Chapitre 34 : Pour sa main

Plus le groupe du dragonnier progressait vers le château des Dunbroch, plus l'écho d'une foule au brouhaha incessant leur parvenait. Des coups de canons les firent sursauter alors qu'ils rentraient dans le grand cercle de pierre. C'est à ce moment que le couple de Corona se sentit toute chose. Ils se stoppèrent et touchèrent les menhirs à la taille démesurée. Harold se retourna, impatient.

- Que se passe-t-il ?

Raiponce fit le tour d'une pierre tandis que son fiancé effleura la terre.

- Depuis Ahtohallan, je n'avais plus jamais ressenti autant d'énergie que dans ce cercle, commenta Jack.

- Il y avait aussi les Landes, précisa sa belle. Je pense que la source sacrée de ce pays se déverse directement ici et stagne un moment avant de se répandre dans les diverses rivières d'Ecosse.

Harold regarda le cercle d'un œil nouveau.

- Il est rempli de magie ?

- Oui, de la force de la nature. Elle coule juste en dessous, elle bouillonne, expliqua Raiponce les yeux mi-clos. Je ressens son énergie jusque dans mes veines.

Jack opina en se laissant envahir de bien-être.

Un autre coup de canon les fit revenir sur terre. Harold était déjà reparti, incapable de se concentrer sur autre chose que Mérida. Le couple le rejoignit, rempli d'énergie. Ils s'approchèrent ainsi du grand château de pierre ancré sur une crète entre plusieurs vallées. Y coulait là, la fameuse rivière rejointe par divers rus affamés de rejoindre l'océan. Les grandes eaux bordaient les quais de la ville dont on voyait amarrés des dizaines de bateaux solidement construits. Au loin, une masse s'agitait et semblait s'amuser sur une large plaine verdie.

- On dirait un festival ou une grande fête, commenta Raiponce qui se tenait le ventre.

Bébé continuait de bouger à son plus grand plaisir.

Jack pointa le quai du doigt.

- Encore une ville en bordure d'océan. Je me demande si ce n'est pas le destin tout ça.

Raiponce lui sourit en biais, repensant fugacement à sa cousine et à Ariel.

- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Reprit-il. On fonce dans le tas ou on la joue subtils ?

- On va s'infiltrer, exposa le dragonnier. Krokmou tu restes ici et nous on va aller faire du repérage. D'accord ?

Tous opinèrent sauf le dragon qui bouda. Raiponce se fit la réflexion qu'elle avait bien fait de ne pas emmener Sada… Elle n'aurait jamais écouté et cela aurait conduit inexorablement à une catastrophe. Pour Fidella elle se demandait ce qu'elle pouvait bien faire, toujours sur l'île perdue aux dragons qu'elle n'avait pas pu quitter.

Marchant avec autant de nonchalance qu'ils le purent, les trois jeunes entrèrent dans l'enceinte du festival s'habillant avec des capes aux couleurs de l'Ecosse qu'ils empruntèrent sur un étal. Ils se fondirent ainsi dans la masse surexcitée qui s'affrontait dans diverses épreuves.

- La fête de l'Automne, lut la blonde sur une affichette. Oh tiens c'est vrai qu'on est le premier jour de la saison aujourd'hui.

- L'été est fini ! Jubilait Jack. On va enfin pouvoir respirer.

- Tu, rectifia sa fiancée.

Il lui fit la grimace avant de lui prendre la main pour se mêler à un groupe en délire qui hurlait des encouragements. Jack se fraya un chemin avec sa belle qui protégea son ventre. Devant eux un jeu d'un tout nouveau genre les impressionna. C'était le lancer de troncs ! A la force des bras, des hommes musclés comme ceux de Beurk balançaient des épais troncs d'arbres sur une dizaine de mètres. Hurlant à s'en décrocher les poumons.

Harold fit grise mine en s'imaginant devoir les affronter pour Merida.

- Je rêve où ils portent des jupes, commenta Jack à son nouvel ami.

- Ca s'appelle un Kilt, c'est typique d'ici.

Les deux hommes se regardèrent avant d'éclater de rire. Ils se stoppèrent aussitôt avant de reprendre de plus belle lorsqu'un lanceur dévoila son intimité durant son action, dévoilant ainsi le fait qu'ils ne portaient pas de sous vêtement. Raiponce les sermonna de se moquer d'une autre culture avant qu'ils ne se rendent devant un autre divertissement. C'était encore du lancer mais cette fois-ci c'était de gros tonneaux de bière qu'il fallait passer par-dessus une poutre de plus en plus haute.

- Décidément, ils s'entendraient bien avec mon peuple. Je ne comprends vraiment pas qu'on se soit autant détestés alors qu'on se ressemble autant, déclara le Viking.

Jack haussa les épaules ne comprenant guère rien à la guerre. La blonde les tira par le bras pour leur montrer un autre concours où deux équipes s'affrontaient au tir à la corde. Chacun d'un côté ils tiraient de toute leur force de buffle pour essayer de faire tomber l'équipe adverse dans la boue. Raiponce trouva cela très amusant et aurait bien voulu y participer si elle n'avait pas été enceinte.

- On pourra en faire à Corona, lui assura Jack devant sa mine boudeuse.

La Coronienne ne déprima guère longtemps car d'autres choses attirèrent son attention. Avec les garçons ils admirèrent les chansons traditionnelles du coin à grands coups de cornemuse puis se mirent à danser pour suivre le mouvement. Ils s'amusèrent et goutèrent plein de nouveaux plats alléchants à divers stands, payant avec la monnaie du continent du sud sous le regard inquisiteur des vendeurs. Tout en dégustant leurs mets, ils cherchèrent Mérida en s'approchant du château. Ils s'arrêtèrent à nouveau pour regarder deux concours fort bien disputés. D'un côté des juges scrutaient et notaient les récoltes de chacun des quatre clans qui participaient à la fête et de l'autre c'étaient les animaux qu'ils jugeaient.

- Ils savent s'amuser ici, commenta Raiponce toute joyeuse. Je vais leur piquer plein d'idées pour Corona ! Je veux faire une fête pour chaque saison, c'est décidé !

- J'ai hâte ! Approuva Jack.

Harold opina tout en regardant partout, tel un rapace. Il dénicha une pancarte gigantesque sur les portes du château fermé qu'il lut avec un sentiment d'amertume.

- Mérida vient de fêter ses dix-huit ans aujourd'hui, expliqua-t-il. De ce fait ils organisent une compétition pour ses fiançailles qui commencera cet après-midi. Le vainqueur gagnera sa main. Comme c'est vulgaire !

Jack fronça les sourcils et regarda sa belle. Une photo de Mérida accompagnait le jour de sa date de naissance. Raiponce opina silencieusement. Harold fit les cent pas et se gratta la tête avant de s'arrêter tout net.

- Il faut que je participe aux jeux ! Que je gagne sa main convenablement. Ainsi… Ainsi je serais légitime même en tant que Viking !

- Euh…, je ne suis pas sûr qu'ils te laisseront participer, relata Jack.

- Ils n'auront pas le choix. Je suis un Chef et sur la pancarte il est explicitement écrit que tous les Lords et autre royauté premier né étaient conviés à se battre pour la princesse. J'entre parfaitement dans ce cadre.

- Je pourrais me battre aussi, pouffa Raiponce. Jack, je plaisante, détends-toi ! Tu me vois agiter mon ventre pendant un lancer de tronc ?!

Les trois amis se mirent à rire et, bien décidés à participer au concours pour Beurk, ils retournèrent se préparer en forêt. Harold s'entraina à lancer des troncs, des pierres, à tirer avec Jack sur une corde. Raiponce ne dit mot mais fut bien pessimiste quant aux résultats du dragonnier. Il n'était pas fait du même bois que les autres…

Lorsque l'après-midi fut venue, le grand canon général retentit pour la présentation des clans. Harold et ses amis se mirent aussitôt en route.


Etouffée dans sa robe bleu clair parsemée de dorure, Mérida marchait avec lenteur derrière ses parents. Son corset lui serrait la poitrine et le moindre de ses mouvements était d'une difficulté extrême. Elle eut du mal à s'asseoir et regrettait déjà cette journée de l'enfer. Cachant son arc sous son trône elle espérait pouvoir mettre au point son plan de se battre pour sa propre main en participant à la dernière tâche, le tir à l'arc, choisie par elle-même. Après tout, elle était la première née de son clan, les Dunbroch !

Elinor rangea une mèche de cheveux qui dépassait de sa fille sous son bonnet blanc qui cachait la touffe rebelle. Aussitôt Merida la ressortit puis, de son regard dépressif, elle regarda les présentations des trois clans de l'alliance.

MacIntosh, le premier, était un homme grand et plutôt svelte. De légers muscles dénudés lui donnaient l'allure d'un guerrier. Mais pour le reste, Mérida se moquait de lui dans sa tête tant il avait l'air maladroit. De surcroit il débordait d'une confiance injustifiée avec sa mèche noire qu'il agitait dans tous les sens. Elle le trouvait imbu de lui-même voir pathétique à montrer son talent à l'épée, si tant est qu'on pouvait appeler cela du talent.

Le suivant, MacGuffin, était un gros bonhomme pas du tout à l'aise avec la situation. Il semblait timide et renfermé ce que Mérida apprécia plutôt, bien qu'elle eût surtout pitié de lui. Quand il montra sa force en démontant un morceau de bois, elle sursauta de surprise. Mais sa petite tête renfoncée sur son énorme corps la faisait froncer le nez. De plus, elle ne comprenait rien à ce qu'il disait.

Le dernier était un Dingwall. Tout d'abord elle crut que c'était la montagne de muscles qui était devant elle, choquée, mais au final c'était l'homme derrière lui. Un petit être horrible à l'allure de rat et l'intelligence d'une moule. Elle n'aimait pas juger sur les apparences mais il n'avait clairement pas inventé la poudre. Il se curait le nez, le regard dans le vague et les dents en avant comme un castor.

Merida plaisanta avec son père sur les prétendants tandis que la reine les rappela à l'ordre. Le moins pire pour elle c'était McGuffin mais… elle comptait bien n'en épouser aucun. Elle écouta sa mère faire un discours et tirer un coup de canon pour déclarer l'ouverture des jeux. Par la suite elle demanda à Mérida de choisir le jeu final des épreuves pour sa main. Elle déclara aussitôt le tir à l'arc tout en jubilant.

- Je déclara à présent….

Elinor ne put terminer sa phrase. Des cris s'élevaient dans la foule et pointaient le ciel du doigt. La royauté leva le nez pour voir apparaitre un dragon noir terrifiant. Tétanisés, personne n'osa bouger. Il n'y a que Mérida qui, sans s'en rendre compte, se mit à lâcher une larme. Elle se recula, surprise, et ne put s'empêcher de sourire.

- Tous à couvert ! Hurla Fergus.

- NON !

La voix de la rousse résonna dans l'assemblée comme un cri du cœur. Le dragon en profita pour se poser tout en dévoilant l'homme vaillant qu'il portait sur son dos ainsi que les deux autres passagers. Bombant le torse, Harold leva l'étendard qui portait le symbole de son clan.

- Je suis Harold Haddock troisième du nom ! Hurla-t-il alors que les yeux se posaient sur lui. Et je viens conquérir la main de la princesse Mérida Dunbroch ! Je suis le premier né du Chef de mon clan Viking, Beurk. Je suis également assisté par la princesse et le prince de Corona.

La foule se mit à parler fort et avec vilénie. Un Viking osait se présenter pour la princesse ! Quelle horreur, quelle infamie ! Ils sortaient déjà leurs armes, prêts à en découdre. Raiponce descendit alors du dragon et montra astucieusement son ventre rond. Aussitôt la foule en délire fit marche arrière. Impossible d'attaquer une femme enceinte que diable !

- Qu'est-ce que cela signifie ?! Hurla Fergus, une veine palpitant sur son front. Un Viking ?! Pour ma fille ?! C'est hors de question !

- Rien n'interdit aux Viking de participer, lança Harold avec courage. Je suis dans mon bon droit !

- Du balai ! Intrus !

Fergus se leva de son trône, attrapant habillement sa lourde hache qui reposait contre le flanc de son siège. Mais Mérida se plaça face à lui, les mains sur les hanches.

- Père ! Les règles sont écrites noir sur blanc sur les affiches de propagande pour ma main. Cet homme à le droit de participer comme n'importe quel autre premier né de Chef !

- Sûrement pas ! C'est un de nos ennemis jurés ! Ils ont tué un paquet des nôtres !

- Je ne viens pas me battre avec l'Ecosse. Je ne suis pas ici pour la guerre mais pour l'amour. Je revendique le cœur de la belle Merida.

Il mit pied à terre, ouvrant ses bras pour montrer sa passivité.

- Je refuse la participation d'un étranger, intervint Elinor en le pointant du doigt. Qui plus est notre opposant. Si tu veux repartir en vie, Viking, tu ferais mieux de t'envoler sur ton horreur et ne plus jamais remettre les pieds ici. La tradition veut que les participants soient de sang Ecossais !

Raiponce serra les poings et finit par s'avancer vers la reine. On la laissa passer, tandis que, la tête haute, elle monta sur l'estrade. Mérida avait la bouche ouverte, regardant vers Harold et la blonde sans comprendre qui elle était et ce qu'elle venait faire dans tout cela.

- Votre majesté, s'exprima la princesse de Corona en une courbette des plus parfaites. Vos manières sont déraisonnables. Vous refusez un participant sous prétexte qu'il vient d'un clan rival alors qu'il assure n'être là que par amour. Vous fermez les yeux sur le bonheur de votre fille juste par devoir ancestral. Ca n'a aucun sens.

- Je ne vous permets pas de nous juger, on ne…

- Je n'ai pas terminé ! Menaça la blonde qui fit taire Elinor d'une traite – Merida tomba des nues-. Mon royaume, Corona, possède, lui aussi, une alliance plutôt bien fournie. Nous avons plusieurs royaumes comme alliés tels que Barnes, Arendelle, Beurk et Thalie. Nous tous, nous reconnaissons Harold comme un digne guerrier pacifiste et empli de grandes valeurs. De ce fait, nous appuyons sa candidature à vos jeux et vous intimons grandement de le laisser tenter sa chance.

- C'est une menace ?! Vous pensez que nous avons peur de vous ? Balança Fergus d'un rire.

- Vous seuls contre cinq royaume. Je ne suis pas sûre de votre réussite.

Jack s'avança à son tour le bras levé en l'air.

- Nous sommes les soutiens de Harold et nous irons jusqu'au bout pour qu'il accède aux jeux. Il est dans son droit le plus légitime selon vos écrits. Vous ne pouvez pas aller à l'encontre de votre propre charte.

Mérida serra les poings à son tour et s'avança. Elle se tourna vers sa mère et son père, visages défaits et furieux. Le roi était prêt à sauter sur eux mais le dragon l'en empêchait.

- J'accepte la participation du Viking Haddock. Ce sont MES fiançailles, j'ai encore mon mot à dire. S'il remporte les épreuves alors il pourra gagner ma main et vous devrez le tenir en respect.

- Merida…

Harold s'avançait vers elle. La rousse se retourna avec un sourire humide et plein de gratitude mais son père la tira vers lui.

- Ne l'approche pas.

- Tu le connais, Merida ?! Hurla Elinor encore plus en colère.

- Oui. C'est l'homme que mon cœur a choisi. Celui là même que vous avez toujours refusé de rencontrer, mère.

- Comment as-tu pu ?! Toi, la princesse d'Ecosse… avec… un Chef Viking !

Elinor se sentit partir. Fergus la retint et pointa Harold du doigt.

- Nous partons délibérer sur ton cas, en attendant vous ne bougez pas d'ici tous les trois.

Mérida se fit tirer par le bras en un regard vers son amour. Un regard rempli de remords pour elle et de confiance pour lui. Il gagnerait sa main, point barre. Raiponce souffla de toute la tension qu'elle avait accumulé et tous les trois attendirent, entourés des trois clans prêts à en découdre. Si Krokmou n'avait pas été là à les invectiver de ses grognements la guerre aurait éclatée depuis que la porte s'était refermée.

Quand celle-ci se rouvrit, Elinor avait le visage aussi défait que son mari. Mérida s'était pris un savon des diables mais elle avait avoué la vérité sur Harold. Bien que refusant tout net leur relation, la menace de l'Alliance de Corona pesait dans la balance. De même que celle du dragon qui attendait à l'entrée.

- Fort bien, après un long débat entre nous, nous acceptons la participation d'Harold Haddock comme le désire la princesse, déclara Elinor les lèvres pincées – des cris s'élevèrent-. En revanche, si le Viking perd, il aura interdiction à lui et à tout ses alliés de venir en Ecosse pour l'éternité. Si vous êtes d'accord avec ce fait, nous débuterons les jeux.

Le trio accepta les conditions malgré une légère crainte quant à la suite. Mérida ne put rejoindre Harold et dut s'asseoir sur le trône en priant la terre et le ciel qu'on l'aide à gagner. Le concours s'ouvrit ainsi sur le lancer de troncs, célèbre jeu Ecossais dans toute sa splendeur. Raiponce et Jack durent s'asseoir sur un siège près de la royauté pour suivre le déroulement des épreuves après un dernier encouragement. Elinor fixait Raiponce avec antipathie. Celle-ci faisait mine de rien, scrutant en biais la rouquine qui lui fit un signe de la main. Elle lui répondit de la même manière tandis que Jack se concentrait sur Harold.

Paf. Le viking balança son tronc qui retomba à quelques centimètres de lui sous le rire de tous les clans présents.

- Aie, je savais qu'il n'y arriverait pas, susurra Raiponce emplie de panique.

- Il n'est pas assez fort… Répliqua son fiancé.

Elinor reprit des couleurs et se mit à bomber la poitrine.

- Il ne fera pas long feu, le petit Viking. Ce n'était que de l'esbrouffe, s'esclaffa-t-elle à son mari dans l'oreille.

Il rit.

- Il est aussi chétif qu'un nourrisson.

Tous deux gloussèrent devant une Mérida rouge de haine.

- Faites qu'Harold gagne, faites qu'il gagne, s'il vous plait, implora-t-elle du fond du cœur.

Nouveau jeu, Harold termina dans la boue face à McGuffin. Il gagna en revanche son duel à la corde contre les deux autres ce qui énerva la reine qui annonça le jeu suivant. Tout le monde retenait son souffle à chaque participation comme s'ils jouaient leur vie entière. Harold réussit à lancer son tonneau au-dessus des deux premières barres mais rata les suivantes. Encore une fois Guffin remporta haut la main l'épreuve suivi cette fois-ci de MacIntosh. Dingwall était le bon dernier derrière Harold.

- Ca reste serré, ca ne me plait pas, grommela la reine.

- Ne t'en fais pas, Guffin à beaucoup d'avance et Intosh me semble remonter la pente, commenta Fergus.

- C'est Harold qui gagnera. Car il m'aime vraiment et qu'il sait qui je suis et ce que je veux être, répliqua Mérida avec affront. Je serais une femme parfaite pour lui.

- Silence ! Tu nous couvre de honte, lança sa mère de rancœur.

Merida détourna la tête pour le jeu suivant.

C'était une course de vitesse dont Guffin tomba complétement à la ramasse. Les jeux remontaient en faveur d'Harold qui arriva second derrière McIntosh malgré son handicap. Les scores se serraient. Il ne restait plus qu'une épreuve avant celle de la princesse qui comptait double. Raiponce serra les doigts de toutes ses forces. Jack se mangeait les ongles en tapant du pied. Il rêvait de lui donner un coup de pouce magique mais il savait que cela contrarierait Harold. Il se battait pour sa belle avec hargne et il voulait le faire seul, de ses propres forces.

Combat à l'épée. La donne changea aussitôt. Harold les écrasa un à un avec une adresse et un charisme légendaire. Beaucoup des clans ennemis le regardèrent sous un autre angle bien que beaucoup le haïssaient et lui crachaient dessus. On lui envoyait des cailloux pour qu'il perde mais il tint bon avec son bouclier et son épée.

- Ca c'est mon homme, exultait Merida.

Fergus ne dit plus rien, plutôt impressionné. Sa mère en revanche était furax. Il fallait à tout prix qu'il perde l'épreuve du tir à l'arc.

Mérida resta confiante, elle lui avait enseigné le tir et il n'était pas mauvais. Elle regarda Guffin rater sa cible en pouffant de rire, reprise à nouveau par la reine pour la honte qu'elle portait à leur famille. Le gros bonhomme avait perdu tout ses moyens et se mettait à larmoyer. Le suivant visa dans un des cercles extérieurs et se mit à jurer en détruisant son arc de colère. Fergus et Mérida se regardèrent avec dégout. Puis Dingwall, par une chance insolente, réussit à frapper en plein dans le mille. Il venait de reprendre tous ses points.

Harold déglutit et s'avança vers sa cible. Aussitôt, Mérida se leva comme une flèche pour lui balancer son arc fétiche.

- Tu peux y arriver ! Je crois en toi !

Harold l'attrapa à la volée sous les cris de la reine. Il la remercia d'un geste de la tête et respira un grand coup avant de tendre l'arc de Mérida où un cœur avec ses initiales trônait dessus. Krokmou l'encouragea sur le côté de même que Jack et Raiponce qui brandissaient sa bannière. Le dragonnier se concentra, visualisant le point rouge. Il se rappelait les séances avec Mérida où elle l'effleurait pour lui montrer la bonne posture. Où elle lui expliquait l'importance du vent et de la bonne visée.

Son cœur battant pour elle, il décocha sa flèche en relâchant son souffle comme il l'avait appris. Tout le monde resta figé sur le morceau de bois qui s'envola vers la cible à toute allure. Raiponce écrasa le bras de Jack sous la pression tandis que la flèche filait comme un dard.

* Paf *

La flèche se planta droit dans la paille, à quelques centimètres du point central. Mérida se leva pour hurler à la joie mais la reine assura qu'il n'avait pas gagné le centre et que donc il n'avait pas le double des points. Il avait perdu.

- NON ! C'est faux ! Il a gagné plus que les trois autre en cumulant !

- Je sais encore compter ! Il perd contre McIntosh.

- N'importe quoi !

Furieuse Mérida craqua sa robe qui l'emprisonnait, retira son bonnet et fit une crise démentielle en déclarant que Harold était le vainqueur. Les autres clans hurlèrent de colère assurant que le Viking avait perdu et que le vainqueur était leur fils à chacun. Dingwall père garantit qu'il était le seul à avoir eu les points de la princesse ce qui le rendait légitime. Guffin père contre-attaqua en répliquant que son fils avait remporté toutes les autres épreuves en premier. Ce que rétorqua MacIntosh père qui rappela que le sien avait gagné l'épreuve la plus importe, la course.

Une guerre de haine éclata.

La reine prit Mérida par le col et convia tout le monde à se calmer à l'intérieur. Harold, Jack, Raiponce et Krokmou les suivirent dans une gigantesque salle à manger dont le dragon resta dehors, frustré. Fergus tenta de calmer le jeu pendant que la reine et la princesse se disputaient violement à l'étage. Il prit le dragonnier et les deux autres à part.

- Ecoute petit, ce n'est pas contre toi mais on ne peut pas accepter ton peuple parmi nous. Regarde ce que tu as déclenché !

Tous les clans se disputaient et voulaient rompre leur alliance.

- Mais j'aime votre fille. Et elle m'aime aussi ! Vous ne pouvez rien contre ça. Si vous la faites épouser un autre homme elle sera malheureuse toute sa vie. C'est cela votre souhait ? Je suis certain que non.

Harold, homme de paix, regarda Fergus dans les yeux. Celui-ci fit la moue. Sans Elinor il aurait craqué mais il devait tenir bon car son peuple comptait plus que tout… Plus que sa fille ? Peut-être pas en fin de compte… Il ne savait plus.

- Harold est un grand guerrier, s'exprima Jack à son tour. Il est apte à protéger votre fille et peut faire une alliance avec l'Ecosse pour cesser cette guerre stupide.

- C'est vrai, ça peut se faire.

- C'est tentant mais… comment voulez-vous qu'ils acceptent ça ? déclara Fergus.

La baston dégénéra et du sang commençait à gicler. Le dragonnier soupira en regardant le puissant homme roux qui, de son air dur, avait un énorme puits de tendresse au fond de lui.

- Vous me rappelez mon père. Brave, fort, dur et aimant.

Fergus posa son regard sur le jeune gaillard. Il le regarda vraiment pour la première fois. Un bel homme charismatique, Chef d'une île, à la jambe coupée. Il se mit à rire en montrant sa jambe de bois.

- On a connu le même sort toi et moi, on dirait.

- C'est un dragon qui me l'a dévorée. Et vous ?

- Un ours ! Un énorme ours noir complétement fou. C'est mon Némésis. Je lui reprendrais un jour ma jambe, foi de Fergus ! Il s'appelle Mordu et il est trois fois plus gros que la moyenne. Oh lui si je le tenais devant moi !

Le roi se mit à raconter son histoire avec Mordu comme il le faisait quasiment tous les jours. Dans l'enfance de Mérida, environs vers ses quatre ans, un ours gigantesque les avait attaqués. Il avait déboulé de nulle part et attrapé Mérida dans sa gueule pour la tuer. Fou de rage Fergus l'avait empoigné à mains nues et récupéré sa fille couverte de sang en plein milieu des bois. Elinor s'était effondrée ce jour-là en prenant sa princesse inconsciente sur son cheval et en galopant vers le château. Fergus avait perdu une jambe dans son accès de rage mais avait réussi à faire fuir l'animal. Croyant sa petite fille perdue il était retourné au château en larmes avant de prendre sa princesse contre lui. Elle était vivante et n'avait aucune cicatrice grâce à dieu. Soulagé il avait promis de tout faire pour se venger de lui et de tous les ours qu'il rencontrerait.

- Quelle histoire ! Répliqua Harold. Un peu plus et Mérida n'aurait jamais…

- Je m'en veux, je n'avais pas été assez attentif ce jour-là.

- De là à mettre tous les mêmes ours dans le panier…, maugréa Raiponce.

- Il faut se méfier d'eux ! Ils sont sournois !

- On se méfiait des dragons aussi avant. Mais au final, ils sont capables de s'adapter à l'homme et inversement, commenta Harold. C'est peut-être pareil pour les ours.

- Pas lui, pas Mordu. Il veut juste détruire. C'est un monstre !

Fergus frappa du poing sur une table qui trembla.

Soudain, la reine réapparut avec Mérida, elle était toute pâle et maladive. Elle rota même devant tout le monde. Surpris, Fergus lui demanda quoi faire pour toute cette histoire et le tournoi. Elle déclara être malade et demanda de patienter encore un peu avant qu'elle ne rende sa décision. Mérida la tira vers l'étage avec empressement. Les trois adolescents se fixèrent et partirent rejoindre la rousse sans que Fergus ne puisse y faire quoi que ce soit. Il n'essaya même pas de les retenir.

Des cris. La panique. La porte claqua et les trois amis se retrouvèrent face à face avec… un ours ! Tout d'abord ils hurlèrent mais Mérida les arrêta net alors qu'ils sortaient leurs armes et… des cheveux ? Elle secoua la tête, entournée.

- C'est ma mère, Harold ! Ma mère !

- Quoi ?! Mais qu'est-ce que… ?!

Il regarda l'ourse hurler sur lui en le pointant du doigt, elle avait encore sa couronne sur la tête. Le dragonnier se retourna vers les esprits.

- C'est vous qui avez fait ça ? Comment ? Pourquoi ?!

- On a rien fait du tout ! Protesta Jack. On en est même pas capable !

Mérida rougit.

- C'est moi… C'est de ma faute !

Harold la questionna du regard de même que la reine. Mérida hurla et s'arracha les cheveux.

- C'est parce que je voulais que ma mère change d'avis ! Alors j'ai demandé un sortilège, un enchantement à une sorcière et elle m'a fourni un gâteau magique ! Elle m'a dit que ma mère changerait si elle le mangeait mais je ne voulais pas qu'elle se transforme en ours ! Je voulais juste…

Elle se tourna vers sa mère.

- Je voulais juste être libre. Je voulais épouser celui que j'aime…

Mérida se prit la tête dans les mains. Harold s'avança et lui caressa les cheveux.

- Ca va aller Mérida, on va t'aider. Mes amis sont… Ils pourront sûrement faire quelque chose.

L'ourse hurla sur le Viking qui tenait sa fille contre lui. Raiponce s'interposa.

- Une sorcière vous dites ?! Il ne faut jamais leur faite confiance, ce sont les pires êtres de cette terre !

- Je ne le savais pas…

- Pour le coup c'était très mal joué, approuva Jack. Elle a lancé une malédiction sur ta mère. De la magie noire très puissante…

- Qu'est-ce qu'on peut faire ?! Si papa la trouve il va la hacher menu !

Harold les brusqua.

- Vu ce qu'il m'a raconté il va n'en faire qu'une bouchée ! Sortons d'ici au plus vite !

Après moultes péripéties pour tromper la vigilance des quatre clans réunis, les jeunes et l'ourse se retrouvèrent à courir dans la forêt jusqu'au cercle de pierre. Mérida était désespérée par son acte tandis que l'ourse hurlait à tout va -ayant perdu la parole.

- Ce n'est pas de ma faute ! Je ne pensais pas que ça se passerait comme ça ! Déclara la princesse de feu pour la énième fois. Je voulais juste changer mon destin ! Te faire ouvrir les yeux !

Harold se tourna vers ses amis.

- Que peut-on faire ?!

Jack fixa sa fiancée.

- Tu crois que tu peux essayer malgré ton état ?

- Oui, ici, dans ce dôme de magie je peux y arriver. Mais je ne sais pas si ça marchera. Les malédictions c'est différent des soins ordinaires.

Raiponce entoura l'ourse de ses cheveux qui se laissa faire, perplexe. Puis elle admira la blonde chanter de tout son cœur, illuminant la nuit entière comme un soleil. La jeune femme puisa dans les réserves du cercle de pierre usant de toutes ses forces. Mais rien n'y fit, la malédiction resta en place. Mérida et la reine restèrent bouche bée devant cette étrange lumière. La rousse la pointa du doigt.

- Tu…tu es une sorcière toi aussi ?!

- Non, des esprits de la nature, rectifia Jack. Nous sommes bienveillants et protecteurs envers le monde et tout ce qui y vit.

- Nous utilisons la bonne magie, compléta Raiponce. Rien à voir avec la magie noire qui a emprisonnée ta mère. Mais qui était cette sorcière ? Où vit-elle ?

Mérida rassembla ses souvenirs de l'heure précédente. En larmes, elle avait suivi les feux-follets jusqu'à la tanière d'une vieille femme qui faisait des sculptures en bois. Elle avait découvert que c'était une sorcière et lui avait demandé de l'aide en échange de son argent. Puis elle était revenue avec le gâteau magique et l'avait fait goûter sa mère.

- Mais je vais tout réparer, d'accord ?! Je vais retrouver la sorcière lui demander de réparer tout ça et tout redeviendra comme avant.

Mérida se massait nerveusement les mains. Harold les lui prit avec tendresse pour la calmer.

- On va t'aider. On va arranger tout ça.

- Oh Harold… Comme je m'en veux… Ce que je t'ai dit ce soir-là. Je ne le pensais pas. J'aurais dû m'enfuir avec toi. Pardon ! Pardon ! Tu as fait tout ce chemin pour moi. Pour gagner ma main…

En larme, elle se blottit contre lui devant l'ourse outrée. Le dragonnier lui sourit en relevant son visage mouillé.

- J'étais en colère et j'ai stupidement réagi moi aussi. Mais mes nouveaux amis m'ont fait entendre raison. Je te veux toi et personne d'autre Mérida. Et s'il faut que je me batte je le ferais car je n'ai pas peur de te donner ma vie. Et puis… J'aurais dû essayer d'être plus persuasif avec tes parents. De faire les choses bien. Dans l'ordre. T'enfuir n'aurait rien résolu, c'est toi qui avais raison.

Mérida secoua la tête avant de l'embrasser. Jack gela malicieusement les pattes de l'ourse pour l'empêcher d'intervenir.

- Moi aussi je me battrais pour toi, Haddock ! Je veux… je veux être ta femme Viking et vivre en paix entre mon pays et le tien !

- Comme je suis heureux de l'entendre !

Les deux se sourirent avant de se tourner vers les deux esprits. Mérida renifla, essuya ses larmes et tendit sa main à la blonde.

- Merci pour ce que vous avez fait pour nous. Je… je suis Mérida Dunbroch, la princesse ratée. Heureuse de rencontrer de si bons amis d'Harold !

- On se connait depuis peu mais, ils me sont déjà très précieux, avoua le dragonnier.

La Coronienne rougit puis serra la main tendue avec gentillesse.

- Je suis Raiponce Corona, princesse héritière du trône et voici Jack Frost mon fiancé. Nous sommes également des voyageurs en quête de nos camarades. Moi je suis l'esprit du printemps et Jack de l'hiver. Je contrôle la lumière et lui la glace, entre autres.

- Ouah je ne savais pas que ça existait, la magie je veux dire. Mon peuple ne croit pas au surnaturel. Mon père est un rationaliste pur, il refuse toute forme d'anormalité… Il n'a jamais voulu me croire pour les feux-follets…

- C'est la force de la nature que nous utilisons, expliqua Jack. Elle nous entoure et on est de rares élus à pouvoir encore l'utiliser.

- Entre ça et les dragons… J'ai tant de choses à découvrir !

Mérida était extatique. Raiponce et les autres comprenaient ce sentiment.

L'ourse en revanche n'en croyait pas ses oreilles et commençait à s'impatienter. Jack la délivra et elle évita de l'approcher en grognant. Elle se releva sur deux pattes et insista auprès de Mérida pour qu'elle fasse quelque chose.

- Oui, on… on va aller trouver la sorcière, suivez-moi.

Tout le monde entra dans les broussailles à la suite de la rousse. Celle-ci chercha ses amis bleutés qui lui apparurent rapidement en chantonnant. Raiponce s'en approcha et ressentit toute la magie originelle lui parcourir le corps. Jack en fit de même et ils se regardèrent avec insistance.

La blonde se mit à côté de la princesse à la robe déchirée.

- Dis-moi, Mérida, est-ce que je peux te poser quelques questions ?

- Bien sûr. Que veux-tu savoir ?

- Eh bien, ta date d'anniversaire c'est au début de l'Automne c'est bien cela ?

- C'est exact. Toujours pour la fête annuelle. Pourquoi ?

- Pour savoir… Et, tu as toujours vécu ici, en accord avec la nature ?

- Oh oui, j'adore la forêt et notre rivière. J'y passe le plus clair de mon temps quand je le peux. Je me sens en phase ici.

- Hmmmm. Ton père m'a aussi raconté qu'un ours avait failli te tuer, c'est vrai ?

Merida tourna vers la droite, le regard fixé vers les petits points bleus.

- Oui, il m'a raconté son combat des centaines de fois. Il m'a même dit qu'il m'avait cru morte. J'ai eu beaucoup de chance ce jour-là.

Les Coroniens se stoppèrent. Mérida haussa un sourcil, perplexe. Harold leur demanda ce qu'il se passait.

- Mérida, je crois bien que tu es spéciale toi aussi, déclara la blonde.

- Hein ? Comment ça ?

- Tu es… Tu es un des esprits que nous recherchons !

- Arrêtez votre blague. Je ne sais pas faire de magie moi.

Elle rit mais la blonde lui montra les feux-follets qui chantaient toujours sur leur chemin.

- C'est toi qui les invoque, Mérida. C'est ton pouvoir. Tu fais partie des nôtres. Tout comme moi je suis née au début du printemps et Jack de l'hiver. Oh, c'était si facile à comprendre au final. Le tout était de suivre les indications sur les prédispositions à devenir un esprit !

- C'est marrant on a passé notre temps à chercher en vain et lorsque nous avons fini par nous occuper d'autre chose on tombe sur ce que l'on convoitait… Ironique, non ?

- Moi je pense que tout est lié. C'est même certain, conclut Raiponce.

La rousse ne comprenait rien. Elle fixa les créatures qui l'appelaient. Était-ce de son fait ? Mais comment et que signifiait tout ça ? La princesse de Corona s'avança et lui toucha l'épaule.

- Merida, par le passé tu as été tuée par Mordu. Oui, ce jour-là, tu étais bien morte dans sa gueule. Mais la nature t'a offert une seconde chance car tu avais toutes les qualités requises. Tu as été ressuscitée pour devenir un esprit. Tu es l'esprit de l'Automne !


Aussi inattendue qu'inespérée, Mérida sera-t-elle l'esprit de l'Automne tant recherché?!

A samedi prochain ! :D