Bonsoir ! J'ai mis un peu plus de temps que ce que je pensais à écrire les scènes de cette seconde partie, mais la voici ! Bonne lecture !


Les phrases de dialogues marquées par une astérisque (*) ont été directement empruntées à JKR et au traducteur Ménard.


Drago Malefoy

Dans un château en Ecosse, à l'abri des regards, un garçon pleurait. Il avait les cheveux blonds – d'un blond pâle, presque blanc. Pas encore un adulte, mais plus vraiment un enfant, il était de cet âge difficile où le monde, où les autres ne semblaient pas fiables, où le monde, où les autres devenaient des menaces. Seize ans. Il n'aimait pas beaucoup penser à son âge ; cela ne lui rappelait que trop que les adolescents de seize ans n'avaient ordinairement pas entre leurs mains le destin de leurs parents et celui du monde tel qu'ils le connaissaient.

Il s'appelait Drago.

À ses côtés, une jeune fille plus jeune que lui, pâle et bleuâtre, avec un petit sourire faussement triste. Le garçon pouvait voir les vasques et les robinets en forme de serpents à travers son épaule. Il ne connaissait pas son nom, mais tout le monde avait déjà entendu parler de Mimi Geignarde, et des toilettes hantées du deuxième étage.

Elle était un fantôme.

Le garçon passa une main sur son visage, le corps secoué d'un violent sanglot. La jeune fille chantonnait des mots faussement rassurants, et quelqu'un qui passait par là aurait aisément deviné que, si elle compatissait à son malheur, il n'en restait pas moins qu'elle était heureuse d'avoir quelqu'un à qui parler, même s'il fallait dire que le quelqu'un en question n'était pas très bavard.

Quelques instants plus tard, le silence se fit, et Mimi disparut en entendant le pas rapide de quelques élèves de première ou deuxième année. Drago se retrouva seul.

Quand la douleur devenait insupportable… L'adolescent soupira en essuyant ses larmes d'un geste maladroit. Il avait entendu dire que la forme Animagus permettait aux sorciers qui la maîtrisaient d'échapper à la douleur mentale, parce qu'elle mettait une distance entre les souffrances humaines et le corps de celui ou celle qui souffrait.

Drago n'avait pas la force d'enclencher le processus de cette Métamorphose compliquée et extrêmement surveillée, même si cette magie aurait pu lui permettre de sauver sa peau, un jour. Mais il pouvait tenter de mettre en place une distance artificielle entre ses maux et lui : il suffisait de penser les choses d'un point de vue extérieur. Il n'était pas vraiment ce garçon aux cheveux pâles et aux yeux gris, qui ne pouvait pas s'empêcher de regarder cette Marque noire et immonde, souillure sur son avant-bras qui aurait dû être vierge, qui voulait mutiler ce foutu crâne, ce foutu serpent, auxquels il ne pouvait pourtant pas toucher sans que le Maître ne doute de son allégeance. Il n'était pas…

On entendit une espèce de gargouillis pitoyable ; c'était sa dernière tentative de petit rire désabusé pour la journée – la première avait fini par amener à cette crise d'angoisse. Pour qui se prenait-il, à tenter de porter un masque ? Il n'avait jamais su le faire correctement, et chaque tentative finissait par rejoindre la longue liste de ses échecs. Bien sûr qu'il était Drago. Bien sûr qu'il était ce sorcier désespéré, qui voulait fuir loin, peut-être en Argentine où personne ne serait trop regardant vis-à-vis de son avant-bras noirci de haine. Le seul masque qu'il savait porter était fait d'ivoire et couvert de sang.

Il aurait sans doute mieux valu pour lui qu'il prenne la fuite, loin de la Grande-Bretagne et de la guerre, loin de Harry James Potter et de ses yeux verts… mais il y avait sa mère. Il y avait Narcissa.

Drago n'aimait pas voir les fleurs mourir.


Vomir, il avait envie de vomir. Après avoir passé dix minutes au-dessus d'une des cuvettes des toilettes de Mimi, et n'être parvenu qu'à laisser couler sa salive, sans réussir à se libérer ne fût-ce que d'un filet de bile malgré la sensation de brûlure tenace dans son œsophage, Drago abandonna cette idée et s'approcha du lavabo. Ses yeux ne resteraient pas secs longtemps, autant camoufler le désastre avec un peu d'eau…

Mais les larmes vinrent trop tôt et le prirent par surprise. Il ne parvint à se retenir de tomber que de justesse, ses mains fermement accrochées au lavabo devant lui. Il s'y tenait tellement fort que les jointures de ses doigts étaient blanchâtres.

Mimi tâchait de le rassurer, lui proposa même son aide !

Mais Drago savait que ce n'était pas possible. Parce que…

— Personne ne peut m'aider, souffla-t-il, la voix brisée. Je n'y arrive pas... C'est impossible... Ça ne marchera pas. Et si je n'y parviens pas bientôt... Il a dit qu'il me tuerait... *

Et sa mère, il y avait sa mère. Mais Drago n'osa pas trop en parler devant Mimi. Elle n'avait jamais eu beaucoup d'affection pour ses parents, visiblement. Peut-être parce qu'eux-mêmes n'en avaient guère eu pour elle, ou parce qu'elle avait honte d'être une Née-Moldue ; Drago ne le savait pas, et s'en moquait un peu, à vrai dire.

Quand il porta son regard sur le miroir sale et abîmé en face de lui pour se recomposer un masque plus ou moins durable, Drago crut halluciner. Harry était là. Harry le regardait pleurer. Harry le regardait, qui regardait Harry qui le regardait pleurer. Il se passa une demi-seconde sans que Drago ne réalise, et puis il se retourna en moins de temps qu'il en fallait pour dire Quidditch. Il réalisa à peine qu'il avait sa baguette en main, réflexe acquis à la dure après avoir passé plusieurs vacances avec Bellatrix et le Seigneur des Ténèbres à la maison.

Harry saisit sa baguette en retour, et le sortilège que Drago lança, toujours par pur réflexe, finit sa course sur une vieille applique dont les espoirs de fonctionner à nouveau se virent être réduits à néant.

S'ensuivit une vieille parodie de duel, Harry sans doute bien trop surpris par son état pour vraiment se battre au maximum de ses capacités, et Drago en mode automatique, la vue brouillée par les larmes, l'audition troublée par les battements de son cœur et un bourdonnement désagréable, l'équilibre mis à mal par son envie de vomir, qui n'était toujours pas passée, et qui semblait même avoir redoublé. Un mouvement trop brusque, et c'en était fini de leurs chaussures.

Dans le feu de l'action, il entendit vaguement Mimi leur crier de s'arrêter, mais ne parvint pas à l'écouter, son cœur battant trop fort, ses yeux incapables de suivre tous les mouvements que faisait Potter. Harry. Putain, c'était pas vraiment le moment de… !

Il y eut un grand fracas, et beaucoup d'eau. Un sort avait probablement ricoché. Drago ne se sentait pas vraiment à sa place, pas vraiment au bon endroit, comme si sa conscience voulait à tout pris s'échapper de ce combat mais que son corps laissait revivre la haine que Drago avait autrefois dirigée contre le Survivant.

Quelque part dans son esprit, une voix criait en continu, horrifiée par la tournure dangereuse des événements.

Harry tomba, et la haine ravivée par le choc en profita pour placer au bout de sa langue et de sa baguette un Impardonnable qu'il n'avait jamais réussi à lancer, malgré les tentatives de Bellatrix, la part de lui qui avait perdu le contrôle hurlant plus que jamais son horreur.

Endolo... *

SECTUMSEMPRA ! beugla le Gryffondor, idiot parmi les idiots de sa Maison de crétins, où Drago aurait sans doute eu sa place si être courageux n'avait pas été le deuxième critère requis pour y entrer. *

Drago eut le temps de comprendre que ce n'était pas de la magie très blanche avant de hurler, hurler sans qu'aucun son ne sorte de sa gorge, parce que ses cordes vocales avaient probablement été coupées par le sortilège. Il avait mal, mal, atrocement mal, et il était incapable de trouver un autre mot pour qualifier son état, parce qu'il n'était plus vraiment en état de penser. Harry était proche de lui, il regrettait, mais Harry avait lancé le sortilège… et Drago avait voulu lancer un Doloris, donc il le méritait probablement, mais en même temps il avait mal, si mal, et ça ne voulait pas s'arrêter, et quelqu'un hurla au meurtre, probablement Mimi, même si Drago ne voulait pas que Harry soit accusé de meurtre, après tout il l'avait mérité, ce sortilège inconnu, et il entendit la voix de Severus, et il sentit qu'il s'était approché, et il y avait la voix de Harry, la voix de Severus, la douce mélodie du Vulnera Sanentur, et le sang, le sang qui goutte, et la douleur, atroce, profonde, qui se gravait au plus profond de son âme et de sa chair, la douleur qu'il serait incapable d'oublier, qu'il ne pourrait jamais oublier, qu'il serait condamné à supporter, nuit après nuit, quand la menace de l'addiction et de la folie l'empêcherait de prendre une autre potion pour un sommeil sans rêves.


Mais c'était mérité, n'est-ce pas ? Cette douleur. Malgré tout ce qu'il pouvait dire pour garder la face, Drago savait qu'elle avait été méritée. Harry n'avait pas été le premier à lever sa baguette, et peut-être même que leur histoire aurait pu recommencer différemment si Drago avait laissé la sienne dans sa foutue poche.

Par tous les sangs, Drago avait manqué de lancer un Doloris sur Harry. Le Gryffondor n'aurait jamais dû être puni pour ça. Enfin, s'il avait été un élève normal, Drago n'aurait probablement pas pensé la même chose, mais Harry Potter était tout sauf un élève normal, donc ça n'importait pas vraiment, si ? Sauf que Severus en avait décidé autrement et avait puni Harry, l'avait empêché de jouer au foutu Quidditch avec ses foutues retenues. Ce qui, finalement, s'était avéré être pire qu'un sort mortel, pour Drago. Bien pire.

Peut-être que si Severus s'était contenté de retirer des points à Gryffondor, Harry n'aurait pas embrassé Ginevra Weasley, la sœur du meilleur ami. La femme idéale, finalement.

Ça faisait mal, plus que tout le reste, parce que Drago prenait tellement sur lui depuis le début de l'année, et personne ne se rendait compte de rien, même pas Harry qui…

Mais il ne se souvenait de rien, pas vrai ? Il avait une excuse. Harry se ferait sans doute pardonner après la guerre – Drago avait hâte de voir quelle serait sa contrepartie pour tous ces mois de souffrance. Peut-être le meilleur orgasme de toute leur vie, ou des milliers de mots d'amour…

En attendant, Drago ne pouvait que les regarder roucouler comme des pigeons gras, impuissant.

Mais il n'était pas égoïste, plus vraiment. Il ne pouvait pas empêcher Harry de se divertir avec quelqu'un d'autre, sous prétexte qu'ils avaient une histoire dont il était le seul à se souvenir. Ce n'était pas grave. Pas trop. En plus, Harry le croirait fou, s'il lui racontait tout, et Drago ne voulait pas ça. Severus avançait bien sur ce remède ; il serait sûrement prêt d'ici la fin de la guerre. Si le Serpentard était désormais le seul gardien de leur secret, un jour ils seraient à nouveau deux, c'était une certitude. Tout irait bien, c'était une évidence.

Et même si son père avait dilapidé la fortune des Malefoy, et que les Mangemorts se servaient dans les restes sans aucune gêne, ce n'était pas grave. La puissance et la richesse n'étaient rien face à l'amour que Drago portait à Harry. Après la guerre, il serait à nouveau riche et influent, mais ce serait avec lui et ça changeait tout.

Drago était beau ; Drago était amoureux. Mais, par-dessus tout, il avait l'espoir. Et lui n'avait jamais entendu le rire tonitruant d'Alphard Phineas Black, pestant contre le sale espoir toujours terriblement tentateur.

Toujours terriblement déçu.


Drago ne retint pas ses larmes quand le petit oiseau revint en vie de l'Armoire à Disparaître. Pas une seule de ses plumes ne manquait, et il pépiait avec joie.

Passé le soulagement ahuri du jeune sorcier, vint la réalisation que sa tâche prendrait imminemment fin… Sa gorge et son estomac se nouèrent. Il n'aimait pas beaucoup y penser. Mais il le fallait, n'est-ce pas ? Pour sa mère.


Drago ne parvint pas à cacher son étonnement face au curieux sens des priorités du directeur de Poudlard. Le mot qu'il avait employé était certes détestable, mais tout de même… Les circonstances ne prêtaient pas vraiment à une discussion de ce genre, si ?

— Ça vous ennuie que je dise Sang-de-Bourbe alors que je ne vais pas tarder à vous tuer ? *

— Oui, ça m'ennuie, répondit le vieillard d'un ton badin, comme si sa baguette était encore dans sa manche et qu'il avait encore toute la maîtrise de la situation. Quant à me tuer, Drago, tu as eu de longues minutes pour le faire. Nous sommes seuls. Jamais tu n'aurais pu espérer me trouver si peu en état de me défendre et pourtant, tu n'as toujours pas agi… *

Oui bah, en même temps, tuer les vieillards désarmés, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé, songea l'adolescent avec amertume. Plus le temps passait, et plus la bataille en bas se prolongeait, et plus il y avait de chance que quelqu'un succombe à cette soirée. Drago n'était pas très friand de cette idée, mais il ne parvenait pas à se résoudre à agir. C'était un instant hors du temps, auquel il était décidé à s'accrocher jusqu'à ce qu'on le lui arrache. Dumbledore n'avait pas besoin de le savoir.

Le vieux sorcier discutait avec lui-même sur le déroulement des événements de ce soir-là ; quand il se souvint de Rosmerta, Drago confirma son hypothèse, toujours dans l'espoir que la situation trouverait sa résolution comme une grande, sans que lui-même n'ait à mettre la main à la pâte. Peut-être que Dumbledore trébucherait dans ses robes et basculerait dans le vide – Drago pourrait toujours assurer, plus tard, qu'il avait été celui à le pousser, que sa baguette avait roulé quelque part… Il n'y aurait personne pour vérifier, de toute façon. Le Serpentard tâcha d'oublier qu'il y avait deux balais par terre.

— Exactement, mais elle m'a dit que vous vouliez simplement boire un verre, que vous alliez revenir… *

— J'ai bu un verre, sans aucun doute… Et je suis revenu… tant bien que mal, marmonna Dumbledore comme pour lui-même. Tu avais donc décidé de me tendre un piège ? *

Drago hocha la tête malgré lui, il écoutait à peine ce que disait le vieux sorcier. Il ne parvenait à se concentrer que sur sa baguette et sa main moite.

— Nous avons fait apparaître la Marque des Ténèbres au-dessus de la tour en sachant que vous vous dépêcheriez de venir voir qui avait été tué. Et ça a marché ! *

— Plus ou moins… Dois-je en conclure que personne n'a été tué ? *

Drago pâlit et raffermit ses barrières d'Occlumancie ainsi que sa prise sur baguette – il ne voulait pas y penser, il ne voulait pas y penser du tout ; il n'avait jamais voulu ça, bon sang ! Il ne pouvait même pas jouer cartes sur table ; il avait bien trop peur d'avoir été mis sur écoute à l'arrivée des autres Mangemorts.

— Quelqu'un est mort, répondit-il d'une voix un petit peu trop aiguë. Un de vos alliés… Je ne sais pas qui, il faisait sombre… J'ai enjambé le corps… J'étais censé attendre ici votre retour mais les gens du Phénix se sont mis en travers du chemin… *

— Oui, ils font souvent ça, commenta le directeur. *

Le bruit grondant de la bataille et les cris de douleur se rapprochèrent, indiquant que les Mangemorts avaient réussi à avancer jusqu'aux escaliers.

— Quoi qu'il arrive, il ne reste plus beaucoup de temps. Alors, examinons tes options, Drago. *

Celui-ci aurait sans doute eut un petit rire désabusé si l'expérience ne lui avait pas dicté de s'abstenir. Cette année-là, les petits rires désabusés étaient proscrits – c'était encore le meilleur moyen de s'assurer de fondre en larmes ou d'hyperventiler devant celui qu'il était censé assassiner de sang-froid et qu'il méprisait depuis son enfance.

— Mes options ! se récria l'adolescent incrédule face à la nonchalance du vieillard. Je suis là avec ma baguette à la main... Je m'apprête à vous tuer... *

— Mon cher ami, cessons déjouer à ce jeu. Si tu avais dû me tuer, tu l'aurais fait dès que tu m'as désarmé, tu n'aurais pas perdu de temps à bavarder agréablement sur les moyens mis en œuvre. *

À ce moment-là, Drago comprit, il eut la conviction que Dumbledore avait toujours su pour cette foutue mission, et que Severus était effectivement à la botte du directeur. Comment, sinon, Drago aurait-il pu réellement désarmer le vieillard ? Il n'était pas stupide, il savait bien qu'il aurait dû en être incapable.

Mais ce vieillard sénile était là, à lui parler de ses options, comme si personne n'était mort, comme s'il n'y avait pas des gens qui se battaient juste quelques mètres en dessous ! Mais quelles options ? Drago n'en avait aucune ! Il n'avait pas d'autre choix que d'aller jusqu'au bout, sinon il perdrait la vie, sa mère…

Harry. Il se garda bien de prononcer son nom, cela dit, il n'était pas sûr de vouloir savoir si le vieillard avait connaissance de ses liens avec l'Elu.

— Je mesure la difficulté de ta position, dit Dumbledore. *

Drago arrêta de l'écouter à ce moment-là, comprenant que son intuition était juste. Ce bâtard l'avait laissé se dépatouiller tout seul ! Il n'avait même pas été foutu de lui en parler après les dernières vacances, alors qu'il savait bien qu'il n'allait pas revoir le Seigneur des Ténèbres avant l'été ! À partir de là, il pouvait tout aussi bien aller se faire voir, le vioque, avec ses sourires et ses grandes idées de pardon complètement hypocrites. S'il attendait de retrouver en face de la mort pour marchander, c'est qu'il ne pensait pas un mot de ce qu'il disait…

— Aucun mal n'a été fait, continuait le directeur, tu n'as blessé personne, bien que tu aies eu de la chance que tes victimes imprévues aient survécu... Je peux t'aider, Drago. *

Non, il ne le pouvait pas, personne ne le pouvait – mais ce n'était pas comme s'il en avait conscience, visiblement le vieillard se croyait invincible. La main de Drago qui tenait sa baguette tremblait, comme aux prises avec un diable.

Il n'avait pas le choix. Il avait passé près d'un an à se répéter ce motto, ce n'était pas maintenant qu'il allait en changer… pas vrai ?

— Rejoins le bon camp, Drago, et nous te cacherons mieux que tu ne saurais l'imaginer. En plus, je peux envoyer des membres de l'Ordre chercher ta mère dès ce soir pour la cacher aussi. Actuellement, ton père est en sécurité à Azkaban… Le moment venu, nous pourrons le protéger à son tour… Passe du bon côté, Drago… Tu n'es pas un meurtrier… *

Le Serpentard regarda Dumbledore dans les yeux. Pas un meurtrier. Facile à dire, venant de Monsieur-je-suis-tellement-du-bon-côté-que-j'ai-un-super-Phénix-dans-mon-bureau…

— Je suis arrivé jusqu'ici, non ? souligna l'adolescent sans trop penser à ce qu'il disait – en bas, on n'entendait plus de cris, il refusait de penser à ce que cela pouvait signifier. Ils pensaient que je ne sortirais pas vivant de ma tentative, mais je suis là... et vous êtes en mon pouvoir... C'est moi qui ai une baguette à la main... vous, vous êtes à ma merci... *

C'était faux, bien sûr. Le pauvre garçon ne tenait sa baguette qu'à moitié et réprimait à grand-peine sa furieuse d'envie d'essuyer ses mains horriblement moites contre ses robes.

— Non, Drago, répondit le directeur, presque dans un murmure. C'est ma merci qui compte à présent, pas la tienne. *

D'un coup, Drago prit sa décision. Ils pouvaient protéger sa mère, non ? Dumbledore l'avait dit. Il suffirait de la faire venir par un appel du sang… il suffirait…

Il n'eut même pas le temps de baisser sa baguette. L'un des Mangemorts qui venaient de faire leur entrée l'avait bousculé sans ménagement, et la pièce circulaire fut soudainement pleine de leurs rires gras, de leurs cris de joie, de leurs mots de félicitations envers lui qui avaient l'effet contraire à celui escompté…

Oui, Drago avait fait son choix – mais il était trop tard, désormais.


Drago ne pleura pas, quand il revit son père. Ou plutôt, ce qu'il restait de son père. Azkaban en avait fait un débris, un écho. Ce n'était plus vraiment un être humain, mais une vulgaire loque, laide et inutile, qui ne servirait plus qu'à divertir le Seigneur des Ténèbres.

Et il n'était même pas fichu de remettre son allégeance en question, alors que son soi-disant Maître lui crachait dessus chaque fois qu'il le pouvait, le torturait à loisir et tirait un plaisir malsain de sa déchéance.

Non, vraiment, Drago ne pleura pas, quand il revit son père.

En revanche, il se jura de ne jamais ressembler à cette chose, un jour. De ne jamais autant se perdre lui-même. De ne jamais perdre de vue son honneur de Malefoy. Quoi qu'il en coûte.


Harry était dans son manoir. À l'endroit exact où Drago avait fait ses premiers pas. Harry Potter était dans son manoir. Harry Potter. Dans son manoir. Potter. Manoir. Harry...

Drago avait envie de vomir. Pourquoi ? N'étaient-ils pas censés être en train de sauver le monde, ou quelque chose comme ça ? Bien cachés, bien camouflés. Granger et le rouquemoute étaient là aussi. Reconnaissables entre mille, ces trois imbéciles. Putain. Harry était là, le visage déformé par un sort lancé à la va-vite, pas vraiment méconnaissable, juste suffisamment différent pour laisser dans le doute ceux qui ne le côtoyaient pas quotidiennement depuis sept ans.

Et sa tarée de tante qui le pressait de le reconnaître ! Ne pouvait-elle pas se taire, pour une fois ? Comme si elle n'avait pas assez de de l'empêcher de dormir en riant et en détruisant le mobilier... Puis l'haleine fétide aux relents de cognac de son père. Rentrer dans les grâces du Lord. Quelle importance ?

Drago ne savait pas, ne savait plus. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas vu le visage de Potter... Si oubliable, ce garçon. C'était difficile à dire, avec ces traits grossiers. À vrai dire, ce n'était sans doute pas lui...

Foutaises ! Mensonges ! Trahison, aussi, mais son cœur appartenait depuis trop longtemps au camp de Harry pour que cela compte vraiment.

Qu'importait de baratiner Bellatrix, quand Harry dardait sur lui ce regard brûlant ? Brûlant de haine, sans aucun doute, quoique légèrement refroidi par l'incrédulité devant cette prise – ou plutôt non-prise – de position inattendue, mais brûlant tout de même, et c'était déjà quelque chose.

Qu'importait de jouer les incertains, les idiots, quand Drago avait devant lui la preuve que Harry n'était pas mort ? Pas encore.

Comment ne pas reconnaître ces yeux verts ? Ces iris éme raude. Ces orbes smaragdines. Qui cela pouvait-il être ? Qui sinon l'Élu, le Survivant, le Golden Boy ? Qui sinon celui avec qui Drago avait partagé ses craintes et ses peurs le temps de quelques danses nocturnes ? Qui, sinon Harry Potter ?

Surtout entouré des deux chiens de garde. Encore que leur silhouette famélique en disait long sur leurs compétences dans ce domaine... sans parler de leur présence dans ce putain de manoir.

Mais le petit Drago avait parlé, et puisque l'on ne pouvait pas appeler le Lord sans certitudes, il fallait attendre que le sortilège se dissipe. Et quoi de mieux pour tuer le temps qu'une petite séance de torture, en tout cas dans le monde tordu et brisé de sa tante ?

Bellatrix était répugnante. Drago avait beau comprendre qu'il y avait un grand secret derrière cette histoire d'épée et ne jamais avoir apprécié Granger, voir sa camarade de classe se tordre de douleur sous les sorts de sa tante, ce n'était pas quelque chose de plaisant. Il savait que ses cris le hanteraient à jamais, quoi qu'il arrive. Ces hurlements déchirants, puis le feulement douloureux de ceux qui n'ont plus de voix à force d'avoir trop crié. Puis le silence, inquiétant, poisseux. Puis...

Et puis tout s'enchaîna trop vite. Dobby, sa baguette envolée, Harry, reconnaissable, et Weasley, Granger, la Marque incandescente sur le bras de sa tante, le couteau. Et puis plus rien, sinon le hurlement de rage de Bellatrix, et la déception de Lucius, et leurs regards accusateurs. Mais ça ne comptait pas, ça ne comptait plus. Harry était vivant.

Drago était beau et amoureux ; et il souriait.


Crabbe avait essayé de tuer Granger, avait bousculé Drago pour se jeter hors de la trajectoire du sort de Stupéfixion que lui avait lancé Harry en réponse, et l'adolescent désarmé se retrouvait à présent à devoir gérer deux imbéciles assoiffés de sang sans le moindre moyen de coercition.

— Ne le tuez pas ! NE LE TUEZ PAS ! cria-t-il à ses deux anciens acolytes qui avaient décidé de ne plus trop suivre ses ordres depuis le début de l'année. *

Les habitudes avaient la vie dure, et leur hésitation fut juste assez suffisante pour que Harry désarme Gregory – le moins dangereux des deux crétins. Par tous les sangs, comment avait-il fini dans cette situation, déjà ?

Ah, oui. Protéger ces ingrats de Gryffondor de la folie de Crabbe. Une idée qui lui semblait de plus en plus nauséabonde, maintenant qu'il l'avait sous le nez. En échappant à un Stupéfix ! de Granger, Drago entendit à nouveau la voix de Crabbe meugler le sortilège de mort comme s'il s'agissait d'un simple sortilège d'attraction. Ouais, définitivement nauséabonde.

Mais personne n'était encore mort, et il fallait à tout prix que ça reste le cas. Derrière une petite armoire, Drago fit de son mieux pour trouver un plan viable – difficile à faire avec le corps Stupéfixé de Crabbe sur les genoux, et le…

— Par tous les putains de sangs, glapit-il quand il vit les flammes grondantes et entendit les cris horrifiés des autres.

Il n'y avait aucun moyen que Crabbe sache maîtriser ce sortilège, et ce connard allait tous les faire tuer parce qu'il n'était pas foutu de fermer sa grande gueule et de réfléchir deux minutes !

Harry voulut lancer un petit Aguamenti de rien du tout et Weasley lui hurla de courir – Drago était bien d'accord pour une fois. Mais il ne pouvait pas se résoudre à laisser Gregory, le moins con des deux crétins, le seul qui avait encore une chance de s'en sortir si Harry gagnait cette foutue guerre, le seul dans cette pièce qui n'avait pas la possibilité de fuir, de survivre, de se racheter. Et il était lourd, le fils Goyle ; il n'avait pas hérité de la carrure de son père pour rien.

Et quand les autres finirent par vraiment les distancer, Drago sut qu'il n'y avait plus d'espoir – pour de vrai, cette fois. Ils allaient juste mourir comme les idiots qu'ils étaient, pris au piège dans cette foutue Salle-sur-Demande. Le Serpentard grimpa comme il put sur pile de bureaux, entraînant le corps de Gregory à sa suite, et contempla l'ensemble du désastre. Les flammes s'étaient faites créatures incandescentes, et chaque objet de cette pièce se consumait, inexorablement. C'était comme observer la Mort en marche, voir sa faux, son crâne lisse et ses orbites vides sous son capuchon ébène – sauf qu'il faisait chaud, beaucoup trop chaud, et que la mort était rouche, et blanche et jaune, et le noir ne viendrait que plus tard, quand il n'y aurait plus que des cendres.

Ses robes étaient dans un état lamentable ; le feu léchait sa peau, et il lui fallait toute la volonté du monde pour ne pas hurler de douleur. Il savait comment fonctionnait le Feudeymon. Il ne fallait surtout pas attirer les chimères, et donc faire le moins de bruit possible, sinon c'était la fin, tout de suite, sans délai, sans même une dernière pensée, un dernier au revoir. Et Drago en avait, des choses à dire à cette salle, témoin de son plus grand bonheur et de son plus grand malheur.

Il crut reconnaître le lit dans lequel Harry et lui s'étaient murmurés mille Je t'aime durant quelques jours de juin 1996, avant le désastre du Ministère, la prise de la Marque, la mort de Dumbledore. Avant le sort d'oubli. Peut-être que ce n'était pas si terrible, de mourir dans ce lieu qui signifiait tant pour lui. Au moins, il n'aurait pas à subir les conséquences de ses actes.

Il espérait juste que Harry s'en sortirait…

Un sourire affleura sur ses lèvres quand il vit son ancien amant danser dans les flammes, toujours aussi doué sur un balai, avant de réaliser que ce n'était pas une hallucination, un aperçu de ce qui l'attendait dans l'au-delà, mais bien le véritable Harry, qui venait le sauver.

Le sauver. Lui. Drago. Malefoy. Un Mangemort.

La tête lui tournait, et il leva sa main sans y penser. Harry l'attrapa au vol, mais Gregory était trop lourd, et Weasley et Granger apparurent.

— SI ON MEURT À CAUSE D'EUX, JE TE TUERAI, HARRY ! beugla Weasley en hissant Gregory sur leur balai tandis que Drago montait sur celui de Harry, avant qu'eux tous ne fuient. *

Alors que l'espoir regagnait son cœur, une peur terrible de mourir le rejoignit, et il s'accrocha de toutes ses forces à Harry, plus proche de lui qu'il ne l'avait été depuis deux ans. Ils allaient s'en sortir, pas vrai ? Ils allaient…

— Qu'est-ce que tu fais ? hurla-t-il soudain. La porte est par là ! *

Mais Harry – non, Potter, c'était un imbécile ! – semblait décidé à attraper un petit diadème de rien du tout, comme s'il ne pouvait pas s'en acheter un plus tard, avec tout l'argent qu'il avait dans ses coffres ! Drago pouvait même lui en sculpter un avec ses propres dents, tiens, s'ils arrivaient à sortir de cette pièce en un seul morceau !

Le Gryffondor abandonna son idée et gagna la porte à toute vitesse. Ils s'écrasèrent dans le mur face à l'entrée de la salle et Drago se mit à cracher ses poumons contre le sol froid. La salle avait dû se fermer : on n'entendait plus le grondement du feu maudit.

Il fit le compte des personnes présentes et réalisa avec horreur que quelqu'un manquait.

— Cr… Crabbe, balbutia le Serpentard dès qu'il put à nouveau parler, incapable de formuler une vraie question. Cr… Crabbe… *

— Il est mort, répondit sèchement Weasley, et Drago se tut. *

C'était un imbécile, bien sûr, mais… Il avait été son acolyte pendant ce qui semblait avoir duré une vie. Une vie d'innocence, de mauvaises blagues et de pure bêtise mais… une vie.

Drago ferma les yeux. Crabbe était mort.


Et voilà !

Voici donc la deuxième partie du chapitre sur Drago, j'espère que ça vous a plu ! Je ne sais pas trop quoi en penser, j'ai eu un peu de mal à mettre des mots sur des scènes qui étaient très claires dans ma tête, et j'ai toujours un peu de mal à réécrire les scènes tirées des livres en collant mot pour mot à ce qu'ils racontent parce que ce ne sont pas toujours les mots que je mettrais dans la bouche des personnages. N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé ! Le pauvre Drago s'accroche à ses espoirs, et perd complètement les pédales... et Crabbe aussi, mais bon, le pauvre gars est mort et n'est plus vraiment là pour en parler.

Je ne sais pas trop quand est-ce que je pourrai publier la prochaine (et dernière, normalement) partie de ce chapitre sur Drago, il me reste approximativement cinq scènes à écrire, d'autres à retravailler un peu, mais j'ai bon espoir de pouvoir vous la servir courant de semaine prochaine.

En ce qui concerne le canon, je dois dire que, même si j'essaie de le suivre minutieusement, il y a certaines choses qui n'ont pas pu se dérouler si l'on prend en compte la relation de Drago et Harry. Leur altercation à la fin du tome 5 par rapport à l'emprisonnement de Lucius, Harry qui suit Drago dans l'allée des Embrumes (il n'aurait jamais cru Drago Mangemort à ce moment là, cette conviction est venue plus tard), Drago qui casse le nez de Harry dans le Poudlard Express... Pour moi, ce sont des choses qui n'ont pas eu lieu. L'histoire de Harry avec Cho aussi, d'ailleurs, je le vois très mal se taper la meuf de son pote mort pendant qu'il couche avec son ancien pire ennemi, si vous voyez ce que je veux dire. Bref, c'était juste pour clarifier ma position par rapport au canon !

En tout cas, merci à vous de me lire et je vous dis à très bientôt pour la prochaine partie !