Nymphadora Tonks

Le Chemin de Traverse en fin d'année était empreint d'une magie exceptionnelle même au sein du monde sorcier. À quelques jours du Solstice, de Noël et du Nouvel An, tous les sorciers et les sorcières étaient à la recherche des plus beaux cadeaux et des plus belles décorations... Même l'Allée des Embrumes s'éclairait, en ces temps de fête et de joie – non pas que Tonks en ait su quelque chose, bien entendu.

La sorcière aux cheveux roses rit à une blague de Charlie, s'appuyant un peu plus contre lui. Elle était amoureuse, et il lui tardait de partager ses sentiments à son meilleur ami. Certes, Charlie n'avait jamais montré le moindre signe d'attirance pour elle, mais elle aimait imaginer qu'il le cachait bien.

Elle évitait de penser à son prochain départ pour la Roumanie. L'après Poudlard serait difficile... Pour elle, du moins. Charlie aurait suffisamment à faire avec ses créatures préférées pour songer à ses anciens camarades de Poudlard. Mais pouvait-elle espérer qu'il garde une petite pensée pour elle ?

Soudain, sa mère se figea, un instant, et se mit sur la pointe des pieds, cherchant du regard quelque chose qu'elle avait cru apercevoir, avant de secouer la tête, visiblement déçue.

— Maman ? s'inquiéta la jeune femme en s'écartant légèrement de Charlie. Tout va bien ?

La vieille femme ne répondit que par un sourire las et pénétra une petite boutique cossue. Elle avait dû rêver. Tonks haussa des épaules et suivit sa mère, la scène étrange bien vite oubliée devant les moultes marchan dises colorées. Il restait six jours avant Noël !


Merlin ! glapit intérieurement la Métamorphomage en dégringolant les escaliers sur les fesses. C'était bien la peine d'avoir mis un joli pantalon pour l'occasion, si c'était pour se prendre les pieds dans les ourlets !

Le jeune Percy Weasley l'aida à se relever en tentant tant bien que mal de cacher son sourire, tandis que les jumeaux ricanaient ouvertement.

— Merci, Percy, grimaça la sorcière en massant ses fesses endolories.

— Pas de problème, répondit le garçon d'un ton pompeux. Il faut bien que je m'habitue si je veux qu'on me nomme préfet l'année prochaine.

Le rire de Gred et Forge mourut dans leur gorge et ils manquèrent de s'étouffer.

— Arrêtez de faire des grimaces, vous deux ! s'agaça leur grand frère en partant. Vous verrez bien, l'année prochaine !

Il disparut au bout d'un couloir et Tonks se laissa enfin rire à pleine gorge, peinant à reprendre sa respiration entre deux éclats.

— Ça va être quelque chose, l'année prochaine ! finit-elle par marmonner avec humour. Ron va entrer à Poudlard, en plus, c'est ça ?

— Ouaip ! Trop hâte... commença Fred

— ... de lui en faire voir de toutes les couleurs ! termina George.

— Ne soyez pas trop durs, tout de même, sourit doucement Tonks en leur ébouriffant les cheveux. Vous savez où est Charlie ?

Les jumeaux échangèrent un regard plein de malice.

— Il est parti...

— ... déclarer son amour éternel...

— ... à Rusard ! Ou alors...

— ... Il est peut-être parti voler.

— Qui sait ? s'écrièrent en cœur les jeunes Weasley avant de fuir à toute vitesse, leur rire emplissant les couloirs presque vides du château.

La jeune sorcière secoua la tête. Un large sourire étirait ses lèvres. Merlin que Poudlard allait avoir des problèmes, au fur et à mesure que ces petits grandiraient ! Mais c'eût été mentir que de dire qu'elle n'avait pas hâte d'entendre les échos de leurs exploits.

Tonks fit demi-tour pour se diriger vers le parc, en faisant bien attention à s'accrocher à la rampe, cette fois-ci. Il fallait qu'elle parle à Charlie. Le lendemain serait leur dernière sortie à Pré-au-Lard pour la Saint-Valentin, et la sorcière voulait y aller avec Charlie, avec celui qu'elle aimait.

Bien sûr, peut-être que ce n'était pas réciproque, mais... Tonks ne pouvait pas s'empêcher de vouloir y croire, un peu. Après avoir manqué de faire tomber Rogue et, par-là, avoir coûté dix points à sa Maison, la jeune femme finit par arriver au terrain de Quidditch.

Il faisait froid, et Tonks resserra sa cape contre elle, frissonnante. Charlie était seul, haut dans le ciel, semblable à ces créatures écailleuses qu'il affectionnait tant. Tonks sentit son cœur se serrer, le ventre plein de petits papillons colorés.

Le rouquin la remarqua et son visage s'illumina d'un gigantesque sourire alors qu'il descendait en piqué vers le sol.

— Salut Dora ! s'exclama-t-il en passant une main dans ses cheveux, une fois à terre. Tu ne révises pas les potions ?

Il était le seul qu'elle autorisait à l'appeler comme ça. Le seul dans la bouche de qui ce surnom ne sonnait pas particulièrement stupide.

— Non, j'ai fini hier. De toute façon, c'est une potion facile, je devrais juste faire attention à mes mouvements !

Le rouquin secoua la tête en souriant doucement. Il n'avait jamais été très intéressé par les potions, il fallait le dire. Et puis, Rogue n'était pas le professeur le plus... charmant, disons. Selon Bill, qui lui-même le tenait des élèves plus âgés de Gryffondor à son époque, le prédécesseur du Maître des Potions était bien plus sympathique, et surtout moins partial, quoique cela ne voulait pas dire grand chose quand on parlait de Rogue. Merlin, même Salazar Serpentard devait être moins partial !

— Tu me cherchais ? finit par demander Charlie en se dirigeant vers les vestiaires.

Dora avait envie de se terrer dans un trou de souris, et remercia tous les dieux d'avoir choisi le rose pour couleur quotidienne, sans quoi Charlie n'aurait pas manqué de remarquer sa gêne.

— Ou... Oh merde ! jura-t-elle alors que ses pieds s'empêtraient dans les ourlets de son pantalon, manquant de la faire tomber.

Charlie la rattrapa en riant, et la jeune femme sentit ses lèvres s'étirer en un sourire, malgré elle. Sa joie était communicative, et leurs visages étaient proches.

— Tu vas à Pré-au-Lard avec moi, demain ? lâcha Dora sans peser ses mots, inconsciente de leur portée, soudain comme nue devant son meilleur ami et premier amour.

Soudain seule, malgré leur proximité.

Charlie n'aimait peut-être pas les potions, mais il n'était pas un idiot, et on aurait même pu dire qu'il était d'une rare lucidité quand il s'agissait des relations sociales. Il avait compris que la jeune femme ne parlait pas d'une sortie amicale, et Tonks savait comprendre un visage tout à coup fermé, un mouvement de recul, un regard presque triste.

— Je suis gay, murmura Charlie en s'éloignant de quelques pas. Je... désolé, je dois y aller. À plus, Tonks.

Le nom de famille lui fit l'effet d'une gifle, et elle ne put réagir avant de voir son ami disparaître dans les vestiaires. Elle hésita un instant à l'attendre, puis se résigna à rentrer au château. Il faisait froid, et elle irait sans doute directement aux cuisines, de toute façon.

Merlin, Charlie était gay. Evidemment qu'elle n'avait aucune chance. Elle ne pouvait même pas rejeter la faute sur quelqu'un, que ce fût sur elle ou sur lui. Elle ne pouvait même pas pester, tempêter, ou se haïr de ne pas être au goût de Charlie.

Dire qu'elle s'y attendait eût été mentir, et la Poufsouffle sentit les papillons multicolores mourir un à un, remplacés par de grises et lourdes pierres, alors que sa gorge se nouait et que ses yeux s'embuaient.

Elle avait vu les signes, pourtant : les regards de son meilleur ami sur ses camarades de Quidditch, son dédain pour les filles qui lui bavaient dessus à tout moment, sa fervente détermination à pourrir la scolarité de tous les sales petits cons d'homophobes qui se trouvaient à Poudlard... Mais elle avait refusé de voir les choses, refusé de penser l'impensable, de mettre des mots sur ses craintes inconscientes.

Tonks avait refusé de perdre l'espoir, et même le rire de Gred et Forge semblait incapable de la guérir de sa chute vertigineuse du doux monde des rêves à la dure et froide réalité. Pour la première fois de sa vie, la Poufsouffle envoya les jumeaux balader d'un ton sec qui aurait fait pâlir d'envie Percy, et qui eut le mérite de rabattre leur caquet aux deux macaques farceurs.

Et même si, les mois suivants, ses sentiments s'estompèrent, même si Charlie et elle retrouvèrent un semblant d'équilibre, Tonks était bien consciente que rien ne serait plus jamais pareil entre eux. Ils ne passaient plus des soirées interminables à jouer au Cit-Poker (où la monnaie était remplacée par un délicieux jus de citrouille), ou de longues journées à flâner dans les rues de Pré-au-Lard.

Charlie ne l'appela plus jamais Dora.


Tonks était nerveuse – et c'était peu de le dire. Maugrey lui avait envoyé un hibou pour qu'elle vienne au Ministère, et elle n'avait pas encore reçu ses résultats alors qu'ils auraient dû arriver la veille. La jeune femme manqua de faire tomber une vieille dame en sortant de chez elle pour rejoindre la petite ruelle à l'abri des regards.

Bon sang, et si elle n'était pas prise ? Et si Maugrey la faisait venir pour lui faire ses adieux ? Tonks était tellement stressée qu'elle laissa la moitié de son sourcil droit derrière elle quand elle Transplana au Ministère.

Quand elle fut enfin en face de Maugrey, le visage de son mentor et ami était indéchiffrable.

— J'ai tes résultats, Tonks, grogna-t-il en se levant brusquement.

Il tenait une petite enveloppe et la sorcière déglutit. Merlin, c'était insoutenable !

— Je voulais te les donner en mains propres, continua l'Auror, parce que t'es sans aucun doute une des meilleures élèves de ces dernières années – c'étaient tous des incapables, franchement.

Tonks eut un petit rire étranglé, incapable de vraiment former une phrase. Elle voulut prendre l'enveloppe que Maugrey lui tendait, mais ses mains tremblaient tellement qu'elle tomba au sol. L'homme leva les yeux au ciel et fit léviter les résultats. C'était sans doute plus sûr, ainsi.

— Qu'est-ce que t'attends pour les ouvrir, idiote ? marmonna-t-il en se tournant vers son bureau.

La sorcière s'obtempéra tant bien que mal, et son cœur manqua un battement. Merlin.

Elle était acceptée. Elle était...

— Je suis acceptée ! s'écria-t-elle en faisant un grand geste avec les bras. Oh mon Dieu, merci ! Merci, merci, merci !

Elle voulut se jeter au cou de son mentor, mais celui-ci fut plus rapide et le dos de la jeune femme heurta très vite le mur. Pourtant, la douleur ne parvint pas à faire mourir son bonheur tant le soulagement était grand, et le bureau s'emplit de ses éclats de rire alors que Maugrey maugréait : vigilance constante !


Tonks sentit son cœur chavirer quand elle remarqua que Remus l'observait du coin de l'oeil. Pas comme un ami, ou un mentor, ou un inconnu.

Comme quelqu'un d'intéressé, plutôt.

Bien sûr, il fit une légère grimace et secoua la tête, comme l'idiot qu'il était, incapable de voir qu'il lui plaisait, et persuadé qu'il était un monstre. Mais il l'avait reluquée. Tonks sentit ses lèvres s'étirer en un sourire mièvre alors qu'elle finissait son jus de citrouille.

Quand elle releva la tête et croisa le regard noir de Sirius, la jeune sorcière eut un pincement au cœur. Il était toujours si étrange, avec elle. Comme s'il portait en lui une rancœur amère, comme si la voir lui rappelait tout ce qu'il aurait pu être si ses parents n'avaient pas été des suprémacistes Sang-Pur.

Son cousin jeta un regard en biais à Remus avant de replonger son nez dans sa tasse de café, et Tonks se sentit soudain lasse.

Peut-être que ce n'était pas les Sang-Pur, le problème. Peut-être que Tonks s'était trompée sur la nature des sentiments que portait Sirius à son ami de toujours.

Peut-être qu'elle n'était pas la seule à être tombée folle amoureuse du loup-garou.


Sirius dormait. Tonks et Remus étaient dans la cuisine et faisaient la vaisselle. Ou plutôt, Remus faisait la vaisselle et Tonks le regardait. Il valait mieux qu'elle ne s'approche pas du service en porcelaine des Black, même si Sirius n'aurait sans doute pas été contre sa destruction complète.

La Métamorphomage sentait de plus en plus l'attirance de Remus pour elle, et proportionnellement l'amertume de Sirius à leur égard. Il ne s'était encore rien passé et pourtant son cousin semblait souffrir particulièrement de leur rapprochement.

Aussi, ce soir-là, Tonks comptait bien profiter de l'absence du concerné pour crever l'abcès avec l'objet de son intérêt.

— Dis-moi, Remus... Est-ce qu'il s'est passé quelque chose, entre Sirius et toi ? demanda-t-elle innocemment en s'asseyant sur un coin de la table.

L'ancien Gryffondor déglutit en rangeant les assiettes d'un coup de baguette. Il garda le silence quelques minutes, durant lesquelles il prit place sur l'une des rares chaises en bois pas trop bouffées par les termites, et se racla la gorge.

— Non, rien. Je ne vois pas pourquoi tu poses la question.

— Il t'aime, répondit simplement Tonks.

Remus ne prit pas la peine de feindre la surprise. La sorcière en fut soulagée : livrer ainsi les secrets de son cousin au principal concerné aurait pu rendre les choses étranges entre eux, si Remus n'avait pas su.

— Il m'aime depuis longtemps, le loup en moi l'a senti. Peut-être, dans un autre monde... Mais ici, je suis hétéro, et j'ai beau l'aimer profondément, ce n'est pas et ça ne sera jamais de cette manière.

— Pourquoi tu ne lui en as jamais parlé ? murmura-t-elle. Peut-être que t'entendre le lui dire pourrait lui permettre de passer à autre chose, et il irait mieux.

— Je ne veux pas lui faire du mal, répondit Remus d'une petite voix.

— Franchement, tu devrais lui en parler, plutôt que de le laisser souffrir dans son coin. Et même s'il a mal, qu'est-ce que ça peut faire ? Il passera outre. Il sait déjà que tu ne l'aimes pas de cette manière, non ? Sinon, c'est sûr qu'il t'aurait fait part de ses sentiments. Donc même si la confirmation de ses craintes lui fait mal, ce sera toujours mieux que...

— Ce n'est pas le moment, la coupa doucement le lycanthrope. On a suffisamment de problèmes et de sources d'anxiétés avec Harry et ses visions, sans oublier Voldemort qui cherche à récupérer la prophétie. Bonne nuit, Tonks.

La sorcière lui souhaita également une bonne nuit à mi-voix, et resta seule dans la cuisine.

Il avait eu l'air fragile, comme ça, avec la peur qui se lisait dans ses yeux : celle d'être abandonné, une fois encore. Sans doute l'amour de Sirius, même s'il ne pouvait guère y répondre, lui assurait qu'il était aimé, au moins. Peut-être qu'il craignait qu'en rejetant Sirius, alors celui-ci n'aurait plus aucune raison de rester, et partirait. Il y avait quelque chose d'égoïste dans cette crainte, et même si Tonks pouvait la comprendre, il n'en restait pas moins qu'elle n'y voyait rien de bon.


Sirius était mort. Maugrey le lui avait dit. Il avait semblé étrangement ému, pour quelqu'un qui avait tant de fois fait face à la mort. Il fallait dire qu'il était en quelque sorte lié au sorcier depuis la Première Guerre.

Tonks n'était pas certaine d'avoir réalisé la portée de cet événement. Il lui semblait que son cousin pouvait jaillir à tout moment d'une des pièces de Square Grimmaurd en maugréant contre Kreattur, ou en lui lançant un regard noir après avoir vu Remus.

Tonks et lui étaient assis dans un petit canapé sans rien dire depuis plusieurs minutes quand Remus brisa le silence.

— Il n'a jamais su... que je savais, murmura-t-il. Il a toujours cru que son secret était bien gardé, que j'étais inconscient de son amour pour moi. Je ne pourrai jamais le libérer de ce fardeau.

— On va affronter cette épreuve, Remus. Ensemble. Et on va la surpasser.

La sorcière sentit sa gorge se nouer et sa main chercha celle du loup-garou sans la trouver.

— Ensemble ? releva le lycanthrope avec un petit rire désabusé. Merlin, tu ne comprends pas. J'ai été incapable de le protéger, incapable de...

Et elle, alors ? N'avait-elle pas été incapable d'affronter et de retenir Bellatrix, la meurtrière de son défunt cousin ? N'avait-elle pas échoué à protéger Sirius, à protéger Harry ?

— Tu ne comprends pas, Tonks ! Il y a tant de choses que je voudrais lui dire et... Rien, rien ne va ! Je suis seul ! cria-t-il. James et Sirius sont mort, Peter a trahi ; je suis le seul qui reste et je suis incapable de faire quoi que ce soit à cause de cette foutue pleine lune !

— Tu n'es pas obligé d'être seul, Remus ! Bon sang, je suis là, moi ! Et ça fait des mois et des mois que j'essaie de te faire comprendre que je suis tombée amoureuse de toi, espèce d'imbécile ! Je peux...

— Tu peux quoi ? railla l'autre, amer. Rien du tout, voilà ce que tu peux. Et puis, c'est bien joli de me dire que tu m'aimes maintenant, pas vrai ? T'es malheureuse, j'suis malheureux, on se console et après tu comprends que je n'en vaux pas la peine ! C'est toujours comme ça que ça se passe.

Tonks resta muette, et Remus quitta la pièce. La sorcière entendit la porte de la maison claquer et le poids de ce qu'elle portait depuis des semaines lui sembla encore plus lourd. Sirius était mort, Remus était parti. Tout était de sa faute. Si seulement elle avait tenu rien que quelques secondes de plus face à Bellatrix, Dumbledore aurait sans doute pu sauver Sirius et alors...

Les larmes coulèrent quand la sorcière croisa son propre regard dans le miroir et remarqua ses mèches brunes et ternes. Malgré tous ses efforts, elle ne parvint pas à retrouver le rose vif qu'elle affectionnait tant.


Remus dormait. Tonks peinait à croire qu'ils venaient de faire l'amour, pour la première fois. Elle avait tant rêvé de ce moment ! Des murmures, des soupirs, des sourires. Elle avait tâché de deviner les cicatrices, les grains de beauté, la courbure du creux de ses reins sous les vêtements amples que son amoureux portait.

Rien ne l'avait préparée à ce désespoir brut, à cet amour plein d'elle, de lui, d'eux qui était né cette nuit-là, entre leurs gémissements et leurs larmes. Soulagement et douleur, amour et deuil. Rien ne l'avait préparée aux circonstances de cette première fois, de ces retrouvailles.

Rien ne l'avait préparée à la mort de Dumbledore.

La sorcière essuya ses larmes en nichant sa tête au creux du cou de son amant. Demain, tout irait mieux, ou peut-être pas, mais ils seraient deux et ce serait toujours ça de pris, pas vrai ? Après tout ce qu'il s'était passé ce soir-là...

Elle s'endormit sans remarquer que la pointe de ses cheveux avait retrouvé son rose d'antan.


— Nymphadora ! tonna Remus de sa voix grave, les traits tirés et la mâchoire crispée.

La jeune femme ne se retourna pas. Elle n'avait pas le temps de le reprendre pour l'usage de son prénom, et encore moins celui d'entendre ses suppliques moralisatrices. Tous étaient déjà partis se battre, par Merlin !

— Je vais me battre, Remus, répliqua-t-elle d'une voix égale tout en attrapant quelques baguettes de secours au cas où. Harry et les autres ont déjà trop risqué leurs vies, ils ont besoin d'aide.

— Tu ne comprends pas, grogna le lycanthrope, Teddy ne doit pas être orphelin, il faut qu'au moins l'un d'entre nous...

— Tais-toi ! s'écria Tonks en braquant son regard dans le sien. On s'en fout de survivre, Remus ! Teddy aura toujours ma mère, il aura Harry, Hermione, et beaucoup de gens pour lui. Oui, j'aimerais beaucoup être là pour le voir grandir, mais il est hors de question que ça se fasse au prix de cette guerre. Je suis Auror, merde ! C'est mon travail ! Et puis, si on perd, tu crois qu'on va survivre ? Tu crois qu'ils ne vont pas nous traquer, traquer notre bébé ? Alors, oui, je vais me battre. Oui, on va peut-être mourir. Et alors ? Au moins, là-haut, je pourrai me regarder dans le miroir.

— Dora...

— Bonne chance, Remus, murmura la sorcière en quittant la pièce. On se retrouvera, à un moment ou à un autre.

Il était temps de faire honneur à Sirius, à Maugrey, à tous les autres. Il était temps de se battre pour ses convictions, et surtout de faire manger la terre à cette foutue bande de fachos.


Le combat faisait rage et Tonks était épuisée. Elle n'avait aucune foutue idée d'où pouvait être Remus, et cette chienne de Bellatrix Lestrange commençait à lui taper sur le système. Elle avait promis, presque deux ans plus tôt, qu'elle vengerait Sirius, n'en déplaise à son mari. Elle l'avait promis, mais la Mangemort se battait bien, le sourire aux lèvres.

— Tiens donc, en voilà un vilain sort, pour la petite chienne au sang souillé de Dumbledore ! ricana la sorcière en évitant une malédiction aux limites de la magie noire.

Son rire aigu lui semblait encore plus perçant et désagréable que la dernière fois qu'elles avaient croisé le bois, au Département des Mystères.

— Moi, le sang... souillé ? siffla la Métamorphomage en jetant un Maléfice Cuisant à la Lestrange. De nous deux...

Sauf que Tonks et Bellatrix partageaient le même sang : le putride sang des Black, ce que sa mère appelait parfois la démence liquide qui coulait dans leurs veines. Elle déglutit.

— Quoique, reprit donc avec difficulté la jeune Auror, maintenant... que tu le dis, chère cousine... j'ai peut-être bien le... sang souillé.

Tonks évita sans problème un sort de Nécrose, les sourcils froncés. Ses tempes la lançaient, et elle ne pensait pas pouvoir tenir encore très longtemps.

— Le sang des Black..., continua-t-elle. Maudite famille démente... décadente... Ouais, on peut dire que j'ai le...

Quelque chose attira son regard, par hasard ou par la main du Destin. Il y avait un corps, parmi les autres cadavres, qui se démarquait. Non pas qu'il eût quelque chose d'extraordinaire, si l'on ne comptait pas la plaie béante au niveau de son cœur, mais ses yeux grand ouverts et vides, affreusement vides, Tonks ne les connaissait que trop bien. À peine quelques heures auparavant, ils la dardaient d'éclairs désespérés, la suppliant de rester en sécurité, loin de la bataille, de rester en vie.

Remus était mort.

— ... sang... souil... continua lentement l'Auror, réalisant à peine qu'elle était veuve, avant de pousser un cri affreux.

Ce regard si bien connu d'elle l'avait suppliée de vivre pour plus tard causer sa perte. Le sort de Bellatrix la heurta de plein fouet, et son corps retomba comme une poupée de chiffon, comme un pantin désarticulé soudain abandonné par son marionnettiste.

Peut-être Tonks avait-elle été folle et stupide de commencer une carrière d'Auror en étant la jeune fille la plus maladroite d'Angleterre depuis des siècles, peut-être que vouloir vivre son amour avec Remus, rebus de la société à cause de sa lycanthropie avait été la preuve de son appartenance à la lignée des Black.

Nymphadora Tonks, inconsciente au plus haut point, incapable de soucier vraiment des conséquences de ses actes tant qu'elles n'étaient pas relatives à ses convictions, membre malgré elle d'une famille de suprémacistes Sang-Pur et mère forcée d'abandonner son enfant aux mains du hasard.

Mais Merlin qu'elle était fière ! Fière d'elle-même, de ceux et celles qui étaient tombées avant elle, de ses actes. Fière de s'être battue jusqu'au bout pour ses idéaux, sans se soucier du reste.

Fière... et morte.


Bonsoir !

Décidément, il faut croire que je suis incapable de tenir un planning... Enfin bon. Je n'ai toujours pas répondu à certaines reviews (je pense notamment à Fleur d'Ange), parce que j'ai vraiment envie de prendre le temps de répondre et malheureusement je ne l'ai toujours pas trouvé. Notez cependant que je vais répondre, promis, et probablement cette semaine !

N'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de ce chapitre, je vous avoue qu'il m'a donné du fil à retordre étant donné que chaque fois que j'étais inspirée, je devais réviser, ou j'avais mes règles, ou j'avais un torticolis... Bref, comme d'habitude, l'inspiration n'est jamais là quand il faut !

J'espère en tout cas que ça vous a plu et que je suis parvenue à rendre hommage au personnage de Tonks. On se retrouve bientôt pour le chapitre sur Drago, qui sera divisé en deux ou trois parties et qui est déjà à moitié écrit (mais pas dans le bon ordre, malheureusement).

Merci d'avoir lu et encore désolée pour le retard, à bientôt !