Hey ! ça faisait longtemps ^^ je me suis un peu dépêchée d'écrire ce chapitre, entre mon oral mardi dernier et mes préparations pour un voyage que je vais faire en fin de semaine (4 jours à vélo autour du Lac Léman, je pense que mes amis veulent me tuer XD) donc, vous vous en doutez, pas de chapitre pour dimanche prochain non plus… désolé :( Après ça, je suis en vacances pour deux mois donc j'aurais le temps de me rattraper !
TW : mention d'homophobie. J'aimerai aussi vous rappeler que je considère la société sang-pure très arriérée, donc ne vous étonnez pas si je n'utilise pas de "labels", c'est simplement parce qu'ils sont inconnus des sorciers
Enjoy and review !
Chapitre 9 : Erreur de jugement
M
Après quatre mois passés à stresser et se préparer pour une épreuve du Tournoi des Trois Sorciers, Melian se sentait un peu vide à l'idée qu'il ne pourrait connaître la Troisième Tâche qu'un mois avant, et n'aurait donc que relativement peu de temps pour se préparer.
Et comme il n'avait pas d'examens à préparer – admettons-le, l'absence d'Aspics à passer était l'une des raisons pour lesquelles il avait décidé de participer – Melian se retrouvait à ne pas savoir quoi faire de ses journées.
L'un des bons côtés était qu'il pouvait à nouveau se détendre avec ses amis. Alexandre et Terrence avaient beau être régulièrement chiants, ils restaient plus supportables que le reste de leurs camarades de Serpentard. Jade était à peu près la seule personne sur Terre à qui il ne trouvait aucun défaut – mis à part leur contrat de mariage, mais ce n'était pas de sa faute à elle.
L'un des mauvais côtés était qu'il n'avait pas d'excuses pour ne pas parler à Liam. Il n'était pas à Gryffondor pour une raison – il manquait tout simplement du courage nécessaire pour aller parler à son meilleur ami. Pouvait-il toujours l'appeler son meilleur ami alors que les sentiments qu'il ressentait à son égard dépassaient de loin ce d'une simple amitié ? Bonne question, à laquelle il n'avait pas la réponse.
Melian avait donc mis en place diverses stratégies pour éviter de croiser le Serdaigle – qui avait vu clair dans son jeu, et faisait tout pour lui parler. Tout cela donnait lieu à des situations pour le moins cocasse, comme lorsqu'ils s'étaient rentrés dedans à la bibliothèque et que Melian s'était transformé en lynx pour sauter sur une étagère et s'enfuir.
C'était un étrange affrontement entre la volonté de fer de s'enfuir du Serpentard, et l'intelligence nécessaire à contrer ses stratagèmes du Serdaigle. Affrontement qui dura à peu près dix jours, avant que Liam ne parvienne à le coincer dans une impasse du sixième étage.
« Je comprends mieux pourquoi ton animal préféré est un serpent – peu importe la situation, tu arrives toujours à te tortiller et t'enfuir. »
« Et comme un aigle, tu me repères à des kilomètres à la ronde. »
« C'est pourtant toi qui as un œil de lynx. »
Melian resta silencieux quelques secondes, peut-être pour fomenter un plan d'attaque, peut-être pour admirer ce visage, cette silhouette qu'il n'avait qu'entre-aperçu ces derniers mois.
« Pourquoi tu… pourquoi tu continues ? Pourquoi tu t'entêtes à me retrouver ? » finit-il par demander, soudain lassé de cette fuite constante.
« Pourquoi tu me fuies ? » fut la réponse de Liam, les yeux plissés, et une trace de confusion sincère dans son regard bleu océan.
« Je… » Devait-il mentir ? Feindre l'ignorance ? Changer de sujet ? Ces solutions paraissaient être des atteintes à l'intelligence de Liam. « J'avais peur. » déclara-t-il finalement, à la fois vague et honnête.
« Peur de moi ? »
Melian n'aurait su dire si Liam était blessé à cette idée ou s'il calculait toutes les autres raisons possibles pour qu'il ait peur de lui parler. Les deux options lui donnaient mal au ventre, comme un nœud se formant dans son estomac.
Non… Non ! C'est peut-être ma seule chance… je ne peux pas perdre cette once de courage.
« Peur de mes sentiments pour toi. » corrigea-t-il, sa voix trop forte pour ce couloir déserté, et trop faible pour une telle déclaration.
Il n'osa pas ajouter qu'il avait peur du rejet, parce qu'il ne voulait pas que Liam se sente coupable de lui donner une réponse négative.
Liam, qui avait rougit, paralysé sur place, et qui en même temps n'avait pas l'air étonné. Juste surpris que cette discussion se fasse à ce moment, en ce lieu, sans qu'il n'ait eu le temps de s'y préparer.
Liam, avec ses cheveux bruns savamment décoiffés, ses longs cils, ses yeux extraordinairement bleus, et son air si vulnérable malgré sa taille imposante et sa baguette située à portée de main. Même son uniforme de Serdaigle renforçait cette image de petit garçon fragile. S'il s'était écouté, Melian l'aurait pris dans les bras pour ne jamais le lâcher.
Liam, qui n'avait toujours pas prononcé un mot.
« Dis quelque chose, s'il-te-plaît… » murmura Melian, la voix tremblante de panique, alors même qu'il faisait tout pour rester calme.
« Tu es fiancé à Jade Selwyn. » dit-il, refusant de le regarder dans les yeux. « Me dire ça maintenant, c'est injuste pour moi, pour toi, et pour elle. »
Juste comme ça, Melian crut que quelque chose s'était brisé en lui.
Mais il restait un espoir. Liam ne l'avait pas rejeté.
N'est-ce-pas ?
« Attend… » implora Melian, alors que Liam tournait les talons. « Dis-moi au moins que je ne le ferais pas pour rien ! »
« Pour que je sois ton filet de sauvetage ? » rétorqua Liam, sans se retourner. « Si tu romps définitivement ton engagement et que tu te rebelles contre ton père, tu dois le faire pour toi, Mel. »
Melian resta figé dans le couloir désert, longtemps après le départ de Liam, à ressasser leur conversation. Il ne savait pas quoi faire du torrent – non, de l'ouragan – d'émotions qui s'était emparé de lui.
Le choc, tout d'abord, de tout ce qu'il avait réussi à dire, et de la réponse de Liam. Le désespoir, ensuite, de ne pas avoir reçu de « oui », ni de véritable « non ». Puis la tristesse, parce que d'ici à ce qu'il règle sa situation avec Jade, il ne pourrait toujours pas être heureux avec son ami. La peur, de ne pas réussir à se sortir de son engagement, et de ne jamais être libre.
Et en même temps, de l'excitation, à l'idée d'enfin tenir tête à son père, et un mélange de motivation et d'espoir.
Il pouvait encore y arriver.
Ainsi, des heures après le départ de son meilleur ami, Melian sortit de sa léthargie, se leva et parti à la recherche de Jade. Ce n'était pas bien difficile, puisqu'elle se trouvait dans la salle commune de Serpentard.
Ce qu'il ne savait pas, et qu'il allait découvrir à l'ombre du Saule Cogneur, pour ne rien arranger, c'était qu'il était sur le point d'avoir l'une des conversations les plus complexes de son existence.
« Alors, de quoi tu voulais me parler ? » demanda Jade, en s'appuyant contre un arbre. Son regard porté sur le Lac Noir indiquait qu'elle savait exactement de quoi ils s'apprêtaient à discuter.
« De nos fiançailles. » Clair, droit au but. Il n'avait pas besoin d'édulcorer ses paroles avec Jade. « Aucun de nous ne veut marier l'autre, alors ça ne sert à rien de continuer à prétendre devant nos parents… »
« Je ne crois pas que ce soit une question de le vouloir. » le coupa Jade, et il sentit sa motivation fondre comme neige au soleil. « Pour moi, c'est le moyen le plus simple d'être libre sans avoir à couper les liens avec toute ma famille et mes amis. »
Melian écarquilla les yeux à cela. Ce n'était pas le genre de parole qu'il attendait de la part d'une Selwyn, peu importe à quel point il la connaissait.
« Même si on n'est pas amoureux l'un de l'autre, on est amis. On s'entend bien, on est du même avis sur plein de sujets… Se marier, ce serait comme… comme une colocation ! Tu pourrais continuer à voir Liam, je pourrais te couvrir… Et je sais que nos parents attendent un héritier, mais on pourrait adopter ! Un enfant serait plus heureux avec l'assurance que ses parents ne se disputeraient jamais ou ne cesseraient jamais de s'aimer, non ? »
« Jade… »
Il y avait un brin de folie - non, de désespoir dans la voix de son amie. Melian eut soudain l'impression d'ignorer un détail de la plus haute importance.
« Les gens n'y verront que du feu, ou alors, ils s'en ficheront puisqu'ils ont aussi des mariages de convenance… » continua-t-elle. « Ce ne sera pas très compliqué de faire semblant, et on ne devrait pas s'ennuyer tous les deux… »
« Jade ! » cria Melian, et elle s'arrêta enfin de raconter ce qui lui semblait être pure folie, avec un semblant de froide logique. « Et toi, dans tout ça ? Tu n'as pas envie de rencontrer des sorciers, de te marier avec quelqu'un que tu aimes, d'avoir des enfants avec lui ? »
En bonne sang-pure, Jade ne se décomposa pas. Elle garda son expression neutre, sa position nonchalante, appuyée contre un arbre. Mais il y avait quelque chose, dans son regard, qui disait à Melian qu'il avait touché dans le mille.
« Justement, non. Je n'ai pas envie de tout ça. » répondit-elle. « Je sais que c'est bizarre, pas normal… insultant, comme dirait ma mère… Mais ces papillons dans le ventre, cette excitation, ce besoin de proximité, je ne le ressens pas. »
« Qu'est-ce que tu racontes ? Bien sûr que c'est normal ! » la coupa Melian. C'était évident qu'elle en avait parlé à sa mère, qui lui avait retourné le cerveau. « Tu n'es pas obligée de tomber amoureuse, ça ne te rend pas bizarre ! »
« Mais… les êtres humains sont censés ressentir ça, non ? Cette envie d'être avec quelqu'un… Je n'ai peut-être juste pas rencontré la bonne personne ! »
« Jade ? » Son amie avait tourné le dos, probablement par peur que son expression ne la trahisse.
« Jade, regarde-moi. » Il attendit qu'elle obéisse pour reprendre la parole, réfléchissant à la meilleure manière de s'exprimer. « Imagine-toi en couple avec quelqu'un – fille ou garçon, peu importe – et dis-moi ce que tu ressens. Imagine différente situation, imagine cette proximité, comme tu l'appelles… est-ce que ça te fait envie, comme dans les romans d'amours, ou les autres couples de l'école ? »
Il lui laissa du temps pour répondre à sa question, dont il se doutait qu'elle était difficile. Lorsqu'il y pensait, c'était plutôt l'idée d'être proche – physiquement proche – de quelqu'un qui lui plaisait, peut-être parce qu'il avait quelque peu manqué de ce type d'affection étant enfant.
« Honnêtement… ça ne me fait pas grand-chose… ça ne me donne pas plus envie que ça, je veux dire. » répondit finalement son amie. « Et l'idée d'être avec quelqu'un, de vivre ensemble, d'être mariée… ça m'étouffe. Ce contrat de mariage me donne l'impression d'être vendue, mais ce n'est rien à côté de l'idée de rester coincée avec quelqu'un pour toujours, quelqu'un qui aurait des attentes de moi, en plus. »
La description de Jade rappelait à Melian une histoire que lui avait raconté Liam. Un de ses oncles moldus, qui était resté célibataire toute sa vie, non pas parce qu'il ne trouvait personne, mais parce qu'il n'en ressentait pas le besoin, tout simplement.
Il répéta l'histoire à Jade, et lui proposa de parler à Liam.
« Tu pourrais rencontrer son oncle, il connaît peut-être d'autres gens – des moldus, par contre – qui ressentent ce même détachement que toi. Et j'imagine que ça te rassurerait de savoir que tu n'es pas seule, que ce que tu ressens est normal. » proposa-t-il, emballé à la simple idée de parler à Liam.
Jade le regardait comme s'il venait de lui sortir la plus grosse connerie qu'elle ait jamais entendu – et il semblerait qu'elle en ait entendu pas mal. Melian eut peur de l'avoir offensé, sans le vouloir, mais elle était juste… figée sur place. La seule chose en mouvement chez elle était les larmes qui s'étaient mises à couler sur ses joues lorsqu'elle avait mentionné sa mère.
« Tu veux dire… qu'il y en a d'autre comme moi ? » murmura-t-elle, et Melian réalisa que le plus dur, pour elle, était la solitude. Elle croyait sa mère lorsqu'elle lui disait qu'elle n'était pas normale, parce qu'elle ne connaissait personne dans la même situation.
« Je suis sûr que oui. » assura-t-il. « L'oncle de Liam n'est qu'un exemple. J'ai entendu dire qu'il y avait des communautés, chez les moldus. Des gens qui ont besoin de se rassurer, qui ont besoin de savoir qu'ils ne sont pas tous seuls à ne pas s'identifier aux scénarios d'amour… traditionnels. Il suffit juste d'en trouver. »
« Tu en parles comme s'il suffisait d'utiliser un sort de traque ! » protesta-t-elle, à moitié riant, à moitié pleurant. C'était la première fois que Melian la voyait pleurer en dix ans, et la première fois qu'il la voyait rire aussi franchement.
« Faisons un marché. » proposa-t-il, sa main tendue en avant. « Après Poudlard, après tes Aspics et ma dernière épreuve, on rassemblera nos parents, et on leur dira exactement pourquoi on refuse de se marier. Et après ça, on partira à la recherche de notre communauté. »
Jade esquissa un sourire et sécha ses larmes, puis elle serra sa main dans la sienne.
« Te faire changer d'avis était plus simple que je le croyais. » fit remarquer Melian.
« Je crois qu'au fond, j'étais déjà d'accord avec toi avant même qu'on ait cette discussion… Mais avec les lettres que je reçois de ma mère toutes les semaines, et la correction qu'elle m'a mis l'été dernier… je pensais que tu serais de son avis. Ce qui est stupide, puisque tu fais face aux mêmes préjugés que moi… » expliqua-t-elle, presque timide maintenant qu'elle réalisait qu'elle avait laissé quelqu'un la voit aussi vulnérable.
« Ne sois pas trop en colère contre toi-même… J'ai nié mes sentiments pendant trop longtemps, et ça ne m'a servi à rien. »
Peut-être était-ce sa manière de le formuler, mais Jade comprit immédiatement ce qui lui était arrivé pour qu'il décide d'avoir cette conversation avec elle.
Elle effaça définitivement les traces de son chagrin avec un sort de fraîcheur, et adopta un mode « Reine des potins », son célèbre sourire narquois de retour sur ses lèvres.
« Alors, raconte ! C'était comment, ta déclaration ? Qu'est-ce que Liam a répondu ? »
E
Depuis la fin de la Deuxième Tâche, Ellana avait remarqué des détails étranges qui lui étaient resté inaperçu lorsqu'elle était concentrée sur la possible noyade de son frère.
Le premier était la fatigue évidente de Draco. Il passait le plus clair de son temps seul, ne traînant avec Grégory et Vincent que lorsqu'il fallait sortir de la salle commune. Il lui adressait à peine la parole, évitait Pansy comme la peste, faisait des regards noirs à Théo dès qu'il le croisait.
Elle en avait conclu qu'il réfléchissait enfin à ce qu'elle essayait de lui faire comprendre depuis des années, et préférait le laisser tranquille. Peut-être qu'il va enfin comprendre qu'il y a une différence entre se croire supérieur à une personne, et vouloir entièrement éradiquer l'espèce de cette personne… Non pas que les moldus et nés-moldus fassent partie d'une autre espèce.
Elle avait également retrouvé sa routine de travail avec Théo – quoiqu'ils étaient un peu plus mal à l'aise depuis le Bal – et l'aidait en Métamorphose en échange de son aide en Etude de Runes et Arithmancie. Elle ne manquait pas de relater ce temps passé ensemble à son père, qui en échange lui envoyait régulièrement des cadeaux pour la « féliciter de sa conduite exemplaire »
Il avait arrêté de réprimander Melian pour la Deuxième Tâche lorsque les journaux avaient applaudi sa décision de sauver Gabrielle en plus d'Ellana. Les Forester étaient présentés comme une famille progressiste, qui déconstruisait les préjugés sur le dégoût des sang-purs pour les créatures magiques comme les Vélanes.
Ses problèmes de cœur et familiaux laissés de côté, Ellana avait retrouvé la sérénité d'esprit nécessaire à l'observation suivante : le professeur Snape agissait bizarrement.
Pendant les repas, il examinait chaque parcelle de la Grande Salle avec la plus grande attention, avant d'aller s'assoir juste deux sièges à côté du professeur Maugrey, qu'il surveillait ensuite comme un rapace observant sa proie.
En cours, il se contentait d'afficher les instructions au tableau et de constater les échecs et réussites de ses élèves, passant le plus clair de son temps à étudier de vieilles coupures de journal ou à lire et relire d'énormes grimoires reliés de vieux cuir terni par les âges.
Lors de ses rares temps libres, il s'enfermait dans son bureau et refusait tous ceux qui venaient frapper à sa porte, à moins d'extrême urgence. Ellana avait réussi à y entrer une seule fois en une vingtaine d'essai, et elle avait remarqué d'étranges volutes de fumées colorées sortant du laboratoire de potion du professeur.
Il faisait toutes ces choses assez subtilement, suffisamment pour ne pas se faire remarquer du plus grand nombre, mais Ellana avait l'œil aiguisé et elle s'ennuyait, double raison pour noter ces petits détails.
Elle avait essayé, plusieurs fois, de le questionner, sans succès.
« Je travaille sur une nouvelle potion » était l'excuse qu'il lui avait répété pléthore de fois, sans qu'elle n'y croie une seule seconde. S'il créait vraiment une potion, il prendrait des notes, surlignerait des passages de livres de potion, et commanderait divers ingrédients.
Or, tout ce qu'il faisait était lire des journaux et des grimoires portant probablement sur quelques obscures magies.
Ellana avait donc décider d'employer les grands moyens.
« Toujours en train d'écrire ta lettre ? »
« Cassiopée ! Tu m'as fait peur ! Et oui, je ne l'enverrai que quand elle sera parfaitement parfaite… »
« C'est-à-dire jamais ? »
« C'est-à-dire dans deux jours, si tout se passe bien. Je veux être sûre de moi avant d'écrire à un ancien professeur, et si possible, éviter de le déranger juste avant la pleine lune. »
« Logique. »
« Ah, tu vois ? »
Notez que cet échange s'était déroulé sans qu'Ellana ne lève la tête de son ouvrage – en fait un morceau de parchemin sur lequel elle finissait de recopier au propre les dizaines de brouillon qu'elle avait fait au cours des derniers jours.
Son plan était simple : émouvoir Lupin juste assez pour le pousser à lui proposer de l'appeler par cheminette, appel durant lequel elle pourrait lui tirer les vers du nez et apprendre une fois pour toute ce que mijotait son directeur de maison.
Elle avait donc rédigé une longue lettre, dans laquelle elle prenait innocemment des nouvelles de son ancien professeur, lui parlait de son angoisse permanente liée au Tournoi des Trois Sorciers et à la participation de son frère, et puis ce stress qui s'accumulait, lentement mais sûrement, au fur et à mesure que les vacances arrivaient. Ce n'était qu'une exagération de ce qu'elle ressentait, puisque, comme le lui avait toujours dit sa mère, un bon mensonge se doit d'être à moitié vrai.
Pas plus d'un jour après l'envoi de sa lettre, Ellana recevait une réponse de Lupin – qui, au passage, lui rappelait de l'appeler Remus, vu qu'il n'était plus son professeur – et qui lui proposait de se voir par cheminette le soir-même, preuve de son inquiétude.
Le soir-même, donc, Ellana se rendit dans la salle indiquée par Remus et attendit qu'il passe sa tête par la cheminée.
« Ellana, comment vas-tu ? Ta lettre était assez inquiétante, et j'avais peur que tu… »
« Peu importe ma lettre, prof- Monsieur Remus ! J'ai besoin de votre aide ! »
« Remus suffira, tu sais… » marmonna-t-il. « Qu'est-ce qui se passe ? »
« Vous êtes en contact avec le professeur Snape, n'est-ce-pas ? »
« Aussi souvent que possible, ce qui, le connaissant, signifie qu'on s'envoie plus ou moins régulièrement des lettres, oui. » admit Remus. « Mais, sérieusement, Ellana… »
« Donc vous savez ce qui lui arrive en ce moment ? » le coupa-t-elle à nouveau. « Pourquoi est-ce qu'il est aussi distrait ? Qu'est-ce qu'il cherche ? »
Remus soupira, ayant apparemment comprit le véritable but de sa lettre, et disparu momentanément du feu. Ellana se demanda pendant une seconde ou deux si elle n'avait pas été trop pressante, avant de se souvenir de la menace que représentait son ennui. Elle cherchait juste une enquête intéressante pour s'éviter des heures à ne faire que penser à ses erreurs passées. Et puis, elle s'inquiétait un petit peu pour son professeur préféré.
Le loup-garou réapparut dans le feu peu de temps après, un air désolé sur le visage.
« Ce n'est pas à moi que tu devrais poser ces questions, Ellana. »
« Mais il ne me répond pas ! » protesta-t-elle. « S'il-vous-plaît, dites-moi au moins si cela concerne le Tournoi des Trois Sorciers, ou quelque chose de plus grave… »
Remus hésita une poignée de secondes, et elle se demanda s'il allait encore disparaître.
« Cela concerne quelque chose d'autre que le Tournoi, quelque chose de plus important… et plus confidentiel. » répondit-il finalement. « Essaye… essaye de ne pas trop le déranger, d'accord ? Il se surmène beaucoup trop pour son bien. »
« … Bien, professeur. » soupira Ellana.
Elle avait fait fausse route, cela ne voulait pas dire qu'elle devait abandonner. S'il se passait quelque chose, qui pouvait potentiellement la concerner, elle devait le savoir. Mais… et si je fais erreur, et que ce ne sont vraiment pas mes affaires ?
Non… si le professeur Snape et Remus sont impliqués, ce sont forcément mes affaires !
Ce dont elle avait besoin, c'était une nouvelle stratégie. Si ni Snape ni Remus ne voulait lui dire ce qu'il se passait, elle allait devoir le découvrir elle-même !
Qui sait… ce sera peut-être suffisamment intéressant pour que j'en parle dans mon livre !
M
Melian aimerait dire que la première chose qu'il avait fait après sa conversation avec Jade était de parler à Liam.
Malheureusement, c'était sans prendre en compte se sentiment largement répandu appelé « peur » qui le prenait aux tripes lorsqu'il envisageait le potentiel rejet de son meilleur ami qui, au final, n'avait rien laissé entendre sur ses sentiments.
Au bout d'un moment, lassés de l'entendre « renifler en pensant à son futur mari », ses amis avaient fini par prendre les devants.
« Tu es sûre de toi ? » demanda-t-il d'une petite voix à Jade, qui le regardait s'admirer dans son miroir, assise sur l'un des lits de son dortoir.
« Oserais-tu critiquer mon expertise en matière de style ? » rétorqua-t-elle, en prenant un air faussement offensé.
« Non, mais le costume me paraît être… comment dire… un peu trop ? » insista Melian, en tirant sur les manches de sa veste bleue marine.
« Et attend, t'as pas vu le bouquet ! » s'exclama Alexandre, alors que Terrence ricanait à ses côtés.
« Le bouquet ? » répéta Melian, la panique refaisant surface dans sa voix.
Jade leva sa baguette, et fit apparaître un bouquet… de roses rouges, parce que quittes à s'enfoncer dans le romantisme à l'eau de rose, autant y aller jusqu'au bout.
« Liam a bien reçu la lettre ? » demanda-t-elle.
« Oui, et il n'arrête pas d'essayer de me parler depuis. »
« Tu l'as évité ? »
« Oui… ? »
« Bien. Etape suivante, le discours ! Tu as répété, j'imagine ? »
« Oui… ? »
« Bien. Tu es prêt ? »
« Oui… ? »
« Alors, vas-y, qu'est-ce que tu attends ? »
« Oui… ? »
« Mince, Jade, tu l'as bloqué ! » soupira Alexandre. « Tu vas y arriver, mon pote, t'inquiète ! T'as que cinq mots à dire. »
« Cinq ? Il a passé deux jours à écrire un discours de dix-huit pages recto-verso ! » protesta Jade.
« Je déteste avoir à te le dire Jade, mais Mel va oublier son beau discours la seconde où il verra son amour. » dit Terrence.
« Vous avez fini de vous foutre de ma gueule ou ça se passe comment ? » finit par exploser Melian, à moitié sérieux. Il n'était pas sûr de réussir à faire fonctionner ses neurones suffisamment longtemps pour atteindre son lieu de rendez-vous.
Ses amis échangèrent un regard et explosèrent de rire, répondant à sa question.
« Allez, Don Juan, c'est ton heure de gloire ! » l'encouragea Terrence.
« On a préparé un stock de whisky-pur-feu, au cas où. » crut bon de mentionner Alexandre.
« Si tu reviens pas avant demain matin, on saura pourquoi… »
« Jade ! »
« Quoi ? »
Melian secoua la tête, et sortit du dortoir avec l'impression d'aller au front. Il entendait dans son dos les encouragements amusés de ses amis, qui lui faisaient chaud au cœur.
Il avait donné rendez-vous à Liam dans le couloir où ils avaient eu leur dernière conversation, dans l'espoir que l'environnement familier le rassure. Son corps semblait s'être mis en mode automatique, et il arriva à destination sans s'en rendre compte.
Liam, bien évidemment, était déjà là, assis sur le rebord d'une fenêtre. Melian se rapprocha de lui et s'assit à l'autre bout du rebord de la fenêtre – en face de Liam, mais avec un minimum de distance, nécessaire à son espace vital.
« Toujours en avance, à ce que je vois… »
« Tu n'es pas un peu trop habillé ? A moins que je ne sois pas au courant du dress code ? » répliqua Liam, en souriant.
« Tu peux remercier Jade pour ça. »
« Jade, hein ? »
Excellente idée, Mel, parles-lui de ta fiancée…
« J'ai réfléchi à ce que tu m'as dit. » reprit Melian, plus sérieusement. « Et j'ai pris une décision. »
Il planta son regard dans les yeux de Liam – son meilleur ami, son premier amour, et la promesse d'un futur plus heureux.
« Je refuse d'être l'esclave d'une société qui souhaite l'annihilation totale de plus de sept milliards d'êtres humains pour le bien de leurs traditions incestueuses. »
Liam écarquilla les yeux, et un sourire incrédule se fendit sur son visage.
« Il t'a fallu combien de temps pour atteindre la perfection de cette phrase ? » se moqua-t-il gentiment. « Je vais l'écrire quelque part, ça rendrait bien sur un t-shirt… »
« Arrête de te rigoler, j'étais sérieux ! » protesta Melian, sans parvenir à masquer son propre sourire. « Je vais remporter le Tournoi des Trois Sorciers, gagner ces mille gallions, et avec je pourrai enfin devenir financièrement indépendant de mon père. Jade a accepté de rompre nos fiançailles, tant que je l'aide à l'annoncer à ses parents. Et Snape va me recommander à des potionnistes pour que je trouve un Apprentissage. »
Il avait tout prévu (ou presque) pour vivre indépendamment de ses parents à la fin de ses études à Poudlard. Même s'il ne remportait pas le Tournoi, il avait pas mal d'argent de côté, économisé pendant des années passées à vendre des potions dans l'Allée des Embrumes dans le dos de sa famille. Cela lui suffirait le temps de se trouver du travail, à condition de ralentir ses dépenses.
Ce qui lui fallait, c'était la certitude qu'il aurait quelqu'un avec qui emménager dans l'appartement qu'il avait repérer dans le Londres Moldu, à quelques minutes à pied du chemin de Traverse.
Et ce quelqu'un se trouvait devant lui, les yeux brillants d'amusement, et les joues légèrement rouges aussi, peut-être parce qu'il savait ce qui allait suivre.
Alors Melian prit une grande inspiration, et, comme l'avait si bien dit Terrence, oublia tout son beau discours.
« Je t'aime, Liam. Je ne saurais dire depuis combien de temps, ni comment… mais je t'aime tellement que j'ai envie d'être à tes côtés chaque seconde de notre vie, et que je souffre à l'idée de ne pas pouvoir. » déclara-t-il, encouragé par ce qu'il voyait dans les yeux de Liam. « Je… je crois que j'avais préparé un discours, mais mes souvenirs sont un peu flous… »
Liam pouffa de rire, et se rapprocha de lui, jusqu'à laisser une distance entre eux à la fois bien trop courte et bien trop longue aux yeux de Melian.
« Je t'aime aussi, Mel. Peut-être depuis la première fois que je t'ai vu, même si je ne l'ai réalisé que récemment. Je suis… heureux, que tu aies décidé de tenir tête à ton père, pas parce que sans ça, je t'aurais rejeté, mais parce que c'est… c'est déchirant de voir tes cicatrices… » admit-il, la voix tremblante. « Et, euh… je suis peut-être un peu soulagé que tu ne sois plus fiancé à Selwyn… »
Cette fois, c'est Melian qui éclata de rire à son expression boudeuse.
Peut-être pour se venger, peut-être parce qu'il en avait envie, Liam réduisit la distance entre eux deux et posa ses lèvres sur les siennes.
Il va sans dire que le stock de whiskey-pur-feu des Serpentard ne fut pas entamé cette nuit-là, et que Jade eut le plaisir de lui rire au nez lorsqu'il rentra le lendemain, après une nuit passée dans les bras de Liam, à contempler les étoiles et rêver d'un futur libre et incroyablement niais.
SS
Depuis trois mois que la Deuxième Tâche était terminée et que Severus avait mis son plan au point avec Lupin et Black, Maugrey n'avait, pour ainsi dire, rien fait de suspect.
Il avait été décidé entre les trois alliés – jamais au grand jamais Severus ne les appellerait des amis – que Lupin se chargerait de trouver Voldemort, que Sirius, par le biais de sa cousine, surveillerait le Ministère, et que Severus s'occuperait de Maugrey.
Severus surveillait, donc, le plus discrètement possible. Maugrey n'avait pour le moment rien fait de suspicieux, il en avait donc conclu que soit il était là pour recueillir des informations, soit il attendait la Dernière Tâche pour agir.
Il n'était sûr et certain que d'une poignée d'information : Maugrey était un imposteur, il avait placé le nom de Potter dans la Coupe, et il cherchait à attenter à sa vie.
Par conséquent, il allait à nouveau devoir protéger Potter. Et pour remplir cette mission, il allait avoir besoin de l'aide de quelqu'un qui participait également à l'épreuve.
« Vous m'avez appelé, professeur ? »
« C'est exact, Mr Forester, asseyez-vous. »
Il s'en voulait un peu de déranger l'un de ses élèves préférés pendant sa phase « lune de miel » avec son fraîchement dégoté petit ami (la nouvelle avait rapidement fait le tour de tous ceux qui, à l'instar de Severus, avait un certain talent pour l'observation), mais il avait désespérément besoin d'aide.
« Je ne vais pas y aller par quatre chemins. Je n'aurais pas dû vous prendre pour un imbécile, le soir où Maugrey est entré dans mon bureau. Les ingrédients qu'il a volés permettent de concocter du Polynectar, d'où notre hypothèse, à Lupin, Black et moi, qu'il s'agit d'un imposteur. » expliqua-t-il.
Melian perdit immédiatement son sourire, et parut comprendre pourquoi Severus l'avait convoqué.
« Vous voulez que je vous aide à enquêter ? »
« Pas exactement… Notre hypothèse est que cette personne est après Potter, et qu'elle va tenter quelque chose pendant la Dernière Tâche. »
« Et vous voulez que je le protège ? Je tiens beaucoup à Harry, mais vu le contenu de notre épreuve, je ne vois pas comment je pourrais faire… »
« Vous êtes déjà au courant de l'épreuve ? »
Sommes-nous déjà à la fin du mois de mai ? Mais qu'est-ce que j'ai foutu pendant ces trois derniers mois… ?
« Oui, Verpey nous a montré le terrain de Quidditch qu'Hagrid est en train de transformer en labyrinthe. Vous auriez vu la tête qu'a fait Harry en voyant son magnifique terrain ruiné par des haies, c'était hilarant ! »
« J'imagine. » commenta Severus, sans pour autant se laisser aller à sourire. « J'ai conscience de la difficulté que représente ce que je vous demande, mais si vous pouviez au moins essayer… »
« Je le ferais, professeur, sans hésiter. » assura Melian.
Severus sourit face à sa détermination. Connaissant Potter, il allait avoir besoin de toute l'aide possible pour le garder en vie. Il était également en train de préparer une potion de traçabilité, qui permettrait de le retrouver s'il se faisait kidnapper. Ou du moins, il essayait de fabriquer cette potion depuis des semaines, sans résultat concluant.
Sa prochaine mission consistait à s'introduire dans les appartements de Maugrey. Il avait essayé plusieurs fois déjà, mais finissait toujours par tomber sur un sort de protection qui lui était inconnu – les sortilèges n'avaient jamais été son fort – ou sur un objet détecteur d'intrusion qui lui prenait des heures à désamorcer, heures qu'il n'avait pas toujours devant lui.
Il choisit un weekend à Pré-au-Lard où l'imposteur était de garde, et amena des rapports au professeur McGonagall, dont les appartements étaient les plus proches, pour avoir une raison valable de se rendre dans cette aile du château.
Arrivé devant la porte décorée d'une gravure de phénix, Severus dut faire face à son premier challenge : sans rendez-vous avec Maugrey, la porte refusait d'ouvrir. Il utilisa un sortilège de confusion, suffisamment puissant pour se rapprocher du sort jeté à la Coupe de Feu.
Lorsque la porte s'ouvrit, il resta à l'extérieur, et commença à désamorcer chaque couche de sortilèges de protection. Même le véritable Fol Œil serait impressionné par les précautions de l'imposteur… Quoique la quantité de magie présente dans le château devait rendre ce genre de combinaison plus facile à appliquer.
Severus ne tarda pas à désactiver toutes les protections qu'il avait déjà retiré les fois précédentes, et finit par atteindre la dernière couche, la seule qu'il n'avait pas encore réussi à craquer.
« Voyons-voir si des heures à étudier des grimoires datant du Moyen-Âge vont effectivement servir à quelque chose… » marmonna-t-il, en jetant un coup d'œil à la couverture de cuir qui dépassait de sa poche – Les Fondements de la Magie, recueil des recherches des plus grands sorciers de notre temps.
L'une des théories basiques de la Magie, qui était plus une règle d'ailleurs, était que chaque sort avait son contre-sort, ou du moins son contraire. C'était un équilibre naturel, qui assurait que peu importe l'action réalisé, il existait au moins une manière de la contrer, de l'inverser.
Il existait, bien évidemment, des exceptions. Trois, pour être exactes. Ces trois sorts étaient connus sous le nom d'Impardonnables, non pas parce qu'ils étaient moralement abominables, mais parce qu'ils étaient contre-nature. Aucun sort ne permettait de soulager la douleur d'un Doloris, de défaire l'emprise d'un Impero, et encore moins de ramener quelqu'un à la vie.
En conclusion, il existait forcément un moyen de contrer les sorts protégeant les appartements de Maugrey.
« Dit comme ça, ça a l'air facile… »
Si seulement Lily était là, elle trouverait la solution du premier coup…
Arg, ce n'est pas le moment de penser à elle !
Un peu de concentration, Severus !
Il y avait sept couches de protections magiques, chacune constituée de sept sorts différents : reconnaissance de signature magique, reconnaissance de mauvaises intentions, alarme, défense contre différentes menaces, expulsion, renforcement des autres protections, et malédiction pour quiconque tenterait de passer le tout.
Sept fois sept sorts, soit quarante-neuf au total, tous plus dangereux et complexes les uns que les autres. Severus avait beau savoir que sept était le nombre le plus puissant en magie, ce système de protection lui paraissait un tantinet exagéré.
Il avait donc réussi à passer les six premières couches – et encore, il lui avait fallu une bonne trentaine d'essais pour y arriver – et devait encore se débarrasser de la dernière, qui était aussi la plus puissante.
Seulement, avant qu'il n'ait pu faire un geste, un toussotement distingué dans son dos le fit se figer sur place.
« Snape ? Je n'ai pas le souvenir d'un rendez-vous avec vous… » fit mine de s'étonner Maugrey, son sourire railleur se moquant ostensiblement de Severus.
« Maugrey… J'avais une affaire urgente à discuter avec vous. » mentit Severus, décidant que nier valait, pour le moment, mieux que l'aveu des faits.
Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu une de ses conversations prisées chez les sang-purs, où le véritable sujet de discussion était à peine sous-entendu par les participants, qui préféraient se répandre en fausses flatteries et compliments.
Peut-être qu'il pourrait obtenir un indice sur l'identité de son vis-à-vis au passage.
« Eh bien, qu'est-ce que vous attendez ? Entrez, qu'on discute ! » s'exclama Maugrey, sans se départir de son sourire moqueur.
Les deux sorciers s'installèrent autour du bureau du professeur de DCFM. Maugrey ne manqua pas de réactiver ses protections au passage, et Severus fit mine de n'avoir rien vu. Il savait qu'il avait la position de faiblesse, mais gardait un précieux avantage : il savait que Maugrey était un imposteur.
Il allait devoir la jouer fine, très fine. Devait-il s'inspirer du sarcasme de Lucius, de l'arrogance de Parkinson, de la complaisance de Fudge, de la fausse innocence d'Ellana ?
« Alors, Snape, de quoi vouliez-vous me parler ? » demanda Maugrey. « Cela n'aurait pas un rapport avec le sorcier qui essaye de nuire à Potter, par hasard ? »
Il… m'offre un sujet de conversation ?
Cela lui paraissait hautement improbable…
Non, je ne dois pas tomber dans son piège !
« Je sais que ma réaction à votre théorie n'a pas été des plus cordiale… Mais j'ai mené ma petite enquête depuis, et je crois pourvoir affirmer avoir fait des découvertes plutôt intéressantes. » déclara-t-il.
Était-ce son imagination, ou Maugrey venait de pâlir ? Craignait-il d'avoir été découvert ? Severus se retint de sourire victorieusement. La partie d'échec venait de commencer, mais il avait déjà l'impression d'avoir l'avantage.
« Ah oui ? Et quelles sont ces découvertes ? » s'enquit Maugrey, qui semblait avoir légèrement perdu de sa superbe.
« Pour commencer, j'ai noté la disparition de certains ingrédients de ma réserve… Des ingrédients qui entrent notamment dans la composition du Polynectar. » raconta Severus, son regard à l'affut du moindre changement dans l'expression de l'imposteur.
Il ne fut pas déçu. L'espion devait être jeune et débutant, car il se mit à gigoter sur son siège, signe de son inconfort.
« Et naturellement, vous l'avez reporté à Dumbledore ? » demanda Maugrey, cherchant probablement à connaître l'ampleur des dégâts.
Peut-être qu'il craint simplement la réaction de son Maître s'il échoue…
« Naturellement. Il m'a chargé de lui soumettre des rapports à chaque nouvelle disparition, et de chercher notre mystérieux imposteur. Il se charge de trouver un prétexte pour interroger le personnel et nos invités. J'imagine que vous connaissez l'étendue de ses connaissances en Légilimencie ? »
Severus prenait un risque avec son bluff, il le savait, mais le directeur faisait figure d'autorité et de puissance. L'imposteur avait l'air de plus en plus mal à l'aise, il devait donc ressentir, en plus de l'angoisse d'avoir été découvert, le stress d'être interrogé par un Maître Légilimens.
« Après la découverte du pillage de ma réserve, j'ai commencé à me poser des questions. Et c'est là que j'ai fait le lien ! La participation de Potter au Tournoi, contre son gré, les évènements de la Coupe du Monde de Quidditch, la fuite de Pettigrow, le retour progressif de la Marque des Ténèbres… »
Severus fit une pause dramatique – il avait l'habitude d'en faire en cours de potion, pour l'amour du suspense – et se délecta à regarder le stress monter chez son vis-à-vis.
« Qu'en avez-vous conclu ? » demanda faiblement Maugrey.
« Le Seigneur des Ténèbres prépare son retour, et il va avoir besoin de Potter. » dévoila Severus.
C'était là son gros coup de poker. Lupin et Black allaient le détester, mais il était sûr de lui. L'imposteur ne tarderait pas à lâcher, il en était certain.
« J'ai donc commencé à prendre des précautions, » continua-t-il. « Potter est sous surveillance vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et je vais lui faire prendre des potions de traçabilité durant le Dernière Tâche. »
C'était la décision la plus audacieuse qu'il ait jamais pris, et il avait désespérément peur de s'être trompé, d'avoir ruiné tous les plans qu'il avait passé des heures à concevoir avec Black et Lupin.
« Une potion de traçabilité ? Je ne savais pas que ça existait… » murmura Maugrey.
« Oh, pas encore, mais j'aurais tôt fait de l'inventer ! » s'exclama Severus.
Ce fut là son erreur.
La phrase de trop, peut-être.
Après tout, qui sait, sans cela, l'imposteur n'aurait peut-être pas retourné la situation.
Mais Severus avait fait une erreur de jugement, du type qu'il ne faisait que très rarement, et il allait le payer très cher, bien plus qu'il ne pouvait l'imaginer.
L'attitude du faux Maugrey changea en un instant. Il perdit son air apeuré, arrêta de trembler sur son siège, et retrouva son sourire railleur. Severus comprit instantanément qu'il avait fait une erreur.
« Je vois que vous avez bien travaillé, Snape. Je ne manquerais pas de discuter de vos plans de défense avec le directeur, je suis sûr que je pourrais apporter ma pierre à votre redoutable édifice. » déclara-t-il. « Si cela ne vous dérange pas, j'ai beaucoup de travail qui m'attend, et un rendez-vous qui devrait arriver d'une minute à l'autre. »
Severus se laissa raccompagner, sous le choc de son amère défaite. Il s'était fait complètement rouler dans la farine, porté par un excès de confiance en lui qu'il avait sans aucun doute puisé dans l'attitude faible et fragile de son adversaire.
Et désormais, non seulement il ne connaissait pas l'identité de l'imposteur et n'avait pas avancé dans son enquête, mais il venait également de dévoiler sa stratégie et ses faiblesses à l'ennemi.
Sans savoir comment, Severus retourna dans ses quartiers, se laissa tomber dans son canapé en velours vert Serpentard, et laissa exploser sa rage et sa frustration, dans un raz-de-marée magique qui ravagea son appartement. Les fenêtres explosèrent, les meubles se brisèrent en mille morceaux, et le feu de sa cheminée se raviva, attisé par la magie.
La seconde d'après, Severus se levait, marchait difficilement jusqu'à sa cheminée, et appelait Lupin.
Son allié – était-il toujours son allié, après l'erreur qu'il avait fait et qui allait ruiner tous leurs plans ? – le rejoignit au plus vite, avant de rester figé sur le seuil de la cheminée, choqué par l'état des meubles en miettes.
« Severus ! Qu'est-ce qui t'es arrivé ? Tu as été cambriolé ? » s'inquiéta le loup-garou.
Severus ne répondit pas, il était pris dans ses pensées, pris dans sa culpabilité, son regret, sa honte, et par-dessus tout, son dégoût de lui-même, qu'il croyait avoir dépassé avec la rédemption de Dumbledore.
« Severus ? » insista Lupin, en se rapprochant de lui à travers les débris.
« Remus… je suis tellement désolé… » gémit-il, la voix tremblante et le regard tourné vers la fenêtre. Peut-être qu'il n'était pas trop tard pour s'enfuir… ?
« Qu'est-ce qui se passe, Severus ? » répéta Lupin, de plus en plus inquiet.
« Nos plans… notre avancée… nos connaissances de l'ennemi… même la plus grande faille de notre plan… j'ai tout révélé à l'imposteur. » lâcha Severus.
« Tu veux dire… ? »
« Il pourrait attaquer d'un moment à l'autre, déjouer tout ce que nous avions prévu pour contrer sa future attaque. Et il pourrait le faire en sachant que la potion de traçabilité de Potter ne fonctionne pas encore. »
F
Ce chapitre me permet de clore l'un des problèmes de ce tome (a.k.a la vie amoureuse de Melian XD) j'espère que ce n'était pas trop cheesy... je ne peux pas m'en empêcher, je crois ^^
Je suis aussi assez contente d'avoir réussi à montrer Severus sous un nouveau jour, parce que d'habitude, ce sont plutôt Sirius et Remus qui font des bêtises XD mais personne n'est parfait, et les gens qui font rarement des erreurs, lorsqu'ils en font, c'est généralement une connerie monumentale XD
