Je vous souhaite une bonne lecture sur ce nouveau chapitre et je vous dis à dans 2 semaines :D


Partie 3 : La quête des gardiens

Chapitre 25 : Liés par le cœur

Le port, la ville, la montagne. Arianna Corona et son mari furent transportés par la beauté d'Arendelle au premier coup d'œil. La nostalgie s'empara de la reine, se remémorant sa jeunesse à contempler les courbes majestueuses du Fjord. Elle avait l'impression de retrouver un vieil ami. Frederick fut ému de voir sa femme aussi enchantée. C'était comme s'il la redécouvrait au premier jour de leur rencontre. Comme si les douleurs passées n'avaient jamais existé. Sa reine respirait le bonheur pur. Elle brillait, tel un joyau.

Anna Arendelle les accueillit à bras ouverts, les larmes au bord des yeux. Sa tante se souvenait d'une petite puce déjà excitée et extravertie à l'époque. Elle la retrouvait telle quel bien que plus mature et encore plus belle. Les retrouvailles furent un débordement de larmes, de cris de joie et de câlins. Kristoff en profita pour se présenter au monarque de Corona, nerveux et malhabile. Celui-ci fut touché par sa gentillesse et son côté grossier. Il en profita pour lui donner des conseils sur la royauté. Le blond eut tôt fait de l'admirer et d'en faire son idole. Il se dégageait de Frédérick une aura monarchique impressionnante et puissante. Il était tout ce qu'il rêvait de devenir pour le royaume et pour Anna.

Tout comme avec Raiponce, Arianna monopolisa Anna tout le temps de leur séjour. Elles partirent faire le tour d'Arendelle à pied suivies de leurs maris. Arianna n'arrivait pas à contenir ses larmes à chaque lieu qu'elle redécouvrait. Beaucoup de choses avaient changées et évoluées depuis sa jeunesse, mais d'autres étaient restées intactes. Cela la rendait toute chose, comme transportée ailleurs. Dans son monde, la reine de Corona sentait son cœur s'envoler sur un nuage et voguer entre deux temps. Cela fit plaisir à Anna qui dévorait les histoires du passé sur Iduna et Agnar. Elle adorait qu'on lui parle de ses parents. Chose qu'Arianna faisait inconsciemment. Ses yeux voyaient le présent et le passé se superposer en un rêve lyrique. Ce fut comme si Iduna était présente, jeune et insouciante, tandis qu'elle les tenait par la main pour les conduire à travers la ville.

Ô doux songe que faisaient les reines en cet instant. Derrière elles, les rois admiraient leur beauté solaire sans plus de commentaire, happés par leur rayonnement et la joie qu'elles inspiraient. Leur visite ne passa pas inaperçue parmi le peuple. Certains vinrent se présenter et en apprendre plus sur les souverains de Corona. Anna assura qu'elle comptait lier les deux royaumes notamment pour le commerce et les moyens de transports. Frederick, qui voyait en Arendelle un magnifique partenaire commercial ainsi qu'une armée alliée idéale, se ravit de partager cette coalition et de conclure un accord écrit. Ainsi, avec Thalie, les trois royaumes décidèrent de créer une alliance géopolitique qu'ils appelèrent « La Confrérie d'Ahtohallan ». Bien entendu, les rois et reines présents allaient se rendre à Thalie pour en discuter avec les deux autres monarques. Ils avaient fort hâte de rencontrer les amis de Raiponce, Aurore et Phillipe.

- Raiponce nous réunit tous autour d'elle comme un soleil, répliqua Frederick avec tendresse au cours du diner de concrétisation du projet. Je suis tellement fier d'elle.

Arianna acquiesça, extrêmement fière de sa princesse et de son compagnon.

Ils se rendirent par la suite à Northuldra pour rencontrer l'ainée, Elsa. Celle-ci était nerveuse et impatiente de revoir sa tante. Honeymaren dut la dérider en la faisant rire avec des blagues et en la chatouillant sans pitié. Elsa était moins tendue lorsqu'ils arrivèrent et elle remercia sa compagne d'un tendre et langoureux baiser à travers les feuillages d'un épicéa, à l'abri des regards indiscrets.

Arianna se précipita aussitôt pour l'enserrer dans ses bras avec chaleur. Elsa se sentit toute chose de revoir sa tante et se lova contre ses cheveux avec amour. Elle avait l'impression d'être avec sa maman… Les larmes ne tardèrent pas à envahir ses yeux, sans prévenir, avec violence. Anna voyait rarement sa sœur ainsi de même qu'Honeymaren. Elle était si vulnérable en cet instant. Arianna lui caressa les cheveux et la posa contre son torse pour lui murmurer des mots tendres comme l'aurait fait Iduna. La reine des glaces avait beau se montrer forte, la perte de sa maman et de son papa l'avait beaucoup traumatisée. Et ce retour de bâton la prenait par surprise. Pourtant, ses pleurs ne la rendaient pas triste. Elle se sentait bien dans les bras chauds et réconfortants de sa famille. Cela lui rappelait tout ce qu'elle aimait chez sa maman par le passé. Pouvoir le vivre de nouveau par procuration était inespéré.

Anna se glissa dans l'accolade, désirant savourer les mêmes sensations. Ce fut à son tour de soupirer de bien-être. Toutes deux se tinrent la main lovée dans les bras chauds d'une mère.

- Je serais toujours là pour vous, susurra Arianna avec douceur. Comme Iduna l'aurait fait pour ma Raiponce dans le cas inverse. N'hésitez jamais à quémander mon aide ou ma présence.

Elsa et Anna sourirent de bien être, totalement hors du temps. L'ainée fut la première à se ressaisir en remerciant sa tante et nettoyant ses yeux humides d'une main glacée. Elle se sentait renaitre.

- Yellena vous attend, ma tante. Je pense que vous avez hâte de la revoir !

D'un hochement de tête, la reine de Corona se releva, laissant Anna se reprendre à son tour.

Elsa les emmena auprès de la cheffe qui sourit à Arianna et la prit dans ses bras. Elle était à la maison et rien ne pouvait leur faire plus plaisir à l'une comme à l'autre. Tout le monde l'entoura avec affection et curiosité. Les anciens parlèrent du bon vieux temps et Arianna leur compta son aventure par dela le monde jusqu'à Corona. Les plus jeunes apprirent à la connaitre à travers les récits tout en vénérant son sang ancestral sacré. Elle était la dernière représentante de l'ancienne génération. C'était un trésor.

Durant la fête de bienvenue, Arianna reçut la visite des esprits de la nature qui la saluèrent avec taquinerie. La reine en rit, se sentant transportée une nouvelle fois dans le passé. Elle se rappelait qu'elle et Iduna jouaient beaucoup avec eux ! Surtout le vent qui alla l'entourner plusieurs fois au cours de la soirée, heureux de revoir une tête connue. Puis, la nuit, ils se rendirent aux tombes pour un recueillement bienvenu avant de rentrer au camp, épuisés.

- Tu es à la maison, déclara Yellena au bord du feu de camp. Ton père serait fier de voir tout ce que tu as accompli par dela nos terres avec Iduna. Et de voir quelles merveilleuses petites filles vous nous avez ramenées.

Arianna sourit avec gêne et gratitude.

- Je suis très fière de ma princesse. Malgré tout ce qu'elle a vécu elle se montre si forte… Si déterminée. Je comprends pourquoi la nature l'a choisie pour reprendre le flambeau des gardiens. Même si… je m'inquiète pour leur quête…

- On a plus de nouvelle depuis plusieurs jours maintenant, intervint Frederick les doigts serrés sur une tasse de thé. Je me demande ce qu'il se passe…

Elsa, assise face à eux, leur sourit.

- Ils vont être très occupés par leur mission désormais. Je pense qu'il faut être patient et leur laisser faire ce qu'ils ont à faire.

- Je ne sais pas quoi penser de tout ça, avoua le roi. Cette histoire de magie, de force de la nature, de devoir des esprits… Ca sent mauvais. Et puis, c'est dangereux ! Je ne voulais pas que ma fille s'embarque dans ce genre de chose. J'ai…. J'ai l'impression de la perdre une seconde fois. Comme si elle n'allait jamais revenir.

Courbé, comme s'il portait tout le poids du monde sur ses épaules, Frédérick cacha ses yeux dans sa main pour repousser ses larmes. Arianna posa une main sur son dos en le frottant avec amour.

- Mon cœur, notre fille est vaillante et bien plus forte que nous deux réunis. De plus, elle est avec Jack. A deux ils s'en sortiront j'en suis persuadée.

Son roi releva les yeux, légèrement embués.

- Tu trembles, chérie. Ne te mens pas à toi-même, tu es aussi inquiète que moi. Cette quête insensée nous prend notre fille et pour la seconde fois, nous sommes incapables d'y faire quoi que ce soit.

Arianna baissa le regard. Elle avait beau se rassurer et se montrer forte, rien ne pourrait jamais la calmer. Car son bébé était la chose la plus précieuse qu'elle avait dans ce monde. Et en tant que mère, elle s'inquièterait toujours pour elle.

- Espérons qu'ils réussissent rapidement ce qu'ils ont entrepris, déclara-t-elle avec prière. Et qu'ils nous reviennent en un seul morceau.

- Il faut croire en eux, affirma Anna. Ils sont absolument incroyables.

- Et puis ils ont promis de revenir, enchaina Elsa qui rassura sa tante d'une accolade. Il faut leur faire confiance.

Frederick se mura dans le silence, incapable de se faire à l'idée que son bébé était loin de lui, entourée de dangers à accomplir l'impossible pour sauver le monde.

D'un triste sourire, la reine de Corona regarda le ciel en priant les esprits de veiller sur son enfant et son compagnon. La salamandre du feu en profita pour se poser sur ses genoux en ronronnant de plaisir tandis qu'elle se faisait tendrement caresser le bidon. C'est à cet instant qu'Arianna entendit une voix chanter par-delà le vent, faisant écho avec son cœur.

Oh oh ohhhh… Oh oh ohhhh…

Elsa l'entendit aussi et elle regarda sa tante fixer l'horizon, les larmes au bord des yeux. Ses lèvres s'entrouvrirent pour laisser échapper un murmure.

- Iduna…

Les deux femmes se regardèrent avec la même expression remplie d'une extrême tendresse mêlée à de la peine. Iduna était toujours présente à leurs côtés, elle veillait sur elles.


- Debout là-dedans ! Il fait déjà jour !

- Grmmmbll, déjà ?

- C'est ça de s'entrainer toute la nuit.

D'un long bâillement suivi d'un soupir, Cassandra Cross se leva de sa couche pour aller humer l'air de l'aube. Vivifiée par l'atmosphère pure et la fraicheur matinale, la jeune femme fit des étirements et rejoignit son père pour le petit-déjeuner. Alexandre avait fait cuire de la viande de faisan, attrapé la veille, ainsi qu'une poêlée de légumes achetés quelques jours plus tôt dans une ville du coin.

Cassandra se posa tout contre lui pour manger goulûment sa pitance. Dès le matin elle prenait des forces pour leur entrainement et leur marche ininterrompue à travers les bois et les montagnes. Ce voyage avait beaucoup fait murir la brunette qui commençait à comprendre ce qu'elle était et qui elle voulait devenir. Tout comme Raiponce elle avait vécu de grandes épopées avec son père et elle se sentait plus proche que jamais de lui.

Alexandre termina son assiette tout en regardant son trésor fixer l'horizon, perdue dans ses pensées. C'était une de ses énièmes crises de cœur qui la prenait. Il savait pertinemment qu'elle pensait à Raiponce.

- Je t'avais prévenue que l'amour rendait fou. Tu ne voulais pas me croire tu te souviens, glissa-t-il.

- C'est vrai, je trouvais ça niais et stupide, rétorqua Cassandra, amère, les cheveux cachant ses yeux. Mais je crois qu'avec elle j'aurais pu me comporter comme une débile moi aussi… A gagatiser sur ses moindres faits et gestes…

Terminant son repas en deux bouchées, la jeunette prit son épée tout en s'échauffant les muscles.

- L'amour, ça fait mal, reprit-elle la gorge serrée. Je crois que j'aurais préféré ne pas connaitre ce sentiment, comme avant. Parce que c'est beaucoup trop douloureux à encaisser.

Alexandre la rejoignit en lui ébouriffant les cheveux pour la faire râler. La jeune femme avait beau avoir la touffe herbeuse de sa mère biologique, il l'adorait plus que tout. Il aimait tout de sa fille, jusqu'à en perdre la raison.

- Oui c'est douloureux mais tu verras plus tard que ces sentiments sont aussi précieux que les autres. En grandissant et en murissant encore, tu y repenseras avec nostalgie.

- Je ne sais pas si j'arriverais à passer au-dessus, c'est trop dur… Pourtant ça fait des semaines qu'elle est partie ! Je pense à elle chaque matin, chaque midi, chaque soir… Je me demande où elle est, ce qu'elle fait, si elle va bien ! Ça me ronge ! Je ne veux plus ressentir tout ça !

- Le temps guérit tout. Notre premier amour n'est pas toujours le bon, je te l'ai déjà dit. Laisse du temps au temps.

- Humph, fichu cœur.

Cassandra commença à effectuer des mouvements pour palier la douleur morale et s'empêcher de pleurer. Elle détestait se sentir aussi vulnérable. Son père en sourit et lui proposa un duel qu'elle accepta aussitôt. Aussi entendit-on des bruits d'épées s'entrechoquer dans la montagne pendant toute la matinée.

L'après-midi, ils décampèrent et reprirent la route, se dirigeant au hasard, se laissant porter par le vent. Durant leur marche, Cassandra fixait le ciel et les oiseaux. Elle pensait toujours à Raiponce, incapable de la retirer de sa tête. Son sourire lumineux, ses cheveux dorés comme le soleil, ses yeux verts couleur herbe, sa voix cristalline, son rire teinté de douceur, sa gentillesse à tout épreuve, sa loyauté sans faille, sa détermination obstinée, sa façon de lui montrer la beauté du monde… La brunette serra discrètement sa poitrine, les lèvres serrées.

* BOOM *

Sortie de ses pensées, Cassandra vit une colonne de fumée s'élever dans les airs.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Allons voir ! Il y a peut-être quelqu'un qui a besoin d'aide, répliqua Alexandre.

Ses sens de garde royal étaient toujours en alerte. Il chargea, suivi de sa fille, épées en mains, vers la fumée noire. Ils tombèrent sur des chariots en pagaille, couchés sur le sol, tandis que des personnes capuchonnées attaquaient des voyageurs pour prendre leurs vivres et leurs ors.

- Des voleurs ! Grogna Cassandra. Papa, on fonce !

D'un accord de la tête, le garde se rua dans la mêlée. Il remarqua qu'une femme se battait contre les dits voleurs. Il lui preta main forte alors que Cassandra rejoignit les non-combattants pour les mettre à l'abri. Elle fut surprise de voir une connaissance dans le groupe.

- Varian ?! Qu'est-ce que tu fais ici ?!

- C'est plutôt à moi de te poser la question. Tu as disparu si soudainement ! J'avais plein de choses à te montrer !

- Je suis partie en voyage d'introspection, je ne t'avais pas prévenu la dernière fois ?

- Non.

Il sembla furieusement vexé et elle s'excusa platement de l'avoir ignoré et mis de côté.

- Bon, ça va, si c'était pour te faire du bien je comprends. Mais on a plus urgent à régler là, insista le jeune homme. Je vais pouvoir tester une de mes nouvelles inventions !

Cassandra fit un O de la bouche en voyant sa nouvelle arme puis lui sourit. Elle se mêla à la bataille en rejoignant son père et se retrouva en duel avec une femme plantureuse qui se vanta d'être une grande criminelle appelée Lady Caine. La bouche rouge et les cheveux bruns attachés en chignon, Caine se défendait avec grâce face à Cassandra, deux couteaux en main. Le duel les emporta loin sur le champ de bataille. Elles étaient de force égale et aucune ne voulait plier.

De loin Varian cru voir deux lionnes se battre pour leur honneur. D'un frisson il s'occupa plutôt du combat sur place en allumant son étrange pistolet recouvert de tuyaux et d'un cylindre en métal. Aussitôt un jet de colle se balança sur un ennemi qui se retrouva piégé au sol, incapable de bouger.

- Hé, hé, j'ai bien fait d'ajuster le viseur ! Maintenant tu es coincé mon petit père. Rien ne peut décoller ma glue. Rien à part ma solution personnelle !

- Bien joué !

La femme qui combattait venait de le féliciter. Il lui sourit.

- Merci Adira ! Je vois que toi aussi tu n'en as fait qu'une bouchée !

- Ils sont faibles. C'était presque ennuyeux. En revanche… Notre ami sauveur a un talent remarquable.

Adira sourit en biais en regardant Alexandre mettre à terre le dernier des bandits tout en le ligotant avec fermeté. Elle le rejoignit en plantant son épée dans le sol.

- Merci de votre aide, guerrier. Puis-je avoir votre nom ?

Alexandre releva la tête, un poil déstabilisé par la femme qui le fixait de haut. Celle-ci possédait des cheveux blancs laiteux et épais attachés en une énorme queue de cheval ainsi que des yeux en amande sombres et malicieux.

- Cross. Alexandre Cross.

- Hum, ce nom me dit quelque chose.

- Je suis de Corona, j'étais garde royal mais j'ai pris un congé sabbatique. Vous, en revanche, je ne vous avais jamais vue.

- Ah… Je comprends mieux votre aisance au combat. Vous êtes vraiment vigoureux, c'est rare chez les hommes d'aujourd'hui.

Alexandre rougit un peu, nerveux.

- Merci… Heu, et vous vous êtes du coin ?

- J'habite dans des terres plus reculées mais je connais Corona. Un de mes amis y séjourne et je passe souvent là-bas pour le voir. Mais pour le moment je suis en mission de protection. Je m'occupe du fils de mon ami, Varian.

- Ah, d'accord. Et vous avez été attaqués en chemin par des voleurs.

- Oui, c'est courant dans la région. Mais je ne sais pas si on peut appeler ça des voleurs de grand chemin. De petites frappes tout au plus.

- C'est vrai, ils n'étaient pas très forts. A part peut-être cette femme là bas.

- C'est votre fille l'autre demoiselle ?

- Oui. C'est ma Cassandra.

- Une guerrière fort habile, on ressent votre entrainement. J'aime beaucoup sa posture et ses gestes. Bravo.

Alexandre rougit de plus belle après ces compliments. Il regarda sa fille se battre sans interrompre son duel de force. Il savait qu'elle en aurait été contrariée. Adira resta elle aussi assisse à regarder le combat. Elle analysait tout et admirait énormément la force de cette Cassandra.

- Il faudra qu'on s'affronte un de ses quatre, ça promet d'être intéressant.

- Pourquoi pas. On pourrait faire un bout de chemin ensemble avec Varian si vous le voulez ? Nous voyageons sans but précis.

- Ce serait un honneur.

Adira lui sourit en biais et il se gratta l'arrière de la tête, penaud. Cette femme était désarmante de confiance et de malice. Il ne savait pas trop comment réagir face à elle.

Plus loin, Cassandra réussit à percer la défense de son ennemie. Elle lui asséna un coup au ventre mais Caine lui répondit d'un coup de pied qui lui fit lâcher son épée. La brunette grogna en désarmant son ennemie qui s'amusait à esquiver et à frapper par derrière.

- Ton style de combat est bien trop brutal, rit Caine. Cela dit tu es un adversaire digne de ce nom pour m'affronter à jeu égal.

- Egal ? Non, supérieur !

Cassandra la prit au corps à corps, y mettant son ardeur et sa poigne. Elle envoya Hibou la distraire d'un sifflement et profita de ces quelques secondes d'inattention pour attraper son bras. Une fois fait, elle lui fit une prise enseignée par son père et la bloqua au sol avant de lui asséner un coup sur la tête.

Caine fut sonnée et tomba dans les pommes. Cassandra en profita pour la ligoter et l'amener fièrement à son père.

- Et voilà la cheffe. Servie sur un plateau !

- Bien joué, Cassandra ! Tu es de plus en plus forte chaque jour.

Bombant le torse la jeune femme questionna Adira sur sa présence. Celle-ci lui expliqua la même chose qu'à son père et tous se rendirent auprès de Varian qui soignait quelques blessés avec ses mixtures.

- Amenons-les en prison à la prochaine ville, exprima Adira en tirant sur un ennemi. Varian tu pourrais me décoller ceux-là ?

- Bien sûr ! Tu m'aides, Cass' ?

- Avec plaisir.

Celle-ci posa Caine dans un chariot et aida son ami à décoller les bandits avec un liquide violet.

- Alors comme ça on va faire un bout de chemin ensemble ? Questionna l'alchimiste avec joie.

- On dirait bien. Je vais pouvoir rattraper mon retard sur tes inventions.

- Génial ! J'en ai tellement à te montrer !

Tout excité, Varian prit son sac pour sortir quelques-uns de ses nouveaux jouets. Cassandra en rit avec tendresse.

Reprenant la route dans les chariots rafistolés, Cassandra se posa face à Varian en admirant ses œuvres. Elle le contempla, passionné jusqu'au bout des ongles dans ses inventions. Il venait de lui raconter ce qu'elle avait raté ces dernières semaines. Varian avait vu le roi de Corona, Frederick, qui avait approuvé la plupart de ses idées et lui avait accordé une subvention pour qu'il continue ses travaux et devienne l'ingénieur officiel de Corona. Prenant le poste avec joie, Varian avait fait installer ses premières machines dans le palais et fait superviser quelques chantiers. Mais il manquait de matériaux rares qu'il était justement en train d'aller chercher aux quatre coins du continent.

- Je suis tellement contente pour toi, tu mérites d'être reconnu !

- Merci, répondit-il les joues rouges. C'est grâce à toi et à la princesse Raiponce. Merci du fond du cœur.

Le sourire qu'il adressa à son amie la réchauffa. Cassandra se rendit compte qu'elle avait moins mal au cœur en présence de ses amis et de compagnie. Elle se dit que c'était finalement une bonne chose qu'ils soient tombés sur eux. Cela ferait évoluer son voyage et elle sentait que ce serait important pour son avenir.

- Ah… J'ai perdu… La honte…

Lady Caine reprit conscience pendant le trajet. Cassandra se vanta de sa victoire tout en lui assurant qu'elle avait été une adversaire redoutable.

- Pourquoi voler les gens ? Un travail honnête de garde t'irait beaucoup mieux, commenta la brunette. Ton talent est gâché.

- Pfeuh la bonne blague. Je suis une fille des rues depuis ma jeunesse. Personne ne voudrait m'employer. Je n'ai ni famille, ni maison, ni argent. Je suis un esprit libre et je ne dépends de personne. Je préfère me battre pour moi que pour un stupide royaume ou une personne riche. Non, très peu pour moi.

- Dommage. Tu vas finir tes jours en prison.

Caine ricana.

- Je m'évaderais pour la énième fois, ça ne me fait pas peur.

Cassandra la regarda de plus près. La belle et plantureuse jeune femme détourna les yeux, gênée qu'on la fixe et qu'on voit au fond de son cœur.

- Alors quoi ? Tu vas passer ta vie à voler pour finir en prison avant de t'évader pour continuer à te battre à nouveau jusqu'à la mort ? C'est une vie pourrie.

- Je ne te permets pas de juger ma vie !

Caine la regarda avec haine. Cassandra haussa les épaules.

- Je suis une mercenaire et je ne reçois d'ordre de personne ! C'est moi qui choisis ce que je veux être !

- Mouais, et bien, tu devrais changer de fréquentation et essayer de travailler pour des gens bien. Ca te changerais car… franchement, tu es extrêmement agile. Si tu le voulais tu pourrais sortir de la rue et te battre pour une cause noble. Seulement, tu n'as aucune détermination.

- Tsss… N'importe quoi.

Caine se retourna et se coucha sur le sol, vexée qu'on lui parle mal de sa survie durement gagnée au fil des ans. Cassandra secoua la tête, incrédule, avant de se coucher à son tour dans l'autre sens tandis que Varian continuait à prendre des notes sur une idée d'invention. Leur voyage ensemble venait de commencer.


La surface du lac était lisse comme un voile de soie, tout juste perturbée par le maigre courant d'air qui le faisait onduler par moment. La couleur bleu cyan qui se dégageait de son étendue reflétait le ciel d'une fin de printemps dont la chaleur commençait à vraiment s'installer.

Pied nus, mains dans la main, le couple de Corona regardait le lieu où Jack avait eut le droit à sa renaissance. Aussitôt sorti du vortex ils avaient atterrit à Burgess comme le jeune homme l'avait demandé à son ami North. Il avait envie de s'y recueillir pour débuter leur quête impossible. Raiponce avait aussitôt retiré ses lainages et ses bottes, savourant la chaleur du continent qu'elle connaissait et qui se situait bien plus au sud que leur précédente destination.

Jack Frost fixait une petite stèle en pierre gravée de son nom, plantée juste à côté du lac dégelé. Enfin il savait d'où il venait et cela le remplissait de bonheur et de sérénité. Il n'y avait plus de zone d'ombre dans son histoire. Raiponce lui fit remarquer qu'un bouquet était posé là, encore assez frais pour ne pas avoir entièrement fané.

- On pense toujours à moi. Malgré les années qui passent.

Heureux, il se redressa et adressa ses remerciements à l'esprit de la nature qui s'était sacrifié dans le lac. Raiponce en fit de même avant de lui prendre la main et de le guider vers le village animé. La princesse était heureuse de découvrir les origines de Jack tout comme celui-ci avait apprécier en apprendre davantage sur elle à Northuldra. Cela renforçait leur amour.

- Tu te rappelles quelque chose ? Le questionna-t-elle une fois sur place.

- Oui, c'est vague et peut-être un peu inspiré des souvenirs de mes dents mais… Je me sens chez moi, avoua-t-il. C'est un peu compliqué à expliquer. J'ai le cœur qui tambourine.

- C'est de la nostalgie.

- Probablement. Une nostalgie ancrée dans mon esprit.

Raiponce lui sourit en l'attirant vers les étals du marché matinal de Burgess. Poisson, viande, fruits, légumes, épices, laitages, fromages, meubles… Beaucoup de choses se vendaient et tout était artisanal. C'était un village autarcique qui vivait de ses récoltes et de son environnement. Jack l'avait tout de suite remarqué en revenant sur ses traces. Il avait toujours grandi avec la nature.

- Le soir de ton retour, reprit la blonde en admirant les marchandises une à une, c'est ici que tu as compris que tu étais invisible, c'est ça ?

- Oui… Se remémora douloureusement Jack. Je traversais tout le monde et je parlais dans le vide. C'était… horrible.

- Dans ce cas. Venge-toi !

Elle lui fit un sourire taquin et Jack sentit une pulsion euphorique le prendre. Oh que oui il allait se venger de son passé ! Il prit aussitôt sa bourse et fonça sur les étalages avec sa belle en achetant divers produits locaux et en conversant avec les vendeurs. Dieu qu'il se sentait vivant ! Plus vivant que jamais !

Raiponce était heureuse de le voir comme ça. Elle-même savourait sa présence au marché et elle discutait avec tout le monde pour en savoir plus sur la ville. Jack en profita pour se renseigner, discrètement.

- Et vous ne connaissez pas une certaine Elena Frost par ici ?

- La ptiote Frost ? Un peu qu'on la connait ! Elle vit pas loin d'ici. Vous la connaissez ?

- Un peu oui. J'ai entendu dire qu'elle avait perdu son frère quand elle était jeune.

- Triste histoire… La pauvre petite a été sauvée de la noyade par son frère ainé alors qu'ils patinaient sur le lac gelé de la forêt. Cet hiver là il faisait pourtant froid mais sûrement pas assez. Le jeune homme est tombé dans l'eau glacée en plein milieu du lac… Il n'est jamais remonté et on a même pas retrouvé son corps. C'est une tragédie bien connue ici. Depuis on a interdit aux jeunes d'aller patiner sans surveillance. Cela dit beaucoup on trop peur pour y aller maintenant. En fait, personne ne patine plus là-bas. En hommage à ce pauvre Jack Frost.

Le principal concerné fit mine basse malgré son petit sourire caché. Son histoire perdurait. Il n'avait jamais vraiment été invisible ni oublié. Et il avait potentiellement empêché d'autres drames de se produire.

- Vous pourriez m'indiquer le chemin de sa maison ?

- Bien sûr.

Le couple de Corona se rendit au lieu indiqué. Jack tremblait malgré lui et la blonde pressa sur sa main pour lui donner du courage. Leur rôle était inversé et il aimait beaucoup qu'elle le rassure. D'une grand inspiration Jack frappa à la porte. Un homme lui ouvrit, le regard jovial et les muscles saillants. Il portait une chemise à carreaux et un pantalon brun serré à la taille par une large ceinture.

- Bonjour, je cherche Elena Frost. Elle est bien ici ?

- Oui, a qui ai-je l'honneur ?

- Jack Frost.

- Pardon ?

- Vous avez bien entendu.

- Vous vous moquez de moi ?! Je vous préviens, si c'est pour blesser ma femme, je vous le ferais payer !

- Je vous assure que non. S'il vous plait. Amenez-la moi.

- …

L'homme fixa Raiponce et son regard amical. Il soupira et parti la chercher. Jack attendit, nerveux au possible.

- Tout va bien se passer, lui glissa sa chérie.

Tendu, son compagnon regarda la porte s'ouvrir lentement sur une magnifique jeune femme aux cheveux bruns attachés en chignon. Ses yeux ambrés se posèrent sur lui avec une pointe d'agacement pour la farce que venait de lui faire son mari. Mais… bien vite, ses yeux s'agrandirent. Elle en fit tomber son torchon.

- Impossible…

Elena leva sa main et toucha son frère, glacé. Elle se recula, prise de peur. Ses cheveux avaient changé de couleur et ses yeux aussi. Mais pour le reste, il avait exactement la même tête que dans son souvenir.

- Sorcellerie ! Qui êtes-vous ? Un fantôme ? Un sorcier ?

- Ne me demande pas qui je suis si tu me reconnais voyons. C'est vexant, taquina Jack. Je sais que… c'est incompréhensible, mais… je suis bien vivant, Elena. J'ai survécu ce jour-là. Même si… j'avais perdu la mémoire.

- Je ne veux pas le croire ! Pas après tout ce temps.

La brunette fondit en larmes. Jack voulut la réconforter mais elle se dégagea. Incapable d'accepter la vérité.

- Je … Désolé… je n'aurais peut-être pas dû venir…

Jack se recula, prêt à partir. Raiponce allait intervenir quand un jeune garçon vint enlacer sa mère.

- Calme-toi maman !

- Qu'est-ce qu'il se passe ? Demanda une jeune fille aux longs cheveux brun et aux yeux noisette.

Jack se bloqua en voyant son neveu et sa nièce. Il sourit tendrement. Elena avait réussi à faire sa petite vie et il était plus qu'heureux pour elle.

- Sois heureuse, ma sœur. Je suis fier de toi.

Se retournant l'esprit de l'hiver prit la main de sa petite amie, rassuré, avant qu'Elena ne fonce sur lui et s'effondre sur son dos, en larmes. Elle le frappa et il la laissa faire sans bouger.

- Pourquoi ! Pourquoi ! Pourquoi ! Toutes ces années à m'en vouloir, à perdre confiance en moi ! Pourquoi tu ne reviens que maintenant !

- Je… Pardonne-moi.

- …

Son grand frère se retourna pour la serrer dans ses bras malgré sa résistance. Mais elle finit par se laisser faire et dans un étrange souffle rauque elle s'agrippa à lui comme si elle ne voulait plus jamais qu'il s'en aille.

- Oh Jack… ! C'est ma faute ! Tout est ma faute !

- Absolument pas. C'était juste un accident. Mais c'est du passé.

- Comment as-tu survécu ?

Jack la posa sur les marches d'escalier en lui raconta grosso modo son histoire et sa vraie nature. Elena en profita pour se calmer.

- Alors… tu es devenu un esprit de la nature. Comme le petit qu'on avait sauvé ce jour-là. Tu as été choisi par la lune…

Les yeux ronds, Elena sembla mieux comprendre la disparition étonnante du corps de son frère dans un si petit lac. Mieux, elle comprit largement pourquoi il revenait seulement à cause de sa mémoire. Tout s'emboitait.

- Dis m'en plus, Jack ! Je veux tout savoir !

- Et moi aussi, Elena. Raconte-moi ce que j'ai loupé à Burgess ces trente dernières années.

Le frère et la sœur entrèrent pour discuter dans le salon du couple. Raiponce se présenta à son tour comme la princesse de Corona dont Elena ne savait plus où se mettre. Mais la simplicité de la blonde la détendit. Elle-même raconta sa vie depuis la mort de Jack et ce qui avait changé. Elle était mariée à un bûcheron et avait eu deux enfants. Un adorable Nathan et une malicieuse Alice qui étaient déjà adolescents. Elle avait autour de quarante ans désormais. Jack se dit qu'il devait en avoir presque cinquante en comptant son ancienne vie ce qui fit rire tout le monde.

- Je suis contente que notre Jack ne soit plus tout seul. Et qu'il se soit trouvé une magnifique princesse. Dame Raiponce vous êtes absolument sublime. Merci de prendre soin de mon grand… euh… petit frère ?

Ils rirent à nouveau. Raiponce lui prit les mains.

- Merci de ton soutien Elena. Je prendrais soin de lui.

- Je peux te le confier rassurée. Car j'ai cru comprendre que votre quête serait compliquée voir dangereuse.

- Il y a des chances, lui répondit son grand frère avec tendresse. Mais tout ira bien ne t'en fais pas. Je mènerais ma mission à bien avant de me poser à Corona. Il faudra que tu viennes nous voir !

- Bien sûr ! Je ne t'imagine pas du tout en roi d'ailleurs.

- Moi non plus si cela peut te rassurer.

Complice, comme au premier jour, le frère et la sœur rirent en symbiose en parlant de tout et de rien. Raiponce les laissa se retrouver en parlant avec le bûcheron et les enfants. Elle apprit que les parents de Jack ne s'étaient jamais remis de la mort de leur petit, surtout la mère qui était dépressive tous les hivers et qui avait perdu sa joie de vivre.

Le couple décida donc de leur rendre visite dans les montagnes avec la famille d'Elena. La mère le reconnut tout de suite malgré son apparence. Elle tomba à ses pieds et l'enlaça avec un amour maternel puissant. Raiponce eut l'impression de se revoir quelques mois en arrière dans les bras d'Arianna.

Jack les rassura et leur expliqua toute la vérité. Il n'avait pas prévu de tout leur dire mais il préférait les apaiser dans leur souffrance. Et cela leur fut bénéfique car depuis trente ans maintenant jamais sa mère n'avait souri ainsi. Elle était comme bénie par les dieux. Elle promit de remercier les esprits de la nature à chaque jour qui passerait.

C'est ainsi que Jack et Raiponce passèrent quelques jours à Burgess, aux origines de Jack, dans une famille aimante, ravie de retrouver leur petit cœur. Ils n'avaient pas assez de mots pour décrire leur joie de se retrouver. Elena et Jack étaient fusionnels comme avant. Les parents souriaient à tout va, en extase. Et Raiponce fut tout de suite acceptée comme leur fille.

- Nous repasserons vous voir ne vous en faites pas. Mais une quête nous attend et nous l'avons déjà beaucoup trop repoussée, déclara Jack.

Sa mère l'enlaça avec affection et le regarda dans les yeux, lui touchant la joue.

- Va accomplir ton devoir mon fils. C'est là qu'est ta place désormais. Te savoir en vie me suffit à être heureuse. Nous viendrons te rendre visite à Corona lorsque tu deviendras roi. Nous serons éloignés mais notre cœur sera avec vous.

- Nous sommes fiers de toi fils. Fiers de ce que tu es devenu.

Les larmes débordantes, Jack les serra contre lui avec force. Elena vint à son tour pour un dernier câlin en promettant à son frère de ne pas ébruiter sa survie car il préférait que ça reste secret.

- A bientôt mon Jack que j'aime. A toi de construire ta vie.

- Merci ma petite puce adorée !

- De quarante deux ans…

- Tu auras toujours six ans à mes yeux.

D'un sourire ils posèrent leur front l'un contre l'autre avant que Jack ne prenne la main de Raiponce.

- Prenez soin de mon petit, lui glissa sa mère avant de s'écarter.

- Bien entendu, lui murmura-t-elle. Je ferais tout pour le rendre heureux.

La mère sourit, émue de voir son Jack devenu adulte et accompli au bras d'une charmante princesse au regard déterminé et jovial. Sa famille n'en demandait pas plus malgré le choc.

- Allons-y, ma belle. Une mission nous attend.

D'un hochement de tête complice les deux amoureux partirent vers l'inconnu à la recherche des derniers gardiens pour ramener la magie sur terre.

Ils s'étaient liés en hiver, découverts au printemps et désormais, ils continuaient leur chemin vers l'été, à la recherche de son esprit.