vois. Toujours ensembles et toujours fourrés dans les ennuis. Commenta Adélaïde avec un léger sourire qui démentait le sérieux dans sa voix.

- Bonjour professeure. Ah c'est surtout elle qui s'attire des ennuis, moi je l'en tire. Répliqua le jeune homme en s'inclinant légèrement pour la saluer formellement à la japonaise.

- Tu n'es pas en reste non plus Akito. Et puis, ça fait des lustres qu'on ne se salue plus comme ça en Europe. On se serre généralement la main ou on se fait la bise. Bougonna Reika.

Elle avait oublié la dynamique des deux faux-jumeaux, assez amusante et attendrissante à la fois. Quelque part, cela lui rappelait son frère cadet Thomas. Fleury se souvint alors de ce que leur avait dit Dorian et leur demanda, en indiquant d'un coup d'œil Dorian d'un ton mi amusé et mi sérieux.

- Vous n'auriez pas croisé Dorian à l'Opéra, par hasard ?

- Ah c'était donc lui ! Je me disais bien que sa tête m'était familière aussi. S'exclama Reika.

- Toujours la même, comme vous voyez. Commenta Akito avec une trace d'affection derrière son ton las avant de poursuivre. On a été aussi surpris que lui. Le temps qu'on descende des tribunes pour aller voir ce qui se tramait, nos Servants en étaient déjà venus aux mains.

- Assassin est très posé d'ordinaire mais il a senti la présence d'un Servant à l'attitude hostile et l'a considéré comme une menace à éliminer. Répliqua Reika d'un ton léger.

- Et comme son Servant attaquait celui de ma sœur, Assassin n'a pas hésité à se joindre à lui. Précisa d'une voix calme Akito.

- Dorian nous a raconté ça, oui. C'était un combat assez mémorable et… acrobatique, à l'en croire. Reprit Adélaïde d'une voix cordiale et un sourire paisible.

- Ah ça oui ! Sa Servant nous a sautés dessus, et la bougresse était douée en plus. Nos Assassins ont été assez intéressés par le combat pour s'impliquer sérieusement dedans. Surtout que c'est devenu assez épique quand ça a viré à la bataille royale à l'improviste. Renchérit Reika.

Elle ne pût poursuivre son exposé puisque d'Elvaren faisait signe à tous les participants de s'asseoir et de se réunir. Adélaïde vit d'ailleurs Waver s'approcher d'elle, tandis que Dorian était venu naturellement s'installer sur la rangée à droite de celle du banc où étaient assis Rin, Shirou et Sakura. Akito prit la parole avant que sa sœur ne le puisse et inclina brièvement sa tête avec politesse.

- Merci d'avoir gardé un œil sur elle, sensei. Reika n'est pas toujours facile à vivre, mais elle vous estime et même si elle le niera, ça lui ferait plaisir que vous repreniez vos cours.

- Nii-san ! Bref, j'étais contente de vous revoir, même si je ne m'attendais pas à ce que le Directeur et vous soyez mêlés à tout ça. On va aller voir Dorian, il mérite des explications.

- Et des excuses en bonne et due forme, nee-san. Prenez soin de vous, sensei.

Adélaïde remarqua que les deux franco-japonais se tenaient la main alors qu'ils s'éloignaient pour rejoindre Dorian. Le geste la surprit, avant qu'une ombre de sourire ne se glisse sur ses lèvres. Elle se détourna d'eux pour retrouver Waver. Ils échangèrent quelques mots posément avant de gagner le banc qui se trouvait derrière celui occupé par Rin, Shirou et Sakura, laissant les étudiants entre eux.

La professeure d'archéologie et de magie tellurique avait beau ne pas apprécier l'attitude de l'agent du gouvernement, elle espérait obtenir des réponses à ses questions, et s'enquérir du sort de Lucas.


Deux heures plus tard.

Il y a certaines réponses qu'Adélaïde aurait peut-être préféré ne pas connaître, à posteriori. La table-ronde improvisée était tenue dans la chapelle principale de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris, ses vieilles pierres prêtant une acoustique exceptionnelle et naturelle à la pièce tout en garantissant une neutralité au sein du refuge sanctuarisé. Tandis que d'Elvaren, l'agent du gouvernement, se tenait debout près de l'autel et faisait son glaçant rapport détaillé, tout le monde l'écoutait avec attention. Á vue d'œil, Adélaïde ne pouvait que constater le faible nombre de Master survivants il ne restait en effet plus que Rin, Sakura, Shirou, les deux Sakamoto, l'agent d'Elvaren, la petite Fiona, Dorian, Waver et elle-même. Cela ne laissait plus que neuf binômes Master-Servant en lice qui puissent être ouverts à la négociation face à une coalition adverse déjà bien consolidée et très bien organisée.

Les informations de Lucas, qu'il avait obtenues au prix de sa propre vie, avait confirmé leurs suspicions. Le mage avait bien estimé les forces adverses et été proche de déduire leurs natures.

C'est avec distance et dans le silence le plus complet qu'Adélaïde écoutait les propos de l'agent, ses traits calmes et posés, ses yeux bleus attentifs. Le contact de Waver révélait à la petite assemblée la nature illégale de la création de cette Guerre du Graal, qui n'avait été organisée par aucun gouvernement officiel de mages et qui était l'initiative personnelle d'un puissant mage français.

- Á vous entendre, vous connaissez l'identité du responsable de ce fiasco. Souleva Dorian.

- Je ne peux pas vous révéler son nom tant que l'enquête du gouvernement ne sera pas terminée. Tout ce que je peux vous dire est que nous connaissons son identité et qu'il est bien mort.

Adélaïde darda un regard noir sur l'agent des renseignements. C'était bien la façon de faire des limiers du gouvernement ça, que le recel d'informations. Ils ne disaient que ce qui les arrangeaient et le reste, ils faisaient comme bon leur plaisait. Fleury inspira avec agacement et s'apprêtait à prendre à son tour la parole pour exprimer le fond de sa pensée, malgré la main de Waver serrée sur la sienne pour l'inviter à ne pas insister, lorsque l'archéologue remarqua les traits affligés et la tête basse de Fiona. La jeune fille était pâle et dévisageait avec anxiété les visages des participants dont le brouhaha des contestations s'accroissait. Bon gré mal gré, la professeure interrompit net les protestations, agacée :

- Je gage que lorsque votre enquête sera complétée, vous daignerez enfin nous dire la vérité. En attendant, peut-on au moins savoir comment ce « John Doe » a réussi son coup ? Il a été aidé, je suppose. Je ne crois pas au coup du loup solitaire. Il avait besoin de ressources et de connaissances que je doute que nous ayons en France. Qui d'autre a trempé dans cette histoire ?

- Les recherches franco-britanniques sont encore en cours, mais nous sommes à présents certains que des puissances étrangères sont impliquées. Certains éléments nous dirigent vers les mages et la mafia russe, qui ont fourni des homoncules. Un « Grey Hat » nous a apporté des renseignements inestimables, que nous avons pu vérifier et confirmer de notre côté. Répondit avec une certaine réticence l'agent des renseignements, d'un ton froid et distant.

- Un « Grey Hat » ? Un Chapeau Gris ? Qu'entendez-vous par là ? Insista Adélaïde.

- C'est un terme lié à l'informatique, sensei. Un informateur qui a piraté des données et des systèmes mais transmet ce qu'il a trouvé aux autorités compétentes afin d'apporter son aide. Vint aussitôt à sa rescousse la jeune Reika en essayant de lui donner une définition simple.

- Et qu'est devenu ce mystérieux informateur ? Comment a-t-il trouvé ces renseignements ? Quelles preuves a-t-il pu vous apporter ? Demanda Rin d'une voix ferme et autoritaire.

- Je ne peux pas vous donner ses méthodes, pour la confidentialité de l'enquête. Ses informations se sont néanmoins avérées, après vérification, exactes. C'était un Master qui participait à cette guerre avec un Assassin. J'espérai qu'il serait des nôtres aujourd'hui mais il est décédé avant-hier. Certains d'entre vous l'ont connu sous le nom d'Ivan Komarov.

Adélaïde se pétrifia en entendant un nom familier, posant ses yeux bleus vers Waver comme pour lui demander la silencieuse confirmation qu'elle avait bien entendu ce qu'elle avait cru entendre. Hélas, les traits de ce dernier restaient graves alors qu'il approuvait sans mot dire, caressant sa main en signe de réconfort. Hébétée, Fleury tourna son regard vers Rin, qui se trouvait devant eux. La japonaise semblait tout aussi surprise et interloquée qu'eux, elle n'en avait pas été plus informée qu'eux. C'était un ancien étudiant russe de l'Académie des mages de Londres, Adélaïde l'avait eu dans ses cours. Elle se souvenait bien de lui. Un jeune homme aux cheveux blanc et aux yeux violets, qui avait un dossier académique brillant issus de prestigieuses institutions telles que St Pétersbourg et Moscou. Fleury se souvenait de l'avoir sermonné à plusieurs reprises parce qu'il amenait toujours son ordinateur portable à ses cours alors que la professeure n'y était pas favorable, mais le bougre avait preuve d'une grande capacité d'attention puisqu'elle n'avait pas réussi à le piéger avec ses questions. L'étudiant était réfléchi et levait peu le nez au-dessus de son écran à pianoter elle-ne-savait-trop quoi. Elle fût tout aussi estomaquée d'apprendre, des lèvres d'Evelyn, que Komarov était en réalité un homoncule qui s'était enfui du laboratoire des mages qui l'avaient créé en se forgeant une nouvelle vie et une nouvelle identité. Komarov avait été créé pour devenir un potentiel réceptacle du Graal.

Amère ironie du sort, il avait été choisi comme Master pour cette Guerre.

Le sort était cruel et elle commençait à se demander s'il n'était pas l'énigmatique Master contre lequel Lucas, Dorian, Akito et Reika avaient croisé le fer, efficace, furtif et fort bien organisé. Ce degré de préparation serait, estimait Fleury, tout à fait dans les capacités de son ancien étudiant qui avait préféré s'informer afin de mieux cerner les autres candidats, et pour les défaire avec le plus d'efficacité. Pourtant, elle avait le sentiment que gagner la Guerre n'avait pas été sa priorité. Il avait certes joué avec leurs nerfs à en croire le récit de Dorian et des Sakamoto, mais ils n'avaient pas été sa priorité. Ses cibles prioritaires avaient dû être, comme Adélaïde le réalisait avec horreur, les mystérieux Servants aux classes mal déterminées. Et loup solitaire qu'il était… Komarov avait été au front seul.

La main libre de la franco-britannique se serra en poing crispé, tremblant de colère et de frustration.

- Reika et moi avons mené nos propres investigations de notre côté. Je peux vous confirmer que des familles de mages de la mafia japonaise sont impliquées. Ils ont fini par parler. Ils ont été à l'origine de l'enlèvement du professeur japonais qui a collaboré avec votre « John Doe ». Les informa Akito d'une voix maîtrisée qui lui donnait bien plus que son âge réel.

- On continue de creuser. On vous dira s'ils crachent autre chose d'intéressant, ajouta Reika.

Adélaïde garda le silence. Elle avait toujours eu le sentiment que les deux japonais dissimulaient quelques ombres sous leur amabilité et leur cordialité habituelle. Elle n'avait su que tardivement leur appartenance à une famille japonaise influente qui avait des liens avec la mafia orientale. Même avec cette information en tête, elle n'avait jamais vraiment saisi toutes les implications de cette affiliation. Quelque chose dans leur proximité et dans la façon dont ils se donnaient la réplique interpellait l'archéologue, sans qu'elle ne puisse et qu'elle ne veuille véritablement mettre le doigt dessus. Il y avait tant de choses qu'elle ignorait, tant de choses qu'elle ignorerait et d'autres encore pour lesquelles elle serait laissée dans le noir le plus complet. Elle sentait la main de Waver posée sur la sienne, qui la retenait de bondir sur ses jambes et de pousser une gueulante qu'ils ne seraient pas près d'oublier.

- Le dernier élément que je voulais porter à votre attention est aussi la raison essentielle de ce sommet. Comme vous avez dû vous en rendre compte, la dernière phase de la guerre a été annoncée. Cela signifie qu'assez de Servants ont été vaincus pour satisfaire aux conditions de la dernière étape du rituel. De ce que j'ai pu observer jusqu'à ce jour, sept servants ont été abattus : deux Caster identifiés comme Médée et Gilles de Rais, un Rider qui a été identifié comme Médusa, un Assassin inconnu et trois Saber dont un seul est présent dans nos fichiers et connu comme Charlemagne. Déclara d'une voix impassible Evelyn d'Elvaren.

Adélaïde sentit sa gorge se serrer à la mention de la défaite de Charlemagne. D'Elvaren n'avait pas tourné innocemment ses yeux de glace sur elle. L'archéologue en était sûre. Inconsciemment, la franco-britannique se mordit la lèvre inférieure. Si elle pouvait sentir le regard insondable de Waver sur elle, elle était surtout chamboulée par les implications de cette annonce. La question, pressante, revint hanter ses pensées : si Charlemagne avait été vaincu, où se trouvait Lucas ? Pourquoi ne se trouvait-il pas à leurs côtés ? Pourquoi n'avait-il pas répondu à ses messages écrits ? Pourquoi restait-il injoignable, comme si la ligne avait été coupée ? Son ami de faculté n'était pas faible, loin de là. Il était un grand alchimiste et savait bien se défendre. Il avait réussi à invoquer non seulement un Saber, mais aussi et surtout un roi de France très bien connu dans l'Histoire. Même si elle savait que d'Elvaren l'attendait au tournant, la professeure ne pouvait plus supporter l'incertitude et se leva, libérant sa main de celle de Waver et posa la question qui lui brûlait les lèvres, marchant sur sa fierté.

- Qu'en est-il du professeur Renoir, Madame d'Elvaren ?

- En voilà une bonne question, Professeure. Vous êtes tout à fait en droit de vous poser cette question. Vous êtes une proche amie du professeur. Que dis-je, une amie de longue date.

- Cessez de tourner autour du pot je vous prie, et répondez-moi. Où est Lucas ?

- Vous êtes une tête brûlée, mais vous n'êtes pas idiote. Vous connaissez déjà la réponse, mais peut-être avez-vous besoin de le constater vous-même. Tenez. Ça répondra à votre question.

Adélaïde n'aimait pas du tout cette femme. Elle respectait sa compétence, puisque Waver semblait lui porter un certain respect et elle voulait avoir confiance en son opinion. Elle n'appréciait pas du tout le tempérament de l'agent des renseignements, si froid, si distant et si prompt au jugement. D'Elvaren la défiait du regard, et Fleury n'était pas du genre à baisser les yeux et à se laisser faire. La professeure ignora les regards et les murmures de leur entourage et s'approcha de l'autel. D'Elvaren avait beau être plus grande qu'elle, Adélaïde riva ses yeux bleus droit dans les siens. Elle saisit sans hésitation la fiche que lui tendait l'agent des renseignements et regagna sa place. Entendant distraitement D'Elvaren reprendre la parole en faisant le bilan des rares éléments dont ils disposaient sur de mystérieux Servants, Adélaïde parcourait sans mot dire le dossier. Une photo de Lucas avait été agrafée sur l'entête, à côté de nombreuses informations civiques et magiques le concernant. Ses yeux clairs se pétrifièrent en lisant le rapport aussi détaillé que glaçant qui lui succédait. Un violent haut-le-cœur la saisit alors qu'elle posait les yeux sur la page suivante, ni plus ni moins une autopsie. Les mots étaient froidement médicaux, détachés, décrivant rationnellement un sujet ou ici, un objet. La professeure se fit violence pour ne pas vomir, s'efforçant de lire l'horrible compte-rendu jusqu'au bout, ses doigts crispés sur les feuilles de papier. Malgré ses efforts pour masquer le contenu, Waver était parvenu à lire le dossier par-dessus son épaule et à peine avait-il posé les yeux sur l'autopsie qu'il arrachait le dossier des mains de la professeure qui ne bougeait plus, en muet et parfait état de choc. C'est avec distance qu'Adélaïde l'entendit protester d'une voix calme mais ferme envers l'agent, critiquant sa façon de procéder envers l'archéologue, dont les pensées tournaient en boucle.

Lucas avait été vaincu. Lucas avait été torturé. Lucas n'avait pas parlé. Lucas était décédé.

Comme à Warka, un mélange d'impuissance, de frustration et de colère brûlante la meurtrissait, associé à un violent sentiment de culpabilité et de l'insupportable, détestable ressenti du survivant. Le visage souffrant de Lucas se mêla à la tempête des visages déformés, terrifiés gisant dans le désert. Pourtant, elle fit de violents efforts pour se rappeler où et avec qui elle se trouvait présentement, et pris tant bien que mal sur elle. Elle ravala sa colère, son ressentiment envers d'Elvaren qui, avec ses secrets, n'avait pas pu empêcher d'éviter ce drame à ses yeux. S'ils avaient fait ce sommet plus tôt, peut-être que Lucas serait encore en vie et qu'elle aurait pu, avec son aval, se libérer de leur secret. La voix, terriblement froide et implacable de l'agent du gouvernement, l'arracha à ses réflexions.

- Peut-être que vous avez des informations que vous souhaiteriez nous partager, professeure ?

- Je suppose que tout comme pour vous, il vaut mieux tard que jamais. Répliqua Adélaïde.

- Pour soulager votre conscience peut-être ? Rétorqua l'agent d'un ton lourd de reproche.

- Contrairement à vous sans doute, et pour qu'il ne soit pas mort en vain - Répondit avec sécheresse Adélaïde sans lui laisser la possibilité de l'interrompre. – Lucas m'a confirmé dans son dernier message ce que nous craignions. Nous avons affaire à des chevaliers, et pas à n'importe lesquels. Il s'agit bien, comme Dorian le craignait, de la Table Ronde elle-même. Cela confirme la théorie de Dorian comme quoi Rin, Shirou et Sakura ont fait face à deux d'entre eux, Mordred et Lancelot. Cela expliquerait leur puissance, bien qu'inhabituelle.

- Je vais continuer sur ta lancée. J'ai fait mes recherches avec ce que je connais de la Matière de Bretagne et de ce que nos collègues nous ont rapportés : ils auraient fait face à cinq autres chevaliers, que je pense être Bedivère et Gauvain pour les épéistes. L'archer pourrait correspondre à Tristan. Quant à celui avec le grand bouclier, ça pourrait être Galahad. Ce qui veut dire que « le maître » évoqué par Médée ne peut-être que… le Roi des Chevaliers. Le Roi Arthur. En outre, s'il est souvent invoqué en tant que Saber, cela ne veut pas dire que c'est la seule classe qu'il peut incarner. Il peut être un Lancer, aussi. L'arme est moins connue que Calibur ou Excalibur, mais il possède aussi une lance sacrée. Précisa avec gravité Dorian.

L'atmosphère se fit très lourde dans la chapelle principale de Notre-Dame-de-Paris. Le Roi des Chevaliers étaient des Servants très connus, qui s'étaient déjà illustrés dans deux Guerres du Graal récentes. Ils – Adélaïde préférait le considérer de genre neutre – étaient déjà redoutables à eux seuls, mais s'ils avaient en plus à leurs côtés les célèbres chevaliers de la Table Ronde… c'était un défi d'un tout autre calibre. L'appui de vétérans comme Iskandar et Gilgamesh ne seraient sans doute pas de trop, tout comme la force de frappe d'Ishtar, l'adaptabilité des deux Assassins japonais et la volonté inébranlable de la mystérieuse X. Sa présence dans cette guerre du Graal était-elle tout à fait fortuite ?

Il était trop tard pour renoncer. Adélaïde n'en avait pas l'intention. Elle se battrait jusqu'au bout.

Ils partaient certes avec un écrasant désavantage face à la cohésion et la complémentarité légendaire des chevaliers de la Table Ronde, sans doute galvanisés par le commandement de leur Roi mythique. Pourtant… elle voulait croire en la confiance que dégageait Gilgamesh Caster. Ce dernier lui avait indiqué que les combats à venir seraient les plus difficiles qu'elle rencontrerait, mais il n'avait pas dit que la victoire leur était impossible. Peut-être était-ce ce qui l'avait motivé de lui faire endurer cet entraînement draconien de dernière minute. Quoiqu'il en soit, décida Adélaïde, il fallait qu'ils décident d'une voire de plusieurs stratégies, tant de façon individuelle que de manière groupée.

Ils discutèrent de longues heures durant, si bien que son esprit peinait à rester pleinement attentif. Ils étaient arrivés avec peine à un accord de trêve, le temps de défaire les ennemis les plus menaçants dont l'intention des Masters restait dangereusement inconnue. Il n'y avait plus de place pour le hasard, et elle voulait venger la mort violente de Lucas. Il était hors de questions que l'ennemi soit vainqueur.

Des équipes furent définies avec les neufs tandems qui étaient encore en lice de leur côté, en binômes ou en trinômes. Il fût décidé que l'agent d'Elvaren resterait aux côtés de Fiona, permettant à Saber et à Lancer de combattre ensemble et de mettre à profit leurs aptitudes complémentaires. Naturellement, Rin et Shirou furent assignés à la même équipe, avec leurs deux Archers pour se battre à leurs côtés. Il en alla de même pour les Sakamoto, qui tinrent à leur binôme avec leurs deux Assassins en autonomie. Avant qu'Adélaïde ne puisse avoir son mot à dire sur la question, Waver l'avait précédée et avait déclaré qu'ils constitueraient la dernière équipe avec Dorian, profitant de la polyvalence apportée par la présence d'un Archer – et secrètement d'un Caster –, d'un Rider et d'un Assassin.

Adélaïde sentait que Waver était tout autant en colère qu'elle, et une tension régnait alors qu'ils quittaient silencieusement leur banc d'église, Dorian restant prudemment à distance. Le temps était à l'orage et le tonnerre grondait déjà, mais Fleury préférait crever l'abcès tant qu'ils le pouvaient encore.


Hôtel, quartier du Marais, Paris, France. Deux heures plus tard. Nuit.

Pour peu, les murs auraient presque tremblé face à la furie qui s'abattait dans la chambre conjugale.

La tempête qui s'était chargée d'électricité frappait avec furie dans la pièce alors que Adélaïde et Waver laissaient libre court au stress qu'ils avaient accumulés et à la colère qu'ils ressentaient. Le français se mêlait tantôt à l'anglais alors que le naturel revenait au galop. Waver n'était pas du tout heureux d'apprendre qu'elle s'était mise en danger en enquêtant de son côté, sans l'en informer, et qui plus est avec Renoir envers qui il ressentait toujours une vieille inimité. Adélaïde n'en était pas en reste, exprimant la frustration et la fureur qu'elle ressentait d'avoir été laissée dans le noir concernant des informations cruciales, qui auraient pu éviter la mort de Lucas et sans doute aussi celle de bien des innocents. Que s'imaginait-il ? Qu'elle resterait sagement les bras croisés, alors qu'elle avait la possibilité de mettre la main dans le cambouis et d'apporter sa pierre à l'édifice ? Elle était en droit de savoir, surtout quand cela concernait leur sécurité respective ! Après tout, elle n'avait jamais posé de questions lors de ses entrevues avec l'agent des renseignements, alors pourquoi devrait-elle lui rendre des comptes concernant ses discussions avec Lucas ? Ne pouvait-il pas attendre qu'elle ait plus de renseignements à lui donner, avec l'aval de Lucas conformément à leur accord ? Croyait-il la protéger en la laissant dans le brouillard, sans savoir ce qu'il se tramait exactement ? Elle n'était pas une princesse en détresse qu'il fallait sauver et protéger, crénom de tous les dieux ! Et puis, quel était son problème avec Lucas ? Pourquoi faisait-il une telle fixation sur Renoir, alors qu'elle avait toujours été honnête avec lui et fidèle dans leur couple ? Il n'avait rien à craindre de lui.

Il n'avait pas à endosser à lui tout seul les responsabilités et le devoir de trouver la vérité. Elle pouvait l'aider et que les dieux en fussent témoins elle ne se priverait pas de le faire, qu'il le veuille ou non. Quant à lui, il lui reprochait son imprudence, sa témérité et son refus obtus de demander de l'aide. Il lui rappelait que ça aurait pu être elle à la place de Renoir, et qu'il ne s'en serait jamais remis. Il lui disait qu'elle devrait parfois plus utiliser sa tête que simplement écouter son cœur ou son instinct. Il lui fit remarquer que l'attitude de l'archéologue vis-à-vis de l'agent d'Elvaren n'était pas meilleure, ce à quoi Adélaïde répondit qu'elle était en droit de ne pas apprécier une femme dont elle n'approuvait pas à la façon de faire et qui, paranoïaque, aurait préféré qu'elle ait été tuée en Irak. Était-ce aussi ce qu'il pensait, lui ? La pensait-il folle dangereuse ? Aurait-il préféré, lui-aussi, qu'elle meure à Warka !

La tempête passée, un froid meurtrissant et un silence écrasant s'étaient abattus sur la chambre.

Adélaïde s'était assise de son côté du lit, n'accordant aucun regard de l'autre côté, ses lèvres serrées. Ses yeux clairs étaient rivés sur le Codex Mystique de golemancie dont elle avait hérité de ses parents, parcourant ses pages et déchiffrant le langage hébraïque en quête d'enchantements qui l'aideraient pour le rude combat à venir. Elle ne se privait pas d'utiliser une nouvelle fois la Bête, s'il y avait besoin, que cela plaise ou non à Godric ou à Gilgamesh Caster, tant elle était courroucée. Y avait-il d'autres types de golems qu'elle pourrait façonner ? Elle songea aussi aux stratégies qu'ils avaient échafaudées avec Caster et le jeune Archer au cours de leurs entraînements en session privée. Waver était tout aussi silencieux, assis de son propre côté du lit, impassible et les yeux rivés sur des documents qu'il continuait de lire avec attention. Adélaïde n'aurait pas su dire ce à quoi il pensait tant son expression était fermée et tant elle-même était remontée par la dispute qu'ils avaient eue. Cela faisait longtemps qu'ils ne s'étaient pas tenus autant à distance l'un de l'autre, des années même.

Malgré elle, un lointain souvenir d'un lit double partagé lors d'une panne de chauffage en plein hiver rigoureux traversa son esprit, laissant sur son passage l'évanescent sentiment de gêne et de complicité. C'était le bon temps, la bonne époque où ils avaient bien moins de tracas extérieurs pour les accabler.

Au final, la colère finit par concéder du terrain sur son esprit, à l'instar d'une marée descendante. Elle reflua petit à petit, alors que l'impuissance reprenait le dessus aux côtés d'un indicible remord. Était-ce vraiment le bon moment de se disputer, alors que demain serait peut-être le dernier jour ? Elle avait perdu presque tous ses plus proches amis en l'espace d'une seule année, aussi ne voulait-elle pas perdre derrière sa fierté l'homme de sa vie, le compagnon qu'elle aimait plus que tout. Elle ne le perdrait pas. Elle ferait tout en son pouvoir pour le protéger et s'assurer qu'il survivrait, même s'ils devaient rester brouillés. Mourir lui faisait toujours peur, mais si elle pouvait le protéger… Après tout, songeait Fleury, elle aurait déjà dû mourir sur les ruines de Warka, aux côtés de ses pairs et amis chers.

Waver finirait toujours par se relever, et elle avait confiance en lui pour faire un vœu juste au Graal.

C'est alors qu'elle sentit la main de Waver se poser avec délicatesse sur la sienne et la serrer avec douceur. Adélaïde ne fit pas mine de bouger, mais ne chercha pas à repousser sa main pour autant. Du coin de l'œil, tout en feignant de ne pas le voir, l'archéologue nota que son compagnon s'approchait petit à petit, jusqu'à ce qu'ils se retrouvent assis l'un à côté de l'autre, comme d'ordinaire. La professeure ne s'opposa pas davantage à cette proximité, ses yeux rivés sur les lignes de son codex. Elle fût surprise de le sentir libérer ensuite sa main et se redresser, de se lever et de s'éloigner du lit. Elle préféra se concentrer sur sa lecture, l'écoutant avec distance gagner l'espace salle de bains de leur chambre. Distraite, elle perçut vaguement le son subtil de tissus que l'on manipulait, avant que les foulées caractéristiques de ses pas ne se rapprochent de leur lit. Intriguée malgré elle, la professeure se détacha du codex mystique qu'elle consultait et tourna son regard dans sa direction.

Waver était revenu dans leur chambre et s'approchait, vêtu d'une simple serviette autour de la taille. Adélaïde l'observa avec curiosité et appréciation, ce dont il était parfaitement conscient. Ses traits restaient posés et alertes comme toujours, tandis que ses yeux noirs reflétaient une certaine malice.

- C'est juste moi. Lança Waver d'un ton qui se voulait humble tout en se glissant sous les draps.

Il était parfaitement conscient de l'effet qu'il lui faisait, si elle en croyait l'espièglerie et la satisfaction dissimulées sous l'amabilité de ses traits. S'il fit mine de parcourir un livre de son côté, Adélaïde savait qu'il ne la quittait pas tout à fait du regard tout comme elle ne détournait pas les yeux non-plus.

- Il fait chaud, n'est-ce pas ? Une douche fait tellement de bien. Commenta Waver.

Il s'était de nouveau approché d'elle tandis que sa main venait serrer avec tendresse la sienne. Fleury sentit ses dernières résistances de mauvaise volonté et de fierté s'ébranler face à cette approche, qui réveillait leur complicité et dissipait les vestiges de leur dispute. Il éleva ensuite sa main qu'il tenait dans la sienne, juste assez pour effleurer de ses lèvres le dos de sa main en un délicat baisemain. Adélaïde consentit à refermer de sa main libre le codex mystique et le posa sur la table de chevet, sans chercher à libérer son autre main. La professeure finit par se tourner vers lui, ses yeux bleus alors vifs et passionnés tandis qu'elle se penchait vers lui et approchait son visage du sien. Quelques instants plus tard, elle l'enlaçait de ses bras tandis qu'il parcourait avec ardeur son cou de ses lèvres.

Ce ne fût pas la nuit la plus reposante qu'ils connurent, mais elle fût apaisante à bien des égards.