Et voilà ENFIN! le 2e OS, qui est en fait une suite. Il est plus long que le 1e, et j'espère que ça vous plaira!
Notez que je n'ai pas pu le faire relire, s'il y a des coquilles cachées dedans... Désolé pour ça!
Bref, bonne lecture!
OS2 :
Isaac, Chris et Shawn se dandinaient d'inconfort face au regard implacable de Warren, le père de Chris. L'homme se tenait debout face à eux, ses bras musculeux croisés derrière le dos dans une position militaire. Le fait qu'il soit encore en pyjamas ne le rendait pas moins intimidant, tant l'aura de colère qu'il exsudait était large. Il avait été réveillé en pleine nuit par les plus jeunes qui essayaient tant bien que mal de rentrer discrètement de leur escapade nocturne. Ils sortaient de l'infirmerie, juste après qu'ils y aient déposés Ethan aux bons soins de leur équipe médicale.
- Si je récapitule bien, commença-t-il d'une voix coupante en essayant de faire le point sur les explications empressées qu'ils lui avaient tous sorti en même temps, vous avez repérez un vampire dans une boite de nuit la semaine dernière, et plutôt que d'avertir des personnes compétentes vous… il éleva la voix quand Shawn essaya de parler. Vous avez décidé de vous en charger seuls. C'est bien ça ?
La question avait été posée sèchement et les trois jeunes hommes échangèrent un regard mal à l'aise. Isaac, finit par hocher la tête en signe d'assentiment. Warren pinça les lèvres furieusement.
- Ethan a été blessé par ce même vampire qui apparemment, dit-il sur un ton dubitatif, peut éviter les balles, et ta sœur, continua-t-il en dardant sur Isaac un regard furieux, a été paralysée par la « victime » du vampire. Bien-sûr, il a fait ça par magie, termina Warren avec un soupçon de dérision exaspérée dans sa voix.
- Euh… Pas tout à fait, dit Shawn, qui avait toujours été celui avec le moins d'auto-préservation.
- Ha ? demanda Warren, clairement exaspéré cette fois. Tu vas me faire croire que les sorciers existent, peut-être ?
Shawn haussa les épaules.
- Pourquoi pas ? Les vampires existent bien eux. Et Chris avait l'air assez persuadé que Draco a utilisé la magie.
Chris grimaça mais acquiesça néanmoins.
- Il a envoyé un rayon lumineux à Esther avec un bâton en bois et après elle ne pouvait plus bouger… du tout, rapportât-il d'une petite voix. Ensuite il s'est téléporté.
- Il s'est téléporté ? répéta Warren, incrédule, partagé entre l'envie de croire son fils et le bon sens.
- Deux fois, précisa Chris dans un souffle. Dans le mini van et après dans la ruelle.
Isaac hocha vivement la tête.
- Exactement ! Le vampire, Harry, ajoutât-il comme si ce détaille était important pour Warren, venait de mettre Ethan à terre. Il allait se jeter sur nous, il désigna Shawn et lui-même. Mais il s'est arrêté quand Draco est apparu juste devant lui, comme ça, d'un coup ! dit-il en faisant de grands gestes des bras.
- Et quoi ? Le vampire c'est juste… calmé quand l'autre est revenu ?
- Honnêtement, Warren ne savait pas quoi en penser. Rien dans cette situation n'avait de logique.
Isaac hocha la tête.
- Ouais, Draco à tendu son bâton et nous a envoyé un… Un sort ? En tout cas, ça nous a désarmé d'un coup. Après, le vampire grognait toujours, mais il ne nous a plus attaqué.
- C'est parce que Draco le tenait, précisa Shawn. Sans ça, il nous aurait déchiqueté. Il était vraiment en colère.
Warren soupira lourdement. « C'est de plus en plus fou » songea-t-il en secouant la tête. Depuis quand un humain était-il capable de retenir un vampire en colère ?
- Draco a dit… commença Chris en hésitant.
- Qu'est-ce qu'il a dit ? demanda Warren un peu moins sèchement en voyant comme son fils était pâle.
- Il a dit qu'il était le « calice » du vampire.
- Les calices sont des légendes !
Chris haussa les épaules et ne continua pas, les yeux rivés sur ses chaussures.
- Il avait quand même l'air drôlement convaincu de l'être, ajouta Shawn, un air buté sur le visage.
- C'est absurde, dit Warren avec hésitation.
- Pas plus qu'Esther qui ne peut plus bouger d'un pouce après s'être pris un rayon lumineux, appuya Isaac dont la frustration se lisait de plus en plus sur son visage.
La nuit avait été un fiasco total et les doutes insistants de Warren le mettaient sur les nerfs. Sa sœur jumelle était incapable de bouger depuis plusieurs heures maintenant, bon sang ! L'homme d'une quarantaine d'année dû s'en rendre compte puisque sa position s'adoucit. C'est bien plus calmement qu'il parla ensuite.
- Bien, Shawn, va chercher le docteur et allons voir Esther. Nous aviserons après.
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Les garçons l'avaient installée sur son lit puis étaient repartis pour déposer Ethan à l'infirmerie. Isaac lui avait promis de revenir rapidement et de rester avec elle jusqu'à ce que les effets du sort se dissipent. « Je me suis pris un sort » pensa-t-elle pour la vingtième fois au moins « Je me suis pris un sort… envoyé par un sorcier ». Vraiment, Esther ne s'en remettait pas, mais alors pas du tout. Mentalement et physiquement, pensa-t-elle avec amertume. Ça faisait maintenant plus de deux heures qu'elle était paralysée dans cette position inconfortable, les genoux fléchis, ni debout, ni complètement accroupie.
Bien-sûr, son frère avait pris soin de la coucher le mieux possible, mais ses muscles la faisaient affreusement souffrir, comme s'ils étaient toujours en tension et que son corps n'avait pas compris que tout mouvement était impossible.
Vraiment, rien n'allait. « Et Isaac qui ne revient pas ! A tous les coups, ils se sont faits prendre ».
Au moment où cette idée lui traversait l'esprit, une certaine agitation se fit entendre derrière la porte de sa chambre. Bien trop fort pour qu'il puisse s'agir des garçons en tout cas. Et effectivement, Warren fut celui qui entra en premier, sans prendre la peine de toquer, le pas conquérant. Derrière lui se tenait un homme long et sec comme une racine. Le docteur Denis.
Si elle avait pu, Esther aurait grimacé. La présence de Warren était déjà mauvaise en soi, mais Denis… Disons qu'Esther ne l'appréciait pas.
Le père de Chris s'approcha à pas vif d'elle et souleva les couvertures sans plus de cérémonie. Au vu de son visage froissé, l'homme n'était pas heureux d'avoir été sorti du lit à cette heure-là et espérait sans doute que sa paralysie ne soit qu'un canular.
Warren haussa un sourcil en voyant sa position anormale et s'agenouilla pour être à sa hauteur.
- Esther, est-ce que… il s'emblait indécis. Tu peux bouger quoique ce soit ?
Elle cligna des yeux.
- C'est tout ? demanda-t-il un peu dépité.
A nouveau, elle ferma les paupières et les rouvris. Warren se tourna vers Denis, qui arriva rapidement au-dessus d'Esther. Il darda ses yeux sévères sur elle, sa bouche pâle se déformant en une moue dédaigneuse.
- Voilà ce qui arrive quand on laisse une femme aller sur le terrain, susurra-t-il.
Esther est tout aussi douée que nous, si ce n'est plus ! dit immédiatement Isaac, toujours prompte à défendre sa sœur.
- Dans ce cas, j'imagine que c'est vous qui n'êtes pas assez doués, puisque vous avez laissé ce… sorcier, lui faire du mal, attaqua le médecin avec colère.
- Cette fois, les trois garçons semblaient avoir quelque chose à redire, puisqu'ils parlèrent tous en même temps.
Warren les fit taire très vite cependant.
- Ça suffit ! Nous règlerons ces questions plus tard, dit-il d'un air sombre, promettant que la discussion était juste remise. Denis, penses-tu pouvoir faire quelque chose ?
L'homme haussa ses épaules sèches et fit signe à Warren de lui laisser la place devant le lit. Il pencha son corps maigre vers Esther et l'observa d'un œil circonspect pendant quelques secondes. Il l'attrapa par les épaules et la fit pivoter sur le dos. Ses jambes suivirent bêtement le mouvement et Esther se retrouva dans une position très douloureuse.
Une larme lui échappa. Puis plusieurs autres. Les vannes étaient ouvertes maintenant.
- Pleures-tu à cause de ta stupidité ou parce que tu as mal ?
Esther avait tellement envie de lui cracher à la figure ! « Ou peut-être pas », pensa-t-elle en avisant la stature sévère de Warren.
En plus, son nez s'était mis à couler et elle ne pouvait même pas renifler !
- Bien-sûr, elle ne peut pas parler, fit Denis avec dédain. Je vais être obligé de supposer que c'est la douleur, même si ma première supposition est tout aussi probable selon moi.
- On se passera de ton avis, marmonna Shawn avec hargne.
Warren lui mit une tape à l'arrière du crâne et le jeune homme glapit de surprise plus que de douleur.
Denis fit comme s'il n'avait pas entendu la pique et sortit une seringue et un flacon de sa sacoche.
- C'est un antidouleur, expliqua-t-il même s'il se fichait des états d'âme d'Esther. Ça devrait agir rapidement.
Effectivement, Esther sombra rapidement dans un état semi-comateux et n'entendit rien à la suite de la discussion. La douleur se calmait enfin. De toute façon, elle en devinait aisément ce qui allait se passer ensuite. Denis aurait du mal à l'admettre, mais il ne pourrait rien faire de plus pour elle. Warren prendrait quelques minutes pour sermonner les garçons, puis retournerait se coucher. Isaac resterait avec elle toute la nuit. Shawn et Chris aussi surement.
C'est en se sachant bien entourée qu'Esther s'endormit.
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Harry caressa paresseusement le flanc nu de Draco et esquissa un petit sourire tendre quand celui-ci fronça le nez mais resta profondément endormi. Depuis le temps qu'ils vivaient tous les deux, Harry était habitué à observer son calice dormir pendant de longues heures, bien qu'il regrettât régulièrement de ne pas pouvoir en faire autant. S'il arrivait à dormir plus de deux heures d'affilées, Harry s'estimait heureux.
Aujourd'hui était assez exceptionnel. Il était encore au lit à midi. Leur nuit avait été agité à bien des égards et ils avaient tous deux eu besoin de dormir plus que d'habitude. Harry avait dormi presque trois heures - un record ! -, et Draco n'allait pas se réveiller avant plusieurs heures.
Ça voulait dire qu'Harry avait largement le temps de se lever, de se préparer puis de faire à manger pour Draco. Il pouvait bien paresser encore un peu et profiter du poids de son calice contre lui, décida-t-il.
Cependant, le son strident de la sonnette vint perturber ses plans. Harry pensa quelques secondes à ne pas se lever, mais qui que soit la personne derrière la porte, elle n'était pas décidée à partir et l'horrible son ne s'arrêtait pas.
Heureusement, pensa Harry avec humeur, Draco avait le sommeille lourd. Très lourd même.
Et parce que lui-même n'était pas exhibitionniste, il enfila le fin peignoir en soie que Draco lui avait offert avant de descendre.
A cette heure du jour, le soleil était haut dans le ciel et illuminait toute la maison. Harry plissa les yeux. Si le soleil ne lui faisait pas de mal à proprement parler, il restait désagréable.
Harry ouvrit la porte au haussa un sourcil en voyant qui était derrière. Devant lui se tenait deux adolescents, et un homme d'une quarantaine d'année à l'air sévère. L'homme était chauve, comme le petit binoclard qui ne pouvait qu'être son fils tant il ressemblait à l'adulte. Ils avaient la même peau ambrée et de grands yeux si sombres qu'ils étaient presque noirs.
Harry reconnu immédiatement le deuxième adolescent il s'était tenu debout, seul face à lui la nuit dernière. Il semblait bien plus jeune à la lumière du jour, mais ses grands yeux bleus fixaient Harry avec une hargne peu commune.
Les trois visiteurs portaient la même tenue militaire noir et le fixaient avec étonnement. « Ils ne doivent pas être habitués à voir un vampire en peignoir fleuri » ironisa intérieurement Harry.
- Vous êtes bien culottés pour oser venir ici après la nuit dernière, dit Harry en appuyant négligemment son épaule contre l'encadrement de la porte, dévoilant son torse nu sans y faire attention. Vous êtes venus finir le travail avec papa ? demanda-t-il d'un ton moqueur.
Face à lui, les trois hommes s'étaient raidis et le plus vieux avait prudemment posée la main sur la crosse de son arme, cachée dans sa veste.
Le silence devenait inconfortable.
- Eh bien ? demanda Harry, déjà lassé de ce petit jeu. Détendez-vous, je ne vais pas vous manger, ajoutât-il en esquissant un sourire plein de crocs.
Évidemment, la blague tomba à plat. Harry se gratta distraitement le crâne et mima un bâillement.
Finalement, l'adulte en face de lui prit la parole.
- Nous ne pensions pas que vous seriez-là, commença-t-il en l'observant attentivement, l'air de se demander s'il devait tirer d'abord et parler ensuite.
- J'habite ici, où voudriez-vous que je sois ?
Le plus vieux haussa les épaules et jeta un regard de reproche aux deux garçons qui l'accompagnait.
- Peu importe. Nous sommes venus voir… il hésita.
- Draco, le magicien, expliqua le plus petit des deux garçons, le chauve à lunettes.
Harry laissa échapper un petit rire.
- Il détesterait être qualifié de magicien, expliqua-t-il au trois autres, qui le regardaient comme s'il était fou. Quoiqu'il en soi, je ne peux pas vous laisser le voir.
- Pourquoi ça ? demanda le plus âgé avec méfiance en raffermissant sa prise sur son arme.
Le vampire leur accorda un sourire narquois et fit un clin d'œil au jeune homme qui n'avait pas encore parlé. Celui qui la nuit dernière s'était tenu seul face à Draco et lui, bien décidé à protéger ses amis. « Courageux » jugea-t-il avec approbation. « Orgueilleux aussi », pensa-t-il en se rappelant qu'il était armé d'un simple pieux en argent.
Le jeune brun se raidit et fronça les sourcils.
- Qu'est-ce que vous lui avez fait ? demanda-t-il avec hargne.
- Disons que je l'ai… fatigué, cette nuit, susurra Harry en esquissant un sourire suggestif. J'ai été plus gourmand que d'habitude.
Les joues des deux plus jeunes s'enflammèrent et Harry ricana presque.
- Il est toujours vivant donc ? demanda tout de même l'adulte en fronçant les sourcils.
Harry haussa un sourcil avant de les froncer à son tour, le regard assombri.
- Êtes-vous en train d'insinuer que j'aurai pu lui faire du mal ?
Sa voix était menaçante et aucun des hommes face à lui ne s'y trompa. Le silence s'éternisa.
- Et donc, pouvons-nous le voir ? insista le petit binoclard.
Harry les dévisagea avec incrédulité.
- Bien sûr, et vous voulez une tasse de thé aussi ? Avec un massage de pied ? le regard d'Harry brillait d'ironie mordante. Je ne vous laisserai pas entrer. Vous avez essayé de le kidnapper hier, et de me tuer accessoirement.
Il leur claqua la porte au nez mais resta derrière et écouta sans aucune honte leur conversation.
- Eh bien… je ne m'attendais pas à ça, dit celui avec les lunettes.
- Il fallait s'y attendre pourtant, après vos exploits d'hier soir, répliqua l'adulte d'un ton cinglant.
- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda l'autre adolescent. Esther ne peut toujours pas bouger.
Le pauvre avait l'air désespéré. Si Harry se souvenait bien des explications essoufflées que Draco lui avait murmurées après qu'il l'ait mordu, Esther était la fille à qui Draco avait jeté un sort paralysant. Normalement, elle aurait dû pouvoir bouger maintenant.
- On demande gentiment ? proposa celui à lunettes.
- Je ne vois que ça, acquiesça son père.
- Ou alors on sonne jusqu'à ce qu'il nous ouvre, et quand il nous fermera la porte au nez, on recommence. Jusqu'à ce qu'il change d'avis, proposa le troisième d'une voix forte, comme s'il s'adressait directement à Harry.
- Je pense que c'est une mauvaise idée Isaac, essaya de raisonner son ami.
Le vampire esquissa un sourire ironique. Son sourire dégringola quand la sonnette s'activa quand même. Mais c'est qu'ils allaient réveiller Draco en plus ! Son calice n'avait rien d'agréable quand il était réveillé avant l'heure.
C'est ce qui le décida à ouvrir la porte.
- Bien ! Je vois que vous vous montrez raisonnable, lança Isaac.
Clairement, il avait envie d'être frappé. C'était la seule explication.
L'adulte l'attrapa par les épaules et le ramena fermement derrière lui, loin du vampire.
- Ça suffit, Isaac ! Tu n'aides pas.
L'homme ramena son regard vers Harry et son visage se tordit. Il tendit sa main vers le vampire.
- Je m'appelle Warren et voici Christian, mon fils, dit-il en désignant le petit binoclard. L'insolent derrière moi s'appelle Isaac.
Isaac qui semblait très occupé à fusiller Warren du regard et ne prêtait plus attention au vampire. La remarque sur son insolence ne semblait pas lui avoir plu.
Warren finit par ramener sa main vers lui, Harry n'y ayant même pas jeté un œil. Il se racla la gorge et continua, déstabilisé par le silence du vampire, qui s'était pourtant montré plutôt loquace quelques minutes plus tôt.
- Nous sommes venus pour demander à votre ami, Draco, d'annuler le… il hésitât, comme si les mots qu'il allait dire étaient douloureux. Le sort qu'il a envoyé à Esther, la sœur d'Isaac.
Harry hocha la tête et se gratta distraitement le torse.
- Vous voulez qu'il la libère alors qu'hier soir, elle l'a forcé à monter dans un mini van pendant que ses amis, il désigna Chris et Isaac, essayaient de me tuer.
- Nous pensions qu'il était en danger, nous avons juste voulu le protéger ! s'exclama Chris.
- Bien sûr, susurra Harry. Ça excuse tout, n'est-ce pas ?
- C'est ça que vous voulez ? demanda Isaac d'une voix froide. Des excuses ?
Le vampire hocha la tête et darda sur le jeune impertinent un regard perçant.
- Ça serait un bon début, mais Draco m'en voudrait si je l'empêchais d'entendre ça.
Harry fit demi-tour et retourna à l'intérieur, laissant la porte grande ouverte derrière lui. Sur son porche, les trois hommes échangèrent un regard dubitatif, mais décidèrent tout de même de le suivre.
L'intérieur était très différent de l'image qu'Harry renvoyait. Tout y était impeccablement bien rangé et pas un grain de poussière ne volait dans l'impressionnant salon.
Les trois chasseurs manquèrent de siffler d'admiration en apercevant les grandes baies vitrées derrière lesquelles un grand jardin s'étendait.
- Je ne savais pas qu'il y a des jardins en plein centre-ville, souffla Chris d'un ton impressionné.
- Il n'y en a pas normalement, claqua une voix froide sur leur droite. Heureusement, la magie a de nombreux avantages.
Draco, majestueux dans sa robe de chambre anthracite descendait un large escalier de bois ciré.
- Tiens, déjà réveillé ? s'exclama Harry d'un ton joyeusement surpris.
Le grand blond termina de descendre les marches et vient se placer face à son vampire, les sourcils froncés.
- Évidement, puisque ma bouillotte a quitté le lit.
Harry passa une main délicate dans ses cheveux et lui fit un petit sourire canaille.
- Ha oui ? Je me demande bien d'où lui est venu cette drôle d'idée.
- Effectivement, on se le demande, ajouta Draco d'un ton dédaigneux, une lueur espiègle dans le regard.
Il se tourna vers ses invités indésirables quand Warren se racla peu discrètement la gorge. Son regard perdit quelques degrés et son visage se vida de toute expression positive.
- Eh bien… On peut dire que vous ne manquez pas de culot. Mais qu'importe, installons-nous, dit-il d'un ton badin en désignant le grand canapé de cuir blanc.
Les trois chasseurs hésitèrent, mais finirent par s'y installer silencieusement. Harry et Draco s'assirent en face d'eux et un petit silence désagréable s'installa.
Le calice haussa un sourcil inquisiteur en direction de Warren, qui soupira et fit les présentations, comme il les avait faites à Harry quelques minutes plus tôt.
- Ce qui nous amène à la raison de notre présence ici…
- Il faudrait que vous retiriez le sort que vous avez envoyé à Esther ! s'exclama Isaac, qui trouvait que la discussion s'étendait trop en politesse.
Draco haussa un sourcil et tournât son regard vers lui.
- Tu as l'air beaucoup plus jeune en pleine lumière, lança-t-il. Laisse donc les adultes parler entre eux, tu seras mignon.
Le jeune homme ferma la bouche et ouvrit de grands yeux mécontents, mouché par la répartie et son apparente mauvaise foi. Harry esquissa un sourire, espérant presque qu'Isaac répliquerai, parce qu'il fallait bien avouer que Draco et lui n'avaient pas l'air beaucoup plus âgés. Malheureusement, le jeune moldu ne semblait pas complètement ignorant sur les vampires, puisqu'il n'ajouta rien. Ou bien était-ce à cause des coups de coude que ses deux voisins lui avaient envoyés sans aucune discrétion.
Draco esquissa un sourire crâne et ramena son regard sur Warren.
- Donc, commença-t-il, le sort que j'ai envoyé hier à la jeune Esther ne s'est toujours pas dissipé.
Warren hocha la tête mais n'ajouta rien. Draco venait de claquer sa langue alors qu'il consultait l'heure, visiblement mécontent.
- Elle devrait en être libérée depuis six heures minimum, constata-t-il. Penses-tu que cela puisse être dû à sa condition de moldu ? demanda-t-il à Harry.
Celui-ci haussa les épaules et afficha une moue pensive.
- Peut-être… Elle pourrait tout aussi bien être plus sensible que la moyenne à la magie.
C'est possible, convint Draco. Cependant, la question est celle-ci : est-ce que je veux vraiment l'en libérer ?
Il se tourna vers les chasseurs, qui affichaient des expressions allant de la lassitude à la colère.
- Vous ne pouvez pas la laisser comme ça ! Elle souffre terriblement, s'écria Chris, largement appuyé par un hochement de tête d'Isaac.
Draco se pencha vers Harry et lui susurra à l'oreille, de manière complètement audible pour tous :
- C'est celui qui aime faire exploser des cervelles dont je t'ai parlé hier.
Harry hésitait. Devait-il mettre son poing dans la figure du garçon qui avait osé poser une arme à feu sur le visage de son calice ?
A côté de Chris, Warren s'était incroyablement tendu et se tenait manifestement prêt à intervenir pour défendre son fils. Harry décida qu'il n'avait finalement pas envie de tâcher le canapé avec du sang. Ils n'avaient emménagé que depuis une semaine, le mobilier était neuf.
- Nous sommes désolés, murmura soudain Isaac d'une voix si faible que seul Harry comprit vraiment ce qu'il avait dit.
Pourtant, tous avaient entendus son mince filet de voix et Draco fronça les sourcils.
- Peux-tu répéter ? demanda Draco. Personne n'a compris ton marmonnement.
Isaac pinça les lèvres, mais releva un regard déterminé vers Harry et son calice.
- J'ai dit : nous sommes désolés.
Draco garda un visage neutre, mais Harry savait bien qu'intérieurement, il jubilait. Pour peu, il aurait plaint le garçon, son calice pouvait se montrer fort désagréable quand il était dans cet état-là.
- Pourquoi exactement ?
- Pour tout.
- Pour tout ? répéta Draco avec amusement. Il est vrai qu'à ta place, moi aussi je m'excuserai d'être né, mais ce n'est pas à moi qu'il faut dire ça.
Isaac se teinta subitement de rouge, de la naissance de la gorge jusqu'au bout des oreilles. Harry étouffa un ricanement.
- Nous sommes désolés de vous avoir attaqué, précisa-t-il en regardant Harry. Et de vous avoir kidnappé, ajouta-t-il précipitamment en voyant le sourcil haussé de Draco. C'était un malentendu.
- D'accord, fait Draco avant de se tourner vers Chris. A ton tour maintenant.
Le vampire était presque déçu. Draco l'avait habitué à mieux que ça. Cependant, il comprit rapidement qu'il en avait plus après Chris qu'après Isaac. Le fils de Warren devait l'avoir compris aussi puisqu'il n'hésitât pas une seconde.
- Je suis désolé aussi d'avoir essayé de vous kidnapper, il continua sous le regard insistant de Draco. Et de vous avoir menacé avec mon arme.
- Et c'est tout ? claqua Draco.
- D'avoir essayé de tuer Harry aussi, ajouta Chris. Visiblement, nous nous sommes mépris sur ses intentions.
A ces mots, Harry éclata de rire.
- Mais pas du tout voyons ! J'étais bien en train de le mordre ! Et j'avais pleins…
Il se tut quand Draco lui envoya une petite tape sur le bras.
- Ces messieurs n'ont pas besoins des détails scabreux.
Harry haussa les épaules, plutôt heureux du regard satisfait qu'affichait Draco, malgré sa remarque. Il y en avait au moins un qui s'amusait ici.
Pourtant, Harry sentait qu'un léger malaise subsistait chez son calice, sans arriver à mettre le doigt dessus. Le problème du lien entre le vampire et le calice était assurément son manque de précision, si vous lui demandiez son avis.
Il était déjà bien assez envahissant selon Draco. Harry n'avait pas besoin de pouvoir différencier la faim d'une envie pressante. Ça serait bien trop gênant, merci bien.
- Tu as faim ? demanda abruptement Harry.
Les trois chasseurs ouvrirent de grands yeux, surpris par un changement de sujet aussi radicale.
- Les joues de Draco s'enflammèrent. Il se pinça l'arrête du nez et soupira lourdement.
- Combien de fois devrais-je te dire de ne pas faire ça quand il y a du monde autour de nous ?
- Désolé, mais tu as faim, oui ou non ? insistât Harry, pas plus chagriné de se faire remonter les bretelles que ça.
Draco jeta presque un regard désespéré à Warren et se tourna complètement vers son compagnon.
- Tu sais bien que oui ! Tu as tellement bu hier soir que j'ai presque eu du mal à sortir du lit ce matin ! J'ai dû prendre une potion de régénération sanguine.
Harry se leva immédiatement et sortit du salon, une moue dégoutée sur le visage. Les potions de régénération sanguine donnait un arrière-goût désagréable au sang. Il devait donc se dépêcher de lui préparer un repas pour éviter que son calice n'en boive une deuxième. Évidemment, il savait que Draco pourrait se défendre si les trois chasseurs assis sur leur canapé décidaient de faire quelque chose d'inconsidéré. Pourtant, Harry en doutait. Ils étaient étonnements dociles depuis leur entrée.
- Stupide vampire à la noix, marmonna Draco, faisant ricaner Isaac.
Draco le fusilla du regard.
- Toi, si tu veux que je libère ta sœur, il vaudrait mieux que tu gardes tes ricanements.
- Ça veut dire que vous allez l'aider ? osa Warren.
Le calice haussa les épaules.
- Bien sûr, je ne suis pas un monstre après tout. Mais il va falloir que vous m'expliquiez quelques petites choses en échange.
Warren afficha un air méfiant mais l'incita à continuer d'un geste de la main. Le sourire de Draco fut carnassier.
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- Et il a dit oui ? demanda Harry, incrédule.
Draco, assis à la table de la cuisine, enfournait une quantité impressionnante de nourriture. La bouche pleine, il hocha la tête, avala sa bouchée de gratin, but une gorgée d'eau et parla.
- A vrai dire, il n'a pas été bien difficile à convaincre quand je lui ai fait remarquer que je suis le seul sorcier qu'il connaisse.
- Tout de même, nous donner des informations sur son groupe de chasseurs…
- Draco haussa les épaules.
- Évidemment, il ne nous dira pas tout, mais je crois qu'il a entendu mes arguments.
- A savoir ?
- Que nous allons vivre ici pour au moins quelques années, à côté d'eux, et qu'il serait donc bon que nous sachions à quoi nous attendre, expliqua Draco. Et ce qu'il faut éviter de faire pour qu'ils ne nous attaquent pas, la carte de leur territoire par exemple, ou ce qui leur fait choisir d'attaquer un vampire plutôt qu'un autre…. Ce genre de choses.
Harry opina de la tête et resservit son calice.
- Quand y allons-nous ? demanda-t-il quand Draco eu finit sa troisième assiette de lasagnes.
- Quand il nous appellera, répondit le calice. Il doit d'abord négocier notre venue dans leur quartier générale. De ce qu'il m'a dit, ça pourrait prendre du temps, les vampires n'y sont pas les bienvenus.
- C'est surprenant, répliqua sarcastiquement Harry.
Je trouve aussi. Ceci dit, si tu acceptais que j'y aille seul…
- C'est hors de question ! Outre le fait qu'ils ont l'air de penser que les calices sont une légende, ils n'avaient jamais entendu parler des sorciers avant hier soir. Qui sait quelles expériences ils pourraient avoir envie de faire.
Draco soupira mais n'ajouta rien, Harry avait raison pour une fois. Il entamait son dessert -Harry était un cuisinier fantastique, surtout si on considérait qu'il ne pouvait pas manger ce qu'il préparait – quand le téléphone de Draco sonna. Il décrocha.
- Bien sûr que c'est moi, qui voulez-vous que ce soit ? … D'accord, nous arrivons dans quelques minutes… Évidemment que je l'emmène avec moi, le contraire n'est même pas envisageable… Bien.
Il raccrocha sèchement, les sourcils froncés. Harry, qui n'avait pas écouté les réponses de l'interlocuteur de Draco par respect, haussa un sourcil interrogateur.
- C'était Warren. Il a essayé de me convaincre de venir seul, expliqua-t-il laconiquement. Il était un peu trop insistant à mon goût.
- Tout leur petit groupe m'a l'air bien insistant de manière générale, commenta Harry en se levant.
- J'en connais un autre comme ça, répliqua Draco en fixant le vampire narquoisement.
- Je ne vois pas de qui tu parles. Où allons-nous ?
Draco ricana mais n'ajouta rien d'autre. Harry savait très bien de qui il parlait.
- Dans l'entrepôt du quai 12, canal de Buttermilk.
- Ha, d'accord. Leur quartier général est sur les quais ? Dans un entrepôt ? s'interrogea Harry, un peu incrédule.
- Je n'en sais rien, Draco haussa les épaules. C'est peut-être un lieu de rendez-vous neutre, proposa-t-il.
- Mouais. Tu sais où c'est ?
- Non, avoua le calice. Mais Google Maps saura.
Harry pouffa de rire. Depuis que les smartphones moldus avaient été inventés, Draco était fou du sien et ne s'en séparait que rarement. Étrangement, Harry avait plus de mal à se faire à toutes ces nouvelles technologies.
- Heureusement que Saint Google est là, commentât-il dramatiquement en levant les bras au ciel. Que ferions-nous sans lui ?
Draco leva les yeux au ciel devant les pitreries de son vampire.
- Cesse de faire l'imbécile et viens. Nous y allons par transplanage.
- Chef oui chef !
Harry s'accrocha au bras de Draco et ils disparurent avec un crac sonore.
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Les quais étaient bruyants, encombrés et pleins de vie. Draco les avait faits transplaner derrière un grand conteneur, juste devant un ouvrier sidéré. Le pauvre bougre en avait lâché sa boite à outils de surprise, beuglant comme un âne apeuré. Le sortilège de Draco avait eu le mérite de le faire taire.
- Tu y es allé un peu fort avec ton oubliette non ? demanda Harry en avisant avec circonspection l'ouvrier, qui observait son environnement avec un air ahuri.
Draco haussa les épaules, mal-à-l'aise.
- Les sortilèges de mémoire n'ont jamais étés mon fort. Tu crois qu'il va aller bien ?
- Excusez-moi ? demanda soudain l'ouvrier en se tournant vers eux, les yeux écarquillés. Est-ce que vous savez où nous sommes ?
Harry et Draco grimacèrent.
- Nous sommes à New-York, répondit doucement Harry. Sur le canal numéro 12.
L'homme cligna comiquement des yeux, haussa les épaules, fit demi-tour et s'éloigna d'eux en marmonnant. Il revint brusquement sur ses pas pour récupérer ses outils puis s'en alla à nouveau.
Les deux jeunes hommes l'observèrent quelques instants, incertains.
- Il ira bien, affirma finalement Harry, avec plus de convictions qu'il n'en avait vraiment.
- Oui, c'est évident, opina Draco avec scepticisme.
- Nous devrions nous dépêcher, sinon nous serons en retard.
Après un dernier coup d'œil à l'ouvrier, ils se mirent en route. Le quai possédait un seul entrepôt, aussi n'eurent-ils aucun mal à trouver. Un fourgon noir aux vitres teintées était garé devant. Warren les attendait, appuyé sur la porte du hangar. Il avait l'air calme.
- Son cœur bat vite, souffla Harry alors qu'ils s'avançaient tranquillement vers le chasseur.
- D'accord. Qu'est-ce que tu sens d'autre ? demanda Draco sur le même ton, l'esprit soudain plus alerte.
C'était le genre de situation où le vampire sollicitait énormément ses sens surnaturels. Ce matin, Warren lui avait semblé honnête lorsqu'il avait demandé leur aide pour libérer Esther du sortilège de Draco, mais Harry aurait été stupide de lui faire confiance pour autant. L'homme était un chasseur, qui vivait apparemment avec toute une bande de chasseurs, et ni Draco ni lui ne l'avaient oublié.
Harry prit une longue inspiration, essayant de détecter la moindre odeur suspecte.
- Le sel et l'essence prennent le dessus sur tout le reste, dit Harry. Je n'aime pas ça. Ça ne ressemble pas vraiment à une base de chasseurs de vampires, continua-t-i. Il y a trop de monde par ici, ça n'a rien de discret.
La méfiance de Harry commençait doucement à inquiéter Draco. En général, le vampire avait des instincts assez fiables. Sans en avoir l'air, ils ralentirent le pas.
- Qu'est-ce qu'on fait ? On ne peut pas laisser la gamine dans cet état, susurra Draco entre ses lèvres pour que le chasseur -qui n'était plus si loin- ne l'entende pas.
- Vigilance constante, répliqua Harry. Au moindre bruit ou mouvement suspect, nous partons.
Draco ne répondit rien. Warren venait de les héler.
J'ai bien cru que vous ne viendriez pas finalement, dit-il avec un sourire froid en parlant fort. Je vous attends depuis un moment.
- Nous avons étés retardés en chemin, expliqua laconiquement Draco. Mais nous sommes là maintenant. Vous avez ce que je vous ai demandé ?
- J'ai eu du mal à convaincre mes collègues, mais oui, répondit Warren en se détournant pour ouvrir la porte de hangar. Je vous donnerai tout ça quand vous aurez examiné Esther. Vous venez ? Elle est à l'intérieur.
L'intérieur de l'entrepôt était sombre, faiblement éclairé par des néons blafards et clignotants. L'odeur d'essence était si forte que même Draco fronça le nez. A côté de lui, Harry s'était imperceptiblement tendu et venait de passer un bras possessif autour de ses épaules. Il y avait beaucoup de battements de cœur dans cet entrepôt, qui était pourtant très silencieux aux oreilles humaines. Les sens en alerte, Harry guettait, prêt à intervenir.
Ils marchèrent quelques mètres, puis Warren s'engagea vers une pièce à leur droite. C'était l'ancien frigo du hangar apparemment. La température y était fraiche, agréable en ce plein mois d'aout. Au centre, Esther était installée sur un brancard et près d'elle se tenait un homme grand, pâle, à la limite de rachitisme.
- Je vous présente notre docteur, Denis.
L'homme les observait avec méfiance et hocha sèchement la tête pour les saluer. Draco en fit de même et s'approcha d'Esther, le vampire sur les talons. La pauvre était allongée dans une position étrange, figée dans un mouvement semi-accroupie. Sa peau était blafarde sous les néons blancs et d'anciennes traces de larmes couvraient ses joues.
Le calice approcha un peu plus, observant attentivement sa patiente.
- Je vais la scanner avec ma baguette, expliqua-t-il en faisant glisser le bâton caché dans sa manche dans sa main.
Le docteur Denis observait la scène avec circonspection et sursauta violement quand le bout de la baguette s'illumina après une incantation de Draco. Le blond passa alors sa baguette au-dessus du corps de la jeune fille, entièrement concentré sur les informations que lui envoyait le signal magique.
- Ça risque de durer un moment, expliqua Harry pour les deux chasseurs. Je suis surpris que les gamins de ce matin ne soient pas là.
- Ils sont punis, répliqua Warren. Nous leur avons interdits de venir.
Harry hocha la tête, un silence épais et dérangeant les entouras, seulement brisé par les marmonnements de Draco.
- Il sait ce qu'il fait au moins ? demanda le docteur Denis avec scepticisme.
- Bien-sûr, Draco est un médicomage de renom, répondit Harry d'un ton détaché.
Son attention était concentrée sur les bruits qu'il entendait aux alentours. C'était discrets, seulement quelques petits chuintements, grincements, raclements et frottements. Comme si des souries se déplaçaient autours d'eux… De grosses souries. De plus, une odeur désagréable lui chatouillait les narines. Poudre, devina-t-il à moitié surpris. Évidemment, les chasseurs allaient essaye de les doubler.
Sans rien laisser paraitre, il s'approcha de Draco et posa une main délicate sur son épaule, faisant mine de s'intéresser à l'état de la jeune fille.
- Alors, demanda-t-il, tu trouves quelque chose ? demanda-t-il l'air de rien.
Surpris, Draco haussa un sourcil délicat. Harry savait bien qu'il ne fallait pas l'interrompre lorsqu'il scannait magiquement quelqu'un. Maintenant sur ses gardes, il répondit tout de même.
- Je n'en ai plus pour très longtemps, mais je pense que ta théorie était la bonne.
- Hyper sensibilité à la magie ?
Draco hocha la tête, à nouveau concentré sur sa patiente. Il marmonna et sa baguette s'éteignit doucement.
- Elle va avoir besoin de potions, conclu-t-il en posant une main délicate sur le poigné d'Esther, qui le regardait du coin des yeux avec curiosité et soulagement. Son calvaire était bientôt fini.
Contre lui, Harry s'était imperceptiblement tendu.
- Ça me rappel un peu notre voyage à Venise en 2004, dit Harry d'une voie calme.
Aussitôt, Draco fut sur ses gardes et il raffermit imperceptiblement sa prise sur sa baguette.
- La lumière était vraiment magnifique, continua Harry.
Le reste alla très vite.
Un groupe d'hommes armés défonça la porte, fusils braqués sur le couple. Au même moment, Draco, qui avait compris le sous-entendu immédiatement, fit s'éteindre toutes les lampes de la pièce d'un coup de baguette.
Soudainement privé de lumière, les chasseurs s'agitèrent.
Allumez vos frontales, bon sang ! s'écria Warren en sortant son arme de poing.
Seulement les lampes frontales des hommes ne purent que mettre en lumière l'absence flagrante du vampire et de son calice.
- Eh merde ! jura Warren. Je savais que c'était une mauvaise idée !
- Monsieur, dit alors l'un des chasseurs en arme. Ils ont aussi emmené Esther.
Effectivement, constata Warren avec hébétude, le brancard était vide.
- Où pensez-vous qu'ils sont allés ? demanda l'homme qui avait parlé plus tôt.
- Surement chez eux, fit Warren, dangereusement pâle. Allons-y immédiatement.
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- Vites, ils seront bientôt là, s'écria Draco dès qu'ils eurent posés un pied sur le sol du salon. Va activer les protections de sang, ordonna-t-il à Harry, je m'occupe d'elle.
- Esther était un poids mort dans ses bras, toujours immobile.
- Pourquoi est-ce que tu l'as emmenée, par le sang ! s'exclama Harry en détaillant la jeune fille. Oh, et puis laisse tomber, je sais pourquoi tu l'as fait !
Il tourna les talons et se dirigea au pas de course dans la cave. La pièce avait été réaménagée par le couple juste après leur emménagement. Le sol et les murs étaient peints de nombreux pentagrammes bruns et une pierre de cristal, énorme et étincelante, flottait au centre de la pentagrammes bruns. Un cristal énorme, scintillant de blanc flottait mollement au centre de la pièce. Sans hésitation, pressé par l'urgence, Harry se dirigea vers le cristal. Il s'entailla les paumes et les posa à plat sur la pierre, paupières fermées de concentration.
Semblant animée d'une vie propre, la gemme s'anima, pompant le sang offert en son sein comme un cœur. Le vampire ouvrit les yeux, révélant ses pupilles, qui s'étaient complètement teintés d'un rouge luminescent.
Il commença à marmonner dans une langue étrange et les fondations de la maison tremblèrent.
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Dans le salon, Draco s'était posté à une fenêtre et fixait attentivement la rue. Pour l'instant rien ne bougeait dehors, si ce n'est quelques promeneurs.
Quand la maison se mit à trembler légèrement, il émit un petit soupir soulagé. Les protections de sang se mettaient en place. Ils seraient bientôt invisibles aux yeux du monde.
Harry arriva quelques secondes plus tard, le teint pâle et les mains en sang. La maison avait arrêté de s'agiter. Il vint se poster près de Draco, scrutant lui aussi la rue.
- Tout est en place ? demanda Draco sans que ce ne soit vraiment utile.
- Bien sûr.
Le calice détourna les yeux de la vitre et observa son compagnon.
- Je soignerai ça ce soir, dit-il en effleurant délicatement les mains d'Harry.
- Je sais, répondit-il avec un petit sourire.
Ses sourcils se froncèrent et il désigna l'extérieur d'un signe du menton.
- Regarde.
Dehors, trois véhicules noirs aux vitres teintées venaient de s'arrêter, bloquant la circulation. Une douzaine d'hommes armés et cagoulés en sortirent vivement. Plusieurs passants firent demi-tour en courant, clairement apeurés, pendant que les quelques automobilistes présents dans la rue essayaient tant bien que mal d'en faire autant.
Sans s'en soucier, Warren -ça ne pouvait qu'être lui d'après Harry-, fixait l'espace ou aurait dû se trouver la maison en faisant de grands gestes à ses collègues.
- Effectivement, commenta laconiquement Draco, les protections sont bien en place.
- Évidemment, souffla Harry. Les voisins ne se souviennent même pas qu'il y a eu une maison ici. Il faudra tout de même passer rapidement aux archives pour en faire disparaitre toute mention. Le sort à ses limites.
Draco opina puis se désintéressa du spectacle que donnaient les hommes en uniforme devant ses fenêtres. Ils semblaient furieux et discutaient avec animation. Des éclats de voix parvenaient même à Harry au travers des vitres.
Autour d'eux, la rue s'était vidée et Harry devinait que la police n'allait pas tarder à arriver, alertée par les habitants du quartier.
Draco s'était redirigé vers Esther, dont les yeux paniqués le fixaient avec un mélange intéressant de peur et de détermination.
- Ne t'inquiète pas, commença Draco, je n'ai pas prévu de te faire du mal. Même si les tiens ont essayé de nous doubler.
Il lui fit un petit sourire fatigué et haussa les épaules.
- C'était prévisible. Je vais aller chercher de quoi te guérir.
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Esther passait une journée horrible. Non, en fait, tout était horrible depuis la veille au soir, quand elle s'était prise ce foutu sortilège. Depuis, elle ne pouvait plus bouger, ses muscles tiraient affreusement, elle avait faim, soif et Par tous les Saint ! sa cuisse gauche la démangeait terriblement sans qu'elle ne puisse rien y faire.
En fin de matinée, Warren était venu la voir pour lui annoncer que les négociations s'étaient bien passées, et qu'elle allait être libérée dans la journée. Sauf que ! Évidemment rien ne s'était passé comme prévu. Les membres de l'organisation avaient voulu jouer aux plus malins et avaient décidé d'arrêter le vampire et l'homme qui l'accompagnait.
Ça n'était pas surprenant en un sens, l'homme prétendait être un calice -ce qui était aberrant ! - mais en plus, il avait des pouvoirs qu'aucun d'entre eux ne connaissaient. Autant de raisons valables pour en faire le nouveau sujet d'étude préféré du docteur Denis et de son équipe scientifique.
Esther était encore en formation, et son truc à elle c'était le terrain, mais elle n'était pas sans savoir que parfois, les cibles n'étaient pas éliminées. Elles servaient de sujet d'étude, pendant des années, dans le but d'améliorer les armes qui étaient mises à leur disposition. Les bruits de couloirs parlaient même d'avancées majeur dans l'éradication du virus vampirique, sans que tout ne soit encore vraiment au point.
Toujours est-il que l'équipe scientifique, en voulant attraper Harry et Draco s'était heurté à plus fort qu'eux, si elle en jugeait la situation actuelle. Parce que le plan, à la base, était de les capturer, puis d'obliger le grand blond à la soigner, pourquoi pas en faisant pression sur lui par le biais du vampire. Il n'avait jamais été question qu'elle se fasse emmener de force, par une espèce de téléportation qui donnait la nausée, pour se retrouver allonger sur le canapé en cuir du couple.
Et alors qu'elle pensait que sa dernière heure était arrivée -parce que soyons honnêtes, il aurait été logique que le vampire l'élimine en représailles du piège qui leur avait été tendu- elle se retrouvait maintenant à être forcée d'avaler une mixture répugnante, pâteuse et vraiment peu ragoutante.
- Ça va vite faire effet, dit Draco en reposant le flacon. C'est un décontractant musculaire.
Il déboucha une autre fiole et lui fourra le contenu dans la gorge, avant d'enchainer sur une troisième fiole.
- Avec tout ça, tu iras mieux dans quelques minutes.
Si vous vouliez l'avis d'Esther, il était plutôt en train de l'empoisonner, voilà tout. On ne pouvait pas faire confiance aux vampires et à ceux qui les soutenaient. En plus, sa vision était maintenant en train de s'obscurcir et sans pouvoir s'en empêcher, ses yeux se fermèrent.
Au moins, il avait eu la délicatesse de faire disparaitre la douleur. Elle avait toujours pensé que sa mort serait valeureuse et palpitante, tombée au combat face à un vampire, ou même tout un clan. Mais finalement, cette façon n'était pas si mal, c'était plus paisible.
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Isaac, Chris et Shawn avaient été furieux quand on leur avait interdit de participés à l'opération. D'autant qu'ils pensaient, visiblement avec raison, que c'était une mauvaise idée. Cependant, Warren et les autres membres du groupe avaient considérés que c'était une occasion à ne pas manquer.
Autant dire que leur retour, bredouille et surtout sans Esther, avait rendu fou Isaac. Depuis il tournait comme un fou dans la chambre d'Ethan, marmonnant dans sa barbe et prévoyant déjà plusieurs plans d'évasions pour aller récupérer sa sœur.
Ethan, semi allongé dans son lit, la tête bandée et le teint pâle, avait laissé tomber l'idée de le calmer. Il observait son ami avec dépit, espérant que Shawn et Chris, partis espionner la réunion d'urgence qui se tenait en ce moment même, reviendraient bientôt. Et si possible avec du concret, songeât-il en observant Isaac s'acharner sur la poignée de la porte. Celle-ci était bloquée, Chris avait estimé qu'Isaac était trop agité pour venir avec eux et ne pas se faire repérer.
- Ça suffit, s'exclama -pour ce qui devait être la vingtième fois- Isaac. Je vais sortir de cette chambre et aller m'expliquer avec ces abrutis du commandement ! Ils ont intérêt à faire ce qu'il faut pour retrouver Esther.
Ethan échappa un soupir.
- Et comment est-ce que tu comptes sortir exactement ?
Isaac, qui y réfléchissait depuis une bonne heure, recula de la porte et carra les épaules.
- C'est une blague ? s'exclama Ethan, visiblement outré. Tu crois vraiment que tu vas réussir à défoncer ma porte ? Et de toute façon, dit-il en le voyant reculer davantage pour prendre son élan, je t'interdis de défoncer ma porte !
L'autre jeune homme émis un grognement pour toute réponse et quelques secondes plus tard, son épaule se fracassa contre la porte, sans que celle-ci ne bouge.
Ethan se pinça l'arrête du nez puis éjecta les couvertures qui couvraient ses jambes. C'est pieds nus qu'il s'approcha d'Isaac, qui se massait douloureusement l'épaule.
- Allez, arrête, dit doucement Ethan en attrapant son ami par la nuque pour venir caler sa tête contre son épaule. Tu vas te faire mal.
Isaac s'appuya contre lui, les bras ballants le long du corps.
- Ils m'ont pris Esther, dit-il d'une petite voix.
Ethan resserra son étreinte. Il le dépassait de plus d'une tête depuis sa dernière poussée de croissance.
- Je sais, nous allons la retrouver.
- Je leur avais dit que c'était une mauvaise idée ! Même Chris n'était pas d'accord !
Chris était connu pour ses actions réfléchis et ses tactiques, souvent fiables, comme celles de son père. Seulement voilà, ils n'étaient pas majeurs et leurs voix n'avaient pas comptées dans le débat. L'intérêt de la communauté avant celui de l'individu.
Si tout cela c'était passé un mois plus tard, Ethan aurait pu prendre part au débat.
- Je voudrai revenir en arrière et ne jamais vous avoir trainé dans ce bar. Sans ça, nous ne serions jamais tombés sur ce vampire et rien ne serait arrivé.
- Tu n'as rien fait de mal Isaac, dit Ethan d'une voix calme. Tu voulais juste faire la fête. Et nous avons décidés tous ensemble de le surveiller sans l'aval du commandement. Nous avons pris cette décision tous ensemble, insistât-il.
Isaac se recula et lui fit un petit sourire penaud.
- Tu as raison, ça ne sert à rien de se morfondre.
Puis il fronça les sourcils, soudain inquiet.
- Tu ne devrais pas être debout. Le doc a dit que tu devais rester allongé.
Ethan lui fit un petit sourire canaille et hausse les épaules.
- Je n'allais quand même pas te laisser défoncer ma porte sans rien faire. Tu t'en moques peut-être, mais j'en ai besoin si je veux continuer à faire la grasse matinée !
Isaac ricana et traina son ami vers le lit, le poussant à se recoucher.
- Arrête de mentir, tu es incapable de dormir au-delà de six heures.
- L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt tu sais, expliqua Ethan en souriant, heureux que sa distraction ait marchée.
Isaac n'eut pas le temps de répondre, son téléphone se mit à vibrer avec insistance dans la poche de sa veste. C'était le numéro de sa sœur. Il décrocha vivement.
- Esther ! J'étais tellement inquiet, tu… Oui ?... Oui je suis son frère… D'accord, est-ce qu'elle va bien ?... D'accord, j'arrive. Merci.
La conversation avait été rapide et Ethan n'en pouvait plus, il n'avait pas de super sens pour entendre une conversation à travers un téléphone sans hauts parleur.
- C'était le Presbyterian Hospital. On leur a amené Esther il y a quelques minutes.
- Et ? s'impatienta Ethan. Elle va bien ? Qui l'a amené ?
- Apparemment elle va bien, elle aurait fait un malaise à cause de la déshydratation pendant son jogging. Ce sont deux promeneurs qui ont prévenus les pompiers.
Ethan fit de grands yeux et secoua la tête.
- Un jogging ? Ça n'a aucun sens !
- Je sais, acquiesça Isaac. Mais l'important est qu'elle aille bien et qu'on sache où elle est.
- C'est vrai. Eh bien, qu'est-ce que tu attends pour aller la voir ? demanda Ethan en souriant.
- Je croyais que je n'avais pas le droit de défoncer ta porte ?
Ils éclatèrent de rire, la pression et l'inquiétude retombant enfin.
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Penché sur les mains d'Harry, Draco essayait tant bien que mal de le soigné.
- Je déteste la magie vampirique, elle laisse toujours des traces affreuses !
- Je sais, mais c'est tout de même bien pratique, répondit Harry en lui souriant affectueusement.
- Certes, acquiesça Draco en pinçant les lèvres. Tu t'améliore d'années en années. Il n'y a pas si longtemps, j'aurai dû venir te chercher dans la cave toutes tes forces y seraient passées.
- La dernière fois commence à dater quand même, bougonna Harry pour la forme.
Draco ne répondit rien, se contentant d'un petit ricanement.
- Cette journée a été complètement folle, commenta Harry. Ça ne nous était pas arrivé depuis Venise.
Draco releva la tête à la mention de « l'affaire Venise » comme il l'appelait et esquissa un petit sourire coquin.
- Tu te souviens de la façon dont ça c'était terminée ? souffla-t-il d'une voix chargée de désire
- Bien-sûr, répondit Harry dans un murmure. Tu as bientôt terminé ? J'aimerai retenter l'expérience…
Draco lui fit un grand sourire complice et fit venir à lui divers flacons avec empressement.
- Je vais me dépêcher.
FIN?
Finalement j'ai réussi à pondre ce chapitre, après beaucoup de réécritures! Il a tardé à venir, mais comme je n'avais -presque- rien promis en terme de dates, tout va bien...
Bref, J'espère que tout ça vous aura plus!
Un petit commentaire? Est-ce qu'une suite sur "l'affaire Venise" vous intéresserait?
Je voulais aussi absolument remercier TOUTES les personnes qui ont commentées le 1er chapitre, notamment celles à qui je n'ai pas pu répondre! Tout ça m'a vraiment fait chaud au coeur! Sans ça, je crois que je n'aurai pas écrit cette suite...
Des bises! Et merci d'avoir lu!
