Hey me revoilà pour la dernière et houleuse partie de Passion Céleste!
J'ai beaucoup d'idée pour conclure tout ça et surtout j'ai hâte de l'épilogue :3
Mais je n'en dirais pas plus à part: Préparez vous bien !
Partie 4 : Pour la paix
Chapitre 37 : Idylle illusoire
Dans un champ de blé résonnait des rires d'enfants. Sous les doux rayons du soleil, les épis d'or dansaient avec les esprits du vent, tandis que les jouvenceaux couraient à travers champs, les yeux remplis d'étoiles. Leur père jouait le grand méchant sorcier et, muni de son bâton de bois, il tentait de les attraper. Il leur envoyait de la glace alors que les deux complices changeaient de direction pour le semer. Leur mère les accompagnait et profitait de la brise pour inspirer le bon air pur des prés. Ceux-ci étaient entourés de magie pour offrir des légumes et des fruits d'une qualité exceptionnelle que beaucoup de royaumes leur enviait.
C'était un des plus grands attributs de Corona. Sa nature verdoyante, luxuriante et fertile. Tous les royaumes commerçaient avec eux, la ville était prospère et les fêtes battaient souvent leur plein. De plus, le temple des esprits principaux se trouvait dans leur forêt, où nombre de voyageurs venaient y déposer une offrande, y quémander de l'aide ou tout simplement y faire une visite. Jamais la ville du soleil n'avait été aussi radieuse. En une dizaine d'années, la nouvelle reine et son roi avaient drastiquement modifiés leur royaume pour en faire un véritable havre de plénitude. A l'image des alliés de la confrérie d'Ahtohallan, le monde se dirigeait tout doucement vers une ère de sérénité. Où les guerres devenaient moindres et où l'acceptation de l'autre évoluait.
Raiponce Frost en savourait chaque minute de chaque seconde depuis son mariage et son intronisation. Elle vivait en plein rêve, remerciant à chaque instant le soleil, la lune et sa terre mère. L'harmonie avec la nature n'avait jamais été aussi belle que ces dernières années, elle revivait, se vivifiait et explosait au quatre coins du monde.
- Maman ! J'ai faim !
Une magnifique petite blonde aux longs cheveux clairs comme le champagne et à la peau pâle vint se poser sur la nappe que sa mère étendait pour le pique-nique.
- Attends encore un peu ma puce, nos invités ne sont pas arrivés. Ce ne serait pas poli de commencer sans eux.
- Mais… c'est long !
La petite princesse fit la moue de ses yeux lumineux tel du vert de lime.
- Plus tu seras patiente, meilleur sera ton repas, coquine, expliqua sa mère en lui caressant la tête.
Azalée Frost, petite fleur adorable, regarda sa maman avec amour avant de retourner jouer avec son frère et son père. Gwen riait aux éclats, ses cheveux blond clair de longueur moyenne se balançant à chacun de ses pas. De ses yeux ciels il défiait son père.
Raiponce se fit la réflexion qu'ils grandissaient vite. Il avait déjà dix ans et elle six ans ! Elle se souvenait pourtant très bien de sa deuxième grossesse, bien plus calme que la première où la petite gazouillait dans ses bras fatigués pour la combler à nouveau de bonheur. Les yeux clos, la reine se remémora ses meilleurs moments tout en laissant le vent lui caresser la nuque. Ses cheveux libres voletaient dans les airs tandis que son apparence n'avait pas changé d'un poil. Seuls ses yeux avaient mûri. Son regard était plus sage, plus expérimenté. Il en allait de même pour le Roi Jack qui dirigeait le royaume avec beaucoup d'humilité mais aussi parfois de fermeté.
Tout à coup, un bruit d'ailes se fit entendre. Et comme tous les mois depuis la dizaine d'année écoulée, le Big Four se retrouva pour un repas entre amis. Deux furies nocturnes se posèrent sur l'herbe en soulevant un nuage de pollen. Krokmou fit glisser sur le sol son dragonnier ainsi qu'une jeune fille de huit ans, Aliénor, qui se précipita aussitôt sur Gwen et Jack pour venir jouer. A côté, Mérida descendait de son dragon, Eclair, avec son fils Théodore, six ans, qui se rendit auprès de la belle Azalée pour cueillir des fleurs avec elle.
Mérida caressa sa dragonne puis enlaça sa meilleure amie avec amour.
- Tu as fait bon voyage ?
- Comme toujours, répondit la rousse qui portait une tenue Viking bleu foncé faite par Elinor Dunbroch, grande couturière de renom. En plus, avec Eclair, on a appris un nouveau moyen de vol pour que je puisse caler plus confortablement nos enfants.
- C'est super ! Je vois que tu t'entends toujours à merveille avec elle. Ca n'a pas été simple pourtant.
- Elle est aussi farouche que moi, que veux-tu !
Les amies se mirent à rire tandis que la furie nocturne s'occupait de trois bébés furies qui ne faisaient déjà que des bêtises.
La dragonne était blanche, brillante comme la neige et avait des yeux d'un bleu céruléen. Elle avait rencontré Mérida lorsque les chasseurs de dragons avaient fait un raid contre Beurk pour les exterminer. Une période complexe qui avait mis à l'épreuve les deux Chefs, quelques temps après leur mariage. Grimmel, un des plus terrible chasseur qu'ils n'avaient jamais rencontrés, avait lâché la furie nocturne en appât pour s'en prendre à Krokmou. L'exterminateur de dragon était par ailleurs à l'origine de l'extinction des furies et prenait un malin plaisir à torturer ses proies. Il détestait les dragons. Ce qu'il adorait par-dessus tout en revanche c'était de jouer au chat et à la souris avec ses victimes dont le couple en avait fait les frais. Il avait donné beaucoup de mal aux Haddock pour l'arrêter. Ils avaient même dû changer d'île pour lui échapper, ce qui ne leur avait servi à rien hormis à avoir ENFIN plus de place pour leurs dragons.
Mais les chefs avaient fini par le mettre en déroute grâce à leurs amis et leur pouvoir. Ce qui n'avait pas été une mince affaire alors pourtant que l'homme ne possédait aucune forme de pouvoir. L'exterminateur avait été très rusé, très intelligent et agile comme un chat. Il avait été un adversaire bien plus coriace que Drago ne l'eut été par le passé pour Harold. Sa mort avait été une délivrance pour tous.
Mérida avait alors gagné une nouvelle amie pour la vie en la présence d'Eclair qui, malgré sa haine viscérale des humains, avait su nouer un lien avec la rousse. Celle-ci lui avait sauvé la vie par deux fois en ayant failli perdre la sienne pour elle. La dragonne avait compris qu'il existait alors de bons humains et avait choisi Mérida comme seule et unique maitresse. Toutes deux s'étaient apprivoisées et s'aimaient comme des sœurs. Tout comme Krokmou et Harold.
Le Beurkien en profita par ailleurs pour nourrir son compagnon avant de saluer la blonde. Il portait une armure noire ignifuge tout droit sortie elle aussi de l'atelier spécial d'Elinor. Jack vint à son tour pour saluer ses amis en prenant Harold et Mérida contre lui.
Le big Four était réuni.
- Comment ça va depuis la dernière fois ? Toujours des problèmes de guerre ?
- *soupir* Oui, toujours la même rengaine. Plusieurs clans Vikings refusent l'alliance avec l'Ecosse, déclara Harold. Ils veulent en découdre avec eux et avec nous.
- Et inversement, rajouta Mérida. Plus d'une fois j'ai dû aller taper du poing sur la table car des clans Ecossais voulaient briser notre entente.
- Après des guerres millénaires entre vous, c'est normal que cela prenne du temps. Surtout aux plus anciens, commenta la reine de Corona. Mais ça viendra, j'en suis persuadée.
- Espérons… J'en ai assez de leur stupide guéguerre de qui a la plus grosse, balança la rouquine, blasée.
Ils rirent et commencèrent à s'installer pour le repas, sortant leurs opulents mets de leurs besaces et paniers.
- Et les dragons ? Sada va bien ? Demanda Jack. Ca fais un petit moment qu'on ne l'a pas revue !
- Impeccable pour elle, sourit Harold bienheureux. Depuis qu'elle est devenue l'Alpha de la terre perdue, elle a fort à faire avec sa meute. On va la voir souvent depuis qu'on a le nouveau Beurk tout près.
La terre perdue était un endroit que le couple Haddock avait découvert lors de leur lutte contre Grimmel grâce à Eclair. Ils avaient trouvé, au dela de l'océan, une chute d'eau gigantesque qui menait à un paradis perdu dans les entrailles de la terre, le berceau même des dragons. Tous comme les Landes, ce monde était interdit aux êtres non magiques, ce pourquoi, les dragons venaient s'y réfugier avec Sada pour prospérer en paix loin des chasseurs.
- Me voilà rassuré. Elle me manque.
- On ira pour les prochaines vacances, assura sa femme. Et pour les autres pays ? Qu'en est-il de leur peur des dragons ?
- Hum… C'est pas encore ça, avoua le dragonnier. Pour le moment on évite de sortir de nos terres à part pour venir dans l'alliance.
- Je vois… Les humains sont longs à la détente.
- Ca c'est sûr ! Intervint Mérida excédée par le comportement égoïste et stupide de ses confrères bipèdes.
Tous furent d'accord pour dire qu'ils avaient encore du chemin à faire pour que la terre soit réellement sereine. Puis la conversation dériva sur Corona et la dernière fête du printemps qui avait rencontré un franc succès international.
Pendant ce temps, les jeunes continuaient de jouer ensemble, se fichant éperdument des adultes qui parlaient. Aliénor et Théodore s'entendaient extrêmement bien avec le duo de Corona et passaient tous leur temps avec eux quand ils en avaient l'occasion. Les deux petits vikings possédaient les mêmes attributs physiques l'un comme l'autre : des cheveux roux foncés ondulés et les yeux verts du papa. L'ainée avait les cheveux courts et des nattes sur les côtés de son visage. Elle était l'impulsive du quatuor, la casse-cou, toujours prête pour l'aventure. Une vraie petite Mérida extravertie et malicieuse. Elle n'en loupait jamais une pour faire la folle et s'amuser. A côté, son frère était l'exact opposé. Les cheveux en queue de cheval natté, il était calme, réservé et adorait passer son temps à flâner ou à lire. Pourtant, l'un et l'autre s'entendaient comme larrons en foire. Ils avaient plus d'une fois fait tourner la tête à leur parents et leur parrain-marraine.
A Corona, Azalée était comme un rayon de soleil. Un ange toujours à l'écoute de ses parents et mordant la vie à pleines dents. Elle avait pourtant, bien au fond d'elle, un caractère bien trempé qui, de temps à autre, ressortait quand elle était en colère. Sa grande cousine, Elsa, la comparait toujours à un fleuve. Tranquille et calme par beau temps mais déchainée pendant les tempêtes.
Gwen était plutôt lunaire. Il était aussi sage que sa sœur ainsi que très observateur. Il aimait beaucoup contempler les autres et apprendre tout ce qu'il pouvait. Très capable il s'instruisait vite et bien. Toujours à l'écoute il était de bon conseil et un brin surprotecteur envers sa sœur. Ses émotions lui jouaient souvent des tours car il était hypersensible. Mais plutôt que de s'apitoyer sur lui il en avait fait une force. Ainsi ses colères lui prodiguaient du courage et ses larmes une grande empathie. C'était un garçon vivant et passionné comme sa famille.
Les quatre amis passaient ainsi un agréable moment à jouer aux gentils esprits et aux méchants sorciers quand vint l'heure du repas tant attendu. Azalée prit aussitôt place au côté de son papa avant de mordre dans un délicieux sandwich. Théodore la rejoignit en offrant des fleurs à sa maman qui lui embrassa la joue. Aliénor et Gwen se jetèrent à leur tour sur les salades composées tout en parlant magie. Tous les petits étaient capables d'en faire à leur niveau. Ils avaient dignement hérité de leurs parents respectifs qu'ils appelaient le pouvoir céleste pour les Coroniens et le pouvoir des éléments pour les Beurkiens.
L'après-midi fut un régal pour le Big Four et leurs enfants. Après le repas ils se baignèrent dans un lac à l'eau pure avant de se balader en forêt avec les dragons. Il n'y avait là pas un nuage dans le ciel. Lors d'une petite brise, quand ils rentrèrent à la ville, Jack en profita pour poser une laine sur son fils qui grommela.
- Toujours ses problèmes de santé ? Commenta Harold inquiet.
- Oui, il sort d'une bronchite, expliqua la reine. Sa fragilité lui joue des tours alors on évite de le laisser au frais en plein vent.
- Le pauvre… Dit Mérida. Ça doit sûrement venir de sa faible constitution à la naissance.
Raiponce regarda le sol avec peine. Elle se sentait toujours coupable quand son fils était malade. Son amie posa sa main sur son épaule.
- Ce n'est pas de ta faute. Sois heureuse qu'il ait survécu tout comme toi.
- Oh je le suis ! Mais, si je n'avais pas fait ce voyage, il n'aurait pas eu à souffrir autant. Je ne peux m'empêcher de m'en vouloir pour ça.
- Ce qui est fait et fait et n'est plus à faire, répliqua sagement Harold.
- Le problème c'est qu'il veut devenir un guerrier. Il rêve de devenir comme Cassandra ou Adira. Mais avec sa constitution fragile, je ne sais pas si c'est bien judicieux, expliqua Jack.
- C'est compliqué en effet. Cependant, un rêve doit toujours être soutenu.
- C'est certain, approuva la reine. Je ferais tout pour que mon fils devienne ce dont il désire !
Les couples se retrouvèrent dans la cour du château tandis que le soleil déclinait à l'est.
- Il changera peut-être de rêve, assura Mérida. Aliénor à déjà changé d'avis au moins dix fois sur son avenir.
Ils rirent en cœur.
- Et Theodore il sait ce qu'il aimerait ? Demanda le roi.
- Ecrivain ou professeur qu'il m'a dit, répondit Harold. Le rôle de Chef ne l'intéresse pas plus que ça. Dieu seul sait qui va reprendre la relève plus tard…
- Nous aussi on est face à ce problème, rit Raiponce. Azalée nous a déjà fait part de son adulation pour les fleurs. Elle voudrait devenir naturaliste…
- Bonjour les soucis de succession, plaisanta Jack.
Les Coroniens gloussèrent avec Harold tandis que Mérida en profita pour réprimander sa fille qui entrainait Gwen à monter sur des remparts du château. Sa fille était une vraie tornade. Elle en venait à comprendre ce que sa mère avait ressenti à l'époque. Elinor avait eu le droit à mille et une excuses de sa princesse depuis.
Une fois punie et calmée, la petite rouquine eut le droit d'aller jouer avec les autres dans la chambre des altesses. Le Big Four en profita pour prendre un apéritif tout en profitant de leur réunion du mois pour parler de tout et n'importe quoi.
- Ah bon ?! Je plains sincèrement Ariel alors ! s'exclama Mérida.
Raiponce approuva.
- Melody est aussi têtue que ta fille. Je te jure, elle ne fait que de fuguer en mer sans surveillance et part parfois assez loin. A la place d'Ariel je serais au bout de ma vie.
- Tu m'étonnes ! Bon moi aussi je faisais ça à son âge tu me diras. Quinze ans ce sont les premières envies de liberté ! Sauf que moi c'était en forêt. Ce qui n'en est pas moins dangereux je le conçois. Aliénor aussi part tout le temps là-bas avec son arc et son épée. Mais elle reste dans le coin quand même. Elle sait sinon que je serais hors de moi.
- Ah ça, entre toi et elle, vos colères sont légendaires.
- Parles pour toi. J'ai jamais vu une fille aussi furieuse qu'Azalée quand elle s'y met.
Raiponce grimaça à sa meilleure amie lui assurant que leurs filles étaient des sacrées tornades toutes les deux.
A côté, les garçons discutaient politique et animaux fantastiques. Ils voyaient au loin, par la balustrade, les deux furies nocturnes chercher leurs trois petits qui se cachaient parmi les villageois. Ceux-ci ne craignant plus les dragons depuis que Raiponce leur avait présenté il y a des années de cela.
- On a importé pas mal de vos graines et je dois avouer que notre commerce bat son plein grâce à ça, déclara le chef de Beurk. C'est la première fois que les Beurkien découvrent la mangue. Ils sont tous fous.
Jack en rit, imaginant les Viking se jeter sur leurs fruits et plantant leurs premiers arbres venus du Sud.
- Raiponce a eu une bonne idée d'enchanter ses graines pour les protéger du froid. Vous serez quittes de payer une fortune pour ce genre de produit.
- Totalement ! Du coup on a un bel arrivage de poisson nordique pour vous. Ca devrait vous plaire.
- Hum, j'imagine déjà la cuisine de ma femme avec ses bonnes truites sauvages à la sauce au beurre.
Harold bavait aussi. Il fixait madame Haddock qui riait à gorge déployée. Jack en fit de même quand la blonde tourna un œil vers lui pour lui faire un regard d'amour. C'est alors que, sans prévenir, un grondement monta depuis la terre et vint se répercuter en écho. Un tremblement de terre fit chanceler le palais comme s'il n'était rien d'autre qu'un château de cartes. Les parents se rendirent aussitôt dans la chambre des jeunes pour les protéger avec leur magie. Le tremblement dura quelques minutes, des interminables et longues minutes.
- Tout va bien vos Majestés ?! S'inquiéta Cassandra qui arrivait en trombe.
- Ca va, ça va, assura la blonde. Voilà fort longtemps qu'on en avait pas eu un aussi gros !
- La terre est toujours en activité, commenta Harold. C'est normal.
Azalée se colla contre sa maman alors que Gwen la rassurait. Aliénor finit par en rire et détendit l'atmosphère. Théodore put ainsi replonger le nez dans son livre.
- Quelle frayeur. Les esprits de la terre sont sûrement en plein travail, rassura Raiponce à sa fille. Allez, allons diner.
A peine furent-ils sortis de la pièce qu'un nouveau tremblement ébranla Corona. Azalée fondit en larmes contre son frère.
- Ce n'est qu'une réplique ! Rien de grave ! Relata Mérida aux jeunes.
Le silence revint. Tous avaient le cœur qui palpitait. Puis, une nouvelle secousse arriva en plein repas, et une suivante lors du coucher, toujours plus forte.
La reine autorisa ses enfants à dormir avec eux tant ils étaient apeurés. Jack semblait soucieux et prit sa femme à part avec ses amis.
- Quatre tremblements de terre en quelques heures ?! C'est possible d'avoir autant de répliques ?
Il se tourna vers Harold. Le chef de Beurk fronça les sourcils.
- Oui et non. Normalement l'intensité baisse à chaque secousse. Là… c'est l'inverse.
- Il se passerait quelque chose de grave vous pensez ? Demanda Mérida. Peut-être que les esprits de la terre sont en colère contre l'humain pour une raison qu'on ignore ? Du genre une nouvelle guerre…
- Possible… On devrait en parler avec Elsa, déclara la blonde. J'ai… J'ai un mauvais pressentiment.
- Tu ne penses quand même pas à… Tenta Harold. Non, pas après tout ce temps, c'est impossible.
- Rien n'est impossible. Ma cousine nous a dit de rester sur nos gardes. Et… Je préfère être sûre.
- Tu as raison, on devrait aller à Northuldra dès demain, approuva son amie.
D'un commun accord les couples se rendirent dans leur chambre respective. Dans la suite royale, endormir Azalée fut une véritable épreuve du combattant. Son frère en revanche était parti assez vite dès que sa mère avait chanté. Mais une fois les deux enfants abandonnés à leurs rêves, le couple ne put s'endormir à son tour, l'esprit soucieux. Dans la chambre d'amis, Mérida se tournait et retournait encore et encore dans son lit. Elle n'arrivait pas à trouver le sommeil, contrariée par cet étrange phénomène. Harold réussit à tomber dans ses rêves assez tard. Ceux-ci qui furent aussitôt agités par un étrange sentiment d'oppression.
Au petit jour, une nouvelle secousse des diables retentit sur toute la planète. Paniqués, les habitants de Corona demandèrent de l'aide à la famille royale car des crevasses apparaissaient sur la terre et leur maison s'ébréchait jusqu'à s'écrouler. Jack et Raiponce prirent aussitôt les choses en main pour débloquer des fonds visant à aider à la reconstruction et au renforcement des maisons, des bâtiments et des potagers. Les dégâts, à chaque secousse, ne faisaient qu'augmenter.
- Mon dieu, c'est un carnage, déclara la reine anéantie de voir sa belle ville se parer de blessures.
- Si cela continue, même le château va finir par se craqueler.
Le roi serrait les poings. L'inquiétude se mit à grandir en lui. Raiponce se mit aussitôt en route pour le temple des esprits avec le trio. Les enfants étaient sous bonne garde avec les grands parents. Arianna en profita pour leur lire des histoires et Frederick pour les aider à affronter leur peur.
Dans la forêt, le choc fut immédiat pour les esprits de saison. Les animaux se terraient dans leur coin, tétanisés, tandis que les esprits de la nature se blottissaient dans leur élément respectif.
- Je crains le pire…, déglutit la blonde, accablée.
Elle prit un esprit de la terre dans sa main qui s'était caché dans un buisson fleuri. Il tremblait tellement qu'il faisait tomber des cailloux depuis son corps en forme d'écureuil.
- Que se passe-t-il ?! Dis-moi tout mon ami ! Demanda Jack en le caressant.
Une voix résonna en eux quatre, comme venue d'ailleurs. Douce mais affolée.
« J'ai peur ! Si peur ! Je sens une force noire affluer de la terre et s'éparpiller dans les airs, dans l'eau, le feu... Je le sens jusqu'au plus profond de mon âme. Une pression démentielle me paralyse. Par pitié, faites quelque chose ! IL ARRIVE »
Tous les quatre se regardèrent avec des yeux ronds. Le doute ne subsistait plus désormais.
- IL n'était pas mort… Chernabog est revenu, asséna Mérida, la voix sombre.
Dans des contrées éloignées, vides de vie, une gigantesque montagne cracha de la
fumée noire cendre. Tout autour, le paysage n'avait pas changé en des décennies. Il était désert, avec des arbres dénudés crochus, une terre stérile craquelée et une nappe perpétuelle de nuage gris. Dans ce lieu dénudé où nul ne posait le pied, ou le silence régnait en maître, démarra alors l'épicentre de la secousse. Pour la première fois en des siècles, de l'activité reprit dans le mont Chauve, la plus haute montagne de toute la terre. La lave en fusion explosa en une coulée rouge sang qui dévora la terre comme une sangsue buvait son hôte. En séchant, la marée devenait noir charbon et dure comme du fer. Elle formait une couche malsaine qui faisait fumer de la poussière sombre. La cendre s'envolait alors lentement vers l'inconnu, là où la vie affluait tant.
Depuis la montagne, d'énormes explosions faisaient résonner les environs. D'autres secousses suivirent, toujours plus violentes. Au sommet du volcan bouillonnant, un filet de poussière plus dense que les autres tournoyaient autour de la surface. Impatient. Voilà des mois, des années qu'il parcourrait le monde à la recherche de pitance pour son maître. Il avait déniché les meilleurs filons. Contaminé les hommes. Assuré des chenaux de magie noire invisible dans la terre. Trouvé le plus d'alliés possible, tous perdus à travers les royaumes. Cherché les points faibles de l'ennemi…
Il jubilait. Là, tout de suite, c'était enfin leur heure.
Son maître avait calmement patienté dans son magma, se nourrissant goulûment, reprenant le plus de force possible. Dès son réveil IL avait su. Oui, IL avait su que c'était le début de la fin. Qu'IL serait plus malin qu'eux cette fois ci. Plus cruel aussi et plus vicieux. IL ne leur laisserait AUCUNE chance de le sceller à nouveau. Et Il les savait faibles. Oh oui si faibles. Son allié lui avait tout dit. Les nouveaux esprits de saisons n'étaient que quatre petits magiciens tout juste capables de se défendre. Qui vivaient sans aucune idée de ce qui les attendaient. Qui se croyaient en sécurité dans leurs petites villes ridicules, à se la couler douce. Incapables de comprendre que leur joie était éphémère, que leur monde avait toujours été en péril et allait DISPARAITRE. Ils ne verraient rien venir et tout se terminerait dans un joyeux Sabbat comme il aimait tant le pratiquer. L'ère des ténèbres débutait AUJOURD'HUI et durerait pour l'éternité.
Son allié le plus fidèle était euphorique à cette pensée. Sa poussière dansait autour de la lave en fusion qui s'écrasait à la surface en un poison amer et doucereux. Un poison qui les condamnerait tous à la souffrance éternelle.
Deux yeux d'un jaune orangé de feu émergèrent du puits abyssal de la tourmente. Se confondant tout juste avec le magma, les prunelles vives souriaient à travers la fournaise.
« Pitch. Je vais bientôt pouvoir te redonner un corps. En attendant, continue ton travail. Apporte-moi ces quatre maudits esprits et leurs fées qui ont autrefois osés me défier par trois fois. Que je puisse leur faire connaitre mille et une souffrances. Que je puisse me délecter de leur âme en perdition. Que je les broie de douleur jusqu'à ce qu'ils me supplient de les tuer. Je me tarde de les voir sombrer au plus profond de l'abysse avant de pouvoir me délecter de leur chair devant ceux qu'ils aiment. »
Un rire profond émergea de la terre même tandis que les yeux plissés en amande jouissaient de plaisir.
« C'est comme si c'était fait mon maître. Il sera facile de les avoir, leur niveau n'est plus ce qu'il était. Ils sont faibles et vous êtes plus fort qu'avant. Le jeu est déjà terminé avant même de commencer. »
Chernabog, le Malin, en rit de plus belle tout en replongeant dans son lit de lave en ébullition. Sa voix grave continuait de résonner comme des ultrasons à travers le monde. Les esprits de la nature l'entendirent et se recroquevillèrent tandis que Jack, Raiponce, Harold et Mérida se bloquèrent sur place.
Des statues. Le Big Four ne bougeait plus d'un poil après avoir entendu ce rire venu tout droit des tourments infinis. Un rire à vous rendre fou, à vous paralyser de terreur, à vous donner envie de vous cacher les oreilles. Rien n'était égal à cette sensation-là. C'était comme si on vous enfermait dans une petite boite et qu'on vous laissait indéfiniment seul, recroquevillé dans le noir, sans chaleur, sans joie…
- Je regrette déjà ce qu'on a fait, murmura la blonde dans les bras de son mari.
- Il ne faut pas dire ça ! S'exprima Mérida d'une voix faussement rassurée. On va le vaincre ce taré… Ensuite, on reprendra notre belle vie comme avant. Et voilà…
Sa voix avait tremblé. Elle croisa les bras et détourna ses yeux. Harold se massa les tempes.
- Est-ce qu'on va être de taille… ?! Dix années qu'IL nous attend… IL a dû bien se préparer en nous laissant croire à notre victoire, notre paix. IL s'est joué de nous. On a… On a rien vu venir…
Il serra les dents, incapable d'en dire plus. Tous les quatre comprirent qu'ils venaient de se faire rouler en beauté et que ce qu'ils avaient construit n'était au final rien de plus qu'un rêve éphémère qui prenait fin. Tout ce qu'ils avaient accompli n'avait plus de sens désormais. Leur royaume, leur famille, leur alliance, la paix…
- Je ne suis pas d'accord ! S'emporta Jack brusquement. Notre vie actuelle est merveilleuse, je refuse de la perdre ! On s'est battus pour en arriver là ! On ne va quand même pas se la faire reprendre ?! Pas après tout le mal qu'on s'est donné pour la bâtir !
Harold le fixa puis se mit à froncer les sourcils.
- Tu as raison ! Mon père nous avait dit de toujours avoir confiance en nous. On doit garder notre courage ! On peut le faire ! Tant qu'on reste soudés et ensemble, on ne craint rien. Souvenez-vous : Le Big Four à jamais !
Il brandit son poing. Jack frappa dessus avec les filles.
- LE BIG FOUR A JAMAIS !
Les amis reprirent des couleurs. Raiponce sentit une force nouvelle la happer.
- Nous ne sommes pas seuls, avec nos amis, nos alliés, nous pouvons y arriver. Autrefois les esprits se battaient seuls. Mais avec la confrérie à nos côtés et tous ceux qui voudront nous soutenir, nous pourrons le battre. C'est notre chance d'en finir !
- Bien dit, enchaina la rousse totalement remontée à bloc. Les temps ont changé, nous avons une force nouvelle et IL ne pourra rien y faire. On doit se préparer comme on l'a fait ces dernières années. Ensemble !
D'un hochement de tête, le quatuor accepta ce nouveau coup du sort. Leur destin, celui de leur dernier acte était en marche, et, comme ils se l'étaient promis jadis, ils n'allaient pas reculer. Oh non, ils allaient se battre et gagner.
- Pour la paix !
Ils hurlèrent en cœur avant de se rendre au château des Corona, leurs cœurs tournés vers leurs enfants qui portaient l'avenir et l'espoir. Ils devaient se battre pour eux. C'était leur motivation première. Ils auraient un avenir radieux, coûte que coûte.
* hu hu hu * Ensemble ? Je ne crois pas*
Un amas de poussière noire s'envola lentement à travers le ciel bleu pâle d'un petit rire malicieux.
- Non ! Je refuse que tu repartes ENCORE au-devant du danger !
Frederick Corona était désespéré. Il venait de s'entretenir avec sa fille et Jack qui leur avaient tout expliqués. Son monde parfait venait de basculer en une fraction de seconde.
- Papa, c'est mon devoir, je n'ai pas le choix.
- On a toujours le choix !
- De laisser le monde mourir ? Es-tu égoïste à ce point-là ? As-tu pensé à l'avenir de tes petits enfants ?
- Mais je…
Il se mit à fondre en larmes. Arianna le prit dans ses bras pour le calmer. Elle aussi pleurait en silence. Sa petite fille allait se sacrifier pour sauver le monde… Elle n'en reviendrait peut-être pas, elle n'était pas dupe.
Raiponce resta forte pour eux. Elle garda un regard fort et assuré quand elle prit la main de son père dans la sienne.
- Ne t'en fais pas, nous allons réussir notre mission comme toujours. Je te reviendrais, je te le promets. Tu sais qu'on est une équipe gagnante.
L'ancien roi renifla, les yeux effrayés.
- Pourquoi tu dois subir tout cela ?
- Parce que je suis l'esprit du printemps. J'ai été ressuscitée pour un tel jour. Et crois-moi, j'en suis fière papa. Je suis plus qu'heureuse de m'acquitter de ma mission. Encore plus maintenant que j'ai Gwen et Azalée. Je serai à la hauteur, car je n'ai pas le droit à l'échec.
- Oh ma petite… Non, ma grande fille. Ma magnifique reine du soleil.
Frederick essuya ses yeux avant de prendre son enfant contre lui. Raiponce sourit dans ses bras chauds et réconfortants. Puis elle lui essuya la joue.
- Je t'aime, mon papounet.
- Moi aussi ma toute belle. Je t'attendrais ici.
- Et je te reviendrais.
Ils se sourirent tendrement. Arianna vint aussi chercher son câlin tandis que Jack fit une accolade chaleureuse à ses beaux-parents. Gwen et Azalée arrivèrent à ce moment pour une séance câlinou avec leurs parents.
- Tu reviendras bientôt maman ?
- Bien sur ma fleur, dès que j'en aurait terminé avec le vilain démon je serai tout à toi.
- Mais, et si tu disparais comme dame Caine ? Pleura Gwen incapable de retenir son hypersensibilité. Si tu t'en vas et nous laisses tout seul ! Je ne veux pas !
Raiponce baissa les yeux un instant, perdue dans ses souvenirs. Lady Caine et Cassandra avaient fait partie de la même troupe lorsque des bandits avaient débarqué à Corona. A cause du succès qu'avait désormais leur royaume, beaucoup de criminels tentaient leur chance pour la dévaliser ou la gagner. Et c'est un de ces jours maudits où la garde royale avait dû faire face à une attaque sans précèdent pour tuer leurs majestés et prendre le contrôle des commerces, que Caine avait péri.
Une bande organisée avait tenté un coup d'éclat. Les combats avaient fusé dans toute la ville, faisant des victimes innocentes sur son passage. Gwen était assez âgé pour comprendre ce qu'il se passait, il en était toujours effrayé tandis qu'il était en sécurité avec sa mamie. Bien entendu, Jack et Raiponce avaient vite fait le nécessaire pour protéger la ville. Mais… dans tout ce remue-ménage, des chefs d'élites de la bande avaient réussi à tuer Caine devant Cassandra. Sa grande amie… Alexandre avait également été blessé à la jambe pour les protéger juste avant que sa fille n'invoque sa magie pour les tuer. Ce geste n'était pas bien passé auprès de Raiponce mais elle n'avait mis aucune sanction tant la mort de Caine les avaient affectés. Depuis, Cassandra avait appris à contrôler sa haine, tout du moins pour l'instant. Ainsi, Caine avait reçu l'honneur de figurer au côté d'Eugène, héros tombés au combat.
- Je te promets de revenir, d'accord ? Et si vraiment l'un de nous deux avait un accident, vous ne seriez jamais seuls. Tu as Azalée à protéger ne l'oublie pas.
Gwen se mordit la lèvre avant d'hocher la tête.
- Je ne veux pas que vous disparaissiez moi, reprit la petite sœur. Je veux qu'on continue à être ensemble à la maison !
Elle sanglotait à son tour. Jack la prit dans ses bras qu'elle agrippa.
- Sois forte ma puce. Le monde a besoin de nous et nous devons vous protéger. N'aie crainte, papa et maman sont des infaillibles. Ils ne perdent jamais.
- Pour de vrai ?
- Vrai de vrai !
- … Alors, j'attendrais aussi.
D'un sourire son père lui embrassa le front et sa mère lui fit des chatouilles pour la faire rire. Gwen resta en larmes, ne pouvant se calmer facilement. Il serra tout de même son pantalon le regard plus dur qu'il n'était.
- Eh bien moi je protégerais Corona ! Et quand vous reviendrez vous serez fier de moi.
- Tu es brave mon fils, nous sommes fiers de toi, sourit Jack, ému.
Le petit lui sourit à son tour et se blottit contre ses parents.
- Vous êtes mes héros, murmura-t-il doucement.
Après un dernier baiser d'aurevoir, Jack et Raiponce passèrent saluer Cassandra qui s'occupait elle aussi de ses enfants avec Varian. L'homme était devenu beaucoup plus viril désormais et il construisait plein de machines fort utiles pour Corona.
- Si vous devez affronter un terrible monstre, tenez-moi au courant de ce que je peux faire pour vous aider, assura-t-il. J'ai déjà quelques idées pour protéger notre ville, je m'y mets tout de suite !
- Merci beaucoup Varian. Tu es toujours l'homme de la situation ! Répliqua Jack d'un clin d'œil.
- Je dois mériter mon titre d'expert ingénieur.
- Ca fait longtemps que tu le mérites, sourit Cassandra.
Sa femme lui apposa discrètement sa main dans le cou puis se tourna vers son amie.
- Prends-soin de toi, et je t'en prie, pas de folie.
- Oh, tu me connais !
- Oui justement…
Ils rirent avant une embrassade.
- J'ai ta dague tu sais, tu seras toujours avec moi.
Sur cette dernière parole, le couple se rendit chez les Frost qui avait déménagé à Corona comme prévu. Jack leur avoua tout et leur demanda d'être prudent. Elena le rassura, avec son mari elle protégerait leur famille et aiderait le royaume autant qu'elle le pourrait. Il fut rassuré en prenant la direction du port. Ayant appris à naviguer le couple prit leur frégate de voyage pour se diriger vers Beurk où attendaient Mérida, Harold et leurs enfants.
Le regard du couple se posa longuement sur leur royaume, leur foyer. Les villageois étaient inquiets de voir partir leurs souverains mais ils n'avaient pas le choix, ils devaient s'arracher de leur paradis pour se battre.
D'un soupir ils virent la ville s'éloigner avec une charge lourde au fond de leur estomac. Ils sentaient que rien ne serait plus pareil et que peut-être… tout allait changer. Qu'ils ne reverraient jamais plus leur paradis.
Que la confrontation ultime commence!
