Hey ! Désolé pour l'attente, il semblerait que je n'ai pas beaucoup plus de temps libre en vacances qu'au lycée ^^ On approche de la fin de ce tome, j'espère que j'aurais réussi à vous faire apprécier Melian Forester !

Enjoy and review !

Chapitre 10 : La Troisième Tâche

E

Après sa discussion avec Remus, Ellana avait légèrement calmé son investigation, plus pour se concentrer sur ses examens de fin d'année que par réel abandon. Ses suspicions étaient toujours là, en particulier lorsqu'elle voyait son frère surveiller Harry comme s'il craignait qu'il disparaisse à tout moment.

Son inquiétude augmenta encore d'un cran lorsqu'elle arriva dans la Grande Salle un matin, dix jours avant la dernière épreuve du tournoi, et que tous les élèves murmuraient entre eux et s'échangeaient des copies de la Gazette du Sorcier.

« Que se passe-t-il ? » demanda-t-elle à Anna, qui était abonnée à tous les journaux du monde sorcier.

« Regarde… » répondit son amie, en lui tendant l'objet des ragots.

La une était presque entièrement occupée par une photo de Bartemius Croupton, le Directeur du Département de la Coopération magique internationale, et les articles étaient tous en son honneur.

Ce qui marqua Ellana, cependant, fut le titre du premier article :

L'ASSASSINAT DE BARTEMIUS CROUPTON PAR SON ANCIENNE ELFE DE MAISON DEVENUE FOLLE

La surprise a été grande pour le jeune Percy Weasley, assistant de Mr Croupton depuis le mois de juillet dernier. Le sorcier a effectivement fait la découverte macabre de non pas un, mais bien deux cadavres.

Bartemius Croupton Sr, et son elfe de maison Winky, qu'il avait renvoyé après qu'elle ait été désignée coupable d'avoir fait apparaître la Marque des Ténèbres durant la Coupe de Quidditch cet été.

Il semblerait, d'après la lettre de suicide de Winky, que l'elfe de Croupton a tué son ancien maître pour se venger avant de mettre fin à sa propre vie, horrifiée d'avoir accompli un tel acte. Elle a utilisé l'Avada Kedavra sur Mr Croupton, enivrée par la colère et l'alcool, mais a rapidement dégrisé en réalisant ce qu'elle avait fait.

Comme vous le savez peut-être, les elfes de maison se punissent eux-mêmes lorsqu'ils font quelque chose qui peut nuire à leur maître. Imaginez la punition que Winky a estimé nécessaire pour avoir tué son maître de ses propres mains… Elle s'est lancée l'Avada Kedavra à elle-même, afin de mourir comme son maître, « fidèle jusqu'au bout » selon ses mots.

Mais assez de faits morbides. Si j'attire votre attention sur ce triste évènement, c'est pour soulever deux autres points intéressants à retenir…

Tout d'abord, la première réaction qui, j'en suis sûr, est venue à votre esprit : comment Bartemius Croupton, réputé pour avoir condamné la plupart des prisonniers d'Azkaban, a-t-il pu se faire avoir par sa propre elfe de maison ?

Il s'avère que, toujours d'après Percy Weasley, Croupton n'était pas venu travailler depuis des mois lors de son assassinat. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le jeune sorcier a pu découvrir toute l'affaire : inquiété par l'absence d'instructions, que le Directeur avait pris l'habitude de lui envoyer par hiboux, Percy s'est rendu chez son patron pour lui demander du travail – admirez son dévouement – et y a trouvé deux cadavres.

Croupton était donc souffrant, à la fois physiquement et mentalement épuisé, lorsque Winky a transplané chez lui, il y a de ça trois jours. Elle n'aura donc pas eu besoin de beaucoup d'effort pour venir à bout du sorcier autrefois réputé pour sa volonté à débarrasser le monde de la magie noire… grâce à la magie noire. (Vous trouverez un résumé de son combat en page 4)

La question se pose, mesdames et messieurs ! Pendant combien de temps le Ministère nous a-t-il menti à propos de la condition du Directeur du Département de la Coopération magique internationale, pourtant l'un des départements les plus importants au fonctionnement de notre société ? Comment pouvons-nous lui faire confiance, si nous ne savons même pas qui nous dirige ?

Imaginez, chers lecteurs ! Et si Fudge était malade, et ne nous mettait pas au courant ? Nous ne saurions même pas qui est notre propre Ministre !

Je vous invite à signer notre pétition pour plus de transparence de la part du Ministère (formulaire à signer et envoyer par hiboux à la Gazette en page 8), en espérant qu'un rassemblement des citoyens permettra de faire bouger les choses.

Nous en venons à notre deuxième point : comment la population des elfes de maisons et leurs droits sont-ils régulés ? Devons-nous nous attendre à ce que les elfes se révoltent contre leurs maîtres et leurs volent des baguettes pour prendre le contrôle du Ministère ?

Alors qu'à Poudlard, nos jeunes – ou du moins certains d'entre eux – se battent pour accorder plus de libertés à ce peuple soumis aux sorciers depuis des décennies, au Ministère, peu de nos représentants accordent une quelconque importance à ce qui arrive à ces créatures.

Pouvons-nous les blâmer alors que nous-même ne pensons pas à eux à chaque seconde de notre journée ? J'en doute. Ce que je sais, en revanche, c'est que malgré toutes les restrictions imposées à ces créatures, l'une d'entre eux a pu pénétrer dans la maison de son ancien maître – qui, selon les lois, n'a plus aucun lien avec son elfe une fois qu'il l'a renvoyé – et est parvenue à lui prendre sa baguette pour lui lancer un Impardonnable.

Je me suis plongé dans les lois de régulation des elfes de maisons, chers lecteurs, et voici ce que j'en ai tiré : les elfes de maison ne peuvent pas utiliser de baguette, ni même leur magie naturelle, sans la permission de leur maître, sous peine d'aller à Azkaban – peine qui varie selon la gravité du sort utilisé.

Vous l'avez compris, les elfes sont obligés d'avoir un maître. Or, Winky est restée, selon son dossier des Archives Nationales Sorcières, sans emploi pendant presque un an, depuis son renvoi. Pourquoi n'était-elle pas suivie par l'un des agents du Ministère que nos impôts payent à cet effet ?

Le meurtre de ce cher Barty Croupton nous aura au moins permis de discerner quelques failles dans la communication du Ministère avec ces citoyens…

A la prochaine, chers lecteurs – avec, je l'espère, quelques clarifications sur l'affaire Croupton !

Votre chroniqueur préféré, Roger Skeeter

Ellana reposa le journal, stupéfaite. Elle ne savait pas ce qui était le plus surprenant : que Croupton soit mort, qu'il est été tué par son elfe de maison, qu'un nouveau journaliste à scandale ait remplacé Rita Skeeter (son cousin, pour ne rien arranger), ou bien que tous les élèves soient choqués par une nouvelle qui les concernait aussi peu ?

Sous le choc, Ellana se tourna vers son amie, la première question qui lui franchit les lèvres complètement à l'opposé de la partie la plus inquiétante de l'article.

« Ce journaliste écrit de façon très personnelle, non ? »

« C'est vrai que ses articles sont très subjectifs… Ce doit être un truc de famille… » soupira Anna.

Cela expliquait le côté polémique de l'article. Le journaliste voulait clairement que la population se range de son côté, et savait exactement comment déclencher les bonnes réactions. Il peut être soit très utile, soit très dangereux…

« Dis, Ella… Tu… tu as des elfes de maison ? » demanda Cassiopée, avec beaucoup d'hésitation.

Elle s'attendait à la question, évidemment, mais la réponse restait difficile. Comme beaucoup de vieilles familles sorcières, les Forester avaient plusieurs elfes de maison – sept, pour être exact. Ils en avaient toujours eu sept, règle de famille. Leur magie avait certaines similarités avec la magie des sorciers, comme le fait que certains nombres la rendait plus puissante.

« Oui. » répondit-elle, ses yeux pleins d'amertume et de honte plantés dans ceux de son amie.

Oui, elle avait des elfes de maison, mais elle n'en n'était pas fière pour autant.

« Si ça peut te rassurer, ce ne sont pas les elfes qui sont maltraités chez moi… » ajouta-t-elle, plus sombrement.

Cassiopée se radoucit un peu, mais Ellana savait qu'elle n'oublierait pas ce détail à propos de sa famille. Elle ne lui en voulait pas, en tout cas. Les elfes étaient un peuple, une espèce, avant d'être les esclaves des sorciers, et la Nature ne créait pas d'êtres pour qu'ils soient spécifiquement les inférieurs d'un autre.

« Qui va remplacer Croupton pour juger le Tournoi, du coup ? » demanda James, et Ellana lui fit un sourire de remerciement pour avoir changé de sujet.

« Sans doute son assistant, non ? Percy Weasley. » répondit Oliver.

« Autant dire que Melian peut oublier la victoire… » commenta Anna.

« C'est sûr qu'avec la famille sorcière qui a le plus de préjugés envers les Serpentard, on n'a pas beaucoup de chance… » approuva Ellana. « Mais je doute qu'un seul vote change la donne. »

« Est-ce qu'on sait quelle va être la prochaine épreuve ? » demanda Cassiopée.

« Un labyrinthe. Le premier qui arrive au milieu a gagné… en sachant qu'il sera rempli de créatures magiques d'Hagrid et d'obstacles magiques. » raconta Ellana.

« Sa forme de lynx pourrait peut-être l'aider ? » réfléchit Oliver.

« Les lynx vivent dans des forêts, pas dans des haies faites pour piéger les gens qui s'en approchent ! » rétorqua James.

« Voilà un débat qui est loin d'être aussi important que notre cours de Métamorphose… » marmonna Ellana, avant d'échanger un regard avec Anna et Cassiopée.

Les trois amies partirent pour leur cours, laissant derrière elles le climat politique de la Grande Salle, et ses spéculations sur ce qui était réellement arrivé à Croupton.

Parce que, peu importe à quel point cet article paraissait sincère, Ellana ne pouvait pas être la seule à lire entre les lignes, et à penser par elle-même. A moins que son jugement ne soit faussé par les bons souvenirs qu'elle avait de tous les elfes de sa famille…

Toujours était-il qu'elle savait les elfes incapables de tuer leur maître, peu importe qu'ils aient été renvoyés ou non. Même des années après leur renvoi, ils étaient généralement incapables de dire du mal de leurs anciens maîtres, alors les tuer ?

C'est impossible que Winky ait tué Mr Croupton, décida-t-elle. Elle n'avait peut-être pas le temps de chercher des réponses par elle-même, mais cela ne voulait pas dire qu'elle allait suivre bêtement l'opinion public.

M

L'atmosphère était tendue. Snape et Harry se regardaient en chiens de faïences, chacun dans un coin opposé du bureau du professeur de potion. Lupin se tenait au bureau, peut-être parce qu'il avait peur de céder à la tentation de s'enfuir en courant. Melian quant à lui s'appuyait contre la porte, pour barrer la sortie ou pour en être le plus proche, il n'en n'était pas sûr.

« Allez-vous enfin nous dire pourquoi nous sommes là ? » finit-il par demander, lassé du silence étouffant de la pièce. « J'aimerai pouvoir me préparer pour la troisième tâche. »

Il avait conscience d'être légèrement odieux, mais Liam devait le retrouver un peu plus tard dans la soirée pour l'aider à s'entraîner, et il ne manquerait cela pour rien au monde.

Snape échangea un regard avec Lupin, avant d'enfin retirer son masque de froideur et de sévérité. Il soupira et se laissa tomber dans son fauteuil, alors que la fatigue accumulée ces dernières semaines apparaissait sur son visage.

« Nous sommes là, Mr Forester, parce que j'ai fait une erreur de jugement. » répondit-il, sincèrement honteux. « Une erreur qui pourrait causer notre perte. »

Melian se tendit, et vu à l'expression des deux adultes qu'il ne plaisantait pas, ni n'exagérait la situation. Harry se rapprocha d'eux, son visage pâle trahissant son inquiétude.

« Il va nous falloir plus de détail, professeur. » lâcha le Gryffondor.

« Calme-toi, Harry. » dit Lupin, sa voix affectueuse et rassurante. « Tout n'est pas perdu. Tu sais à quel point le professeur Snape adore le mélodrame. »

« J'ai dévoilé nos connaissances de l'ennemi à un espion, Lupin. Tout est potentiellement perdu. » rétorqua Snape.

« Un espion ? » s'étonna Harry, toute colère envers son professeur de potion envolée.

« Le professeur Maugrey. » expliqua Melian. « Je l'ai surpris alors qu'il volait des ingrédients dans la réserve du professeur Snape. Des ingrédients qui permettent de concocter du Polynectar. »

« Une potion qui vous est familière, si je ne me trompe… » ajouta Snape.

Si Harry avait pâli en entendant Snape admettre son erreur, il devint carrément livide en apprenant que Maugrey était un espion.

« Mais… il m'a aidé pour les épreuves… et je lui ai prêté la Carte du Maraudeur ! » s'exclama-t-il.

Ce fut au tour de Lupin et Snape de perdre des couleurs, alors que Melian ne comprenait pas vraiment quel était le problème. Quelle était cette carte et qu'avait-elle de spécial ? Il lui semblait que la fuite d'informations de Snape était plus importante.

« Vous parlez… de la carte de Poudlard qui montre tous ses habitants en temps réel ? » demanda Snape, et la réalisation frappa Melian comme un Magicobus lancé à toute vitesse.

« Attendez une minute, professeur… Qu'est-ce que vous avez dit à l'espion, exactement ? » s'enquit le Serpentard.

« Un mélange de vérité et de bluff. Il jouait incroyablement bien son jeu d'espion qui a été découvert et qui craint pour sa peau… Je lui ai fait croire que Dumbledore est au courant et qu'il interroge les suspects avec sa Légilimencie. » expliqua Snape, avant de rajouter, pour Harry : « La Légilimencie est un type de magie noire qui permet de s'introduire dans l'esprit de quelqu'un. »

« Ce bluff en soit n'est pas le problème, » poursuivit Lupin. « Il permet d'effrayer l'ennemi sans trop en dévoiler sur nos effectifs. »

« Le problème, c'est que j'ai trop pris confiance en moi. » déclara sombrement Snape. « Je lui ai dit que nous savons que le Seigneur des Ténèbres est derrière la participation de Potter au Tournoi des Trois Sorciers, et que je le soupçonne de vouloir vous kidnapper pour accomplir un rituel qui lui permettra de revenir à la vie, en quelques sortes. »

L'atmosphère, déjà tendue, devint carrément glaciale. Melian remarqua qu'Harry tremblait et posa sa main sur son épaule pour lui apporter un peu de soutien. Il refusait qu'un enfant de plus souffre pour les délires d'un psychopathe.

« Vous voulez dire… qu'il pourrait revenir ? » demanda Harry, l'air plus furieux qu'effrayé. « Et il a besoin de moi pour ça ? »

« Vous avez peut-être remarqué, Mr Potter, que j'ai fait de nombreuses recherches ces dernières semaines. J'ai trouvé un rituel, qui permet à un sorcier entre la vie et la mort de s'ancrer à nouveau dans le monde des vivants. » raconta Snape. « Il a été créé pour des fantômes, mais je pense qu'il pourrait fonctionner sur… et bien, nous ne sommes pas vraiment sûr de ce qu'il est advenu du Seigneur des Ténèbres après sa mort… »

« Quoi qu'il en soit, nous avons décidé que le plus important était de te protéger, puisqu'il y a de fortes chances que tu deviennes sa cible principale, rituel ou non. » intervint Lupin. « Nous avons donc chercher à fabriquer une potion de traçabilité, que tu aurais pu prendre pendant la Troisième Tâche. »

« Seulement, c'est une potion jamais vue auparavant, et j'ai échoué à en faire une réalité. » continua Snape. « Mon erreur réside dans le fait que j'ai mentionné cet échec auprès de notre espion, qui sait donc que nous n'avons pas encore mis en place de stratagème pour vous protéger, Mr Potter. »

Harry hocha la tête, toujours avec son air incroyablement stupéfait. Il n'était pas très doué pour cacher ses émotions, et Melian pouvait pratiquement lire en lui comme dans un livre ouvert.

Ce que je me demande, c'est pourquoi ils m'ont convoqué aussi

« Pourquoi est-ce que vous me dites tout ça ? » demanda finalement le Gryffondor.

Lupin parut quelque peu étonné qu'il pose cette question en premier, et lui répondit immédiatement, comme si cela coulait de source.

« Parce que tu es le premier concerné, évidemment ! » s'exclama-t-il. « Le meilleur moyen de te protéger est de t'apprendre à te protéger toi-même. On en a parlé avec Sirius, et c'était l'un des rares points sur lesquels on était d'accord. »

Combien de fois un adulte avait-il menti à Harry ? Il était plus surpris par la confiance que lui portait Lupin que par le retour du Seigneur des Ténèbres ! Le Gryffondor hésita un instant, avant de prendre la parole, d'une voix un peu plus assurée.

« Je pensais en parler au professeur Dumbledore, mais je n'en n'ai pas eu l'occasion, et je pense que ça pourrait vous intéresser… » commença-t-il. « Hier, je me suis… euh… endormi en cours de Divination… »

Il s'interrompit, peut-être par peur de se faire réprimander, mais les visages de Snape et Lupin ne reflétaient que de la compréhension. Melian retint difficilement son rire et attendit la suite de l'histoire.

« J'ai fais un drôle de rêve, d'ailleurs c'était plus une vision qu'un rêve… et ce n'est pas la première fois que je fais ce genre de rêve… »

« Venez-en au fait, par pitié, Potter ! » le coupa Snape, avant de se prendre un coup de coude de Lupin.

« Oui, pardon… J'ai rêvé de Voldemort. Il s'en prenait à Queudver… euh, Peter Pettigrow… » se reprit-il. « Voldemort recevait une lettre apportée par un hibou et il disait qu'elle apportait de bonnes nouvelles. Puis il ajoutait qu'il – je ne sais pas qui est ce « il » – était bien plus efficace que Queudver, et qu'il allait devoir montrer son utilité rapidement s'il ne voulait pas finir dans l'estomac de son serpent. En me donnant moi au serpent, par exemple. Ensuite, il a jeté le sortilège Doloris à Queudver et ma cicatrice s'est mise à me faire mal. La douleur était si forte que je me suis réveillé. »

Les bonnes nouvelles apportées par la lettre étaient forcément un rapport de l'espion sur sa conversation avec Snape. Et Voldemort avait visiblement déjà commencé à mettre ses partisans en compétition – d'après ce qu'on lui avait raconté, du temps de la guerre, les Mangemorts étaient prêts à tout pour grapiller un peu plus de pouvoir et d'attention de la part de leur maître.

Ce qui inquiétait Melian, c'était les douleurs qu'avait ressenti Harry dans sa cicatrice, ainsi que le fait qu'il soit, d'une manière ou d'une autre, connecté à Voldemort.

« Voilà qui est très inquiétant, en effet… » marmonna Lupin. « Préviens-nous chaque fois que tu feras un rêve de ce genre, Harry. Nous devons absolument avoir tous les indices en main si nous voulons prendre l'avantage face à Voldemort. »

« Et essayez, si vous en trouvez le temps et les moyens, de vous renseignez sur les douleurs qui affectent votre cicatrice. Ce n'est pas normal qu'elle se mette à vous faire mal subitement treize ans après la blessure. » ajouta Snape. « De mon côté, je vais continuer à essayer de créer cette potion de traçabilité. »

« Et je vais reprendre mes recherches pour trouver le repaire de Voldemort. » assura Lupin.

« Si je puis me permettre… » intervint Melian. « Je me pose la question depuis le début de la conversation, en fait, et cela me semble être le moment parfait. Qu'est-ce que je fais ici ? »

« N'est-ce-pas évident ? » rétorqua Snape. « Pendant la Troisième Tâche, tu seras le seul à pouvoir aider Potter si l'espion tente quelque chose. Tu es le meilleur duelliste de l'école, et l'élève en qui j'ai le plus confiance. »

« Cela ne veut pas dire que nous nous attendons à ce que tu te sacrifies pour Harry ou que nous le plaçons sous ta responsabilité. » ajouta Lupin. « Juste que nous aurions besoin que vous restiez ensemble pendant l'épreuve, et que tu nous préviennes s'il venait à se passer quelque chose. »

Melian hocha la tête, décidé à protéger celui qui avait sauvé la vie de sa sœur, et qui, au fur et à mesure de leurs aventures communes, était devenu l'un de ses amis.

« J'espère que vous comprenez la gravité de la situation, tous les deux. » poursuivit Snape, s'adressant particulièrement à Harry. « On parle d'un risque de déclencher une nouvelle guerre. Votre survie – et celle du monde sorcier – est plus importante qu'un quelconque Tournoi ou que votre fierté. »

« Bien sûr, professeur. » assura Melian. « Vous pouvez compter sur moi. »

« Je comprends, monsieur. » ajouta Harry, et il était sincère, ce qui sembla surprendre le professeur de potion.

« Bien. Merci de nous avoir écouté. » dit Lupin, le soulagement perceptible dans sa voix.

« Je… sachez que je regrette amèrement mon erreur. » ajouta Snape, à voix basse.

Harry ne répondit rien, se contentant d'un hochement de tête avant de quitter le bureau. Melian fit un sourire désolé à son professeur et partit à sa suite dans les couloirs labyrinthiques des cachots.

« Harry, attend ! » s'écria-t-il.

« Qu'est-ce que tu veux ? » demanda son ami, plus sèchement qu'il ne l'aurait probablement voulu. « Désolé, je suis un peu sous le choc de… de tout ça. »

« T'inquiète, je comprends. Ça te dirait qu'on s'entraîne ensemble pour la Troisième Tâche ? »

« Mais… on est en compétition… »

« Et alors ? On est tous les deux les champions de Poudlard, non ? Peu importe qui de nous deux gagne à la fin. »

Harry sourit, un peu plus à l'aise que lorsqu'il avait quitté le bureau de Snape, et Melian prit cela pour un oui. Il posa son bras sur ses épaules et le traîna vers la Salle Va-et-Vient, où il put lui apprendre quelques techniques de duel.

Je ferais tout pour le protéger, pour préserver la paix et empêcher Voldemort de revenir, se promit-il ce soir-là.

E

Les dix jours restants avant la Troisième Tâche étaient passés bien plus vite qu'Ellana ne l'avait escompté. L'épreuve se déroulerait dans la soirée, et pour fêter ce dernier jour de tournoi, les familles des participants avaient été invitées à venir encourager leurs champions.

Ellana eut donc le (dé)plaisir de passer la journée avec Melian… et leurs parents. Elle s'était presque attendue à ce que son père s'abstienne de venir, mais ç'eut été trop beau pour être vrai. Il devait maintenir les apparences, et en profiter pour saluer les quelques élèves qu'il jugeait important/intéressant pour ses affaires.

Elle eut au moins le plaisir de se balader dans le château avec sa mère.

« Je vois que peu de choses ont changé depuis mon départ… » sourit-elle. « Tu as découvert beaucoup de passages secrets depuis ton arrivée ? »

« Oh, tu sais… quelques-uns, en plus de ceux qu'on utilise pour aller de la salle commune à la Grande Salle… » répondit Ellana, avec un sourire malicieux.

Son frère avait observé leur échange avec un certain malaise, mais elle n'aurait pas su dire pourquoi. Cela lui rappela ce jour où il avait failli lui dire quelque chose d'important, mais s'était ravisé au dernier moment. Elle détestait cette impression qu'il lui cachait quelque chose.

« Le professeur Binns est toujours aussi soporifique, j'imagine ? » commenta encore sa mère. « Je me rappelle que nous prenions les cours à tour de rôle avec mes camarades. »

« Je demande généralement de l'aide à Théo pour l'Histoire de la Magie… Il l'étudie en dehors des cours. » raconta Ellana, avant d'avoir pu s'en empêcher.

« Oh, mais c'est merveilleux ! Je savais que tu t'entendrais bien avec lui ! » s'exclama sa mère, un sourire si grand qu'Ellana aurait juré qu'elle planifiait déjà le mariage. « Ton père avait tort de s'inquiéter autant… »

« En effet, je suis ravi de cette nouvelle. Thaddeus et moi commencions à nous faire du souci… Ce contrat est aussi important pour lui que pour moi, tu sais ? » renchérit son père, prenant part à la conversation pour la première fois depuis le début de la matinée.

« Et si nous mangions avec lui et Jade, ce midi ? » proposa sa mère, et Ellana crut qu'elle allait l'étrangler.

« C'est-à-dire que… j'aurais préféré passer ce temps avec vous… » protesta-t-elle.

« Tu es adorable, ma puce, mais nous pourrons passer plein de temps ensemble à partir de la semaine prochaine. » rétorqua sa mère, ayant vu clair dans son jeu.

« En fait, cela pourrait être une bonne idée… Je suis sûr que Jade acceptera ! » intervint Melian.

Ellana lui fit un regard noir, surprise par son revirement de position. Il filait le parfait amour avec Liam, depuis des semaines, pourtant !

Ainsi, sans qu'elle n'ait eu son mot à dire, Ellana se retrouva à manger en face de Théo, à côté de Jade, elle-même assise à la droite d'Abigaïl. C'était une tradition sang-pure que lors d'un dîner, les femmes soient assises d'un côté et les hommes de l'autre, dans l'ordre d'importance – et généralement d'âge.

Au moins, elle n'aurait pas pu être plus loin de son père.

« Alors, Jade, comment se sont passés vos Aspics ? » demanda Abigaïl.

« Très bien, Madame, je vous remercie. » répondit la septième année, avec un sourire flatté. « Melian a été d'une grande aide dans mes révisions. »

« Ne sois pas modeste, tu as réussi parce que tu es un génie, tout simplement ! » rétorqua Melian. « Et vous, les jeunes, comment se sont passés vos examens de fin d'année ? »

Evidemment, il devait ramener l'attention sur elle.

« Ils étaient plus faciles que prévu. Mais peut-être que c'est l'aide de Théo qui me fait dire ça. » mentit Ellana.

Elle avait réussi de justesse, préoccupée qu'elle était par le Tournoi et le professeur Snape. Et s'il était vrai que Nott l'avait aidé à travailler – comme il le faisait depuis le début de l'année, en échange de son aide en Métamorphose – il n'était pas pour autant la raison derrière ses bonnes notes.

« Je n'ai pas eu de problème particulier, mais c'est peut-être parce que les professeurs se sont montrés indulgents, cette année. » déclara Nott, jetant comme toujours un froid à table.

Il ne pouvait pas simplement dire qu'il a réussi, il fallait en plus qu'il démente toutes nos affirmations précédentes ! Maintenant les parents vont savoir qu'on leur ment sur notre bonne entente

Il lui semblait pourtant que Nott avait compris pourquoi son père devait absolument croire qu'elle acceptait son choix de mari – et qu'il souffrait du même problème.

« Et toi, Melian, comment te sens-tu par rapport à ce soir ? » s'enquit Ellana, pour changer de sujet. « Pas trop stressé ? »

« Non, je me suis bien entraîné, et j'ai étudié les faiblesses de mes adversaires. Je pense avoir toutes mes chances de remporter le Tournoi, à la mémoire de notre cher ancêtre Brennus. » répliqua Melian, sa réponse digne d'un robot tellement elle dégoulinait de froide politesse et de raideur.

« C'est bien. Je serais déçu de te voir échouer. » commenta Cassiel. « Qu'en penses-tu, Théodore ? Melian est-il capable de gagner ? »

« Naturellement. C'est un Serpentard, après tout. »

Bonne réponse…

En espérant que cela continue.

Le reste du repas se déroula de la même manière, un échange de politesses hypocrites et de demi-mensonges, pour cacher la vérité pourtant connue de tous, et qui planait entre eux comme une épée de Damoclès.

« C'était un déjeuner délicieux, vous ne trouvez pas ? » déclara Melian, tout à coup, alors qu'ils finissaient leurs desserts. « Nous devrions en refaire un, avec les parents de Jade ou de Théodore… »

« Mes parents seraient ravis ! » renchérit Jade, et Ellana réalisa qu'ils attendaient ce moment depuis le début du repas. « Que direz-vous de venir chez nous d'ici dix à quinze jours ? Ton père et toi êtes aussi invités, Théodore. »

« Ce serait avec plaisir ! » se réjouit Abigaïl.

« Je ne manquerai pas de mentionner votre invitation à mon père. » répondit Nott.

Autrement dit, il se donne du temps pour trouver une excuse potable…

L'entièreté de la discussion la mettait sur les nerfs, mais Ellana sourit et dit à Jade qu'elle adorerait revoir ses cousines françaises, qu'elle n'avait eu le plaisir de rencontrer qu'une seule fois et avec qui elle s'était tout de suite bien entendue. C'était bien évidemment un mensonge, mais elle n'était plus à cela près.

Après le repas, Ellana laissa ses parents avec son frère et se rendit dans le parc avec Anna, Cassiopée et Ginny.

Elle voulait s'amuser avec ses amies un maximum avant leur perte de contact inévitable durant l'été. Si ses parents ne s'étaient pas rendus compte que Cassiopée était sang-mêlée la première fois qu'elle avait séjourné chez elle, rien ne disait qu'ils ne feraient pas de recherches plus approfondies la prochaine fois.

« Vous irez au procès, vous ? » demanda Ginny.

Elle ne précisa pas de quel procès elle parlait, mais les filles comprirent immédiatement.

« Pas le choix, je suis témoin. » répondit Ellana. « J'étais présente la nuit où il s'est rendu au Ministère avec Pettigrow. Ils ont besoin d'au moins cinq témoins oculaires pour prouver qu'on dit la vérité, et Harry ne pourra probablement pas venir. »

« Ma mère voudra sans doute y aller pour le soutenir… » ajouta Cassiopée avec une grimace.

La pauvre ne s'était toujours pas remise d'apprendre que sa mère avait fricoté avec l'un des plus grands meurtriers de la première guerre, et qui était en réalité innocent de tous ses crimes.

« Ma mère fait partie de ses avocats, donc je n'ai pas trop le choix non plus. » répondit Anna.

« Qu'est-ce qu'elle pense de son dossier ? Il a une chance de gagner ? » demanda Ellana.

Elle s'était un peu attachée à cet énorme chien noir qui avait semblé la hanter l'année précédente, et qui s'était révélé être un héros de la guerre – du bon côté de la guerre.

« A partir du moment où Fudge et deux Aurors ont vu Peter Pettigrow vivant et ont pu attester que c'était bien lui, on peut rouvrir son dossier. Le problème c'est que cela n'efface pas les autres crimes dont il est accusé… Heureusement pour lui, ma mère et ses collègues sont d'excellents orateurs, je suis sûre qu'ils pourront convaincre les jurés ! » assura Anna, avec un optimisme rassurant.

« Alors on a plus qu'à attendre qu'ils attrapent Pettigrow et le mettent à Azkaban pour que toute cette histoire soit terminée ! » se réjouit Ginny.

Le sourire d'Ellana quitta aussitôt son visage. Elle avait oublié que ses amies n'étaient pas au courant de ses découvertes – ou du moins, de ses spéculations. Pour le reste du monde, la guerre était complètement terminée, et appartenait au passé. Pour le reste du monde, Sirius Black et Peter Pettigrow n'étaient que des fantômes de ce passé lourd à digérer.

Tout à coup, Ellana n'était plus sûre d'avoir envie de déterrer les squelettes d'un placard qui pourrait bien faire de ces douloureux souvenirs une triste réalité.

Ellana fut sortie de ses pensées moroses par l'arrivée, plus qu'inattendue, d'un ami qui l'avait évité pendant des mois pour une raison qu'elle ignorait.

« Ella ? Je peux te parler ? » lui demanda Draco, en faisant mine de ne pas voir tous les regards noirs tournés vers lui.

« Si tu crois que tu peux disparaître de la vie de quelqu'un pendant des mois et réapparaître quand ça te chante pour lui donner des ordres… » gronda Cassiopée, sa baguette pratiquement sortie.

« Et tu ne vois pas qu'Ella est déjà en train de nous parler ? Je croyais que les sang-purs coincés dans ton genre étaient à cheval sur la politesse… » renchérit Ginny, sans se soucier une seconde d'être vue en compagnie de membres d'une autre maison.

« Ce n'est pas parce que ton père manipule Fudge à coups d'Impero que tu as tous les pouvoirs sur nous ! » ajouta Anna.

Ellana esquissa un sourire amusé devant le dévouement de ses amies, mais elle voyait bien à l'expression – pourtant aussi neutre que d'ordinaire – que Draco avait sincèrement besoin de lui parler.

« Merci les filles, mais je peux le maîtriser. » dit-elle, avant de suivre son ami quelques mètres plus loin. « Alors, qu'est-ce que tu veux ? »

Draco s'apprêtait à parler, mais au même moment, un brouhaha se fit entendre du côté du stade de Quidditch, et Ellana comprit que l'épreuve allait bientôt commencer.

« J'ai beaucoup réfléchi ces derniers temps, notamment par rapport à ce que tu m'as dit le soir de ton anniversaire, et j'ai réalisé pas mal de choses… Je voulais te remercier, d'ailleurs… » commença Draco, avant d'aviser le troupeau d'élèves qui descendait vers le stade. « Est-ce qu'on pourrait discuter après l'épreuve ? »

Prise par surprise, Ellana accepta et regarda son ami – qui oscillait entre meilleur ami, potentiel ennemi et possible crush dans son esprit – alors qu'il repartait en direction du stade. Elle avait du mal à croire qu'il ait réellement décidé de changer son comportement, mais elle pouvait toujours espérer, n'est-ce-pas ?

Draco Malfoy… à la fois la source de mes ennuis et de mes espoirs…

M

La tension était à son comble dans la tente des champions. Krum faisait les cents pas, Harry se murmurait une liste de sorts, Fleur tournait et retournait sa baguette dans ses mains, et Melian observait ce nerveux désordre avec un mélange d'amusement et de stress.

« Avant que la compétition ne commence, je voulais vous dire… » commença Melian, attirant l'attention des autres. « C'était un plaisir de vous avoir pour adversaires pendant ces quelques mois. J'espère qu'on pourra se revoir sans cette compétition. »

Fleur fit un large sourire, apparemment ravie par la proposition.

« Ce serait avec plaisir ! Il faudra que vous veniez en France, je vous ferai visiter Beauxbâtons ! » s'exclama-t-elle.

« Je pense que nos familles se sont assez détestées. » déclara Krum, et Melian prit cela pour une promesse de réconciliation, avec un espoir de faire du commerce entre leurs deux entreprises familiales.

Harry ne dit rien, mais Melian vit qu'il était touché. Sa promesse de le protéger se rappela à son souvenir, et elle prenait tout son sens lorsqu'il voyait la vulnérabilité du Gryffondor.

Ses pensées quelque peu héroïques furent interrompues par l'arrivée de Verpey, qui les emmena sur la ligne de départ. Il leur expliqua que leur objectif était d'atteindre le centre du labyrinthe, où se trouvait un trophée.

Face à eux, l'entrée béante du labyrinthe semblait s'enfoncer dans les ténèbres, ne révélant que les cinq premiers mètres de sentier. Melian ne put s'empêcher de frissonner tant l'atmosphère qui s'en dégageait était glaciale

« Le premier qui trouve le trophée a gagné ! » résuma Verpey, avec son enthousiasme débordant.

Pour une fois, Melian se sentait entièrement préparé. Il avait fait du sport régulièrement pour avoir une bonne endurance, connaissait plusieurs sorts d'orientation, et comptait sur ses années d'entraînement au duel pour contrer les obstacles placés sur son passage.

Sa seule source d'inquiétude était Harry. Il n'était pas sûr de pouvoir garder un œil sur lui à chaque minute de l'épreuve – ne savait même pas combien de temps durerait l'épreuve – et craignait par-dessus tous les obstacles qui risquaient de se présenter à eux. Et s'ils se faisaient attaquer par les Scroutts à Pétard d'Hagrid ? Et s'ils se perdaient ? Et si Harry se faisait enlever sans que Melian n'ait le temps d'intervenir ?

En position de course sur la ligne de départ, Melian paniquait tellement qu'il n'entendit pas le discours de Verpey. Les seuls mots qui parvenaient à ses oreilles étaient les encouragements d'Ellana, assise au premier rang, et ils lui semblaient bien trop optimistes.

« Attention… à mon signal, Harry et Melian ! » annonça Verpey. « Trois… deux… un… »

Il lança un bref coup de sifflet, et Melian se mit à courir, ses jambes agissant sans qu'il n'y pense. Il entendait les pas d'Harry derrière lui, et ne ralentit qu'en arrivant à une intersection, une fois sûr que la foule ne pouvait plus les voir. Les haies étaient si hautes qu'il ne voyait pas à deux pas, et décida de lancer un lumos pour se repérer.

« A partir de maintenant, on ne se quitte pas des yeux, d'accord. ? » dit-il à Harry, qui hocha la tête.

Ils s'étaient entraînés ensemble pendant deux semaines, après l'avertissement de Snape et Lupin, et Melian avait toute confiance en son ami – le problème serait plutôt de ne pas se perdre dans le labyrinthe, sachant que les professeurs avaient tout fait pour le rendre dangereux et perturbant.

« Droite ou gauche ? » demanda Harry.

Les deux voies paraissaient aussi effrayantes l'une que l'autre, mais Melian se sentait plus attiré par la gauche, comme si un enchantement le poussait à s'approcher.

Un deuxième coup de sifflet retentit, signalant le départ de Krum.

Décidant de faire confiance à son instinct, il choisit la droite, ne faisait pas confiance à la voie de gauche qui semblait ensorcelée. Ils se mirent à courir, pressant le pas en entendant un troisième coup de sifflet.

Ils ne s'arrêtèrent qu'à la prochaine intersection, où Harry eut l'idée de chercher le nord avec un sortilège boussole.

« Le centre du terrain de Quidditch est au nord-ouest de l'entrée. Dubois nous faisait utiliser les points cardinaux pour nous repérer dans nos stratégies. » expliqua le Gryffondor.

Admiratif, Melian décida de lui faire confiance pour la direction, puisque son job consistait à les protéger et non les guider. Il avait toujours eu du mal à s'orienter, de toute façon. Il y avait une raison pour laquelle Liam le retrouvait toujours dans des coins oubliés du château.

Leur premier obstacle ne tarda pas à leur tomber dessus… littéralement. Au détour d'un chemin, ils furent pris en embuscade par des Scroutts à Pétard gigantesques, et Melian ne dut qu'à ses années d'entraînement le réflexe de pousser Harry au sol avant qu'ils ne se prennent un jet d'acide brulant.

« Clypeus ! » cria-t-il, et un bouclier à l'apparence de bois apparut entre eux et leurs agresseurs.

Un simple protego ne protégeait que de sorts mineurs, pas de malédiction ni d'attaques dites « naturelles », alors que le bouclier clypeus s'adaptait aux attaques de l'adversaire. Melian l'avait appris à ses dépens.

Les Scroutts bloquant la route, ils devaient soit combattre, soit faire demi-tour – ce qui en soit n'était pas un problème, car ils n'allaient pas particulièrement dans la bonne direction avec ce chemin.

« Tu as étudié les Scroutts avec Hagrid ? Qu'est-ce qui permet de les vaincre ? »

« Euh… Ils étaient encore assez petits pour qu'on les ramène à leurs enclos sans utiliser de sort… Tout ce que je sais c'est qu'ils ont une très mauvaise vue. »

« On va privilégier la fuite, alors. » décida Melian. « Je vais faire diversion jusqu'à ce que tu puisses t'abriter, puis ce sera à toi de me couvrir. T'es prêt ? »

« On va dire que oui… »

Melian leva le bouclier et lança toutes sortes de sorts de type explosif et fumigènes, le temps qu'Harry et lui s'enfuient. Les deux amis continuèrent à courir jusqu'à être complètement sûrs d'être en sécurité, une cinquantaine de mètres plus loin.

Après être revenus sur leurs pas jusqu'à la dernière intersection, ils choisirent une voie différente, avec l'espoir de tomber sur une créature plus facile à combattre.

Merlin dut entendre leur prière, car quelques mètres plus loin, ils tombèrent sur un épouvantard, qui pris d'abord la forme d'un Détraqueur pour Harry, puis celle de Cassiel Forester pour Melian.

Le Serpentard n'eut pas le temps de lever sa baguette qu'Harry avait déjà conjuré son Patronus, faisant reculer et trébucher l'épouvantard.

« Riddikulus ! » s'exclama Melian.

La créature disparut avec un « pop ! » qui leur parut retentissant dans le silence du labyrinthe.

Du moins jusqu'à ce qu'ils n'entendent un hurlement strident à quelques dizaines de mètres, à l'opposé des Scroutts à Pétard.

« On aurait dit Fleur… » murmura Harry. « On devrait aller l'aider. »

Cependant, au même moment, des étincelles rouges apparurent au-dessus de l'endroit d'où provenait le hurlement, et ils entendirent des bruits de pas de professeurs venant chercher la championne française.

« Elle devrait être en sécurité avec les profs, non ? » fit remarquer Melian. « Et je préfèrerais qu'on évite ce qui l'a fait hurler de cette façon… »

« Bon point. » approuva Harry.

Il relança son sort boussole, qui leur appris qu'ils étaient partis trop à l'est, et ils décidèrent de repartir sur la gauche à la prochaine intersection. Ils continuèrent ainsi pendant quelques temps sans croiser d'obstacle, jusqu'à ce que Melian brise le silence.

« J'ai une faveur à te demander. » annonça-t-il, en essayant de ne pas paraître trop odieux.

« Tu veux être celui qui prend le trophée ? » devina Harry, l'air pas plus étonné que ça.

« Comment tu sais ? »

« Ça paraît évident. Tu as accepté de devenir ma babysitteur et de renoncer à la compétition, tu dois bien vouloir quelque chose en compensation… »

« Rien à voir. » assura Melian. « Ça va te sembler bizarre parce que je viens d'une famille riche, mais j'ai besoin de l'argent. »

Il pouvait lire Harry comme dans un livre ouvert, et la stupeur apparut clairement sur son visage, alors il prit sur lui et expliqua sa situation plus que fragile.

« Je veux devenir indépendant de mon père dès la fin de mes études et prendre Ellana avec moi. Elle mérite mieux que cet enfoiré… que ces enfoirés. J'ai un peu d'argent de côté, mais pas suffisamment… Ces mille gallions pourraient bien me sauver. »

« Dans ce cas… je ne vois pas le problème ! » dit Harry. « Je n'ai pas besoin de cet argent. Mais ça ne nous empêche pas de gagner ensemble ! Les gens n'ont pas besoin de savoir ce qu'on fait de l'argent. »

« Merci… Et tu as raison. Cette victoire est pour nous ! »

« Alors allons-y avant que Krum ne rafle le trophée devant nous ! » s'exclama Harry, avec un regain d'optimiste qui fit sourire Melian.

Les deux amis repartirent d'un bon pas, et bientôt un nouvel obstacle se présenta à eux.

Un sphinx leur bloquait le passage. Melian n'en n'avait jamais vu que dans les livres, et ces minuscules photos ne leur rendaient pas justice. Le corps d'un lion énorme et majestueux, dotés de grandes pattes aux griffes tranchantes comme des rasoirs et d'une longue queue jaunâtre, terminée par une touffe de crins marrons, le tout complété par la tête d'une femme.

« Vous êtes tout prêt du votre but. » déclara la créature, pas le moins du monde étonnée de les voir ensemble. « Le moyen le plus rapide d'y arriver, c'est de passer par moi. »

« Quelle énigme nous faut-il résoudre pour obtenir le droit de passer ? » s'enquit Melian.

Dans les histoires qu'il lisait lorsqu'il était enfant, les héros posaient toujours cette question rituelle, comme une marque de respect pour la créature synonyme de sagesse et de savoir. Les sphinx aimaient que leur proie connaisse le sort qui l'attendait.

« Tiens, un petit sorcier qui connait bien ses mythes et légendes ? Tu sais donc que vous serez dévorés si vous ne parvenez pas à résoudre mon énigme. »

« Et je sais aussi que vous nous laisserez passer si on donne la bonne réponse. » ajouta Melian.

Le sphinx sourit, et pris une pose théâtrale pour leur déclamer son énigme :

« D'abord, pense au premier de ce qu'il faut apprendre

Lorsque l'on ne sait rien à l'âge le plus tendre.

Ensuite, dis-moi ce que fait par naissance

Celui qui, au palais, a élu résidence.

Enfin, pour découvrir la dernière donnée

Il suffit de la prendre à la fin de l'année.

Tu connaîtras ainsi la créature immonde

Que tu n'embrasserais vraiment pour rien au monde. »

Melian resta figé, décontenancé – il n'était pas particulièrement doué en énigme en temps normal, alors face à un sphinx ? – et vit qu'Harry était dans la même situation.

« Pourriez-vous… répéter plus lentement ? » demanda-t-il, hésitant.

Le sphinx cilla, sourit malicieusement – pensant nul doute à son futur dîner – et répéta le poème.

Une créature qu'il n'embrasserait pour rien au monde ? Il y en avait bien des dizaines, à commencer par les Scroutts à Pétard, mais ce n'était probablement pas la réponse.

« Ce qu'il faut apprendre à l'âge le plus tendre… » murmura Harry, avant de se tourner vers Melian. « Il y a beaucoup de choses à apprendre… Marcher ? »

« Non, ça me paraît trop long si on doit former le nom d'une créature avec tous les indices… La magie vient plus tard, l'étiquette aussi… »

« Ce doit être quelque chose de commun aux moldus et aux sorciers, je pense… » rétorqua Harry. « Quelque chose comme… l'alphabet ? Le premier de ce qu'il faut apprendre, ce serait la première lettre… A ? »

Le sphinx ne réagit pas, ce que Melian choisit de prendre comme un bon signe. Il accepta même de leur répéter les deux prochains indices à la demande d'Harry.

« Celui qui a élu résidence au palais… Un roi ? Ou un empereur ? » réfléchit Melian. « Ce qu'il fait par naissance… il règne ? »

« A-règne… et à la fin de l'année… » marmonna Harry. « A la fin de l'année, il y a « ée » ! »

« C'est une araignée ! » s'exclama Melian, ravi et soulagé.

Le sourire du sphinx s'élargit, et il s'écarta pour les laisser passer. Melian n'hésita pas et s'avança dans le couloir obscur, Harry sur les talons. Il sentait qu'ils étaient bientôt arrivés, et une force – peut-être un sortilège – le poussait à aller de l'avant.

A l'intersection suivante, Melian n'eut même pas besoin d'un sortilège d'orientation pour savoir qu'il devait aller à droite – c'était comme si le trophée l'attirait à lui. Il se mit à courir, et aperçut, une centaine de mètres devant lui, une lumière vive.

« Melian, attend ! » s'écria Harry derrière lui.

Mais il ne l'entendait pas. Une force le poussait à aller de l'avant, à atteindre le trophée, à courir jusqu'à être à bout de souffle.

Il s'arrêta net en arrivant devant un piédestal, sur lequel reposait le trophée. Et devant lequel se tenait Maugrey, ses lèvres étirées en un sourire railleur qui semblait complètement déplacé sur le visage couturé de cicatrices.

Melian réalisa à ce moment que ce qui l'attirait n'était pas le trophée, mais la baguette de Maugrey.

Harry le rattrapa enfin, et s'arrêta un peu en retrait, conscient que l'imposteur en avait après lui. Contrairement à Melian, il n'avait pas l'air d'être soumis à un enchantement… Parce que c'est moi qu'il a besoin d'évincer.

« Vous pensiez vraiment que je n'avais pas changé mes plans après ma petite… discussion avec ce cher professeur Snape ? » demanda Maugrey. « Je me doutais qu'il te demanderait de surveiller le gamin, alors j'ai ramené une petite… distraction. »

Il siffla, et un bruit de branchage se fit entendre sur leur gauche. Un pan du mur végétal se déchira pour laisser apparaître une araignée géante, et soudain, l'énigme comme le sourire du sphinx prirent leur sens dans l'esprit de Melian.

Une commande du faux Maugrey, et l'araignée chargea Melian. Un duel des plus insolites commença alors, entre l'animal et le sorcier, avec en arrière-plan une confrontation entre Harry et l'imposteur.

« Stupéfix ! » s'exclama Melian.

Son sort atteignit l'araignée, qui ne bougea pas d'un millimètre, et répliqua en lui sautant dessus. Melian recula, et continua de lui envoyer des sorts offensifs.

« Impedimenta ! Stupéfix ! Lashlabask ! »

Ces efforts se révélèrent inutiles. Les araignées géantes étaient protégées des simples sorts offensifs par leur épaisse carapace. Melian le savait, mais rechignait à utiliser des maléfices plus puissants – la magie noire était bien sûr hors limite – et ne connaissait pas non plus de bouclier à même de le protéger.

L'araignée continuait de le charger, et il continuait d'esquiver, à la recherche d'un plan qui tienne la route. Une seconde de distraction – le temps de voir qu'Harry était en difficulté face à l'imposteur – et l'araignée parvint à lui transpercer le flanc de sa pince.

Des années d'entraînement ne suffirent pas à Melian pour retenir son hurlement de douleur. L'araignée retira sa pince, laissant une plaie béante et hideuse dans son flanc, juste en-dessous de cœur.

Mais tout ce que voyait Melian, c'était Harry, assommé par un stupéfix, et l'imposteur qui sortait un objet – il lui semblait que c'était un chapeau ou un bout de tissu – et s'approchait d'Harry.

Un Portoloin ! réalisa-t-il.

Il lui fallu un effort surhumain pour se relever, une main crispée sur un morceau de sa cape pour tenter de stopper le sang qui coulait de sa plaie, mais Melian serra la mâchoire et endura la souffrance.

Harry était à quelques mètres… l'imposteur n'avait pas encore activé le Portoloin… l'araignée…

« Expelliarmus ! » hurla-t-il en direction de l'araignée, qui fut éjectée sur quelques mètres face à la violence du sort.

Melian reprit sa course contre la montre, et eut juste le temps de se lancer en avant, sur Harry, lorsque l'imposteur activa le Portoloin. Il agrippa un bout du chapeau, et se sentit immédiatement tiré vers le haut, comme si un hameçon s'était accroché à son nombril.

La douleur le maintint éveillé durant le transport, et il raffermit sa prise sur sa baguette. Une poignée de secondes plus tard, les trois sorciers atterrirent dans un vieux cimetière, et Melian n'eut que le temps de lancer un petrificus totalus à l'imposteur avant de sombrer dans l'inconscience.

F

Désolée (ou pas XD) pour ce petit cliffhanger… la suite devrait arriver dimanche au plus tard !

Si quelqu'un se demande, il y a bien une raison pour que le journaliste qui remplace Rita Skeeter s'appelle Roger, mais je ne suis pas sûre de vouloir vous le dire… XD