Chapitre 1 : Diego de la Vega
Madrid, Hiver 1802
Dans un parc, non loin des tumultes et du bruits du centre de la capitale espagnole, Oscar François de Jarjayes s'était arrêtée près d'un petit lac. Les années passés ne lui ont guère été un désavantage, car elle avait gardé sa jeune beauté conservant son visage quelque peu endurci par les années. Les flocons de neiges disparaissaient doucement dans sa longue chevelure dorée. Elle portait sa cape couleur blanc-beige avec son élégance masculine habituel . Oui, malgré tout ce temps, elle était restée fidèle à son éducation, à moins que ce ne soit de la résignation, car préferait elle sans doute se comporter comme un homme, disposant ainsi de plus de moyens pour se défendre...
Ses yeux bleus qui autrefois étincelaient, avaient perdu toute vie, car Oscar de Jarjayes aurait du mourir lors de cette révolution française, surtout après avoir reçu une trentaine de balles en plein fouet. Oui, elle était en vie et l'ignorait pourquoi. Elle ne comprenait pourquoi Dieu avait choisi de l'épargner et de la laisser seule à affronter cette avenir sans but, dans un brouillard sans fin.
Contemplant l'unique paysage blanc et glacial du parc de Madrid, elle se mit à repenser à ce passé qui l'avait amené jusqu'ici. Elle se souvint alors de son réveil chez un médecin agé dans la trentaine tout comme elle, le Dr Denis Colombe. Elle était restée chez lui, sous ses soins et sa responsabilité. Elle avait perdu tout envie de vivre, mais le Dr Colombe semblait être patient et très affectueux envers elle. De plus, Oscar avait trouvé en lui, ce qu'elle avait aimé en André Grandier, son ami d'enfance : ce soit physiquement que moralement. Denis était gentil, prenait soin d'elle, s'inquiétait pour elle, restait calme lors de ses crises de colères ou bien quand elle le rejetait, il n'avait jamais élever la voix contre elle, ne lui reprochait rien, comme s'il la comprenait. Alors, les années suivantes, ils finirent par se marier, Oscar était heureuse avec lui, ne voulant plus renouer avec son passé douloureux, elle avait abandonné l'idée de revoir ses amis préférant se faire passer pour morte .
Durant la Terreur, le Dr Denis Colombe et Oscar avaient quitté depuis longtemps la France, vivant dans un village espagnol dans les Pyrénées. Denis avait une mère espagnole mais tenait tous de son père, si bien que cela avait été facile pour lui d'entrer en France. Dans le village, le couple était aimé et respecté si bien que en quelques années, le médecin était devenu en plus de sa fonction de docteur, l'alcade du village.
Ils eurent même un enfant, qu'Oscar nomma André et elle crut enfin connaître ce bonheur qu'elle pensait ne jamais ressentir.
Malheureusement, le destin l'eut voulu autrement.
Le petit André mourut à l'âge de 3 ans de la grippe, mais à peine n'eut-elle le temps de le pleurer que son mari, le suivit de la même maladie, quelques semaines plus tard. Le chagrin, la solitude et le désespoir l'avaient conduit à quitter ce village malgré le fait que les habitants la traitaient avec respect et dignité, mais elle ne supportait plus cette vie sans les êtres qui lui avaient été si chers.
Elle tenta de chasser ses souvenirs d'un revers de la main qui essaya ses larmes glissant sur sa joue.
"- Pourquoi pleurez vous ? Dit une voix enfantine.
Oscar sursauta de surprises, ne s'attendant certainement pas qu'on vienne lui parler. Il n'eut qu'à tourner la tête pour voir qu'elle n'était pas seule avec son cheval blanc à ses cotés. C'était un petit garçon, certainement agé de 5 ans, enveloppé dans une grande cape blanche avec un col en fourrure noir. Des cheveux noirs bouclés tombaient doucement en cascade et lui cachaient ses oreilles, entourant son visage innocent. Ses yeux noisettes observaient avec curiosité la grande femme qui était d'ailleurs pour le jeune enfant, un homme.
Pendant un instant, Oscar crut voir en ce jeune garçon, le fils qu'elle avait perdu quelques années auparavant...peut-être que son petit André aurait pu avoir son âge aujourd'hui.
"- André, murmura-t-elle sous le choc.
L'enfant l'entendit et fronça légèrement les sourcils.
"- Je ne m'appelle pas André, dit-il, mais Diego. Je suis Diego de la Vega, señor."
Oscar cligna des yeux comme pour se réveiller. Oui, bien sur. Ce n'était pas son fils. Mais un autre garçon qui aurait pu lui ressemblait.
"- Pardonnez pas, jeune señor, dit-elle dans un parfait espagnol, c'est seulement que vous me rappelez quelqu'un que j'ai aimé..."
Denis lui avait apprit l'espagnol si bien d'ailleurs qu'elle avait fini par le parler couramment avec l'accent adéquat.
Le jeune Diego se détendit.
"- Est ce pour lui que vous pleurez ? Continua-t-il.
- Oui, avoua-t-elle à sa grande surprise, c'était une personne qui comptait pour moi". Elle ignorait alors si elle parlait du André de sa jeunesse ou bien de son fils.
"- Mère me dit toujours que pleurer fait du bien, mais qu'il faut continuer à vivre en mémoire de ceux qui nous sont chers, dit Diego.
- Votre mère a bien raison, approuva Oscar touchée par ses paroles, vous devez avoir une très bonne mère."
Diego lui adressa un sourire qui lui fit chaud au cœur.
"- C'est la meilleure du monde."
Oscar eut un pincement au cœur en entendant ses paroles, est ce que son fils aurait pu la considérer de cette manière ?
Ô mon Dieu, pourquoi me faîtes vous souffrir ainsi en m'envoyant cet enfant sur mon chemin, pensa-t-elle tristement.
"- Mais où sont donc vos parents, demanda Oscar étonné de voir un enfant aussi jeune seul.
Diego se tourna et pointa du doigt deux silhouettes immobiles qui se trouvaient de l'autre coté d'un sentier traversé par de rares cavaliers en promenades.
"- Là-bas, ma mère est avec mon oncle Esteban, répondit Diego.
- Vous devriez les rejoindre, vous allez les inquiéter."
Le petit garçon hocha la tête et s'inclina devant elle.
"- Je suis content de vous avoir rencontré, dit-il.
- Moi de même, l'imita-t-elle.
Elle trouvait que le petit garçon était plutôt bien éduqué et très poli pour son âge. Peut-être est ce du à sa position dans la société, avait-il reçu une éducation stricte comme elle ? Il se tourna et se dirigea en direction du sentier.
Oscar saisit la bride de son cheval pour s'éloigner aussi. Finalement, ce ne sera qu'une rencontre parmi tant d'autres. Elle entendit le nom de Diego provenant surement de la mère qui appelait son fils. Oscar se retourna pour apercevoir le garçon sur le point de traverser le sentier quant elle perçut le bruit d'un galop rapide et le cri d'un homme affolé.
Stupeur.
Un cavalier ne maitrisant plus son cheval fonçait droit sur Diego. Le cœur d'Oscar battait rapidement.
"- Non...mon Dieu, pas lui, pensa-t-elle affolée en imaginant l'inévitable.
Elle se précipita vers Diego.
Le cheval ne s'arrêta pas quand il vit le petit homme. Diego remarqua le cavalier qui ne maitrisait plus sa monture, mais le temps de réaction d'un enfant de son âge n'était pas aussi rapide que celui d'un adulte. Effrayé, Diego se figea. Quelque chose se propulsa sur lui. Le projetant dans la neige.
Oscar s'était jeté corps et âme sur le petit garçon afin qu'il ne soit pas écrasé par les sabots du cheval. L'animal voyant la réaction d'Oscar, s'était cambré effrayer son intervention si rapide, si bien qu'il s'était calmé.
"- Diego ! S'écria une jeune femme en se précipitant vers eux.
Le petit garçon tremblait dans les bras d'Oscar, qui n'était heureusement pas blessée. L'ancien colonel de la garde française leva les yeux vers la jeune mère. Pendant un instant, elle crut voir Marie Antoinette, mais la réalité la réveilla rapidement.
"- Jeune señor, votre mère est là, murmura-t-elle alors que Diego s'accrochait à sa cape.
Toujours dans un frisson, le petit garçon se tourna et se jeta dans les bras de sa mère. Cette dernière était plutôt jolie, portant un manteau d'hiver élégant d'un rouge vif. Ses longs cheveux couleurs de blés étaient bouclés et lui tombaient sur ses épaules. Elle arborait des yeux aussi noisettes que son fils, qui exprimaient l'inquiétude et une peur rapide que toutes les mères auraient pus avoir en assistant à une scène pareille.
Tandis que l'Oncle Esteban rouspétait le cavalier, la mère ne cessait de serrer dans ses bras son fils qui avait échappé de peu à l'accident.
"- Je ne sais comment vous remercier, dit-elle reconnaissante, vous venez de sauver mon fils.
- Vous n'avez pas à me remercier, remerciez Dieu que j'ai pu rencontrer votre fils avant cela, répondit Oscar.
La jeune señora hocha la tête et lui sourit affectueusement.
"- Je suis Maria-Isabella de la Vega, se présenta-t-elle alors, puis-je savoir votre nom, señor ?"
"- Je suis Oscar de Jarjayes, s'inclina-t-elle, je suis français.
- Enchantée de vous rencontrer, s'il vous plaît, soyez mon invité, si je ne peux rien vous offrir, laissez moi vous donner, ne serait-ce, mon amitié.
- Señora, je ne pense pas que...
- Oh, por favor, intervint le petit garçon en lui prenant la main, j'aimerai tellement ! Vous m'avez sauvé la vie !"
En croisant le regard de Diego, Oscar crut défaillir. Le souvenir de son enfant lui revint dans son esprit. "- Que faire ?" Pensa-t-elle torturée par le chagrin et le bonheur de voir cet enfant. Son cœur lui disait de les suivre, son esprit désespéré lui disait d'abandonner. Mais la petite main du garçon eut raison d'elle, si bien qu'elle accepta la proposition.
Elle ignorait alors qu'elle venait d'ouvrir une nouvelle porte sur une nouvelle vie.
