Et le voyage continue de plus belle.

Bonne lecture !


Chapitre 30 : Errance

Bague au doigt, Raiponce ne cessa de la fixer et de la montrer à tous pendant leur séjour dans le royaume du roi Éric appelé Barnes. La blonde était sur son petit nuage avec Jack, ils passèrent ainsi un agréable moment en compagnie d'Ariel et de sa fille, profitant un peu de l'été et d'un moment de repos.

Quand ils décidèrent de repartir pour leur quête, ils conclurent un accord d'amitié avec Barnes et Atlantica, nouvelles alliances pour Corona. Puis sur des aux-revoir difficiles, les esprits reprirent la route, direction inconnue en tête. Malgré leur échec cuisant au sujet d'Ariel ils étaient emplis d'espoir et de motivation nouvelle grâce à leur victoire sur Morgana. Ils se sentaient plus confiants sur leur mission.

Leur nouveau voyage fut cependant difficile pour Jack, incapable de supporter la canicule qui trainait depuis un moment. Il marchait au ralenti et devait se reposer très souvent au bord de l'eau ou en forêt. Cela ne dérangea pas Raiponce qui fut aux petits soins pour son fiancé. Elle en profitait pour couver son œuf géant d'un regard maternel. Il bougeait de plus en plus depuis qu'elle était revenue de l'océan et elle le sentait grandir, palpiter sous ses doigts. Son petit cœur, elle pouvait l'écouter toute la nuit pour s'endormir.

- Dis-moi… Tu n'aurais pas grossi par hasard ? Questionna Jack un soir où elle somnolait contre son œuf.

Papillonnant elle toucha son ventre un peu bedonnant.

- C'est vrai que je mange pas mal en ce moment…

- Pas mal ? Tu as englouti trois parts de gâteau à notre halte de ce soir !

- ET ALORS ?

Raiponce se teinta de rouge. La colère la happait de temps à autre, invasive mais éphémère. Jack commençait à savoir comment réagir dans ces moments-là.

- Ce n'est pas une critique, apaisa-t-il d'un regard tendre. Juste que tu manges beaucoup. Cela dit… même en prenant du poids, c'est juste ton ventre qui grossit.

Raiponce se toucha les bras, les cuisses puis le ventre à nouveau. Une bouffée de chaleur la prit d'où elle se passa de l'eau sur le visage. Jack se posa à côté d'elle et insista.

- Mon soleil, je crois vraiment que tu portes la vie en toi. C'est un miracle, peut-être un cadeau de nos parents mais… J'y crois vraiment.

La jeune femme se tendit avant de toucher son ventre sous sa robe. Jack en fit de même, main gelée sur son bedon à nu. Ce simple contact la rendit toute chose. Elle se sentit bien et ferma les yeux. La fraicheur de Jack, en pleine soirée chaude la happait de bien-être. Elle s'étendit et le laissa caresser son ventre. Puis, fixant les cieux elle murmura.

- Tu as sûrement raison, peut-être que j'attends vraiment un enfant…

Il se redressa, les yeux vissés sur elle.

- Tu ne sens rien de différent en toi ? Questionna-t-il.

- Je ne sais pas trop… J'ai… J'ai très faim c'est vrai.

- Comme si tu mangeais pour deux ?

Elle tourna la tête vers lui d'un sourire soudainement très amoureux tendit que leurs mains se rejoignaient sur son ventre à la respiration lente.

- Oui. Et aussi, je suis tout le temps fatigué, je n'arrive plus à supporter nos longues marches. Et puis, parfois, je suis très triste ou très en colère sans savoir pourquoi. Et je… Je me sens à fleur de peau, comme malade tout en étant en pleine santé, c'est très étrange comme sensation.

Jack gloussa puis lui posa un petit baiser sur son nez.

- J'ai demandé des conseils à Ariel et Éric, expliqua-t-il. Apparemment, quand on est enceinte on est soumis à des hormones. Et c'est ça qui te rend bizarre. Enfin je crois.

- Je crois que ma mère m'en avais parlé aussi, déclara Raiponce, les yeux mi-clos. Mon dieu, Jack… Si on attend un enfant… On… On serait béni.

- Notre petit bébé qui grandit lentement. Je suis sûr qu'il est là et qu'il attend sagement son heure.

La blonde se laissa aller à la béatitude avant d'embrasser Jack langoureusement tandis qu'il jouait avec ses mèches d'or.

- Il va falloir songer à des prénoms, murmura-t-elle dans son oreille.

Jack rougit de plaisir en sentant son souffle sur lui.

- Et aussi que tu te tiennes tranquille pendant la grossesse, lui répondit-il d'un même ton lent. Tu vas devoir protéger notre enfant en plus de ton œuf. C'est ton… notre, devoir.

Elle approuva, décidant et promettant qu'elle ne combattrait plus et serait sage. Le couple se sentit en osmose sous la brise chaude et la lune sphérique, perdus en pleine campagne. Rien que tous les deux. Ils profitèrent de leur nuit pour se rapprocher encore un peu et fêter dignement l'arrivée potentielle de leur bébé.


Leur route se fit d'autant plus lente depuis que la blonde avait accepté de faire attention à sa santé et de croire en sa grossesse. Il ne fallut d'ailleurs que peu de temps après son acceptation pour que son ventre gonfle un peu plus vite, bien qu'il restait seulement bombé pour son – selon le médecin d'Ariel - deuxième mois et demi de grossesse. A ses côtés, elle profitait des pauses pour s'occuper de l'œuf en l'humidifiant souvent pour qu'il n'ait pas trop chaud pendant que Jack sondait la magie histoire d'avoir une piste. Raiponce parlait aussi bien son ventre qu'à l'œuf en caressant la peau rugueuse et accrocheuse de l'ovale. La chose à l'intérieur prenait du volume car à la lumière de ses cheveux elle voyait une ombre gigantesque s'agiter par moments. Moments qu'elle partageait tous les soirs avec Jack au bord de l'eau.

Juillet était bien avancé mais ils n'avaient plus d'angoisse quant à leur quête des gardiens. Ils savaient que ça prendrait du temps et de l'acharnement, aussi décidèrent-ils de se laisser porter par les vents de l'été. Ils renforçaient leur magie le soir, quand la température était redescendue en dessous des trente degrés, puis allaient se coucher avant d'attaquer un nouveau jour d'exploration sous une ombrelle gelée que Jack avait créée. Pauses après pauses, ils tombaient sur différents villages et après quelques visites, ils reprenaient la route.

Un matin, Jack réussit à sentir un courant magique parmi les ondes. Sans se donner de faux espoirs, le couple se rendit dans une nouvelle ville brillante de vie. Un des plus beaux palais qu'ils eurent vu de leur vie les attendaient au fond de celle-ci. Il était blanc nacré au toit d'un bleu égyptien avec des dorures sur chaque revêtement. Des tours gigantesques perçaient les cieux avec l'élégance d'un cygne se finissant par des drapeaux aux écussons du royaume. Une horloge gigantesque aux dessins délicats prenait place au-dessus de l'entrée pour apporter une touche d'émerveillement supplémentaire. Le raffinement était le maitre mot de ce gigantesque château bien plus grand que ne l'eut été Corona, Arendelle, Thalie ou Barnes. Raiponce était impressionnée et se mit à le dessiner avec ferveur. Elle voulait en garder une trace pour des idées de rénovation sur son propre palais.

Jack admira la vue de la ville sur les toits pendant ce temps-là. La cité était active, comme le port maritime qu'ils avaient visités avant Arendelle et tout aussi belle que Thalie. De la verdure par ci par là, des gens qui marchaient vers les boutiques et des enfants qui jouaient dans les rues. C'était selon l'esprit de l'hiver une de ses villes prospères et dont la paix apportait l'harmonie sur ses habitants. Une ville belle et accueillante comme il les aimait avec un petit air qu'il retrouvait dans toute celle avec qui ils étaient alliés, une aura de bien-être.

Après un repas - gargantuesque pour Raiponce à tel point que Jack était terrifié par son appétit vorace dont quatre assiettes vides trônaient sur la table- ils se rendirent au château, là où la magie était présente. Ils se présentèrent pour une visite protocolaire de la part de Corona. Aussitôt le roi et la reine fraichement nommés vinrent les accueillir avec chaleur. Surpris d'une telle visite sans invitation, Raiponce prétexta vouloir apprendre à devenir reine et faire un voyage dans ce but pour s'instruire des rudiments du métier.

La jeune femme qui l'accueillait dans son royaume fut enchantée par leur demande et les invita sans problème dans la cour de sa demeure. Une magnifique cour remplie de jardins et de fontaines à faire pâlir Corona. Raiponce nota le moindre détail dans sa tête, elle devrait le noter sur son carnet ce soir !

- Au fait je ne me suis pas encore présentée correctement. Je m'appelle Cendrillon et voici mon mari, le Roi Henri. Nous avons été couronnés il y a peu de temps à cause de la maladie de son père, le roi Louis malheureusement déjà âgé.

- Il préfère s'occuper de ses petits-enfants, sourit Henri de toutes ses dents blanches.

Le nouveau roi en imposait par son charisme et sa beauté. Il avait de beaux cheveux noirs gominés ainsi que de grands yeux noisette. Son costume blanc et or le sublimait aux yeux de Jack qui se sentait totalement hors du coup. Avant d'avoir une telle aura de monarque il aurait du travail, se dit-il nerveux.

Cependant la gentillesse émanait du roi et de sa femme. Celle-ci était aussi belle qu'un ange, rappelant au couple de Corona une certaine Aurore dans les traits fins et séraphiques. Une beauté sublimée par sa robe bleue azurin simple mais tout en finesse dont les cheveux blonds blés étaient attachés en un chignon parfait, accompagné d'une tiare et d'un collier noir serré au niveau le cou. Les amoureux allaient bien ensemble tant sur le plan physique que sur le fond de leur âme qui semblait teintée de lumière.

- Alors comme ça, vous avez des enfants ? Questionna Raiponce, fébrile.

- Oui nous en avons deux, sourit la mère. Un garçon de trois ans et une fille de quelques mois.

- J'aimerais beaucoup les voir, avoua Raiponce les yeux brillants.

- Ma fiancée – Jack jubila à ses mots le regard fondant sur Raiponce qui gloussait- est probablement enceinte. On est comblés mais anxieux.

- Quelle heureuse et magnifique nouvelle, s'excita Cendrillon les mains jointes. Bien sûr vous pouvez entrer, suivez-moi.

- Il est normal d'être anxieux pour la parentalité, enchaina Henri avec douceur. On l'est tous et encore plus pour le premier. Mais tout se passera bien. L'hésitation et les premiers émois font partie du merveilleux moment de la création d'une vie.

Jack approuva et se rapprocha du roi.

- J'aimerais aussi en apprendre davantage sur votre rôle en tant que souverain. Comme c'est mon avenir, j'ai besoin de conseil.

- Cela va de soi. Je suis toujours heureux de pouvoir aider un confrère.

Tandis que les hommes parlèrent royaume, les filles se rendirent auprès du petit garçon qui jouait de son épée et de son bouclier en carton contre son papy. Le grand-père était complétement gaga et un peu foufou. Cela fit beaucoup rire Raiponce tandis qu'il lui serra la main longuement. Il fut honoré de la présence d'autres souverains et la blonde se sentit vite à l'aise dans le château. Elle joua avec le petit chevalier, un bel enfant à la chevelure sombre et aux yeux couleur ciel comme sa maman. Un amour de petit homme qui semblait déjà très chevaleresque malgré son âge. Le petit était subjugué par les cheveux de Raiponce avant de lui dire qu'il voudrait l'épouser plus tard. Tout le monde en rit tandis que le petit partit s'amuser avec des peluches.

La Coronienne prit ensuite le bébé dans ses bras, petite princesse aux cheveux blonds et aux yeux clairs qui dodelinait de la tête dans tous les sens. Raiponce se sentait gauche et maladroite avec la petite dans les bras. Cendrillon corrigea sa posture et l'invita à s'asseoir parlant bébé. Elle lui confia des titres d'ouvrages à lire sur le sujet.

- Comme elle est belle. Je me demande si j'aurais une fille ou un garçon, gagatisa-t-elle.

- Ce sera la surprise ! Que préférerais-tu ?

- Moi ? N'importe, du temps que c'est mon bébé, à moi et à Jack, cela me convient parfaitement.

- Tu as entièrement raison.

Elles burent le thé ensemble, attablées à la roserait tandis que le bébé se reposait dans le landau à côté de sa maman, à l'ombre. Les femmes partagèrent leur histoire sous la brise qui soulevait leur robe.

- Cendrillon, je peux te poser une question ?

- Bien sûr.

- Tu n'étais pas une princesse de naissance, tu l'es devenue par mariage lorsque le prince t'a choisie. Tu n'as pas eu de soucis d'être une paysanne, comme Jack l'est aussi ?

- Aucun. Notre royaume n'est pas à cheval sur ce genre de tradition. Le père d'Henri a aboli le mariage forcé par les rangs. Il était pour l'amour véritable.

- Mon père aussi je pense, sourit la blonde, rassurée. Mais je crains d'être reine. Comme tu le sais maintenant j'ai grandi loin de tout cela, emprisonnée dans une tour. Je commence à mieux me débrouiller mais je crains de mener mon royaume à sa perte. Je ne me sens pas à l'aise avec les convenances, les manières, les obligations royales…

Cendrillon rit franchement avec une douceur de plume.

- Oh comme je te comprends ! Je n'étais moi non plus pas à l'aise au tout début de mon entrée au palais. Tu m'aurais vue… Ma préceptrice était désespérée et je ne faisais que des bêtises.

- Ah oui ?! Pourtant quand je te vois aujourd'hui je n'ai pas cette impression.

- C'est vrai j'ai beaucoup travaillé pour apprendre tous ce qu'i savoir sur mes devoirs. C'était compliqué mais j'ai fini par m'adapter et … j'ai compris une chose.

Raiponce était tout ouïe, le torse penché vers l'avant.

- Je devais rester moi-même. Ne pas me forcer à devenir quelqu'un d'autre. J'ai même changé plusieurs choses ici, notamment avec le lien que nous avons envers notre peuple, plus libre, moins maniéré. J'ai apporté ma propre vision des choses et c'est ce qui fait bouger un royaume, ce qui le bonifie. Je te conseille vraiment de rester comme tu es car tu me sembles avoir un bon fond et un grand cœur. Adapte-toi et fais évoluer ton royaume à ta manière. Tu verras, Corona sera encore plus étincelant comme ça.

La princesse sembla soulagée. Elle sourit et termina sa tasse de thé avec délectation.

- Tu as raison, je vais faire comme ça. Oui, je sens que ça marchera finalement. Merci.

- C'est un plaisir.

Les femmes se laissèrent porter par le temps pour une promenade dans les jardins rejoignant leur moitié près du labyrinthe fleuri. Jack parlait avec sérieux et Henri sembla hocher de la tête, pensif.

- Que se passe-t-il ? Questionna sa femme.

- Jack vient de me parler de magie, d'une quête qu'ils entreprenaient tous les deux en plus de leur apprentissage. Je suis béat d'apprendre que vous êtes des esprits, des magiciens possédant, si j'ai bien compris, une magie puissante des anciens temps.

- C'est à peu près cela oui. Et nous voudrions sonder votre femme pour voir si elle n'est pas une de nos camarades perdus. Si cela ne vous dérange pas ?

Cendrillon posa un regard surpris avant de hocher de la tête.

- Je n'en vois pas l'inconvénient mais… je n'ai jamais fait de magie de ma vie. C'est ma marraine qui en fait.

- Ta marraine ? Questionna la blonde.

- Oui, une ancienne fée de famille qui nous protège. Voulez-vous la rencontrer ?

- Ce n'est pas de refus !

- Dans ce cas je vais l'appeler.

- J'aimerais vous tester avant si c'est possible, insista Jack. J'ai déjà fait Henri mais il n'est pas du tout porteur.

- Allez-y.

Jack s'approcha et utilisa sa magie. L'aura bleuté illumina les yeux du roi et de la reine avec surprise. Raiponce montra également ses cheveux magiques pour approuver leur origine. Puis Jack se recula, déçu.

- Non, rien du tout. Désolé de vous avoir imposé cela.

- Il n'y a pas de problème voyons ! J'espère que vous retrouverez vos camarades perdus.

- Nous l'espérons aussi, soupira la blonde.

Cendrillon en profita pour appeler sa marraine. Une dame âgée apparut dans un scintillement, les cheveux blanc clair, vêtue d'une robe et d'une cape bleu pâle sur le dos ainsi qu'un flot grenadine au cou. Sa nièce spirituelle lui parla des deux esprits. Surprise la fée s'inclina et vint pour les regarder de plus près. Elle exultait de joie et sentit l'émotion lui nouer la gorge.

- Je n'aurais jamais cru revoir les esprits de saisons un jour ! Je pensais que tout était terminé depuis la dernière grande guerre. Oh comme vous êtes charmants et lumineux.

- Vous connaissez Flora, Pimprenelle et Pâquerette ? Demanda Jack.

- Oh, oui bien sûr, de vieilles amies qui vivent toujours aux Landes. Que de souvenirs qui resurgissent.

- Vous ne vivez pas là-bas ? Interrogea la fiancée. Ce sont aussi des amies à nous, nous sommes allés les voir récemment.

- Elles devaient être aux anges, déclara la gentille marraine qui s'assit sur un muret. Je ne vis plus aux Landes depuis fort longtemps, j'ai décidé de vivre près des hommes et de famille que j'ai décidé de parrainer. J'adore vivre parmi eux et je me sens mieux dans mon petit coin de forêt avec mes compagnons les animaux. Je veux être une aide pour les personnes aux cœurs purs qui méritent des petits coups de pouce.

La fée fit un clin d'œil à Cendrillon avant de revenir vers ses interlocuteurs.

- Malheureusement je crois bien être une des dernières à pratiquer encore la magie.

- C'est pour cela que nous sommes revenus, expliqua Jack. Pour restaurer la magie qui disparait et l'équilibre du monde.

La marraine fut soudainement songeuse. Raiponce prit les devants.

- Nous savons pour Chernabog et nous avons pris la résolution de le combattre s'il revenait. Même si cela semble impossible alors nous créerons un miracle mais nous ne laisserons pas tomber notre Terre.

Jack approuva et la fée leur sourit tristement.

- Votre quête est ardue voire impossible. J'ai vu bien des batailles contre le Malin mais les gardiens n'ont jamais gagné.

- Il faut une première fois, se rengorgea l'esprit de l'hiver. On va tout faire pour, c'est notre dernière chance.

Le vent vint les caresser avec douceur. La fée approuva et sembla heureuse de voir autant de détermination. Elle leur souhaita bon courage avant de leur assurer qu'elle ne savait pas où étaient l'été et l'automne, enfants de la Terre.

- Je ne suis que très peu sortie de mes voisinages. Je suis trop vieille pour ça maintenant et ma fin approche inexorablement, tout comme mes trois amies. Nous avons vécu plus que de raison, essayant d'avoir des apprenties, en vain. Mais, vous me redonnez espoir pour l'avenir. Je sens… Oui je sens que vous ferez de grandes choses.

La baguette en main elle décida de les bénir en leur offrant une protection, une résistance en plus contre les ténèbres. Jack et Raiponce la remercièrent avant qu'ils ne décident de rentrer au frais. L'esprit de l'hiver tournait de l'œil tandis que Raiponce avait envie de revoir son œuf.

La marraine déclina l'invitation du diner, elle avait prévu quelque chose dans sa marmite et avait besoin de se préparer pour l'avenir qu'elle sentait soudainement plus mouvementé que prévu. Elle avait besoin de retrouver les Landes pour parler à ses amies. Elles seraient peut-être les dernières fées à assister à cette fin ou ce renouveau en perspective.

- Mince je n'ai pas eu le temps de lui parler de mon œuf, déclara soudain Raiponce.

- Je préfère garder la surprise pour ma part, sourit Jack. Et puis elle nous a assuré avant son départ que tu portais quelque chose en toi. Moi ça me suffit pour être assuré de ta grossesse.

- Oui ! Je suis…comblée.

Heureux comme tout, le couple passa quelques jours au royaume de Cendrillon avant de reprendre la route, toujours animé par le désir de trouver la magie originelle malgré les échecs qui s'entassaient.


Leur destination suivante -toujours en suivant la magie- les emmena dans un royaume bucolique orné de fleurs et de sculptures romanesques. Le palais auxquels ils se présentèrent semblait sortir tout droit d'un songe, en haut de sa colline entourée de nuages on aurait dit un mirage. Il était pourtant bien réel et baigné de soleil, ce qui enchanta Raiponce au premier coup d'œil. Tours rouges et palais laiteux surplombaient de plusieurs mètres un village pittoresque très fleuri.

- J'aime beaucoup cet endroit, avoua la blondinette avec un grand sourire.

Jack rit en hochant la tête le regard tourné vers la porte d'entrée.

La reine vint se présenter à eux avec une gentillesse palpable. Elle était si douce et si claire qu'elle portait bien son nom de Blanche-Neige. Aussi pâle que Jack, sa beauté était renforcée par ses lèvres rouge carmin et sa chevelure encre tout en volume, gonflée autour de sa couronne. Habillée avec une élégante robe bleu et jaune elle les invita à faire le tour du propriétaire, demandant comment était Corona et ce qu'ils faisaient ici.

Raiponce sortit la même excuse qu'avec Cendrillon tandis que Jack lui parla de leur nature et de leur quête en parallèle. Curieuse elle leur avoua ne rien connaitre à la magie mais avoir été victime d'un sortilège noir dans sa jeunesse. Elle parla de son passé, Raiponce en profita pour remettre le sien sur la table et celui de Jack aussi.

- Comme c'est triste, déclara la reine avec le visage défait dont les yeux ambre affichaient de petites larmes qu'elle essuya délicatement d'un mouchoir brodé. Vous avez connu de bien tristes expériences.

- Vous aussi, commenta Jack. Vous avez donc croisé la route d'une sorcière ?

- Oui, ma belle-mère, une horrible femme. Elle a tout fait pour me tuer car elle ne voulait pas me céder le trône à ma majorité. En tant que régente, elle régnait par la terreur et je détestais ça. C'est après que j'ai compris, en visitant les sous-sols, qu'elle était une sorcière. Elle avait créé un poison pour m'endormir à jamais. Heureusement que mon époux, Florian, m'a sauvé la vie avec le remède du cœur. Sinon je ne serais pas ici à vous parler.

Jack siffla, impressionné. Sa fiancée sembla un poil furieuse.

- Des sorcières il y en a partout au final… Plus qu'on ne le pensait… J'ai peur de ce qui nous attends si… Enfin tu vois.

Elle se tourna vers Jack qui opina, les lèvres serrées.

- On verra tout ça plus tard. Au moins votre belle-mère n'est plus, n'est-ce pas ?

- Oui, elle est tombée de la falaise en plein orage et a été écrasée par un rocher… J'ai échappé à cette vision d'horreur fort heureusement.

- Et votre mari où est-il ? Demanda l'esprit de l'hiver.

- Il est en voyage d'affaire, il reviendra sous peu. Je vais vous le montrer.

Blanche Neige, de sa démarche lente et gracieuse, les amena dans la pièce des portraits où les souverains étaient immortalisés. Cela rappelait au couple la fameuse salle de Maléfique mais en moins terrifiante et beaucoup plus lumineuse.

- Voici Florian, mon époux.

Raiponce admira le bel homme peint sur une toile géante. Cheveux bruns bien peignés, regard bleuté et confiant comme l'eau pure, torse bombé habillé d'un costume azur et d'une longue cape rouge. Il en imposait, et, encore une fois, Jack se sentit petit en comparaison.

- C'est un fin chevalier, une fine lame. Il est aussi humble et bon. Je suis heureuse à ses côtés.

Raiponce approuva, les yeux parcourant la pièce puis se posant sur la reine.

- Vous avez des enfants ?

- J'ai une petite fille oui et… j'attends un autre enfant, avoua-t-elle.

Le regard de la blonde s'illumina. Elle fonça sur l'occasion, parlant grossesse et famille le reste de la journée, accompagnée d'un Jack féru de conseils sur la parentalité.

Jack sonda Blanche-neige qui fut, encore une fois, un échec. Il s'y attendait depuis qu'elle lui avait parlé de sa belle-mère sorcière. Il avait sûrement perçu les ondes pures du roi et de la reine qui avait usé de magie blanche sans le savoir pour se soigner du poison. Lui n'avait senti que les résidus.

Ils reprirent donc la route en allant saluer les nains avec la reine qui travaillaient dans une mine.

Ils continuèrent leur chemin vers l'est, incapable d'abandonner l'espoir en leur cœur. Ils ne pouvaient pas se le permettre.

Un soir de nouvelle lune, le couple se reposa de la journée qui avait frôlé les quarante degrés. Jack étant au plus mal ils restèrent un temps dans une grotte en forêt vierge. La blonde se sentait plutôt bien pour sa part malgré quelques vertiges et ses cheveux qui s'agitaient tout le temps. Cendrillon et Blanche-neige en avaient été témoins avec stupeur.

- Regarde, il a encore grandi.

Raiponce avait les cheveux allumés autour de la créature qui se tournait et se retournait en tapant des pattes.

- Il est énorme ! Tu as vu, on dirait qu'il a quatre pattes. Ce n'est pas une autruche.

- En effet, répondit sa belle, songeuse. Et il a l'air de bientôt vouloir sortir.

- Oui, il veut voir sa maman, sourit-il.

- Et son papa.

Petit gloussement de bonheur puis reprise de leur marche sans fin. Le couple appréciait de découvrir le monde et les royaumes qui s'offraient à eux. Malgré l'arrivée d'Août, ils ne se lassaient pas de ce qu'ils voyaient et dessinaient dans le carnet de voyage. Ils se rendirent dans un dernier royaume avant de quitter le continent découvrant une reine appelée Belle, chevelure brune coulant sur une robe jaune canari splendide. Accompagné d'un roi, Adam, au corps musclé et à la chevelure brune parfaite. Des yeux bleus cyan accompagnaient son visage. Ils étaient des monarques doux et humbles, mettant le peuple à l'honneur. Belle était férue de livre et elle accapara Raiponce sur le sujet tout le long de leur séjour. Il y eut un bal, des diners puis Jack avait sondé la magie. Négatif. La magie qu'il avait sentie provenait d'une ancienne fleur magique qu'une fée leur avait transmis dans un passif difficile qui avait mis à l'épreuve le roi.

Le couple décida de tenter vers le continent le plus au sud où ils tombèrent sur un autre mode de vie et du sable à perte de vue. Une drôle de magie les attira vers un ancien génie devenu mortel, qui faisait toujours un peu de sortilège. Celui-ci les amena au prince Aladdin et à la princesse Jasmine, bientôt couronnés Roi et Reine d'Agrabah. Ils passèrent un séjour mémorable à dos d'éléphant, en compagnie de chameaux et en tenue légère en soie brodé d'or. Raiponce avait pratiqué la danse du pays où Jasmine remarqua bien vite qu'elle était enceinte quand elle se dandina le ventre à l'air. Jack n'oublierait jamais la tenue que portait sa belle les jours-là. Dévoilant juste ce qu'il fallait de peau dans des voiles violets hypnotiques.

Seulement, Jack n'arrivait pas à supporter le climat et après une énième vérification, ils rentrèrent pour le continent qu'ils connaissaient en filant plein est. Ils rencontrèrent ainsi une population différente très portée sur les traditions. Les yeux en amandes, les cheveux sombres, ils découvrirent encore une nouvelle culture et s'imprégnèrent de leur mode de vie. Raiponce et Jack portèrent des Kimono d'une beauté somptueuse, tous ornés de parures et de dessins sur chaque pan de la tenue. Ils rencontrent une certaine Mulan, chef de guerre, première femme à avoir porté les armes du pays.

Raiponce était impressionnée par la jeune femme qui lui enseigna les arts de la guerre avec Jack. Son mari, Chang, était sur le front mais il rentra pour les saluer le dernier jour de leur visite. Le couple se dirigea ensuite sur des îles lointaines, tandis qu'Aout déclinait sur leur chemin. Ils découvrirent des iles tropicales où la dirigeante, Vaïana Waialiki aida Jack à se rafraîchir et leur présenta son univers. Un monde rempli de palmiers et de sable fin leur tendit les bras. Ils prirent ainsi l'habitude de se promener en maillot de bain, prenant des coups de soleil pour Jack et du bronzage subtil pour sa fiancée. Le lieu était si paradisiaque qu'ils y restèrent un moment, trouvant un peu de magie en la présence d'un demi-dieu, un magicien capable de changer d'apparence et une eau capable d'écouter Vaïana.

La cheffe leur fit faire des tours de pirogues et leur montra des criques désertes d'une beauté indescriptible. L'eau était si turquoise qu'ils voyaient tout à travers. Quant aux falaises de calcaire entourant l'île elles étaient d'une blancheur pure, illuminant la végétation florissante d'un vert pomme. Un paradis sur terre comme Raiponce n'en avait jamais vu. Si bien que lors d'une journée en solitaire, le couple se changea discrètement en sirène pour aller admirer une gigantesque barrière de corail infini d'une multitude de couleur flashy. Les poissons qui les regardèrent étaient tout aussi colorés d'un éclat brillant. Jack était aussi enchanté que sa belle tandis qu'ils regardaient les tortues se pavaner lentement dans les coraux, entourés de poissons frétillants. Non loin, ils virent un paquet de méduses aux couleurs détonantes se laisser porter par le courant, avec la lenteur des escargots. Elles hypnotisaient Raiponce qui se fit piquer et dut se soigner avec sa magie après une réprimande de Jack.

Cela n'entacha gère le bonheur du couple qui une fois de retour sur terre rencontra quelques rares esprits de la nature qui vivaient loin des hommes, perdus dans les forêts tropicales de l'île. C'était un tout autre monde ici et Vaïana leur offrit le gite et le couvert tous leur séjour qui dura bien plus longtemps que prévu. Dégustant les plats locaux avec un délice palpable tel que les poissons en sauce, les dessert à la noix de coco où les entrées à la crevette. Ils auraient presque pu y rester s'ils n'avaient pas une mission à accomplir et une maison qui les attendait.

- Nous reviendrons, c'est certain, promis la blonde. Sûrement pour nos moments de détente.

- On volera jusqu'ici, lui souffla Jack avec approbation.

La blonde approuva puis remercia la cheffe qui s'était bien amusée avec ses amis voyageurs. Ses cheveux noirs bouclés, son teint halé et ses yeux caramel leur souhaita un bon retour tandis qu'ils prirent un bateau pour rentrer sur le continent le plus proche.


Septembre arriva et les températures ne bougèrent pas d'un poil au grand déplaisir de Jack. Ils firent halte dans plusieurs villes dépourvues de magie avant de retourner en forêt pour se reposer près d'un lac où ils se baignèrent pour se rafraichir. La nuit allait tomber et Jack soupira d'un désespoir audible.

Raiponce se posa contre lui, en dessous du saule pleureur qu'ils partageaient. Jack jouait de son bâton avec lassitude.

- Je suis désespéré. J'ai beau continuer d'y croire, ça fait quoi… trois mois depuis qu'on est partis d'Arendelle pour notre quête et… rien. RIEN.

- Je sais, tu me le dis presque tous les soirs, roula-t-elle des yeux. Mais, on savait dans quoi on s'engageait. On doit persévérer.

- Oui, oui…

Il bouda contre la terre entière et s'allongea en fixant les étoiles par dela les branches du saule. Raiponce resta optimiste en écrivant dans son carnet. Elle était à presque quatre mois de grossesse maintenant, situant le début vers mi-mai. Elle calcula l'accouchement potentiel vers mi-février, en plein hiver, ce qui plaisait à son petit ami. Le printemps n'était pas loin non plus d'ailleurs, c'était une date rêvée pour le couple.

Raiponce était heureuse et rêveuse depuis qu'elle avait accepté sa grossesse. Elle était sûre d'elle désormais car son bidon grossissait à vue d'œil, dépassant allégrement sous sa robe comme une dune. Tous les jours elle se massait le ventre avec une joie non dissimulée. Elle allait donner la vie à un petit être qui avait ses gènes et ceux de Jack, c'était inespéré. Elle ne pouvait demander plus, cela lui convenait bien plus que de trouver les autres gardiens bien qu'elle ne l'avouerait jamais. Le couple n'avait d'ailleurs toujours pas trouvé de nom qui leur plaisait à eux deux mais ils étaient confiants, il finirait par trouver le nom parfait.

De sa main la jeune mère caressa également l'œuf qu'ils avaient trouvé, comme son second petit elle le couvait et le protégeait. Sauf que cette fois-ci, un bruit l'interpella. L'œuf tremblait et une fissure se découpa à son sommet.

- Jack… JACK !

L'esprit de l'hiver se releva d'un bond tandis que le crépuscule apportait un souffle bienvenu pour sa peau. Il se précipita vers sa belle.

- Regarde ! L'œuf ! Il…Il éclot !

Les yeux comme des billes, le jeune homme se posa à côté de sa fiancée.

- On va enfin savoir ce que c'est !

- Regarde on voit déjà une patte ! S'excita la blonde.

- Et un nez !

- Et une queue !

- Et… des ailes ?

Le petit être se sentait à l'étroit, il couina et fini par éclater les remparts de son œuf, se laissant tomber dans l'herbe. De ses yeux bleus cristallins il ferma plusieurs fois ses paupières avant de regarder autour de lui. Il tomba sur le couple et s'attacha automatiquement à eux, reflexe de nouveau-né. Pour lui c'était ses parents, il se releva sur ses quatre pattes avant de retomber.

Raiponce gagatisa avec Jack dans des « ohhhh » d'admiration.

- Viens mon petit, tu peux le faire !

L'animal tenta à plusieurs reprises de se relever jusqu'à tenir sur ses petites pattes écaillées d'un blanc de neige. Il ressemblait beaucoup à Jack ce que Raiponce ne manqua pas de souligner avec humour.

- Mais qu'est-ce que c'est en fait ? Demanda-t-il perplexe.

La chose déploya ses petites ailes fragiles comme une chauve-souris puis il s'avança et retomba dans les bras de Raiponce qui le porta à son cœur malgré sa taille déjà impressionnante, digne d'un chat adulte.

- Moi je ne vois qu'une chose… C'est un dragon, déclara-t-elle tandis que la créature toussa du feu au-dessus de sa chevelure avant de se lover joyeusement contre sa maman.

- Un… UN DRAGON ? Hurla Jack pour toute réponse.


Vous y attendiez vous? :p

A samedi prochain!