Hello tout le monde !

Et nous sommes de retour pour un nouveau chapitre, j'espère qu'il vous plaira, celui-ci est plutôt long ! Enjoy !

L'instant musical : les super OST de Yuki Hayashi (My Hero Academia, Run With the Wind, Haikyuu), m'ont accompagnée pour une bonne partie de ce chapitre :)

Endlessly : Merci pour ta review, ça me touche beaucoup. Et cette fic t'aide d'une quelconque manière, j'en suis sincèrement heureuse ! J'espère que tu aimeras aussi la suite :)


CHAPITRE DIX : Five to One

I

Les semaines suivantes s'écoulèrent par à-coups, un clair-obscur de pluie et de soleil, de nuits venteuses et de journées silencieuses. On était lundi, et soudain jeudi. Puis le week-end suivait, interminable. Les jours n'avaient guère d'importance pour Aomine qui ne travaillait plus, mais il s'en servait tout de même de repère dans le long défilé du temps. Il savait depuis quand ils avaient emménagé ici, mais surtout parce qu'il se le remémorait régulièrement afin de conserver une vague sensation de contrôle sur son existence.

Il ne savait pas s'il progressait vraiment ou non. Il avait en tout cas trouvé une forme de statu quo qui lui permettait de vivre d'une façon acceptable et supportable. Son anxiété avait diminué, et ses moments sombres étaient peut-être moins fréquents. Il se sentait comme en transition, comme un voyageur ayant quitté la gare mais qui ignore sur quelle ligne il se trouve, et quand il atteindra sa prochaine destination. Alors, il regardait le temps passer comme il observerait les paysages se succéder derrière la vitre, avec pour seule certitude celle d'être en mouvement et d'exister, au moins dans ces limbes étranges qui s'étiraient entre son passé, et un avenir qui lui paraissait désormais un peu plus flou qu'incertain.

Alors oui, ça devait être un progrès malgré tout. Et il se prenait de plus en plus souvent à croire à cette idée. Non pas que tout serait beau et neuf comme un paysage révélé après une nuit pluvieuse, mais plutôt que la pluie laverait jour à après jour la noirceur logée dans son cœur.

Et même s'il ne jouait plus jamais au basket, il y aurait peut-être autre chose pour lui. Une autre vie, un autre monde. Mais il ne voulait plus disparaître.

Alors oui, définitivement, il y avait du progrès.

Et puis, ces derniers jours, il s'était lancé dans un nouveau projet. Ce n'était pas grand-chose, mais ça l'aidait. C'était surprenant de voir comme les choses a priori les plus insignifiantes savaient le mieux guider son esprit. Et comme il avait aussi envie de créer quelque chose, d'être 'utile', il avait choisi le jardinage. Il n'y connaissait absolument rien, mais il prenait plaisir à sentir la terre glisser entre ses doigts, à travailler de ses mains. Il avait cherché des tutos sur internet, et maintenant, il s'employait à créer un potager dans son jardin. Il avait fallu des jours pour désherber et se tranformer un coin de terrain en lieu d'expérimentation. Ensuite, il avait fallu retourner la terre, la fertiliser, y planter les graines. Et maintenant, il y revenait tous les jours en guettant le moindre changement sur sa parcelle, surveillant l'apparition de la moindre mauvaise herbe qui pourrait menacer son petit coin de paradis. Il avait même la sensation que s'il restait suffisamment longtemps planté devant son carré de terre, il pourrait voir les germes pousser. Il s'imaginait les graines mûrir dans l'obscurité, se préparant lentement à voir le jour, un peu, sans doute, comme la nouvelle personne qu'il tentait de faire naître en lui.

Dès lors, il se consacra de plus en plus à son jardin. Il apprit à voir des choses qui lui passaient au-dessus auparavant, à différencier la nature de l'air selon son taux d'humidité, à prêter attention à la forme des nuages, à sentir les nuances de parfum dans l'atmosphère au fil des jours et de la saison. La lumière elle-même changeait de jour en jour, creusant de nouveaux reliefs, révélant la silhouette des arbres, la présence des insectes au crépuscule, le grain de la terre à midi. Et doucement, sa personnalité changea avec la saison. Son être lui sembla s'étirer, s'agrandir pour mieux correspondre aux harmonies du vent, du soleil et de la pluie qui sculptaient son environnement, et lui avec. Et peu à peu, ses plantes poussèrent. La terre se para de vert. Le temps fit son œuvre sous sa surveillance implacable et inquiète, et il obtint son jardin.

II

En rentrant ce soir-là, Kagami ne se dirigea pas directement vers la porte d'entrée, mais préféra contourner la maison pour se rendre dans le jardin. Le nouveau hobby d'Aomine l'avait un peu surpris au début, mais il avait une bonne intuition à ce sujet. Et quand il vit les plants de tomates s'élancer sveltement au-dessus de la terre meuble, le petit oranger encore si vulnérable pousser avec détermination, ou les feuilles des pommes de terre commencer à se déplier, il ne put retenir son sourire. Pour quelqu'un qui n'y connaissait rien en jardinage, Aomine se débrouillait bien. Et puis, pour lui qui adorait cuisiner, ce serait un vrai bonheur d'avoir des fruits et légumes frais pour préparer ses bons petits plats. Il s'assit près du potager, contemplant le travail de son homme tout en profitant du calme de l'endroit.

La nuit commençait à tomber, approfondissant les ombres qui rafraîchissaient l'atmosphère et soulignaient les effluves de la végétation tandis qu'au-desssus, le bleu sombre du ciel virait au violet profond. Il respira l'air humide, et les parfums du carré d'herbes aromatiques vinrent délicieusement chatouiller ses narines. Le bouquet frais, citronné et épicé de de la menthe, de la coriandre et de la citronnelle lui donna des idées de recettes rien qu'en le humant. Ce coin de jardin, bien qu'encore embryonnaire, était enchanteur, si bien qu'il sursauta en voyant son homme approcher, sourire aux lèvres, avec deux bouteilles de bière dans la main.

« Tu aimes mon jardin, love ? »

Kagami lui rendit son sourire et prit la bière qu'il lui tendait.

« Je l'adore. »

Aomine s'assit à côté de lui, et le rouge aima la lueur de fierté qui animait ses yeux couleur tempête tandis qu'il contemplait ses plantes.

« Avec ça tu vas pouvoir nous préparer plein de bons trucs à manger ! s'exclama le brun.

— C'est exactement ce que je pensais », répondit-il en avalant sa première gorgée de bière.

Elle lui sembla particulièrement bonne ce soir, avec son amertume qui vint tapisser sa langue, et sa fraîcheur pétillante roulant dans sa gorge était revigorante après cette longue journée. Il semblait ne plus pouvoir détacher son regard de ce jardin, et c'était aussi, réalisa-t-il, parce qu'il était le symbole de tellement de choses : le signe qu'ils avaient trouvé ici un foyer, que la vie renaissait, continuait. Ces plantes étaient chargées de leurs rêves et de leurs espoirs. Elles parlaient d'Aomine qui se réhabituait à la vie, et de lui, qui grandissait encore et se renforçait après les tempêtes qu'ils avaient traversées. La résilience de la nature était inspirante, et son spectacle apaisant pour son âme.

Il prit la main de son homme et la serra tendrement dans la sienne.

« T'as fait du beau boulot. »

Le brun hocha la tête avec un léger sourire, puis Kagami ajouta après une minute ou deux, un peu hésitant :

« J'ai un match la semaine prochaine, ici à la Nouvelle-Orélans. Tu voudrais venir ? »

Des matchs à domicile, il en avait eu d'autres, mais il n'avait encore jamais osé proposer à Aomine de venir. Il avait eu peur que ça lui rappelle un passé inaccessible, que ça fasse remonter des regrets, ou encore que ce soit un peu trop pour lui de se retrouver dans la foule. Et toutes ces peurs étaient encore bien présentes, seulement, ça le taraudait et il voulait simplement savoir ce que le brun en pensait.

Aomine mit un peu trop longtemps à répondre à son goût, quelques interminables secondes pendant lesquelles son esprit s'emballa en suppositions, et il était déjà prêt à se traiter du pire des idiots quand son homme prit enfin la parole.

« Ouais... Ça me tenterait bien, love. Ça fait un sacré bout de temps que je t'ai pas vu jouer. »

Son cœur fit un bond dans sa poitrine puis se mit à cogner.

« R-Really ?! demanda-t-il avant d'avoir pu s'en empêcher.

— Yes, confirma Aomine avec un léger sourire. Ouais c'est sûr après mon mode de vie d'ermite, un stade plein ça va être un peu un choc, mais... J'crois que je suis prêt à ça. Surtout si c'est pour te voir jouer. »

Il semblait que ce soir, Kagami était incapable de s'arrêter de sourire.

« Ok... Je suis content... Mais...

— T'en fais pas pour moi. Ça va pas me faire du mal de te voir jouer. Le basket, c'est plus d'actualité pour moi. Peut-être qu'un jour ça le redeviendra, j'en sais rien, mais c'est pas la question. J'aime toujours le basket. Et je t'aime toi. Alors un combo des deux... Ouais, ça serait carrément cool. Mais t'as intérêt à gagner, du coup !

— Promis ! s'empressa de répondre Kagami. Et de toute façon t'auras une place VIP, t'auras la paix.

— Donc je pourrai te voir de près ?

— De très près ! »

Aomina eut un rire qui lui réchauffa le cœur.

« Good. Deal, alors. C'est quand ?

— Vendredi prochain.

— Je le note dans mon emploi du temps de ministre. »

Kagami le regarda encore et posa un baiser fébrile sur ses lèvres. Il était juste trop content. Se faire une place ici et poursuivre sa carrière au sein de cette nouvelle équipe avait été une entreprise difficile et solitaire, et pouvoir partager un peu de son rêve américain avec son homme, c'était une libération. Il avait envie d'annoncer la nouvelle à tout son carnet d'adresse, mais décida qu'il suffisait bien d'en faire part à Tetsu.

III

Ils avaient été nombreux à lui dire, directement s'ils étaient impolis, subtilement s'ils se croyaient polis, qu'il ne réussirait jamais à monter sa propre affaire. Pas avec son passif. Et sans l'argent de papa, un vrai modèle de réussite, comment un fils qui avait passé plus de temps à l'hôpital qu'à étudier pourrait-il tirer son épingle du jeu dans cet univers impitoyable ?

Mais si Akashi ne pouvait que reconnaître ce passif, il était déterminé à prouver l'imbécilité de ceux qui voulaient l'enterrer aussi vite. Et d'ailleurs, ce passif, c'était aussi sa force, une part constitutive de la personne qu'il était aujourd'hui. Sa maladie l'avait forcé à l'humilité, car quand on n'a plus le pouvoir sur son propre esprit, on doit apprendre sa leçon, ou bien se lamenter pour le restant de ses jours. Et ce n'était certainement pas son genre. Ses leçons, il les avait toujours apprises à la dure. On le pensait arrogant, et c'était la vérité. Mais il connaissait la souffrance comme une sœur. Ce n'était pas cela qui lui donnait son sentiment de supériorité, c'était le fait qu'il savait son intelligence plus affûtée, plus analytique, plus rigoureuse, que la plupart des gens qui passaient leur temps à parler pour se rassurer sur cette intelligence dont ils craignaient justement la défaillance.

Et donc, en dépit d'une place qui lui était difficile à trouver dans ce monde peuplé de gens soi-disant normaux qui cachaient les pires vices derrières des portes closes, Akashi avait décidé d'étudier la finance et le marketing avec le plus grand sérieux. Ensuite, il deviendrait le chef de sa propre entreprise, même s'il ne savait pas encore quelle serait la nature de son business. Et ensuite, on verrait bien qui n'avait aucune chance sans l'héritage de papa.

Malgré la puissance de sa détermination et ses pensées rageuses planant dans son esprit ce soir-là sur le chemin de l'appartement, son visage affichait la plus grande apparence de calme. Il n'y avait vraiment qu'une seule personne au monde pour déceler la tension et la colère chez lui, et c'était Tetsuya. Qui ne manquerait donc pas de remarquer qu'il avait eu une sale journée à la fac. Cela dit, ça ne le dérangeait plus autant qu'avant. Au début bien sûr, il ne voulait surtout pas passer pour vulnérable auprès de ce jeune homme pour qui il développait des sentiments qui avaient toujours été enfouis au fond de son cœur. Mais quand il avait compris que Tetsuya lui vouait surtout une grande admiration et une affection profonde, il avait laissé tomber les masques. Il n'avait pas eu vraiment le choix, cela dit. Il avait eu besoin de lui. Il n'avait jamais éprouvé ce sentiment auparavant, et dans les premiers temps, ça l'avait terrifié. Puis, il avait réalisé que Testuya avait aussi besoin de lui, et d'une certaine façon, ça avait été aussi simple que ça.

Il était tard tandis que, peu friand des transports en commun, il marchait seul dans les rues de Tokyo. Les néons défilaient à la périphérie de sa vision, et il évitait de regarder les gens parce qu'il craignait toujours qu'ils ne prennent des apparences cauchemardesques comme à l'époque où il avait dû être hospitalisé. La plupart des gens n'ont aucune idée de ce que c'est que de vivre un cauchemar éveillé, au quotidien. Lui, il avait vécu dans un cauchemar la majeure partie de sa vie. Assez de temps pour avoir peur des ombres, même s'il ne laissait jamais personne s'en apercevoir, excepté Tetsuya. Le fantôme de la génération des miracles avait été sa lumière, et le restait aujourd'hui, plus que jamais. Et ça lui suffisait. Il n'avait pas besoin d'autres certitudes, d'autres validations du monde extérieur. Il savait qui il était. Il avait confiance en la solidité de leur couple, déjà éprouvée. Il ne craignait rien... sinon les ombres à la périphérie de sa vision.

Après un long trajet, il arriva enfin chez lui. Chez eux... Ces mots étaient encore peu familiers, se détachant dans son esprit avec un drôle d'écho, comme quand on parle pour la première fois dans un lieu longtemps resté inhabité.

À première vue, l'appartement semblait plongé dans la pénombre, mais il entendit un peu de bruit dans la chambre. Il déposa ses clefs dans le vide-poche et ôta ses chaussures, se débarrassant ensuite de ses vêtements trempés de pluie avant d'enfiler une tenue plus confortable. Se montrer en t-shirt jogging hors d'un cadre strictement sportif, ça aussi ça avait été compliqué au début. Il détestait être pris au dépourvu de quelques manières que ce soit, et il avait appris avec les années que l'apparence vestimentaire peut fonctionner comme une sorte d'armure, et une façon d'envoyer un message clair, quand les mots portent toujours leur lot d'ambigüité. Alors, il se montrait toujours en armure, toujours préparé. La simple notion de partager son intimité, son quotidien, sa tête du matin, la personne qu'il était lorsqu'il n'était pas en représentation, c'était juste impensable. Mais la maladie avait fini par décider pour lui. Il n'avait pas choisi de se montrer en état de délire, d'hallucinations, de montrer la part de lui ténébreuse et énigmatique qu'il comprenait à peine et pourtant faisait partie de lui aussi sûrement que la part de lui qui tentait de contrôler tous les aspects de sa vie. Il avait tenté de minimiser, et son état, et l'impact que ça aurait sur sa vie. Il avait, avec un certain succès, repoussé toutes les personnes qui lui étaient proches. Deux étaient restées. Daiki, pour des raisons qu'il avait toujours du mal à s'expliquer, et Tetsuya. Tetsuya l'avait accompagné tout du long, parfois contre sa volonté. Et au final, quelque chose de beau était né entre eux.

Quand Tetsuya s'était obstiné à venir le voir tous les jours à l'hôpital, il avait beaucoup réfléchi. Il avait repassé dans sa tête le film des années partagées, cherchant des réponses dans le labyrinthe de sa mémoire. Une part de lui avait envie de se rapprocher de lui, mais tout ce qu'il avait appris l'incitait à repousser quiconque franchissait des limites qu'il avait établies depuis bien longtemps. Pour lui, il n'y avait qu'une seule solution : s'endurcir jusqu'à gagner une sorte d'immunité au contact humain. Et Tetsuya lui avait montré qu'il n'y était jamais vraiment parvenu. Il avait réussi à accepter la défaite, parce qu'il en avait tiré un plus grand profit qu'il ne l'aurait fait dans le déni.

Il avança jusqu'à la chambre, qui baignait dans la lueur bleutée d'un écran d'ordinateur. Tetsuya était allongé sous la couette remontée jusqu'à son menton, regardant son anime avec un sérieux trompeur. Parce qu'Akashi avait appris à lire les micro-expressions de son visage... et savait donc qu'à cet instant-là, Tetsuya s'amusait comme un fou. Il se glissa sous les draps à ses côtés, posant un baiser dans son cou.

« T'as eu un message d'Aomine-kun, lui annonça Tetsuya. J'ai juste vu la notification, j'ai pas lu. »

Oui, car ils partageaient aussi un ordinateur portable. Akashi ne se connectait jamais en journée – le monde apportait déjà largement son lot de confusion sans qu'il n'ait à suivre la vie trépidante des gens connectés.

« Comment il va ? demanda-t-il donc.

— Je ne sais pas, comme je te l'ai dit, je n'ai pas lu le message », répliqua Tetsuya avec sa neutralité habituelle.

Il soupira légèrement et lui enleva l'ordinateur des mains pour aller voir par lui-même. Il ouvrit sa messagerie et lut le message de Daiki.

« Taiga a un match à domicile vendredi. Il m'y a invité. J'ai dit oui. Tu crois que c'est la pire idée du monde ?! »

Il prit le temps d'y réfléchir, même si fondamentalement il n'en avait aucune idée. Il lui fit grâce des commentaires du genre « tout ira bien », « c'est positif que tu sortes ». Juste...

« C'est une idée géniale.

Aomine – 22h45

Sérieux ?!

Akashi – 22h46

Je pense que vous en avez envie tous les deux. Chercher à prévoir comment ça se passera, ou les conséquences... C'est inutile.

Aomine – 22h47

C'est toi qui me dis ça ?! Genre tu planifies plus rien ?!

Il ne put s'empêcher de sourire en lisant ce message.

Akashi – 22h49

Donc tu me demandes mon avis parce que tu crois que je lis dans l'avenir.

Aomine – 22h49

C'est pas le cas ?

Akashi – 22h50

Eh bien... Non.

Aomine – 22h52

À quoi tu sers alors ?

Akashi – 22h52

À la même chose qu'à toi. À rien. Plus sérieusement. C'est toi qui vois, Daiki. Mais le basket c'est un quelque chose d'important pour vous, que vous avez toujours partagé. Alors vas-y.

Aomine – 22h54

Ok, thanks Seijuro.

Akashi soupira et referma l'ordinateur, regardant d'un œil l'anime qui absorbait Tetsuya et auquel il ne comprenait absolument rien. Et il murmura finalement :

« Daiki a décidé d'aller voir le prochain match de Taiga.

— Oh. C'est bon signe. Compte tenu du fait qu'il ne sort plus tellement de chez lui.

— J'espère que ça se passera bien. Je ne suis pas sûr qu'il arrive bien à gérer l'échec dans l'état actuel des choses.

— Ça ira. Quand il verra Kagami-kun sur le terrain, il n'arrivera plus à penser à quoi que ce soit d'autre. »

Akashi leva un sourcil.

« Et pourquoi ? Tu le trouves aussi envoûtant que ça ? »

Un infime sourire joua sur les lèvres de Testuya.

« De la jalousie. Une mauvaise journée ?

— Je ne suis pas jaloux, je constate.

— Tu interprètes, corrigea tranquillement le jeune psychologue.

— Tu es fatiguant », trancha Akashi d'un ton sans réplique.

Puis, il se cala plus confortablement contre son petit ami et se plongea dans cet anime sans queue ni tête, de toute façon, il n'avait plus envie de réfléchir d'ici au moins le lendemain matin.

IV

Le jour J était arrivé si vite qu'il avait la sensation de ne pas avoir eu l'opportunité de s'y préparer mentalement. Les journées précédentes avaient filé comme dans un rêve dont il s'éveillait maintenant, faisant face à la réalité. Depuis son arrivée ici, il ne se rendait en ville que pour honorer ses rendez-vous chez le psy, accomplissant toujours le même trajet en taxi, sans faire de détours. Cette fois, sa destination se trouvait dans un quartier inconnu, et il allait se retrouver à soudain côtoyer des dizaines de personnes dans le carré VIP, sans compter la foule entière du stade. Rien que d'y penser et malgré l'effet tranquillisant des médicaments, son cœur se mettait à battre la chamade et il était pris de sueurs froides. Il se rappelait que c'était pour la bonne cause. Il ignorait si ça lui ferait du bien ou pas, il espérait que oui, mais... En tout cas, ça ferait du bien à Taiga. Et c'était important pour eux... Taiga continuait sa vie professionnelle de son côté et il voulait essayer, à sa manière, de l'accompagner un peu sur cette route. Alors, aller voir l'un de ses matchs, c'était lui montrer qu'il était là. Que ça comptait pour lui aussi.

Il essaya de garder ces pensées en tête tandis qu'il se préparait dans le vestibule de la maison. Il se sentait fébrile et le stress lui nouait l'estomac. Sa plus grande peur était de ne pas savoir se montrer à la hauteur du challenge, de se sentir, une fois de plus, faible. Il serra les dents. Hors de question. Ce n'était rien qu'il ne puisse surmonter.

Il sortit et verrouilla derrière lui, regrettant que l'atmosphère en ce début de soirée soit d'une moiteur étouffante. Dans cette région, on avait souvent l'impression qu'un orage était sur le point d'éclater, et ça ne faisait rien pour apaiser sa nervosité. À peine était-il sorti qu'il avait déjà l'envie de rebrousser chemin pour se mettre en sécurité à la maison, dans ces lieux familiers où le monde extérieur n'avait pas d'accès, et où il pouvait seulement se trouver la proie de ses propres démons. Car c'était cette idée qui l'effrayait, au fond : emmener ses démons à l'extérieur.

Mais il était trop tard pour reculer, il n'allait pas se défiler maintenant. Alors il traversa le jardin à grandes enjambées, ouvrit le portail mangé de kudzu et avisa le taxi qui patientait. Il prit une grande inspiration et s'inséra dans le véhicule, bouclant sa ceinture avec détermination. Il pouvait le faire.

Au début, le trajet adoucit un peu ses angoisses. Ce paysage verdoyant de marais avait toujours le don de l'apaiser, avec ses larges perspectives ouvertes sur un ciel changeant, mais dès qu'il atteignit la ville, ses propres nuées orageuses se rassemblèrent dans son son esprit, et des picotements anxieux se remirent à courir sous son épiderme.

Avec sa vie rurale, il avait très vite perdu l'habitude de la ville. Quand il allait chez le psy, il passait d'un environnement sécurisé à un autre, et gérait ça avec une relative facilité. Là, il ignorait où il allait, et même s'il savait ce qu'il allait faire, il n'avait aucun moyen de prévoir la façon dont se dérouleraient les prochaines heures. Le tissu urbain lui semblait asphyxiant, alors qu'il était si banal autrefois... Dans une autre vie. Tout ça lui semblait tellement lointain. Et pour le coup, la ville ne lui manquait pas vraiment, mais c'était peut-être parce qu'il se sentait beaucoup plus en sécurité en campagne.

Il serra les poings, se rongea les ongles, regarda inutilement son portable, jusqu'à temps qu'il arrive enfin devant la silhouette imposante du bâtiment bien surnommé par les locaux « The Hive », et qui lui faisait effectivement l'effet d'une immense ruche de béton, d'acier et de verre où se pressaient les spectateurs comme des abeilles affairées. Grâce à son statut spécial cependant, il pouvait passer par la petite porte avec les autres élus, et éviter le gros de la foule, et c'était déjà un sacré soulagement.

Le taxi s'arrêta finalement, il paya sa course et sortit dans une atmosphère épaisse et lourde. Il avait l'impression que l'air pesait sur son corps, le clouant à l'asphalte qui exhalait encore toute la chaleur du jour. Il leva la tête, se demandant s'il allait encore pleuvoir ce soir, mais c'était difficile à dire, de même que savoir si la fébrilité rendant l'air électrique provenait de la météo ou de l'ambiance du stade et de la tension qui précède toujours un match.

Il se dirigea vers l'entrée du stade. Au moins, il était à l'heure. À croire que la dépression avait remédié à ses problèmes de ponctualité. Sur cette pensée quelque peu cynique, il s'inséra dans la file d'attente et rassembla sa patience.

V

Dans les vestiaires, les néons lui paraissaient plus crus que d'ordinaire, leur lumière blanche découpant avec une acuité impitoyable les couleurs, les ombres et les contours. Assis sur son banc, Kagami s'efforçait de faire en sorte que sa jambe s'arrête de bouger toute seule. Aussi lumineuse que soit la pièce, il avait la sensation de la voir comme dans un rêve. Était-ce la présence de Daiki dans le public qui aiguisait particulièrement son stress ce soir ? Peut-être que ça y contribuait, en tout cas. Il n'était pas à proprement parler angoissé, mais nerveux à en rêver de casser quelque chose. L'adrénaline pulsait dans ses veines, le pressant d'entrer en scène. Mais un match de NBA, c'était beaucoup de préparation, et beaucoup d'attente. Ils étaient sur place bien à l'avance, mais les matchs étaient organisés comme des spectacles dont le match lui-même était seulement le clou.

Ils avaient déjà terminé le brief et chacun se préparait mentalement à sa manière avant de commencer les échauffements. Certains priaient, d'autres téléphonaient, d'autres encore comme lui restaient fermés sur eux-mêmes, ne regardant rien en particulier. Il connaissait bien ce petit rituel maintenant, et quelque part, il aimait aussi cette tension qui rendait chaque sensation plus intense. Il se sentait vivant dans ces moments-là, sur le point d'accomplir quelque chose de capital. C'était « juste » un match, certes, mais pour ceux qui aimaient ce sport, qui s'y investissaient, qui en rêvaient, qui y participaient, c'était bien plus que ça. C'était toute une part de leur existence, pas un simple passe-temps. Aussi futile que puisse paraître le sport et son esprit de compétition, c'était ce qui donnait du sens à leurs vies, ce qui les complétait, ce qui faisait d'eux de meilleures personnes en les poussant sans cesse à s'adapter au changement, à se renouveler, ouvrir leurs perspectives et toujours rechercher une nouvelle victoire, un nouvel horizon. Beaucoup de gens qui venaient voir les matchs étaient de véritables passionnés, et le sport était aussi le ciment qui les soudait entre eux, leur point de repère, leur bouffée d'oxygène, leur inspiration. Kagami avait à cœur de se montrer à la hauteur de ce que le public projetait en eux, et de ce que ses coéquipiers, ses entraîneurs, managers, kinés, l'ensemble des équipes gravitant autour des joueurs, attendaient d'eux.

Le coach finit par leur faire signe qu'il était temps de quitter les vestiaires. Un frisson coula dans sa colonne vertébrale et ses tripes se nouèrent. Il adorait et détestait ce moment. Heureusement, les échauffements laissaient le temps de prendre ses marques sur le parquet, même si c'était plus facile quand ils jouaient à domicile dans un lieu déjà familier, et où la majeure partie du public était déjà acquise à leur cause.

Comme toujours, les projecteurs l'aveuglèrent à son entrée. Dans ce court laps de temps, il avait toujours l'impression que le parquet était suspendu au beau milieu de l'obscurité. Un sourire étira ses lèvres alors qu'il regardait la surface lisse reflétant la lumière, les paniers se dressant de chaque côté du terrain, presque menaçants. Ici, c'était son monde, un univers dans il maîtrisait toutes les règles.

Alors qu'il patientait pour prendre son tour pour tirer au panier, il jeta un coup d'œil à l'équipe adverse. La tension était lisible sur les visages, mais aussi ce calme dont les sportifs de haut niveau parviennent à faire preuve en toute circonstance. C'était aussi cet aspect qui l'avait fasciné depuis l'enfance : cette impression que les athlètes maîtrisaient la totalité de leur être. Le corps suivait la tête, et pas l'inverse. Cette maîtrise, d'après lui, conféraient aux sportifs une sorte de grâce inhérente quelle que soit leur carrure. Une aura tranquille, aussi assurée que rassurante. Gamin, il voulait devenir comme eux. À présent, il voyait l'autre côté du miroir et se rendait compte que l'impression qu'il avait eue tenait beaucoup aux apparences, mais il y avait tout de même un fond de vérité. Au cœur de l'action, le corps suivait effectivement la tête. Mais il fallait aussi apprendre à la tête à suivre le corps sans poser de questions. Au basket, tout va très vite, et il faut réagir autant avec son intelligence de jeu que son instinct. Un domaine dans lequel il souhaitait continuer de se perfectionner, et pour atteindre cet objectif, il travaillait tous les jours avec acharnement.

À sa grande satisfaction, son premier ballon atterrit en plein dans le mille, sans même toucher l'arceau. Alors qu'il s'éloignait pour recommencer, cette fois son regard balaya le public, espérant repérer son homme. Son cœur s'accéléra subitement en l'apercevant dans les gradins non loin du parquet. Il essaya d'accrocher son regard, et y parvint tout juste avant qu'un coéquipier ne le pousse gentiment pour qu'il avance. Son homme avait l'air bien... nerveux. Il eut à peine le temps de lui décocher un sourire avant de lancer son prochain ballon. Bon sang, ce qu'il avait hâte que le match commence !

VI

Enfin, l'échauffement était terminé. Il fallait encore se taper un spectacle quelconque avec une chanteuse qui lui fit mal aux oreilles, comme si on était aux JO, non mais oh ! Sans doute une star locale, supposa-t-il tandis qu'il patientait avec la plus grande nervosité avant l'ouverture des hostilités. Il se sentait mal à sa place avec les gens qui l'entouraient. Il n'en connaissait pas la plupart, ou du moins ne parvenait pas forcément à associer un visage à un nom, mais il se trouvait bel et bien parmi le gratin de la Nouvelle-Orléans et même d'ailleurs. Il s'efforça d'ignorer son environnement, ses voisins, après tout, ce n'était pas ce qui l'intéressait. Quand enfin les joueurs entrèrent en scène, il éprouva un frisson familier d'anticipation, mêlé d'appréhension, qui lui rappela soudain ses propres matchs. Une lame glacée se ficha dans ses entrailles au souvenir de cette époque révolue. Il avait même du mal à se rappeler qu'il avait été cette personne, que lui aussi avait vécu l'anticipation des matchs, qu'il avait aussi arpenté le parquet, les membres fourmillant d'adrénaline, prêt à passer à l'action, à déployer tout son talent.

Bien sûr, il avait appréhendé ces réminiscences, il s'était juste dit que ce n'était pas une raison suffisante pour renoncer à venir voir ce match. Et il avait sans doute eu raison, même si sur les premières minutes, il n'en fut plus si certain. Il contemplait devant lui le spectacle de ce qu'il avait perdu, sans filtre. Il pensa même qu'il aurait mieux fait d'aller voir un match amateur, histoire que la transition soit moins brutale. Mais ce qui le calma, paradoxalement, ce fut la rage qui l'envahit subitement. Il aurait dû être là. Sur ce parquet ou un autre, ça n'avait pas d'importance. Mais sa place était là-bas, et il l'avait perdue, abandonnée, ou bien on la lui avait volée, il ne savait même plus vraiment. Dans tous les cas, le sentiment demeurait le même. La hargne logée au fond de ses tripes, la chaleur bouillonnante de la colère, la frustration qui donne envie de hurler, le chagrin de la perte qui donne l'impression de voir le monde entier dans une seule couleur.

Puis, il laissa la marée d'émotions refluer peu à peu dans son esprit, retournant dans l'instant présent. Ce match n'était pas le sien, il devait s'en souvenir. Il n'était pas là pour contempler le passé, mais le présent et l'avenir de son homme. Alors, il se concentra sur le jeu en lui-même, observa les mouvements de Taiga sur le terrain.

Et il était éblouissant. Il compensait son manque de souplesse par un sens inné du jeu, une intuition qui surprenait ses adversaires, mais qui semblait fonctionner au sein de sa propre équipe. Il fut heureux de constater que les Pelicans, en effet, ne paraissaient pas le moins du monde surpris par les passes audacieuses de Taiga. Et sa puissance qui l'avait tellement séduit il y avait pas si longtemps que ça, quand ils n'étaient encore que de naïfs lycéens, était parfaitement intacte. Et par-dessus tout, il se délectait de son jeu aérien qui semblait s'affranchir des règles de la gravité, comme si Taiga était exceptionnellement autorisé à rester suspendu dans les airs plus longtemps que la physique ne le permettait. C'était toujours dans les airs qu'il était le meilleur. Ça le surprit lui-même, mais Daiki fut intimement convaincu dès les premiers paniers que Taiga n'avait rien à envier à son idole Michael Jordan. Cette année, les Pelicans n'étaient pas spécialement à la traîne, mais il savait que Taiga les emmènerait aux sommets. Il n'était peut-être pas le leader idéal, sociable et charismatique, mais sur le parquet, son aura était quasiment palpable. Il insufflait sa force et sa détermination à quiconque le côtoyait, à lui seul, il donnait le tempo du match.

Et Daiki regardait tout ça depuis sa place, la gorge nouée par une confusion d'émotions mêlant la fierté, le regret, l'espoir et l'envie.

VII

Ce match était différent des autres. Bien sûr, comme la plupart des joueurs, il appréciait de jouer à domicile, là où il avait ses marques et le soutien du public. Mais ce qui rendait ce match vraiment différent, c'était Daiki. Même sans le voir, il sentait sa présence et son regard sur lui. Et malgré le fait qu'il s'inquiète toujours pour lui, même là au cœur de l'action, le sentiment prédominant, c'était la force qu'il lui insufflait. Le savoir à ses côtés, presque physiquement, ça le faisait se sentir plus complet, plus déterminé. Et il réalisait à quel point ça lui avait manqué, de ne plus partager cette part de leur vie qui comptait tellement pour eux.

Il fit un pas de côté, ramenant le ballon dans sa main gauche pour esquiver un défenseur, puis pivota et repéra un coéquipier. Quand il était sur le terrain, il voyait toujours les actions possibles avec un temps d'avance, comme un joueur d'échec. Mais c'était à son instinct, et non à sa réflexion, qu'il confiait la décision, et c'était précisément pour ça qu'il aimait jouer au basket. Sur le parquet, il devenait cette version de lui-même qui n'avait pas de doutes. Il avait peur, parfois. Peur de perdre, peur de ne pas être à la hauteur, ou même peur d'une équipe agressive ou d'un joueur trop offensif. Et pourtant, il ne doutait pas. Il connaissait ses forces et ses faiblesses, et savait en jouer.

Il se rua vers le panier pour assurer le rebond tandis que son coéqupier tentait le tir, et bondit juste avec un temps d'avance sur la défense, assez de temps pour ramener dans le panier le ballon qui essayait de reprendre sa course pour tomber dans les mains de l'équipe adverse. Il retomba les deux pieds au sol, sourire aux lèvres. Il n'était pas du genre à sourire beaucoup dans la vie quotidienne, même si on ne pouvait pas le décrire comme étant d'un caractère sombre. Et pourtant, il faisait partie de ses rares joueurs dont le masque fermé fond aisément suite à une action réussie.

Il se reconcentra immédiatement sur la remise en jeu, ses yeux balayant le terrain, analysant la position de tous les joueurs. Il recula au centre du terrain. Intercepta une passe haute, qu'il remit dans les mains du meneur de l'équipe qui passait en courant sur sa droite, et remonta au panier, juste à temps pour une passe d'une précision chirurgicale effectuée par ce même meneur dont l'instinct de jeu n'avait d'égal que sa souplesse sur le terrain. Il n'attendit pas pour bondir pour le dunk, et asséna deux autres points à l'équipe adverse seulement une poignée de secondes après le précédent panier. C'était le moment de pousser leur avantage, on sentait dans l'atmosphère la tension qui commençait à électriser le terrain. La rumeur du public enfla, et il sut qu'ils entraient dans cette partie du match où on a terminé de se mesurer et de tester les stratégies, et où le jeu s'intensifie jusqu'à devenir difficile à suivre. Mais il était prêt. Attentif, le corps fourmillant d'énergie et d'adrénaline.

Et le reste s'enchaîna comme dans un rêve. Sa concentration était telle qu'il n'en avait plus la mesure du temps. Un quart-temps passa, puis c'était déjà la mi-temps. Il n'arriva pas à voir son homme dans les gradins tandis qu'il se dirigeait vers la sortie du terrain et le couloir menant aux vestiaires, et ça l'inquiéta légèrement, mais il se sentait comme pris dans une bulle, dans un état second. Aussi, il sursauta en tombant sur une silhouette familière dans le couloir.

« Dai ? »

Le brun lui adressa un léger sourire.

« Si t'as une minute...

— Oh ouais... J'te rejoins après le brief... »

Daiki hocha la tête et il rejoignit les vestiaires un peu fébrile, ne prêtant qu'une oreille au discours du coach qui leur distribua une série de conseils. Puis, dès qu'ils eurent quartier libre avant la reprise, il se précipita dans le couloir pour retrouver son homme.

« Hey... Tout va bien ? »

Daiki lui sourit, puis s'approcha et le prit dans ses bras, le serrant fort contre lui.

« Je suis tellement fier de toi... » murmura-t-il d'une voix basse.

Sa gorge se noua à ces mots. Il s'écarta pour regarder son homme, se plongeant dans ses yeux bleu tempête, et répondit sur le même ton :

« Thanks love... »

Daiki lui sourit encore.

« Je voulais juste... t'encourager pour la deuxième partie du match, expliqua-t-il. Et puis... moi ça fait longtemps que j'avais pas vu autant de monde, j'ai besoin d'un peu de courage aussi. »

Le visage de Taiga s'éclaira d'un sourire tendre.

« Je sais que ça doit pas être facile pour toi... Mais je suis tellement content que tu sois là...

— Je suis content aussi... Tu brilles sur le terrain. À mon avis, tu dois avoir un paquet de fans. »

Taiga laissa échapper un petit rire embarrassé.

« Exagère pas. C'est pas moi la star. Je fais juste le taf.

— Faux modeste. » Daiki sourit et décocha une petite pichenette sur le front qui le fit protester.

« Nan mais vraiment ! Je suis sérieux ! »

Le brun rit un peu.

« Je sais. Les seuls moments où tu te la pètes c'est quand tu prétends pouvoir battre tout le monde. Mais ça, c'est jamais sur le terrain. T'es le joueur le plus pro que je connaisse. »

Étrangement, ces mots touchèrent une corde sensible et il sentit sa gorge se resserrer davantage.

« Tu me flattes... » murmura-t-il d'une voix un peu rauque.

Mais à sa surprise, seul un baiser lui répondit, étouffant ses éventuelles protestations. Il resserra ses bras autour de son homme et savoura son étreinte. Il oublia ce qui les entourait, les personnes qui pourraient passer dans le couloir. Il était juste heureux de partager quelques instants d'intimité avec Daiki, et ça suffit à le regonfler à bloc pour la suite de la rencontre. Quand leurs lèvres se séparèrent, il adressa un sourire plus franc à son homme :

« Merci Dai... Ta présence... Ça m'avait manqué.

— Je sais... À moi aussi, ça m'avait manqué. »

Puis, Daiki relâcha doucement son étreinte et fit un pas en arrière.

« À tout à l'heure, love. »

Taiga le regarda s'éloigner sous les néons du couloir, avec la conviction vissée au cœur que quelque chose avait changé... Il ne savait pas exactement quoi, mais il y avait quelque chose de presque serein dans l'attitude de Daiki. Et tandis qu'il rentrait dans les vestiaires pour rejoindre ses coéquipiers, il se dit que la sensation étrange qu'il éprouvait, c'était peut-être ce que ça qu'on ressent quand une part de son être guérit... Et ça n'avait été possible que parce qu'il était convaincu que ce soir, une part du cœur de son homme s'était réparée aussi.