Bonjour à tous et à toutes !

Cette histoire est une œuvre de fiction, inventée pour le divertissement. Je ne possède évidement pas les œuvres de Tolkien !

Je note cette histoire comme étant une UA car j'ai pris une certaine liberté vis-a-vis de l'univers et des personnages, notamment Legolas ici considéré comme un adolescent. Elle est écrite à la première personne, du point de vue de Legolas (pourquoi ? Eh bien je l'avais commencé comme ça il y a plusieurs années et j'ai décidé de continuer sur cette lancée).

En espérant que vous apprécierez !

Chapitre 1 : Pierre qui roule...

Sa tête était douloureuse et son corps entier refusait de lui obéir. Ses yeux étaient ouverts mais son regard était aussi trouble que s'il s'était perdu dans du brouillard. Il n'arrivait pas à se concentrer sur un point fixe. Son esprit entier était confus et se refusait d'avoir des pensées cohérentes.

-Non...pas comme ça...

Une main prit son visage et l'inclina légèrement en arrière.

-Voilà...parfait...

Il s'enfonça un peu plus dans le brouillard.

Cinq jours plus tôt...

Être seul était censé aider à réfléchir. Pour moi, c'était différent. Il y avait toujours ces voix qui me suivaient, partout où j'allais.

Les elfes avaient la capacité de percevoir les auras de leurs semblables et d'interagir avec elles. Un peu comme les chauves-souris se servaient de leur radar pour localiser leur environnement, seulement en beaucoup plus complexe, ou encore comme l'instinct des prédateurs, ce picotement dans la nuque qui vous indiquez que la personne en face de vous était un supérieur. C'était exactement la sensation que je ressentais en présence de mon père, le roi Thranduil.

Nos auras nous permettaient également d'établir un lien avec nos familles, nos âmes sœurs, de reconnaître la noirceur d'un cœur et la pureté d'un autre, de sonder la fragilité d'un corps ou d'un esprit. De première fonction, l'aura d'un elfe était purement un détecteur. Dans de rares cas, elles nous permettaient de nous battre et de nous défendre. Par exemple, je savais que mon père était capable de créer un bouclier défensif autour de lui durant quelques minutes, que le Seigneur Glorfindel d'Imladris avait sa force décuplée et que Sempiternel, un des chefs sylvains de la forêt, apaisait quiconque il touchait jusqu'à le faire sombrer dans le sommeil. Cet honneur n'était pas donné à tous et pouvait laisser des séquelles : les auras turbulentes pouvaient ainsi tuer, sortir de leur enveloppe corporelle et ne laisser qu'une coquille sans âme ou se tordre en des choses si atroces qu'il était préférable de tuer l'elfe en question.

L'éclat de notre aura témoignait de la puissance de notre âme et de notre corps, de l'harmonie des êtres parfaits que nous étions censés représentés.

La mienne était si faible qu'elle en était indiscernable.

A mesure que je grandissais, elle s'était affaiblie et était devenue juste assez forte pour que je puisse être identifier comme un elfe.

Les rumeurs prétendaient que c'était une malédiction des Valar, une manière de faire payer à ma mère les crimes qu'elle avait commis.

Il y des centaines d'années, l'ancienne reine Niamh avait empoisonné le roi avant de s'enfuir en forêt au cœur de l'hiver avec son fils, encore bébé, de lui faire avaler des baies de houx et de l'y abandonner à sa mort, se volatilisant sans que personne ne le revit jamais.

J'étais convaincu qu'il y avait une part de faux dans cette histoire, que ma mère n'aurait jamais pu faire ça malgré le fait que je me rappelais le froid, le silence de la forêt, les petites baies rouges responsables de tant de douleurs et les dernières mots qu'elle m'avait prononcée : « Reste ici, ne bouge pas. Je reviens vite. » Elle n'avait pas tenu sa promesse.

C'était Cinnamon, un sylvain, qui m'avait trouvé et amené en urgence auprès des siens. Dans Eryn Lasgalen, tous les elfes ne s'étaient pas rangés aux côtés de Oropher à son arrivée dans la forêt. Quelques uns choisirent de rester en clan dans une partie isolée des bois, à l'écart. Une chance qu'il m'ait trouvé ce jour-là.

Je fus soigné et abrité par ce groupe d'elfes étrangers. Plus les jours avancés, plus une douleur lancinante s'installait dans ma poitrine. Mon âme d'enfant cherchait une présence familière proche, celle de mon père.

Mon retour au palais fut confus. Je redécouvrais des inconnus, je redécouvrais mon père. Nos premières réunions furent catastrophiques. Thranduil se remettait encore du poison et moi, je cherchais à comprendre. Cinnamon resta au palais et devint mon gardien. Un jour, je reçus un paquet. Il s'agissait d'une poupée, mais contenant une âme noire. Je devins ami avec elle et aujourd'hui encore, parler et l'entendre me parler ne me semblait pas étrange. Elle me disait des choses si affreuses que j'avais fini par me persuader qu'un monstre vivait à l'intérieur de moi, alors qu'en réalité ce n'était que mon squelette que je percevais sur ma peau tendue. Trouvant un couteau dans les cuisines, je tenais de m'enlever les os. Je ne sus comment mais mon père me trouva à temps. J'avais toujours une cicatrice s'étendant de mon cou jusqu'à mon épaule pour témoigner de mon acte de mutilation. Même si mon père et moi ne nous quittâmes plus après ces événements, j'associais le palais à la peur et à la souffrance.

J'avais grandi et mon père accepta que je passe quelques temps dans la forêt.

Je rejoignis le groupe d'elfes m'ayant accueilli et resta de nombreuses lunes parmi eux. J'étais admiratif de leur foi et de leurs coutumes, à la fois si semblables et si différentes des nôtres. Je m'habituai rapidement à leur mode de vie et tombai sous le charme de leurs lois et de leur culte porté essentiellement sur Yavanna. Ce culte était renforcé par la présence d'une louve dans la forêt, de la taille d'un warg et aussi vieille que les arbres, parlant le langage des elfes, invulnérable et gardienne des bois. Elle était, disait-on, un cadeau de la déesse.

N'étant pas nombreux, les jeunes elfes se voyaient attribuer un mentor. Le mien était une femme nommée Anusha. Elle m'apprit les bases de la survie, les coutumes, les lois, à apprivoiser des animaux sauvages. Cet exercice se releva plutôt facile pour moi. Mon aura se confondait avec l'énergie des animaux et des plantes. Avec de la patience, de l'écoute et de l'observation, je connaissais tout de ces êtres. Les sylvains connaissaient ma mère, j'avais tout appris d'eux. Cela me semblait de plus en plus impensable qu'elle fut responsable des crimes dont on l'accusait.

Je ne souffrais pas de la séparation avec mon père. Nous nous voyons dans nos songes et continuions à nous connaître. Mais je dus quitter le clan et rentrer au palais définitivement car ma place n'était pas ici.

N'étant plus habitué à la vie au palais, je cherchais à m'enfuir sans arrêt. Mon aura faiblissait de jour en jour et les elfes le remarquaient. La mort de Cinnamon n'arrangea pas pas ma situation.

Thranduil encore blessé, moi affaibli, les conseilleurs du roi craignirent le pire. C'est ainsi que nous nous rendîmes à Imladris et que je rencontrais pour la première fois le sage Seigneur Elrond. Là-bas, les elfes avaient une aura différente, elles sentaient l'eau de rivière et étaient désespérément calmes. Mon père se remit de ses blessures et trouva la paix nécessaire pour ravaler sa rancœur. Moi, je m'éduquai auprès d'Erestor qui m'apprit le fonctionnement de la cour, les bonnes manières et le maintien.

Même parmi ces elfes, la faiblesse de mon aura se démarquait. Le Seigneur Elrond m'avait gentiment expliqué que je n'étais ni maudit ni malade, que c'était moi qui retenait mon âme prisonnière.

A mon retour, mon père dut reprendre ses fonctions et je fus inscris dans l'académie du palais, là où les jeunes recrues apprenaient à se battre. Ça ne m'empêchait pas de reprendre mes vielles habitudes.

Crac !

Je ne me retournai pas et continuai d'avancer. Je sautai par-dessus un tronc tombé et filai entre les racines des grands arbres de la forêt. J'entendis des bruissements derrière moi puis d'autres à mes côtés. Je souris en apercevant une ombre grise sautait par-dessus un buisson. Ma foulée s'allongea. Je me glissai dans les fourrés, évitant les branches et divers obstacles. Je me concentrai sur les bruits de cavalcade des créatures. J'arrivai à percevoir le mouvement de la terre sous leurs pattes, leurs souffles, les déplacements d'air dans leurs fourrures.

Le piaillement d'un oiseau me déconcentra. Je m'arrêtai. Mon coeur battait la chamade dans ma poitrine.

Crac ! Crac !

J'entendis un grognement derrière moi et pivotai à l'instant où l'animal me sauta dessus. Son poids m'entraîna et nous roulâmes au sol. Le jeune loup avait pris trop d'élan et se retrouva déséquilibré durant notre lutte. J'en profitai pour me cramponner au sol et me relevai. J'observai le jeune loup s'ébrouer, profitant de cette accalmie afin de reprendre mon souffle.

Les poils de ma nuque se hérissèrent. Quelque chose me regardait. Je me fis violence pour rester aussi immobile que possible. Autant que mon deuxième adversaire ne sache pas que je l'avais surpris.

Décidant que le jeune loup n'était plus une menace, je portai toute mon attention sur le loup caché. Sa respiration était calme, ses membres parfaitement immobiles. Je calai les battements de mon cœur sur les siens.

Je me décalai légèrement sur la droite. Le loup banda ses muscles, sauta et me coupa la route de l'autre côté. Il avait deviné ma feinte. Le jeune loup me barra la route de l'autre côté.

Au lieu de me jeter sur le plus jeune, que j'aurai plus facilement pu écarter, comme le prévoyait le loup adulte, je bondis sur celui-ci. Je pris appuis sur son dos et me projetai en avant. Ses mâchoires se refermèrent sur la manche de mon bras, déchirant le tissu au passage. Au moment où je me relevai, une patte me faucha. Je me retrouvai plaqué au sol. Je sentis un souffle chaud près de mon oreille. Poussant un soupir, j'acceptai ma défaite. Le poids sur mon dos disparut.

Je me relevai en dépoussiérant mes vêtements et fixai, penaud, la louve qui venait de m'attraper. Derrière moi, Pinson, le jeune loup, aboyait joyeusement en remuant la queue. Je lui caressai la tête pendant qu'il me reniflait.

-Ce n'était pas complètement un échec, commenta Ardoise, la louve.

-Trois contre un, c'est de la triche, bougonnai-je.

-Je t'ai vu parler avec un oiseau, riposta Pinson.

-Stop les jeunes !

Le loup brun s'arrêta au niveau de Pinson et lui donna un coup de langue sur le crâne.

-Merci d'avoir permis à Pinson de s'entraîner à la chasse et au combat.

-Je t'en prie, Tremble. Lupa m'avait demandé de vous accompagner de toute façon.

-Prince Legolas !

Je sursautai en entendant mon prénom. Aeglos. Si mon gardien était venu me chercher, ça signifiait que je m'étais absenté plus longtemps que prévu. Et que j'allais probablement avoir des ennuis.

-Il faut que je m'en aille. Saluez Lupa de ma part.

Les loups repartirent dans les profondeurs de la forêt. Je me dépêchai de revenir sur mes pas et, dans ma précipitation, percutai l'elfe.

-Mon prince, vous ne pouvez pas vous éloigner autant dans la forêt sans être escorté.

-Je te promets que je n'étais pas seul, Aeglos.

L'elfe plissa les yeux. Son regard descendit le long de mon corps avec une mine contrariée. Je devais être dans état lamentable après m'être roulé au sol.

-Vous avez un entraînement dans quelques minutes, me rabroua-t-il.

Mes yeux s'écarquillèrent. J'avais complètement oublié !

-Lupa...

-Vous ne pouvez pas toujours suivre les ordres de cette louve. Vous ne faites pas partie de sa meute et encore moins de ces groupes sylvains extrémistes. Vous êtes un prince...

-Je suis moitié sylvain, le coupai-je. Je suis moitié comme eux.

Le regard de mon aîné s'adoucit mais je ne lui laissai pas le temps de se rattraper. Je le devançai et partit sans attendre rejoindre les terrains d'entraînement.

C'était pas croyable que des elfes habitant la même forêt puissent encore se considérer comme des étrangers l'un envers l'autre.

Le roi Thranduil affirmait que la cohabitation entre les elfes sindar et les elfes sylvains se passaient très bien. Il n'avait pas tort, la plupart des elfes sylvains avait fini par se mêler aux sindar. Cependant, une minorité des sylvains n'avait pas supporté l'arrivée des sindar et s'était reclus au fond de la forêt. L'ancien roi, Oropher, mon grand-père, avait de nombreuses fois essayé d'établir une communication avec eux. Ce fut un échec cuisant. La patrouille de Oropher s'était heurté à celle des sylvains et les elfes avaient fini par se battre. Thranduil avait compris la leçon et laissait ces elfes tranquilles. Avec l'appui de ma mère, Thranduil avait même réussi à introduire deux des elfes marginaux dans son conseil.

Lupa, la mère louve, avait sa propre meute. Comme elle parlait le langage des elfes, elle était respectée par tous les sindar. Et au vu de son apparence, elle y était crainte. Son autorité gardait les frontières sûres.

Je jonglai sans cesse entre mes deux origines, sans parvenir à trouver un juste équilibre. Parfois, je me demandai si c'était ce dilemme qui flétrissait mon aura.

Comme disait un proverbe sylvain : « Pierre qui roule n'amasse pas mousse »*.

Mon aura déviante me posait de nombreux problèmes au quotidien. Mais j'étais déterminé à cacher mes secrets.

J'ignorai à ce moment-là que mon nouveau professeur allait réduire en cendre le fragile équilibre que je m'étais imposé.

* Bonne vieille expression française signifiant qu'une vie aventureuse ne permet pas de s'enrichir.