Hello ! Petite précision : on considère généralement que Dominique Weasley est une fille. En dehors du fait que j'en fais ici un personnage non-binaire, j'ai également décidé qu'iel avait été assigné-e homme à la naissance (si vous préférez, iel est né garçon). Je lae genre donc au masculin dans son enfance, vu qu'on est pdv Teddy, mais j'utiliserai le neutre à partir du moment où iel aura fait son coming-out, même si je ne compte pas écrire la scène, vu que ce n'est pas spécialement important pour Teddy et que le chapitre est déjà bien assez long. Voilà, c'était juste pour expliquer ce choix précis, bonne lecture !
Edward « Teddy » Lupin
Le nourrisson tétait. Le lait de Maman était bon, mais moins que d'habitude. L'étreinte de Maman était trop forte, et la voix de Papa plus pressée que d'ordinaire.
Papa et Maman parlaient vite ; ils chuchotaient pour ne pas le déranger, mais le bambin n'était pas à l'aise, il avait l'impression que quelque chose de très grave allait se passer, et que s'il laissait ses parents partir, là, tout de suite, alors… Alors ils ne reviendraient jamais, et il n'aurait plus le droit de boire le lait de Maman.
Le temps passa, et on le remit dans le landau. Quand ses parents quittèrent son champ de vision, le nourrisson hurla. Il ne voulait pas que ses parents partent, ils n'avaient pas le droit de l'abandonner ! Mais il eut beau gigoter, se tortiller comme un ver, et hurler comme un diable, le nouveau-né ne put apercevoir ni Papa, ni Maman, et personne ne vint.
Quand une vieille femme le sortit de son berceau pour le calmer en lui chuchotant des mots d'amour et en chantonnant à voix basse une berceuse, il ne s'arrêta pas de vagir, de réclamer ses parents à grands cris, et la vieille femme finit par le laisser pleurer dans son coin.
Il regretta de ne pas s'être arrêté de crier ; peut-être serait-elle restée. Mais s'il ne criait plus, alors elle ne reviendrait pas. Comme Papa, comme Maman, elle l'abandonnerait… Le nourrisson cria de plus belle.
Le temps passa, et la porte grinça. L'enfant s'était calmé ; la fatigue s'était bien vite faite ressentir pour qu'il continuât ses vocalises. Il espérait que ses parents étaient revenus ; Papa et Maman lui manquaient.
À la place, un Monsieur aux cheveux noirs entra dans son champ de vision restreint, et le nouveau-né vagit. Il avait peur de cet homme à la tignasse sale et sombre ; il avait de multiples cicatrices, était couvert de poussière et portait de larges pièces de tissus complètement déchiquetées. Il souriait, et il avait les yeux verts, derrière l'objet étrange qui cerclait son regard.
— Salut, Teddy, murmura-t-il. Je suis désolé, je n'ai pas eu le temps de prendre une douche, alors…
L'enfant se calma ; il ne comprenait pas ce que racontait l'homme. Il avait bien cru reconnaître le mot « Teddy », mais il ne savait pas ce que cela voulait dire. Papa et Maman avaient souvent prononcé ce mot. Peut-être était-ce son nom ?
— Et puis, tes parents… Je suis désolé, petit Teddy, c'est ma faute, tout est de ma faute… Tu aurais dû vivre avec tes parents. T'aurais dû vivre heureux avec eux, avoir une enfance normale…
Teddy – puisque c'était son nom, apparemment – se remit à pleurer quand les larmes de l'homme commencèrent à couler. Celui-ci le prit dans ses bras et le berça tout doucement, comme pour le pas le briser. Il chantonnait une berceuse avec sa voix éraillée et cassée, et Teddy finit par la trouver apaisante. Il s'endormit.
Dans un couloir de Sainte-Mangouste, à côté de Tante Mione et d'Oncle Ron, Teddy regardait ses petites chaussures rouges. Elles avaient été brillantes, et même luisantes, quand son parrain les lui avait achetées. Il avait adoré ses chaussures rouges à gros lacets, et la douceur du cuir, et toutes les aventures qu'il avait vécues avec. Bien sûr, elles étaient un peu étroites, désormais, puisqu'il grandissait, et même ses talents de Métamorphomage ne suffisaient plus à faire rentrer ses pieds dans ses chaussures : il finissait irrémédiablement par tomber, s'il rapetissait trop ses petons.
Seulement voilà : maintenant que James était né – il meuglait comme un bébé vache dans la petite chambre –, son parrain ne prendrait probablement pas la peine d'acheter de nouvelles chaussures. Teddy n'était que son filleul, après tout, alors que James était son fils. Il faudrait acheter beaucoup de choses pour James, beaucoup de jouets, de vêtements et de chaussures.
Teddy savait que si ses parents avaient dû acheter des vêtements à James, ils auraient été moins beaux que ce qu'ils auraient offert à leur propre fils, parce que la différence était infinie. Parfois, le petit garçon se demandait si sa Maman et son Papa l'auraient aimé plus que son parrain l'aimait. Sans doute.
Peut-être que le plus jeune Potter aurait des jolies chaussures rouges, et peut-être que Teddy récupérerait les gros souliers noirs que sa Mamie Meda lui avait offerts.
Il n'aimait pas beaucoup les gros souliers noirs.
Teddy était avec Ginny et son parrain dans un magasin de chaussures moldu. Il y avait beaucoup de choix, mais Teddy ne comprenait pas pourquoi il devait venir : après tout, ils faisaient des achats pour James, pas pour lui… Le nourrisson dormait sagement dans sa poussette. Il était tout rose et se confondait presque avec le rouge de sa grenouillère.
Teddy baissa les yeux vers ses chaussures rouges. Ginny les avait agrandies d'un sort avant de partir, quand elle s'était rendue compte qu'il ne tenait pas debout avec des pieds trop petits. Bien sûr, elle lui avait proposé ses gros souliers noirs, mais il avait dû faire une tête bizarre parce qu'elle avait aussitôt rangé la paire.
Teddy ne se rendait pas encore compte que la couleur de ses cheveux changeait selon son humeur, et il n'avait donc pas compris que Ginny avait rétracté sa proposition en voyant que sa tignasse bleue avait viré au cramoisi.
L'enfant de six ans soupira. Tout n'avait pas encore changé, à la maison, même si Harry et Ginny ne faisaient plus des nuits complètes. Mais il ne se faisait pas d'illusions, tout le monde se rendrait bientôt compte que Teddy n'était pas aussi important que James… Il fut sorti de ses pensées par une paire d'yeux verts.
— Un sou pour tes pensées, sourit son parrain en lui ébouriffant les cheveux.
Le petit garçon se balança sur ses pieds, hésitant. Il fronçait des sourcils, et Harry l'encouragea d'un hochement de tête.
— Pourquoi vous m'avez emmené ? demanda finalement Teddy d'une petite voix.
Harry haussa des sourcils ; il ne comprenait visiblement pas.
— Pourquoi vous m'avez emmené acheter des chaussures pour James ? reprit l'enfant plus clairement. Vous avez pas besoin de moi pour ça.
— Mais enfin, Teddy, c'est pour toi qu'on vient acheter des chaussures ! intervint Ginny, l'étonnement perçant dans sa voix. James n'en a pas besoin, tu sais que les petits chaussons qui s'étendent magiquement lui suffiront pour quelques mois encore. Tu avais presque les mêmes quand tu étais bébé.
— C'est pour moi ? Vraiment pour moi ? voulut s'assurer Teddy, qui n'y croyait plus.
Quelque chose dut transparaître dans sa voix ; le visage de son parrain se décomposa soudainement et il le prit dans ses bras, le serrant de toutes ses forces. Enfin, probablement pas de toutes ses forces, après tout Harry était un super-héros, mais Teddy se sentait bien, dans les bras de son parrain.
— Je t'aime, Teddy, tu m'entends ? chuchota l'adulte avec passion. De toutes mes forces. Tu es mon filleul, mais tu pourrais aussi bien être mon fils, d'accord ? N'oublie jamais ça. La seule chose qui te différencie des Potter, c'est la génétique.
Teddy ne savait pas trop ce que ça voulait dire, « génétique », mais il ne demanda pas. Il ne voulait pas que son parrain parte dans ses explications longues et pas très claires, parce qu'il voulait rester dans ses bras pour toujours. C'est long comment, toujours ?
Finalement, Harry relâcha l'étreinte. Et il caressa sa joue, son front, ses cheveux qui étaient alors bruns, pour ne pas alerter les Moldus. Il souriait, mais il y avait quelque chose d'infiniment triste dans ce sourire, et ses yeux étaient pleins de larmes. Teddy sentit les siennes couler malgré lui, et il renifla. Il n'aimait pas faire pleurer son parrain ou sa grand-mère, ça lui donnait toujours l'impression d'être un monstre.
— Qu'est-ce que te ferait plaisir, alors ?
Teddy regarda ses jolies chaussures rouges. Il n'aimait pas le rouge, à vrai dire, mais il n'avait jamais le courage de le dire à Harry et Ginny. Il avait bien trop peur de les décevoir, eux qui ne juraient presque que par cette couleur.
Le petit garçon releva la tête vers les nombreuses boîtes, et posa son regard sur des chaussures à lacets similaires aux siennes. Elles étaient brillantes ; il pouvait y voir son reflet. Mais elles étaient d'un beau jaune vif, et Teddy les aimait bien. Quand il les indiqua à son parrain, Ginny eut une petite moue et proposa le modèle bordeaux qui était à côté, mais Harry secoua la tête. Il offrit son plus beau sourire à l'enfant, et prit deux boîtes. Il était temps de passer aux essayages.
Teddy sentit son cœur battre un peu plus vite, et tira sur les manches de son pull pour y cacher ses petites mains. Il était rose de plaisir et même Ginny s'extasia sur les petites chaussures jaunes. Dans la poussette, James se réveilla et gazouilla ; il souriait.
Peut-être que Teddy n'avait pas à craindre sa présence dans leurs vies, finalement.
Cela faisait presque deux ans que James était né, et Teddy avait compris que ses inquiétudes d'alors n'avaient pas lieu d'être. Ginny lui avait expliqué que Harry n'avait pas eu une enfance très heureuse après la mort de Mamie et Papi Potter, et qu'il espérait être comme un père pour son filleul, comme pour compenser tout ce qu'il n'avait pas pu avoir, plus jeune.
Teddy pouvait comprendre cela, et avait cessé de se poser des questions, si bien que, quand Ginny avait découvert qu'elle était à nouveau enceinte, le jeune garçon s'était rendu compte qu'il avait hâte que son nouveau petit frère naisse. Du haut de ses huit ans – bientôt neuf ! –, il comprenait que son rôle serait de protéger ses petits frères, quoi qu'il en coûte.
Bon, il n'aimait pas beaucoup James, étant donné que ce sale gosse passait son temps à lui courir après et à exiger sa présence, encouragé par Harry pour des raisons qui échappaient complètement à Teddy, mais il le protégerait quand même, s'il en avait besoin.
La porte de la chambre s'ouvrit, et Harry fit signe à Ron, Hermione et son filleul d'entrer. Il avait l'air fatigué mais heureux, et le trio entra dans la pièce.
Tout était blanc, et il faisait trop chaud. L'odeur n'était pas la plus agréable non plus, c'était un mélange de désinfectant et de sang. Teddy se rendit compte que Ginny avait l'air épuisé, et somnolait déjà, le bébé dans ses bras.
L'enfant se concentra sur le bébé. Il était tout rose, comme James avant lui. Ses petits cheveux étaient tout humides, et il dormait.
— Je te présente Albus Severus, Teddy, murmura Harry pour ne pas réveiller sa femme et son fils. Il a les yeux verts, pèse trois kilos et mesure quarante-huit centimètres. Je ne peux pas t'en apprendre beaucoup plus sur lui, pour l'instant, mais il fait partie de la famille, alors on le connaîtra bien assez tôt, tu ne crois pas ?
Teddy hocha la tête, incapable de parler. Il sentit au fond de lui quelque chose se former, quelque chose d'indéfinissable et il s'approcha de Ginny et du minuscule être humain qui était sorti de son ventre. C'était son petit frère, celui qu'il devrait protéger coûte que coûte, et Teddy se sentit légèrement coupable en comprenant qu'il ne pourrait jamais aimer James autant qu'Albus, et que rien ne pourrait jamais changer ça. Il savait qu'un lien magique s'était formé entre eux, à ce moment précis, et que rien, rien, pas même les pires rituels de magie noire dont Harry et Oncle Ron parlaient, parfois, le soir, quand ils croyaient qu'il n'entendait pas, ne pourrait le briser.
Et quand il vit le regard de James, inquiet face à ce petit enfant qui venait prendre un peu de l'attention que ses parents lui donnaient, Teddy sut qu'il ne laisserait jamais James lui faire du mal. Et quand il vit le tressaillement de Ginny quand elle entendit le nom du nouveau-né, cause de maintes et maintes disputes au sein du couple, quand il vit son visage se décomposer quand le médecin lui annonça qu'elle devrait mettre définitivement fin à sa carrière de joueuse de Quidditch professionnel, Teddy sut qu'il ne laisserait ni rien, ni personne se mettre en travers du chemin d'Albus vers le bonheur. Personne n'en avait le droit, pour aucune raison, quelle qu'elle fût.
Teddy ne connaissait pas encore ce petit frère, mais il était sûr d'une chose : il aimait ce petit garçon, et ne cesserait pas de l'aimer de toute son âme, jusqu'à son dernier souffle.
Teddy passait ses vacances à la Maisonnette, la maison de vacances d'Oncle Bill et de Tante Fleur. C'était dans les Côtes d'Armor, pas très loin de Saint-Brieuc, et surtout c'était éloigné de la ville. Il y avait un petit village moldu, pas très loin, mais ils ne voyaient que la maison, et pas la crique qui se situait non loin, après un chemin sinueux dans les hautes herbes. Le lieu était magique, peut-être même plus que la maison de cristal où vivait Tante Luna.
Teddy aimait beaucoup la France, et surtout le Paris sorcier qui, contrairement au côté moldu, était toujours propre et brillant. Sauf dans les catacombes, bien sûr, mais il n'y était jamais allé, tout comme il n'avait jamais osé s'aventurer du côté de l'Allée des Embrumes. Alors, quand Harry lui avait proposé de partir en vacances avec Bill et Fleur… Bien sûr que Teddy avait accepté !
Seulement, il ne pensait pas qu'il se sentirait aussi seul. Il ne connaissait pas bien les enfants de l'aîné des Weasley, étant donné que la petite famille voyageait beaucoup, et passait beaucoup de temps en France, en Egypte, en Chine… Là où les gens avaient besoin des talents de Briseur de Sorts de Bill – et surtout là où Gringotts avait besoin que le sorcier défende les intérêts de la banque… Donc il ne voyait ses cousins qu'à Noël, et parfois à l'anniversaire de son parrain, ou aux mariages. Mais, dans ces moments-là, Teddy était toujours occupé, et il les trouvait trop jeunes, avant. Maintenant que l'écart d'âge n'était plus un problème, il y avait Albus… Teddy ne voulait pas quitter Albus du regard, et c'était le petit garçon aux yeux verts qui était trop jeune pour les autres.
Seulement, Al' était resté à la maison, et Teddy était tout seul face à Victoire et Dominique. Victoire était une idiote, elle riait comme une chèvre et passait son temps à brosser ses cheveux. Teddy ne comprenait pas trop pourquoi elle faisait ça – après tout, ses cheveux étaient déjà parfaits, ça n'avait aucun intérêt de les coiffer à toute heure de la journée.
Et puis, Dominique était tout le temps seul, il ne parlait pas beaucoup. Teddy l'avait plusieurs fois surpris en train de l'observer, avec ses grands yeux noirs, et il trouvait que c'était particulièrement dérangeant. S'il voulait lui parler, il pouvait ! Il n'était pas obligé de le fixer comme une bête de foire…
Assis dans le grand fauteuil en velours bleu, Teddy sentit son esprit s'aventurer sur le chemin du sommeil, et se laissa fondre dans le siège moelleux… et sursauta en sentant quelque chose de froid toucher sa joue.
— Mais ça va pas ? s'indigna-t-il en croisant le regard bleu pur de Victoire.
La jeune fille eut une moue déçue.
— Je croyais que tu dormais, se justifia-t-elle.
Teddy lui lança un regard abasourdi.
— Et donc ? C'est encore pire ! T'as jamais entendu parler de consentement ou quoi ?
Bon, pour être tout à fait honnête, elle n'en avait probablement pas entendu parler. Après tout, elle avait huit ans. À sa surprise, cependant, elle eut soudain l'air très mal à l'aise.
— Je n'avais… pas pensé à ça, désolée. Je voulais juste savoir si t'étais fait comme nous.
Comme eux ? Mais pour qui le prenait-elle, un Épouvantard ?
— Mais non ! s'exclama la fillette. C'est juste que tu changes d'apparence tout le temps, donc je me demandais si t'étais fait pareil que nous, c'est tout !
— Bah tu peux parler, avec tes cheveux blancs ! répliqua Teddy, légèrement blessé dans son ego. T'es une petite vieille !
Victoire le regarda avec ses grands yeux bleus, les sourcils froncés, et une moue colérique. Ses joues avaient rosi. Elle tourna soudain les talons et courut se réfugier à l'étage. Teddy hésita à la suivre pour s'excuser, parce qu'il n'avait pas été très gentil, puis se ravisa. Après tout, elle avait commencé !
Dominique se mit à rire, et le Métamorphomage sursauta à nouveau. Merlin, il ne l'avait même pas vu !
— Tu ne devrais pas aller t'excuser. Je connais ma sœur, elle se persuaderait que tu es amoureux d'elle et ne te lâcherait pas d'une semelle ! Un des Moldus du village en a fait les frais, elle l'a asticoté pendant deux mois jusqu'à ce qu'il lui dise d'aller se faire voir.
Teddy regarda son cousin comme si une deuxième tête lui avait poussé. Lui, amoureux de Victoire ? Mais il la connaissait à peine ! L'autre garçon rit à nouveau, fait suffisamment rare pour être noté, et disparut lui aussi à l'étage.
Teddy était avec Drago, Astoria et Scorpius Malefoy, et il ne savait pas trop quoi dire. Mamie Meda était entrée dans une chambre avec un Guérisseur, et le petit garçon avait un peu peur des autres adultes. Drago et Scorpius étaient blonds ; leurs cheveux étaient aussi clairs que ceux de Victoire. Astoria était très brune et avait l'air gentil, mais Teddy ne se sentait pas à sa place. Après tout, il n'était pas de leur famille. Il ne savait même pas pourquoi il était là…
— Tu peux aller me chercher un thé, Drago, s'il te plaît ? Il y a un distributeur moldu à deux pas de l'hôpital. Tu veux quelque chose, Teddy ?
Le petit garçon hésita : Mamie Meda et Ginny lui avaient toujours répété de ne rien accepter de la part des inconnus. Mais, en même temps, Meda l'avait laissé avec eux sans surveillance, alors ça devait aller, pas vrai ?
— Un chocolat chaud, s'il vous plaît, demanda Teddy d'une petite voix.
Le grand blond hocha la tête avec un petit sourire attendri et partit. Ses robes de sorcier volaient derrière lui et plusieurs Médicomages s'écartèrent sur son chemin en lui lançant des regards mi-ennuyés, mi-apeurés. Teddy ne comprenait pas trop de quoi ils avaient peur, mais ce n'étaient pas vraiment ses affaires.
Il y eut un petit silence, puis Astoria commença à parler de la femme que Mamie Meda allait voir. Elle était la mère de Drago, et elle était très malade. Apparemment, sa vie avait été tellement horrible qu'elle s'était réfugiée dans ses rêves, et personne n'avait cœur à l'en déloger. Mamie Meda et elle étaient sœurs et s'étaient disputées de très longues années auparavant, bien avant la Guerre qui avait pris la vie de Papa et Maman. Teddy ne comprenait pas très bien ce que tout cela impliquait.
Enfin, si, il comprenait que les Malefoy étaient sa famille, mais il n'était pas sûr de savoir pourquoi personne ne le lui avait dit auparavant. Il croyait qu'il n'avait plus aucune famille liée par le sang hormis sa grand-mère. Il croyait que tout le monde était mort : les grands-cousins Sirius et Regulus, la Mangemort Bellatrix, les parents de son papa… Il croyait qu'il n'avait plus que Mamie Meda et son parrain, et puis bien sûr la famille de son parrain, mais il s'avérait qu'il restait quelqu'un. Il y avait les Malefoy.
Teddy regarda le petit garçon assis sur les genoux d'Astoria. Il jouait avec un cube magique qui fonctionnait un peu comme un Rubik's Cube moldu, sauf que c'était beaucoup plus compliqué. Teddy était nul à ce jeu, et il était un peu jaloux de voir que Scorpius, qui avait à peine plus de trois ans, avait réussi à résoudre plusieurs des casse-têtes. Albus aussi était meilleur que lui à ce jeu, mais Albus était son petit frère adoré, c'était un peu différent.
L'enfant laissa échapper un petit cri de victoire quand il trouva la solution du dernier casse-tête, et le cube s'illumina. Il se mit à flotter dans les airs en dessinant de petites flammèches indolores et colorées, et l'expression béate qui se peignit sur le visage de Scorpius atteignit Teddy droit au cœur. Albus avait eu le même air, exactement le même !
Astoria caressa doucement les cheveux de son fils et Drago revint avec un thé et un chocolat chaud. Son visage s'éclaira en voyant le bonheur de Scorpius, et il sourit de toutes ses dents.
Mamie Meda revint quelques minutes plus tard. Elle pleurait doucement, et prit Teddy dans ses bras. Ils finirent par partir, parce que la sœur de Mamie Meda s'était endormie et le Guérisseur qui s'occupait d'elle voulait qu'elle soit au calme. Teddy la rencontrerait plus tard, sans doute. Il sourit aux Malefoy et dit doucement au revoir à Scorpius, qui releva la tête de son nouveau casse-tête – une sphère que Teddy avait déjà vue mais dont il ne connaissait pas du tout le fonctionnement.
— Au revoir Cousin Teddy ! s'exclama avec joie le petit garçon aux cheveux blonds, les yeux pétillants.
Teddy sentit son sourire s'élargir presque malgré lui et fit longtemps rouler le mot sous sa langue. Cousin. Scorpius était son cousin. Bon, son cousin au deuxième degré mais… Une petite bulle d'euphorie éclata dans sa poitrine. Il avait un cousin !
Teddy courait dans le jardin de la petite maison de sa grand-mère. Harry et Albus étaient là aussi, ainsi que Lily qui dormait à l'étage – Ginny et James étaient chez le médecin parce que ce dernier avait attrapé la Dragoncelle. Teddy se sentait un peu désolé pour lui, parce qu'il savait que c'était vraiment chiant, comme maladie, mais en même temps il l'avait un peu mérité. Après tout, son comportement vis-à-vis d'Al' était pathétique, et Harry réagissait à peine !
Son sang bouillonnait, rien que de repenser à la mauvaise « blague » qu'il avait faire à son petit frère, aidé de Fred, le fils d'Oncle George. Ils l'avaient fait trébucher dans un couloir, mais tout ne s'était pas passé comme prévu et, si Teddy n'avait pas eu une soudaine impulsion de magie involontaire, Albus aurait pu mourir. Il avait failli dévaler les escaliers principaux du Manoir Potter, le visage contre les marches, et il aurait eu peu de chances de s'en sortir : il serait mort sur le coup. Sa magie l'aurait probablement protégé, bien sûr, mais si elle ne l'avait pas fait… Et si l'instinct protecteur de son frère adoptif ne s'était pas soudain déclenché…
Teddy ne s'était jamais autant mis en colère, et il n'avait jamais vu Ginny aussi furieuse. Elle ne pouvait pas punir Fred, parce que George avait tendance à le laisser faire n'importe quoi et avait manqué le repas de Noël la dernière fois qu'elle avait consigné le sale gosse dans la chambre d'amis, mais elle s'en était donné à cœur joie avec James. Il avait été puni de console, de balai – il avait un balai pour enfant et passait son temps dessus –, de sorties et de tout ce dont il pouvait être privé. Quand Harry était rentré, il n'avait pas cru Ginny et Teddy, avait dit que ce n'était pas volontaire, que James avait fait une erreur, mais qu'il ne voulait sans doute pas blesser son petit frère.
Quand Albus était né, Teddy avait cru que la menace viendrait de James, à raison, et de Ginny, à tort. Il n'avait jamais pensé que Harry puisse être si aveugle face aux souffrances de son fils, et pourtant… Dire que Ginny était des plus protectrices, avec Al', qu'elle refusait d'appeler par son nom entier, même quand elle était en colère…
Harry et elle ne s'étaient pas adressé la parole pendant deux semaines, après l'incident, et puis James s'était excusé, et tout était rentré dans l'ordre. Malgré tout, Teddy n'oubliait pas la bêtise de James et le favoritisme de Harry.
Le petit garçon sortit de ses pensées en remarquant un éclat doré dans les herbes au fond du jardin. Il se pencha, et ramassa un petit pendentif qui lui était étrangement familier…
— Harry ! s'écria Teddy en se dirigeant vers son parrain et sa grand-mère. Regarde ce que j'ai trouvé, c'est pas le collier que Victoire a perdu, l'autre jour ?
— Oh, bien joué ! approuva son parrain en lui prenant le collier. Tu pourras lui rendre la prochaine fois qu'on les verra ! Comme cadeau d'anniversaire.
Teddy jeta un regard bizarre à son parrain. Il en avait, de drôles d'idées !
— Peuh ! Elle va croire que je m'intéresse à elle et va me coller aux basques tout le temps ! Dommy dit qu'elle a fait la même chose à un Français jusqu'à ce qu'il la rembarre.
Il s'était beaucoup rapproché de Dominique pendant les vacances, et ils avaient convenu tous les deux que « Dommy » était bien mieux : c'était plus court, et puis ça faisait un peu moins vieux schnock.
— Allons donc, Teddy, on la verra pour son anniversaire. Après, pendant deux ans, tu ne la verras presque pas. Elle ne pourra pas te coller aux basques, tu penses bien !
Harry lui ébouriffa les cheveux en riant, et Teddy lui répondit en tirant la langue et en tournant les talons. Il courut jusqu'à la maison et se précipita vers Al'. Celui-ci l'accueillit avec un petit sourire, et son grand frère sentit son cœur se serrer. Merlin, comment allait-il vivre sans son petit Albus pour égayer ses journées ?
Alors qu'il jouait avec son petit protégé, Teddy sentit le poids du regard de son parrain. Il savait bien que Harry aurait voulu qu'il soit avec James et Lily comme il était avec Albus : un vrai grand frère protecteur, toujours là au moindre besoin, au moindre mot, le regard attentif et l'oreille tendue. Seulement, Lily était vraiment toute petite, elle n'avait même pas deux ans, et puis elle ne s'intéressait à rien de ce qui l'intéressait lui. Elle préférait regarder James et leurs parents voler, plutôt que lire et résoudre des casse-têtes.
Bon, Teddy n'était pas non plus super fan des casse-têtes, mais Albus les adorait, alors il n'allait pas faire la fine bouche.
Bref, il ne se sentait pas très proche de Lily, même s'il l'aimait beaucoup. Mais surtout, Harry voulait qu'il protège et aime James comme il le faisait avec Albus et Teddy savait que c'était impossible pour lui. Non seulement il avait eu peur que James lui vole sa place dans le cœur de Harry parce qu'il était son fils biologique, mais en plus il se comportait vraiment comme un petit con ! Il l'avait fait tourner en bourrique pour tout et pour rien dès qu'il s'était rendu compte que Teddy se sentait coupable de ses précédents sentiments et essayait de se racheter, il avait pété un câble quand Teddy avait cessé de suivre ses quatre volontés, il lui avait fait pipi dessus un nombre incalculable de fois, avait vomi sur ses belles chaussures jaunes, passait son temps à jouer des tours à tout le monde, et menait la vie dure à Albus pour une raison obscure – il aurait dû réaliser, avec le temps, qu'Al' ne menaçait certainement pas sa place de choix dans le cœur de Harry et Ginny, pas vrai ? Et, par-dessus tout, ce que Teddy ne pourrait jamais pardonner, c'était bien sûr l'accident des escaliers.
S'il n'avait pas été là, s'il n'avait pas sauvé Albus, alors… Son sang se glaçait chaque fois qu'il y pensait. Comment Harry pouvait-il espérer que son amour pour James soit le même que celui qu'il portait à Albus ? C'était impossible !
— Tu penses trop, Teddy, le sermonna Albus en ouvrant un manuel de potions qui traînait là.
Teddy soupira devant la précocité du garçon. Il parlait rudement bien, pour un gamin de même pas trois ans et demi !
— Si tu le dis, Al', si tu le dis, sourit-il doucement en refermant le manuel. Ce n'est pas pour toi, tout ça, pas encore.
— C'est quoi ? se contenta de demander le petit garçon.
— Comment dire… ? Avec ce livre, on peut apprendre à préparer des potions, comme celle que maman t'a donnée quand t'avais de la fièvre, ou encore des filtres qui permettent de changer d'apparence, de respirer sous l'eau ou de récupérer plein d'énergie ! On apprend ça à Poudlard, mais comme j'ai peur de ne pas beaucoup réussir dans cette matière, j'essaie d'apprendre les bases avant septembre.
Albus resta silencieux un moment.
— C'est loin, Poudlard ? finit-il par demander d'une toute petite voix, les yeux baissés sur ses mains.
Sa gorge se noua. Il n'avait vraiment pas envie d'aller en Ecosse, contrairement à la plupart des sorciers et sorcières de Grande-Bretagne. Bien-sûr, il rêvait lui aussi de découvrir le gigantesque château, de se faire des amis, d'apprendre de nouvelles choses… Mais il ne voulait pas laisser Albus tout seul, l'abandonner au bon vouloir de James et Fred. Ginny ne serait pas toujours là pour constater les dégâts de leurs actions.
— Je t'écrirai tous les jours, Al', je te le promets. Tous les jours, et tu me répondras, hein ? Tu pourras demander l'aide Maman. Peut-être même celle de Papa s'il est en congés !
Il appelait toujours Harry et Ginny son papa et sa maman devant Albus. Ça lui donnait l'impression qu'ils étaient encore plus une famille.
— Alors j'apprendrai à lire super bien pour les déranger le moins possible, accepta Albus. Mais tu vas me manquer, Teddy.
— Toi aussi tu vas me manquer, Al', plus que tout au monde, murmura le petit garçon en prenant l'enfant dans ses bras.
Quand il entendit les bruits de sanglots, il sortit, après un dernier sourire à Albus. Sa grand-mère avait l'air d'avoir pris dix ans, ce qui n'était pas peu dire depuis l'enterrement de sa petite sœur, la grand-mère de Scorpius.
— Mamie, qu'est-ce qu'il se passe ? s'inquiéta Teddy, alors que Harry s'affairait autour d'eux. Mamie ! Pourquoi tu pleures, ça va pas ?
Andromeda le regarda, et ne répondit rien. Elle était moche, quand elle pleurait. Teddy se sentit un peu coupable de penser ça ; après tout, ce n'était pas vraiment de sa faute si elle était vieille. Meda le prit dans ses bras, et le serra fort contre elle, comme si elle avait peur qu'il disparaisse. Il lui rendit son étreinte, songeant avec peine que cela avait sans doute un rapport avec sa vraie maman. Il se demanda ce qu'il avait fait, pour raviver ainsi le souvenir de sa mère.
— Lupin, Teddy ! l'appela l'Oncle Neville, qui était professeur de botanique depuis déjà plusieurs années.
Normalement, c'était le Directeur Adjoint qui s'occupait de la cérémonie de Répartition, mais Flitwick était trop petit.
Teddy s'avança rapidement vers le tabouret, prit place, et Neville posa le Choixpeau sur sa tête. Celui-ci bruissa joyeusement.
Nom des Fondateurs, ils me font bien rire, des fois ! Comme s'ils avaient besoin de moi pour déterminer ton cas !
— POUFSOUFFLE ! s'exclama le vieux Choixpeau, et la table parée de jaune et de noir explosa en de nombreux applaudissements, bientôt suivie par celles des autres Maisons, y compris Serpentard.
Seuls les Gryffondor faisaient un peu la moue : ils avaient espéré que le filleul du grand héros les rejoigne. Teddy rejoignit les membres de sa Maison avec un grand sourire, songeant qu'il n'aurait jamais pu aller à Gryffondor. Après tout, il était toujours le premier à descendre de son balai quand le temps se gâtait, bien avant James, et bien avant Harry et Ginny ; et puis il n'avait jamais vraiment aimé le rouge, même s'il avait fait semblant, pour faire plaisir à Ginny. Elle était toujours gentille avec lui, Ginny, et il avait même commencé à l'appeler « maman », quand Meda et Harry n'étaient pas dans les parages.
Une fois assis à sa table, il regarda autour de lui, légèrement perdu. Comment était-il censé se faire des amis, à présent ?
— SALUT, MOI C'EST JAKE ! hurla dans son oreille le garçon à côté de lui.
— Et moi Miranda, ajouta une jeune fille qui lui ressemblait beaucoup. Excuse-le, c'est la faute de notre grand frère, là-bas. Il est en cinquième année et ne me demande pas comment il a fait pour devenir préfet, vu comme il nous accueille !
Elle jeta un regard noir en direction de son grand frère, qui lui retourna un gigantesque sourire mais annula néanmoins le sortilège qu'il avait jeté sur son frère.
Teddy leur sourit, et ils commencèrent à parler, pour n'arrêter leur longue discussion qu'une fois les jumeaux montés dans leurs dortoirs respectifs. Il les aimait déjà beaucoup, ces idiots un peu étranges, mais Teddy savait qu'il avait quelque chose à faire avant de monter se coucher.
Il prit une plume et de l'encre, et écrivit sa première lettre à Albus. Il lui manquait déjà.
Et voilà pour cette... première partie. Sur trois parties. Oui oui, j'ai encore une fois été un peu longue. Bon, comme le chapitre sur Teddy a été rallongé, je n'ai pas pu avancer autant je voulais sur le deuxième tome (je n'ai que le prologue, du coup), mais j'ai fini l'écriture de BBM et c'est toujours ça de pris ! En deux jours j'ai écrit 15000 mots c'était... à la limite de l'exorcisme, disons.
Bref, cette année va être : compliquée, à peine trois jours de cours (et pas les plus chargés, avec ça) et je me rends compte que ça va être très difficile de garder un rythme de publication correct pendant l'année. Donc, j'ai pris une décision difficile : on passe sur un chapitre toutes les deux semaines jusqu'à ce que je reprenne suffisamment d'avance (donc probablement jusqu'aux prochaines vacances d'été aha). Mais bon, je ne vais pas me plaindre, j'aime beaucoup ma classe ainsi que mes professeurs (en tout cas ceux que j'ai rencontrés), et j'ai hâte de voir à quel point je peux me dépasser pour garder le rythme et surtout pour apprendre – le lycée avait un peu endormi ma soif d'apprendre, mais là j'ai vraiment, mais alors VRAIMENT envie de travailler pour rattraper mon retard (oui oui j'ai déjà pris du retard en deux jours, la faute aux bouquins qui ne sont ni à Gibert, ni Shakespeare & Co, ni à la Fnac... ni nulle part en fait, puisqu'ils ne sont plus édités ! Les joies de la prépa, je suppose)
Enfin, fini de blablater sur moi, j'espère que ce chapitre vous a plu, j'ai hâte d'avoir vos retour ! Le ton est beaucoup plus léger que pour les autres chapitres, parce que l'histoire de Teddy ne prend pas fin dans ce tome, loin de là (elle ne fait que commencer !), et j'avais le cœur qui battait pour Teddy, Jake, Miranda, Dommy et Victoire, et surtout Albus et Scorpius, tout au long du processus d'écriture.
Je répondrais au reviews du chapitre précédent demain (si j'ai le temps mdr vive H4), maintenant je dois vous laisser pour retourner à mes fiches et mes bouquins ! On se dit à dans deux semaines pour la deuxième partie, du coup !
