Twisted - Chapitre 1
In the darkness… i wait for you…
« Seigneur Minos ? Vous m'entendez ? »
Minos, spectre du Griffon de l'étoile céleste de la noblesse, l'un des trois généraux d'Hadès, reprit connaissance après s'être laissé emporter par les souvenirs d'une de ses anciennes vies. Voilà encore que son passé revient lui jouer des tours pendant qu'il travaillait ! C'était la troisième fois aujourd'hui…
Il se racla la gorge pour se donner une contenance et tourna la tête vers son procureur :
« Tout va bien Rune. Que disais-tu ?
- Pardonnez-moi Seigneur. Je venais vous rappeler que le flux des âmes des défunts était en constante augmentation depuis un mois et que sa majesté Hadès tenait à ce que les jugements soient tenus correctement.
- Je sais Rune, tu n'as pas besoin de me le rappeler. Ce tribunal tourne très bien depuis des siècles et il en sera ainsi pour l'éternité. Ce n'est pas la première fois que nous observons ce phénomène, rappelle-toi la Guerre des 100 ans. Les humains se livrent de sanglantes batailles entre eux et ce, depuis l'aube des temps. Ils sont décidément très doués pour s'autodétruire… à croire qu'on devrait les laisser s'entretuer sans aucune intervention de sa majesté.
- Seigneur Minos ! Voyons ! C'est très sérieux ! »
Le griffon roula les yeux d'amusement. Son procureur était un excellent élément dans son tribunal : sérieux, consciencieux et très appliqué, c'était réellement un soulagement pour Minos de l'avoir à ses côtés. Mais par le Styx ! Ce qu'il pouvait être coincé parfois ! Enfin, il n'allait pas le refaire ! Il le connaissait depuis des siècles et pas sûr que ce bon Balrog accepte de mettre un peu de fantaisie dans son outre vie.
« C'est toujours sérieux avec toi Rune ! Mais ne t'inquiète pas, je vois très bien ce que sa majesté veut dire. Je vais aller faire mon rapport à Lady Pandore de ce pas. Je te laisse mettre de l'ordre dans ce tribunal.
- Vous pouvez compter sur moi Seigneur. Et n'oubliez pas ce soir, vous êtes attendu pour diner avec vos frères. »
Bon sang ! Il avait encore oublié ! Il se leva pour mieux enlever sa robe de juge et la plaça négligemment sur sa chaise. Devant son procureur, il tint un ton assuré et calme :
« Je m'en rappelle Rune. A plus tard. »
Il prit congé le plus dignement possible et ne se pressa absolument pas pour aller faire son rapport. Le juge avait l'esprit ailleurs ces temps-ci. Ces nuits étaient hantées par le souvenir d'un certain chevalier d'or. Le plus terrible qu'il eut à affronter. Un homme dont la beauté était aussi frappante que l'odeur de ses roses. Un maudit chevalier d'Athéna qui portait le doux nom d'Albafica, le chevalier d'or des Poissons.
« Albafica… »
Minos murmura ce nom venu du passé tandis qu'il prit son envol pour la Giudecca, le palais d'Hadès. Le simple fait de prononcer ce nom suffit à lui raviver la flamme de souvenirs enfouis. Un merveilleux pantin… malléable à souhait… une poupée de porcelaine au regard fier et combattif qui avait osé lui tenir tête ! Lui, Minos, le grand marionnettiste ! Il en avait combattu des chevaliers d'or, mais celui-là… Quelle audace ! Quel dommage de ne pas avoir pu s'amuser avec lui davantage… S'il en avait eu le temps… il lui aurait fait subir les pires sévices qu'il eut à infliger… ! Un rictus sadique vint déformer le beau visage de Minos tandis qu'un rire cristallin s'échappa de sa gorge. Albafica… quel adversaire mémorable ! Il continua sa route et à chaque battement d'aile, son attitude changea et se mua en une profonde mélancolie avec la certitude que jamais plus, il ne retrouverait une beauté telle que lui… Quel gâchis !
Il posa enfin un pied au palais de son seigneur et maitre. Toutes pensées d'un certain Poisson avait subitement disparu. Le sérieux avait repris le dessus et c'est d'un pas confiant qu'il s'engouffra dans le sinistre bâtiment. Il fut conduit par des gardes jusqu'à la terrible Pandore. Une créature aussi délicieuse que féroce commandante des armées d'Hadès, cette dernière dirigeait d'une main de fer les spectres et était également la sœur de la déité. Le couloir qui menait à Pandore était long et sombre. De tous les spectres, seuls les juges et Pharaoh, le spectre du sphinx et par extension, musicien attitré de sa majesté avaient la permission d'entrer ici… Un privilège dont Minos avait parfaitement conscience. C'était dans cet état d'esprit que la lourde porte s'ouvrit et que l'argenté pénétra dans la salle du trône. La belle Pandore jouait calmement de la harpe, yeux clos. Une masse sombre à ses côtés attira le regard de Minos. C'était Cheshire, le spectre du Caith Sith, l'âme damné de Pandore, qui était assis à même le sol, en tailleur, se balançant d'avant en arrière tel un enfant, le regard malicieux. Donc un spectre de plus qui foulait le sol de ce palais… Minos fit une moue dédaigneuse, il ne supportait pas cette créature !
« Le petit animal à sa maitresse… » Pensa Minos, avec tout le cynisme dont il était capable
A dire vrai, peu de spectres appréciaient Cheshire. C'était pour ainsi dire une « balance » et n'hésitait pas à tout répéter à sa maitresse bien aimé dans le but d'avoir ses faveurs. Le norvégien n'enviait pas sa place, bien au contraire !
Minos arriva en face de Pandore, mit un genou à terre, en signe de respect et attendit la fin de la mélodie. Cette dernière finit par s'arrêter et Pandore ouvrit les yeux, calmement :
« Minos, je t'attendais.
- Lady Pandore, mes hommages, je viens vous faire mon rapport.
- Je t'écoute Griffon.
- Les âmes jugées ont correctement été dirigés vers les prisons désignées. Toutes y sont passés. Je tenais à vous assurer que nous ne prendrons aucun retard malgré le nombre conséquent de damnés. Aucune âme en particulier n'a attiré mon attention, ils étaient des humains tout ce qu'il y a de plus tristement normal. Le seigneur Hadès peut être rassuré à ce sujet.
- Je prends note de tes paroles Juge. J'en ferais part à sa majesté. Tu peux disposer.
- Bien ma Dame. »
Le Caith Sith, qui avait tout suivi de cet échange, émit un petit rire joueur avant de bondir sur ses pieds et de se diriger vers Pandore, réclamant des caresses. Cette dernière les lui donna de bonne grâce.
« Elle est vraiment de bonne disposition aujourd'hui. » S'étonna Minos
Elle était si lunatique… C'était compliqué pour les juges de s'accommoder à son humeur, quoique le seul capable de vraiment l'appréhender était sans conteste Rhadamanthe, le colérique spectre de la Wyverne, l'un des frères de Minos. Il avait toujours su y faire avec elle. Bien mieux que Minos et Aiacos en tout cas…
Minos ne demanda pas son reste et prit congé. Soulagé de cette tâche, il reprit son envol pour Tolomea. Une fois sur place, une nuée de femmes en noires se présenta à lui. Minos, habitué par un tel accueil et ce, depuis des siècles, ne preta guère attention à ses servantes. Il les laissa s'occuper de lui et le préparer pour le diner. Ce fameux diner… Il aurait bien fait autre chose de sa soirée ! Il aurait voulu se laisser aller à ses souvenirs en toute tranquillité et se rappeler de chaque moment de ce combat contre Albafica. Les détails de son visage, sa voix claire, son regard…
C'était sans compter sur une des servantes, un peu trop maladroite, qui eut le malheur de faire tomber un vase d'eau au pied du juge. Un long silence de mort s'en suivit. Ses camarades s'éloignèrent doucement tandis que la malheureuse, tétanisée, resta clouée sur place, n'osant plus faire le moindre mouvement.
La face impassible, Minos observa les débris de porcelaine et le liquide transparent à ses pieds. Puis tout bascula très vite. En un gracieux mouvement de la main, des fils cosmiques s'emparèrent de la pauvre fille pour la suspendre dans les airs. Etirée par toutes les extrémités, la jeune femme cria de surprise et de douleur. Le fin juge l'écartela lentement, très lentement, appréciant les couinements de sa victime. Et dire que cette soirée s'annonçait ennuyeuse à souhait ! Minos jubila devant la détresse de sa servante et lui retourna brusquement la jambe droite, provoquant un hurlement strident qui résonna dans tout le palais. Il riait tel un enfant et arbora un de ces sourires les plus inquiétants…
Le juge Minos montrait enfin son vrai visage : celui d'un homme sadique. Un homme qui derrière son beau visage et ses bonnes manières, cachait une part de folie pure…
Il lui retourna les doigts, chaque doigt, dans l'ordre, méthodologiquement, proprement. S'il y avait bien une chose que le Griffon ne supportait pas, c'était le travail de boucher ! Il était connu pour ses méthodes de torture très poussées, de celles qui pouvaient durer une éternité !
Curieux, Minos usa de sa technique de manipulation cosmique pour retirer le voile qui couvrait le visage de son jouet. Il voulait voir la douleur déformer le visage de cette empotée ! Il voulait lui faire encore plus mal…
Le voile tomba. Le visage de la servante était quelconque. Cheveux sombres en désordre, yeux ternes écarquillés et teint blafard. Il ne lui trouva vraiment rien et fut déçu de ne pas y trouver un joli minois. La servante hurlait de terreur. Elle hurlait de plus en plus fort !
« Veux-tu bien avoir l'obligeance de souffrir plus dignement, espèce de truie ! » Pesta Minos
Mais la servante hurlait encore et encore. Cela eut pour effet de le mettre dans une colère noire et d'un bref mouvement d'index, décida de finir le jeu et de briser la nuque de la pauvre fille. Un craquement net, sec, et ce fut la fin. Le cadavre retomba de façon grotesque au sol, comme une poupée de chiffon.
Le terrible Minos désigna le corps :
« Nettoyez-moi ça. Elle encombre le passage. »
Apeurées, les servantes encore vivantes s'exécutèrent. Quant à Minos, il était en colère, frustré. Il connaissait la raison de cette mauvaise humeur : la fille qu'il venait d'écarteler, elle n'était pas LUI. Elle n'avait pas sa beauté, sa grâce… Elle était banale. Un jouet bas de gamme comme il aimait les appeler. Il avait beau essayer de se calmer en tuant ses serviteurs les uns après les autres, ça ne changerait rien : Albafica n'était plus ! Son âme pourrissait dans le Cocyte depuis plus de 100 ans. Il ne pouvait rien y faire. La terrible vérité lui éclata en pleine figure comme une grenade. Un jouet comme lui, on n'en trouve qu'une fois dans toutes ses vies. Il inspira profondément. Attendit quelques secondes. Expira. Il réitéra cet exercice plusieurs fois, jusqu'à ce qu'il fût plus calme. Il avait réussi à chasser le chevalier d'or de son esprit pour un temps. Il allait enfin pouvoir finir de se préparer…
Du côté d'Antinora, deux autres juges, tout aussi dangereux, attendaient leur frère. Attablés autour d'une longue table, Aiacos du Garuda et Rhadamanthe de la Wyverne sirotaient un vin provenant de la cave personnelle du népalais, persuadés que Minos avait encore oublié leur diner.
« Je te parie qu'il est encore enfermé dans sa bibliothèque. » amena Aiacos, impatient
Rhadamanthe avala une longue gorgée avant de répondre à son frère :
« Tu pourrais avoir raison Garuda. Ça ne lui ressemble pas d'oublier. Je le trouve étrange ces derniers temps.
- Minos a toujours été versatile, on devrait être habitué.
- Je n'aime pas ça.
- Toujours aussi méfiant Wyverne, décidément, tu ne changeras jamais ! Tu te fais du mauvais sang pour rien. Connaissant Minos, il a encore joué à la dinette sanglante !
- Puisses-tu dire vrai… »
Rhadamanthe avait un mauvais pressentiment. Il connaissait bien son frère. Il était le plus studieux des trois. Le fait qu'il oublie certaines choses n'était pas normal…
Aiacos poussa un long soupir avant de s'emparer d'un étrange fruit rouge et de croquer dedans :
« Bon… je commence à en avoir marre. Je n'aime pas attendre.
- Commence si tu veux, je vais aller chercher Minos. »
L'anglais se leva de sa chaise après avoir vidé son verre. Au même moment, leur frère apparut sur le balcon du roi de Karura. Dans toute sa splendeur. Aiacos émit un long sifflement :
« Eh bien ! Quelle superbe entrée mon cher Minos ! On ne t'attendait plus… d'ailleurs, j'ai commencé sans toi comme tu peux le voir ! »
Minos avança jusqu'à la table ou il prit place sans dire le moindre mot. Aiacos ordonna qu'on apporte un verre supplémentaire. Rhadamanthe reprit sa chaise, s'y installa et observa le griffon. Il avait l'air absent…comme absorbé par autre chose. C'était vraiment suspect.
« J'enverrai un de mes hommes chez Minos. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez lui. » pensa le dragon
Ce n'était pas la première fois que Rhadamanthe usait de ce stratagème… Ce juge était si prudent. Ça frôlait parfois la paranoïa selon ses frères mais il se fichait pas mal de leur avis. Après tout, il valait mieux prendre mille précautions plutôt que récupérer d'énormes problèmes par la suite…
Minos but d'une traite le verre d'alcool qu'on lui apporta. Son regard s'attarda du côté de la servante. Un peu trop longtemps au gout d'Aiacos.
« Griffon… Elle est à moi celle-ci. Merci de ne pas jouer avec mes serviteurs. »
Minos sourit à la remarque du Garuda :
« Ne t'en fais pas Aiacos. Je me suis déjà amusé avant de venir.
- La raison de ton fameux retard ? Ou bien est-ce par ce que tu as une fois de plus oublié qu'on avait rendez-vous ? »
Minos serra le poing. Il ne voulait pas ses frères se mêlent de ses affaires, encore moins qu'ils découvrent l'identité de celui qui le mettait dans cet état ! Ils lui avaient déjà fait assez de reproches comme ça par le passé…
« Une petite sotte m'a renversé de l'eau dessus. Je me devais de régler cela avant de venir. Je n'ai pas vu le temps passer. Tu sais bien comment je suis quand je m'amuse ! »
Sourire terrible en face de lui. Aiacos accepta l'excuse de son frère.
« Tu es tout pardonné Minos. J'espère que tu as pris bien du plaisir avec ton joujou. Bon maintenant que tout ceci est réglé, on va enfin pouvoir passer aux choses sérieuses. »
Garuda frappa dans ses mains et au même moment, une floppée de servantes apportèrent des plats richement garnis. Le Garuda avait prévu un festin de roi ce soir ! Il ne lésinait jamais sur les moyens pour impressionner ses frères. Il se devait d'être le meilleur, en toute circonstance.
Rhadamanthe ne quittait pas Minos des yeux. Aiacos avait peut-être gobé son excuse mais pas lui ! Il comptait bien lui tirer les vers du nez. Il attaqua sans perdre de temps :
« Ainsi donc tu as passé du bon temps avec une de ces pauvres créatures ? C'est étrange… Oui c'est étrange que cela passe avant tout le reste. Tu es tellement à cheval sur les bonnes manières d'habitude. Il doit forcément y avoir une raison pour tu que sois aussi tête en l'air… d'autant plus que tu ne supportes pas les retards quels qu'ils soient… »
Minos jeta un regard noir à son Sherlock Holmes de frère. Si Rhadamanthe commençait à fourrer son nez dans ses histoires, ça allait être problématique… Il ne flancha pas pour autant et lui tint tête :
« J'ai peut-être trainé un peu trop dans le bain… ça peut arriver. Et puis, ce n'est pas comme si on avait beaucoup de travail en ce moment.
- Tu l'as dit, approuva Aiacos, on récupère les victimes de ce génocide terrestre… Quel spectacle ça doit être là-haut ! Enfin, ça fera le bonheur de sa majesté qui voit le nombre de morts grossir nos rangs !
- Peu importe le nombre, coupa Rhadamanthe de sa voix grave, nous sommes les juges des enfers. C'est notre devoir. Ce que les insectes de la surface font entre eux m'indiffère. Nous devons tenir le rythme et ne pas nous laisser envahir par le retard. Tu devrais le savoir mieux que quiconque Minos.
- Ne me dis pas ce que je dois faire. Jusqu'à aujourd'hui, tout se déroule parfaitement bien. Et puis dois-je te rappeler que tous les jugements en attente que vous me remettez me donne du travail supplémentaire ?
- C'est ton rôle d'ainé, il me semble. Si tu ne te sentais pas capable d'assumer cette tâche, il fallait le faire savoir plus tôt.
- Je remplis parfaitement mon devoir. Je suis parfaitement à ma place. Je ne ralentis jamais la cadence, j'expédie les jugements les uns après les autres. J'obéis aux ordres qui me sont scrupuleusement donnés. Peut-on en dire autant de toi ? Toi, qui n'hésite à braver les ordres de Lady Pandore pour assurer tes arrières. Je me demande d'ailleurs ce que tu peux assurer de plus avec elle….
- Comment ? Tu… »
Aiacos, qui avait pris beaucoup de plaisir à assister à la partie de ping-pong verbal de ses frères, décida de les stopper dans leur élan :
« Hahaha ! Allons, détendez-vous ! Nous ne sommes plus au tribunal, pensez à autre chose. A ce propos, je sais ce qui va vous plaire. J'ai prévu d'organiser un combat entre deux de mes guerriers pour notre plus grand plaisir. Vous allez pouvoir apprécier ce spectacle tout en dégustant ce repas. »
Rhadamanthe, qui était à deux doigts de se jeter sur Minos, reprit son calme. Bien… si Minos le prenait comme ça… il hocha la tête :
« Tu as raison Aiacos. Mangeons, j'ai faim.
- Oui, ajouta Minos, envoie-nous tes hommes petit frère et fais-nous vibrer.
- Messieurs… je vous offre l'agressivité et la passion du combat au corps à corps sur un plateau ! Que les combattants s'approchent ! »
Deux solides gaillards s'approchèrent. Ils étaient grands et musclés. Torses nus et ne portaient qu'un pantalon de toile. Ils se jaugèrent l'un et l'autre avant de se faire face. Attendant les ordres de leur maitre.
« Esclaves, vous n'avez qu'un seul but ce soir, nous divertir. Je veux que vous régaliez mes invités. Ce sera un combat à mort. Le gagnant aura le droit de me servir encore quelques années de plus à bord du Garuda Ship et… je lui offre également une bouteille de vin de ma réserve personnelle ! »
Rhadamanthe tiqua :
« Ton vin ? De ta réserve ? Tu es bien généreux !
- Rhadamanthe, il faut savoir motiver les troupes de temps en temps. De plus, je me sens d'excellente humeur ce soir ! »
Le britannique secoua la tête : jamais au grand jamais il ne donnerait de l'alcool en récompense à ses hommes. C'était bien trop sacré à ses yeux ! Surtout que le vin d'Aiacos était excellent ! D'ailleurs, il ordonna à une servante de lui en resservir un verre…
Aiacos écarta les bras, en parfait maitre de cérémonie, considérant ses hommes avec légèreté :
« Vous avez carte blanche pour la mise à mort ! Je ne veux que du combat à mains nus, pas d'armes. Si vous avez le malheur de venir bousculer la table ou de déranger mes frères, je puis vous assurer que je me ferais un plaisir de vous laisser entre leurs mains. Bien. Sur ces belles paroles, que le combat commence ! »
Les guerriers se jetèrent sauvagement l'un sur l'autre ! Tout n'était que violence et agressivité. Du coté des juges, le repas commença. Le Garuda et la Wyverne ne ratèrent rien du spectacle et savourèrent le diner. Minos mangea calmement, en silence, légèrement en retrait, l'esprit assaillit par une certaine rose. Les coups se mirent à pleuvoir. Le premier coup de poing s'abattit brutalement et un filet de sang gicla au sol. Aiacos ne manqua pas de le remarquer :
« Hohooo ! Ça commence fort ! Allons qui va gagner selon vous ? J'ouvre les paris !
- Celui de droite est mal partit, fit Rhadamanthe, il n'a pas su parer les premières attaques. Celui de gauche, en revanche, il a de bons appuis… il pourrait gagner…
- Bien Wyverne et toi Minos ? Qu'en dis-tu ? »
Minos s'efforça de paraitre présent. Il sentit le regard du blond peser sur lui, attendant un faux pas de sa part. Mais à ce jeu-là, l'étoile céleste de la noblesse avait plus d'un tour dans son sac…
« Je pense que ton combattant de droite peut s'en sortir victorieux. Il a encore toutes ses chances. »
L'anglais lâcha un rire sardonique :
« Tu veux rire ? Il a pris un sale coup dans l'œil, il va être désavantagé. Regarde- le, il perd l'équilibre.
- Les vrais guerriers ne se fient pas qu'à leur seule vue cher frère. Il se pourrait même qu'il lui fasse mordre la poussière avant le dessert. »
Aiacos rejeta la tête en arrière pour rire aux éclats :
« Hahaha ! Merveilleux ! Eh bien soit ! On maintient le pari : Rhadamanthe celui de gauche et Minos celui de droite. Quels sont les enjeux ? »
Le regard de la Wyverne brilla d'une lueur étrange :
« Si je remporte le pari, tu devras nous faire part de tes pensées Minos. Ce qui occupe ton esprit plus précisément. Et je ne me contenterai pas d'une excuse bidon. »
Comment osait-il… ? Minos ne répondit pas tout de suite. Il finit sa bouchée calmement. S'essuya la bouche avec sa serviette et releva fièrement le menton :
« Je maintiens le pari. Mais si je gagne, Rhadamanthe, tu devras t'engager à ne plus m'envoyer tes hommes m'espionner pour ton compte. »
Wyverne plissa les yeux. Son frère le connaissait aussi bien que lui… et il avait anticipé ses projets. Très bien. Ça pourrait être intéressant.
« J'accepte. »
Aiacos mordit à pleines dents dans un morceau de viande. Il se régalait. Dans tous les sens du terme. Non seulement, le repas était à la hauteur de ses attentes mais en plus il adorait cette pression qui s'installait progressivement entre ces frères.
« Bien. Voyons lequel de ces deux pauvres diables va gagner ! »
La lutte dura tout le long du repas. Les deux guerriers étaient en sang, leurs visages couverts d'hématomes et bien qu'ils commençassent à afficher les premiers signes de fatigue, aucun d'entre eux ne baissa sa garde. Courageusement, ils continuèrent. Les juges ne perdirent pas une miette de ce combat. Ils se délectèrent des gémissements de douleur et des premiers os cassés. Minos observa attentivement son combattant. Il ne devait pas perdre. Pour le moment, le favori de Rhadamanthe était en tête. Ce dernier avait réussi à le mettre à terre par un puissant coup de coude. Ça s'annonçait mal ! Le grand dragon retenait sa respiration. Allez ! Un dernier effort et il serait victorieux ! Soudain, au dernier moment, dans un sursaut de désespoir, le favori de Minos esquiva l'attaque de son opposant et se jeta sur lui. Le faisant tomber au sol. Il profita de cet effet de surprise pour assommer son adversaire. Il lui agrippa une poignée de cheveux et lui fracassa le crane sur le sol marbré. Un craquement sinistre indiqua que le crane de son opposant était en miette. Dans la fièvre du combat, le favori de Minos continua de lui marteler la tête dans un bruit mou jusqu'à ce que la boite crânienne ne soit plus réduite qu'à une forme sanguinolente.
Rhadamanthe poussa un juron, brisant le verre qu'il avait dans la main. Minos soupira de soulagement et se laissa aller dans sa chaise. Quant à Aiacos, il ria de manière incontrôlée et applaudit tout en se levant :
« Bravo ! Ça c'était du spectacle ! Quel régal pour les yeux ! »
Le vainqueur se releva difficilement. Dégoulinant de sang et de sueur, il approcha de son maitre, pieds trempant dans une flaque écarlate. Il mit un genou à terre, la peur dans les yeux. Garuda profita de ce moment pour jouir de sa toute-puissance. Quel délectable sensation que d'être craint par ses hommes. La soumission de son soldat était exemplaire.
« Tu m'as apporté beaucoup de plaisir durant cet affrontement esclave. Sois-en remercier. Grace à toi, mon frère Minos peut être assuré de vaquer tranquillement à ses occupations. »
Petit sourire de Minos à son frère Rhadamanthe qui lui répondit par un grognement mécontent.
Aiacos ordonna à une servante d'apporter la récompense. Il l'a lui pris des mains et se mit face au gagnant :
« Maintenant esclave, lève-toi et viens chercher ta récompense. »
Le pauvre guerrier se releva avec toutes les peines du monde. Il boita misérablement jusqu'à son seigneur. Puis, coup du sort ! Il s'effondra lamentablement aux pieds de celui-ci. Il essaya de se relever, en vain. Il leva des yeux larmoyants vers Aiacos, attendant une aide de son maitre :
« Veux-tu que je t'aide ? »
Le ton était doucereux et terriblement faux. Le soldat redoubla d'efforts pour récupérer son dû.
Rien à y faire. Il était à bout de forces.
Rhadamanthe serra les mâchoires. Minos avait cessé de respirer. Aiacos s'impatientait.
Le combattant tendit une main tremblante vers le roi des cieux. Cette dernière tomba et le pauvre guerrier mourut dans la seconde des suites d'une hémorragie. Les trois juges n'en revenaient pas ! Les soldats d'Aiacos venaient de rendre l'âme quasi en même temps ! Ce retournement de situation inattendue provoqua l'hilarité du Garuda qui se mit à rire de manière hystérique :
« HahahaHahahaHAAAhaaa ! Quel final ! Vous avez vu ça !? »
Griffon et Wyverne étaient sous le choc ! Ils avaient chacun perdu leur favori.
« Par Hadès ! Tu nous avais promis du grandiose, fit Minos fin sourire aux lèvres, je suis heureux de voir que tu tiens tes engagements !
- C'est vrai… Du coup… revenons-en à ce que nous intéresse, ajouta Rhadamanthe qui ne perdait jamais le nord, qu'en est -il du pari ? »
Aiacos rendit la bouteille de vin à la servante. Il fit apparaitre une flamme dans sa main à l'aide de son cosmos pour bruler les deux cadavres. Les flammes léchèrent, carbonisèrent les dépouilles jusqu'à la destruction totale des corps. Il se tourna ensuite vers les deux autres juges, impatients de connaitre le verdict :
« Dans ce cas, ça change la donne Messieurs ! Le pari est donc nul, aucun des deux ne l'emportent. Ce qui signifie que toi Minos, tu gardes tes petits secrets, si secrets il y a… Quant à toi, Rhadamanthe, tu peux continuer à envoyer tes sbires fouiner chez nous, si ça t'amuse !
- Très bien, fit Rhadamanthe fort déçu d'avoir perdu, ce sera pour une prochaine fois les petites confidences.
- Quand tu veux Wyverne, renchérit Minos sarcastique, comme ça on pourra lire ensemble nos journaux intime. Et pourquoi pas, se vernir les ongles. »
La remarque fit sourire Aiacos. Rhadamanthe grommela :
« Très cocasse Minos… »
Les trois frères purent finir le repas dans le calme et la (presque) bonne humeur. Les femmes en noir venaient de finir de servir les boissons chaudes quand soudain un spectre de la garde du népalais fit irruption dans la somptueuse salle à manger ! On aurait dit qu'il avait Cerbère à ses trousses !
Aiacos apprécia peu cette entrée qui venait lui gâcher sa fête :
« Qu'est ce qui peut bien se passer de si grave pour venir nous déranger ? J'espère qu'il y a au moins un mort ou presque !»
Le spectre mit un genou à terre devant Garuda :
« Pardonnez cette intrusion seigneur Aiacos. Je venais vous signaler qu'on a aperçu une âme errante dans la huitième prison. »
Aiacos eut un sourire méprisant :
« Et tu oses venir me déranger pour ça ? Cette âme finira par tomber d'épuisement, ce n'était pas la peine de te donner tout ce mal pour quelque chose d'aussi insignifiant.
- Mais…mon seigneur… cette âme… est celle d'un ancien damné…il s'est réveillé du Cocyte…
- Tu es sûr de ce que tu avances ? Demanda Rhadamanthe
- Tout à fait mes seigneurs ! Elle aurait été aperçue il y a de cela une heure…
- Eh bien, envoyez d'autres spectres régler cela, ordonna Aiacos, qu'on rappelle à cet impudent la signification des souffrances éternelles. »
Le pauvre garde déglutit, visiblement mal à l'aise :
« C'est que… nous avons déjà intercepté le damné, mon seigneur…et nous…
- Vous quoi ? Siffla Aiacos, une âme mortelle serait-elle trop dure à gérer pour vous ?
- No…Non seigneur…mais l'âme en question est celle d'un ancien chevalier d'Athéna et il nous démontré qu'il avait encore des force… »
Un grondement sourd s'échappa des lèvres de Rhadamanthe :
« Même morts, ces maudits chevaliers continuent de nous importuner !
- Allons régler ça au plus vite, décida Minos en se levant de table, ce serait fâcheux que sa majesté soit dérangée pour si peu.
- Je le pense également, acquiesça Aiacos. Tant pis ! On aura quand même passé un bon moment. »
Rhadamanthe et Aiacos imitèrent Minos. Le Garuda se stoppa devant son soldat qui tremblait comme une crème renversée.
« Ah oui, j'allais presque t'oublier ! »
Et la seconde qui suivit, le cruel juge décapita son soldat d'une seule attaque ! La tête roula quelques mètres plus loin tandis que du sang chaud macula le sol ainsi que le surplis d'Aiacos. Ce dernier, visiblement satisfait, alla rejoindre ses frères.
Les juges, ayant conclu d'un commun accord de s'occuper eux-mêmes de l'âme récalcitrante, quittèrent Antinora sur le pied de guerre. Ils prirent leur envol vers la huitième prison. Afin de mieux couvrir la vaste étendue gelée, chacun prit une direction différente.
Minos prit le Sud du Cocyte. Il avait hâte de se dégourdir les doigts ! Sourire carnassier et yeux brillants, il vola jusqu'à une plaine glacée ou le violent blizzard ne l'incommoda pas le moins du monde. Il guetta la moindre cosmo-énergie mais tout ce qu'il ressentait, c'étaient des énergies meurtries depuis des siècles. Des énergies encore présentes mais trop affaiblies pour attirer l'attention…
Cette nouvelle avait titillé la curiosité du Griffon… Comment une âme pouvait-elle se réveiller du Cocyte ? Comment avait-elle pu conserver ses forces durant tout ce temps ?
Ces questions, bien que sans réponse pour le moment, aiguisèrent les sens de Minos. Oh oui, il allait prendre tout son temps pour s'occuper de ce chevalier… à condition qu'il le retrouve avant ses frères. La chasse était ouverte !
La fortune sembla sourire à Minos. A peine posé au sol, il sentit une faible quantité de cosmos non loin de lui.
« Bien…bien…Ou que tu puisses être, j'arrive. »
Il avança sur quelques mètres, jusqu'à ce qu'il distingue une forme bouger devant lui. Une silhouette humaine qui titubait. Cette dernière était de dos. Il ne sembla pas remarquer le terrible prédateur qui s'approcha de lui…
Minos chantonna doucement… Il écarta chacun de ses doigts et les plia pour s'échauffer. La représentation allait commencer !
Au même moment, le vent du Cocyte apporta jusqu'à l'argenté une odeur fleurie. Il crut rêver dans un premier temps et pourtant… c'était bien une entêtante fragrance de fleurs qui se dégageait de cet inconnu !
« Ce parfum… »
Il s'avança prudemment. La silhouette se dessina peu à peu. Le chevalier d'Athéna en question était un homme. Svelte mais musclée, de taille moyenne, de longs cheveux azur flottant dans son dos, il portait une simple tunique.
Le doute commença à envahir Minos. Le sang pulsa à ses tempes. Il devait en avoir le cœur net…
« Non…ça ne se peut… »
Il piégea l'homme dans ses fils cosmiques, le forçant à se retourner. Les pensées du Griffon étaient en train de fuser.
« Ton visage…montre-moi ton visage… »
Il fit relever la tête du fugitif. Aussitôt, son cœur fit un bond dans sa poitrine !
Ce visage, ces traits fins et délicats, ces yeux, ce parfum de rose qui envahit ses narines petit à petit…
Ce visage, usé et fatigué, était encore beau malgré les sévices qu'il avait subi… !
Il reconnaitrait cet homme entre mille !
« C'est toi… ? Albafica ? »
