Chapitre 27 : Le Secret de l'Océan

- C'est… c'est impossible, clama la princesse de Corona en fixant son amant. Normalement, au vu de ma nature, je suis stérile.

- Moi aussi…

Les deux esprits se regardèrent. Ils se souvenaient très bien des textes anciens qu'ils avaient pu lire aux Landes et à Northuldra. Durant leur voyage ils avaient beaucoup étudié leur nature profonde et leur renaissance. Tous les papiers à ce sujet étaient formels, les esprits de la nature n'avaient pas le don de procréation. Ce miracle n'était accordé qu'aux êtres qui vivaient peu de temps comme les hommes, les animaux ou les insectes… C'était un moyen de les faire évoluer et de leur donner un héritage prospère sur la terre. Les esprits ne bénéficiaient donc pas de cette capacité, eux qui existaient pendant des siècles pour assurer l'équilibre du monde.

- Vous devez vous tromper, conclut la princesse en se relevant. Vous ne savez pas qui je suis et ce que j'ai vécu ces derniers temps. Je ne peux pas être enceinte.

- Je ne vous connais pas c'est vrai, s'exprima le docteur, pantois. Mais la solution que j'ai utilisée dans votre sang est efficace sur tout être vivant. Et vos symptômes concordent dans ce sens également.

- C'est quoi votre solution ? Demanda Jack, un poil nerveux, un poil excité.

Le médecin observa la reine qui hocha de la tête pour lui donner son accord.

- Un élixir magique fait à base de sang et d'urine de …. Poissons femelles enceintes.

Il n'osait pas le dire et Ariel comprenait parfaitement que le secret soit bien trop lourd à porter pour le divulguer à des inconnus. Elle-même était toujours anxieuse et réticente à l'idée d'en parler.

Jack retroussa le nez, dégouté par l'image qui lui venait en tête. Raiponce en revanche reprenait ses esprits et sa vivacité. Elle s'assit sur le lit en les contemplant un par un.

- Ecoutez, je sais que je n'attends rien du tout. Mon état vient d'un ancien combat et d'une multitude d'autres choses qui m'ont affaiblie. Mais je vais bien, il me suffit d'un peu de repos pour m'en remettre.

- Tu… Tu penses que ça ne pourrait pas… Tenta Jack.

- Non, le coupa-t-elle aussitôt d'un ton ferme. Il ne faut surtout pas que tu aies espoir Jack. Car tu sais que c'est impossible. Aucun esprit de saison n'a jamais eu de descendance.

- Ils n'en ont peut-être pas eu le temps, rétorqua-t-il.

- Qu'est-ce que tu en sais ? Certains ont vécu des siècles selon Flora. Nous on est encore que des bébés, au final.

Incapable d'abandonner l'idée, le jeune esprit de l'hiver se tourna vers le docteur, toujours incrédule face aux paroles des Coroniens.

- Si elle était enceinte, je dis bien SI – il regarda Raiponce pour la faire taire-. Ca serait depuis combien de temps ?

Son interlocuteur cogita un petit instant, regardant la couleur du sang bleuté très clair.

- Pas longtemps. Je dirais un mois et demi.

- … Où on était à ce moment-là ?

- Les landes, Répondit Raiponce. On était dans le coin là ou à Thalie. A moins qu'on était déjà à Arendelle ?

- Hmmm.

Un bruit de cassure fit tourner la tête de tout le monde quand la jeune Melody laissa tomber un vase sans faire exprès. Ariel soupira et partit la gronder avant de la faire rentrer dans la pièce. Éric la sermonna à son tour, désespéré du talent de sa fille pour sa soif d'aventure et sa curiosité. Un peu comme sa mère au final, sourit-il en biais.

- Elle va avoir un bébé ? Demanda l'enfant indiscrète.

- On ne sait pas, chérie. Cela ne nous regarde pas, répliqua la mère légèrement gênée.

- Bon, s'exprima Éric en frappant dans ses mains. Dans tous les cas, vous avez besoin de repos et vous êtes les bienvenus ici. Nous allons préparer un bon diner royal pour ce soir et nous rediscuterons de tout cela tranquillement. En attendant, j'en connais une qui va être punie pour nous avoir désobéi.

- Mais…. C'est pas juste !

- Pas de discussion, jeune princesse. Tu vas aller réfléchir dans ta chambre toute l'après-midi sur tes actes.

Le ton du roi était ferme. Ariel se posa devant la jeunette qui larmoyait.

- Tu t'es mise en danger en grimpant jusqu'ici. Tu ne dois plus recommencer ! A ton âge c'est trop dangereux. D'accord ?

Melody ne répondit pas. Elle bouda et suivit son père avec regret.

- Désolée pour le spectacle, s'inclina la reine. Je vous souhaite un bon rétablissement, Raiponce. A tout à l'heure.

Les Coroniens la saluèrent tout en ayant une furieuse envie de pleurer. Regarder Melody interagir avec ses parents les rendaient furieusement jaloux et les détruisaient de l'intérieur. Pour eux, cet instant était diaboliquement cruel car ils vouaient y croire mais ils savaient que c'était improbable. Pourtant, au fond de lui, Jack avait envie d'espérer. Si tous les signes convergeaient vers là alors, pourquoi pas ? Rien n'était jamais immuable, non ? L'avenir n'était pas écrit…

Essuyant une larme furieuse, Jack se reprit et se posa au côté de sa petite amie qui s'était recouchée. La blonde avait les poings serrés sous ses draps et les dents qui déchiraient sa lèvre inférieure. Elle était rongée de peine.

- Tu te rappelles, les Landes, commenta Jack après plusieurs minutes à lui caresser les cheveux. On avait eu une belle nuit là-bas.

- Oui mais on en a eu d'autres ailleurs aussi, répliqua-t-elle sèchement en fixant devant elle sans se retourner. Ne cherche pas à y croire, sinon, tu vas souffrir.

- Je sais bien… Mais… je me rappelle d'un truc et ça me chiffonne.

- Quoi ? Murmura-t-elle, un peu tremblante.

- Quand on est parti, les fées ont eu une réaction bizarre que je n'ai jamais compris. Je me dis que, peut-être, elles savaient déjà qu'on attendait… quelque chose. Dans ton ventre.

Cette fois-ci, la princesse se retourna, mi-surprise, mi-furieuse. Elle réfléchit avant de parler, cherchant ses mots en se repassant le souvenir dans son esprit.

- Tu perds la tête ! Si c'était vrai ça voudrait dire qu'elles avaient vu un fœtus d'à peine une semaine ou deux se former en moi ! Tu te rends compte que c'est stupide ?

- Ce sont des fées. Avec leur magie, elles ressentent peut-être des trucs différents.

- JACK ! ARRETE ! Je t'en supplie, arrête… Je ne veux pas… je ne veux pas espérer pour rien !

Et elle fondit en larmes, le corps secoué de sanglots. Elle était totalement dépassée par ses sentiments et se mit à attraper les draps pour étouffer ses cris de rage et de détresse. Jack était atterré de la voir comme ça. Il la prit contre lui.

- Pardon ! Excuse-moi ! Je ne voulais pas te blesser. Je ne recommencerais plus !

Il lui fallut un temps pour se calmer et reprendre le contrôle de ses émotions. Raiponce renifla et se laissa tomber dans le lit, entourée par Jack qui refroidissait un peu son corps brûlant de fièvre.

- Tu es épuisée, ma puce… Repose-toi. Je vais veiller sur toi, je te le promets. Entre Pitch, Sable et tout le reste, tu m'étonnes que tu sois fatiguée. Mais ça va aller car je suis là. Pour toujours.

Il lui sourit, cachant son inquiétude face à la réaction de sa petite amie et sa fièvre qui montait rapidement.

Raiponce hocha la tête en se lovant dans les draps. Jack en profita pour effleurer son ventre dans un geste imprévu. Il avait envie de poser sa main et lui demanda la permission du regard. Sa tendre amie s'endormait déjà à moitié aussi en profita-t-il pour soulever sa robe violette. Il s'aventura vers son bedon d'une taille normale pour y poser sa main gelée. Il ferma alors les yeux et chercha. Il ne savait pas ce qu'il cherchait… Quelque chose… Un signe, un geste, une onde magique… n'importe quoi. Mais. Il n'y avait rien. Rien que le va et vient de sa respiration.

Jack soupira, yeux mi-clos avant de border sa princesse et de lui apporter son œuf.

- Regarde, tu as un bébé qui t'attends, dit-il en lui plaçant dans les bras. Et il a besoin de ton amour.

- De notre amour, rectifia la princesse qui le caressa et s'endormit aussitôt.

Assis sur le lit, son amant la regarda dormir sans la quitter des yeux un instant. Ses pensées dérivant dangereusement vers la parentalité.


La nuit donnait à l'océan un aspect mystérieux et plus terrifiant. Jack Frost contemplait les remous qui s'écrasaient sur le mur en béton comme s'il s'agissait d'une berceuse. Il écouta le chant de la mer tout en laissant une oreille trainer derrière lui là où Raiponce se changeait. Ils étaient dans une chambre d'amis et lui-même avait déjà revêtu son costume blanc et bleu clair de cérémonie. Dans sa main trônait la canne que Frederick lui avait offert à l'époque, ce qui lui donnait un certain charme princier.

- Je suis prête, on y va ?

Son petit ami opina, plongeant ses yeux dans le décolleté ouvert de sa princesse. La robe mauve qu'elle avait enfilée lui rappelait le bal où ils l'avaient fait pour la première fois. Il rougissait d'y repenser et se délecta des courbes que son amante cachait habilement sous ses jupons bouffants. Nue elle était d'une beauté indescriptible que son corset retranscrissait discrètement sur ses seins et ses hanches. Elle ressemblait à une reine, accoutrée ainsi.

- Tu es sublime, mon cœur.

Il l'embrassa sur le front, terriblement amoureux.

Raiponce se sentait beaucoup mieux après sa sieste et elle avait repris des couleurs comme si rien ne s'était passé. Ne faisant plus allusion à tout ça, elle se laissa guider jusqu'à la salle du souper où Ariel, Éric et Melody les attendaient. Le roi portait un élégant costume blanc, jaune et bleu abyssal tandis que sa reine avait opté pour une robe bouffante verte serrée à la taille et sa fille une adorable robe rose en dentelle. Ils se saluèrent et engagèrent calmement la conversation laissant à Raiponce le soin de les rassurer sur son état. Puis ils se dirigèrent vers la table tout en continuant de bavarder.

Une fois l'entrée arrivée, Ariel entra dans le vif du sujet, impatiente d'en savoir davantage.

- Il semble que nous avions parlé de secrets à échanger, plus tôt de cela… J'aimerais beaucoup savoir ce qui se cache derrière ces histoires de magie et de nature que vous avez cités. Est-ce de cela que vous vouliez nous parler ?

Jack opina, se délectant de sa salade composée.

- Ca va peut-être vous paraitre un peu étrange voir improbable mais nous ne sommes pas des humains ordinaires. Nous sommes des esprits de la nature et nous menons une quête pour retrouver nos semblables.

Raiponce prit à son tour la parole pour expliquer la situation sans omettre aucun détail. Puis, elle se tourna vers Ariel, les yeux remplis d'excitation.

- Nous pensons que vous êtes l'esprit de l'Eté ou de l'Automne. Nous avons ressenti de la magie en vous et c'est ce qui nous a guidé jusqu'ici.

- Moi… Un esprit de saison ? Vous êtes sûrs ?

La reine était stupéfaite, elle les regarda tour à tour pour chercher la vérité. Sa curiosité était à son paroxysme après ce qu'elle venait d'apprendre sur le monde !

- Pas à cent pour cent, avoua Jack qui se gratta la joue. En fait… On ne sait même pas comment le découvrir.

- Peut-être qu'en faisant de la magie ? Proposa la princesse.

- Vous pouvez en faire au moins ? Je veux dire, utiliser la force de la nature.

La rousse ferma les yeux quelques secondes. Elle n'avait plus peur d'avouer son secret vu les circonstances mais elle avait du mal à le sortir de sa bouche, réflexe après ses premières années sur terres.

- Oui, il y a des choses que je peux faire. Car je ne suis pas vraiment humaine. Je suis… Originellement, je suis une sirène. Je suis née dans l'océan à Atlantica. Je suis une princesse des mers et je n'aurais pas dû prendre contact avec les hommes mais j'ai fini par tomber amoureuse d'un humain et… Je suis venue ici pour vivre avec lui.

- Après avoir échappé à sa tante Ursula, intervint Éric de son regard taquin.

Ariel rit un peu et approfondit son histoire passée où elle avait offert sa voix à sa tante dans un pacte pour devenir humaine. Car son père, Triton, était contre le contact avec le monde d'en haut. Ariel devait conquérir Éric d'un baiser pour rester sous sa forme terrestre mais Ursula lui avait mis des bâtons dans les roues histoire de prendre possession du monde sous-marin en menaçant le roi. Elle avait échoué de justesse et Ariel avait choisi la vie sur terre, laissant sa famille derrière elle.

- Je comprends mieux l'air nostalgique en fixant l'océan, conversa Raiponce. C'est difficile de quitter les siens.

- C'est vrai mais… avant je pouvais tout de même les voir. Aujourd'hui je ne le peux plus.

- Pourquoi ? Demanda Jack. Vous ne pouvez plus reprendre votre forme d'origine ?

- Si je le peux grâce à un collier enchanté que mon père m'a offert mais… Voilà trois ans que mon autre tante, Morgana, nous a menacé. Elle a failli tuer Melody lors de son baptême en mer… Elle veut venger la mort d'Ursula en nous détruisant tout en surpassant sa sœur là où elle a échoué. De ce fait, il est trop dangereux que nous retournions à l'océan et surtout pour ma petite Melody.

La jeunette était partie s'amuser avec des poupées non loin d'eux, d'où le fait qu'Ariel évoquait la vérité cachée.

- Mais… Vous ne retournez même pas voir votre père ? Demanda Raiponce avec tristesse. S'il est comme le mien il doit être… désespéré…

- Je sais…

Ariel sentait les larmes monter. Elle les refoula en serrant sa fourchette.

- Mais je ne risquerais pas la vie de Melody ou la mienne en essayant de retourner à Atlantica. Morgana est puissante. Elle surveille les océans du moindre signe de notre présence. Et Père ne l'a jamais retrouvée, puisqu'il n'est jamais revenu me voir. Ni mes sœurs.

Jack et Raiponce avaient la mine triste et compatissante. Ils étaient également choqués de la révélation que venait de leur faire la reine.

- Alors, les sirènes existent, formula Jack. Je ne l'aurais jamais cru.

- Moi non plus, enchaina la blonde, les yeux ronds. Il existe un peuple sous l'océan…

- Différents peuples, des lois, des villes, des créatures amicales ou sauvages. Comme sur terre. Et moi non plus je n'imaginais pas un seul instant qu'il existait des esprits de saison !

- On en apprend tous les jours, reprit Jack, rêveur.

- Je propose que nous portions un toast à notre rencontre et à notre nouvelle amitié, dit Éric le verre levé.

Tous prirent leur coupe de vin ou de fruit avant de trinquer et de parler un peu plus longuement de leur secret respectif pendant la suite du diner et du dessert.

Après le repas, repus, les couples partirent macher en bordure d'océan tandis que Melody était au lit sous bonne garde. Ariel et Raiponce avaient pris de l'avance, jouant à courir dans le sable encore chaud sous les embruns de l'océan. La lune les fixait, presque ronde, en laissant sa clarté illuminer l'eau de reflets d'argentés. La mer ne bougeait pas d'un poil et Ariel se stoppa pour la fixer.

- Tu ne voudrais pas tenter de revoir ta famille ? Questionna Raiponce.

- J'aimerais tellement, du plus profond de mon cœur, avoua la reine la main serrée sur sa poitrine, cheveux aux vents. Mais je ne dois pas risquer à Melody de devenir orpheline… Elle compte plus que tout pour moi. Je ferais tout pour elle.

- Si je pouvais t'aider… Cependant… je ne peux pas aller sous l'eau. Ce qui est dommage car avec ma magie, je pourrais te protéger. C'est notre rôle avec Jack.

Ariel la regarda, pensive. Puis elle reporta son attention sur le sable où ses pieds savouraient chaque grain.

- Tu es un peu faible pour t'engager dans ce genre de chose, je ne pourrais pas t'imposer cela. Surtout si tu portes la vie en toi.

Grimace. Raiponce se tendit. Ariel s'excusa mais la blonde secoua la tête.

- Ca va, ne t'en fais pas. Mais non, je ne suis PAS, enceinte.

- … C'est étonnant car mon docteur ne se trompe que rarement.

- Il faut une première fois.

La blonde reprit la marche, les mains dans le dos, le regard tourné vers la lune. Ariel lui emboita le pas, respirant l'odeur d'iode qui la rendait toujours nostalgique.

Derrière, Éric parlait avec Jack, marchant avec lenteur. Ils parlaient magie puis dérivèrent sur la royauté où Jack s'abreuva de conseils sur ce que devait faire un roi. Éric était un prince qui avait appris très tôt ce qu'était son devoir car ses parents étaient morts jeunes. Le Coronien était enchanté d'en apprendre davantage. Il parla famille par la suite pour exprimer la joie qu'il avait eu de retrouver les siens, surtout sa petite sœur adorée, ainsi que celle de vivre avec les parents de Raiponce qui étaient adorables.

Par la suite, un silence se prolongea et Éric remarqua que Jack était nerveux.

- Je ne connais pas tout de votre histoire, s'exprima le monarque, mais, ne vous laissez pas abattre par la peur de cette grossesse. Moi je pense que le docteur ne se trompe pas. Il est très fiable. Seulement, même si c'est une erreur, rien ne dit que ça ne vous arrivera jamais. Vous pouvez également adopter.

- Je sais tout cela. C'est plus l'état de ma belle qui m'inquiète et… autre chose…

- Le fait de devenir roi comme vous me l'avez confié plus tôt ?

- Aussi, rit Jack. J'ai beaucoup trop d'appréhension je crois. Il faut que je me détende.

Le roi approuva, longeant à présent les plages sauvages remplie d'herbes hautes, de crabes et de roches polies par le flux de l'eau.

- En fait, reprit l'argenté, hésitant. J'aimerais vous demander conseil…

- Bien sûr, à quel sujet ?

- Je…

Il rougit et se gratta l'arrière de la tête. Il fixa alors la lune pour se donner du courage.

- J'aimerais demander Raiponce en mariage.

- Oh !

- Sauf que. Je ne sais pas comment m'y prendre. Mais vraiment pas. J'ai essayé plusieurs fois au cours de notre voyage depuis mon village natal mais… Impossible de sortir une phrase correcte. Je finis toujours par changer de sujet. Et… Je ne trouve jamais le bon moment.

Un sourire illumina les lèvres d'Éric. Il repensa à la demande qu'il avait faite à Ariel sur son bateau, tandis qu'ils voyageaient en mer après leur périple. Il avait fait les choses bien et en grande pompe. Mais il savait aussi que cela pouvait se faire en toute simplicité.

- Du temps que cela vient du cœur, ça suffira. Demande-lui lorsque vous êtes tous les deux, en toute complicité. N'oublie pas d'acheter une bague également.

- Ma mère m'en a offert une à Burgress, avoua-t-il. Elle est toujours dans ma poche de pantalon…

- Alors, je n'ai plus qu'à te dire de te lancer. Cet engagement est important, elle vous liera devant le monde entier.

- Je suis trop nerveux…

- Courage, je suis de tout cœur avec toi !

Le roi lui donna une tape amicale dans le dos. Jack essaya de prendre un peu de sa force pour aller de l'avant. Depuis que Pitch avait osé mettre une bague au doigt de sa belle il ne pensait plus qu'à ça. Officialiser les choses, les rendre concrètes pour leur avenir et pour Corona. Il avait trop trainé et il voulait passer à l'étape supérieur. Mais… Fallait-il encore qu'il trouve un moment calme dans leur périple pour réussir à le faire correctement. Et ça, ça n'arrivait pas souvent.

Les deux complices rejoignirent les femmes en accélérant le pas. Celles-ci parlaient du monde marin avec entrain. Raiponce insistait toujours pour que la rousse aille retrouver son père et ses sœurs, incapable d'assister à un déchirement familial comme elle l'avait elle-même vécu. Elle savait que c'était douloureux et dévastateur.

- Melody ne saura jamais rien ?

- Nous lui dirons lorsqu'elle sera en âge de comprendre. Pendant son adolescence. A moins que d'ici là, Morgana soit arrêtée.

- C'est triste de la priver de ses racines et de son grand père, intervint Jack dont les deux filles se tournèrent vers lui. Pourquoi ne pas aller aider votre père à arrêter cette Morgana ? On peut aider s'il faut. Enfin… Depuis la terre.

- Je lui ai déjà proposé mais elle ne veut rien entendre, déclama Raiponce le regard boudeur.

Éric se fit pensif tout à coup.

- Vous êtes forts ? En termes de combat je veux dire ?

- Sans me vanter on est plutôt doué, déclara l'argenté. On possède une des magies les plus puissantes. Et notre rôle est d'aider qui en a besoin. On est des gardiens. Et si on peut vous prêter main forte nous le ferons.

- Avec vous à nos côtés, dit le roi. On pourrait faire pencher la balance.

- Éric ! On ne sait même pas où se trouve Morgana.

- Si elle utilise la magie on peut la débusquer, commenta la blonde.

- Tout le monde l'utilise en bas, intervint Ariel. Enfin, celle de base.

- Alors qu'est-ce qu'on attend ? Tonna Jack.

- J'ai besoin d'y réfléchir, avoua la reine.

- Pas de problème, mais sachez qu'on est là si besoin est, sourit Raiponce avec fermeté.

- Merci à vous deux.

La balade se termina sur cet échange où chacun se souhaita bonne nuit avant de retourner dans leur chambre respective. Jack se posa le premier sur son lit, songeur. Il sentait la bague de sa mère tout contre sa cuisse, la touchant du bout de doigt.

- On devrait continuer à renforcer notre magie, déclara soudainement sa petite amie. On est encore loin de maitriser nos pouvoirs à cent pour cent et si on affronte Morgana, on va devoir être plus fort qu'avant.

- Attends, tu veux te battre ? Tu es peut-être enceinte je te signale ! Et… Et tu es faible ! Tu ne contrôle même plus ta magie. Alors, t'entrainer ?

Elle fronça les sourcils, menaçante.

- Je vais très bien ! C'est vrai que ma magie vacille mais justement, si je la renforce je reprendrais le contrôle. J'aimerais en apprendre davantage sur ce que je peux faire et ce que mes prédécesseurs savaient faire. On a le devoir d'être encore plus puissant si IL se réveille, tu te souviens.

- Oui, oui, bien sûr… Moi-même j'aimerais avoir la capacité de geler le temps ou de le ralentir. Je dis juste que ta magie est détraquée et que c'est dangereux. Surtout qu'on ne sait toujours pas pourquoi.

- La faiblesse ou les ténèbres qui m'avaient envahi peut-être. Ce qui ne m'empêchera pas de m'entrainer davantage.

- … D'accord, mais toujours avec moi.

Elle opina avant de se coucher, totalement épuisée et également en colère envers elle ne savait quoi. Elle se sentait débordée par sa fureur. Jack la laissa tranquille, perplexe, tout en se posant contre elle. Il adorait la prendre en cuillère pour humer ses cheveux senteur fleur sauvage en se collant tout contre sa peau chaude et enivrante.


Ariel cogita longuement. Elle pesa le pour et le contre. Débattit avec Éric. Puis parvint à une conclusion. Ils pouvaient sauver les océans en chassant Morgana, la sorcière noire, avec leur aide. Et ainsi… Ils pourraient enfin retourner à Atlantica pour revoir sa famille et initier Melody à sa nature de sirène qui la hantait. Car les parents n'étaient pas dupes, la petite passait son temps à regarder la mer de sa fenêtre, à vagabonder discrètement vers la plage ou à tremper ses pieds près du mur… A être attirée par son autre moitié.

- Nous avons battu Ursula, l'ainée et la plus puissante. Je ne vois pas pourquoi Morgana nous résisterait, expliqua Éric. Nous le faisons autant pour le peuple de l'océan que pour Melody. Avec nos amis les esprits, je suis certain que pouvons y arriver.

- On peut au moins essayer, approuva Ariel, convaincue. Mais je ne veux pas laisser Melody derrière moi… Morgana pourrait faire comme sa sœur et venir sur terre pour l'enlever ! Quelqu'un doit rester.

- Ou alors… On l'emmène avec nous ?

- Quoi ?! Tu n'y penses pas ! Éric, c'est la mener droit vers ELLE !

- Si elle reste avec ton père, elle sera plus en sécurité qu'ailleurs, objecta-t-il. Ca ne m'enchante pas mais… C'est la seule alternative que je vois. J'ai peur aussi de voir Morgana en humaine se balader dans le château et nous l'enlever !

La rousse prit un temps pour elle après le petit déjeuner. Elle contempla l'océan, cheveux aux vents, ressentant le sel jusque dans sa bouche. Elle voulait replonger ! C'était son désir le plus ardent. Et… Elle en avait assez de se terrer comme un escargot dans sa coquille. Non, elle devait agir maintenant qu'elle en avait l'opportunité.

- Eurêka ! Appela Ariel à plusieurs reprises.

Il ne fallut que quelques minutes pour un goéland, peu dégourdi, pour se poser – s'écraser – sur le sable.

- Ma belle Arilia, comment vas-tu ?

- Ariel, rit la reine. C'est mon nom.

- Ah oui, je suis bête ! Pardonne-moi !

- Ne t'inquiète pas. Dis-moi, Eurêka, tu n'aurais pas vu Sébastien récemment ?

- Euh… Si, si je l'ai vu dans la chambre de votre fille. Je crois… Hum….

- De Melody ?!

Le goéland cacha son bec de ses ailes. Il venait de faire une boulette. Ariel le rassura, elle avait besoin de lui pour reconquérir l'océan.

L'oiseau sembla euphorique en repartant maladroitement vers les cieux.

Opérant demi-tour, Ariel se rendit dans la chambre de sa fille qui parlait toute seule. Ou plutôt à un crabe qu'elle cacha sous son lit. Sa mère lui fit une mine tendre avant de se poser sur le lit à côté de sa précieuse fille.

- Ma puce, tu peux parler aux animaux, n'est-ce pas ?

- …

- Moi aussi je le peux tu sais. Je peux même me changer en sirène.

- C'est vrai ?!

Melody se releva, dévoilant Sebastian dans sa main. Celui-ci ouvrit grand la bouche, interloqué.

- Je crwoyais que c'était un secret ?! s'agita le crabe. Qu'est-ce que tu fais Arwiel ?!

- Sébastien. L'heure est venue pour moi d'arrêter de me cacher. Je vais contre attaquer avec l'aide de deux nouveaux amis. Est-ce que tu pourrais transmettre le message à mon père. J'ai besoin de son pouvoir.

- Quoi ? Tu es séwrieuse ? Oh mon dieu !

- Transmets-lui cette lettre le plus vite possible, lui tendit-elle.

- Comprit ! OH LA LA LA LA !

Le crabe fila, dépité, nerveux et heureux à la fois.

Ariel en profita pour se poser sur le lit de sa fille et lui caresser la joue.

- Maman ! Je ne suis pas toute seule alors ? Je croyais que j'étais… bizarre.

- Tu ne l'es pas ma puce. Tu es seulement une fille de la mer et de la terre.

- Pourquoi tu me l'as jamais dit ?

- Parce que c'est dangereux là-bas pour le moment. Mais je vais changer ça. Et tu pourras ainsi connaitre ton grand-père et tes tantes.

- J'ai un papy ?! OH !

Melody sautilla sur son lit, toute fofolle. Ses cheveux noirs partaient dans tous les sens. Ariel la calma et lui demanda de l'écouter attentivement.

- Ma puce, je vais te montrer mon monde mais en échange j'attends de toi un comportement exemplaire. Tu dois écouter tout ce que je te dirais. Car c'est très, très dangereux. Une sorcière veut nous faire du mal.

- Oui maman. Je t'écouterais toujours. Promis. Mais… la vilaine sorcière, elle… va me faire du mal ?

- Non mon cœur, nous te protégerons avec nos nouveaux amis. Ne t'en fais pas. Mais tu devras rester près de moi, d'accord.

La petite puce hocha de la tête, impatiente mais un peu terrifiée tout de même. Dans son cœur en revanche, un sentiment la happait rien que d'imaginer d'aller dans l'eau interdite. Enfin, elle en avait tellement rêvé du haut de ses presque cinq ans.

Ariel l'embrassa et se leva pour prévenir Jack et Raiponce. La petite tint le pan de sa robe mauve en déclarant.

- Et bien tu sais, moi, je les aime beaucoup le monsieur et la dame. Ils sont gentils et ils te font sourire.

La rousse haussa ses lèvres et la serra longuement contre elle d'un amour de mère indéfectible.

- J'espère que Raiponce est vraiment enceinte, murmura la sirène pour elle-même. Je voudrais qu'elle connaisse tout ça…


Jack s'entrainait à l'aide de son bâton sur des crabes qui clopinaient dans le sable. Il essayait de ralentir leur progression mais cela ne semblait pas faire mouche. Il finissait simplement par les geler sur place. Bougon il tenta diverses applications de sa magie pour former des armes redoutables et des boucliers résistants. A côté, Raiponce avait utilisé sa lumière pour créer des boules de soins comme elle l'avait fait dans l'antre de Pitch. Mais bien vite, elle s'était épuisée puis endormie à l'ombre avec l'œuf inconnu dans les bras.

La reine aux cheveux de feu arriva accompagnée de son mari, regardant l'esprit de l'hiver créer de la glace par magie.

- C'est stupéfiant, commenta Ariel. Je n'avais jamais rien vu d'aussi incroyable !

- C'est ma magie, sourit-il en se stoppant. Et vous, que pouvez vous faire avec l'aide de la nature ?

- Hum, moi, je peux contrôler l'eau, expliqua-t-elle en prenant place à l'ombre dont Raiponce se réveilla. Mon chant a également plusieurs facultés. Il peut être destructeur ou curatif. Je peux aussi appeler à l'aide avec. Mais… je ne sais pas si je suis encore capable de le faire. Surtout qu'on est de moins en moins à réussir à faire appel à l'eau.

- Normal, la force de la nature disparait de notre terre, mais nous la ramènerons, assura Jack.

Raiponce s'étira, intégrant dans son esprit ce que venait de lui dire Ariel. Celle-ci enchaina sur une question qui trottait toujours dans sa tête.

- Et comment je peux savoir si je suis aussi un esprit de saison ? Car au final vous ne savez toujours pas…

Le couple se fixa, désemparé.

- Est-ce que vous êtes déjà morte une fois ? Bébé ou adulte ? Demanda la princesse dorée

- Pardon ?

- C'est une vraie question, enchaina Jack. Car nous, les esprits saisonniers, avons été ressuscité après notre mort.

- Oui nous avons été choisis par la lune et le soleil.

La rousse entendit leur histoire sur la mort de Raiponce dans le ventre de sa mère et celle de Jack dans un lac. Elle-même sembla perplexe.

- Je n'ai pas souvenir d'une telle chose… Je suis née à Atlantica avec mes sœurs qui ont les mêmes aptitudes que moi. Je n'ai jamais fait face à la mort, sauf face à Ursula mais j'ai survécu avec Éric. Ou alors mon père me cache des choses.

Les deux esprits cogitèrent. Ils ne savaient pas du tout vers où aller pour découvrir la vérité. Et personne ne semblait vouloir les aider.

- Si on pouvait au moins demander à ton père, insinua Jack.

- Vous le pourrez.

- Hein ?!

Deux paires d'yeux se collèrent sur la reine qui avait un sourire intrépide sur le visage.

- J'ai décidé de me battre. De retourner à l'océan pour arrêter Morgana. Et pour ça, j'aurais besoin de vous, si ça tient toujours.

Elle sortit de sa poche deux bracelets fait avec d'étranges fils dorés entrelacés de perles et de pierres précieuses.

- Qu'est-ce que c'est ? Demanda la blonde.

- Mon père les a créés pour vous. Ce sont des bracelets qui vont vous permettre de vous transformer en sirène et de respirer sous l'eau. Il a utilisé son trident magique pour les façonner, tout comme il l'a fait pour moi.

- Ouah !

Jack s'en saisit, extatique. Il enfila le sien qui s'ajusta à son maigre poignet blanchâtre.

- Le trident magique ? Releva Raiponce, attentive.

- On le possède de génération en génération dans la famille. Il renferme, selon feu ma mère, le cœur de l'océan à l'intérieur. Il a un pouvoir d'une extrême puissance.

A nouveau, regard complice entre le couple.

- Il faut qu'on le voie de plus près ! Déclara Raiponce en enfilant son bracelet sur son teint de pêche. J'ai tellement hâte de voir le monde marin !

Jack la fixa brusquement.

- Euh… Attends. Entre ta magie défectueuse et ton… ta faiblesse, c'est dangereux pour toi d'y aller. Je préfèrerais que tu restes ici !

Il savait la suite mais il ne pouvait pas y faire grand-chose…

- JE VIENS ! C'est moi qui guéris les blessures je suis indispensable ! Et puis ça ira ne t'en fais pas.

- Et si tu es enceinte, asséna-t-il nerveusement. Cette transformation va peut-être le tuer… Le bébé…

Raiponce sentait la colère et la peur affluer. Ses émotions étaient sans dessus dessous. Ariel la rassura en posant une main sur elle.

- Je me suis déjà transformée en étant enceinte de Melody. Ca ne lui fera rien. La magie protège le fœtus qui reste dans une poche d'air. En revanche, je dois vous avouer que comme vous êtes humains – en quelque sorte-, tout comme Éric, vous ne pourrez pas utiliser notre magie ni nos capacités à communiquer avec les animaux. Nous avons déjà fait l'expérience.

Éric approuva.

- On a aussi beaucoup moins de souplesse que les vraies sirènes mais, nous pouvons quand même les suivre tout en bas. C'est le principal.

Très excités à l'idée de se transformer en sirènes pour découvrir un monde inconnu, les Coroniens se dépêchèrent de prendre un sac et quelques affaires qui pouvaient aller sous-l'eau avant de se diriger vers l'océan. L'œuf ainsi que Fidella avaient été confiés à un domestique de confiance et Raiponce mit de côté sa faiblesse pour profiter de l'expérience qu'elle allait vivre.

Ils rejoignirent Ariel, Éric et la petite Melody tout au bord de l'eau, les yeux brillants d'enthousiasme.


Le monde des sirènes n'attends plus que le couple!

A samedi prochain :D