Cet OS a été écrit pendant la 130e Nuit du FOF, sur le thème Tôt. Et j'en profite pour commencer un recueil sur ce fandom !
J'ai terminé She-ra récemment, et je meurs d'envie d'écrire dessus. Du coup, ce recueil servira à regrouper tous les textes écrits durant les nuits du Fof, que ça ne finisse pas en petit morceau d'OS éparpillés partout. Je vais sûrement me concentrer sur mes chouchous (Catra, Ténébra, Doublia et Scorpia) mais il y aura un peu de tout dans le coin.
Pour ce qui est de cet OS, c'est une première approche du personnage de Catra. j'essaie de la prendre en main. J'ai l'impression qu'y a encore du boulot, mais je suis quand même content du résultat. Aussi, c'est du post-S5, donc gare au spoil pour les gens qui n'ont pas terminé !
Bonne lecture !
Les restes de la guerre
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La lumière ne filtre pas derrière le rideau lourd à l'entrée de sa tente. L'ombre bleutée d'un début de jour hante sa maigre chambre. Le cocon frais de la nuit s'enroule encore autour d'elle, contre sa peau humide. Catra sait qu'il est trop tôt pour se lever. Elle sort quand même du lit.
Le bras d'Adora fait un bruit mou contre les draps. Dans son sommeil, l'héroïne d'Etheria cherche sa présence. Elle essaie de la ramener à elle. Encore une fois. Un sourire cynique étire ses babines de chat.
Dehors, l'air froid colle aux restes de sueur que les cauchemars ont fait couler. L'ancienne hordienne devrait trembler. Frissonner, au moins. Mais la fraîcheur des heures sombres a quelque chose d'agréable. C'est comme une caresse douce, un réconfort solitaire. Accompagnée du silence, elle file à quelques pas du camp, trouve une racine qui lui fera office de siège. Un endroit où se poser. Cachée là, loin du monde, elle laisse ses épaules retomber. Le poids d'une vie l'assaille soudain. Son corps s'affaisse.
Elle passe sa main derrière sa nuque.
Non. Le grand maître n'est plus. Le grand maître ne sera plus jamais.
Pourtant, elle le sent encore. Sur la peau douce, à la naissance de son dos. Quand elle pense. Ce regard immatériel qui fouille sa tête. Qui force son esprit, ses rêves, ses peurs, ce qu'il y a de plus intime en elle. Cet intrus dans son corps qui ne la quitte jamais. Celui qui sait tout d'elle, jusqu'à la moindre honte. Le plus petit secret.
Il est mort, elle se répète. Il a crevé. Elle n'en entendra plus jamais parler, de cette raclure.
Mais il a laissé un trace sur elle. Une tâche qu'elle frotte vainement. Une ombre dans ses nuits. Des cauchemars.
Le vent souffle sur sa peau, comme Adora soupire dans son cou quand elle vient y nicher sa tête. La féline baisse les yeux. Sous ses pieds, l'herbe molle fait comme un coussin. Elle pourrait bien se rouler là, pour dormir. Au moins, son sommeil agité ne risquerait pas de nuire à leur She-ra. Et puis, le froid, elle ne craint pas. Elle a grandi chez la Horde. La vie à la dure, c'est son truc. Ça, au moins, elle connait.
"Oh. C'est pour ça que tu t'inquiètes tant pour elle."
Catra redresse la tête. Ses griffes agrippent l'écorce sous ses jambes. Un feulement sec lui traverse la gorge.
Mais c'est un souvenir. Juste un souvenir. Une voix qui n'existe déjà plus. Même si ces morceaux de passé lui donnent envie de se crever les tympans. Manoeuvre inutile. Le timbre vient d'elle. De l'intérieur. C'est un son qu'on entend pas, qui grandit entre les parois du crâne.
Elle et Adora, petites, à courir l'une derrière l'autre. Le soleil qui dessine des vagues rouges dans le ciel de leurs terres. Des rires. Le spectre de Ténébra qui passe. Sa voix sèche. La main d'Adora dans la sienne, et son sourire posé sur l'oreiller. Sa chaleur quand elles s'endorment. Les couloirs interminables du Rocher de la peur. La fatigue après l'entraînement. Adora qui regarde le soleil plonger sous la terre.
Ses griffes agrippées à son cou rougi.
Non. C'est un cauchemar. Juste un cauchemar. Ça n'existe pas. Catra siffle, ramène brusquement ses jambes contre elle et pose sur front sur ses genoux.
Un bruit traite s'échappe des fourées.
"Catra ? T'es là ?"
Cette fois, la voix d'Adora n'est pas un souvenir inventé de toute pièce par son esprit blessé. Elle le sait, parce que son odeur salie par la peur accompagne le son. Les rêves n'ont pas d'odeurs. Le passé non plus. Elle relève la tête.
"Ah !"
Son amie de toujours s'exclame, alors que ses yeux tombent enfin sur le chaton apeuré.
"Qu'est-ce que tu fais là ? T'as vu l'heure ?
- A ton avis.
- Il s'est passé quelque chose ?
- Nan. Pas l'ombre d'un ennemi à l'horizon, si ça t'inquiète."
Sa langue rape sur son palais. Son ton est sec, sifflant. Un reproche. Une réponse acerbe pour mieux cacher la fragilité. Peine perdue. Ça fait des années qu'Adora connait la technique.
"Je sais. C'est pas ce que je voulais dire."
Elle s'approche, grimpe près d'elle. Jamais trop près, pour éviter un refus franc. Un coup de griffe lancé sans faire attention. La main qui se lève s'approche doucement. Avenant, c'est le mot qui vient à l'esprit de Catra, quand elle la voit faire. Avenant. Elle grince des dents. Une colère millénaire grimpe en elle.
"T'as encore fait des cauchemars ?
- Ouais.
- Je t'ai dit de me reveiller, si ça reco-
- Je sais. J'avais pas envie."
Tout a changé, et rien n'a changé. C'est toujours Adora l'héroïne, Adora qui la protège, Adora qui la console. Adora la parfaite. Adora qui lui hérisse le poil dès qu'elle l'ouvre, qui parle comme elle ordonne. Qui ne comprend pas que le monde des autres n'est pas le sien. Qui ne comprend rien, même. Une belle petite idiote.
Adora, qui pose sa main sur son épaule. Que Catra laisse faire, parce qu'elle en a besoin.
"C'est encore les mêmes rêves ?
- J'ai pas envie de parler de ça." la traîtresse crache, ravale sa salive, reprend plus bas. "Je veux pas.
- D'accord."
La princesse aux pouvoirs comprend, et ça l'horripile. Elle ne pouvait pas se planter, pour une fois ? Lâcher une énormité, une phrase de travers, elle puisse feuler un bon coup et lui renvoyer ses torts en pleine figure ? Une faille, qu'elle puisse s'y engouffrer. Une erreur à relever. N'importe quoi. Pourquoi est-ce qu'Adora doit toujours lui prouver, à sa manière, qu'elle est meilleure qu'elle ? Pourquoi lui répondre de ce ton calme, alors qu'elle a sans doute remarqué la colère injuste qui lui coule dans les veines ?
Ça la rend dingue, parfois. Mais elle en a besoin. Elle en a besoin, parce qu'elle ne sait pas ce qu'elle ferait sans elle. Sans son insupportable patience.
"Viens." l'élue reprend finalement. "Tu vas prendre froid, ici."
Elle doit sentir la transpiration sur sa peau. Le froid, l'eau, ça ne fait pas bon ménage. Catra voudrait s'en moquer. Mais si elle tombe malade, elle va passer la journée enfermée dans sa tente à se reposer. A somnoler. A cauchemarder, peut-être.
Mais si elle tombe malade, Adora sera obligée de rester près d'elle, hein ?
"J'suis très bien, ici. T'as qu'à rentrer si t'as froid.
- S'il te plait."
Non, il ne lui plait pas. Elle resserre ses bras autour de ses jambes. Réalise qu'elle doit avoir l'air minuscule, comme ça. Minuscule et fragile. Elle jette à nouveau ses gambettes le long de la racine. A tort, Adora prend ça pour une réponse, et elle se lève. Il fait froid sans sa main.
"Jasmine m'a donné des herbes qui aident à dormir. Un truc qu'on doit faire infuser, je crois."
Si elle suit, au moins, l'héroïne lui préparera une tisane. C'est ridicule. Mais c'est déjà quelque chose. Un peu de cette attention donc la féline est avide. C'est toujours mieux que de choper la crève, sans doute.
Des herbes pour les cauchemars, elle n'y croit pas. Le problème est plus profond. Les racines sont enfoncées loin dans son cerveau. Mais si elle ne veut pas dormir, elle pourra toujours profiter de la chaleur d'Adora couchée contre elle. Et si elle en a marre, elle trouvera bien une raison de la réveiller. Un coup de coude, l'air de rien. Pour la voir ouvrir les yeux. Sentir qu'elle la regarde. Que tout va bien. Tout est fini, enfin.
"Si c'est Jasmine qui le dit."
Elle sait qu'Adora va sourire, face à son timbre railleur.
Allez, une infusion, c'est toujours mieux qu'une nuit dehors.
Voilà ! A une prochaine fois !
